violences sexuelles hommes

Inceste père-fils: Examen et analyse des incidents déclarés

Publié Laisser un commentairePublié dans agresseur, dévoilement, hommes

Résumé: Un examen de la littérature sur l’inceste père-fils révèle à la fois un nombre moins important de cas signalés et des données insuffisantes par rapport à l’inceste père-fille. Néanmoins, il semblerait que les antécédents psychosociaux et la personnalité du père qui agresse sexuellement son fils soient des facteurs dominants, alors qu’un cadre familial dysfonctionnel serait au cœur des agressions sexuelles sur la fille.

Bien que les violences sexuelles des pères sur leurs fils soient considérés comme rares, selon la littérature sur l’inceste, une nouvelle perspective a commencé à émerger au cours des deux dernières décennies. Les statistiques tirées principalement des hôpitaux, des rapports de police, d’enquêtes générales et de sources liées à la protection de l’enfance, indiquent qu’un nombre important de garçons aux États-Unis sont victimes d’agressions sexuelles commises par leurs pères. Par exemple, l’analyse de données de Finkelhor (à paraître) basée sur l‘étude de 5809 cas prouvés de sévices sexuels sur mineur rapportés par les agences de protection de l’enfance dans trente-et-un états, indique que plus de la moitié (57%) des 757 garçons du groupe ont été agressés par leur père. De plus, il est fort possible que l’inceste père-fils soit sous-déclaré en raison des tabous sur l’inceste et l’homosexualité.

Les comportements incestueux existants ou potentiels au sein de la famille sont généralement difficiles à évaluer avec précision. En tant que type de comportement social déviant dont on a peu parlé, l’étude de l’inceste père-fils peut nous permettre d’approfondir nos connaissances concernant d’autres types d’inceste. La comparaison entre l’inceste père-fils et l’inceste père-fille est d’autant plus important qu’il pourrait permettre de définir les dynamiques familiales et les traits de personnalité qui prédominent pour chaque type d’inceste. Comme nous allons le démontrer dans le présent article, certains pères agressent tout aussi bien sexuellement leurs enfants de sexe masculin que ceux de sexe féminin, ce qui peut soulever des problématiques de diagnostic supplémentaires. De plus, l’examen de l’écosystème du père, dont les actes sexuels sont à la fois homosexuels et incestueux, peut mettre en évidence des valeurs, telles que l’homophobie, au sein de la matrice familiale et de la communauté au sens plus large, et leurs conséquences sur les pères et les fils.

L’inceste père-fils examiné dans la littérature clinique permet de mieux comprendre les circonstances dans lesquelles ce phénomène se produit.

EXAMEN DE LA LITTÉRATURE

Les études cliniques sur l’inceste père-fils sont peu nombreuses et les rapports de cas ne fournissent souvent pas assez de données pour pouvoir développer des modèles descriptifs. Bien souvent, les rapports de cas indiquent l’âge de l’enfant au moment du premier contact sexuel avec le père, la concomitance de l’acte sexuel avec une agression physique, et l’agresseur (toujours le père). La durée des contacts sexuels est généralement mentionnée directement ou peut être calculée à partir des données. Ce qui est surprenant, cependant, c’est que beaucoup de cas présentés ne décrivent pas la nature du contact sexuel. D’autres exemples d’information souvent disponibles dans les cas d’inceste père-fils sont les suivants : le nombre de frères et sœurs et l’ordre de naissance de la victime, l’âge et le sexe des frères et sœurs, et si le contact sexuel a eu lieu entre le père et plus d’un enfant. Le rôle de la mère de famille et les dynamiques de l’interaction familiale sont moins souvent examinés. En revanche, les études portant sur l’inceste père-fille fournissent souvent des informations importantes sur de nombreuses variables-clés qui permettent de comprendre de manière plus approfondie ce type d’inceste, alors que ce n’est pas le cas pour les incestes père-fils. Cette problématique sera examinée dans une section ultérieure.

Dans la littérature sur l’inceste, les critères de détermination de l’acte incestueux varient. Par exemple, l’acte sexuel peut-il être défini par le seul fait de toucher les parties génitales de l’enfant? Ou, devrait-il être défini comme tout acte commis par un adulte sur le corps d’un enfant qui mène à l’excitation sexuelle et à l’orgasme?

Berry (1975) rapporte un cas d’inceste père-fils, résumé ci-dessous, qui illustre bien la difficulté d’établir des lignes directrices de définition de l’inceste.

Un jeune homme adulte débuta une psychothérapie avec des problématiques liées à sa carrière professionnelle, des conflits avec ses parents et une inquiétude concernant son isolement social. Il signala qu’entre trois et huit ans, il prenait fréquemment sa douche avec son père et, alors qu’il lavait son fils, le père insérait souvent son doigt dans l’anus de l’enfant. À partir de neuf ans, une nouvelle activité remplaça la douche mutuelle : de bonne heure chaque matin, le fils montait dans le lit parental et s’allongeait contre son père dans la position de la cuillère avec le pénis de son père collé contre ses fesses. Sa mère n’est jamais intervenue, mais lorsqu’il atteint quinze ans, le fils décida de cesser ces visites matinales.

Berry définit ce cas comme un exemple d’inceste père-fils. Les psychiatres, psychologues et travailleurs sociaux définissent l’inceste comme tout contact physique intime qui suscite une excitation sexuelle et qui a lieu entre des membres non mariés d’une famille. Dans l’examen des cas d’inceste père-fils qui suivent, j’ai accepté les hypothèses des auteurs qui supposent que l’inceste a eu lieu même dans les cas où l’acte sexuel n’est pas décrit.

LE CONTEXTE ET LES CIRCONSTANCES

Les circonstances du contact sexuel entre les pères et les fils varient considérablement. Les cas d’inceste père-fils qui montrent des similitudes sont regroupés ici pour la discussion et sont brièvement résumés. Les cas de contacts sexuels entre les beaux-pères et beaux-fils sont exclus de cet examen pour conserver une clarté conceptuelle, bien que les auteurs les considèrent comme de l’inceste.

Plusieurs cas ont été signalés dans lesquels le contact sexuel entre père et fils avait eu lieu dans une situation familiale apparemment désorganisée où le comportement impulsif et physiquement violent du père était considéré comme normal. Ces pères avaient un comportement exploiteur avec leurs familles, une orientation généralement pansexuelle et ils agressaient sexuellement leurs fils tout comme leurs filles. L’âge du/des fils lors du premier contact sexuel était souvent prépubère.

Lors de ce qui semblerait être le premier rapport de cas d’inceste père-fils, Bender et Blau (1937) décrivent une situation illustrant ces caractéristiques. Calvin, six ans, soutenait que sa sœur était généralement l’instigatrice de jeux sexuels avec lui et qu’ils avaient tous les deux acquis cette habitude de leur père. Il confessa avoir des sentiments amers et une peur considérable de son père. Il adorait sa mère et sa sœur. Il affirma que son frère de dix ans avait refusé les avances sexuelles de son père, et que ce dernier lui avait jeté une tasse de café chaud et l’avait brûlé. Calvin semblait avoir davantage peur des agressions physiques que sexuelles. Il savait que sa sœur avait passé beaucoup de temps à l’hôpital suite aux expériences sexuelles qu’elle avait vécues avec son père.

La peur pour sa vie en présence d’un père avec ce type de comportement est compréhensible lorsqu’on analyse les cas plus récents. Par exemple, Dixon, et al. (1978) relatent le comportement d’un père qui avait sodomisé de manière répétitive son fils biologique âgé de trois ans, et agressé physiquement et sexuellement son beau-fils et sa belle-fille. La mère décrivait le père comme un individu violemment explosif et expliqua qu’elle avait peur qu’en essayant de restreindre son comportement envers les enfants, elle se mette elle-même en danger. Il avait déjà été condamné pour homicide involontaire, commerce illicite d’alcool et vente de pornographie. La police détermina que ses relations sexuelles avec ses deux fils et sa belle-fille étaient motivées par des raisons pornographiques. L’activité sexuelle intrafamiliale existait déjà depuis un an lorsque le père fut arrêté pour fabrication d’alcool de contrebande et vente d’alcool à des mineurs.

Dans un autre cas, ces auteurs décrivent un type de père similaire. L’aîné d’une famille composée d’une mère, d’un père et de six enfants (quatre fils de 8, 10, 12 et 15 ans, et deux filles âgées de 13 et 14 ans) confia le secret familial à son thérapeute : son père avait agressé sexuellement les six enfants sur une période de dix ans. Outre les agressions sexuelles, il battait aussi souvent les enfants. Lorsque le père était de mauvaise humeur, l’aîné ou l’aînée se sacrifiaient pour protéger les enfants plus jeunes. Bien que la mère ait joué un rôle important en signalant la situation auprès de professionnels de l’aide, elle était consciente des activités de son mari depuis quelques temps. Lorsque le père divorça de la mère, il continua à vivre dans le quartier et à intervenir dans la vie de ses enfants.

Reichenthal (1979) décrit un patient dont le père avait un comportement similaire : « Un autre patient, un garçon de 4 ans, expliquait que son père lui avait touché, sucé et brûlé les parties génitales, et qu’il exigeait que la demi-sœur de Richard, âgée de sept ans, se livre à des actes sexuels avec Richard » (p.122).

L’alcoolisme chez le père est une caractéristique marquante dans certains cas. Ces pères semblent souvent avoir une orientation homosexuelle, mais ne semblent pas se considérer comme tel. Le rapport d’Awad (1976) sur un cas de cette nature est représentatif. Sur une période d’une semaine, trois interactions sexuelles eurent lieu entre un père et son fils de 14 ans, avec des activités allant des caresses génitales à la pénétration anale. Le fils ayant subi ces agressions sexuelles était le plus jeune des quatre fils, mais il était plus âgé que ses deux sœurs. Le père était l’instigateur de l’activité sexuelle et était ivre à chaque épisode. La situation maritale s’était détériorée au cours des années, à tel point qu’il y avait une rupture totale de communication entre les parents. Il n’y a pas de preuve d’une relation particulière entre le père et le fils, mis à part le fait que le fils eut remis en question l’autorité de son père, violant ainsi les normes de sa famille de la classe ouvrière. Le père et le fils nièrent tous les deux toutes rencontres, fantaisies ou désirs homosexuels antérieurs.

Dixon, et al. (1978) signalent le cas d’un père alcoolique qui, tout comme le père décrit ci-dessus, dominait et agissait de manière agressive envers les membres de sa famille (épouse, quatre fils et une fille), et n’eut de contact sexuel qu’avec l’un de ses fils. Le fils en question était le deuxième de la famille et le père débuta l’activité sexuelle lorsque son fils avait environ 10 ans et continua jusqu’à ce que la famille soit signalée auprès des services sociaux alors qu’il avait 16 ans. Le mariage avait toujours été identifié comme étant conflictuel. Il s’agissait d’une famille de la classe ouvrière mais le père était sans emploi depuis plusieurs années. Malgré le fait que le père eut été impliqué sexuellement avec d’autres hommes avant son mariage (son frère et son beau-frère actuel), il expliqua que sa longue relation sexuelle avec son fils était la conséquence d’une relation sexuelle médiocre avec sa femme.

Medlicott (1967) fait état de trois cas d’inceste père-fils dans lesquels deux pères sur trois sont alcooliques (malheureusement les deux pères ne sont pas identifiés). L’auteur définit les pères comme étant passifs par rapport à la domination de leurs femmes. Il suppose que les pères n’étaient probablement pas conscients de ce qu’ils faisaient à leurs fils et que la séduction des fils était motivée principalement par l’envie de se venger de leurs femmes qui chérissaient leurs fils.

Rhinehart (1961) décrit un père alcoolique qui poussa ses deux fils à poursuivre des activités homosexuelles avec lui et entre eux, mais l’auteur ne fournit pas d’information supplémentaire sur les circonstances.

Un autre ensemble de cas, qui présentent une similitude évidente, décrit le père comme ayant un investissement émotionnel positif avec le fils avec lequel il eut un contact sexuel. L’agressivité ne semble pas accompagner l’acte sexuel. Les fils des pères en question ont atteint la puberté dans la plupart des cas. Les pères se sont soit identifiés comme ayant une orientation homosexuelle ou soit, au contraire, ont nié la nature homosexuelle des actes incestueux ou toute orientation homosexuelle personnelle.

Dans l’étude réalisée par de Young (1982) auprès d’un échantillon clinique, quatre cas présentent des pères ayant confirmé leur homosexualité. Ces cas ne sont pas présentés individuellement, mais les enregistrements des déclarations du père recueillis par l’auteur communiquent bien leurs perceptions :

« C’est différent lorsque l’enfant est votre fils, » explique Mr. Logan. « Je veux dire que si j’avais agressé sexuellement un garçon du voisinage ou un garçon qui était un parfait inconnu, je serais homosexuel. Mais cet enfant est ma chair et mon sang; c’est donc différent. »

« Je suis sûr que quelqu’un de l’extérieur dirait que je suis homosexuel», explique Mr. Harris, « mais je ne le pense pas. Ce que j’ai fait à mon fils est une preuve d’amour. Ce n’était peut-être pas la meilleure façon de l’exprimer, je vous l’accorde, mais c’est de l’amour. Et lorsque cela arrive entre un père et un fils, on peut difficilement appeler ça de l’homosexualité. » (p.74)

Trois pères sur quatre ont confirmé qu’ils avaient eu des contacts homosexuels avant ou pendant leurs mariages. Tous les pères avaient une opinion méprisante des hommes à orientation homosexuelle, qu’ils associaient à des stéréotypes efféminés et faibles. L’un des pères avaient eu un contact incestueux avec son propre père.

À l’autre extrémité du spectre, Langsley, et al. (1968) ont rapporté le cas d’un garçon qui, à l’âge de 12 ans, avait été poussé par son père à faire du sport car, selon ce dernier, son fils avait besoin de muscler son corps. À la fin de chaque session, ils se masturbaient l’un l’autre. Cette pratique se poursuivit pendant un an et demi. Dans l’étude de cette famille, les auteurs conclurent que les actes incestueux résultaient principalement de conflits sexuels non résolus qui remontaient à l’enfance du père, et non d’une problématique liée aux interactions familiales. Le désir sexuel et émotionnel du père envers son fils aurait été issu du report d’une amourette d’adolescence. Le père avait été élevé dans une famille pratiquant une religion intégriste et sa mère avait souvent censuré ouvertement l’expression sexuelle. À 12 ans, il avait été séduit par son oncle, âgé de 19 ans, et lorsqu’il avait signalé cet événement, sa famille ne voulut pas le croire et fut très en colère. À l’adolescence, il tomba amoureux d’un garçon de 8 ans qui s’appelait Dave. Il n’y eut pas de contact sexuel et il fut bouleversé lorsqu’il déménagea avec sa famille dans une autre communauté. Il décida qu’une fois marié, il nommerait son premier fils en l’honneur de son « premier amour ». Après son mariage, il nomma effectivement son premier enfant « Dave ». Trois autres enfants naquirent ensuite, mais il n’y eut aucun contact sexuel entre le père et ses autres enfants.

Caprio (1955) décrit un père qui mena apparemment un style de vie homosexuel tout au long de l’enfance de son fils. La mère était décédée quand l’enfant était très jeune et le fils et sa sœur avaient été placés dans un orphelinat. L’historique de la relation incestueuse n’est pas vraiment clair et quelque peu contradictoire, mais il semblerait qu’il y ait eu un bref contact oral et génital entre le père et son fils à l‘âge de 4 ans, et que cela ait repris une fois que le garçon eut atteint 11 ans et se poursuivit ensuite régulièrement. Les amis du père furent aussi impliqués dans des actes sexuels avec le fils. Les contacts sexuels entre le père et le fils eurent lieu chez le père et à l’orphelinat. Le fils fut aussi impliqué dans des actes homosexuels à l’orphelinat.

Deux cas d’inceste père-fils sont uniques du fait que le fils ait mené des activités homosexuelles avec d’autres avant tout contact sexuel avec le père, et que ce dernier ait eu connaissance du comportement sexuel du fils avant inceste. Raybin (1969) signale un cas impliquant trois générations d’inceste père-fils. Le père était professeur et metteur en scène. Il avait eu des contacts sexuels avec son propre père et son frère pendant de nombreuses années pendant sa jeunesse au sein d’une famille dans laquelle ce comportement semblait répandu. Il avait un fils issu de son mariage. À l’âge de 20 ans, le fils annonça à son père qu’il avait eu des expériences homosexuelles auparavant. Le fils suspectait depuis de nombreuses années que son père était homosexuel. Le père fit des avances à son fils qui furent déclinées dans un premier temps, mais ils finirent par coucher ensemble et le fils se soumit passivement à des caresses génitales.

Gregerson mentionna à cet auteur un cas tiré d’une étude sur les pratiques sexuelles des personnes hétérosexuelles et homosexuelles ayant recours à des pratiques sexuelles sadomasochistes (communication personnelle non communiquée). La personne sondée, un homme d’origine hispanique d’âge moyen, expliqua qu’il avait été séduit par son père quand il avait 18 ans, et qu’il avait maintenu cette liaison sexuelle jusqu’au jour où il partit rejoindre l’armée de l’air. Avant ce contact sexuel avec son père, il avait eu des relations sexuelles avec des personnes de sexe masculin dès l’âge de 12 ans, y compris avec son oncle maternel et un chef scout. Il vécut un style de vie homosexuel ouvert pendant son adolescence. Il accepta les avances de son père et déclara qu’il était son « meilleur amant ». La mère vivait dans la maison, et le père n’eut aucun rapport incestueux avec son autre fils ou ses trois filles (la personne sondée était l’aîné des fils et le deuxième enfant par ordre des naissances). La nature du contact sexuel avec le père n’est pas connue.

Deux rapports d’inceste père-fils soulignent que, dans les familles extrêmement désorganisées dans lesquelles un ou plusieurs membres de la famille souffrent de troubles psychotiques, le comportement incestueux pourrait devenir un modèle interactionnel familial. Weiner (1962) décrit une famille dont le père, enseignant, avait eu des relations incestueuses avec sa fille de 10 ans et son fils de 9 ans. La mère, qui était consciente des activités sexuelles du père, et le fils furent tous deux hospitalisés pour des événements psychotiques. Meiselman (1978) décrit brièvement un adulte alcoolique définissant l’inceste père-fils et les hospitalisations répétées de sa mère pour des troubles psychotiques comme traumatisme à un jeune âge. Les signalements d’inceste père-fils sur des enfants de très jeune âge pourraient aussi indiquer la présence d’une pathologie sévère chez le père. Par exemple, Dixon, et al. (1978) décrivent deux cas dans lesquels l’un des enfants avait seulement 2 ans, et l’autre 4 ans.

Dans les cas décrits ci-dessus, il n’y a pas de preuve de pédophilie homosexuelle impliquant le père dans des activités sexuelles avec des enfants en dehors du cadre familial. Edwards (1972) mentionne le cas d’un médecin qui, avant son mariage, avait eu un contact sexuel avec le fils de 4 ans d’un ami. Son mariage était tendu dès le départ et après la naissance de ses trois fils, il devint sexuellement actif avec eux (âge du début des activités non indiqué) et continua pendant plusieurs années. L’activité sexuelle consistait à frotter son pénis sur les fesses des garçons jusqu’à ce qu’il atteigne l’orgasme. La mère était au courant de ce qui se passait depuis deux ans et dénonça les faits au moment où le père demanda à l’aîné de le pénétrer par voie anale.

DISCUSSION

Les attitudes et comportements des pères ayant des contacts sexuels avec un ou plusieurs fils varient considérablement. Associée à des données incomplètes dans la plupart des cas, l’analyse est d’autant plus limitée. Malgré tout, la comparaison de ces cas avec de nombreux rapports cliniques d’inceste père-fille, souvent bien recherchés, permet de fournir des contrastes qui mènent vers des questions pour une future exploration de la nature de l’inceste père-fils.

Inceste père-fille

Les études cliniques de l’inceste père-fille se concentrent principalement sur la famille en tant que système et sur les personnalités des membres de la famille impliqués, pour analyser les dynamiques du comportement déviant. Dans l’examen de ces études, Taubman (1984) parle du comportement familial et du comportement de chaque membre de la famille. Dans le premier cas,

L’éloignement des parents sur le plan sexuel, l’éloignement et l’inversion des rôles entre les mères et les filles, ainsi qu’un niveau de stress psychosocial élevé sont souvent trouvés au sein des familles incestueuses; (p.37)

alors que des besoins de dépendance insatisfaits et une faible estime de soi sont à la base des traits de caractère, et par lesquels

les pères incestueux, par exemple, sont souvent autoritaires, dépendants, infantiles, ou encore généralement irresponsables. Dans les familles incestueuses, les mères sont souvent faibles et soumises, frigides, aux mœurs légères, ou alors indifférentes aux besoins des autres, et les filles victimes d’inceste ont souvent peur d’être rejetées ou abandonnées, transmettent un genre de soi-disant réciprocité, utilisent un comportement séducteur pour gagner l’attention ou l’affection de quelqu’un, et ressentent le besoin de sauver leur famille, en particulier le père. (p.38)

Il n’y a, bien entendu, pas de lien de cause à effet direct entre ces facteurs et l’inceste consommé, mais de nombreux experts pensent que ces facteurs génèrent des niveaux de stress élevés avant le début des actes incestueux.

Une étude bien connue sur l’inceste, réalisée par Justice et Justice (1979), décrit ce profil. Les comportements de 112 familles dans lesquelles il y avait eu inceste ont été analysées pour déterminer les dynamiques de personnalité et familiales (cinq cas d’inceste père-fils ont été identifiés, mais l’historique de ces cas n’a pas été rapporté). Il a été conclu que les pères pouvaient être divisés en quatre groupes : (1) personnalités symbiotiques, (2) personnalités psychopathiques, (3) personnalités pédophiles et (4) autres, y compris ceux dont la pratique fait partie de la culture locale. Par exemple, Dr. Bert Weinblatt (communication personnelle) signala à cet auteur un contact thérapeutique bref avec un patient de sexe masculin, qui avait grandi dans une grande famille des Appalaches, qui avait séduit et maintenu une relation sexuelle avec son père.

Le père symbiotique était de loin le type identifié le plus commun. Il se tournait vers sa fille à la recherche de qualités maternelles, d’amour et de confort. Les auteurs identifièrent plusieurs sous-types dont l’ « introverti » qui est socialement isolé et qui confère ce style à toute la famille; celui « qui rationalise » et qui justifie son activité sexuelle avec sa fille en disant qu’il lui montre ce qu’est « l’amour »; le « tyran » qui applique une discipline stricte au sein de la famille et qui utilise l’intimidation pour gagner l’affection de sa fille; et l’ « alcoolique » qui se sert de la boisson pour faciliter le rapprochement avec les autres. Dans ces cas, les relations maritales sont tendues et les performances de la mère dans son rôle sont devenues dysfonctionnelles.

Profil symbiotique

Dans l’examen des cas d’inceste père-fils, certains pères montraient un investissement émotionnel positif vis-à-vis de leurs fils. Un profil de relation « symbiotique » entre le père et le fils ne ressort pourtant pas dans la description des cas. Il n’y a aucune preuve que ces pères aient été à la recherche d’un soutien affectif auprès de leurs fils. Bien que la plupart des cas ne fournissent que des renseignements limités sur les dynamiques d’interaction au sein de la famille, dans les cas où la relation à trois entre le père, la mère et le fils est décrite, le comportement incestueux du père semble ne pas être lié à la qualité du rapport conjugal. La seule exception possible serait dans les cas présentés par Medlicott (1967), mais sa conclusion selon laquelle l’inceste père-fils pourrait avoir été motivé par le désir du père de se venger contre sa femme n’est pas soutenue par des preuves.

Dans les cas où il y avait des preuves que le père avait des sentiments positifs envers son fils, le fils était arrivé à un âge où la puberté aurait pu avoir débuté (ce facteur n’a pas été mis en évidence dans la plupart des exemples). Justice et Justice (1979) suggèrent que la maturité sexuelle de la fille ferait partie des changements au sein de la famille qui pourraient accroître le risque d’inceste. Dans une étude réalisée sur 78 cas d’inceste en Allemagne, Maisch (1972) a découvert un lien étroit entre les signes de maturité biologique et l’âge de la victime au début de l’inceste. Par conséquent, le début de la puberté chez le fils pourrait être un facteur applicable dans certains cas d’inceste père-fils.

Ce qui pourrait distinguer les cas d’inceste père-fille identifiés comme étant « symbiotiques » par Justice et Justice, des cas d’inceste père-fils dans lesquels le père semble avoir un attachement positif avec son fils, qui n’est cependant que temporaire, est le fait que ce père cherche à assouvir des besoins sexuels que sa femme est incapable de satisfaire. De plus, en raison de la stigmatisation sociale, certains de ces pères semblent avoir peur d’exprimer ou d’accepter leur homosexualité en dehors de leur domicile, comme, par exemple, les pères décrits par de Young (1982).

Profil psychopathique

Les cas rapportés par Bender et Blau (1937) et Dixon, et al.(1978) décrivent des pères avec des traits de personnalité qui seraient définis comme étant « psychopathiques » par Justice et Justice (1979). Ils agressèrent sexuellement et physiquement leurs fils et leurs filles et semblaient agir sans retenue morale avec l’ensemble des membres de la famille. Le contact sexuel initial avec les fils tout comme les filles avait lieu avant la puberté. La question se pose donc de savoir pourquoi ils ont choisi un enfant qui n’était pas mature sexuellement. Ce choix peut tout simplement être basé sur la disponibilité d’un enfant, quel que soit son âge. De plus, alors qu’ils évaluent les faiblesses de ceux qui pourraient être exploités, les pères pourraient se diriger vers les filles qui ont assimilé des coutumes culturelles de soumission vis-à-vis de l’homme, et vers les fils qui sont trop jeunes, immatures, et faibles physiquement pour résister.

Bien qu’il y ait peu de références au comportement psychopathique dans l’inceste père-fils dans la littérature clinique, des études sur les violences sexuelles sur mineurs indiquent que ce type de père serait commun. Il convient de noter que l’âge moyen des victimes d’inceste père-fils est inférieur à l’âge moyen dans l’inceste père-fille, selon l’analyse (à paraître) de Finkelhor des données du Centre national de la violence et des négligences à l’égard des enfants. En outre, il est moins probable que les garçons soient seuls à subir des violences, surtout lorsque l’agresseur est un parent. Dans 65% des rapports, la fille est l’unique victime, alors que 65% des garçons subissent des sévices avec une autre victime, qui est généralement une sœur plus âgée. Étant donné que le comportement pansexuel est caractéristique des pères jugés « psychopathiques », ces statistiques pourraient amener à penser qu’un pourcentage plus élevé de garçons seraient agressés sexuellement par ce type de père par rapport aux filles.

DÉCLARATION DES CAS

Le nombre de déclarations de violences sexuelles sur les garçons auprès des agences publiques est nettement inférieur à celui des filles. Finkelhor (à paraître) a examiné plusieurs enquêtes générales et des études cliniques, et a découvert que les enquêtes générales mettent en évidence des taux élevés de violences sur sujets de sexe masculin, ce qui mène à penser que les sévices sexuels sur garçons ne sont pas rendus publics proportionnellement à leurs incidences, et les services professionnels fournis se sont pas non plus de même ampleur que pour les violences sexuelles sur jeunes filles. Il a également ajouté que la violence sur les garçons est sous-déclarée en raison de facteurs sociaux et culturels, tels que le principe masculin d’autonomie, et de la peur de l’enfant se perdre son indépendance et de voir ses activités restreintes s’il dénonce l’incident. D’autre part, toutes les études indiquent que la plupart des sévices sur garçons sont menés par un partenaire de même sexe, d’où l’émergence d’une double stigmatisation avec la violation des normes hétérosexuelles et l’interdiction d’avoir un enfant comme partenaire sexuel.

Si l’agresseur de l’enfant de sexe masculin est le père de l’enfant, il est possible que le tabou de l’inceste accroisse encore plus la réticence de l’enfant à déclarer l’événement. Le cas suivant illustre bien ce type de situation.

À 36 ans, Christopher débuta une psychothérapie. Il y mit fin après quelques sessions en expliquant qu’il « n’avait plus rien à dire ». Deux ans plus tard, il suivit un cours d’entraînement à l’assertivité et reprit le traitement avec cet auteur. Il décrivit une « impasse » qu’il avait vécue par rapport aux autres qui se traduisait par son retrait dès lors qu’il ressentait le besoin d’exprimer un sentiment. Au cours de la sixième session, tout en exprimant des sentiments de panique et de peur, il déclara que son père l’avait forcé à des actes sexuels (masturbation et contacts oraux-génitaux) entre 6 et 10 ans. Cette pratique prit fin lorsqu’il menaça son père de révéler les événements. Il n’avait jamais divulgué cette information à qui que ce soit auparavant. Il avait une seule sœur, plus jeune que lui, qui avait un handicap physique depuis la naissance et qui fut hospitalisée brièvement pour troubles mentaux tard dans l’adolescence. À ce qu’il sache, son père ne l’avait jamais agressée sexuellement. Bien que des preuves circonstancielles aient semblé mettre en évidence le comportement déviant du père envers son fils, la mère les ignora. Les deux parents, qui étaient alliés dans toutes les problématiques, traitaient Christopher de manière sadique : le père le battait gravement « avec un sourire sur son visage » dès lors qu’il refusait ses avances sexuelles, et la mère le dénigrait et l’appelait fréquemment par le nom du chien de famille. Cette famille de la classe moyenne supérieure résidait dans une communauté riche où il y avait beaucoup de ressources sociales et récréatives. Christopher passait autant de temps que possible loin de la maison en participant aux activités des clubs sociaux et sportifs. Pendant son adolescence, il eut plusieurs contacts homosexuels avec un cousin de son âge. À l’université, il sortit avec plusieurs femmes mais, après obtention de son diplôme, il n’eut plus que des activités sexuelles avec des hommes et il poursuivit une carrière de sportif professionnel. Lorsqu’il débuta sa thérapie, il venait de rompre une relation amoureuse de cinq ans avec un homme. Les révélations du patient concernant son « secret » produisaient des fantasmes où il se voyait être puni, ou sinon détruit, ou, comme cela avait été le cas pour son père, pris de démence (le patient avait été informé par sa mère que son père avait été diagnostiqué comme « dangereusement psychopathique » par un médecin d’entreprise au moment de partir en retraite).

Il est évident que Christopher avait dû peser les gains et les pertes en cas de dénonciation des violences subies par son père aux autorités publiques alors qu’il vivait encore avec sa famille. Qui pourrait croire que son père, un homme dont la carrière professionnelle était accomplie et qui était marié à une femme qui fréquentait régulièrement d’autres femmes au sein de la communauté, avait commis un inceste? Est-ce que son père, un homme violent, se vengerait et comment? Ses activités à l’extérieur de la maison seraient-elles restreintes? Que diraient ses pairs, ses enseignants et les autres s’ils étaient au courant de ses circonstances? Ainsi, un enfant dans une telle situation se retrouve face à un dilemme extrêmement profond.

Le fait que les garçons soient peu disposés à signaler tout type d’agression sexuelle se reflète dans une étude réalisée par Landis (1956). Seulement 16,5% des garçons victimes de sévices sexuels signalent le (les) incident(s) à leurs parents par rapport à 43% des filles victimes. Dans les cas d’inceste homosexuel, de nombreux auteurs d’études sur l’inceste père-fils décrivent une forte réticence de la part du fils à parler aux autres de sa relation avec son père. Le patient décrit par Caprio (1955), par exemple, relata par écrit la relation qu’il avait avec son père à son thérapeute.

CONSÉQUENCES DE L’INCESTE

Les études de suivi des cas d’inceste signalés sont rares. Bender et Grugette (1952) rassemblèrent des données en 1951 sur des cas de sévices sexuels sur mineurs rapportés par Bender et Blau (1937) en 1937. Ils conclurent que le comportement sexuel délibéré que ces enfants avaient vécu, y compris l’inceste père-fils et père-fille, n’était pas synonyme de dysfonction à l’âge adulte, en particulier liée à une victimisation précoce. En revanche, des études effectuées sur des adultes impliqués dans certains types de comportement sexuel déviant, tels que les violences sexuelles sur mineur ou la prostitution, suggèrent qu’un pourcentage élevé de la cohorte a été victime de sévices sexuels pendant l’enfance. Par exemple, une étude réalisée par Silbert et Pines (1983) auprès de prostituées a déterminé que 60% des sujets avaient été exploitées lorsqu’elles étaient mineures, bien souvent par leurs pères ou des membres de la famille. Dans son étude impressionniste sur la prostitution des garçons aux États-Unis, Lloyd (1976) observa que ces garçons avaient une faible estime de soi et qu’ils avaient souvent été élevés dans des maisons où ils avaient été victimes de violences physiques et sexuelles. Un exemple d’inceste père-fils est signalé. Peu d’informations sont disponibles quant à la prédisposition des garçons vers une orientation homosexuelle suite à un contact sexuel avec un adulte de sexe masculin. Dans une étude sur des étudiants universitaires, Finkelhor (1981) découvrit que les garçons victimes de violences sexuelles commises par des hommes plus âgés avaient quatre fois plus de chances que leurs pairs qui n’avaient pas subi de sévices d’être impliqués actuellement dans une activité homosexuelle. Une étude récente de Bell et Weinberg (1981) indique cependant que seulement 5% des hommes homosexuels déclarent avoir eu des expériences sexuelles avec des adultes pendant leur enfance. En outre, la littérature actuelle sur le comportement homosexuel chez les adultes suggère que, dans de nombreux cas, il est ancré dans la petite enfance ou pourrait peut-être même être d’origine génétique.

Dans le cadre de leur comparaison des différents types d’inceste à caractère homosexuel, Kalow, et al. (1981) découvrirent que la prédominance d’une psychopathologie était plus importante dans les cas d’inceste père-fils que dans toutes les autres combinaisons à l’exception de l’inceste sœur-sœur. Ils définirent la psychopathologie comme tout signalement de psychose, dépression ou suicide chez chaque participant. Leur examen des cas d’inceste père-fils ne couvre pas tous les cas rapportés dans cet article, qui est pris pour acquis comme étant exhaustif. L’association de l’inceste père-fils avec une psychopathologie sérieuse semble cependant caractériser ce type d’inceste. Aussi, pendant la période de victimisation ou peu de temps après, le fils affiche souvent des comportements qui sont synonymes de troubles émotionnels graves. Par exemple, la tendance du fils d’un père abusif à avoir des accidents sembla menacer sa survie (Dixon 1978). Ces incidents comprirent notamment une blessure par balle dans la poitrine infligée délibérément par un ami, des brûlures après avoir menti sur un registre, la chute d’un toit, et un ensemble de blessures aux mains et aux genoux.

Il est possible de supposer que l’inceste père-fils pourrait, à court terme, être à l’origine d’un stress pour l’enfant qui compromettrait le développement de son identité et de son estime de soi alors qu’il essaie de naviguer parmi les tabous de l’inceste et de l’homosexualité. On demande au garçon de jouer un rôle qui est inapproprié pour son âge. Il est conscient des normes culturelles prescrites concernant la masculinité mais celles-ci sont remises en cause par le comportement de son père. Il doit réévaluer sa relation avec les membres de sa famille, en particulier sa mère, avec qui ses liens pourraient être menacés.

CONCLUSIONS

Comprendre les interactions entre les facteurs intrapsychiques et environnementaux dans le cadre de l’inceste, et d’autres problèmes de la vie, aide à guider les diagnostics et traitements professionnels. L’analyse des circonstances de l’inceste donne des indices sur les antécédents psychosociaux et la personnalité du père impliqué sexuellement avec son fils, et est un facteur dominant, alors que l’interaction dysfonctionnelle de la famille semble aussi être un élément-clé dans l’inceste père-fille. Les cas d’inceste père-fils présentés indiquent que certains pères agissent sur des impulsions à caractère pansexuel; d’autres pères poursuivent des motivations homosexuelles. Ces découvertes suggèrent des approches différentes dans la mise en place d’interventions.

Les pères qui démontrent un comportement psychotique ou associé à des troubles de personnalité sociopathique sont également enclins à agir de manière impulsive ou destructrice dans la sphère non sexuelle de la vie familiale. Par conséquent, l’inceste ne représente qu’un aspect parmi tant d’autres du dysfonctionnement familial. En comparaison, les pères qui agissent sur des impulsions homosexuelles semblent plus stables sur le plan émotionnel et affichent des valeurs plus conventionnelles comme, dans certains cas, l’homophobie. Ces hommes semblent être socialement isolés, incapables de négocier leurs besoins au sein et à l’extérieur du cadre familial. Dans certains cas, des antécédents d’inceste sur plusieurs générations, avec leurs propres pères ou d’autres membres de la famille, représentent un facteur qui pourrait isoler l’acte incestueux, dissipant ainsi la stigmatisation sociale. Il est essentiel que ces pères et leurs fils aient accès à une assistance professionnelle libre de tout jugement, qui leur permettra de résoudre les problématiques liées à l’orientation sexuelle et de gérer d’une manière moins dysfonctionnelle les composantes érotiques qui existent dans les interactions entre membres de la famille. La thérapie familiale pourrait aussi être nécessaire pour aider tous les membres de la famille à surmonter les conséquences de l’inceste père-fils.

L’inceste sur le fils donne souvent lieu à de graves pathologies pendant la période où le contact sexuel se déroule ou par la suite. Des directives récentes des Services Publics de la Santé pour les professionnels concernés par les violences sexuelles sur mineur affirment que la plupart des professionnels pensent que l’enfant sera mieux protégé si ce type de cas est traité par procédure judiciaire (Thomas, et al., 1985). La comparaison entre l’inceste père-fille et l’inceste père-fils indique cependant que ce dernier est dû au comportement du père qui cherche à régler ses propres conflits sexuels et est généralement de plus courte durée (de Young, 1982). De nombreux cas ne sont portés à l’attention des professionnels et des autorités que bien après que le comportement incestueux ait cessé. Cela suggère que les programmes d’éducation publique et de formation des représentants publics et des professionnels devraient être mis en place pour contrer l’homophobie En créant une plus grande tolérance sociale, les individus et les familles auront peut-être moins peur de demander de l’aide lorsque l’inceste potentiel ou existant entre les pères et les fils émerge.

Source : Article extrait de Clinical Social Work Journal

Vol. 16, No. 2, Été 1988 – Dr. Mark Williams

Traduction de courtoisie par Sonia Erraud

violences sexuelles et VIF

Comparaison des violences sexuelles intra et extrafamiliales sur enfants dans un contexte médico-légal

Publié Laisser un commentairePublié dans abus psychologique, agresseur, silence, symptomes, violences sexuelles

Contexte : Les violences sexuelles sur enfants restent un problème accentué par la difficulté de détection. L’objectif de cette étude était de comparer les données intrafamiliales (IF) et extra-familiale (EF) de violences sexuelles à l’égard des enfants, à la recherche de variables différentielles qui pourraient permettre une meilleure intervention et une meilleure prévention.

Résultats : Les violences sexuelles intrafamiliales (IF) sont significativement plus susceptibles de se produire à plusieurs reprises, avec un retard plus important dans leur révélation, et avec des victimes plus jeunes

Le handicap mental était plus fréquent chez les victimes de violences sexuelles extrafamiliales (EF).

La proportion de familles recomposées était plus élevée, avec plus de dossiers juridiques, et plus d’antécédents de violences domestiques parmi les familles de victimes de violences sexuelles, avec de dossiers juridiques, et plus d’antécédents de violence domestique.

Et même dans les cas de violences sexuelles EF, 78 % des agresseurs étaient connus des victimes; dans environ 80 % des cas, l’agression a été signalée par un membre de la famille.

Conclusion : Les résultats soulignent la nécessité de poursuivre le développement de programmes de détection dans les écoles, la police ou les milieux de la santé, car les signalements par les professionnels sont rares.

La maltraitance des enfants inclut les différentes formes de violences physique, sexuelles et psychologiques, la négligence et l’abandon. Enfant Les agressions sexuelles sur enfants (CSA) est également un terme général décrivant un large éventail d’événements dont les caractéristiques varient, tels que l’âge de la victime, la relation avec l’auteur, ou le type de violence (Ventus, Antfolk, & Salo, 2017). (…)

D’après la synthèse des recherches (Gekoski, Davidson, & Horvath,2016), il est possible de conclure que la majorité des CSA sont intrafamiliaux (IF). Ces cas ont des conséquences plus graves et une corrélation plus forte avec le cycle de la violence. Dans les CSA-IF, les filles sont plus susceptibles d’être victimes, et bien que les familles puissent être de tous types socio-économiques, les études dépeignent généralement les familles dysfonctionnelles. (…)

Au Canada, sur 1 037 archives de police (Fischer & McDonald, 1998), la prévalence est de 44 % pour les violences sexuelles IF. Ces travaux indiquent une apparition plus précoce et une durée plus longue de ce type de violences. Les victimes IF (6,98 ans) sont plus jeunes que les victimes EF (9,88 ans) au moment des premiers violences.victimes (9,88 ans) au moment des premiers abus. En outre, seulement 23,5 % des cas IF contre 62,4 % des cas EF ont été limités à un seul événement. Concernant la révélation et les circonstances entourant les agressions, une plus grande proportion de victimes n’en a pas parlé (17,7 % contre 10,9 %), on rencontre une plus grande résistance des familles à la révélation (10 % contre 3 %) et une moindre présence de témoins (17 % contre 30 %) parmi les victimes IF. Et pas de différences quant au sexe de la victime (45 % des garçons et 43 % des filles ont été agressées par des auteurs IF). (…)

Dans une récente méta-analyse développée à partir de 62 travaux empiriques sur un échantillon total de 14 494 victimes (Ventus et al., 2017), il est apparu que les violences sexuelles IF sont associées à une survenue plus précoce, plus fréquente et plus durable, ce qui les rend plus insistantes et physiquement intrusives (plus les épisodes de violence sont nombreux, plus il est probable qu’ils impliqueront force et/ou contact) (…)

D’une manière générale, on peut affirmer que les révélations sont moins nombreuses et qu’il existe plus de problèmes liés à la révélation parmi les victimes de violences sexuelles IF. Ces violences durent plus longtemps et il y a un délai plus important entre le début des agressions et les témoignages officiels. De nombreuses différences apparaissent en matière de révélation. Des estimations globales (Londres, Bruck, Wright, & Ceci, 2008) montrent qu’environ 55 % à 66 % des victimes ne révèlent jamais les violences sexuelles subies, et seuls 5 à 13 % les déclarent aux autorités. Selon Lahtinen, Laitila, Korkman, & Ellonen (2018), le taux de révélation dans une enquête menée en Finlande auprès 11 364 participants de sixième et neuvième année (avec une prévalence d’agressions de 2,4%) était de 86%. Néanmoins, seulement 26 % d’entre eux l’avaient révélé à un adulte, et 12 % aux autorités. Ils ont souligné que si les enfants victimes ne mentionnent ces événements qu’auprès de leurs pairs (48%), il est fort probable que l’agression sexuelle persiste et qu’aucune intervention ne se fera rapidement. Il a été signalé (Lev-Wiesel & First, 2018) que plus les cas de CSA sont graves, plus la la volonté de les divulguer est moindre, et que les garçons sont plus réticents à révéler toute forme d’agression (voir aussi McElvaney, 2015). (…)

Les agressions répétitives représentent 70,6 % de l’échantillon global. Les cas d’agressions répétitives sont significativement plus élevés chez les victimes de violences sexuelles IF (88,9%) que parmi les victimes EF (55,7%). Les chiffres d’agressions répétitives sont 6,3 fois plus élevés dans les cas IF. Le temps écoulé entre la première agression et la révélation ou l’intervention de la police était sensiblement plus élevé dans les cas IF que dans les cas EF . Soixante-et-onze pour cent des cas IF ont duré plus d’un an, tandis que 76 % des cas EF ont duré moins d’un an. Le délai de divulgation supérieur à un an est 8,1 fois plus important dans les cas IF. Vingt-quatre pour cent des cas IF ont perduré plus de quatre ans, contre 5,8 % des cas EF. En effet, un taux de 10 % des cas IF ont duré plus de neuf ans. Il n’y a pas eu de différences en matière de type d’agression sexuelle, et dans les deux groupes, l’informateur principal/le plaignant était un membre de la famille (principalement la mère ou le père).

Il n’y a pas de différences dans la détection par les professionnels (14,1 % contre 15,6 %) ou par la famille/les amis (85,9 % contre 84,4 %) entre les 2 groupes. Parmi les cas IF, 42,4 % des victimes avaient moins de neuf ans et 76,7 % avaient moins de 12 ans. Près de cinquante pour cent des victimes de violences sexuelles EF avaient 12 ans ou plus. Ainsi, les victimes de l’IF sont plus jeunes au moment de l’agression, et plus la victime était âgée, moins les cas IF sont fréquents. Bien que la prévalence des femmes soit légèrement plus élevée parmi les cas IF, la différence n’est pas statistiquement significative.

En ce qui concerne les antécédents familiaux, dans les cas de violences sexuelle IF, il y a beaucoup plus de dossiers juridiques, de problèmes de violence domestique et d’antécédents d’agressions sexuelles. Les familles étaient comparables dans les deux groupes en ce qui concerne les antécédents de santé mentale, de toxicomanie et de problèmes économiques, mais il y avait davantage de familles recomposées au sein de l’IF et davantage de services de garde d’enfants au sein de l’EF. Presque tous les agresseurs étaient des hommes, sans différence d’âge entre IF et EF. Dans les deux groupes, la plupart des auteurs du crime n’avaient pas de condamnations antérieures. Pour les violences IF, les agresseurs étaient des membres proches de la famille dans 21,1 % des cas. Parmi les cas EF, 20,7 % des agresseurs étaient des inconnus et 79,3 % étaient des connaissances (…)

Discussion

Certaines des différences décrites sont censées être liées à des conséquences plus graves pour les victimes de violences sexuelles intrafamiliales, bien que nous n’ayons pas pu le confirmer. Plus de secret et moins de visibilité permettent aux agressions sexuelles de se produire de manière plus continue, ce qui retarde leur révélation, et rendent difficile la découverte par des tiers (Magalhães et al., 2009). Les cas de violences sexuelles IF dure plus longtemps du fait que la victime soit plus présente (Mian et al., 1986). Selon des études antérieures, le fait que la victime subisse de plus nombreuses agressions rendent ces cas potentiellement plus préjudiciables, ces conséquences résultant non de la relation (et de la trahison), mais de la répétition et de la durée des abus (Fischer & McDonald, 1998 ; Ventus et al., 2017).

Adapté et traduit par courtoisie de PubMed

motivation auteurs inceste

De nouvelles recherches analysent les motivations et comportements des auteurs de crimes d’exploitation sexuelle d’enfants

Publié Laisser un commentairePublié dans agresseur

L’Independent Inquiry into Child Sexual Abuse a publié de nouvelles recherches sur les motivations et comportements des auteurs de crimes d’exploitation sexuelle d’enfants qui ont été condamnés en même temps que d’autres criminels.

Le rapport, produit par l’agence de recherche spécialisée Tonic, a été commandité pour renseigner les interventions susceptibles de contribuer à mettre fin à l’exploitation sexuelle des enfants.

La recherche est basée sur des entretiens avec 26 prisonniers à travers l’Angleterre et le Pays de Galles. Les prisonniers qui ont participé à l’étude étaient âgés de 22 à 66 ans et comprenaient deux femmes et 24 hommes.

Les participants ont été condamnés pour différents crimes tels que le viol, l’agression sexuelle, la prise de photographies indécentes, le trafic, la préparation à la vie sexuelle et la facilitation de délits sexuels sur des enfants. Les victimes avaient entre quatre mois et 15 ans et étaient de sexe masculin et féminin.

Les prisonniers qui ont participé à l’étude peuvent être classés en trois grandes catégories :

Groupe A : ils ont reconnu leur crime et ont évoqué une attirance sexuelle de longue date pour les enfants. Les participants ont décrit leur double vie, expliqué qu’ils passaient beaucoup de temps en ligne et qu’ils avaient l’impression de n’avoir nulle part où aller pour obtenir de l’aide avant que la situation ne s’aggrave.

Groupe B : ils ont nié entièrement ou partiellement leur crime, n’ont pas avoué leur attirance pour les enfants et ont refusé de participer à des programmes thérapeutiques en prison. Ils ont laissé entendre qu’ils étaient plus vulnérables que leurs victimes et ont décrit un mode de vie hédoniste, avec consommation d’alcool et fêtes.

Groupe C : ils ont soit nié, partiellement nié ou avoué leur crime. Ils ont déclaré avoir été exploités ou conditionnés par des coïnculpés, et certains ont affirmé qu’ils ne savaient pas que leurs agissements étaient illégaux.

Le Dr Sarah Senker, qui a dirigé les recherches au Tonic, a indiqué : “Qu’en parlant directement aux prisonniers condamnés pour exploitation sexuelle d’enfants, nous avons mis en lumière les motivations des auteurs de ces crimes et la façon dont leurs réseaux fonctionnent. Il s’agit d’un crime très délicat, la recherche a été complexe à entreprendre et les résultats sont nuancés”.

Le Dr Verena Braehler, responsable de la recherche au sein de l’enquête, a déclaré : “La commission a commandité cette étude à petite échelle en vue de comprendre comment et pourquoi des personnes collaborent pour exploiter sexuellement des enfants, afin de pouvoir formuler des recommandations efficaces pour aider à mettre un terme à l’agression d’enfants dans le futur. La commission examine les résultats avec soin”.

Chris Tuck, membre du groupe consultatif des victimes et des survivants, a déclaré : “En tant que survivant, la lecture de ce que les auteurs de violences sexuelles sur enfants avaient à dire m’a mis en colère, en particulier lorsqu’ils minimisaient ou refusaient de reconnaître ce qu’ils avaient fait. Mais je pense que le manque de connaissance des motivations des agresseurs et de leur mode opératoire a contribué à ce que je sois victime de violences sexuelles dans mon enfance. Je suis heureux que la commission d’enquête ait eu le courage de commanditer cette recherche et j’espère que ses conclusions contribueront à empêcher que les enfants ne soient victimes de mauvais traitements à l’avenir”.

Notes :

L’ Independent Inquiry into Child Sexual Abuse examine dans quelle mesure les institutions et les organisations ont été défaillantes dans la protection des enfants contre les violences sexuelles en Angleterre et au Pays de Galles.

La défaillance des institutions signifie soit que l’agression a été signalée à une personne en position d’autorité, telle que la police ou un travailleur social, mais que les mesures appropriées n’ont pas été prises, soit que l’agresseur était une personne en position de pouvoir.

Vous trouverez de plus amples informations sur les recherches de l’Inquiry à l’adresse suivante : https://www.iicsa.org.uk/research

Traduit par courtoisie depuis Independant Inquiry Chilf Sexual Abuse

sortir du silence

Révélation … et réactions …

Publié Laisser un commentairePublié dans agresseur, dévoilement, émotions, relations familiales

Révéler, à ses proches, l’inceste que l’on a subi est un moment pour le moins délicat. On l’évite, il fait peur, voire nous met dans un état de panique, empli de doutes, de questions, de projections des conséquences de nos paroles. On peut vouloir protéger les autres membres de la famille, voire parfois aussi l’auteur des faits… Mais il vient un moment, même des décennies après, où ce secret explose tel une bombe à retardement. Ce moment peut survenir lorsque l’on touche le fond, que le mal-être est à son paroxysme et que l’on ne plus faire semblant, que l’on ne peut plus le cacher. Ou alors ce peut être le résultat d’années de thérapie, lorsque l’on prend conscience des conséquences de ce que l’on a vécu; ou encore après un décès ou une naissance. Cela peut même parfois sortir , malgré nous, par ‘’accident’’ – une parole en trop, une altercation, un événement émotionnellement intense … et les paroles jaillissent … enfin.

Tant d’années à garder un si lourd secret, tant de questionnements…. Continuer à fréquenter l’agresseur ou s’exiler sans que nos proches ne comprennent pourquoi ? Comment se reconstruire, en voilant une part de nous- même et de notre histoire, sans libérer cette parole? Ou alors doit-on parler et devoir à nouveau affronter les sentiments de honte, de culpabilité, de peur ? Devoir refaire face aux souvenirs que nous tentons tant de ne pas nous remémorer et assumer les conséquences de nos paroles? Devoir faire face au rejet, la mise à l’écart, l’incompréhension et/ou la diffamation, lorsque l’on est finalement jugé non pas comme victime mais comme coupable des actes que nous avons subi. Une peine se rajoute à la liste – nouvelle condamnation et souffrance supplémentaire.

Pour ma part, les fantômes sont sortis du placard … 25 ans après la fin des faits … Ce n’est pas un sujet que l’on aborde ouvertement avec mon entourage proche. En fait, nous n’en avons pas vraiment reparlé depuis la révélation. Mais, lorsque j’entends les témoignages d’autres victimes, je considère que j’ai de la chance. Je n’ai plus à porter seule le poids de ce terrible secret qui nous a éloignés tant d’années. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il a fallu environ 2 ans d’incompréhension de part et d’autre, pendant lesquels mes proches sont passés par des émotions similaires à celles d’un deuil : le choc, le déni, la douleur, la culpabilité, la colère, la dépression,etc. Pas forcément dans cet ordre, ni obligatoirement les mêmes réactions pour chacun d’entre eux. Mais j’ai la chance qu’ils en soient finalement arrivés au stade de l’acceptation. Et même si la porte du placard reste désormais fermée, je sais qu’ils ont réalisé, et qu’ils sont là.

Et pour vous ? Comment s’est passée la révélation avec vos proches ?

mère pédocriminelle

Pourquoi il est si difficile de parler des mères auteurs de crimes pédosexuels

Publié Laisser un commentairePublié dans agresseur, culpabilité, déni, dysfonctionnement familial, tabou

Le tabou qui consiste à dénoncer La Mère nous fout en l’air. Les oncles et les pères sont les plus visés – pour de bonnes raisons, malheureusement, d’après les chiffres – mais il y a aussi des mères qui font du mal. Nous ne nous permettons tout simplement pas d’en parler.

La figure infaillible de la Mère est une question importante qu’il faut s’adresser, mais très difficile à aborder. Nous sommes imprégnés du langage des mères-patries et nous racontons des histoires de super-pouvoirs de la mère qui voit tout, celle qui peut vous voir vous faufiler dans la maison plongée dans l’obscurité après le couvre-feu, ou qui sait que vous avez pris un biscuit supplémentaire alors qu’elle est de l’autre côté de la maison, le dos tourné. C’est à elle que l’on dit de penser, à qui l’on doit intrinsèquement faire confiance selon la science et avec qui on est censé avoir le lien le plus profond. C’est d’elle que nous venons. Elle est notre foyer.

Parfois, cependant, ces attentes – je ne peux pas me résoudre à les appeler des valeurs alors qu’elles ne sont que des outils d’oppression hétéropatriarcale – s’effondrent devant ce que certaines de nos mères sont réellement en tant que personnes.

La disparité entre ce qu’on nous dit que nos mères sont pour nous et ce qu’elles peuvent être en réalité est un abîme qui peut nous scruter profondément, engloutissant nos cœurs et nos esprits avec la simple idée que nous sommes des monstres ingrats et pleurnichards qui n’aiment pas nos mères comme il se doit. Que nous sommes des personnages terribles qui ne savent pas faire face au mensonge que nous sommes censés vivre sans poser de questions. Que nous devrions toujours choisir d’aller de l’avant et de nous entendre.

Cela vous semble familier ?

Sois gentil. Soyez une brave fille/un brave garçon. Joue honnêtement. Les enfants doivent être vus et non entendus. Vous ne faites pas partie de ceux-là, mais vous êtes assez poli. Vous savez que votre mère vous aime.

Et si ce n’est pas le cas ?

Et si elle ne le peut pas ?

Lorsque j’ai suivi une thérapie intensive pour enfin affronter l’agresseur le plus insidieux de mon histoire, j’ai ressenti une immense honte par rapport aux événements que j’allais révéler. Il est vrai que j’avais été parfaitement formée à garder les secrets de famille, mais personne n’a semblé surpris lorsque j’ai déballé les agissements des figures familiales masculines – j’ai eu l’impression que l’attitude des thérapeutes était fondée sur une hypothèse qui était en elle-même hideuse à intégrer dans mon cheminement.

Cependant, quand j’ai été dû invoquer la Mère, quelque chose en moi a résisté. Et a résisté durement. Pendant des années, cela a freiné le processus jusqu’à ce que mon état mental ne puisse plus garder ces secrets ; la vérité devait sortir et, le plus souvent, elle se manifeste bien souvent par des douleurs chroniques et des maladies qui affectent votre vie.

J’ai dû appeler ma mère pour pouvoir aller de l’avant et, pour cela, je me suis sentie comme l’être humain le plus méprisable qui ait jamais vécu. Il existe de nombreux articles remplis d’études et de résultats sur le thème des violences et de la maltraitance des mères envers leurs enfants (il existe aujourd’hui de nombreux livres sur les conséquences pour les enfants d’avoir eu une mère alcoolique, narcissique, etc.) ; cette lecture concerne le moment où votre sainte Mère est présentée sous vos yeux incrédules – par sa communauté, par son église, par le reste de la famille, par la société – comme une personne qui ne pourrait jamais vous faire de mal.

Mais parfois, ce n’est tout simplement pas vrai. Nous devons en parler.

Il y a trop de stéréotypes autour du rôle des mères, en particulier des mères célibataires, qui ne véhiculent que de vils préjugés à l’égard des Mères auxquelles elles se réfèrent. Elles doivent “être parfaites”, être “fortes” et ainsi de suite – c’est vraiment la recette d’un désastre peu importe la manière dont vous la servez ; personne ne peut rivaliser avec ces idéaux que nous avons créés pour personnifier l’archétype de La Mère, et ne devraient pas avoir à le faire.

Les gens ne sont pas censés être en compétition avec une icône, et le vécu d’une personne n’est pas plus important que celui d’une autre. Les gens se démènent, surtout les femmes, et cela ne serait-il pas plus facile sans ajouter une barre impossible placée si haut que personne ne peut l’atteindre ? Pour éradiquer ce message d’échec constant qui inonde Nos Mères ? Cela ne crée pas les problèmes entre mères et enfants, mais cela n’aide pas non plus.

C’est peut-être ce système de prétendu culte du héros – où nous pouvons chanter des hymnes d’amour pour la patrie à travers le thème de La Mère, et dénoncer en parallèle, en tant que société, la paresse et l’inaptitude des mères – qui cloue le bec à la maltraitance et aux violences aux mains, aux actes et aux paroles de nos mères.

La Mère a une image plus grande que nature inscrite dans nos esprits depuis la naissance, une figure divine qui nous a littéralement fait naître dans son corps sacré. Nous défaire de cette conception lorsqu’elle nous a causé plus de mal que de bien est un travail énorme, mais nous devons prendre conscience que ce n’est pas parce que notre mère a créé la bouche avec laquelle nous devons dire notre vérité, aussi douloureux que soit le processus pour enfin commencer à avancer, qu’elle en est  la propriétaire.

Les vraies mères, comme tous les vrais parents, savent que nous espérons que nos enfants feront mieux que nous, qu’ils envisageront le monde d’une manière nouvelle que nous n’aurions jamais pu imaginer ; elles comprennent que les enfants sont leur espoir pour l’avenir.

La conception de La Mère est ce à quoi j’ai travaillé pendant des années ; le fait de réaliser que c’était la réalité dans laquelle je vivais m’a guidée vers un endroit où je pouvais chercher l’aide dont j’avais besoin. C’était l’ancienne définition de la folie que je jouais – je continuais à anticiper les réactions de ma mère en espérant qu’elles soient différentes, plus en accord avec le concept de La Mère, mais ce n’est jamais ce qu’elle a été ni ne sera jamais.

Ce fut brutal et cinglant de l’apprendre, de le voir pour ce que c’était, en toute honnêteté. Je continue à me sentir comme une enfant pervertie et sans mère, mais le fait de faire entendre ma vérité a été un commencement.

Traduction de courtoisie depuis The Mighty