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POURQUOI LES PERSONNES PRÉSENTANT UN SSPT COMPLEXE ÉVITENT LE CONTACT VISUEL

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tspt

Une étude de Lanius et al. a été menée afin de comprendre pourquoi de nombreuses personnes atteintes du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), y compris celles qui souffrent de SSPT complexe, trouvent souvent cela affreusement inconfortable quand les codes du savoir-être les oblige à avoir un contact visuel avec une autre personne. (J’ai moi-même tenté une fois de contourner ce problème en achetant des lunettes beaucoup trop fortes pour moi, de sorte que, lorsque les normes sociales exigeaient un contact visuel, tout ce que mes yeux percevaient était un brouillard non menaçant et réconfortant)

Revenons à l’expérience de Lanius et al :

L’expérience s’est déroulée en deux groupes :

1) des survivants de traumatisme chronique

2) des participants “normaux”


En quoi consistait l’expérience ?

Les participants des deux groupes ci-dessus ont été soumis à des scans du cerveau tout en ayant un contact visuel avec un personnage vidéo de manière à reproduire un contact en face à face dans la vie réelle.

Quels résultats pour cette expérience ?

Dans le cas des participants ” normaux ” (c.-à-d. ceux qui n’avaient PAS subis de traumatisme important), le contact visuel simulé avec le personnage vidéo a provoqué une activation d’une partie du cerveau, connue sous le nom de CORTEX PRÉFRONTAL.

PAR CONTRE : Dans le cas des survivants de traumatisme chronique, le même contact visuel simulé avec le personnage vidéo n’a PAS provoqué d’activation du CORTEX PRÉFRONTAL. Les scans ont révélé qu’en réponse au contact visuel simulé, la partie du cerveau des survivants de traumatismes chroniques qui ÉTAIT ACTIVÉE était la partie primitive (située au plus profond du cerveau émotionnel) connue sous le nom de GRIS PERIAQUEDUCTAL.

INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS :

Le cortex préfrontal nous aide à juger et à évaluer une personne lorsque nous établissons un contact visuel, afin de déterminer si ses intentions semblent bonnes ou mauvaises.

Cependant, la zone grise périaqueductale est associée à des RÉPONSES AUTO-PROTECTRICES comme l’hypervigilance, la soumission et la fuite.

Par conséquent, nous pouvons en déduire que les personnes atteintes de SSPT ou de SSPT complexe peuvent avoir de la difficulté à établir un contact visuel parce que leur cerveau a été affecté négativement, à la suite de leurs expériences traumatiques, de telle sorte que, lorsqu’elles établissent un contact visuel avec une autre personne, l’étape ” évaluation ” de l’interaction (normalement effectuée par le cortex préfrontal) ne se produit plus, et leur cerveau, par l’activation de la zone periaqueductale, provoque une réponse de frayeur exacerbée.

Cela constitue un autre exemple de la façon dont les traumatismes graves et prolongés de l’enfance peuvent nuire au développement physique du cerveau.

Lien : Étude de Lanius et al.

#sspt#ssptcomplexe#cortexpréfrontal#grisperiaqueductale

Traduit par courtoisie : Childhood Trauma Recovery

Conséquences psychotraumatiques

Le diagnostic non-officiel du SSPT Complexe ou pourquoi est-il si difficile d’avoir un diagnostic ?

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traumatisme

Je suis une femme de quarante-deux ans, hantée par une maladie psychologique depuis aussi longtemps que je me souvienne, et pourtant ce n’est qu’au cours des deux dernières années que je suis devenue consciente de ce trouble complexe. Aucun spécialiste de la santé mentale ne m’en a jamais parlé. La seule raison pour laquelle j’en connais le nom, et reconnais ces symptômes comme étant les miens, est que j’ai fait mes propres recherches pour essayer de me guérir. Pourquoi est-il si difficile de trouver un diagnostic qui explique en détail les symptômes uniques avec lesquels nous vivons et avec lesquels nous devons apprendre à survivre chaque jour ?

On m’a diagnostiqué une dépression avec anxiété généralisée en 2000. Ce diagnostic est resté le même au cours des dix-neuf dernières années, mais pour moi, il n’a jamais suffi à expliquer la gravité des nombreux symptômes dont je souffre. L’intensité même des émotions ; la déconnexion constante et la solitude, comme si j’interagissais avec le monde à travers une pellicule de verre ; les flash-back émotionnels causés par les chansons à la radio (notamment la musique des années 80 que tout le monde semble aimer et qui n’est autre que la musique de mon enfance maltraitée), un nom si douloureusement familier ou le fumet de certains plats ; les relations interpersonnelles qui semblent si faciles pour tout le monde, mais qui pour moi sont parsemées de pièges de méfiance, de signaux d’alarme et de cette manie paradoxale de ne jamais en faire cas pour certaines personnes, puis de retomber dans la violence.Je savais que je ne cheminais pas dans ce monde de manière ” normale “, mais je ne comprenais pas, ni n’arrivais à m’expliquer pourquoi. J’en était venue à la même conclusion que les nombreuses personnes qui ont travaillé ou interagi avec moi – j’étais juste bizarre.

Pendant longtemps, j’ai cru que j’avais un trouble de la personnalité limite, uniquement parce que je ressens les émotions avec une intensité qui frise le ridicule. La musique est mon principal déclencheur. Je vis les chansons comme sur un grand huit, chacune me rappelle une personne, un souvenir, une situation réelle ou imaginaire. J’ai tendance à écouter la musique en voyage, donc c’est toujours rocambolesque ! Je regarde mon chat, et je pleure parce que je l’aime tant. J’ai un énorme sentiment d’abandon dû à différents événements de ma vie et je me sens particulièrement anxieuse et apeurée dans mes relations. Mais…. beaucoup de points ne me parlaient pas. Je me demandais si je n’étais pas une personne avec un trouble de la personnalité ‘’tranquille’’. Je n’avais aucun problème avec ces diagnostics et j’étais prête à accepter que je ne rentrais pas tout à fait dans les cases, mais je ne me sentais toujours pas bien.

Un jour, j’ai demandé à un thérapeute quel était mon diagnostic, et il m’a demandé pourquoi j’en avais besoin. Il m’a dit que les étiquettes n’aidaient personne à se rétablir et n’avaient aucune incidence sur le traitement. À l’époque, je n’étais pas assez sûre de moi pour lui soutenir qu’il était important pour moi de savoir. Je voulais une explication concrète des raisons pour lesquelles je me sentais si différente. Une étiquette m’aurait aidée, surtout à l’ère des groupes de soutien Internet et des pages Facebook.

Je crois que la plupart des gens sont plutôt intéressés pour rechercher de l’information concernant leurs symptômes personnels, et comme le soutien psychologique est souvent difficile à trouver, ces groupes peuvent littéralement sauver des vies. Je ne comprends pas pourquoi les services de santé mentale n’en tiennent pas compte et ne veulent pas ‘’étiqueter’’ les gens. Cela ne devrait-il pas être un choix personnel ? Donner un nom à quelque chose peut aider à comprendre, au lieu d’avoir une série de symptômes qui n’ont aucun sens séparément. Certes, le SSPT complexe n’est toujours pas un diagnostic officiel que les professionnels de santé mentale peuvent poser, mais je suis convaincue qu’il y avait plus que de la dépression dans mon diagnostic. Je souhaitais connaître leur opinion sur les choses personnelles que j’avais partagées avec eux et discuter d’un diagnostic au sein d’une équipe.

Je ne me souviens pas de la première fois où j’ai appris que le SSPT complexe existait. C’était peut-être dans un article lu sur une page Facebook, mais je sais que c’était purement par hasard et que je savais que c’était ce dont je souffrais. Je me suis sentie tellement soulagée, sachant qu’il y avait un nom spécifique pour tous mes symptômes et que d’autres personnes ressentaient la même chose.Je ne me sentais plus si “anormale” parce qu’il y avait une très bonne explication à la façon dont je voyais le monde et interagissait avec. Ce n’était pas de ma faute, et je n’étais pas ”folle”. Le simple fait de savoir a été comme une thérapie en soi car cela m’a enlevé un énorme poids. Et, tout comme pour un diagnostic physique, une fois que vous savez ce qui dont vous souffrez, vous pouvez commencer à travailler dessus. J’ai fait des recherches dans des articles et sur YouTube pour trouver des vidéos à ce sujet, beaucoup d’entre elles provenant de personnes aux prises avec les mêmes maux.Maintenant, quand je vois mon thérapeute (privé), je le considère comme une collaboration parce que je sais sur quoi je dois travailler et pourquoi je suis affectée par certaines choses. J’entraîne la partie logique de mon cerveau à agir comme un videur de boîte à chaque fois qu’il détecte un problème, à faire une pause, à regarder l’émotion ressentie, à tenter de savoir d’où elle vient et à réaliser qu’elle va passer. Ce n’est pas si difficile en général de ressentir l’émotion – je ne me force plus à le refouler en me disant que je suis ” une idiote “. Cela m’a permis à faire preuve de plus de compassion envers moi-même parce que la personne qui souffre le plus, c’est la petite fille à qui l’on a fait ressentir qu’elle était inférieure aux autres.

J’espère vraiment que le syndrome de stress post-traumatique complexe deviendra un diagnostic courant car il est indispensable qu’il le soit. Je me considère chanceuse de l’avoir découvert par hasard, mais je me demande pourquoi on devrait compter sur la chance pour trouver la guérison, le soutien et la solidarité avec les autres victimes de violence.


Traduit avec courtoisie : CPTSD Foundation

amnésie dissociative

Je souffre de stress post-traumatique et je ne le savais même pas – vous aussi, peut-être

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Pour le savoir, il faut en connaître les signes.

Je m’en souviens encore comme si c’était hier. C’était fin 2015, et pour la première fois de ma vie, je me sentais complètement brisée.

Alors que j’avais un emploi où les autres se fiaient à moi, un partenaire qui prenait soin de moi et un blog en ligne qui marchait, j’étais toujours dans un état constant de panique et d’anxiété exacerbée. Tous les matins, je me réveillais et l’impact était quasi immédiat. Mon corps et mon cerveau étaient la source de mes humeurs qui oscillaient comme un pendule. N’arrivant plus à maintenir une façade, je me suis peu à peu retirée du monde.Je n’ai pas réussi à identifier ce qu’il se passait, mais je savais que quelque chose clochait.

Un soir de fin novembre, alors que je franchissais la porte après le travail, le téléphone a sonné. Ma mère était à l’autre bout du fil, me posant des questions tranchantes et intrusives, ce qui n’était pas inhabituel dans notre relation tendue. J’ai pleuré au téléphone en implorant un peu de répit, en lui demandant d’arrêter, quand quelque chose s’est déclenché. Pour la première fois de ma vie, j’ai pris pleinement conscience de ce qui se passait dans mon corps.

Et j’ai su que j’avais besoin d’aide. La maladie mentale a toujours fait partie de mon histoire familiale, mais pour je ne sais quelle raison, je pensais y avoir échappé. J’ai commencé à comprendre que ce n’était pas le cas.Ce n’est qu’en 2015, lorsque j’ai commencé à travailler avec une équipe de thérapeutes spécialisés en traumatologie, que j’ai finalement compris que je souffrais en fait de syndrome de stress post-traumatique complexe, une forme différente du SSPT, en plus de la dépression.Lors de la première consultation, ils m’ont posé des questions sur la régulation de mes émotions, les altérations de la conscience, les relations avec les autres et mon enfance. Cette consultation m’a permis de faire un retour en arrière et de faire le point sur le nombre d’incidents traumatiques qui ont eu lieu dans ma vie.

Enfant, mon estime personnelle était continuellement bafouée car mes parents passaient leur temps à me faire douter de moi et à me critiquer ; je ne semblais rien pouvoir faire correctement car, selon eux, je n’étais pas assez mince ou pas assez “féminine”. Cette violence psychologique m’a accablée durant de nombreuses années.

Ces sentiments de culpabilité et de honte sont réapparus lorsque, à mon 30ème anniversaire, j’ai été victime d’un viol.Ces expériences se sont imprimées dans mon cerveau, formant des cheminements qui ont affecté ma manière de vivre mes émotions et de me relier à mon corps.

Carolyn Knight explique dans son livre ” Working with Adult Survivors of Childhood Trauma ” qu’un enfant ne devrait pas avoir à se confronter à la violence. Lorsqu’il y a violence, l’enfant n’est pas psychologiquement en mesure d’y faire face. Les adultes qui font partie de leur vie sont censés être des modèles en matière de régulation des émotions et doivent fournir un environnement sécurisant.

Dans mon enfance, je n’ai pas eu ce type de modèle. En fait, beaucoup d’entre nous ne l’ont pas eu. En travaillant de concert avec mes thérapeutes en traumatologie, j’ai réalisé que je n’étais pas seule et que la guérison de ce type de traumatisme était possible.Au début, c’était difficile d’accepter que j’avais subi un traumatisme. Longtemps, le cinéma et la télévision m’ont laissé croire, à tort, que seules certaines expériences menaient au SSPT. Il s’agissait de soldats qui avaient été les témoins directs de la guerre, ou de personnes qui avaient vécu un événement traumatisant, comme un accident d’avion. En d’autres termes, ça ne pouvait pas me concerner.

Mais au fur et à mesure que j’ai commencé à intégrer mon diagnostic, j’ai compris les différents aspects du SSPT et du SSPT Complexe, et comment les stéréotypes ne reflétaient pas la réalité. Le trauma est beaucoup plus vaste que ce que nous avons tendance à imaginer. Il a le pouvoir de laisser une empreinte à vie sur le cerveau, que nous en soyons conscients ou non. Et jusqu’à ce que l’on nous donne les outils et les mots pour définir clairement ce qu’est un traumatisme et comment il nous affecte, comment pouvons-nous commencer à nous reconstruire ?

En m’ouvrant au sujet de mon diagnostic, j’ai commencé à faire des recherches sur les différences entre le SSPT et SSPT Complexe. Je voulais en apprendre davantage, non seulement pour moi-même, mais aussi pour pouvoir avoir des discussions ouvertes et honnêtes avec ceux qui n’en connaissent peut-être pas les différences. Ce que j’ai découvert, c’est que, même si les deux peuvent sembler similaires, il existe de grandes différences.Le SSPT est un état de santé mentale déclenché par un seul événement traumatique de la vie. Une personne ayant reçu un diagnostic de SSPT est une personne qui a été témoin d’un événement ou qui a participé à un événement traumatique et qui, par la suite, vit des flashbacks, des cauchemars et une anxiété grave en rapport à cet événement. Les événements traumatiques sont parfois difficiles à définir. Certains événements peuvent ne pas être aussi traumatisants pour certaines personnes que pour d’autres.

Selon le ”Centre for Addiction and Mental Health”, le traumatisme est une réaction émotionnelle durable qui résulte du vécu d’un événement bouleversant. Mais cela ne signifie pas pour autant que les traumatismes ne peuvent pas être chroniques et continus, et c’est là que l’on découvre des cas de SSPT Complexe. Pour les personnes comme moi, atteintes de SSPT Complexe, le diagnostic est différent de celui du SSPT, mais cela ne rend pas les choses moins difficiles.

Les personnes ayant reçu un diagnostic de SSPT ont souvent été victimes de violences extrêmes et de stress sur une longue période de temps, notamment des sévices durant l’enfance ou des violences physiques ou psychologiques prolongées.

Bien qu’il y ait beaucoup de similitudes avec le SSPT, les symptômes diffèrent notamment en ce qui concerne :

  • les périodes d’amnésie ou de dissociation
  • les difficultés dans les relations
  • les sentiments de culpabilité, de honte ou de manque d’estime personnelle

Cela signifie que le traitement n’est en aucun cas identique.

Bien qu’il y ait des différences distinctes entre SSPT et SSPT Complexe, plusieurs symptômes, en particulier la sensibilité émotionnelle, peuvent être confondus avec le trouble bipolaire et le trouble de la personnalité limite. De nombreuses personnes ont ainsi fait l’objet d’un diagnostic erroné. Lorsque j’ai rencontré mes thérapeutes en traumatologie, ils ont expliqué que la désignation de SSPT Complexe était encore relativement récente. De nombreux professionnels commençaient à peine à la reconnaître.

En lisant les symptômes, j’ai ressenti un certain soulagement. Tout ce temps, j’ai eu l’impression d’être perdue et de ne pas être normale, en raison de mon sentiment de honte et de culpabilité. Mais grâce à ce diagnostic, j’ai commencé à comprendre que ce que je vivais était en fait un grand nombre de sentiments qui éveillaient ma peur, ma réactivité et mon hypervigilance – autant de réactions tout à fait logiques en présence de traumatisme prolongé.

C’est la première fois que j’ai ressenti que je pouvais non seulement améliorer mes relations aux autres, mais aussi que je pouvais enfin libérer mon corps de ce traumatisme et entreprendre les changements salutaires dont j’avais besoin pour vivre ma vie.Je sais, par expérience, à quel point la vie avec SSPT Complexe peut être effrayante et nous isoler. Mais au cours de ces trois dernières années, j’ai réalisé qu’il est possible de ne plus vivre dans le silence.

Jusqu’à ce qu’on m’ait donné les techniques et outils pour gérer mes émotions et les déclencheurs, je ne savais pas vraiment comment m’aider ou comment aider ceux qui m’entouraient à le faire. Le processus de reconstruction n’a pas été facile pour moi personnellement, mais il a été réparateur, et je sais que je le mérite. Le traumatisme se manifeste dans notre corps – émotionnellement, physiquement et mentalement – et ce cheminement a été ma façon de le libérer enfin.

Il existe un certain nombre d’approches différentes pour traiter le SSPT et le SSPT Complexe. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est une forme populaire de traitement, bien que certaines études aient montré que cette approche ne fonctionne pas forcément pour tous les cas de SSPT. Certaines personnes ont également eu recours à la désensibilisation par mouvements oculaires (EMDR) et à des thérapies par la parole.

Chaque programme thérapeutique sera différent en fonction de ce qui convient le mieux aux symptômes de chaque personne. Peu importe ce que vous choisissez, la chose la plus importante à retenir est de choisir un traitement qui vous convient – ce qui signifie que votre cheminement peut ne ressembler à aucun autre.

Non, la route n’est pas vraiment droite, courte ou facile. En fait, c’est souvent confus, pénible et difficile. Mais vous serez heureux et en meilleure santé à long terme. Et c’est ce qui fait que le travail de reconstruction est si important.


#stressposttraumatique#tspt#maltraitanceinfantile#inceste#violencesexuelle#violencephysique#violencepsychologique#thérapie#emdr#tcc


Traduit par courtoisie : Healthline

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La honte chronique et toxique : Ce que c’est que de vivre avec.

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chronique et toxique

Les personnes souffrant de honte chronique et toxique en sont affectées dans de nombreux domaines de vie. Parfois, ces personnes ne sont même pas conscientes de l’impact que cela a sur elles. Certaines vous diront quelque chose comme : “Je me sens tout le temps mal dans ma peau.

“Je reçois souvent des commentaires, messages et courriels me disant : ” Je viens de lire votre article et c’est exactement ce que je ressens, mais je ne savais pas comment le formuler! Merci beaucoup !” . Voilà à quel point il peut être difficile de verbaliser ce qui se passe quand on a constamment honte. De plus, cela s’accompagne souvent d’autres sentiments désagréables, comme la culpabilité toxique, douter de soi, la colère, l’impuissance, le désespoir ou la solitude.

Voici quelques-uns des problèmes les plus courants auxquels sont confrontées ces personnes et pour lesquels ils ont honte.

Culpabilité et responsabilité trompeuse

La responsabilité et la culpabilité toxique sont deux choses qui vont souvent de pair avec la honte chronique. La personne a tendance à se blâmer pour les choses dont elle n’est pas responsable. Par conséquent, elle se sent aussi investie d’un sens des responsabilités écrasant. Et quand on se sent responsable des autres, il est très difficile de dire non ou de fixer des limites plus fermes. Par conséquent, on a tendance à accepter trop de responsabilités et d’obligations. On est aussi trop gentil et crédule. C’est un énorme problème parce qu’une telle personne est susceptible d’être manipulée par des personnes ayant une personnalité toxique : narcissiques, psychopathes, sociopathes, malfaiteurs, voleurs et autres prédateurs de toutes sortes. (…)

Le vide

De plus, les personnes qui souffrent de la honte toxique se sentent souvent vides et ne ressentent pas de véritable bonheur à long terme. Les gens qui se situent dans le spectre narcissique et toxique font face à ce manque en se comparant pathologiquement aux autres et en essayant de les dévaloriser pour se sentir supérieur. Ils recherchent le pouvoir et le contrôle sur les autres, le statut social, la célébrité, la notoriété, etc. Tout ce qui peut prouver qu’ils ne sont pas aussi inutiles et déplaisants que ce qu’ils perçoivent d’eux-même.

Les autres s’effacent, se sacrifient et se dévouent afin de se sentir utiles et indispensables, même si c’est au détriment de leur propre bien-être. Enfant, ils ont appris que le but de leur existence était de répondre aux besoins des autres. Ils ressentent donc simplement un vide existentiel s’il n’y a personne pour s’occuper d’eux.

Automutilation et négligence personnelle

Nombre de ceux qui vivent avec une honte chronique et toxique ont de la difficulté à prendre soin d’eux-mêmes. C’est difficile de prendre soin de soi-même si personne ne se souciait vraiment de nous quand on était petit. C’est pourquoi les personnes qui ont été négligées dans leurs premières années de développement ont tant de mal avec cet aspect. Certains se causent même activement du tort. (…) :”Si un enfant n’est pas autorisé à ressentir certaines émotions, comme la colère, il apprend à y faire face de façon destructive et autodestructrice, ce qui implique souvent l’automutilation et la négligence personnelle. Ce sont là des moyens “plus acceptables” de communiquer leurs émotions”.

Anxiété sociale

La honte est une émotion qui nous donne envie d’éviter les autres. Elle est souvent illustrée par une personne qui se couvre le visage ou qui essaie de se cacher. Par conséquent, une personne qui ressent une honte chronique cherche, la plupart du temps, à se cacher des autres.

Ceci est le résultat d’expériences sociales douloureuses dans le passé, généralement dans l’enfance, où les autres représentaient un danger et infligeaient souffrance et tristesse. Ces expériences ont amené l’individu à apprendre que les autres, ou les interactions sociales en général, sont le plus souvent associés à des douleurs émotionnelles et même physiques, à des situations de malaises ou de menaces.

Sur le plan comportemental, il en résulte de l’évitement, de la gêne, de la timidité, parfois jusqu’à être terrorisé de passer un appel ou de s’isoler complètement dans son espace personnel, hors de danger.

Il est intéressant de noter que les personnes ayant de fortes tendances narcissiques et autres traits de personnalité toxiques ont tendance à composer avec leurs sentiments de honte chronique et d’inutilité en étant plus extravertis. Ils cherchent à attirer l’attention et se comportent comme des enfants capricieux, irritables, irresponsables, niant la réalité. Leur comportement est souvent qualifié d’antisocial, en ce sens qu’il est nuisible aux autres et à eux-même (à ne pas confondre avec asocial, ce qui signifie simplement que la personne n’aime pas les interactions sociales).

La solitude

Etant donné que la honte toxique découle d’expériences douloureuses et traumatisantes vécues dans l’enfance, maltraitée par les autres, des problèmes de confiance peuvent se développer. Le fait d’avoir des difficultés à faire confiance a pour conséquence de ne pas avoir de limites et, par extension, de nouer des relations malsaines et de vivre avec un sentiment chronique de solitude. Certaines personnes ont l’impression d’être un fardeau et ne veulent pas déranger les autres. Pour elles, il est très difficile de demander de l’aide ou d’exprimer des préférences.

Certains sont trop agressifs et narcissiques, ce qui décourage immédiatement les gens plus sains. Par ailleurs, une personne narcissique ne veut pas ou ne peut pas se rendre compte qu’elle est incapable d’établir ou d’entretenir des relations saines et harmonieuses. Pour elle, le problème vient toujours de l’autre. Par conséquent, elle ne peut même pas s’attaquer au problème parce qu’elle en nie l’origine et se retrouve donc coincée dans sa solitude.

Certains sont trop dans le besoin et attendent que les autres s’occupent et fassent des choses pour eux. Ils ont intériorisé la croyance qu’ils sont trop incompétents, impuissants et dépendants, ce qui, malheureusement, repousse les personnes qui veulent une relation égalitaire et mature.


Résumé et mot de la fin

La honte toxique est une problématique complexe et compliquée. Elle ronge la personne de l’intérieur et affecte tous les aspects de sa vie. Beaucoup de gens ne sont même pas conscients de ce qu’ils ressentent. Et parmi ceux qui le sont, nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à le verbaliser clairement et à le comprendre.

La honte chronique et toxique, comme la plupart des problèmes psychologiques, est enracinée dans une éducation douloureuse et traumatisante, où la personne a été maltraitée et a appris qu’elle était mauvaise, qu’elle méritait des punitions, qu’elle était indigne de bonnes choses, qu’elle souffrait d’une déficience innée, etc.

Les conséquences d’une telle éducation sont souvent dévastatrices et durables. Les problèmes les plus courants, auxquels une personne ayant vécu ces expériences est confrontée, sont la culpabilité et une responsabilité trompeuse, un sentiment constant de vide et d’insatisfaction, de la négligence personnelle, l’effacement et l’autodestruction, une phobie sociale et des problèmes interpersonnels, un isolement chronique, des difficultés à faire confiance, mais aussi des relations toxiques ou malsaines et de la difficulté à poser des limites.

Il est possible de surmonter la honte toxique ou du moins de la gérer, mais cela demande beaucoup de travail personnel. Il est aussi très utile d’avoir une aide professionnelle avec laquelle vous pourrez établir une relation thérapeutique, ainsi que quelques personnes proches, car les problèmes qui découlent de la maltraitance sont plus faciles à résoudre dans un environnement social bienveillant.

Source : By Darius Cikanavicius

/ PsychCentral

Conséquences psychotraumatiques

TSPT-C : Qu’est-ce que le Trouble de Stress Post-Traumatique Complexe ?

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traumatisme maltraitance

Il est probable que vous connaissiez déjà le TSPT.

Ce trouble de stress post-traumatique qui affecte les militaires et les survivants d’accidents de la route, de catastrophes naturelles et d’actes de violence.

Le TSPT complexe, quant à lui, est spécifique aux traumatismes graves et répétitifs qui surviennent généralement pendant l’enfance – le plus souvent sous forme de maltraitance.

POURQUOI LE TSPT COMPLEXE EXISTE-T-IL ?

Le TSPT complexe survient en réponse à un traumatisme prolongé au fil de plusieurs mois ou, généralement, de plusieurs années. Il peut s’agir d’abus émotionnels, physiques et/ou sexuels, de violence domestique, de vie en zone de guerre, de captivité, de trafic d’êtres humains ou autres réseaux organisés de violences, pour n’en citer que quelques-uns. Bien qu’il existe des circonstances exceptionnelles au cours desquelles des adultes peuvent développer un TSPT-C, on le rencontre le plus souvent chez ceux dont le traumatisme est survenu dans l’enfance. Pour les plus âgés, le fait d’être sous le contrôle total d’une personne (et souvent incapable de pourvoir à ses propres besoins primaires sans elle), associé à l’absence de toute issue prévisible, peut détruire le psychisme, le sentiment que la victime a d’elle-même et l’affecter de manière profonde. Pour les personnes ayant vécu cette expérience dans l’enfance, alors que leur cerveau était encore en développement et qu’ils commençaient à peine s’appréhender en tant qu’individus, à découvrir le monde qui les entoure et à construire leurs premières relations – ce traumatisme grave a interrompu le cours entier de leur développement psychologique et neurologique.

Lorsqu’un adulte vit un événement traumatique, il dispose de plus de moyens pour comprendre ce qui lui arrive, sa place en tant que victime, et il sait qu’il lui faut demander de l’aide même si cela ne lui dit rien. Les enfants ne possèdent pas ces compétences, ni même la capacité de se séparer des actions répréhensibles de l’autre. Les implications psychologiques et développementales de cette situation s’enchevêtrent et s’entremêlent de façon complexe dans la manière dont l’enfant se perçoit – créant un réseau de croyances fondamentales beaucoup plus difficile à démêler que les flash-back, cauchemars et autres symptômes post-traumatiques qui vont survenir ultérieurement. Une autre chose importante à savoir est que le traumatisme causé aux enfants par le TSPT-C (ainsi que les troubles dissociatifs) est habituellement profondément interpersonnel au sein du système qui s’occupe de lui. Indépendamment des événements traumatiques et de l’agresseur, il y a souvent une composante supplémentaire de négligence, de douches d’affections chaud-froid de la part de l’adulte responsable, ou une invalidation totale du traumatisme si l’enfant essaie d’en parler. Ces relations d’attachement déstructurées et ces messages contradictoires de la part de ceux qui sont censés apporter amour, réconfort et sécurité – le tout en situation de traumatisme extrême – peuvent créer encore plus de souffrances que ne connaissent les personnes atteintes de TSPT seul.

À QUOI RESSEMBLE LE TSPT-C ?

Pour cerner certains défis caractéristiques – tels que décrits dans les critères du TSPT complexe – nous commencerons par celui qui apparaît le plus fréquemment dans la vie quotidienne : la régulation des émotions. Les survivants atteints du syndrome de stress post-traumatique complexe ont beaucoup de difficulté à composer avec leurs émotions – à les vivre, les contrôler et, pour beaucoup, à tout simplement les comprendre ou les nommer avec exactitude. Beaucoup souffrent d’une tristesse incontrôlable et persistante, de colère explosive ou refoulée, et/ou de pensées suicidaires. Ils peuvent être désensibilisés, ne pas avoir les réponses émotionnelles appropriées aux situations, être incapables de détecter les changements soudains dans leur contenu émotionnel ou avoir de la difficulté à retrouver un équilibre après émotion forte. Il est également très courant pour ces survivants de revivre les émotions du traumatisme de façon intrusive – en particulier lorsqu’elles sont déclenchées par un élément extérieur. Ces sentiments sont souvent disproportionnés par rapport à la situation présente, mais ils correspondent à l’intensité des émotions au moment du traumatisme, c’est ce que l’on appelle un flash-back émotionnel. La difficulté à se percevoir objectivement constitue une autre lutte existentielle pour les survivants de traumatismes complexes, notamment parce que le développement de leur identité a été violemment interrompu ou manipulé par une personne aux intentions subversives. La façon dont ils se perçoivent peut être radicalement différente de la vision qu’ont les autres. Certains ont le sentiment de porter ou de s’identifier à la honte et aux actes humiliants qu’ils ont vécu – ils ont le sentiment d’être “mauvais”. D’autres se sentent totalement impuissants ; ils ont été déçus par tant de personnes qui auraient pu mettre fin à ces mauvais traitements, mais qui ne l’ont pas fait, si bien qu’ils pensent que “ça doit venir d’eux “. Beaucoup se considèrent comme responsables de ce qui leur est arrivé et donc indignes de gentillesse ou d’amour parce qu’ ”ils se sont infligés cela eux-mêmes”. Et pour beaucoup d’autres, ils se sentent stigmatisés, ils se perçoivent uniquement sous l’angle de leur traumatisme et s’inquiètent toujours d’être en trop ou d’être un fardeau, ou bien se sentent totalement et complètement différents des autres et de ce qui les entoure – il ne sont pas normaux. Aussi surprenant que cela puisse paraître, tous ces sentiments, et bien d’autres encore, peuvent cohabiter chez une personne qui est à vos yeux très talentueuse, compétente, forte et compréhensive. Les interruptions de conscience sont également une autre conséquence fréquente – et parfois très effrayante – du TSPT complexe. Certains effacent les événements traumatisants (même s’ils s’en rappelaient à un moment donné), les revivent de façon intrusive, s’en souviennent en fragments désordonnés, etc., c’est ce que l’on appelle la dissociation. La dissociation se présente sur un éventail allant de la rêverie anodine ou du ”déphasage” temporaire à des épisodes plus perturbateurs comme le sentiment de déconnexion du corps ou du processus mental, l’impression de ne plus se sentir réel, une perte de notion du temps, jusqu’à des épisodes plus sévères tels que le fait de passer d’un état à un autre (ou différentes personnalités), tout comme on peut l’observer dans le Trouble Dissociatif de l’Identité. Les épisodes de perte de notion de temps peuvent durer de quelques minutes à plusieurs jours, et même se porter sur de longues étapes de l’enfance. Les écarts de temps les plus importants ne sont généralement observés que dans les cas de TDI, mais les personnes atteintes du TSPT-C peuvent subir des “interruptions de conscience” qui entraînent des trous de mémoire, le stockage de peu de souvenirs, un contenu traumatique complètement inaccessible ou, inversement, un retour de trauma non désiré (ex. flashback, images envahissantes, mémoires corporelles, etc.) La suite logique porte sur les difficultés relationnelles, car chaque conséquence mentionnée jusqu’ici affecte le degré d’aptitude pour les relations. Mais ces difficultés ne se limitent pas à un manque de qualité ou de diversité dans les liens crées. Il s’agit davantage du fait que les survivants se sentent complètement isolés de leurs semblables et ne savent même pas comment interagir. Ils refusent instinctivement de faire confiance à quiconque (ou ne savent simplement pas comment), ou alors ils font trop facilement confiance (même aux mauvaises personnes, car leur d’alarme est affaibli). Ils recherchent perpétuellement un sauveteur ou à l’être pour les autres. Ils recherchent des amis et des partenaires blessants ou violents parce que c’est la seule chose qui leur semble familière, et ils peuvent quitter de manière abrupte une relations positive sans raison particulière. En gardant tout cela à l’esprit, et en étant plus conscient du degré de lutte que mènent les victimes du TSPT dans leur perception d’eux-même ainsi que dans leurs relations interpersonnelles, il est plus facile de comprendre la conséquence suivante :

La perception des agresseurs.

C’est l’une des batailles les plus insidieuses pour nombres de survivants du syndrome de stress post-traumatique complexe, même si la position semble claire pour ceux qui les entoure. Les victimes de traumatismes prolongés peuvent finir par ”se rendre”, en acceptant le pouvoir total de leur(s) agresseur(s) sur eux, et peuvent même continuer à s’y soumettre une fois “libre”. “Je serai toujours sous son contrôle, il décide de tout, il sait probablement mieux que moi ce qui est bon pour moi.”

D’autres ressentent une profonde tristesse ou une profonde culpabilité à l’idée de les quitter, qui perdure longtemps après qu’ils soient partis, s’ils en ont été capable. Certains peuvent se sentir hypnotisés par le côté charmant de leur agresseur ou par cette personnalité publique chaleureuse que tout le monde semble apprécier; il est vraiment impossible de penser en mal à cette personne. Nombreux sont ceux qui désirent ardemment que leurs agresseurs les aiment, tout simplement, recherchant leur approbation même à l’âge adulte, et s’épuisant dans une vie personnelle en quête de leur fierté. Parallèlement d’autres sont obnubilés par leur colère, ne gardant que haine et mépris pour leur(s) agresseur(s), jusqu’à en devenir définitivement amer ou à vouloir se venger. (Notons qu’ils sont peu à le faire. C’est plus une notion de pensées que d’actes.)

De nombreux survivants ont des pensées et des sentiments plus primaires, plus superficiels, concernant leur(s) agresseur(s), surtout lorsqu’on le leur en parle. Ils savent ce qu’ils sont “censés dire” ou “censés ressentir”, et agissent en conséquence. Mais il est important de savoir que plusieurs réactions coexistent, bien souvent, chez une même victime, oscillant entre deux extrêmes, dissimulés derrière ce que l’on montre et ce qui se trouve en soi-même. D’une année à l’autre et au cours d’une même journée, les sentiments peuvent changer et ce dont le survivant est conscient par la pensée peut être en désaccord avec ce qu’il ressent émotionnellement.

Le “Système des Significations”. Parmi les nombreuses perturbations du développement observées chez les personnes atteintes de TSPT-C, l’une des plus difficiles à surmonter, même avec un suivi thérapeutique, est (…) celle que nous appelons le “système des significations”. Cette conséquence, après avoir subi un traumatisme si terrible, peut paraître presque irréparable. Ce critère fait référence au combat mené pour tenter de s’accrocher à la foi ou la croyance que la justice puisse l’emporter sur l’éthique et la morale bafouées. La vision de la vie des survivants et leur vision sur le monde en général est complètement déformé par leur vécu, ce qui parait évident. Ils doutent qu’il n’y ait ni bonté ni gentillesse dans ce monde qui ne soit pas égoïste. Ils craignent de ne jamais trouver le pardon. Certains croient même n’être venu au monde que pour être blessés, et qu’il ne peut rien leur arriver de bon. Ce niveau de désespoir et de désillusion, ainsi que la signification donnée à leur souffrance, peut fluctuer considérablement avec le temps. Il peut même arriver un moment où les choses ne semblent plus aussi sombres, où ils n’ont plus l’impression d’avoir été volé d’une vie qui a du sens. Mais, au fur et à mesure que de nouvelles couches de traumatismes sont traitées en thérapie ou que de nouveaux souvenirs remontent à la surface, ils doivent se débattre une fois de plus avec ces sentiments qui les assaillent à nouveau. Il s’agit d’une expérience commune à de nombreux survivants, qui a des ramifications durables à chaque piqûre de rappel, (…) avec de profondes retombées dans le néant (…).

UNE PERSPECTIVE CLINIQUE : INCLURE LES TROUBLES CONCOMITANTS ET LES EFFETS DU TRAUMATISME SUR LA SANTÉ

Le trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C) est un syndrome qui résulte d’un traumatisme grave, prolongé ou extrêmement menaçant. Souvent, ce traumatisme est aussi interpersonnel, il survient tôt dans la vie, dure longtemps, implique un mélange de types de traumas ou est suivi d’un ou plusieurs traumatismes non reliés. Le TSPT -C comprend tous les critères du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), en plus des symptômes qui reflètent l’impact global du traumatisme. En termes simples, en plus des intrusions traumatiques, de l’évitement, des altérations négatives de la cognition et de l’humeur, et des altérations de la stimulation et de la réactivité, le TSPT-C implique également une perception faussée de l’agresseur (comme le sentiment positif envers un agresseur, sa vision d’être tout-puissant ou le désir obsédant de se venger) et des altérations négatives en cognition et humeur bien plus extrêmes. Une personne atteinte du TSPT se sent déprimée à la suite d’une catastrophe naturelle, mais une personne atteinte du TSPT-C va se sentir impuissante, honteuse et complètement différente des autres personnes après ces années de négligence ou de violence. Elle peut avoir des difficultés à établir des relations interpersonnelles et être aux prises entre méfiance et besoin d’échapper au sentiment d’isolement. Elle perd complètement confiance en la vie et n’y trouve aucun sens. De plus, elle peut éprouver une colère intense qu’elle tente désespérément de refouler, ou qui va être dirigée vers les autres dans des éclats explosifs ou envers elle-même, par des gestes autodestructeurs ou suicidaires. Enfin, la dissociation joue un rôle beaucoup plus important dans le trouble de stress post-traumatique complexe et de nombreuses personnes atteintes de ce syndrome sont confrontées à la dépersonnalisation chronique (sentiment d’irréalité) et/ou à la déréalisation (sentiment d’irréalisme), l’amnésie dissociative (capacité à se souvenir en partie ou entièrement du traumatisme), la confusion de leur identité (incapacité de savoir qui elles sont, sentiment que le traumatisme a annihilé le sens de soi), voire la mutation des traits d’identité (passage d’une personnalité dissociative à l’autre).

Le TSPT-C est très souvent associé à des troubles dissociatifs, y compris le trouble dissociatif de l’identité (TDI) ou aux autres troubles dissociatifs spécifiques (TDNS). Parmi les autres comorbidités courantes, mentionnons le trouble de la personnalité limite (TPL), les troubles dépressifs ou bipolaires, les troubles anxieux, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles alimentaires et la toxicomanie. La plupart des personnes atteintes d’un TDI ou d’un TDNS souffrent de TSPT-C parce que le traumatisme qui a causé leur état était souvent interpersonnel, récurrent et grave et qu’il s’est produit pendant leur enfance et a donc eu un très fort impact sur leur développement. Alors que le TSPT-C est moins fréquent chez les personnes atteintes de trouble bipolaire, celui-ci partage de nombreuses caractéristiques de diagnostiques avec le TSPT-C, ce qui le rend parfois difficile à distinguer. Certaines différences clés sont qu’automutilation et comportements suicidaires causés par une instabilité émotionnelle jouent un rôle moins important; les personnes ayant un trouble bipolaire ont une image personnelle changeante alors que celles avec un TSPT-C ont une image personnelle négative constante ; les personnes atteintes du TSPT-C sont plus susceptibles de se sentir isolées et méfiantes (…) ; et, pour finir, la dissociation est plus courante et plus importante dans le TSPT-C. Néanmoins, il n’est pas du tout rare qu’une personne présente à la fois un TSPT-C et un trouble bipolaire ou un TDI ou un TDNS, avec une combinaison d’autres troubles comorbides. (…) Les symptômes négatifs du TSPT sont plus temporaires ou plus clairement identifiés comme résultant du trouble, mais pour les personnes atteintes de TSPT-C, toute leur personnalité et leur vision de la vie a été façonnée par les événements traumatiques. Malheureusement, ces symptômes ne se limitent pas à leur état psychologique.

Les personnes atteintes du TSPT-C sont également sujettes à des symptômes physiques qu’on ne peut expliquer médicalement, et qui sont plutôt associés à une douleur et à un stress interne. Ces symptômes physiques, appelés symptômes somatiques, peuvent inclure des douleurs cervicales et dorsales, des maux de tête et des migraines, des problèmes gastro-intestinaux, y compris le syndrome du côlon irritable, des allergies, des troubles thyroïdiens et autres troubles endocriniens, le syndrome de fatigue chronique ou le syndrome appelé fibromyalgie qui entraîne une douleur généralisée, une fatigue, des troubles du sommeil, de la mémoire et de l’humeur. De plus, le traumatisme qui cause le TSPT-C peut déclencher ou exacerber des maladies chroniques ou des vulnérabilités génétiques existantes. Tout cela peut pousser un survivant de trauma déjà éprouvé mentalement et émotionnellement au-delà de ses limites lorsque les déclencheurs augmentent ses symptômes de TSPT-C et provoquent une poussée de son état somatique ou physique.

Chez les survivants très dissociatifs, ces périodes intenses sont susceptibles d’entraîner une anesthésie émotionnelle, des difficultés de mémoire autobiographique, des périodes de déréalisation ou de dépersonnalisation intense, des épisodes de ‘’fugue’’ au cours desquels l’individu se déplace et agit en état de transe, ou par des va-et-vient entre personnalités dissociées. Bien que cela puisse atténuer temporairement la douleur causée par le traitement des souvenirs traumatiques et les douleurs physiques, cela peut nuire à la guérison à long terme et rendre le travail, la scolarité et l’interaction sociale difficiles. La dissociation en réponse au stress traumatique et le TSPT-C qui en résulte peut aussi augmenter le risque de revictimisation et de nouveaux abus ou événements traumatisants.

Source : Beauty after bruises