Qu’est-ce que la dissociation ?

La dissociation est officiellement définie dans les manuels de diagnostics psychiatriques où les troubles dissociatifs sont traités. Selon l’Association Américaine de Psychiatrie DSM-5 (Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux, 5ème Ed.; APA 2013) la dissociation est: une perturbation et/ou une rupture dans l’intégration normale de la conscience, la mémoire, l’identité, l’émotion, la représentation corporelle, le contrôle moteur, et le comportement”. (P.291). Selon la CIM-11 (Classification Internationale des Maladies, 10ème Ed.; WHO, 1992), la dissociation est une ’perte partielle ou complète de l’intégration normale entre les souvenirs passé, la conscience d’identité et les sensations immédiates, et le contrôle des mouvements corporels’ (p.151). Et la CMI-11, publiée en 2019, décrit également la dissociation comme étant ‘une perturbation ou une rupture dans l’intégration normale de souvenirs, pensées, identité, émotions, sensations, perceptions, comportement, ou du contrôle des mouvements du corps’.

Comme nous l’avons vu, toutes ces définitions déterminent la dissociation comme étant quelque chose qui ne se manifeste pas et qui devrait normalement se manifester – à savoir, l’intégration psychologique. Mais elles diffèrent dans le vocabulaire utilisé pour décrire ce dysfonctionnement – une ‘perturbation’, ‘rupture’ ou ‘perte’ (partielle ou complète). Bien qu’elles diffèrent également quelque peu dans le vocabulaire utilisé pour décrire les fonctions ou les domaines dans lesquels ces perturbations ou ces pertes peuvent apparaître, les zones de la mémoire, l’identité, les sensations ou perceptions et les mouvements corporels, le contrôle moteur ou le comportement sont tous mis en évidence.

Alors, qu’est-ce que tout cela veut dire ? Un fonctionnement psychologique équilibré exige l’intégration d’une grande variété de fonctions mentales, incluant les sensations, les perceptions, les pensées, les émotions, etc. ; dans le contexte de souvenirs passés d’un individu et des attentes/projets/objectifs pour l’avenir. Dans le cas de la dissociation, cela ne se produit pas.

Un symptôme dissociatif courant est l’amnésie dissociative – le manque (visible) d’intégration, généralement de caractère stressant ou traumatique. Cependant, la perte de mémoire est seulement apparente en raison de la nature de la dissociation – la mémoire peut être accessible lorsque la personne se trouve dans un état de personnalité différent ou divisé, sous hypnose, dans les rêves, ou bien lors d’expériences de flashbacks traumatiques.

Habituellement, la nature traumatique de l’expérience tend à la rendre dissociée – parce que la personne n’a pas été capable de l’accepter. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’amnésie causée par une chirurgie cérébrale ou une consommation d’alcool, chez lesquels – la plupart du temps – aucun souvenir n’est formé.

D’autres symptômes dissociatifs se développent pour la même raison – la perturbation ou l’absence d’intégration est supposée remplir une fonction psychologique. Une dissociation grave est souvent manifestée dans les troubles de l’identité, et en particulier l’apparition de différents types de personnalité. Divers types de personnalité se développent afin de traiter les aspects du traumatisme, ou bien, dans le but de fonctionner au quotidien.

Bien que l’amnésie et l’identité dissociée sont des symptômes dissociatifs qui se développent seulement en cas de troubles dissociatifs ou post-traumatiques, d’autres symptômes dissociatifs peuvent apparaitre dans d’autres cas, et même chez des individus sans diagnostique psychiatrique. Par exemple, les expériences de dépersonnalisation et déréalisation sont courantes en ce qui concerne les troubles de l’anxiété, et quasiment tout le monde peut ressentir cette impression – habituellement passagère – de ne pas être soi-même (dé-personn-alisation), ou bien de se trouver dans un film, un rêve (dé-réal-isation). En revanche, quand ces expériences se présentent de façon chronique, elles sont considérées comme des troubles de dépersonnalisation/déréalisation.

De plus, certaines formes de dissociation – comme l’absorption – peuvent se présenter uniquement en dehors des troubles dissociatifs et sont considérés être, en principe, normaux.
L’absorption implique un rétrécissement de la conscience dans laquelle seule une partie du contexte actuel est adressé. Par exemple, une personne plongée dans un livre et qui ne fait pas attention à qui se passe autour d’elle, même si on appelle son nom, peut souffrir d’absorption.

Dans les deux cas, dépersonnalisation/déréalisation et absorption, l’incapacité d’intégration nécessite certains aspects du contexte environnemental. D’autres formes de dissociation peuvent entraîner des sensations somatiques ou physiques qui peuvent être présentes – semblable à une douleur physique inexplicable – ou absentes – comme une anesthésie – ne pas être capable de ressentir la douleur.

Bien que tout le monde convient que l’amnésie dissociative et la division dissociative identité/personnalité sont des dissociations, il y a un désaccord sur la question de savoir si le terme dissociation devrait désigner des altérations communes de conscience comme l’absorption, ou toutes formes de dépersonnalisation/déréalisation. Des interrogations comme celle-ci, déterminant s’il existe une forme de dissociation “normale”, sont discutés sur le site internet ESTD dans la rubrique ‘history of trauma and dissociation‘.

Traduction de courtoisie par J.S depuis ESTD

Une altération des circuits peut provoquer des symptômes “hors du corps” chez certaines personnes souffrant de SSPT

Pour certaines personnes souffrant de stress post-traumatique (SSPT), les symptômes vont au-delà des flashbacks, des cauchemars, de l’insomnie et des sentiments de tension qui en perturbent beaucoup. Jusqu’à 30 % de personnes souffrant de SSPT ont aussi des symptômes connus sous le nom de dépersonnalisation et de déréalisation, c’est-à-dire qu’elles vivent des épisodes “hors du corps” ou ont le sentiment que le monde n’est pas réel. Ces perturbations de la perception et de la conscience sont connues sous le nom de dissociation.

De nouvelles recherches révèlent maintenant que les circuits cérébraux impliqués dans la gestion de la peur sont connectés différemment chez ces personnes contrairement autres personnes souffrant de SSPT. Les résultats, publiés dans la revue Neuropsychopharmacology, suggèrent que ces patients ont besoin de différentes options de traitement.

Le SSPT avec dissociation est reconnu comme un sous-type distinct du trouble. Ce trouble est plus fréquent chez les personnes dont le SSPT s’est développé à la suite de traumatismes répétés ou de maltraitances dans l’enfance. Les facteurs génétiques peuvent également augmenter le risque de développer un SSPT avec dissociation.

Des études ont démontré que le rappels d’événements traumatiques déclenchent des schémas d’activité neuronale différents chez les patients souffrant d’un SSPT dissociatif que chez les personnes souffrant d’un SSPT sans dissociation. Pour les deux groupes, il semblerait que les circuits cérébraux régulant les émotions soient perturbés. Chez la plupart des personnes souffrant de SSPT, les réponses émotionnelles sont sous-modulées (sous-régulées ou contrôlées) par le cerveau, ce qui les amène à revivre les événements traumatiques et à ressentir des symptômes d’hypervigilance, comme le fait de sursauter facilement. En revanche, chez les personnes atteintes du sous-type dissociatif du SSPT, les réponses émotionnelles sont surmodulées (surrégulées) par le cerveau, ce qui entraîne un détachement émotionnel et des sentiments de dépersonnalisation et de déréalisation caractéristiques de ce sous-type.

Le Dr Ruth Lanius, auteur principal, de l’Université de Western Ontario, a dirigé une équipe de scientifiques dont faisait partie Margaret McKinnon, titulaire d’une bourse NARSAD Young Investigator (2007 et 2009), de l’Université McMaster en Ontario. Les scientifiques ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour comparer l’activité cérébrale de 49 personnes souffrant de SSPT, dont 13 avaient été diagnostiquées avec le sous-type dissociatif du trouble. Leur étude a également porté sur 40 personnes ne souffrant pas de SSPT.

Les chercheurs ont concentré leur analyse sur les parties du cerveau liées à l’amygdale, une petite zone du cerveau impliquée dans le traitement des émotions et de la peur. Ils ont examiné les connexions à deux parties de l’amygdale : l’amygdale basolatérale, qui évalue les informations sensorielles et aide à intégrer les émotions, et l’amygdale centro-médiale, qui permet de mettre en route les réponses à la peur.

Ils ont découvert que dans le cerveau des patients atteints du sous-type dissociatif du SSPT, l’amygdale était plus fortement connectée aux régions cérébrales impliquées dans la perception, la conscience, la régulation émotionnelle et la proprioception (le sens de la position du corps) qu’elle ne l’était chez les patients atteints du SSPT sans le sous-type dissociatif. Les chercheurs affirment que les symptômes dissociatifs des patients pourraient être directement liés à ces altérations des circuits fonctionnels du cerveau.

Traduit par courtoisie depuis Brain and behaviour research foundation

Le sous-type dissociatif du TSPT: Actualisation de la littérature

Introduction

La dernière révision du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) comprend, pour la première fois, un sous-type dissociatif du trouble de stress post-traumatique (TSPT+SD). Avant le DSM-5, les critères diagnostiques du TSPT soulignaient une sous-modulation des émotions liée à un traumatisme, et focalisaient sur les symptômes de reviviscence et d’hyperexcitation tels que l’hypervigilance et la réaction de sursaut exagérée. Le TSPT+SD répond non seulement à tous les critères du TSPT, mais il comprend également les personnes qui répondent à des stimuli liés au traumatisme avec des symptômes dissociatifs (dépersonnalisation ou déréalisation) et un détachement émotionnel. Cela vient s’ajouter aux deux symptômes dissociatifs contenus dans les principaux critères diagnostiques du TSPT : épisodes dissociatifs (flash-backs) et amnésie dissociative (concernant l’événement traumatique). Le TSPT a aussi été retiré de la section des troubles anxieux et ajouté à une nouvelle catégorie : les troubles liés aux traumatismes et au stress. Il est désormais compris que le TSPT n’est pas seulement un trouble de la peur, et qu’il inclut d’autres domaines de symptômes et voies neurologiques. La création d’une catégorie spécifique pour les troubles liés aux traumatismes et au stress, et l’inclusion du TSPT+SD dans cette dernière, revêtent une importance critique dans la compréhension du sujet.

Au cours des dernières années, des preuves convaincantes ont démontré que le TSPT+SD représentait une population clinique distincte avec des caractéristiques neurobiologiques et épidémiologiques particulières. Le présent article résume la littérature existante sur les caractéristiques uniques de cette sous-population. Il décrit également les conséquences sur la thérapie et les orientations futures de la recherche.

Corrélations du sous-type dissociatif

Les deux ensembles de données les plus importants relatifs au sous-type dissociatif sont un examen systématique de la catégorie latente et les études de profil analytiques par Hansen, Ross, et Armour (2017), et une vaste étude utilisant les données recueillies lors des enquêtes mondiales sur la santé mentale. (Stein et al., 2013). Les estimations concernant la prévalence du TSPT+SD parmi les patients souffrant de TSPT sont passées de 6% à 44,6%, avec une prévalence moyenne de 20,35% dénotée par Hansen et al. Les données issues des enquêtes mondiales sur la santé mentale, recueillies auprès d’un vaste échantillon démographique, indiquent que la prévalence du TSPT+SD serait de 14,4% parmi ceux qui souffrent de TSPT. Ces données suggèrent que le sous-type dissociatif est présent dans un vaste ensemble de pays et dans divers types de traumatismes. Dans cette échantillon, le TSPT+SD était associé à des symptômes de reviviscence accrus, le sexe masculin, des antécédents de traumatisme au cours de l’enfance, des antécédents de traumatismes avant la catégorisation de l’événement traumatique, un taux élevé de comorbidité psychiatrique, une déficience fonctionnelle grave, et la suicidalité (Stein et al. 2013). L’examen systématique de Hansen et al. a démontré que, même si la littérature existante concernant les facteurs de risque et les corrélations du TSPT+SD (peut-être en raison des différentes populations et différentes définitions opérationnelles du TSPT+SD) est hétérogène, les données convergent vers un lien entre l’exposition à un événement traumatique durant l’enfance et d’autres psychopathologies (par ex. dépression et anxiété). Dans son ensemble, la littérature actuelle suggère que le phénotype du TSPT+SD serait plus compliqué, et la chronicité des antécédents traumatiques et le fardeau de la maladie en général plus importants. Le lien établi avec des facteurs démographiques, des comorbidités et des types de traumatismes spécifiques, ainsi que la gravité du TSPT en général, a été mitigé.

Plusieurs analyses de catégories latentes sur des échantillons de population générale/non clinique (généralement des étudiants universitaires) ont suggéré que, même si seules la dépersonnalisation et la déréalisation répondent actuellement aux critères du DSM-5 pour diagnostiquer le TSPT+SD, d’autres symptômes dissociatifs et psychopathologies comorbides sont fréquemment associés à ce sous-type. Blevins, Weathers, et Witte (2014) ont découvert que le TSPT+SD avaient les mêmes symptômes de base que le TSPT, mais qu’il était associé à des niveaux de symptômes dissociatifs plus élevés ainsi qu’à des psychopathologies telles que des troubles de la conversion, borderline et du spectre de la schizophrénie. L’étude d’un échantillon de population générale issu d’une plateforme de sondage en ligne a montré qu’il était beaucoup plus probable que le groupe de patients avec de graves TSPT et symptômes dissociatifs ait souffert d’abus physique ou sexuel pendant l’enfance et était davantage susceptible de signaler des difficultés dans les relations interpersonnelles, une dysrégulation émotionnelle, et un comportement irresponsable, similaires au phénotype complexe du TSPT décrit dans la CIM-11, mais pas encore reconnu dans le DSM-5 (Frewen, Brown, Steuwe, & Lanius, 2015). Le sous-type dissociatif n’est pas seulement associé à la dépersonnalisation et à la déréalisation ; il est associé à d’autres symptômes dissociatifs comprenant des troubles de la mémoire, un sentiment de détachement, une perte de la notion du temps, et la transe (Frewen et al.2015). Műllerová, Hansen, Contractor, Elhai, et Armour (2016) ont également constaté que le TSPT+SD était associé à trois autres sous-ensembles de symptômes dissociatifs : pertes de conscience de l’environnement actuel, reviviscence (par ex., flash-backs), et altérations des perceptions sensorielles. Des résultats très similaires ont aussi été découverts par Ross et ses collègues, sur des étudiants universitaires : ceux qui souffraient de TSPT+SD ont signalé de plus grandes pertes de conscience de leur environnement et pertes de mémoire, des moments de reviviscence, une perception sensorielle altérée, et un comportement irresponsable ou autodestructeur ((Ross, Baník, Dědová, Mikulášková, & Armour, 2018). Sur un échantillon d’étudiants universitaires d’Irlande du Nord, Armour, Contractor, Palmieri , et Elhai (2014) ont constaté que les items de l’amnésie (dans le présent) et de l’absorption/engagement imaginaire (par ex. fantasme ou rêverie diurne) de l’échelle d’expérience dissociative (D.E.S.) étaient aussi fortement associés à l’ensemble des symptômes du TSPT que la dépersonnalisation/déréalisation. Cela signifie que le TSPT+DS pourrait être associé à un éventail de symptômes dissociatifs plus vaste que ceux qui définissent actuellement les critères diagnostiques.

Plusieurs études ont été réalisées auprès de populations cliniques, y compris auprès de personnes ayant essayé de résoudre les effets de traumatismes spécifiques. Bien que les résultats soient une fois de plus hétérogènes, une corrélation a été établie entre la sévérité du traumatisme et la psychopathologie comorbide, et le TSPT+SD. Lors d’une étude clinique sur des civils (TSPT avec une forte prévalence d’abus pendant l’enfance), Steuwe, Lanius, et Frewen (2012) ont découvert un lien entre le TSPT+SD et une comorbidité définie par l’axe 1 du DSM-IV plus importante, et des antécédents de violence et de négligence pendant l’enfance accrus. Burton, Feeny, Connell, et Zoellner (2018) ont aussi étudié un échantillon clinique de patients avec des TSPT chroniques et ont pu associer le groupe souffrant d’une forte dissociation aux symptômes de reviviscence. Mergler et al. (2017) ont découvert que, chez les patients avec des TSPT et des troubles de l’usage de substances, le sous-type dissociatif est plus souvent associé à des symptômes dépressifs, des pensées suicidaires et tentatives de suicide, une surdose de médicaments ou substances toxiques, et un besoin de traitement en raison de problèmes liés à la drogue.

Dans l’analyse de détection de signaux réalisée par Ginzberg et al. (2006) auprès d’un groupe de patients souffrant de TSPT dus à des abus sexuels pendant l’enfance, le sous-type dissociatif était associé à une hypervigilance accrue, un sentiment d’avenir compromis, et des problèmes de sommeil. A des niveaux de maltraitance plus élevés, une corrélation a été établie entre le niveau de maltraitance et l’appartenance au groupe dissociatif. Dans l’échantillon de victimes d’accidents de la route et de victimes d’abus sexuels de Hansen, Műllerová, Elklit, and Armour’s (2016), le sous-type dissociatif a été lié à des problèmes émotifs dans les deux cas, et à un soutien social réduit chez les victimes de la route. Dans l’ensemble, parmi toutes les populations examinées, le TSPT+SD est associé à des présentations polysymptomatiques complexes comprenant de graves symptômes de TSPT (en particulier des symptômes de reviviscence et d’hyperexcitation), des troubles de comorbidité d’ordre psychiatrique, et des niveaux de maltraitance élevés pendant l’enfance.

Il existe aussi une littérature concernant le TSPT+SD chez les anciens combattants. Dans leur analyse de catégorie latente effectuée sur un échantillon d’anciens combattants exposés à des traumatismes, et de leurs partenaires intimes, Wolf, Miller, et al. (2012) n’ont pas dénoté de différence entre les sexes mais ils ont découvert que la catégorie représentant le sous-type dissociatif souffrait de flash-backs plus graves, et qu’elle était davantage associée à des abus sexuels pendant l’enfance et à l’âge adulte. Wolf, Lunney, et al. (2012) réalisèrent une analyse de profil latent sur un échantillon d’anciens combattants de la Guerre du Viêt Nam de sexe masculin et sur un échantillon d’anciens combattants de sexe féminin et de personnel en service actif, et ils ont découvert que le sous-type dissociatif, qui se caractérise par des symptômes de TSPT forts et de hauts degrés de dépersonnalisation/déréalisation, était plus fréquent dans l’échantillon de femmes. Lors de la comparaison du TSPT+SD au groupe présentant un TSPT élevé mais une dissociation faible dans l’échantillon féminin, le TSPT+SD a aussi été associé à une réactivité physiologique et psychologique plus faible face à des indicateurs de traumatisme, une identité raciale non caucasienne, et des troubles de personnalité comorbides, en particulier des troubles borderline et d’évitement. Dans l’ensemble, cela conforte l’idée que le TSPT+SD est associé à des symptômes graves, une comorbidité importante (y compris des troubles de la personnalité), et peut être lié à certains types de traumatismes en particulier (par ex., abus sexuels et/ou traumatismes pendant l’enfance).

Il existe une littérature émergente sur la prévalence et la corrélation du TSPT+SD avec les enfants. Lors d’une petite étude, le TSPT+SD chez les enfants a été associé au sexe féminin, aux abus sexuels, à un nombre plus élevé d’événements traumatiques, et à des symptômes d’évitement parental (Hagan, Gentry, Ippen, & Lieberman, 2018). L’échantillon de Modrowski et Kerig (2017) comprenant des jeunes aux prises avec le système judiciaire (détenus dans un centre de détention juvénile pour séjours à court terme) a permis de découvrir une prévalence du TSPT+SD de 50%, et a aussi établi un lien entre le TSPT+SD, la dissociation péritraumatique, et la dysrégulation émotionnelle. Ces données suggèrent que, tout comme chez les adultes, le TSPT+SD chez les enfants pourrait présenter des différences en termes de facteurs démographiques et de symptomatologie.

Malheureusement, la manière dont le TSPT+SD est évalué varie beaucoup d’une étude à l’autre; nombre d’entre elles se basent sur la DES ou d’autres instruments similaires qui n’ont pas été conçus spécifiquement pour évaluer le TSPT+SD. A cet effet, Frewen, Brown, Steuwe et Lanius (2015) ont développé deux items d’enquête pour évaluer les symptômes de dépersonnalisation et de déréalisation qui peuvent être ajoutés au questionnaire d’auto-évaluation du TSPT du DSM-5. Ces items équivalent à d’autres méthodes de mesure des expériences dissociatives plus longues. En outre, un outil de mesure, intitulé Dissociative Subtype of PTSD Scale (échelle du sous-type dissociatif du TSPT) et comprenant 15 questions, a été développé par Wolf et al. (2017) pour être administré sous forme de questionnaire ou d’entretien.

Corrélations neurobiologiques du sous-type dissociatif

Le concept du TSPT+SD en tant que trouble lié à une surmodulation des émotions est appuyé par la littérature qui compare TSPT+SD au TSPT en termes neurobiologiques. Dans l’ensemble, comme examiné par Fenster, Lebois, Ressler, et Suh (2018) et comme nous allons l’examiner ci-dessous, le TSPT+SD est associé à une activité plus importante dans certaines zones du cortex frontal qui inhibent des régions du cerveau coordonnant les réponses à la peur, telles que le système limbique (en particulier l’amygdale) et la substance grise périaqueducale du cerveau moyen. Cela pourrait permettre d’expliquer l’émoussement affectif et le sentiment de détachement qui caractérisent la réponse aux signaux traumatiques de ce sous-type. Il est cependant important de noter que, d’après la littérature disponible, le système de la peur n’est pas la seule partie du cerveau affectée par le TSPT, et ces altérations ne sont pas non plus constatées uniquement dans la réponse aux signaux traumatiques. Le TSPT+SD se caractérise par des modifications de structure et de fonction dans plusieurs régions et voies neurologiques, en particulier celles qui participent à l’intégration sensorielle et la perception de soi. Cela paraît logique étant donné les changements sensoriels majeurs (par ex., dépersonnalisation et déréalisation) constatés chez ces patients.

En se servant de la morphométrie en voxel, Daniels, Frewen, Theberge et Lanius (2016) ont comparé les volumes des cerveaux de patients souffrant de TSPT avec et sans sous-type dissociatif. Dans cet échantillon, la gravité du trouble de dissociation a été associée à un volume accru de la substance grise dans le gyrus frontal moyen droit. Cela était attendu pour les patients ayant des symptômes de surmodulation puisque cette région est en charge de réguler à la baisse l’hyperexcitation émotionnelle. De plus, chez les patients avec TSPT+SD, il a été noté une réduction du volume de la substance grise dans le gyrus temporal inférieur droit, région impliquée dans le traitement des informations visuelles et la reconnaissance d’objets. Cette réduction du volume de la substance grise pourrait par conséquent être liée aux sentiments d’irréalité et d’absence de familiarité signalés par les patients lors d’épisodes dissociatifs.

La neuro-imagerie fonctionnelle a aussi démontré des différences au niveau des connexions de l’amygdale à l’état de repos entre les deux sous-types, ce qui explique aussi que les réponses à la peur soient différentes dans ces groupes. Le TSPT+SD est associé à une connexion fonctionnelle au repos plus importante entre l’amygdale et les régions préfrontales impliquées dans la modulation des émotions et l’inhibition limbique, dont le cortex préfrontal ventromédian (Nicholson et al., 2015; Nicholson et al., 2017). De la même manière, en comparant les cas de TSPT+SD au TSPT, il a été découvert des connexions accrues « du haut vers le bas » entre l’amygdale et la substance grise périaqueducale, région du cerveau moyen impliquée dans le traitement du sentiment de la peur/défense : cela suggère une fois de plus une surmodulation de l’hyperexcitation qui se manifeste sous forme de détachement et de dissociation dans les cas de TSPS+SD (Nicholson et al., 2017). La substance grise périaqueducale ventrolatérale, qui pourrait être associée aux mécanismes d’adaptation passifs et parasympathiques tels que la dissociation, a aussi montré une connexion fonctionnelle accrue en période de repos dans les régions impliquées dans l’évaluation de soi et la dépersonnalisation (par ex., carrefour temporo-pariétal gauche) chez le TSPT+SD (Harricharan et al., 2016). Cela concorde avec les découvertes de l’IRMf qui associent le TSPT+SD à une activité préfrontale accrue en réponse à une menace perçue délibérément (Felmingham et al., 2008).

Le noyau de la strie terminale, qui est une extension de l’amygdale, et qui est impliqué dans la réponse à une menace, est aussi affecté différemment dans les cas de TSPT+SD : on dénote des différences de connexion dans plusieurs régions en comparaison aux témoins et au TSPT. Comparé aux témoins, le TSPT+SD a été associé à une connexion accrue entre le noyau de la strie terminale et le claustrum, qui pourrait avoir un rôle dans la conscience et l’intégration sensorielle. Le TSPT+SD a aussi démontré une connexion accrue entre le noyau de la strie terminale et le vermis, une région cérébelleuse qui pourrait être impliquée dans la modulation et le traitement des émotions (Rabellino, Densmore, Harricharan, et al., 2018).

Plusieurs changements dans les connexions fonctionnelles du système cérébelleux ont été identifiés dans les cas de TSPT+SD. Par rapport au TSPT, le TSPT+SD est associé à une connexion fonctionnelle réduite entre le lobe antérieur du cervelet et le vermis, et d’autres régions jouant un rôle dans le traitement des informations somatosensorielles, l’intégration multi-sensorielle, et la conscience du corps. Le TSPT+SD est aussi associé à une connexion accrue entre le lobe postérieur du cervelet et les aires corticales impliquées dans la régulation des émotions. Ces découvertes viennent renforcer le besoin de désigner le TSPT+SD comme trouble de surmodulation sensorielle (via l’inhibition corticale) et une intégration sensorielle endommagée (via une connexion réduite de plusieurs régions impliquées dans le traitement des informations somatosensorielles et dans l’intégration) (Rabellino, Densmore, Théberge, McKinnon, & Lanius, 2018).

Le TSPT+SD est aussi associé à une connexion plus importante entre l’amygdale et les régions pariétale, cérébelleuse et limbique, qui jouent un rôle dans la conscience, la prise de conscience, et la proprioception (Nicholson et al., 2015). Cela suggère que des stimuli à la peur, identifiés par l’amygdale, pourraient déclencher des modifications dans la conscience et la prise de conscience, tels que la dépersonnalisation et la déréalisation. Par contre, dans une étude avec IRMf conduite par Tursich et al. (2015), la gravité des symptômes de dissociation n’a pas pu être liée à la connexion entre le cortex préfrontal ventromédian et le cortex cingulaire antérieur périgenual. Le cortex cingulaire antérieur périgenual est associé au processus de référence à soi, qui est altéré lors d’épisodes dissociatifs.

Le système vestibulaire, qui est impliqué dans l’intégration multi sensorielle, est aussi affecté différemment par le TSPT+SD. En comparaison à des témoins sains et des cas de TSPT non-dissociatifs, le sous-type dissociatif a été associé à une connexion réduite entre les noyaux vestibulaires, le cortex vestibulaire pariéto-insulaire et le cortex préfrontal dorsolatéral. Cela suggère donc une autre zone d’intégration multisensorielle dérégulée et, encore plus important, cela pourrait fournir une autre voie possible pour les modifications sensorielles constatées lors d’épisodes dissociatifs (Harricharan et al., 2017).

La recherche a aussi commencé à identifier les différents effets du TSPT+SD sur l’axe hyphothalamique-hypophyso-surrénalien et le cortisol. Dans une étude, la présence de symptômes dissociatifs liés à un traumatisme a été associée à une réponse du cortisol au stress émoussée (Zaba et al., 2015). Cela concorde avec un travail précédent qui associait le TSPT et le trouble de dissociation comorbide à une réactivité réduite du cortisol face au stress (Simeon et al., 2007). Une autre étude sur femmes enceintes a découvert de la même manière que le TSPT+SD était associé à une courbe de niveau de cortisol gestationnel plus haute et plate (Seng et al., 2018). Ce corps de travail suggère une autre différence dans la réponse au stress entre le TSPT+SD et le TSPT qui pourrait avoir d’importantes implications cliniques.

Au niveau moléculaire, une étude relativement réduite sur la corrélation avec l’ensemble du génome, conduite sur une population d’anciens combattants exposés à un traumatisme, n’a pas pu établir d’association statistiquement significative entre les polymorphismes de nucléotides simples (PNS) et les symptômes dissociatifs. Cependant, certains ont approchés une certaine signification, notamment un PNS dans l’un des gênes de l’adénylate-cyclase, enzyme importante pour la potentialisation à long terme (et par conséquent dans l’apprentissage et la mémoire). Un PNS a aussi été identifié dans un gêne chargé d’encoder une sous-unité du canal potassique voltage-dépendant : il a été associé à une intégration synaptique hippocampale détériorée chez les souris. En raison de leur influence sur l’apprentissage et la mémoire, ces gênes pourraient être impliqués dans une prédisposition au trouble de la dissociation. Plusieurs PNS ont également été trouvés dans des processus épigénétiques. (Wolf et al., 2014).

Implications en termes de traitement

La recherche continue d’examiner les différentes réponses aux thérapies traitant les troubles liés à un traumatisme dans les cas de TSTP+SD, et les modifications nécessaires aux protocoles actuels de traitement du TSPT, pour pouvoir mieux répondre aux besoins des patients avec TSTP+SD. Les experts s’interrogent notamment sur l’intérêt de stabiliser la dissociation avant de lancer un traitement basé sur l’exposition tel que la thérapie du processus cognitif (TPC), l’exposition prolongée (EP), l’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR) ou la thérapie par exposition à la narration (NET). Comme indiqué ci-dessus, la gravité de la maladie chez les patients avec TSPT+SD pourrait être beaucoup plus importante, avec plus de comorbidité, et une multitude de symptômes dissociatifs, ce qui suggère le besoin potentiel de stabiliser les symptômes avant de débuter un traitement basé sur l’exposition.

Un faible nombre d’études ont examiné spécifiquement les effets de telles approches de traitement avec plusieurs composants et les ont comparées à la thérapie basée sur l’exposition. Lors d’un essai sur une approche de traitement avec deux composants (formation d’aptitudes suivie par un traitement basé sur l’exposition), la dissociation de base n’a pas modéré les résultats du traitement contre le TSPT, alors qu’à des niveaux de dissociation élevés, l’approche du traitement à deux composants a démontré une plus grande amélioration sur la dissociation. Après le traitement, il a été noté que ceux souffrant d’une dissociation élevée et ayant bénéficié des deux composants, continuaient à progresser. Ceux n’ayant reçu que la formation d’aptitudes maintenaient leur progrès. En revanche, ceux n’ayant bénéficié que du traitement par exposition avaient régressé (Cloitre, Petkova, Wang, & Lu Lassell, 2012). Cela suggère donc que, pour bien mesurer les effets des traitements à composants multiples, un suivi à long terme pourrait être nécessaire, et les conséquences de tels traitements sur la dissociation pourraient différer par rapport à leur incidence sur d’autres symptômes du TSPT.

Une partie de la littérature a mis en évidence les conséquences de certains aspects de la dissociation sur la réponse au traitement. Lors d’une étude sur la réponse à la thérapie comportementale dialectique (TDC) chez les patients avec TSPT ayant souffert d’abus sexuels pendant l’enfance, même si les traits dissociatifs ne constituaient pas une variable de réponse, une dissociation de faible mesure pendant les sessions de psychothérapie augmentait les chances d’améliorations conséquentes dans la symptomatologie du TSPT par rapport aux états de dissociation élevés (Kleindienst et al., 2016). Cela vient confirmer les découvertes de Price, Kearns, Houry, et Rothbaum (2014), qui ont trouvé que, lors d’une intervention précoce basée sur l’exposition chez les individus ayant souffert d’un traumatisme, la réponse au traitement était plus faible chez ceux présentant une dissociation élevée lors de la première session thérapeutique. Lors d’un essai avec EMDR sur un groupe de patients consultant une clinique spécialisée dans le traitement des traumatismes, les cas non-répondeurs étaient associés à une comorbidité psychiatrique et à des symptômes dissociatifs (dépersonnalisation/déréalisation) (Bae, Kim & Park, 2016). De plus, alors que Resick, Suvak, Johnides, Mitchell, et Iverson (2012) ont noté que les patients avec une dissociation élevée répondaient de manière équivalente au traitement basé sur l’exposition, ces patients (en particulier ceux ayant de hauts degrés de dépersonnalisation) répondaient globalement mieux lorsqu’ils étaient traités par une thérapie cognitive accompagnée d’une exposition à la narration du traumatisme (plutôt que la TPC sans exposition) : cela pourrait être dû au fait que le récit du traumatisme aide à la cohérence de la narration, qui peut être altérée par la présence d’une dissociation péritraumatique.

D’autre part, des études ont découvert que la dissociation avait un effet minimal sur l’amplitude de la réduction des symptômes de TSPT. Cependant, il a été régulièrement mis en évidence que les patients avec TSPT+SD débutaient et terminaient le traitement avec des symptômes plus graves, ce qui suggère que des composants de traitement supplémentaires pourraient améliorer davantage les résultats. Un essai portant sur des patients souffrant de TSPT chronique et traités avec de la sertraline ou l’EP a permis de découvrir que le groupe avec des symptômes de dissociation importants (tels que mesurés sur l’échelle de dépersonnalisation/déréalisation de la DES) réagissaient généralement moins bien au traitement en général et à la sertraline, mais étaient tout aussi susceptibles de répondre au traitement basé sur l’exposition (Burton et al., 2018). Halvorsen, Stenmark, Neuner, et Nordahl (2014) ont aussi trouvé que la dépersonnalisation/déréalisation n’était pas une variable de réponse à la NET sur un échantillon de patients avec TSPT. Hagenaars, van Minnen, et Hoogduin (2010) ont découvert que les patients avec un haut degré de dissociation (dépersonnalisation, déréalisation et/ou émoussement) manifestaient une réduction des symptômes de TSPT similaire à ceux qui n’en souffrait pas, mais que la gravité générale des symptômes était plus importante avant et après le traitement. Lors d’une autre étude réalisée par Zoet, Wagenmans, van Minnen, et de Jongh (2018), des patients avec TSPT+SD, tels que diagnostiqués par l‘échelle de TSPT administrée par le clinicien (CAPS), avaient des symptômes plus graves avant et après le traitement, mais arrivaient à une réduction de symptômes similaire à ceux qui ne souffraient pas du sous-type dissociatif. De même manière, Wolf, Lunney, et Schnurr (2016) ont découvert que les patients avec TSPT+SD répondaient à l’EP à la fois au niveau de symptômes dissociatifs mais aussi des symptômes de TSPT généraux, avec un effet légèrement atténué sur les symptômes de TSPT par rapport à ceux sans sous-type dissociatif. Dans l’ensemble, même si les patients avec TSPT+SD semblent tolérer et progresser avec la thérapie basée sur l’exposition, ils terminent généralement le traitement avec des symptômes de TSPT de degré plus important, ce qui suggère que l’intégration de stratégies thérapeutiques supplémentaires devrait être explorée chez cette population.

La littérature actuelle sur la réponse au traitement du TSPT+SD est hétérogène. Il existe des différences significatives entre les essais effectués en termes de choix des symptômes dissociatifs mesurés et de méthodes de mesure. Il pourrait y avoir des effets différents sur les symptômes de dissociation, surtout entre le caractère dissociatif et l‘état dissociatif. En outre, même s’il existe des preuves que le traitement basé sur l’exposition peut être utile dans les cas de présence dissociative significative, peu d’essais à comparaison directe comparent la thérapie d’exposition seule aux approches à facettes multiples incorporant la formation des aptitudes ou les traitements traitant la dissociation en particulier.

Conclusion

Au cours des dernières années, l’intérêt pour la sous-population avec TSPT et des symptômes dissociatifs significatifs s’est accru. Deux mesures psychométriques ont été développées récemment pour pouvoir évaluer les symptômes dissociatifs chez les patients souffrant de TSPT : ces deux items peuvent être utilisés avec le questionnaire d’auto-évaluation du TSPT et les 15 items de l’échelle du sous-type dissociatif du TSPT. Il existe des preuves que cette sous-population est distincte, à la fois d’un point de vue clinique (preuves mixtes suggérant qu’elle pourrait être associée à une gravité généralement plus importante, à une comorbidité plus élevée, et à des antécédents de traumatisme de longue durée) mais aussi neurobiologique. Cela n’est pas seulement limité aux voies neurologiques liées à la peur; plusieurs régions du cerveau sont aussi impliquées, en particulier celles jouant un rôle dans l’intégration sensorielle, ce qui paraît logique étant donné l’expérience subjective de la dissociation. Par conséquent, les chercheurs s’intéressent à la réponse au traitement et les implications pour la thérapie. Même s’il a été prouvé que les patients avec TSPT+SD peuvent tolérer et répondre aux traitements basés sur l’exposition, ils terminent généralement le traitement avec une gravité de symptômes globalement supérieure et peuvent régresser en termes de progrès au cours du temps. La recherche examinant cette population complexe et à facettes multiples est donc justifiée.

Francesca L. Schiavone

Département de psychiatrie, Université de Toronto

Paul Frewen, Ph.D.

Département de psychiatrie, Université Western Ontario

Département de psychologie, Université Western Ontario

Margaret McKinnon, Ph.D.

Programme des troubles de l’humeur, St. Joseph’s Healthcare,

Département de psychiatrie et de neurosciences comportementales,

Université McMaster et Institut de recherche Homewood

Ruth A. Lanius, M.D., Ph.D.

Département de psychiatrie, Université Western Ontario

Département de neurosciences, Université Western Ontario

Adresses des auteursFrancesca L. Schiavone est affiliée au département de psychiatrie de l’Université de Toronto,Toronto, Ontario, Canada. Paul Frewen, Ph.D. estaffilié au département de psychiatrie et au département de psychologie de l’Université Western Ontario, London, Ontario, Canada. Margaret McKinnon Ph,D. est affiliée au programme des troubles de l’humeur de St. Joseph’s Healthcare, Hamilton, Ontario, Canada; au département de psychiatrie et de neurosciences comportementales de l’Université McMaster, Hamilton, Ontario, Canada; et avec l’Institut de recherche Homewood, Guelph, Ontario, Canada. Ruth A. Lanius M.D., Ph.D. est affiliée au département de psychiatrie et au département de neurosciences de l’Université Western Ontario, London, Ontario, Canada. Adresse E-mail: Ruth.Lanius@lhsc.on.ca.

Traduit et adapté par courtoisie par S.Erraud depuis PTSD Research Quaterly

Le sommeil, les rêves et la dissociation

La recherche scientifique a permis une nouvelle compréhension des symptômes dissociatifs et du trouble dissociatif de l’identité. Selon ”Association for Psychological Science”, une raison pour laquelle certaines personnes sont vulnérables à la dissociation réside dans la qualité de leur sommeil.

Dans une étude, des chercheurs ont empêché 25 volontaires en bonne santé de dormir pendant une nuit et ont constaté qu’ils ont eu beaucoup plus d’expériences dissociatives. Cela pourrait expliquer le lien entre traumatisme et dissociation, étant donné que les souvenirs traumatiques perturbent le sommeil.

Il existe deux grands types d’expériences dissociatives : celles qui résultent d’un déficit cognitif (amnésie dissociative) et celles qui impliquent une perte de sens du soi (dépersonnalisation, déréalisation, expériences hors du corps). Ces deux types d’expériences dissociatives peuvent, à leur tour, être liées à un trop grand afflux d’informations provenant de sources internes et externes. Le système cognitif est submergé par la quantité d’informations. La mémoire ne peut pas intégrer l’information qui ‘’flotte’’ et resurgit dans la conscience éveillée en fragments déconnectés.

Qu’est-ce qui cause cette surcharge d’information ?

La raison première peut être due à la défaillance du fonctionnement cérébral qui, normalement, doit intégrer ces nouvelles informations dans le système d’information existant. Ce système dépend du sommeil et des rêves. Ainsi, si le sommeil et les rêves sont perturbés, le système de traitement de l’information le sera aussi, et une surcharge d’information se produira.

Ceci, à son tour, peut être dû à plusieurs causes. Les traumatismes émotionnels (comme le SSPT), le stress, l’insomnie, les maladies physiques et toute une variété de problèmes peuvent venir perturber le sommeil. Et la perturbation du sommeil est associée à une augmentation quantitative de phénomène de dissociation.

Au fur et à mesure que la surcharge d’information augmente, l’individu se retrouve submergé et commence à s’effondrer, ce qui est bien sûr extrêmement effrayant. Des cauchemars se manifestent et lorsqu’ils ne sont pas intégrés, ils commencent eux aussi à s’immiscer dans la vie éveillée jusqu’à ce que la dépression s’installe.

L’intensité des rêves est un bon indicateur des tendances dissociatives. Les personnes très dissociatives se plaignent souvent de rêves plus intenses et d’expériences de sommeil inhabituelles. Les dissociations peuvent aussi être confondues avec des épisodes de somnambulisme, survenant dans des circonstances où ces personnes demeurent physiologiquement éveillées.

Les chercheurs ont constaté que même si les symptômes dissociatifs restent stables au cours de la journée, ils augmentent de façon significative pendant la nuit.

La fréquence des expériences dissociatives signalées pendant la journée a été corrélée à la fréquence de paralysie du sommeil et à l’intensité des hallucinations. L’hypothèse est donc que les perturbations du cycle sommeil-éveil peuvent causer et même favoriser le phénomène de dissociation.

En partant de l’hypothèse que la privation de sommeil et d’autres perturbations du cycle sommeil-éveil entraînent des intrusions dissociatives du phénomène du sommeil en état de veille, lors d’une étude clinique, une amélioration de la qualité du sommeil et des symptômes narcoleptiques a entraîné une baisse significative du degré de dissociation .

Selon van der Kloet et al, le traitement des dysfonctions du sommeil peut réduire le nombre de cas de dissociation. Il faut donc concevoir des méthodes qui peuvent restaurer l’architecture du sommeil ainsi qu’un sommeil de haute qualité. Mettre en place une bonne hygiène du sommeil y contribue grandement.

Sources – The complex interrelationship between dissociation and anomalous sleep experiences Everton de Oliveira Maraldi

Association for psychological science

Psychology today

Mon expérience de la dissociation : définition, symptômes et processus de réadaptation

La dissociation est une chose étrange. Étrange quand on sait ce qui se passe, mais encore plus étrange si ça a commencé quand on était enfant, et que nous ne savons pas ce qu’est la vie sans dissociation.

Que ressent-on quand on se dissocie ?

C’est comme si on était vide. Il y a une coquille là, et les gens voient la coquille, lui parlent, et agissent comme si c’était vous, mais ce n’est pas le cas. C’est juste un masque. Une façade. Un mécanisme de défense soigneusement mis au point au fil des ans. Il est équipé d’une antenne affûtée comme un rasoir pour lire les signaux sociaux et y réagir. Il est prêt à être ce qu’il faut pour affronter n’importe quel moment.

Mais à l’intérieur, il n’y a rien d’autre qu’un grand espace vide et béant. Un gouffre. Un vortex. Un puits sans fond. Si vous y regardez de trop près, vous tournoyez jusqu’à vous diviser en un million de minuscules particules, pour devenir une substance universelle indistincte.

Je sais où se trouve mon vrai moi. Elle est devant moi, un peu vers la droite, un peu plus loin. Parfois, j’ai eu recours à la dissociation pour faire face à la douleur. Quand j’ai accouché, j’ai poussé ma douleur vers mon vrai moi, vers la droite, un peu plus loin. L’accouchement est beaucoup plus supportable là-bas, loin de moi.

Mais qui est ”moi” ? Il n’y a même pas un moi à fuir. Il n’y a rien.

Tout au fond derrière mon cœur, dans une quatrième dimension spatiale, il y a un autre monde, le monde spirituel. Quand la vie devient insupportable, je prends ma coquille et je me retire à cet endroit. Personne ne peut me voir là-bas, ni me façonner selon ses désirs et besoins.

Qu’est-ce que la dissociation ?

La dissociation ne se limite pas aux cas sévères, parfois qualifiés de trouble de la personnalité multiple ou de trouble dissociatif.

Les expériences de dissociation légère sont relativement courantes, 60 à 65 pour cent de gens ont déclaré avoir eu une expérience dissociative (selon une étude de Waller, Putnam et Carson, 1996.)

La rêverie est une expérience dissociative fréquente. C’est le cas, par exemple, lorsque vous rentrez chez vous en voiture, mais que vous ne vous souvenez plus du trajet.

La dissociation est souvent utilisée comme mécanisme de défense au cours d’événements traumatiques. Les personnes qui souffrent de troubles anxieux, comme les crises de panique, présentent souvent des symptômes dissociatifs lorsque les crises de panique se déclenchent. C’est considéré comme un mécanisme d’adaptation.

Le site Web ”Panic Anxiety Disorder Association” décrit la dissociation ou les expériences dissociatives comme suit:

La dépersonnalisation : Avoir l’impression d’être séparé de son corps, d’être à côté de lui ou de vivre une expérience hors-corps.

La déréalisation : Sentiment que vous et votre entourage n’êtes pas réels. Regarder les choses à travers un brouillard. Vous avez l’impression que le sol bouge sous vos pieds. Les objets stationnaires semblent se déplacer. Une expérience qui peut s’accompagner d’une sensibilité à la lumière et au son. Vous pouvez avoir l’impression de perdre le contact avec la réalité et de devenir fou.

Comme bien des mécanismes de défense, la dissociation peut engendrer des problèmes si elle se produit dans des circonstances inappropriées. La rêverie en travaillant avec de la machinerie lourde par exemple.

La dissociation chronique se produit lorsqu’il y a un traumatisme prolongé au cours de la petite enfance et/ou l’enfance. Les sévices graves peuvent causer des formes extrêmes rendues célèbres par les livres et les films comme Sybil, mais d’autres traumatismes plus courants, tels qu’une mère souffrant de dépression post-natale, peuvent se manifester sous forme de dissociation chronique plus modérée.

Si la dissociation commence avant l’âge de neuf mois, la personne atteinte, plutôt que d’avoir le sentiment que le monde n’est pas réel, aura le sentiment de ne pas être elle-même réelle. La vie semble se dérouler derrière une vitre invisible : tout le monde y participe, mais la personne touchée regarde à l’intérieur depuis l’extérieur. Son corps participe peut-être, mais son âme est absente.

Si la personne atteinte s’identifie à son moi réel, qui n’habite pas son corps, elle peut se moquer de ce que son corps subit, et dans les cas les plus sévères, elle croit pouvoir continuer à vivre sans son corps. Selon Laing, c’est un élément clé de la psychose.

Si la personne atteinte s’identifie au corps, elle se sent souvent vide et creuse à l’intérieur. Là où il devrait y avoir des sentiments, on n’y trouve rien, ou bien les sentiments de ceux qui l’entourent. Elle cherchera généralement à satisfaire les besoins des autres, comme on peut le voir chez les mères opprimées et, parfois même, chez les entrepreneurs à succès les plus motivés. Si vous ne ressentez pas l’impact émotionnel d’une vie déséquilibrée, vous pouvez la supporter beaucoup plus longtemps que les gens ordinaires ne le peuvent.

Comment découvrir si vous êtes dissocié(e)?

C’est un énorme défi pour les personnes souffrant de dissociation chronique que de diagnostiquer leur maladie. Après tout, la majorité d’entre eux n’ont jamais rien connu d’autre. Pourquoi se demander si quelque chose ne va pas ?

Dans mon cas, il a fallu que je rencontre une personne suffisamment empathique pour comprendre que je réprimais mes émotions, même si elle avait du mal à saisir de quelles émotions il s’agissait. Une fois ma quête de connaissances entamée, je me suis vite rendu compte que j’étais émotionnellement paralysée. Alors, le voyage de réconciliation a commencé.

Les dissociés chroniques sont des survivants. Ils ravalent tout, ne montrent rien et poursuivent leur vie. Ils persistent, parce qu’ils pensent que s’arrêter, même pour un bref instant, pourrait leur être fatal.

En parlant avec d’autres personnes, j’ai dressé une liste de symptômes que beaucoup de personnes dissociées ont en commun.

Bien que je ne fasse pas figure d’autorité médicale, je souffre de dissociation chronique. Voici le 20 symptômes observés chez des personnes qui souffrent de dissociation chronique :

  • Vous avez toujours froid, surtout aux doigts et aux orteils. Vous portez des pulls même lorsque la température est supérieure à 20 degrés. Vous frissonnez et vous vous recroquevillez tandis que d’autres sont tout à fait bien.
  • Les autres vous décrivent comme “très conceptuel”, “froid”, “distant”, “intellectuel”, une personne qui “vit dans sa tête”.
  • Vous avez l’impression que votre foyer corporel se trouve entre vos yeux, plutôt que dans votre poitrine ou au niveau de votre cœur.
  • Vous avez besoin de fantasmes mentaux très vivaces pour être excité (du moins pour les femmes). Vous êtes rarement excité par le seul toucher.
  • Vous vous sentez motivé, et vous arrêter pour faire une pause semble dangereux.
  • C’est difficile de côtoyer d’autres personnes, car on ne peut pas se détendre.
  • C’est difficile d’être seul, parce qu’on se sent intensément seul.
  • Vous êtes impatient avec les gens qui disent ne pas pouvoir faire quelque chose pour des raisons émotionnelles. Vous vous demandez pourquoi ils ne font pas comme vous ?
  • Vous avez de la difficulté à lire les signaux émotionnels non verbaux et vous êtes hyper vigilant et hyper-réactif aux signaux visuels.
  • Vous pensez, analysez et observez les autres comme un aigle, mais vous ne sentez pas leur présence.
  • Il vous faut plusieurs mois pour tisser des liens avec les nouveau-nés, et il vous est difficile d’éprouver de l’empathie et de les réconforter.
  • Vous voulez que tout ce qui est relaté soit exact et précis concernant ce qui a été dit.
  • Vous avez la capacité de vous souvenir de situations et de conversations dans les moindres détails, mais aussi de vous évader mentalement pendant certaines conversations importantes et de ne pas vous en souvenir.
  • Vous avez souvent l’impression que les gens font ce qu’ils veulent, mais que vous, vous devez survivre.
  • Vous aimez et invoquez sans cesse la citation : “Ce qui ne tue pas rend plus fort.”
  • Vous sentez que vous n’avez jamais fait partie de votre famille ni d’ailleurs.
  • Vous vous dissuadez d’être en colère quand les gens franchissent vos limites, en leur trouvant des excuses.
  • Vous ne ressentez pas le droit d’exister et vous doutez parfois de votre existence.
  • Vous avez des règles abondantes et un cycle menstruel prolongé.
  • Vous avez l’impression que tout ce qui est bon dans votre vie est amené à disparaître.

Se réadapter suite à la dissociation

Même les cas les plus sévères de dissociation et de troubles multiples de la personnalité peuvent être guéris, de sorte que la personne peut se réinsérer et atteindre un certain degré de normalité. Le chemin de l’intégration exige une profonde reconnexion avec le subconscient non rationnel, non linéaire, physique, sensuel et enfantin. Pour que cela se produise, le subconscient doit être convaincu qu’il est en sécurité pour pouvoir sortir de sa coquille.

Pour moi, l’événement déclencheur a été d’essayer de trouver ce que je voulais vraiment. Mon amie m’a dit : “Si ton enfant intérieur pouvait faire ce qu’il veut en ce moment, que ferait-elle ?”

J’ai essayé d’y réfléchir. Il m’arrive parfois d’éprouver ce sentiment que l’on ressent lorsqu’une pensée, un mot est sur le bout de la langue. Mais aussitôt, je me retrouve face à un mur de panique, et la pensée se brise avant même de se former.

Ayant étudié la psychologie, j’assistais au spectacle de la répression freudienne classique. Pourtant, je ne pouvais pas me forcer à finaliser cette pensée. C’était comme si savoir ce que je voulais mettait ma vie en danger.

Étant motivée et déterminée, j’ai tout mis en œuvre, y compris la PNL (programmation neuro-linguistique), la psychothérapie, la conversation émotionnelle, le travail avec l’enfant intérieur, l’art-thérapie, la méditation, l’écriture en regardant la mer depuis la plage, et les exercices physiques.

Après quelques mois, j’ai fait ma première percée. J’ai rencontré une personne tellement à l’écoute qu’elle pouvait comprendre ce que je ressentais sans que j’aie à l’exprimer avec des mots. Après qu’elle ait anticipé chacun de mes mouvements et de mes sentiments pendant 45 minutes, j’ai senti que je pouvais être en vie en toute sécurité, malgré tout.

À ce moment-là, mon vrai moi s’est déplacé de là-bas devant sur ma droite, et s’est installé autour de mon cœur. Ma peau est devenue intensément sensible, et passer mes doigts sur la surface de pierre rugueuse est devenu presque orgasmique et sensuel. Ma capacité d’empathie s’est développée et j’ai été aussi ouverte qu’une jeune enfant. Il m’a fallu un peu d’ajustement chaotique avant d’apprendre à modérer ma sensibilité et à réagir à nouveau comme une adulte. Au cours des mois qui ont suivi, j’ai grandi sur le plan émotionnel. Une fois de plus, mes connaissances en psychologie m’ont été utiles, parce que je pouvais identifier mon âge émotionnel et faire preuve d’indulgence envers moi même.

Il y a quelques aspects positifs à mes expériences dissociatives : Je n’étais pas présente lorsque beaucoup des mauvais moments de ma vie ont eu lieu, comme le lycée. Je ne me sentais pas couverte de cicatrices comme la plupart, et je pouvais ressentir ce que les autres éprouvaient avec précision et détail. Comme je n’avais que mon intellect, je suis devenue très douée pour observer, analyser et comprendre ce qui se passait dans le subconscient des autres à partir d’indices tels que leur posture, leurs choix de mots et le mouvement des yeux.

La plupart des gens ne mettent pas autant d’énergie à observer parce qu’ils peuvent ressentir les autres directement. Mais c’était la seule chose que j’avais, alors je l’ai développée au maximum, un peu comme un aveugle qui apprend à claquer des doigts pour se localiser par écho.

Maintenant, j’ai les deux : l’observation et le sentiment direct. Combiner ces deux capacités est plutôt génial, et rien ne m’échappe maintenant.

Comment c’était ?

Je ne le cacherai pas. C’était une marche à travers la vallée de l’ombre de la mort pour me remettre de la dissociation. Pendant environ trois mois, rentrer dans le bureau de mon thérapeute était comme une marche funèbre vers la chaise électrique.

Je me suis dissociée parce que la vie était terrifiante, mais la seule façon d’être libre est de faire face à cette terreur. Après ma première percée, j’ai découvert comment libérer la peur tout en étant bien. Ça m’a aidé. Les ouvrages l’appellent réconfort personnel. C’était beaucoup trop passif et paisible pour mon expérience, mais me voilà.

L’expérience de la sécurité – d’être perçue et de recevoir une réponse appropriée – a également été une partie essentielle du processus de guérison. N’essayez pas de vous guérir tout seul. Allez chercher de l’aide.

En nous coupant de nos sentiments, la dissociation nous isole de notre moi le plus profond, et elle nous déconnecte aussi de tous ceux qui nous entourent. On ne peut plus faire confiance à qui que ce soit. Mais une vie nouvelle vous attend si vous acceptez d’y faire face, une vie dont vous ne pouvez même pas vous douter. C’est un acte de foi que de se jeter de cette falaise et de faire confiance que cela ne vous tuera pas, de dépendre de quelqu’un d’autre et de ne plus être sur vos gardes. Faites-le.

C’est terrifiant. Mais ça en vaut la peine.

Source – Patient’s Lounge