Revue systématique: les effets à long terme des violences sexuelles sur mineur

Résumé

Contexte

Bien que de nombreuses méta-analyses aient examiné le lien entre les violences sexuelles sur mineur et les effets qui en résultent, le cadre, la validité, et la qualité de cette évidence n’a pas été examinée de manière exhaustive. Notre objectif a été d’examiner les méta-analyses existantes sur un vaste éventail d’effets psychiatriques, psychosociaux et physiques à long terme résultant de violences sexuelles pendant l’enfance, et d’évaluer la qualité de la documentation disponible.

Méthodes

Dans le cadre de la présente revue systématique, nous avons recherché quatre bases de données : PsycINFO, PubMed, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature, et Global Health, depuis leur lancement jusqu’au 31 décembre 2018, pour identifier les méta-analyses d’études d’observation ayant examiné le lien entre les sévices sexuels sur mineur (avant l’âge de 18 ans) et leurs conséquences à long terme (après 18 ans). Nous avons comparé les rapports de cotes (RC) entre les différentes retombées. Nous avons également examiné les mesures de qualité, y compris l’hétérogénéité entre les études et l’existence de biais de publication. Cette étude est inscrite au registre PROSPERO, CRD42016049701.

Conclusions

Nous avons identifié 19 méta-analyses comprenant 559 études primaires réalisées auprès de 4 089 547 participants et couvrant 28 répercussions. Parmi ces 28 répercussions, 26 d’entre elles étaient associées à la violence sexuelle sur mineur : notamment six diagnostics psychiatriques adultes sur huit (les RC variaient de 2·2 [95% CI 1·8–2·8] à 3·3 [2·2–4·8]), toutes les conséquences psychosociales négatives étudiées (les RC variaient de 1·2 [1·1–1·4] à 3·4 [2·3–4·8]), et tous les problèmes de santé physique (les RC variaient de 1·4 [1·3–1·6] à 1·9 [1·4–2·8]). Le trouble de la conversion (RC 3·3 [95% CI 2·2–4·8]), les troubles de personnalité borderline (2·9 [2·5–3·3]), l’anxiété (2·7 [2·5–2·8]), et la dépression (2·7 [2·4–3·0]) faisaient partie des troubles psychiatriques les plus fortement associés aux sévices sexuels pendant l’enfance. Les revues systématiques de deux conséquences psychiatriques (le trouble de stress post-traumatique et la schizophrénie) et d’une répercussion psychosociale (l’abus de substances) ont répondu à des normes de qualité élevées.  La qualité des méta-analyses portant sur le trouble borderline et l’anxiété était basse, et plutôt modérée pour le trouble de la conversion. En acceptant la causalité, les fractions étiologiques du risque pour les répercussions allaient de 1·7% (95% CI 0·7–3·3) pour les relations sexuelles non protégées à 14·4% (8·8–19·9) pour le trouble de la conversion.

Interprétation

Même si les violences sexuelles sur mineur ont été associées à un vaste éventail de problèmes sanitaires et psychosociaux, seules les revues systématiques effectuées sur deux troubles psychiatriques (trouble de stress post-traumatique et schizophrénie) et un trouble psychosocial (l’abus de substances) étaient de qualité élevée. Des examens supplémentaires sont nécessaires pour établir si les interventions permettant d’atténuer le développement de certains troubles psychiatriques suite à des sévices sexuels pendant l’enfance doivent être priorisées. Des méta-analyses de meilleure qualité sur des répercussions spécifiques et des études plus empiriques sur la manière dont se développent ces troubles depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte sont nécessaires.

Introduction

La violence sexuelle sur mineur est une préoccupation majeure pour la santé publique mondiale et elle est associée à un vaste éventail de répercussions néfastes. La méta-analyse de 217 publications a rapporté une prévalence générale de 12% basée sur 331 échantillons indépendants comprenant environ 10 millions d’individus. Des études ont mis en évidence des liens entre les sévices sexuels sur mineur et de nombreuses répercussions sanitaires et psychosociales, y compris des problèmes psychosociaux, l’automutilation, des troubles psychiatriques, et des maladies de la santé physique telles que le sida et l’obésité.  Ces rapports ont soulevé d’importantes questions concernant l’ampleur de l’association de la violence sexuelle sur mineur à des répercussions à long terme à l’âge adulte, les effets relatifs des sévices sexuels sur enfants sur divers troubles, et la qualité de la base de recherche actuelle. Par exemple, il est possible que les violences sexuelles aient un effet à long terme plus important sur les problèmes psychiatriques que sur la santé physique car les symptômes chez les individus souffrant de troubles psychiatriques sont susceptibles d’être surdéclarés.

Les précédentes tentatives de synthèse d’un nombre important de revues méta-analytiques dans le domaine ont principalement pris en compte les répercussions sur la santé mentale ou une répercussion particulière, comme par exemple la dépression, les troubles de l’anxiété, le suicide et l’automutilation, ou l’abus de substances. La comparaison de ces revues a été difficile car leurs définitions de la violence sexuelle sur mineur différaient, elles incluaient des modèles d’étude de différents types, et les répercussions variaient du diagnostic aux indicateurs de morbidité auto-rapportés. De plus, il n’a pas été possible d’identifier des lacunes de recherche, et de déterminer les répercussions n’ayant pas été synthétisées ou s’il existe des effets différentiels des sévices sexuels subis pendant l’enfance sur les répercussions. En outre, ces revues ont souvent été basées sur des échantillons de petite taille et sur une documentation datant généralement d’une décennie, manquant de synthèse quantitative et d’évaluation qualitative. Nous avons souhaité résoudre ces limitations et fournir une vue d’ensemble sur l’importance et la validité des liens établis entre les sévices sexuels sur enfant et un large éventail de répercussions psychosociales, psychiatriques et physiques importantes à long terme. Notre objectif était de fournir une synthèse complète des effets de la violence sexuelle sur mineur sur la morbidité et l’incapacité à l’âge adulte, qui pourrait ensuite aider à identifier des cibles pour les interventions cliniques et politiques.

Méthodes

Stratégie de recherche et critère d’éligibilité

Nous avons mené une revue systématique au cours de laquelle les informations issues des méta-analyses d’études existantes sur les répercussions de la violence sexuelle sur mineur ont été systématiquement collectées et évaluées. Nous avons fait des recherches de titres et de résumés à partir de mots-clés dans quatre bases de données numériques importantes : PsycINFO, PubMed, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature, et Global Health pour trouver des documents publiés depuis le lancement de ces bases de données jusqu’au 31 décembre 2018, sans restriction linguistique. Ces bases de données comprenaient des extraits de dissertation, et notre recherche comprenait aussi des études parallèles non publiées. Les mêmes mots-clés ont été utilisés sur chaque base de données pour faire des recherches sur la violence sexuelle (“sexual abuse” OU “sexual assault” OU “sexual trauma” OU “sexual crime” OU “rape” OU “incest” OU “molestation” OU “victim*” OU “maltreatment”), l’enfance (“child*” OU “youth” OU “adolescent” OU “young” OU “teen*”[SE1] ), et les méta-analyses (“meta-analy*” OU “meta-regression” OU “metasynthesis”)[SE2] . Pour pouvoir inclure le maximum d’études éligibles ayant examiné les répercussions des violences sexuelles sur mineur, nous n’avons pas établi de limite sur la répercussion dans la recherche primaire systématique.

Nous avons fait une recherche secondaire dans PsycINFO sur les dix plus gros risques d’années de vie perdues et vécues avec une incapacité résultant de ces violences pendant l’enfance (AVCI, Année de vie ajustée sur l’incapacité, ou DALY en anglais), ainsi que sur les dix AVCI les plus importantes en termes de santé mentale et comportementale. Les références d’autres revues systématiques sur les répercussions des sévices sexuels sur enfant ont été recherchées manuellement. Nous avons également consulté les liens auxquels se rapportaient des citations pour compléter notre recherche. Les critères d’inclusion comprenaient les méta-analyses avec des données finales relatives aux violences sexuelles sur mineur, sans regroupement avec d’autres formes de violences ; dans lesquelles la plupart des répercussions étaient chez les adultes (l’âge moyen du participant au moment où les répercussions ont été mesurées était supérieur à 18 ans pour plus de 70% des études primaires comprises) ; dans lesquelles la majorité des participants étaient mineurs au moment des actes de violence (l’âge moyen du participant au moment de l’acte de violence était inférieur à 18 ans pour plus de 70% des études primaires incluses) ; et qui fournissaient des tailles d’effet quantitatives pour les répercussions sanitaires ou psychosociales (ex : rapport de cote, le r de Pearson, ou le d de Cohen). 

Lorsque plus d’une méta-analyse rapportait des données sur le même type de répercussion, la revue la plus récente qui répondait à l’ensemble des critères d’inclusion était sélectionnée, et les méta-analyses plus anciennes étaient exclues pour éviter toute duplication d’échantillons. Lorsque deux méta-analyses ou plus rapportaient des données sur le même type de répercussion et avaient été publiées la même année, la méta-analyse comprenant le plus grand nombre d’études primaires était sélectionnée, et les autres étaient exclues. Une étude n’était pas disponible (et l’auteur n’a pas pu être contacté). En outre, nous avons exclus toute étude ne rapportant que la prévalence des violences sexuelles sur mineur dans un échantillon sélectionné en fonction d’un certain type de répercussion (ex : sans abri).

La recherche dans son contexte

Preuves existant avant cette étude

Nous avons effectué des recherches dans PsycINFO, PubMed, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature, et Global Health pour trouver des documents publiés depuis le lancement de ces bases de données jusqu’au 31 décembre 2018, sans restriction linguistique. Nous avons utilités les termes de recherche suivants : (“sexual abuse” OU “sexual assault” OU “sexual trauma” OU “sexual crime” OU “rape” OU “incest” OU “molestation” OU “victim*” OU “maltreatment”), ET (“child*” OU “youth” OU “adolescent” OU “young” OU “teen*”), ET (“meta-analy*” OU “meta-regression” OU “meta-synthesis”).[SE3]  Nous avons identifié six revues systématiques qui prenaient essentiellement en compte les répercussions sur la santé mentale (telles que l’anxiété ou la dépression) ou un type de répercussion en particulier (tel que le suicide), publiées il y a plus de cinq ans et manquant de synthèse quantitative et d’évaluation qualitative, et qui étaient surtout basées sur des échantillons de petite taille.

Valeur ajoutée de cette étude

Cette revue systématique est une synthèse des preuves méta-analytiques sur le lien entre les violences sexuelles sur mineur et un ensemble de répercussions diverses. Nous avons découvert que les sévices sexuels sur enfant étaient liés à un large éventail de diagnostics psychiatriques, de répercussions psychosociales néfastes, et de problèmes de santé physique.

Signification des preuves disponibles

Même s’il existe invariablement des liens forts entre la violence sexuelle sur mineur et de nombreuses répercussions psychosociales et sanitaires à long terme, la qualité de la recherche sous-jacente était limitée par des effets résultant d’études de petite taille, une signification excessive, et un niveau d’hétérogénéité élevé entre les études. Cependant, deux troubles psychiatriques (trouble de stress post-traumatique et schizophrénie) et un type de répercussion psychosociale (abus de substances) avaient une base factuelle de bonne qualité, et les preuves disponibles suggèrent que les interventions visant à atténuer l’abus de substances et le trouble de stress post-traumatique plus tard devraient être priorisées. Des lacunes évidentes dans la documentation examinée portaient sur les liens entre la violence sexuelle sur mineur et les troubles bipolaires, et l’absence de domicile.

Étant donné que la collecte de données a donné lieu a des statistiques de taille d’effet pour presque 100 types de répercussions différents, ils ont été systématiquement réduits en utilisant le critère suivant : pour les répercussions sur la santé, des diagnostics spécifiques (ex : schizophrénie et fibromyalgie) et les symptômes liés (ex : psychose et douleur) étaient inclus, mais les sous-catégories du diagnostic (ex : phobie sociale en tant que sous-catégorie de l’anxiété, et l’anorexie nerveuse en tant que sous-type des troubles de l’alimentation) et d’autres symptômes (ex : symptômes cardio-pulmonaires et douleur pelvienne chronique) étaient exclus. Parmi les répercussions psychosociales, les 10 répercussions comprenant le nombre d’études primaires le plus important (de sept à 45 études primaires) ont été incluses (ex : revictimisation sexuelle à l’âge adulte et abus de substances), alors que les répercussions comprenant moins d’études primaires (de deux à six études primaires) ont été exclues (ex : relation anale non protégée récente, délinquance sexuelle en ligne par rapport à la délinquance sexuelle hors ligne, l’estime de soi et l’hostilité). Nous avons dénoté une duplication des participants entre l’anxiété et la symptomatologie de l’anxiété, et entre la dépression et la symptomatologie dépressive. Par conséquent, la véritable taille des échantillons pourrait être légèrement inférieure. Étant donné que le rapport des cotes (RC) pour les troubles du sommeil (16·2 [95% CI 2·1–126·8]) était issu d’une seule étude primaire et qu’elle avait un intervalle de confiance (CI) de 95%, ces données ont été exclues en tant que cas particulier. Le nombre minimal d’études primaires dans les revues méta-analytique éligibles était fixé à trois.

L’extraction de données a été réalisée en suivant une formule d’extraction de données prédéfinie. Les tailles des effets ont été extraites des modèles les plus parcimonieux car toutes les études ne fournissaient pas de tailles d’effet ajustées. Les sources d’hétérogénéité, lorsqu’elles étaient examinées, ont été rapportées. Le tri initial des inclusions et des exclusions des études a été réalisé par HPH. Une deuxième entreprise indépendante (SG) a été impliquée dans l’extraction des tailles d’effet. Lorsqu’il y avait une incertitude quant à l’inclusion et l’exclusion de certaines études et sur l’extraction de données, RY et SF ont été consultées et tous conflits résolus par des discussions entre HPH, RY et SF. Le protocole d’étude était inscrit au registre PROSPERO, CRD42016049701.

Résultats

La recherche manuelle et la recherche initiale des bases de données ont permis de récolter 1372 articles. Nous avons identifié 19 méta-analyses éligibles comprenant 4 089 547 participants, 559 études primaires et portant sur 28 répercussions. L’ensemble des méta-analyses avaient été publiées entre 1996 et 2018, et les études primaires incluses dans ces méta-analyses dataient de 1971 à 2017. Le nombre d’études primaires utilisées pour chaque méta-analyse était compris entre 3 et 62, et le nombre de participants comprenaient de 140 à plus de 3 millions d’individus. Les répercussions incluses dans les méta-analyses éligibles ont été réparties entre les répercussions psychosociales, psychiatriques, et physiques. La violence sexuelle sur mineur a été associée à 26 répercussions particulières sur 28.

Les rapports de cotes étaient principalement compris entre 2·2 (95% CI 1·8–2·8) et 3·3 (2·2–4·8) pour les problèmes psychiatriques, entre 1·2 (1·1–1·4) et 3·4 (2·3–4·8) pour les conséquences psychosociales, et entre 1·4 (1·3–1·6) et 1·9 (1·4–2·8) pour les répercussions sur la santé physique.

La violence sexuelle sur mineur a été associée à un rapport de cote faible (autrement dit, inférieur à 1·7) pour 7 répercussions et un rapport de cote moyen (autrement dit, 1·7–3·5) pour 21 répercussions. Elle n’a été associée à aucun rapport de cote élevé (autrement dite supérieur à 3·5) pour aucune répercussion. Les conséquences présentant une forte association avec les sévices sexuels subis pendant l’enfance comprenaient la délinquance sexuelle plutôt que de la délinquance non sexuelle (OR 3·4 [95% CI 2·3–4·8]), le trouble de la conversion (3·3 [2·2–4·8]), le trouble de la personnalité borderline (2·9 [2·5–3·3]), l’anxiété (2·7 [2·5–2·8]), et la dépression (2·7 [2·4–3·0]).

Les fractions étiologiques étaient comprises entre 1·7% (95% CI 0·7–3·3) pour les relations sexuelles non protégées et 14·4% (8·8–19·9) pour le trouble de la conversion. La fraction étiologique la plus élevée était de 14·7% (9·6–19·9) pour les délinquances sexuelles par rapport aux délinquances non sexuelles. Cependant, ces chiffres sont sûrement surévalués étant donné que les fractions étiologiques ont été calculées à partir de données sans ajustement pour les variables de confusion.

Pour la moitié des études proposant des données suffisantes, 95% des intervalles de prédiction comprenait un rapport de cote égal à 1. Plus de la moitié montraient une signification exagérée, plus d’un cinquième présentaient des effets issus d’études de petite taille, et plus d’un tiers avait un niveau d’hétérogénéité élevé.

De plus, les revues systématiques de 15 répercussions sur 28 ont obtenu de faibles scores avec l’outil d’évaluation AMSTAR. Les revues systématiques de deux répercussions (le trouble de stress post-traumatique et l’abus de substances) ont obtenu des scores de qualité supérieurs (score de 5 sur 5), une autre (la schizophrénie) a obtenu un score de 4 sur 5. La qualité des méta-analyses sur le trouble de la personnalité borderline et l’anxiété était faible (score de 1 sur 5), et modérée (score de 3 sur 5) pour le trouble de la conversion et la délinquance sexuelle par rapport à la délinquance non sexuelle.

Pour les répercussions ayant bénéficié de scores qualitatifs élevés, nous avons examiné les taux absolus rapportés dans les études primaires. Des études de cohortes longitudinales ont notamment rapporté que, parmi les individus ayant subi des violences sexuelles pendant l’enfance, 503 personnes sur 1809 (autrement dit 28%) souffrent d’un abus de substances, et 36 personnes sur 96 (soit 38%) souffrent du trouble de stress post-traumatique.

Parmi les revues systématiques incluses, un faible nombre d’études ont exploré les sources d’hétérogénéité parmi les études primaires. Aucune différence n’a été trouvée sur l’effet des sévices sexuels pendant l’enfance par âge sur le trouble de la conversion, la fibromyalgie, et les troubles de la personnalité borderline, par sexe sur la dépression, par concept d’étude sur l’obésité et la psychose, et par ajustement des variables de confusion telle la comorbidité psychiatrique sur l’obésité et les troubles de l’alimentation. Cependant, le risque de sida était supérieur chez les individus ayant subi des violences sexuelles à un stade d’adolescence plus tardif. En outre, les effets de violence sexuelle sur mineur sur l’obésité étaient atténués après ajustement pour la dépression existante, et le risque d’anxiété était plus élevé chez les femmes que chez les hommes.

Discussion

Dans cette revue systématique portant sur 28 répercussions à long terme de la violence sexuelle sur mineur, nous avons résumé les résultats de 19 méta-analyses, comprenant plus de 4 millions de participants dans le cadre de plus de 500 études primaires. La violence sexuelle sur mineur a été associée à 26 répercussions examinées parmi 28, y compris un ensemble varié de problèmes psychosociaux, psychiatriques et physiques. Parmi ces 26 répercussions associées de manière significative aux sévices sexuels pendant l’enfance, seules deux d’entre elles étaient basées sur des revues systématiques bénéficiant de scores d’évaluation qualitative élevés : l’abus de substances et le trouble de stress post-traumatique.

Nos conclusions soulignent le besoin de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à l’association des violences sexuelles sur mineur à des répercussions à long terme. Des recherches en cours mettent en évidence des mécanismes biologiques qui font que les violences vécues pendant l’enfance augmenteraient le risque de pathologie ou de maladie physique, par l’intermédiaire notamment de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (axe HHS) ou de l’inflammation.  Des mécanismes psychosociaux, tels que des comportements sexuels risqués et une image corporelle déformée, pourraient également expliquer certains troubles. Par exemple, les sévices sexuels vécus pendant l’enfance sont associés à des comportements sexuels risqués favorisant l’exposition au sida.63 L’association de la violence sexuelle sur mineur à des problèmes de santé physique pourrait aussi être partiellement expliquée par des facteurs psychiatriques intermédiaires. Par exemple, l’effet des violences sexuelles sur l’obésité pourrait être dû à de la dépression ou à certains troubles de l’alimentation. La violence sexuelle sur mineur est une variable importante concernant la dépression au cours du cycle de la vie et la dépression est prospectivement liée à l’obésité ; cependant, il est aussi possible que les effets de la violence sexuelle pendant l’enfance sur la dépression et les troubles de l’alimentation soient déclenchés par l’obésité.

Notre revue a mis en évidence des lacunes de recherche. Le travail primaire devrait tirer parti des mesures relatives à la violence sexuelle sur mineur préalablement collectées pour minimiser les classifications erronées et réduire les erreurs systématiques. À l’avenir, la recherche devrait aussi adopter des modèles plus complets qui prennent en compte les confusions (ex : autres formes d’abus), utiliser des concepts et des analyses plus robustes (ex : études potentielles) pour examiner l’inférence causale, et explorer la source d’hétérogénéité pour identifier les facteurs de protection et de risque. Les méta-analyses devraient garantir une présentation des données plus juste et systématique, et elles devraient suivre des directives consensuelles pour faciliter la réplicabilité. En outre, nous n’avons trouvé aucune méta-analyse sur le trouble bipolaire, pour lequel il a été prouvé que les répercussions cliniques étaient pires lorsqu’il était associé à la maltraitance pendant l’enfance, à des troubles obsessionnels compulsifs, ou à l’absence de domicile.

Nos résultats soulignent le besoin d’interventions efficaces. Jusqu’à présent, la recherche sur la prévention primaire des violences sexuelles sur enfant s’est principalement concentrée sur les interventions en milieu scolaire et sur l’éducation parentale à la maison. Des preuves démontrent que les programmes en milieu scolaire visant à aider les enfants à reconnaître et à signaler les sévices sexuels améliorent le savoir et les comportements protecteurs des enfants ; ils ne sont toutefois pas développés pour empêcher les répercussions néfastes issues de violences sexuelles. Un corps de recherche croissant suggère aussi que les visites à domicile en période pré ou post-natale et les programmes d’éducation parentale promouvant la reconnaissance de la violence sexuelle sur mineur et les premiers symptômes de troubles néfastes pourraient empêcher ou réduire les risques de maltraitance chez l’enfant en général. En outre, les médecins pourraient jouer un rôle en identifiant les victimes de violence sexuelle sur mineur, en déterminant le besoin de signaler ce type de violence aux autorités de protection appropriées, et en coordonnant les soins avec d’autres professionnels de la santé pour éviter des répercussions néfastes à long terme. 

La recherche a également mis en évidence l’efficacité des interventions sur le trouble de stress post-traumatique chez les individus victimes de violence sexuelle pendant l’enfance, ainsi que sur la dépression. Pour être plus spécifique, la recherche sur différentes modalités de traitement des victimes de violence sexuelle pendant l’enfance fournit des arguments en faveur d’interventions cognitivo-comportementales, et souligne en particulier l’efficacité de la thérapie cognitivo-comportementale axée sur le traumatisme pour les jeunes souffrant de trouble de stress post-traumatique, d’anxiété, ou présentant des symptômes dépressifs, et ayant été victimes de sévices sexuels. Cependant, la recherche sur les traitements contre d’autres répercussions rapportées, en particulier l’abus de substances et la revictimisation, chez les individus victimes de violences sexuelles, est nécessaire. Un autre domaine de recherche devrait viser à améliorer le passage d’interventions efficaces en politique et pratique, telles que la mise en place de programmes communautaires pour répondre aux sévices sexuels. D’autre part, pour éviter les psychopathologies et d’autres répercussions, il est nécessaire de faire davantage de recherche sur les mécanismes de développement.

Les conclusions comparant la délinquance sexuelle par rapport à la délinquance non sexuelle ne signifient pas que le risque de délinquance est plus élevé au sein de cette population – elles veulent plutôt dire que si un individu a commis un crime, alors les chances qu’il/elle devienne un délinquant sexuel sont accrues. Par opposition, des taux indicatifs absolus sur deux répercussions psychiatriques possédant de bons scores qualitatifs étaient élevés : 28% pour l’abus de substances et 38% pour le trouble de stress post-traumatique, ce qui suggère que les interventions sur ces deux répercussions devraient être priorisées.

Les points forts de cette revue systématique comprennent le contrôle des mesures quantitatives de la recherche et la vérification de la qualité des résultats, pour ainsi pouvoir comparer les conclusions concernant diverses répercussions, et le discernement des conclusions de recherche de qualité élevée et de qualité moindre. Autre point fort : l’inclusion d’un large éventail de répercussions psychosociales, psychiatriques et physiques, étant donné qu’un grand nombre de méta-analyses précédentes portaient sur une répercussion en particulier ou un petit groupe de répercussions. En outre, l’ordre temporel entre le paramètre de prévision et le type de répercussion en question (c’est-à-dire la violence sexuelle sur enfant ayant lieu avant 18 ans et la mesure des répercussions après 18 ans) faisait partie des critères d’inclusion, réduisant ainsi le risque de combiner des effets à court terme des violences sur enfant avec les troubles qui se développent à l’âge adulte.

Plusieurs limitations doivent toutefois être notées. Tout d’abord, seul un nombre réduit de revues systématiques explorait les sources d’hétérogénéité parmi les études primaires par âge et concept d’étude. D’autres facteurs, y compris les caractéristiques familiales (facteurs protecteurs tel qu’un environnement familial stable et des relations basées sur le soutien), les caractéristiques des violences, ou les recoupements avec d’autres types de violences sur mineur, pourraient modérer ou mitiger l’association des violences sexuelles aux conséquences plus tard, et donc le fait de ne pas les prendre en compte pourrait mener à une surestimation des tailles d’effet. De futures études portant sur ces facteurs de confusion sont nécessaires pour estimer de manière plus précise le lien entre les sévices sexuels pendant l’enfance et les conséquences à l’âge adulte, en se servant notamment de concepts basés sur la famille. De plus, la collecte d’informations plus détaillés sur la nature de la violence pourrait aider à démêler les effets entre les différents types d’agression. Ensuite, les études primaires incluses dans les méta-analyses étaient souvent basées sur le rappel rétrospectif de violences sexuelles subis pendant l’enfance par des adultes, et les rapports rétrospectifs sont des variables de moins bonne qualité pour pouvoir mesurer la violence sexuelle sur mineur. Par conséquent, la recherche future avec de nouveaux concepts est nécessaire. Mis-à-part la mise en place de questionnaires qui pourraient être administrés auprès de victimes à différents stades de leur vie, il pourrait aussi être possible d’utiliser un ensemble de données basées sur des registres et liées les unes aux autres dans lesquelles la victimisation liée aux sévices sexuels et les répercussions sur la santé physique et mentale sont enregistrées de manière longitudinale.  Les données officielles du registre permettraient de réduire le biais de publication concernant la violence sexuelle et permettraient l’étude possible de son lien avec des troubles qui apparaîtraient plus tard chez l’adulte. D’autre part, la concomitance des sévices sexuels sur mineur avec d’autres formes d’agression est élevée, engendrant des conséquences psychosociales sanitaires encore plus graves. Cependant, en raison de données insuffisantes, nous n’avons pas pu prendre en compte les effets d’autres formes de violence dans la présente revue systématique. Enfin, nos analyses ont démontré que les conclusions actuelles concernant le lien entre la violence sexuelle et les répercussions sur la santé sont incohérentes puisque les études offrant des résultats substantiels avaient plus de chance d’être publiées que celles qui ne donnaient lieu qu’à des résultats sans grande signification. Il est nécessaire de continuer à faire de la recherche pour identifier les facteurs de contribution et réduire le biais de publication envers les études ne tirant pas de conclusions significatives.

Cette revue systématique a découvert que la violence sexuelle sur mineur est associée à des risques élevés de problèmes psychosociaux, psychiatriques et physiques à long terme. Il existe notamment des données probantes de qualité concernant le lien entre la violence sexuelle sur mineur et deux troubles psychiatriques (la schizophrénie et le trouble de stress post-traumatique) et une répercussion psychosociale (l’abus de substances). Étant donné que les risques relatifs et les taux absolus pour certaines répercussions apparues à la suite de violences sexuelles subies pendant l’enfance ont tous deux démontré qu’ils étaient supérieurs, cette revue suggère de prioriser les interventions qui réduisent le développement de ces répercussions dont la base factuelle est de bonne qualité. Il existe des lacunes notables notamment concernant le besoin de méta-analyses évaluant les répercussions pour lesquelles la documentation actuelle est de faible qualité, et de revues sur les conséquences (trouble bipolaire, trouble obsessif compulsif, et absence de domicile) qui ne présentent actuellement pas de revue systématique. En outre, pour clarifier les voies de développement des sévices sexuels vers des problèmes sanitaires et psychosociaux, plus d’études empiriques sont nécessaires, ainsi que des travaux de recherche sur les traitements chez les individus victimes de violence sexuelle pendant l’enfance.

Contributeurs

SF et HPH ont conçu cette étude ; HPH a extrait les données et réalisé l’analyse statistique ; RY a contribué à l’extraction et à l’interprétation des données. HPH et RY ont rédigé la version préliminaire du manuscrit ; HPH, SF, RY, et AD ont contribué à la révision du manuscrit ; et SF s’est occupé de la supervision globale.

Déclaration de conflits d’intérêts

Nous déclarons n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Remerciements

RY bénéficie du soutien du programme Rubicon offert par l’organisation nééerlandaise de la recherche (Nederlandse Organisatie voor Wetenschappelijk Onderzoek) (numéro de bourse : 446-15-002). AD reçoit le financement du UK National Institute for Health Research Biomedical Research Centre at South London and Maudsley NHS Foundation Trust et de l’université de King’s College London (Royaume-Uni), le UK Medical Research Council (numéro de bourse P005918), le UK Economic and Social Research Council, et le UK National Society for Prevention of Cruelty to Children (NSPCC). SF est finance par Wellcome Trust Senior Research Fellowship (numéro de bourse 202836/Z/16/Z). Nous remercions Sharon Gil qui a été la deuxième personne en charge de l’extraction des données relatives aux tailles d’effet. Nous remercions Shaoling Zhong qui a vérifié que les articles issus de notre recherche pour les inclusions et les exclusions.

Nous remercions les auteurs suivants pour avoir accepté de partager les copies de leurs articles ou leurs données avec nous: Cesare Maffei (Université de Vita-Salute San Raffaele, Italie), Shane Lloyd, (Brown University, États-Unis), Carlo Faravelli (Universita di Firenze, Italie), Valdo Ricca (Universita di Firenze, Italie), Brenda Miller (Pacific Institute for Research and Evaluation, États-Unis), Yue Wang (Liaoning Cancer Hospital and Institute, Chine), David Klonsky (University of British Columbia, Canada), Kimberly Arriola (Emory University, États-Unis), et Winfried Hauser (Technical University Munich, Allemagne).

Helen P Hailes*, Rongqin Yu*, Andrea Danese, Seena Fazel

*Ont contribué de manière égale

Article extrait de Lancet Psychiatry 2019; 6: 830–39

Publié En ligne

Le 10 septembre 2019

http://dx.doi.org/10.1016/ S2215-0366(19)30286-X

Département de Psychiatrie, Université d’Oxford, Oxford, Royaume-Uni (H P Hailes MSc, R Yu PhD, Prof S Fazel M.D.);

Medical Research Council Social, Genetic and Developmental Psychiatry Centre and Department of Child and Adolescent Psychiatry, Institute of Psychiatry, Psychology and Neuroscience, King’s College de Londres, Londres, Royaume-Uni (Prof A Danese M.D.);

et

National and Specialist CAMHS Trauma and Anxiety Clinic, South London and Maudsley NHS Foundation Trust, Londres, Royaume-Uni (Prof A Danese)

Toute correspondence doit être adressée à:

Prof Seena Fazel, Department of Psychiatry, University of Oxford, Oxford OX3 7JX, Royaume-Uni seena.fazel@psych.ox.ac.uk


Traduction de courtoisie par Sonia Erraud depuis PubMed

Comprendre la consommation de substances

De nombreuses personnes perçoivent les problèmes de consommation uniquement comme une dépendance à l’alcool ou à d’autres drogues faisant en sorte qu’une personne doit continuellement consommer pour se sentir bien. Or, le problème de consommation de substances est beaucoup plus complexe que cela. La consommation de substances telles que l’alcool ou d’autres drogues peut avoir une incidence sur la santé mentale et, inversement, la santé mentale peut avoir un impact sur la consommation de substances. Il est vrai que consommer de l’alcool ou d’autres drogues peut influencer la façon dont les gens pensent, se sentent et interagissent avec les autres. Lorsque les problèmes de consommation sont plus graves, la personne peut tout simplement sembler perdre le contrôle de la situation. Toutefois, les études démontrent que ce n’est pas toujours le cas. Nous avons tous intérêt à examiner notre consommation de substances et, au besoin, à y apporter des changements pour en réduire les impacts négatifs et à demander de l’aide supplémentaire.

Examiner la situation dans son ensemble

Des gens consomment des substances telles que l’alcool ou d’autres drogues pour de nombreuses raisons. On a tendance à penser que la consommation de ces substances peut engendrer de graves conséquences, comme mener certaines personnes au chômage ou à l’itinérance. Or, de nombreuses personnes en consomment sans subir d’effets néfastes. Pourquoi certaines personnes ont-elles des problèmes lorsqu’elles consomment de l’alcool ou d’autres drogues alors que d’autres n’en ont pas? La façon dont les gens consomment ces substances et la raison pour laquelle ils le font entrent en ligne de compte. Chacun a sa personnalité, son histoire et ses propres expériences de vie. Chacun a également ses propres compétences en résolution de problèmes, un réseau de soutien plus ou moins important et des objectifs personnels. Ce sont des facteurs parmi d’autres qui ont une incidence sur la façon dont les gens consomment de l’alcool ou d’autres drogues et sur la raison pour laquelle ils le font. Par exemple, une personne qui a de la difficulté à composer avec le stress peut trouver que l’alcool l’aide à ignorer des sentiments pénibles. Quelqu’un d’autre peut consommer une drogue pour soulager des symptômes de problèmes de santé mentale ou ceux d’autres maladies. Une autre personne peut consommer une drogue par curiosité. Finalement, une personne peut ne jamais consommer une drogue en particulier, car d’autres personnes qu’elle apprécie n’en consomment pas.

Tous les types de consommation de substances se situent sur un spectre allant d’une consommation bénéfique à une consommation nuisible et, dans certains cas, ils peuvent être les deux à la fois. La façon dont les gens consomment de l’alcool ou d’autres drogues et la raison pour laquelle ils le font peut donc tendre vers la consommation bénéfique ou nuisible, selon le cas. Voici des exemples :

  • Imaginez une occasion spéciale ou une fête. Vous prenez une boisson alcoolisée ou un verre de vin en soupant. Vous pouvez considérer ce type de consommation d’alcool comme étant bénéfique, car il s’inscrit dans un événement occasionnel et festif.
  • Un autre soir, vous sortez avec des amis et buvez un peu trop. Le lendemain, vous vous sentez fatigué et déprimé, mais vous ne subissez aucune autre conséquence négative. Si cette situation ne se produit pas régulièrement, l’alcool peut ne pas être très bénéfique, mais pas très nuisible non plus.
  • Dernièrement, vous êtes sorti plusieurs soirs par semaine. La consommation d’alcool devient une façon de gérer votre stress au travail, et c’est aussi le seul moment où vous avez l’impression d’avoir du plaisir. Vous commencez à constater des conséquences plus graves; vous vous sentez malade souvent, votre employeur est contrarié par vos fréquents retards au travail et vous vous disputez avec vos amis. Dans cette situation, la consommation d’alcool devient plus nuisible.
  • Vous buvez beaucoup ou souvent, y compris lorsque vous êtes seul. Vous dépensez trop d’argent pour de l’alcool, vous vous absentez souvent du travail et vous avez rejeté d’importants amis et membres de votre famille. Vous adoptez des comportements dangereux, comme conduire avec les facultés affaiblies. Vous constatez de graves conséquences découlant de votre consommation excessive d’alcool.

Les effets positifs et négatifs de la consommation sont importants à considérer, parfois même plus que la nature de la substance consommée. Durant un tel processus de prise de conscience, la personne doit être au cœur de la démarche. Ainsi, nous pouvons constater qu’il est toujours possible de l’aider à reprendre le contrôle de sa santé ou des autres objectifs de sa vie, peu importe où elle se situe dans le spectre de la consommation de substances.

Si votre consommation de substances vous préoccupe

L’idée selon laquelle il faut attendre de « toucher le fond » et de subir de graves conséquences telles que la perte de son emploi ou de relations importantes avant d’être prêt à recevoir de l’aide est fausse. Vous pouvez demander de l’aide dès lors que vous réfléchissez à votre consommation de substances et désirez y apporter certains changements.

Certaines personnes peuvent être en mesure de gérer elles-mêmes leurs problèmes de consommation. D’autres peuvent avoir besoin d’aide, comme celle d’un groupe de soutien, du counseling ou de la médication. Par ailleurs, lorsqu’il est question de traitements et de soutien, il existe de nombreuses écoles de pensée et différentes approches thérapeutiques. Il peut s’agir d’une réflexion personnelle, d’une démarche thérapeutique hebdomadaire après le travail ou d’un séjour dans un centre de réadaptation en toxicomanie. Le plan de traitement peut également comporter une combinaison d’approches à différentes étapes du cheminement.

Si vous ne savez pas par où commencer, vous pouvez tout simplement en parler avec votre médecin ou avec un autre professionnel de la santé. Ceux-ci peuvent vous aider à examiner différentes options qui répondront à vos besoins et désirs.

Si la consommation de substances d’une autre personne vous préoccupe

Il peut être difficile de voir une personne qui vous est chère avoir des problèmes de consommation de substances telles que l’alcool ou d’autres drogues. Il se peut même que vous craigniez pour sa sécurité ou pour la vôtre.

N’oubliez pas que vous pouvez rarement forcer les autres à changer; pour obtenir de meilleurs résultats, ils doivent sentir qu’ils font partie du processus. Forcer quelqu’un à suivre un traitement n’est donc pas nécessairement une bonne approche.

Le rétablissement est un processus qui peut demander beaucoup de travail et de temps. Lorsqu’une personne qui vous est chère a des problèmes de consommation, une des choses les plus efficaces que vous pouvez faire est de l’aider à s’aider. Cela peut signifier l’aider à réaliser qu’il y a un problème, à réfléchir à de bonnes solutions et à communiquer avec un professionnel de la santé, ou tout simplement essayer de l’écouter sans juger. Il se peut que les problèmes que votre proche rencontre dépassent vos compétences, mais vous pouvez quand même porter une attention aux émotions ou sentiments qu’il ressent. Aider un proche à s’aider consiste également à essayer de respecter ses désirs et objectifs. Même si ceux-ci ne correspondent pas aux vôtres, vous pouvez tout de même appuyer la volonté de changer et de se rétablir de votre proche.

Il est difficile d’éliminer ou d’éviter tous les facteurs pouvant mener à des problèmes de consommation. Pour se protéger le mieux possible contre la consommation nuisible de substances, il vaut mieux être bien entouré et développer les compétences personnelles nécessaires pour faire face aux défis de la vie.

Traduction de courtoisie depuis ACSM

 »’Mon travail est de convaincre les survivants d’agressions sexuelles que ce n’était pas de leur faute ».

J’apporte mon soutien aux hommes qui ont subi des violences sexuelles, y compris ceux qui vivent dans la rue. Parfois, j’ai un peu de mal…

Lundi

Le fait de courir au travail – à Survivors UK, une organisation caritative qui soutient les hommes victimes de violence sexuelle – est crucial pour me préparer à cette journée. A mon arrivée, je me lave dans le lavabo (il n’y a pas de douche) et je rencontre l’un des conseillers indépendants en matière de violence sexuelle.

Son client, Bernie, a fait une tentative de suicide et nous réfléchissons ensemble à la façon dont nous pouvons l’aider. Il est en train de passer par le système de justice pénale ; cela engendre souvent un sentiment de colère et d’impuissance chez tout le monde.

Ensuite, je conseille quelques clients. Je m’inquiète pour Mark – ses pensées suicidaires ne cessent de croître parce qu’il ne peut pas voir ses enfants. Terry est terrifié à l’idée d’avoir des enfants, de peur que les gens pensent qu’il va en abuser. Jay est vraiment aux prises avec la drogue et le sexe, et il s’injecte de la méthamphétamine en cristaux au moins une fois par semaine. Ce sont là autant de façons différentes d’essayer de supporter l’impact de la violence sexuelle.

Mardi

Aujourd’hui, je travaille avec des clients qui sont hébergés dans des logements accompagnés, généralement des sans-abri qui ont été placés là. La consommation d’héroïne et de crack de Gary est inquiétante. Sans abri depuis l’âge de 13 ans après avoir fui un père alcoolique violent qui l’a agressé sexuellement, il a été victime d’un viol collectif dans la rue lorsqu’il était adolescent.

Gary pleure la perte de contact avec sa mère, qui a fait passer son père avant lui. Il est en colère et a l’impression qu’il n’a pas réussi à protéger sa mère de son père. « Je l’ai laissé me violer pour qu’il ne lui fasse pas de mal, mais il l’a violée aussi. » Comment lui faire comprendre qu’il était un enfant et que c’est son père qui est seul responsable ? Moi aussi, je suis en colère. Je rentre chez moi et je coupe des carottes pour la soupe. Ça aide.

Mercredi

Il y a un message de la personne qui gère notre webchat – le service de discussion en ligne. Elle a eu une conversation WhatsApp avec un jeune de 16 ans vivant au Pays de Galles qui lui a dit qu’il venait d’être violé. Il était désemparé et très indécis sur ce qu’il devait faire. Nous veillons à lui donner l’occasion de s’exprimer sur ce qui vient de se passer et à lui donner l’occasion de s’entretenir avec toutes les agences locales concernées.

Le soir, j’assiste à une pièce de théâtre suivie d’une table ronde de discussion. La représentation traite des traumatismes sexuels, du VIH, du chemsex, ou sexe chimique, de l’homophobie, ainsi que de la lutte pour créer des relations constructives avec ces drames en toile de fond.

Jeudi

De retour à Westminster, cette fois-ci avec des gens qui sont dans des foyers ou dans la rue. Je suis stupéfaite de la capacité des gens à survivre, compte tenu de leur passé et des circonstances actuelles. Barry a 50 ans. Enfant unique dont la mère avait de graves problèmes de santé mentale, il a été pris en charge par un foyer et y a été victime d’abus sexuels.

On se retrouve à Pret. Il hurle après un homme d’affaires en costume qui le fixe. Barry mesure 1,80 m, est de toute évidence sans abri et a un problème de toxicomanie. Lui et moi formons une sacrée paire au milieu de la foule à l’heure du déjeuner. Sa consommation de cannabis de synthèse explose. J’ajoute « m’occuper du cannabis??? » à ma liste de choses à faire.

Vendredi

De retour au bureau. Nous apportons nos conseils à une société de production télévisée sur la meilleure façon d’élaborer un scénario sur l’abus sexuel masculin. Internet est en panne et nous n’avons plus de sachets de thé. Je parle à une femme en colère qui estime que nous devrions faire davantage pour mettre fin aux abus sexuels dans l’enfance et à une autre personne qui semble suicidaire, mais qui, comme on a pu le constater en fin d’appel, était en train de se masturber au son de la voix pleine d’empathie que je lui portais. Je n’ai pas rayé une seule chose de ma liste.

Samedi

À bien des égards, le samedi est mon jour préféré de la semaine. J’anime une séance de groupe de survivants masculins. La pièce est électrique. La honte, l’isolement et l’auto-récrimination vacillent et échouent dans une étincelle de connexion, de sollicitude et de guérison.

Dimanche

Une journée de repos entre amis, des promenades solitaires qui nourrissent le cœur et l’âme, la lecture qui m’emmène dans des lieux magiques, la course à pied et les chats avec qui je partage ma maison. Je consulte mon téléphone professionnel pour lire un texte injurieux. Je prépare une tasse de thé.


Traduit par courtoisie de The Guardian

La vie d’un survivant de l’inceste, selon 3 victimes

Imaginez que vous êtes coincé dans un cycle d’abus et de traumatismes, avec apparemment aucun moyen de vous libérer de ce que vous traversiez. Ensuite, imaginez que lorsque vous demandez de l’aide, vous faites face à la stigmatisation et au dégoût entourant le cauchemar dans lequel vous êtes coincés.

C’est souvent ce que ressentent les survivants de l’inceste. La cible de la colère des membres de la famille qui veulent que vous restiez silencieux, ou les soi-disant « alliés » qui font nonchalamment des blagues sur l’inceste sur Internet, font qu’il est dur de naviguer dans ce monde en tant que survivant. Le mouvement #MeToo a fourni aux personnes marginalisées une plate-forme pour parler des agressions sexuelles, mais certaines survivantes ont le sentiment que la dénonciation du silence autour de l’inceste n’a pas réussi à les inclure, ni leurs expériences, ni la discrimination unique à laquelle elles sont confrontées.

Bien que l’inceste soit systématiquement négligé dans la prévention et la sensibilisation aux agressions sexuelles, il est répandu aux États-Unis et dans le monde. Le Réseau national de viol, d’abus et d’inceste (RAINN) estime qu’au moins 34% des auteurs d’agressions sexuelles sur enfants sont un membre de la famille de la victime. Alors que les pères seraient les auteurs les plus fréquents d’inceste, selon une étude publiée en 2014, tous les membres de la famille, y compris les frères et sœurs, les mères, les cousins, les oncles, les tantes et les autres parents proches, peuvent en être les auteurs, tout comme les personnes de tout sexe, peuvent en être les victimes.

L’inceste est une forme de violence sexuelle insidieuse. La plupart des enfants font naturellement confiance aux membres de leur famille proche, et lorsque l’inceste se produit, cela peut être profondément choquant, déroutant et honteux pour les victimes.

J’avais huit ans [quand mon père a commencé]. Comme pour beaucoup de petites filles, mon père était mon idole. Rien n’était plus grand que lui. Il était mon meilleur ami. Il était quelqu’un en qui j’avais confiance et que j’aimais » raconte Julia, une survivante de l’inceste. « C’est naturel de penser : Oh mon Dieu, est-ce que j’ai provoqué ça?, quand une personne se sert de son autorité pour abuser – vous n’avez pas votre mot à dire sur ce qui se passe. »

De plus, les victimes sont souvent réduites au silence par les personnes sur lesquelles elles devraient pouvoir compter le plus – les autres membres de la famille.

Anne affirme avoir été agressée à plusieurs reprises. Elle s’est confiée :  »Je n’ai parlé de cet abus à ma mère que des années plus tard, et elle m’a reproché de m’être mise dans cette situation. Et elle est toujours en contact avec mon cousin qui m’a agressé, malgré le fait que je lui dise à quel point ça me fait mal. Pour Anne, les mauvais traitements ont commencé après son immigration des Caraïbes aux États-Unis pour vivre avec son père et sa belle-mère, à l’âge de 16 ans. « Les abus sexuels ont cessé lorsque j’ai commencé ma première année d’université. Les abus émotionnels et physiques ont continué », dit-elle. « Le processus de guérison n’a pas été un parcours facile. » Quand elle a parlé de cet abus à sa famille, ils l’ont dissuadée de le signaler. « Ils avaient tous peur de lui. Il a passé sa vie à terroriser tout les gens qu’il a rencontré », a-t-elle confié. « En en parlant, vous détruisez le passé qu’ils se sont fourvoyé à croire. »

Dr. Patti Feuereisen, psychologue et auteure de  »Invisible Girls » explique qu’il peut être impossible pour les survivants de l’inceste de s’éloigner de leurs agresseurs. La majorité des enfants dépendent des membres de leur famille pour obtenir des conseils , ainsi qu’un soutien financier et émotionnel. Bien que toutes les formes d’agressions sexuelles soient terribles et méritent d’être condamnées, les victimes d’inceste ont rarement un lieu sûr où s’échapper et sont particulièrement vulnérables lorsqu’elles sont chez elles.

Les abus sexuels dans l’enfance peuvent avoir des conséquences dévastatrices pour la santé mentale et physique des survivants. En 2007, des pédopsychiatres ont déclaré que le trouble de stress post-traumatique ne couvrait pas entièrement l’étendue des symptômes observés chez les jeunes patients victimes d’un traumatisme. Selon l’American Psychological Association, ils ont proposé d’ajouter « trouble de développement traumatique » au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux afin de reconnaître « l’exposition à de multiples traumatismes chroniques » à un jeune âge.

Les experts s’interrogent encore sur l’ajout des troubles traumatiques du développement au manuel psychiatrique , mais il est impossible d’ignorer les conséquences d’un traumatisme subit à un jeune âge. Julia dit qu’elle a eu des idées suicidaires à 12 ans. « Je ne pouvais demander de l’aide à personne, comment j’aurais pu? » dit-elle. « Je pensais : je vais mourir demain. » C’est uniquement parce que son père a commencé à la laisser tranquille qu’elle n’a pas tenté de se suicider.

Comme le démontrent les recherches, les victimes d’inceste peuvent avoir recours à l’auto-mutilation, à des troubles de l’alimentation, à la toxicomanie et à d’autres comportements auto-destructeurs pour faire face à leur traumatisme – jusqu’à ce qu’elles trouvent un lieu sûr et accueillant, à l’abri des abus, et qu’elle puissent s’informer sur la prise en charge des traumatismes . D’autres troubles graves, tels que le trouble de la personnalité, la dépression et la dysmorphie corporelle sont également en forte corrélation avec les abus sexuels durant l’enfance.

En outre, le Dr Feuereisen explique qu’il n’est pas rare que des enfants survivants développent une hypersexualité en réponse à la maltraitance, alors que d’autres peuvent éprouver une aversion totale pour le sexe et la sexualité. Cependant, elle dit que « les deux sont réactives – en réponse au traumatisme- mais pas pour toujours ».

Étant donné l’impact traumatique de l’inceste sur les victimes, la société et les familles, il n’est pas suffisamment pris en compte dans nos sociétés – et ce en dépit de la volonté de responsabiliser les victimes d’agressions sexuelles avec la campagne #MeToo et Time’s Up. L’auteur Mia Fontaine a donné une explication à ce sujet dans un article de 2013 pour The Atlantic :

Étant donné la prévalence de l’inceste et le fait que la famille est l’unité de base sur laquelle repose la société, imaginez ce qui se passerait si chaque enfant actuellement victime de violence – et chaque adulte victime de violence demeurant silencieux – sortait des sentiers battus, insistait pour que justice soit rendue et appliquée. Le tissu même de la société serait déchiré.

Ce sentiment est toujours d’actualité. L’inceste est un sujet inconfortable dont beaucoup d’entre nous, même ceux qui ont vécu l’inceste, ne souhaitent pas parler. De nombreux survivants de l’inceste peuvent se sentir obligés de ne pas perturber l’équilibre familial, malgré les abus passés ou présents. D’autres survivants peuvent ne pas se souvenir des violences. Pour cela et pour bien d’autres raisons encore, l’inceste reste sous-déclaré.

 » D’après mon expérience, l’inceste, même une fois révélé, demeure une chose à cacher. Il n’y a pas de justice parce que c’est une famille » selon Anne .  »Meme si j’ai parlé de ce qui s’est passé à plusieurs proches, ils insistent toujours pour sauver les apparences et demeurer ami avec mon agresseur. Ils me disent de garder le silence et me tiennent responsable de ce qui s’est passé. On ne peut pas briser les liens. Il me reste la honte et la culpabilité d’être une victime.  »

La voie du rétablissement et du mieux-être peut s’avérer moins difficile pour les survivants lorsque l’on aborde les stigmates et mythes associés à ce type d’abus sexuel, qui ont tendance à être ignorés.

« J’espère que les personnes qui n’ont pas connu l’inceste savent que ce n’est pas parce qu’un proche est membre de la famille que c’est une bonne personne, qu’il s’agisse de l’agresseur lui-même ou des personnes qui continuent à le soutenir. Les agressions sexuelles ne sont jamais acceptables », déclare Anne.  »Les agressions sexuelles peuvent survenir n’importe où, même à la maison, un lieu normalement associé à la protection et à la sécurité, et avec des personnes de confiance. Nous avons tendance à rester assis en silence, dans un climat de peur, de honte et de culpabilité qui ne nous appartiennent pas vraiment », explique Summer. « Nous savons qu’une fois que nous commencerons à rester debout dans notre vérité, nous allons énerver beaucoup de gens. Il est temps que nous, survivants de l’inceste, arrivions à réaliser que ce n’est pas grave de déranger les gens. »

« Il est crucial de parler de ces abus sexuel, et en particulier de l’inceste, lorsque vous êtes jeune, à l’adolescence ou dans la vingtaine », a déclaré le Dr Feuereisen. « Nous devons croire toute personne qui sort de l’ombre. Nous devons comprendre qu’elle ne pouvait pas sortir du silence. » Julia est d’avis que parler d’un traumatisme est la seule façon de le traiter, et elle espère que les enfants victimes de violences se rendront compte qu’ils ne sont pas seuls. « J’ai décidé d’utiliser mon histoire comme moyen de guérir », dit-elle. Julia veut que les survivants sachent qu’ils ne doivent pas se blâmer eux-mêmes. « On a profité de vous », dit-elle. Anne dit qu’elle a également intériorisé beaucoup de discours nuisibles au sujet de son abus. « Soyer prêt à défier votre histoire », dit-elle. « Nous nous sommes racontés tant de c*ies. »

Le message ici n’est pas seulement d’être plus disposés à parler ouvertement de l’inceste dans nos sociétés, mais que les survivants puissent enfin trouver une voie, se sentir en paix et mener une vie épanouissante. La recherche nous montre chaque jour de plus en plus qu’avec l’aide de thérapeutes professionnels, notre cerveau peut en fait être reprogrammé après un traumatisme. Dr. Feuereisen dit qu’une pratique qu’elle utilise souvent avec les survivants est la méthode Remap. Lors de la reconfiguration, similaire à la thérapie d’exposition, le survivant revisite mentalement l’espace ou la situation dans lequel le traumatisme s’est produit pour reconnecter le cerveau afin de faire face aux déclencheurs. « La peur est transformée lorsque vous dépassez votre traumatisme et que vous le visualisez de manière positive. En reprogrammant votre expérience à plusieurs reprises, vous réduisez le traumatisme », explique le Dr Feuereisen.

 »Je veux qu’il soit clair que l’abus sexuel et l’inceste ne constituent en aucun cas une condamnation à mort », a déclaré le Dr Feuereisen. « Vous n’êtes pas un bien endommagé. Vous pouvez aller mieux. « 

L’espoir de guérison des survivants de l’inceste n’est pas un rêve éphémère: de nombreuses preuves soutiennent l’idée que la guérison après un abus sexuel est tout à fait possible, et qu’en parler sans honte est un aspect essentiel du rétablissement. Alors que les discussions portant sur la manière dont notre société peut éliminer les violences sexuelles continuent de prendre de l’ampleur, les survivants de l’inceste méritent de faire entendre leur voix dans la politique, la défense des droits et à travers #MeToo.

Source :  KYLI RODRIGUEZ-CAYRO and AYANA LAGEBustle