Abus psychologique

La vie d’un survivant de l’inceste, selon 3 victimes

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Imaginez que vous êtes coincé dans un cycle d’abus et de traumatismes, avec apparemment aucun moyen de vous libérer de ce que vous traversiez. Ensuite, imaginez que lorsque vous demandez de l’aide, vous faites face à la stigmatisation et au dégoût entourant le cauchemar dans lequel vous êtes coincés.

C’est souvent ce que ressentent les survivants de l’inceste. La cible de la colère des membres de la famille qui veulent que vous restiez silencieux, ou les soi-disant “alliés” qui font nonchalamment des blagues sur l’inceste sur Internet, font qu’il est dur de naviguer dans ce monde en tant que survivant. Le mouvement #MeToo a fourni aux personnes marginalisées une plate-forme pour parler des agressions sexuelles, mais certaines survivantes ont le sentiment que la dénonciation du silence autour de l’inceste n’a pas réussi à les inclure, ni leurs expériences, ni la discrimination unique à laquelle elles sont confrontées.

Bien que l’inceste soit systématiquement négligé dans la prévention et la sensibilisation aux agressions sexuelles, il est répandu aux États-Unis et dans le monde. Le Réseau national de viol, d’abus et d’inceste (RAINN) estime qu’au moins 34% des auteurs d’agressions sexuelles sur enfants sont un membre de la famille de la victime. Alors que les pères seraient les auteurs les plus fréquents d’inceste, selon une étude publiée en 2014, tous les membres de la famille, y compris les frères et sœurs, les mères, les cousins, les oncles, les tantes et les autres parents proches, peuvent en être les auteurs, tout comme les personnes de tout sexe, peuvent en être les victimes.

L’inceste est une forme de violence sexuelle insidieuse. La plupart des enfants font naturellement confiance aux membres de leur famille proche, et lorsque l’inceste se produit, cela peut être profondément choquant, déroutant et honteux pour les victimes.

J’avais huit ans [quand mon père a commencé]. Comme pour beaucoup de petites filles, mon père était mon idole. Rien n’était plus grand que lui. Il était mon meilleur ami. Il était quelqu’un en qui j’avais confiance et que j’aimais” raconte Julia, une survivante de l’inceste. “C’est naturel de penser : Oh mon Dieu, est-ce que j’ai provoqué ça?, quand une personne se sert de son autorité pour abuser – vous n’avez pas votre mot à dire sur ce qui se passe.”

De plus, les victimes sont souvent réduites au silence par les personnes sur lesquelles elles devraient pouvoir compter le plus – les autres membres de la famille.

Anne affirme avoir été agressée à plusieurs reprises. Elle s’est confiée : ”Je n’ai parlé de cet abus à ma mère que des années plus tard, et elle m’a reproché de m’être mise dans cette situation. Et elle est toujours en contact avec mon cousin qui m’a agressé, malgré le fait que je lui dise à quel point ça me fait mal. Pour Anne, les mauvais traitements ont commencé après son immigration des Caraïbes aux États-Unis pour vivre avec son père et sa belle-mère, à l’âge de 16 ans. “Les abus sexuels ont cessé lorsque j’ai commencé ma première année d’université. Les abus émotionnels et physiques ont continué”, dit-elle. “Le processus de guérison n’a pas été un parcours facile.” Quand elle a parlé de cet abus à sa famille, ils l’ont dissuadée de le signaler. “Ils avaient tous peur de lui. Il a passé sa vie à terroriser tout les gens qu’il a rencontré”, a-t-elle confié. “En en parlant, vous détruisez le passé qu’ils se sont fourvoyé à croire.”

Dr. Patti Feuereisen, psychologue et auteure de ”Invisible Girls” explique qu’il peut être impossible pour les survivants de l’inceste de s’éloigner de leurs agresseurs. La majorité des enfants dépendent des membres de leur famille pour obtenir des conseils , ainsi qu’un soutien financier et émotionnel. Bien que toutes les formes d’agressions sexuelles soient terribles et méritent d’être condamnées, les victimes d’inceste ont rarement un lieu sûr où s’échapper et sont particulièrement vulnérables lorsqu’elles sont chez elles.

Les abus sexuels dans l’enfance peuvent avoir des conséquences dévastatrices pour la santé mentale et physique des survivants. En 2007, des pédopsychiatres ont déclaré que le trouble de stress post-traumatique ne couvrait pas entièrement l’étendue des symptômes observés chez les jeunes patients victimes d’un traumatisme. Selon l’American Psychological Association, ils ont proposé d’ajouter “trouble de développement traumatique” au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux afin de reconnaître “l’exposition à de multiples traumatismes chroniques” à un jeune âge.

Les experts s’interrogent encore sur l’ajout des troubles traumatiques du développement au manuel psychiatrique , mais il est impossible d’ignorer les conséquences d’un traumatisme subit à un jeune âge. Julia dit qu’elle a eu des idées suicidaires à 12 ans. “Je ne pouvais demander de l’aide à personne, comment j’aurais pu?” dit-elle. “Je pensais : je vais mourir demain.” C’est uniquement parce que son père a commencé à la laisser tranquille qu’elle n’a pas tenté de se suicider.

Comme le démontrent les recherches, les victimes d’inceste peuvent avoir recours à l’auto-mutilation, à des troubles de l’alimentation, à la toxicomanie et à d’autres comportements auto-destructeurs pour faire face à leur traumatisme – jusqu’à ce qu’elles trouvent un lieu sûr et accueillant, à l’abri des abus, et qu’elle puissent s’informer sur la prise en charge des traumatismes . D’autres troubles graves, tels que le trouble de la personnalité, la dépression et la dysmorphie corporelle sont également en forte corrélation avec les abus sexuels durant l’enfance.

En outre, le Dr Feuereisen explique qu’il n’est pas rare que des enfants survivants développent une hypersexualité en réponse à la maltraitance, alors que d’autres peuvent éprouver une aversion totale pour le sexe et la sexualité. Cependant, elle dit que “les deux sont réactives – en réponse au traumatisme- mais pas pour toujours”.

Étant donné l’impact traumatique de l’inceste sur les victimes, la société et les familles, il n’est pas suffisamment pris en compte dans nos sociétés – et ce en dépit de la volonté de responsabiliser les victimes d’agressions sexuelles avec la campagne #MeToo et Time’s Up. L’auteur Mia Fontaine a donné une explication à ce sujet dans un article de 2013 pour The Atlantic :

Étant donné la prévalence de l’inceste et le fait que la famille est l’unité de base sur laquelle repose la société, imaginez ce qui se passerait si chaque enfant actuellement victime de violence – et chaque adulte victime de violence demeurant silencieux – sortait des sentiers battus, insistait pour que justice soit rendue et appliquée. Le tissu même de la société serait déchiré.

Ce sentiment est toujours d’actualité. L’inceste est un sujet inconfortable dont beaucoup d’entre nous, même ceux qui ont vécu l’inceste, ne souhaitent pas parler. De nombreux survivants de l’inceste peuvent se sentir obligés de ne pas perturber l’équilibre familial, malgré les abus passés ou présents. D’autres survivants peuvent ne pas se souvenir des violences. Pour cela et pour bien d’autres raisons encore, l’inceste reste sous-déclaré.

” D’après mon expérience, l’inceste, même une fois révélé, demeure une chose à cacher. Il n’y a pas de justice parce que c’est une famille” selon Anne . ”Meme si j’ai parlé de ce qui s’est passé à plusieurs proches, ils insistent toujours pour sauver les apparences et demeurer ami avec mon agresseur. Ils me disent de garder le silence et me tiennent responsable de ce qui s’est passé. On ne peut pas briser les liens. Il me reste la honte et la culpabilité d’être une victime. ”

La voie du rétablissement et du mieux-être peut s’avérer moins difficile pour les survivants lorsque l’on aborde les stigmates et mythes associés à ce type d’abus sexuel, qui ont tendance à être ignorés.

“J’espère que les personnes qui n’ont pas connu l’inceste savent que ce n’est pas parce qu’un proche est membre de la famille que c’est une bonne personne, qu’il s’agisse de l’agresseur lui-même ou des personnes qui continuent à le soutenir. Les agressions sexuelles ne sont jamais acceptables », déclare Anne. ”Les agressions sexuelles peuvent survenir n’importe où, même à la maison, un lieu normalement associé à la protection et à la sécurité, et avec des personnes de confiance. Nous avons tendance à rester assis en silence, dans un climat de peur, de honte et de culpabilité qui ne nous appartiennent pas vraiment”, explique Summer. “Nous savons qu’une fois que nous commencerons à rester debout dans notre vérité, nous allons énerver beaucoup de gens. Il est temps que nous, survivants de l’inceste, arrivions à réaliser que ce n’est pas grave de déranger les gens.”

“Il est crucial de parler de ces abus sexuel, et en particulier de l’inceste, lorsque vous êtes jeune, à l’adolescence ou dans la vingtaine”, a déclaré le Dr Feuereisen. “Nous devons croire toute personne qui sort de l’ombre. Nous devons comprendre qu’elle ne pouvait pas sortir du silence.” Julia est d’avis que parler d’un traumatisme est la seule façon de le traiter, et elle espère que les enfants victimes de violences se rendront compte qu’ils ne sont pas seuls. “J’ai décidé d’utiliser mon histoire comme moyen de guérir”, dit-elle. Julia veut que les survivants sachent qu’ils ne doivent pas se blâmer eux-mêmes. “On a profité de vous”, dit-elle. Anne dit qu’elle a également intériorisé beaucoup de discours nuisibles au sujet de son abus. “Soyer prêt à défier votre histoire”, dit-elle. “Nous nous sommes racontés tant de c*ies.”

Le message ici n’est pas seulement d’être plus disposés à parler ouvertement de l’inceste dans nos sociétés, mais que les survivants puissent enfin trouver une voie, se sentir en paix et mener une vie épanouissante. La recherche nous montre chaque jour de plus en plus qu’avec l’aide de thérapeutes professionnels, notre cerveau peut en fait être reprogrammé après un traumatisme. Dr. Feuereisen dit qu’une pratique qu’elle utilise souvent avec les survivants est la méthode Remap. Lors de la reconfiguration, similaire à la thérapie d’exposition, le survivant revisite mentalement l’espace ou la situation dans lequel le traumatisme s’est produit pour reconnecter le cerveau afin de faire face aux déclencheurs. “La peur est transformée lorsque vous dépassez votre traumatisme et que vous le visualisez de manière positive. En reprogrammant votre expérience à plusieurs reprises, vous réduisez le traumatisme”, explique le Dr Feuereisen.

”Je veux qu’il soit clair que l’abus sexuel et l’inceste ne constituent en aucun cas une condamnation à mort”, a déclaré le Dr Feuereisen. “Vous n’êtes pas un bien endommagé. Vous pouvez aller mieux. “

L’espoir de guérison des survivants de l’inceste n’est pas un rêve éphémère: de nombreuses preuves soutiennent l’idée que la guérison après un abus sexuel est tout à fait possible, et qu’en parler sans honte est un aspect essentiel du rétablissement. Alors que les discussions portant sur la manière dont notre société peut éliminer les violences sexuelles continuent de prendre de l’ampleur, les survivants de l’inceste méritent de faire entendre leur voix dans la politique, la défense des droits et à travers #MeToo.

Source :  KYLI RODRIGUEZ-CAYRO and AYANA LAGEBustle

Déni

L’inceste en 4 court-métrages

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Mizbrük 

Court-métrage jeunesse d’une durée de 10 minutes. Julie reçoit la visite impromptue d’une créature sordide. Ébranlée, elle trouve refuge dans les bras de son frère Félix qui lui prêtera main-forte afin de se débarrasser de cet inquiétant visiteur. 

Mizbrük se veut une métaphore de l’inceste à travers une vision enfantine et ludique. 

Avertissement : Les vidéos suivantes sont très explicites

Les yeux de mon père

Clémence et Constance, deux sœurs que tout oppose, se retrouvent au chevet de leur père victime d’un AVC. Ces retrouvailles seront l’occasion pour elles de se confronter à leur enfance meurtrie par l’inceste…

CLEMENCE est la victime plongée dans le déni. La clémence est définie comme “une vertu consistant à pardonner les offenses, à modérer les châtiments des fautes que l’on punit”. CONSTANCE est la victime résiliente. La constance est définie comme “la fermeté de caractère, force morale permettant de supporter les épreuves”.

“Les yeux de mon père” est un court-métrage fictif d’une vingtaine de minutes né de la volonté d’aborder un thème encore tabou, celui de l’inceste.

Le court-métrage “Les yeux de mon père” traite de l’inceste commis par un père à l’encontre de ses deux filles à travers une mise en parallèle de leur parcours post-traumatique. Il s’agit de montrer d’une part que les effets de l’inceste sont propres à chaque victime, et ce, même au sein d’une fratrie, et d’autre part que l’inceste du père représente une forme de violence bien spécifique, liée notamment au statut patriarcal au sein de la famille et plus largement au sein de la société.

Traiter l’inceste dans un univers esthétisé est un parti pris qui sert à montrer que l’on ne porte pas forcément ses drames sur soi. Les goûts personnels dépassent les états d’âme créant ainsi un contraste entre apparence et réalité.

Pleurer des larmes d’enfance

Un court-métrage percutant qui montre avec justesse la pédophilie sous son vrai visage. Ce film glaçant met en lumière l’abus sexuel commis sur une fillette par l’un des membres de sa famille. Dans 70% des cas, le bourreau est en effet un proche de la victime

Dans ce court-métrage de vingt minutes, les silences pesants en disent long. En remettant l’acte pédophile dans un cadre réaliste, les réalisatrices donnent à voir, crûment, la violence de cet acte. Car l’horreur vient saisir la fillette dans son lit, chez elle, tandis que dans la pièce d’à côté, les adultes s’amusent et ne se doutent de rien. Telle est la réalité de nombreux drames. Librement adaptée du livre de Tootsie Guéra, Le Passé imposé, cette vidéo questionne la société. Comment peut-on ne pas voir?

Attention, certaines images peuvent choquer.

Maman, y’a un monstre dans mon lit !

Une jeune femme se souvient du drame de son enfance au sein d’une famille pauvre vivant à la campagne, où elle a vécu l’horreur de l’inceste.

Ce film, tourné en 1999, est un drame sur les horreurs de l’inceste vu à travers les yeux d’une petite fille de 6 ans. Sélectionné dans 30 festivals à travers le monde, récipiendaire de 10 prix internationaux, le film est aussi nominé pour le JUTRA du meilleur court métrage.

Fiction de 18 minutes tournée en 35 mm

https://www.youtube.com/watch?v=gbx5Wd1YYvc

Déni

L’inceste dans les yeux bleus d’une petite fille rousse

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Inceste témoignage

De CAROLE AZUR

Les conséquences de tels actes sur un enfant ont détruit toute une famille. Je raconte comment j’ai réussi à  vaincre cette ignominie,   quels ont été les  moyens qui m’ont permis d’y voir plus clair, et toutes ces belles rencontres de coeur qui ont favorisé ma guérison.


« Dégage, dégage, tu n’es pas une mère. »

Ce sont les mots prononcés par ma fille, ma petite Princesse !

Oh, ils sont allés directement dans mon cœur tel un coup de poignard.

Je suis restée pliée en deux, effondrée, prête à faire un mauvais geste. Le noir était dans ma tête : « je n’avais pas su protéger ma fille ».

Une amie à ce moment-là a sonné à ma porte.

C’est ainsi que j’ai regardé celle que j’ai été. Je ne voulais pas rester dans le déni.

Avec la maturité de l’âge, j’ai appris à combler, à cicatriser certaines plaies de mon cœur, à gérer mieux mon malaise. J’ai appris à me respecter et à laisser filer les moments difficiles sans les rejeter et me juger.

  • Auteur – Carole Azur
  • ISBN: 978-2-312-03478-2
  • Année –  2015
  • Pages: 132
  • Series / Collection: Les Editions du Net
Déni

Derrière la porte

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inceste témoignage

L’inceste, survivre et renaitre – Claudia Robert – 2019

« Derrière la porte » est un récit de vie sous forme de confidences, un tête à tête avec le lecteur où elle décrit le choc, la violence des gestes, l’incompréhension. Elle nous dévoile à travers ses mots d’enfant, l’horreur, la peur. Puis la mort qui s’installe, insidieuse, sournoise. La mort qui s’agrippe, s’agglutine. Ce chemin vers ce qu’elle nomme : une condamnation à perpétuité.

Dans la 2ème partie, « Survivre », l’auteure évoque ce temps que certains nomment « Déni ». Elle, parle de : temps en suspension. De processus de survie. D’une mise en cage des souvenirs pour oublier le passé. « Survivre, c’est comme des soins palliatifs que l’on s’octroie en attendant la mort ». Dans ce temps suspendu, chaque jour devient un combat pour survivre. «Un monde lugubre, sinistre et douloureux qui m’apostrophe sans répit. Un monde qui réclame sa rente à coups de hache». Drogue, alcool sont autant de tentatives pour échapper à ses pensées morbides. « Quoi que je fasse, mon retour sous le toit familial chaque soir me plonge dans la fosse à souvenirs ».

Dans la 3ème partie, intitulée « Renaître », les repères bafoués de son enfance finissent par voler en éclat. Les vérités explosent en pleine face. L’auteure nous interpelle sur les conséquences de l’inceste pour l’enfant devenu adulte. Le déséquilibre psychologique identitaire et relationnel, les problèmes de sexualité, son hypersexualité par exemple. Elle nous révèle son parcours pour construire son identité. Evoque sans tabou son homosexualité, sa prise de conscience sur son manque de confiance en elle, son manque d’estime, son absence de racine. Elle commence alors un parcours militant contre l’inceste et intègre une association de grande envergure luttant contre l’inceste. Crée un groupe de parole. Rencontre les élus locaux, acteurs sociaux, médias. Pendant dix huit mois, son combat n’aura de cesse d’informer au maximum la société sur le fléau de l’inceste. Un combat qui la conduira au fond du gouffre… [source éditeur] 

Publication : Toulouse : Lierre & Coudrier éditeur, DL 2018 

Numéros : ISBN 978-2-900229-03-3 (br.) : 13 EUR 
EAN 9782900229033