Revue systématique: les effets à long terme des violences sexuelles sur mineur

Résumé

Contexte

Bien que de nombreuses méta-analyses aient examiné le lien entre les violences sexuelles sur mineur et les effets qui en résultent, le cadre, la validité, et la qualité de cette évidence n’a pas été examinée de manière exhaustive. Notre objectif a été d’examiner les méta-analyses existantes sur un vaste éventail d’effets psychiatriques, psychosociaux et physiques à long terme résultant de violences sexuelles pendant l’enfance, et d’évaluer la qualité de la documentation disponible.

Méthodes

Dans le cadre de la présente revue systématique, nous avons recherché quatre bases de données : PsycINFO, PubMed, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature, et Global Health, depuis leur lancement jusqu’au 31 décembre 2018, pour identifier les méta-analyses d’études d’observation ayant examiné le lien entre les sévices sexuels sur mineur (avant l’âge de 18 ans) et leurs conséquences à long terme (après 18 ans). Nous avons comparé les rapports de cotes (RC) entre les différentes retombées. Nous avons également examiné les mesures de qualité, y compris l’hétérogénéité entre les études et l’existence de biais de publication. Cette étude est inscrite au registre PROSPERO, CRD42016049701.

Conclusions

Nous avons identifié 19 méta-analyses comprenant 559 études primaires réalisées auprès de 4 089 547 participants et couvrant 28 répercussions. Parmi ces 28 répercussions, 26 d’entre elles étaient associées à la violence sexuelle sur mineur : notamment six diagnostics psychiatriques adultes sur huit (les RC variaient de 2·2 [95% CI 1·8–2·8] à 3·3 [2·2–4·8]), toutes les conséquences psychosociales négatives étudiées (les RC variaient de 1·2 [1·1–1·4] à 3·4 [2·3–4·8]), et tous les problèmes de santé physique (les RC variaient de 1·4 [1·3–1·6] à 1·9 [1·4–2·8]). Le trouble de la conversion (RC 3·3 [95% CI 2·2–4·8]), les troubles de personnalité borderline (2·9 [2·5–3·3]), l’anxiété (2·7 [2·5–2·8]), et la dépression (2·7 [2·4–3·0]) faisaient partie des troubles psychiatriques les plus fortement associés aux sévices sexuels pendant l’enfance. Les revues systématiques de deux conséquences psychiatriques (le trouble de stress post-traumatique et la schizophrénie) et d’une répercussion psychosociale (l’abus de substances) ont répondu à des normes de qualité élevées.  La qualité des méta-analyses portant sur le trouble borderline et l’anxiété était basse, et plutôt modérée pour le trouble de la conversion. En acceptant la causalité, les fractions étiologiques du risque pour les répercussions allaient de 1·7% (95% CI 0·7–3·3) pour les relations sexuelles non protégées à 14·4% (8·8–19·9) pour le trouble de la conversion.

Interprétation

Même si les violences sexuelles sur mineur ont été associées à un vaste éventail de problèmes sanitaires et psychosociaux, seules les revues systématiques effectuées sur deux troubles psychiatriques (trouble de stress post-traumatique et schizophrénie) et un trouble psychosocial (l’abus de substances) étaient de qualité élevée. Des examens supplémentaires sont nécessaires pour établir si les interventions permettant d’atténuer le développement de certains troubles psychiatriques suite à des sévices sexuels pendant l’enfance doivent être priorisées. Des méta-analyses de meilleure qualité sur des répercussions spécifiques et des études plus empiriques sur la manière dont se développent ces troubles depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte sont nécessaires.

Introduction

La violence sexuelle sur mineur est une préoccupation majeure pour la santé publique mondiale et elle est associée à un vaste éventail de répercussions néfastes. La méta-analyse de 217 publications a rapporté une prévalence générale de 12% basée sur 331 échantillons indépendants comprenant environ 10 millions d’individus. Des études ont mis en évidence des liens entre les sévices sexuels sur mineur et de nombreuses répercussions sanitaires et psychosociales, y compris des problèmes psychosociaux, l’automutilation, des troubles psychiatriques, et des maladies de la santé physique telles que le sida et l’obésité.  Ces rapports ont soulevé d’importantes questions concernant l’ampleur de l’association de la violence sexuelle sur mineur à des répercussions à long terme à l’âge adulte, les effets relatifs des sévices sexuels sur enfants sur divers troubles, et la qualité de la base de recherche actuelle. Par exemple, il est possible que les violences sexuelles aient un effet à long terme plus important sur les problèmes psychiatriques que sur la santé physique car les symptômes chez les individus souffrant de troubles psychiatriques sont susceptibles d’être surdéclarés.

Les précédentes tentatives de synthèse d’un nombre important de revues méta-analytiques dans le domaine ont principalement pris en compte les répercussions sur la santé mentale ou une répercussion particulière, comme par exemple la dépression, les troubles de l’anxiété, le suicide et l’automutilation, ou l’abus de substances. La comparaison de ces revues a été difficile car leurs définitions de la violence sexuelle sur mineur différaient, elles incluaient des modèles d’étude de différents types, et les répercussions variaient du diagnostic aux indicateurs de morbidité auto-rapportés. De plus, il n’a pas été possible d’identifier des lacunes de recherche, et de déterminer les répercussions n’ayant pas été synthétisées ou s’il existe des effets différentiels des sévices sexuels subis pendant l’enfance sur les répercussions. En outre, ces revues ont souvent été basées sur des échantillons de petite taille et sur une documentation datant généralement d’une décennie, manquant de synthèse quantitative et d’évaluation qualitative. Nous avons souhaité résoudre ces limitations et fournir une vue d’ensemble sur l’importance et la validité des liens établis entre les sévices sexuels sur enfant et un large éventail de répercussions psychosociales, psychiatriques et physiques importantes à long terme. Notre objectif était de fournir une synthèse complète des effets de la violence sexuelle sur mineur sur la morbidité et l’incapacité à l’âge adulte, qui pourrait ensuite aider à identifier des cibles pour les interventions cliniques et politiques.

Méthodes

Stratégie de recherche et critère d’éligibilité

Nous avons mené une revue systématique au cours de laquelle les informations issues des méta-analyses d’études existantes sur les répercussions de la violence sexuelle sur mineur ont été systématiquement collectées et évaluées. Nous avons fait des recherches de titres et de résumés à partir de mots-clés dans quatre bases de données numériques importantes : PsycINFO, PubMed, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature, et Global Health pour trouver des documents publiés depuis le lancement de ces bases de données jusqu’au 31 décembre 2018, sans restriction linguistique. Ces bases de données comprenaient des extraits de dissertation, et notre recherche comprenait aussi des études parallèles non publiées. Les mêmes mots-clés ont été utilisés sur chaque base de données pour faire des recherches sur la violence sexuelle (“sexual abuse” OU “sexual assault” OU “sexual trauma” OU “sexual crime” OU “rape” OU “incest” OU “molestation” OU “victim*” OU “maltreatment”), l’enfance (“child*” OU “youth” OU “adolescent” OU “young” OU “teen*”[SE1] ), et les méta-analyses (“meta-analy*” OU “meta-regression” OU “metasynthesis”)[SE2] . Pour pouvoir inclure le maximum d’études éligibles ayant examiné les répercussions des violences sexuelles sur mineur, nous n’avons pas établi de limite sur la répercussion dans la recherche primaire systématique.

Nous avons fait une recherche secondaire dans PsycINFO sur les dix plus gros risques d’années de vie perdues et vécues avec une incapacité résultant de ces violences pendant l’enfance (AVCI, Année de vie ajustée sur l’incapacité, ou DALY en anglais), ainsi que sur les dix AVCI les plus importantes en termes de santé mentale et comportementale. Les références d’autres revues systématiques sur les répercussions des sévices sexuels sur enfant ont été recherchées manuellement. Nous avons également consulté les liens auxquels se rapportaient des citations pour compléter notre recherche. Les critères d’inclusion comprenaient les méta-analyses avec des données finales relatives aux violences sexuelles sur mineur, sans regroupement avec d’autres formes de violences ; dans lesquelles la plupart des répercussions étaient chez les adultes (l’âge moyen du participant au moment où les répercussions ont été mesurées était supérieur à 18 ans pour plus de 70% des études primaires comprises) ; dans lesquelles la majorité des participants étaient mineurs au moment des actes de violence (l’âge moyen du participant au moment de l’acte de violence était inférieur à 18 ans pour plus de 70% des études primaires incluses) ; et qui fournissaient des tailles d’effet quantitatives pour les répercussions sanitaires ou psychosociales (ex : rapport de cote, le r de Pearson, ou le d de Cohen). 

Lorsque plus d’une méta-analyse rapportait des données sur le même type de répercussion, la revue la plus récente qui répondait à l’ensemble des critères d’inclusion était sélectionnée, et les méta-analyses plus anciennes étaient exclues pour éviter toute duplication d’échantillons. Lorsque deux méta-analyses ou plus rapportaient des données sur le même type de répercussion et avaient été publiées la même année, la méta-analyse comprenant le plus grand nombre d’études primaires était sélectionnée, et les autres étaient exclues. Une étude n’était pas disponible (et l’auteur n’a pas pu être contacté). En outre, nous avons exclus toute étude ne rapportant que la prévalence des violences sexuelles sur mineur dans un échantillon sélectionné en fonction d’un certain type de répercussion (ex : sans abri).

La recherche dans son contexte

Preuves existant avant cette étude

Nous avons effectué des recherches dans PsycINFO, PubMed, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature, et Global Health pour trouver des documents publiés depuis le lancement de ces bases de données jusqu’au 31 décembre 2018, sans restriction linguistique. Nous avons utilités les termes de recherche suivants : (“sexual abuse” OU “sexual assault” OU “sexual trauma” OU “sexual crime” OU “rape” OU “incest” OU “molestation” OU “victim*” OU “maltreatment”), ET (“child*” OU “youth” OU “adolescent” OU “young” OU “teen*”), ET (“meta-analy*” OU “meta-regression” OU “meta-synthesis”).[SE3]  Nous avons identifié six revues systématiques qui prenaient essentiellement en compte les répercussions sur la santé mentale (telles que l’anxiété ou la dépression) ou un type de répercussion en particulier (tel que le suicide), publiées il y a plus de cinq ans et manquant de synthèse quantitative et d’évaluation qualitative, et qui étaient surtout basées sur des échantillons de petite taille.

Valeur ajoutée de cette étude

Cette revue systématique est une synthèse des preuves méta-analytiques sur le lien entre les violences sexuelles sur mineur et un ensemble de répercussions diverses. Nous avons découvert que les sévices sexuels sur enfant étaient liés à un large éventail de diagnostics psychiatriques, de répercussions psychosociales néfastes, et de problèmes de santé physique.

Signification des preuves disponibles

Même s’il existe invariablement des liens forts entre la violence sexuelle sur mineur et de nombreuses répercussions psychosociales et sanitaires à long terme, la qualité de la recherche sous-jacente était limitée par des effets résultant d’études de petite taille, une signification excessive, et un niveau d’hétérogénéité élevé entre les études. Cependant, deux troubles psychiatriques (trouble de stress post-traumatique et schizophrénie) et un type de répercussion psychosociale (abus de substances) avaient une base factuelle de bonne qualité, et les preuves disponibles suggèrent que les interventions visant à atténuer l’abus de substances et le trouble de stress post-traumatique plus tard devraient être priorisées. Des lacunes évidentes dans la documentation examinée portaient sur les liens entre la violence sexuelle sur mineur et les troubles bipolaires, et l’absence de domicile.

Étant donné que la collecte de données a donné lieu a des statistiques de taille d’effet pour presque 100 types de répercussions différents, ils ont été systématiquement réduits en utilisant le critère suivant : pour les répercussions sur la santé, des diagnostics spécifiques (ex : schizophrénie et fibromyalgie) et les symptômes liés (ex : psychose et douleur) étaient inclus, mais les sous-catégories du diagnostic (ex : phobie sociale en tant que sous-catégorie de l’anxiété, et l’anorexie nerveuse en tant que sous-type des troubles de l’alimentation) et d’autres symptômes (ex : symptômes cardio-pulmonaires et douleur pelvienne chronique) étaient exclus. Parmi les répercussions psychosociales, les 10 répercussions comprenant le nombre d’études primaires le plus important (de sept à 45 études primaires) ont été incluses (ex : revictimisation sexuelle à l’âge adulte et abus de substances), alors que les répercussions comprenant moins d’études primaires (de deux à six études primaires) ont été exclues (ex : relation anale non protégée récente, délinquance sexuelle en ligne par rapport à la délinquance sexuelle hors ligne, l’estime de soi et l’hostilité). Nous avons dénoté une duplication des participants entre l’anxiété et la symptomatologie de l’anxiété, et entre la dépression et la symptomatologie dépressive. Par conséquent, la véritable taille des échantillons pourrait être légèrement inférieure. Étant donné que le rapport des cotes (RC) pour les troubles du sommeil (16·2 [95% CI 2·1–126·8]) était issu d’une seule étude primaire et qu’elle avait un intervalle de confiance (CI) de 95%, ces données ont été exclues en tant que cas particulier. Le nombre minimal d’études primaires dans les revues méta-analytique éligibles était fixé à trois.

L’extraction de données a été réalisée en suivant une formule d’extraction de données prédéfinie. Les tailles des effets ont été extraites des modèles les plus parcimonieux car toutes les études ne fournissaient pas de tailles d’effet ajustées. Les sources d’hétérogénéité, lorsqu’elles étaient examinées, ont été rapportées. Le tri initial des inclusions et des exclusions des études a été réalisé par HPH. Une deuxième entreprise indépendante (SG) a été impliquée dans l’extraction des tailles d’effet. Lorsqu’il y avait une incertitude quant à l’inclusion et l’exclusion de certaines études et sur l’extraction de données, RY et SF ont été consultées et tous conflits résolus par des discussions entre HPH, RY et SF. Le protocole d’étude était inscrit au registre PROSPERO, CRD42016049701.

Résultats

La recherche manuelle et la recherche initiale des bases de données ont permis de récolter 1372 articles. Nous avons identifié 19 méta-analyses éligibles comprenant 4 089 547 participants, 559 études primaires et portant sur 28 répercussions. L’ensemble des méta-analyses avaient été publiées entre 1996 et 2018, et les études primaires incluses dans ces méta-analyses dataient de 1971 à 2017. Le nombre d’études primaires utilisées pour chaque méta-analyse était compris entre 3 et 62, et le nombre de participants comprenaient de 140 à plus de 3 millions d’individus. Les répercussions incluses dans les méta-analyses éligibles ont été réparties entre les répercussions psychosociales, psychiatriques, et physiques. La violence sexuelle sur mineur a été associée à 26 répercussions particulières sur 28.

Les rapports de cotes étaient principalement compris entre 2·2 (95% CI 1·8–2·8) et 3·3 (2·2–4·8) pour les problèmes psychiatriques, entre 1·2 (1·1–1·4) et 3·4 (2·3–4·8) pour les conséquences psychosociales, et entre 1·4 (1·3–1·6) et 1·9 (1·4–2·8) pour les répercussions sur la santé physique.

La violence sexuelle sur mineur a été associée à un rapport de cote faible (autrement dit, inférieur à 1·7) pour 7 répercussions et un rapport de cote moyen (autrement dit, 1·7–3·5) pour 21 répercussions. Elle n’a été associée à aucun rapport de cote élevé (autrement dite supérieur à 3·5) pour aucune répercussion. Les conséquences présentant une forte association avec les sévices sexuels subis pendant l’enfance comprenaient la délinquance sexuelle plutôt que de la délinquance non sexuelle (OR 3·4 [95% CI 2·3–4·8]), le trouble de la conversion (3·3 [2·2–4·8]), le trouble de la personnalité borderline (2·9 [2·5–3·3]), l’anxiété (2·7 [2·5–2·8]), et la dépression (2·7 [2·4–3·0]).

Les fractions étiologiques étaient comprises entre 1·7% (95% CI 0·7–3·3) pour les relations sexuelles non protégées et 14·4% (8·8–19·9) pour le trouble de la conversion. La fraction étiologique la plus élevée était de 14·7% (9·6–19·9) pour les délinquances sexuelles par rapport aux délinquances non sexuelles. Cependant, ces chiffres sont sûrement surévalués étant donné que les fractions étiologiques ont été calculées à partir de données sans ajustement pour les variables de confusion.

Pour la moitié des études proposant des données suffisantes, 95% des intervalles de prédiction comprenait un rapport de cote égal à 1. Plus de la moitié montraient une signification exagérée, plus d’un cinquième présentaient des effets issus d’études de petite taille, et plus d’un tiers avait un niveau d’hétérogénéité élevé.

De plus, les revues systématiques de 15 répercussions sur 28 ont obtenu de faibles scores avec l’outil d’évaluation AMSTAR. Les revues systématiques de deux répercussions (le trouble de stress post-traumatique et l’abus de substances) ont obtenu des scores de qualité supérieurs (score de 5 sur 5), une autre (la schizophrénie) a obtenu un score de 4 sur 5. La qualité des méta-analyses sur le trouble de la personnalité borderline et l’anxiété était faible (score de 1 sur 5), et modérée (score de 3 sur 5) pour le trouble de la conversion et la délinquance sexuelle par rapport à la délinquance non sexuelle.

Pour les répercussions ayant bénéficié de scores qualitatifs élevés, nous avons examiné les taux absolus rapportés dans les études primaires. Des études de cohortes longitudinales ont notamment rapporté que, parmi les individus ayant subi des violences sexuelles pendant l’enfance, 503 personnes sur 1809 (autrement dit 28%) souffrent d’un abus de substances, et 36 personnes sur 96 (soit 38%) souffrent du trouble de stress post-traumatique.

Parmi les revues systématiques incluses, un faible nombre d’études ont exploré les sources d’hétérogénéité parmi les études primaires. Aucune différence n’a été trouvée sur l’effet des sévices sexuels pendant l’enfance par âge sur le trouble de la conversion, la fibromyalgie, et les troubles de la personnalité borderline, par sexe sur la dépression, par concept d’étude sur l’obésité et la psychose, et par ajustement des variables de confusion telle la comorbidité psychiatrique sur l’obésité et les troubles de l’alimentation. Cependant, le risque de sida était supérieur chez les individus ayant subi des violences sexuelles à un stade d’adolescence plus tardif. En outre, les effets de violence sexuelle sur mineur sur l’obésité étaient atténués après ajustement pour la dépression existante, et le risque d’anxiété était plus élevé chez les femmes que chez les hommes.

Discussion

Dans cette revue systématique portant sur 28 répercussions à long terme de la violence sexuelle sur mineur, nous avons résumé les résultats de 19 méta-analyses, comprenant plus de 4 millions de participants dans le cadre de plus de 500 études primaires. La violence sexuelle sur mineur a été associée à 26 répercussions examinées parmi 28, y compris un ensemble varié de problèmes psychosociaux, psychiatriques et physiques. Parmi ces 26 répercussions associées de manière significative aux sévices sexuels pendant l’enfance, seules deux d’entre elles étaient basées sur des revues systématiques bénéficiant de scores d’évaluation qualitative élevés : l’abus de substances et le trouble de stress post-traumatique.

Nos conclusions soulignent le besoin de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à l’association des violences sexuelles sur mineur à des répercussions à long terme. Des recherches en cours mettent en évidence des mécanismes biologiques qui font que les violences vécues pendant l’enfance augmenteraient le risque de pathologie ou de maladie physique, par l’intermédiaire notamment de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (axe HHS) ou de l’inflammation.  Des mécanismes psychosociaux, tels que des comportements sexuels risqués et une image corporelle déformée, pourraient également expliquer certains troubles. Par exemple, les sévices sexuels vécus pendant l’enfance sont associés à des comportements sexuels risqués favorisant l’exposition au sida.63 L’association de la violence sexuelle sur mineur à des problèmes de santé physique pourrait aussi être partiellement expliquée par des facteurs psychiatriques intermédiaires. Par exemple, l’effet des violences sexuelles sur l’obésité pourrait être dû à de la dépression ou à certains troubles de l’alimentation. La violence sexuelle sur mineur est une variable importante concernant la dépression au cours du cycle de la vie et la dépression est prospectivement liée à l’obésité ; cependant, il est aussi possible que les effets de la violence sexuelle pendant l’enfance sur la dépression et les troubles de l’alimentation soient déclenchés par l’obésité.

Notre revue a mis en évidence des lacunes de recherche. Le travail primaire devrait tirer parti des mesures relatives à la violence sexuelle sur mineur préalablement collectées pour minimiser les classifications erronées et réduire les erreurs systématiques. À l’avenir, la recherche devrait aussi adopter des modèles plus complets qui prennent en compte les confusions (ex : autres formes d’abus), utiliser des concepts et des analyses plus robustes (ex : études potentielles) pour examiner l’inférence causale, et explorer la source d’hétérogénéité pour identifier les facteurs de protection et de risque. Les méta-analyses devraient garantir une présentation des données plus juste et systématique, et elles devraient suivre des directives consensuelles pour faciliter la réplicabilité. En outre, nous n’avons trouvé aucune méta-analyse sur le trouble bipolaire, pour lequel il a été prouvé que les répercussions cliniques étaient pires lorsqu’il était associé à la maltraitance pendant l’enfance, à des troubles obsessionnels compulsifs, ou à l’absence de domicile.

Nos résultats soulignent le besoin d’interventions efficaces. Jusqu’à présent, la recherche sur la prévention primaire des violences sexuelles sur enfant s’est principalement concentrée sur les interventions en milieu scolaire et sur l’éducation parentale à la maison. Des preuves démontrent que les programmes en milieu scolaire visant à aider les enfants à reconnaître et à signaler les sévices sexuels améliorent le savoir et les comportements protecteurs des enfants ; ils ne sont toutefois pas développés pour empêcher les répercussions néfastes issues de violences sexuelles. Un corps de recherche croissant suggère aussi que les visites à domicile en période pré ou post-natale et les programmes d’éducation parentale promouvant la reconnaissance de la violence sexuelle sur mineur et les premiers symptômes de troubles néfastes pourraient empêcher ou réduire les risques de maltraitance chez l’enfant en général. En outre, les médecins pourraient jouer un rôle en identifiant les victimes de violence sexuelle sur mineur, en déterminant le besoin de signaler ce type de violence aux autorités de protection appropriées, et en coordonnant les soins avec d’autres professionnels de la santé pour éviter des répercussions néfastes à long terme. 

La recherche a également mis en évidence l’efficacité des interventions sur le trouble de stress post-traumatique chez les individus victimes de violence sexuelle pendant l’enfance, ainsi que sur la dépression. Pour être plus spécifique, la recherche sur différentes modalités de traitement des victimes de violence sexuelle pendant l’enfance fournit des arguments en faveur d’interventions cognitivo-comportementales, et souligne en particulier l’efficacité de la thérapie cognitivo-comportementale axée sur le traumatisme pour les jeunes souffrant de trouble de stress post-traumatique, d’anxiété, ou présentant des symptômes dépressifs, et ayant été victimes de sévices sexuels. Cependant, la recherche sur les traitements contre d’autres répercussions rapportées, en particulier l’abus de substances et la revictimisation, chez les individus victimes de violences sexuelles, est nécessaire. Un autre domaine de recherche devrait viser à améliorer le passage d’interventions efficaces en politique et pratique, telles que la mise en place de programmes communautaires pour répondre aux sévices sexuels. D’autre part, pour éviter les psychopathologies et d’autres répercussions, il est nécessaire de faire davantage de recherche sur les mécanismes de développement.

Les conclusions comparant la délinquance sexuelle par rapport à la délinquance non sexuelle ne signifient pas que le risque de délinquance est plus élevé au sein de cette population – elles veulent plutôt dire que si un individu a commis un crime, alors les chances qu’il/elle devienne un délinquant sexuel sont accrues. Par opposition, des taux indicatifs absolus sur deux répercussions psychiatriques possédant de bons scores qualitatifs étaient élevés : 28% pour l’abus de substances et 38% pour le trouble de stress post-traumatique, ce qui suggère que les interventions sur ces deux répercussions devraient être priorisées.

Les points forts de cette revue systématique comprennent le contrôle des mesures quantitatives de la recherche et la vérification de la qualité des résultats, pour ainsi pouvoir comparer les conclusions concernant diverses répercussions, et le discernement des conclusions de recherche de qualité élevée et de qualité moindre. Autre point fort : l’inclusion d’un large éventail de répercussions psychosociales, psychiatriques et physiques, étant donné qu’un grand nombre de méta-analyses précédentes portaient sur une répercussion en particulier ou un petit groupe de répercussions. En outre, l’ordre temporel entre le paramètre de prévision et le type de répercussion en question (c’est-à-dire la violence sexuelle sur enfant ayant lieu avant 18 ans et la mesure des répercussions après 18 ans) faisait partie des critères d’inclusion, réduisant ainsi le risque de combiner des effets à court terme des violences sur enfant avec les troubles qui se développent à l’âge adulte.

Plusieurs limitations doivent toutefois être notées. Tout d’abord, seul un nombre réduit de revues systématiques explorait les sources d’hétérogénéité parmi les études primaires par âge et concept d’étude. D’autres facteurs, y compris les caractéristiques familiales (facteurs protecteurs tel qu’un environnement familial stable et des relations basées sur le soutien), les caractéristiques des violences, ou les recoupements avec d’autres types de violences sur mineur, pourraient modérer ou mitiger l’association des violences sexuelles aux conséquences plus tard, et donc le fait de ne pas les prendre en compte pourrait mener à une surestimation des tailles d’effet. De futures études portant sur ces facteurs de confusion sont nécessaires pour estimer de manière plus précise le lien entre les sévices sexuels pendant l’enfance et les conséquences à l’âge adulte, en se servant notamment de concepts basés sur la famille. De plus, la collecte d’informations plus détaillés sur la nature de la violence pourrait aider à démêler les effets entre les différents types d’agression. Ensuite, les études primaires incluses dans les méta-analyses étaient souvent basées sur le rappel rétrospectif de violences sexuelles subis pendant l’enfance par des adultes, et les rapports rétrospectifs sont des variables de moins bonne qualité pour pouvoir mesurer la violence sexuelle sur mineur. Par conséquent, la recherche future avec de nouveaux concepts est nécessaire. Mis-à-part la mise en place de questionnaires qui pourraient être administrés auprès de victimes à différents stades de leur vie, il pourrait aussi être possible d’utiliser un ensemble de données basées sur des registres et liées les unes aux autres dans lesquelles la victimisation liée aux sévices sexuels et les répercussions sur la santé physique et mentale sont enregistrées de manière longitudinale.  Les données officielles du registre permettraient de réduire le biais de publication concernant la violence sexuelle et permettraient l’étude possible de son lien avec des troubles qui apparaîtraient plus tard chez l’adulte. D’autre part, la concomitance des sévices sexuels sur mineur avec d’autres formes d’agression est élevée, engendrant des conséquences psychosociales sanitaires encore plus graves. Cependant, en raison de données insuffisantes, nous n’avons pas pu prendre en compte les effets d’autres formes de violence dans la présente revue systématique. Enfin, nos analyses ont démontré que les conclusions actuelles concernant le lien entre la violence sexuelle et les répercussions sur la santé sont incohérentes puisque les études offrant des résultats substantiels avaient plus de chance d’être publiées que celles qui ne donnaient lieu qu’à des résultats sans grande signification. Il est nécessaire de continuer à faire de la recherche pour identifier les facteurs de contribution et réduire le biais de publication envers les études ne tirant pas de conclusions significatives.

Cette revue systématique a découvert que la violence sexuelle sur mineur est associée à des risques élevés de problèmes psychosociaux, psychiatriques et physiques à long terme. Il existe notamment des données probantes de qualité concernant le lien entre la violence sexuelle sur mineur et deux troubles psychiatriques (la schizophrénie et le trouble de stress post-traumatique) et une répercussion psychosociale (l’abus de substances). Étant donné que les risques relatifs et les taux absolus pour certaines répercussions apparues à la suite de violences sexuelles subies pendant l’enfance ont tous deux démontré qu’ils étaient supérieurs, cette revue suggère de prioriser les interventions qui réduisent le développement de ces répercussions dont la base factuelle est de bonne qualité. Il existe des lacunes notables notamment concernant le besoin de méta-analyses évaluant les répercussions pour lesquelles la documentation actuelle est de faible qualité, et de revues sur les conséquences (trouble bipolaire, trouble obsessif compulsif, et absence de domicile) qui ne présentent actuellement pas de revue systématique. En outre, pour clarifier les voies de développement des sévices sexuels vers des problèmes sanitaires et psychosociaux, plus d’études empiriques sont nécessaires, ainsi que des travaux de recherche sur les traitements chez les individus victimes de violence sexuelle pendant l’enfance.

Contributeurs

SF et HPH ont conçu cette étude ; HPH a extrait les données et réalisé l’analyse statistique ; RY a contribué à l’extraction et à l’interprétation des données. HPH et RY ont rédigé la version préliminaire du manuscrit ; HPH, SF, RY, et AD ont contribué à la révision du manuscrit ; et SF s’est occupé de la supervision globale.

Déclaration de conflits d’intérêts

Nous déclarons n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Remerciements

RY bénéficie du soutien du programme Rubicon offert par l’organisation nééerlandaise de la recherche (Nederlandse Organisatie voor Wetenschappelijk Onderzoek) (numéro de bourse : 446-15-002). AD reçoit le financement du UK National Institute for Health Research Biomedical Research Centre at South London and Maudsley NHS Foundation Trust et de l’université de King’s College London (Royaume-Uni), le UK Medical Research Council (numéro de bourse P005918), le UK Economic and Social Research Council, et le UK National Society for Prevention of Cruelty to Children (NSPCC). SF est finance par Wellcome Trust Senior Research Fellowship (numéro de bourse 202836/Z/16/Z). Nous remercions Sharon Gil qui a été la deuxième personne en charge de l’extraction des données relatives aux tailles d’effet. Nous remercions Shaoling Zhong qui a vérifié que les articles issus de notre recherche pour les inclusions et les exclusions.

Nous remercions les auteurs suivants pour avoir accepté de partager les copies de leurs articles ou leurs données avec nous: Cesare Maffei (Université de Vita-Salute San Raffaele, Italie), Shane Lloyd, (Brown University, États-Unis), Carlo Faravelli (Universita di Firenze, Italie), Valdo Ricca (Universita di Firenze, Italie), Brenda Miller (Pacific Institute for Research and Evaluation, États-Unis), Yue Wang (Liaoning Cancer Hospital and Institute, Chine), David Klonsky (University of British Columbia, Canada), Kimberly Arriola (Emory University, États-Unis), et Winfried Hauser (Technical University Munich, Allemagne).

Helen P Hailes*, Rongqin Yu*, Andrea Danese, Seena Fazel

*Ont contribué de manière égale

Article extrait de Lancet Psychiatry 2019; 6: 830–39

Publié En ligne

Le 10 septembre 2019

http://dx.doi.org/10.1016/ S2215-0366(19)30286-X

Département de Psychiatrie, Université d’Oxford, Oxford, Royaume-Uni (H P Hailes MSc, R Yu PhD, Prof S Fazel M.D.);

Medical Research Council Social, Genetic and Developmental Psychiatry Centre and Department of Child and Adolescent Psychiatry, Institute of Psychiatry, Psychology and Neuroscience, King’s College de Londres, Londres, Royaume-Uni (Prof A Danese M.D.);

et

National and Specialist CAMHS Trauma and Anxiety Clinic, South London and Maudsley NHS Foundation Trust, Londres, Royaume-Uni (Prof A Danese)

Toute correspondence doit être adressée à:

Prof Seena Fazel, Department of Psychiatry, University of Oxford, Oxford OX3 7JX, Royaume-Uni seena.fazel@psych.ox.ac.uk


Traduction de courtoisie par Sonia Erraud depuis PubMed

Une nouvelle étude de neuro-imagerie axée sur les symptômes de troubles dissociatifs dévoile des traces de traumatisme infantile dans le cerveau

Des chercheurs découvrent dans le cerveau des liens avec des symptômes de troubles dissociatifs

Résumé : Des analyses de neuro-imagerie peuvent déceler des altérations de la connectivité fonctionnelle entre les régions cérébrales, altérations liées à des symptômes de troubles dissociatifs. 

Résumé complet

Les traumatismes peuvent provoquer des symptômes de troubles dissociatifs, tels que des expériences d’amnésie, de détachement de soi ou émotionnel, qui peuvent aider les personnes à surmonter des difficultés. Cependant, ressentir ces symptômes de façon intense ou pendant une longue période peut avoir une incidence non négligeable sur la capacité d’un individu à mener une vie ordinaire.

Un groupe de chercheurs de l’hôpital de McLean a découvert que les analyses de neuro-imagerie peuvent dévoiler des altérations de la connectivité fonctionnelle entre les régions cérébrales. Ces analyses révèlent un lien entre ces altérations fonctionnelles et les symptômes de troubles dissociatifs propres à un individu ayant connu des traumatismes infantiles. Les résultats, publiés dans le « American Journal of Psychiatry », peuvent se montrer utiles afin d’adapter les traitements aux patients atteints.

Dans le cadre de l’étude, les chercheurs ont appliqué une nouvelle technique d’apprentissage automatique (intelligence artificielle) à des tests d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle réalisés sur 65 femmes ayant des antécédents de maltraitance infantile et de troubles récurrents de stress post traumatique. La technique, développée par l’un de ses principaux auteurs, Meiling Li, PhD, du centre de recherche en imagerie biomédicale, Ahinoula A. Martinos, dévoile que les analyses liées à la connectivité entre les différentes régions du cerveau coïncident avec les symptômes de dissociation des femmes testées.

« Cela représente un pas en avant dans la découverte d’une trace de dissociation dans le cerveau qui pourrait être utilisée en tant qu’outil de diagnostic objectif », a déclaré l’un des auteurs de l’étude, Lauren A.M. Lebois, PhD, directrice de l’unité de neuro-imagerie et du Programme de recherche sur les troubles dissociatifs et les traumatismes à l’hôpital Mc Lean. « A l’avenir, une fois que les analyses cérébrales auront atteints un niveau plus précis et détaillé, nous pourront les appliquer aux individus qui ont des difficultés à communiquer leurs symptômes de façon claire. Entre autres, ces analyses seront utiles dans les cas où les individus pourraient minimiser ou exagérer, de manière délibérée ou involontaire, leurs symptômes ou dans les cas de procédures judiciaires qui nécessitent des preuves objectives visant à confirmer une enquête. »

Lebois a constaté que l’existence de symptômes de troubles dissociatifs est souvent remise en cause et que les patients sont rarement interrogés sur ce sujet. « Ce doute présent dans la société et la communauté médicale alimente ce cercle vicieux : les nouvelles générations de médecins n’ont pas été formées à ce type de maladies ; ces symptômes sont mal compris, stigmatisés et mal diagnostiqués ;

et l’investissement financier dans ce domaine de recherche n’est pas considéré comme une priorité » Par conséquent, les patients connaissant ces symptômes et troubles dissociatifs dus à un traumatisme infantile ne peuvent avoir accès à un traitement existant de maladies mentales. « Il s’agit d’un problème général d’éthique. Non seulement les enfants sont mal traités et sont négligés, mais en plus de cette injustice, ils se retrouvent dans l’impossibilité de recevoir un traitement qui pourrait les aider une fois devenus adultes, » a déclaré Lebois.

L’étude peut contribuer à aborder le problème en montrant que les symptômes de troubles dissociatifs peuvent être analysés dans le cerveau de façon objective, tout en rendant plus apparentes certaines blessures invisibles de traumatisme infantile.

« On espère que ces données biologiques seront suffisamment solides pour confirmer la légitimité de ces symptômes psychiatriques », a ajouté Lebois.

Une sensibilisation accrue aux troubles dissociatifs et leur reconnaissance peuvent inciter les patients à demander de l’aide, les médecins à prescrire un traitement adapté et les compagnies d’assurance à prendre en charge les frais de traitement. Une meilleure compréhension de la biologie portant sur les symptômes de troubles dissociatifs peut aussi mener à la création de nouvelles méthodes thérapeutiques.

« Les résultats de cette étude nous conduisent à la prochaine étape de notre recherche, » a affirmé l’un des auteurs principaux de l’étude, Milissa Kaufman, MD, PhD, et directrice du Programme de recherche sur les troubles dissociatifs et les traumatismes.

L’Institut national de la santé mentale a attribué une bourse de recherche pour une durée de 5 ans à l’équipe de Kaufman, ce qui lui permettra d’étudier l’impact que peut avoir le trouble dissociatif sur la capacité à bénéficier d’un traitement régulier et adapté au trouble de stress post traumatique (TSPT). « Cette nouvelle étude pourra nous aider à mettre en place un nouveau traitement standard adapté aux patients souffrant de TSPT et souffrant de symptômes dissociatifs importants », a déclaré Kaufman.

Traduction de courtoisie par Fayza Hassani depuis Science Daily

Derrière la recherche: des résultats prometteurs lors d’un essai de traitement du TSPT par stimulation cérébrale profonde

Article rédigé par Jennifer Palisoc, conseillère en communication du Centre des Sciences de la Santé Sunnybrook

Des chercheurs du Centre des Sciences de la Santé Sunnybrook ont obtenu des résultats prometteurs lors du premier essai clinique canadien impliquant la stimulation cérébrale profonde (DBS) pour traiter le trouble de stress post-traumatique (TSPT) réfractaire. La phase I de l’essai visant à explorer la sécurité de cette procédure a débuté en février 2019.

Les chercheurs ont récemment publié un nouveau rapport dans la revue scientifique Biological Psychiatry mettant en évidence un progrès positif et constant au cours des mois suivant le traitement chez la première patiente au Canada à avoir bénéficié de cet essai clinique

L’équipe de Sunnybrook est aussi le premier groupe de chercheurs au monde à cibler une région du cerveau connue sous le nom de cortex préfrontal ventromédian avec la stimulation cérébrale profonde (DBS) pour traiter le TSPT réfractaire. Le rapport souligne le succès de cette approche à ce jour. Les réactions de la patiente face aux déclencheurs ont nettement diminué. Elle profite d’une qualité de vie désormais nettement supérieure.

Les chercheurs de Sunnybrook et la première patiente au Canada à participer à cet essai clinique partagent avec vous les résultats du dernier rapport et le progrès de cet essai en cours.

Dr. Nir Lipsman, chercheur principal, directeur du Centre Harquail sur la neuromodulation de Sunnybrook:

« À ce jour, les résultats de cet essai sont fiables et encourageants, et nous continuons à chercher des moyens novateurs pour traiter le TSPT et trouver de nouvelles options de traitement pour les personnes qui souffrent de TSPT résultant d’une carrière militaire ou de traumatismes et violences vécus. Notre travail se base sur le besoin essentiel de recherche continue pour pouvoir approfondir nos connaissances sur les circuits cérébraux du TSPT et ainsi pouvoir développer un nouveau traitement et des thérapies agissant directement sur le cerveau avec une technologie d’imagerie de pointe. Cette recherche est possible, grâce notamment à la générosité des donateurs et bailleurs de fonds qui soutiennent notre innovation, et grâce aux patients qui nous aident à révolutionner l’avenir de la santé du cerveau. »

Dr. Clement Hamani, auteur principal et responsable de la recherche préclinique du Centre Harquail sur la neuromodulation de Sunnybrook:

«En tant que premiers chercheurs à étudier et appliquer la stimulation cérébrale profonde sur le cortex préfrontal ventromédian en tant que traitement du TSPT réfractaire, il est encourageant de voir que notre recherche préclinique et l’essai clinique ont donné lieu à des résultats aussi prometteurs quant au progrès de notre patiente. Notre recherche translationnelle a pour objectif de mener au développement et à la découverte de nouveaux traitements qui permettront d’améliorer la qualité de vie des patients souffrant de TSPT. »

Dr. Peter Giacobbe, co-chercheur, responsable clinique du Centre Harquail sur la neuromodulation de Sunnybrook: (photo prise en 2018)

« Plus de 3 millions de Canadiens sont atteints de TSPT, et entre 20 et 30% ne répondent pas à la psychothérapie ou au traitement médical. En visant directement et avec précision une région du cerveau jouant un rôle dans le TSPT, notre étude est à la pointe de futurs traitements possibles. Il est important de se rappeler que chaque individu réagit différemment aux divers traitements; les résultats de notre étude pourraient aider à améliorer et personnaliser les traitements en fonction des besoins individuels et des symptômes des patients, et ainsi redonner espoir à ces patients dont la vie a été bouleversée par l’absence de réponse aux traitements du TSPT. »

Serena Kelly, première patiente au Canada à participer à l’essai clinique :

« Depuis que j’ai eu recours à la stimulation cérébrale profonde pour traiter mon TSPT, ma qualité de vie s’est nettement améliorée. Les pensées et les images intrusives ne me hantent plus et elles ne m’empêchent plus de dormir la nuit. L’hypervigilance ne dicte plus ma vie. Après avoir passé des décennies à essayer d’éviter tous les déclencheurs, je suis désormais capable de faire face à tout. En me soumettant à la stimulation cérébrale profonde pour l’essai clinique sur le TSPT, j’ai retrouvé ma vie et mon indépendance! Depuis plus d’un an, je suis de nouveau capable de conduire toute seule. J’ai repris l’université pour obtenir un diplôme en psychologie; je vais bientôt terminer mon troisième semestre. Sans le travail intense et le dévouement de l’équipe en charge de l’essai clinique, je ne serais pas où j’en suis aujourd’hui, et je pense réellement que le travail de recherche qu’ils effectuent est inestimable et pourrait potentiellement sauver des vies. »

Témoignage de Serena Kelly dans le prochain article.

Traduction de courtoisie depuis Health Sunnybrook par Sonia Erraud

Une altération des circuits peut provoquer des symptômes « hors du corps » chez certaines personnes souffrant de SSPT

Pour certaines personnes souffrant de stress post-traumatique (SSPT), les symptômes vont au-delà des flashbacks, des cauchemars, de l’insomnie et des sentiments de tension qui en perturbent beaucoup. Jusqu’à 30 % de personnes souffrant de SSPT ont aussi des symptômes connus sous le nom de dépersonnalisation et de déréalisation, c’est-à-dire qu’elles vivent des épisodes « hors du corps » ou ont le sentiment que le monde n’est pas réel. Ces perturbations de la perception et de la conscience sont connues sous le nom de dissociation.

De nouvelles recherches révèlent maintenant que les circuits cérébraux impliqués dans la gestion de la peur sont connectés différemment chez ces personnes contrairement autres personnes souffrant de SSPT. Les résultats, publiés dans la revue Neuropsychopharmacology, suggèrent que ces patients ont besoin de différentes options de traitement.

Le SSPT avec dissociation est reconnu comme un sous-type distinct du trouble. Ce trouble est plus fréquent chez les personnes dont le SSPT s’est développé à la suite de traumatismes répétés ou de maltraitances dans l’enfance. Les facteurs génétiques peuvent également augmenter le risque de développer un SSPT avec dissociation.

Des études ont démontré que le rappels d’événements traumatiques déclenchent des schémas d’activité neuronale différents chez les patients souffrant d’un SSPT dissociatif que chez les personnes souffrant d’un SSPT sans dissociation. Pour les deux groupes, il semblerait que les circuits cérébraux régulant les émotions soient perturbés. Chez la plupart des personnes souffrant de SSPT, les réponses émotionnelles sont sous-modulées (sous-régulées ou contrôlées) par le cerveau, ce qui les amène à revivre les événements traumatiques et à ressentir des symptômes d’hypervigilance, comme le fait de sursauter facilement. En revanche, chez les personnes atteintes du sous-type dissociatif du SSPT, les réponses émotionnelles sont surmodulées (surrégulées) par le cerveau, ce qui entraîne un détachement émotionnel et des sentiments de dépersonnalisation et de déréalisation caractéristiques de ce sous-type.

Le Dr Ruth Lanius, auteur principal, de l’Université de Western Ontario, a dirigé une équipe de scientifiques dont faisait partie Margaret McKinnon, titulaire d’une bourse NARSAD Young Investigator (2007 et 2009), de l’Université McMaster en Ontario. Les scientifiques ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour comparer l’activité cérébrale de 49 personnes souffrant de SSPT, dont 13 avaient été diagnostiquées avec le sous-type dissociatif du trouble. Leur étude a également porté sur 40 personnes ne souffrant pas de SSPT.

Les chercheurs ont concentré leur analyse sur les parties du cerveau liées à l’amygdale, une petite zone du cerveau impliquée dans le traitement des émotions et de la peur. Ils ont examiné les connexions à deux parties de l’amygdale : l’amygdale basolatérale, qui évalue les informations sensorielles et aide à intégrer les émotions, et l’amygdale centro-médiale, qui permet de mettre en route les réponses à la peur.

Ils ont découvert que dans le cerveau des patients atteints du sous-type dissociatif du SSPT, l’amygdale était plus fortement connectée aux régions cérébrales impliquées dans la perception, la conscience, la régulation émotionnelle et la proprioception (le sens de la position du corps) qu’elle ne l’était chez les patients atteints du SSPT sans le sous-type dissociatif. Les chercheurs affirment que les symptômes dissociatifs des patients pourraient être directement liés à ces altérations des circuits fonctionnels du cerveau.

Traduit par courtoisie depuis Brain and behaviour research foundation

L’expression de certains gènes peut affecter la susceptibilité au SSPT

Résumé : les personnes souffrant de SSPT ont tendance à avoir une expression plus élevée du gène SNRNP35 dans leur cerveau, et une expression plus faible du gène ZNF140 dans leur sang.

Source : Hôpital McLean

Les résultats d’une nouvelle étude suggèrent que le fait que certains gènes soient exprimés – activés ou désactivés – peut jouer un rôle dans la susceptibilité au syndrome de stress post-traumatique (SSPT). L’étude, qui a été menée par une équipe internationale dirigée par des chercheurs de l’hôpital McLean et publiée dans la revue Cell Reports, pourrait fournir des indications pour la prévention et le traitement du SSPT.

Face à des traumatismes répétés, prolongés ou graves, certains individus semblent plus prédisposés au SSPT, tandis que d’autres sont plus résilients. L’identification des personnes susceptibles au SSPT – et les raisons de cette susceptibilité – pourrait aider les chercheurs à mettre au point des traitements efficaces.

Pour mener leurs recherches, les scientifiques ont utilisé les données génétiques de 195 684 personnes (29 539 souffrant de SSPT et 166 145 sans pathologie), collectées par le groupe PGC-PTSD (Psychiatric Genomics Consortium-PTSD Group), afin de prédire les schémas d’expression des gènes dans le cerveau et autres tissus sur la base de modèles d’apprentissage automatique. L’équipe a trouvé deux gènes génétiquement programmés pour s’exprimer à des niveaux différents chez les personnes souffrant de SSPT par rapport à celles qui n’en souffrent pas.

Les individus souffrant de SSPT ont tendance à avoir une expression plus faible d’un gène appelé SNRNP35 dans le cerveau et une expression plus élevée d’un gène appelé ZNF140 dans le sang.

Les chercheurs ont noté que l’expression du SNRNP35 semble être importante dans une région du cerveau impliquée dans la gestion du stress. Ils ont également découvert que le fait de donner à des souris une forte dose d’une hormone du stress diminue l’expression du gène SNRNP35 dans le cerveau.

En ce qui concerne le gène ZNF140, la protéine codée par le gène est connue pour influer sur l’expression des gènes dans les cellules immunitaires circulant dans le sang. Par conséquent, une expression plus élevée de ZNF140 peut influer sur la réponse immunitaire de l’organisme pour augmenter la susceptibilité au SSPT.

« Notre étude fournit une feuille de route pour les études ultérieures visant à relier le risque de SSPT aux populations vulnérables et à développer et valider des tests biologiques et des « cibles thérapeutiques » pour la prévention et le traitement », a déclaré l’auteur principal, Nikolaos P. Daskalakis, MD, PhD, directeur du laboratoire neurogénomique et bioinformatique translationnelle de l’hôpital McLean.

Les chercheurs ont noté que des études supplémentaires sont également nécessaires pour découvrir les mécanismes précis des effets de différents gènes sur la susceptibilité et la résilience au stress post-traumatique.

« L’identification de facteurs génétiques du SSPT pourrait nous aider à comprendre comment le corps réagit aux expériences traumatiques et ainsi ouvrir la voie à de nouvelles interventions pour aider les patients concernés », a déclaré l’auteur principal Kerry J. Ressler, MD, PhD, directeur scientifique et chef du Centre d’excellence pour les troubles dépressifs et anxieux de l’hôpital McLean.

Traduit par courtoisie depuis Neuroscience News