inceste

Presque la moitié des agressions sexuelles sur mineurs sont commises par un parent

Publié Laisser un commentairePublié dans agresseur, déni, dévoilement, dysfonctionnement familial, tabou, violences sexuelles

La Fondation Anar informe que les agressions sexuelles sur enfants et adolescents ont quadruplé en 12 ans.

Le danger poursuit les mineurs au sein même de leur cercle de confiance. Près de la moitié des agressions sexuelles commises sur des enfants et adolescents sont perpétrées par un parent ; on retrouve plus fréquemment le père (23,3 %), le compagnon de la mère (5,4 %) et l’oncle (5,4 %). C’est ce que montre une étude présentée par la Fondation Anar (Aide aux enfants et aux adolescents en risque) basée sur les appels à l’aide reçus (900 202 010) et sur les consultations de chat pendant 11 ans. L’association avertit également de la hausse des agressions sexuelles sur mineurs dans les dernières années : 1 093 cas détectés en 2020, soit quatre fois plus qu’en 2008 (273).

Les agressions sexuelles ne sont pas toutes commises au sein du cercle familial cependant, dans ce cadre, le risque se multiplie. L’environnement supposé sécuritaire est celui même qui trahit de nombreux mineurs. Le profil de l’agresseur est majoritairement masculin, plus âgé, et proche de l’enfant. Diana Díaz, directrice du centre d’appels et du chat d’Anar – un outil web pour conseiller les mineurs ou leurs proches – affirme que les agresseurs profitent de la confiance des enfants. « Parfois, ils leur dissent qu’il s’agit d’un jeu qui doit rester secret, d’autres fois, ils les menacent », précise-t-elle. L’endroit où a lieu l’agression est familier. 49,7 % des cas d’agressions sont commis au domicile de la victime, 14,8 % chez des personnes de leur entourage et 13,2 % en milieu scolaire.

« Je me rappelle que mes parents sortaient et mon frère m’obligeait … Ça me dégoûtait et c’est arrivé plusieurs fois », Laura (son prénom a été modifié) a reconnu par téléphone, une fille de 12 ans qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait, elle n’était même pas capable d’exprimer la situation avec des mots. Il lui a fallu plusieurs appels à l’association afin de raconter ce qu’elle éprouvait. Dans de nombreux cas, la victime a besoin de plus d’un appel téléphonique. La fondation a examiné pour l’étude 89 808 appels enregistrés entre 2008 et 2019, et ceci a permis de détecter 6 183 cas.

Pour les mineurs, il est difficile de demander de l’aide. Cela fait partie du problème. La violence envers les enfants est invisibilisée. La Fondation a constaté que 40,9 % des enfants et adolescents qui demandent de l’aide gardent le silence pendant plus d’un an avant de raconter l’agression subie. Et ce, malgré le fait que plus de deux tiers des mineurs pris en charge subissent des agressions tous les jours. « Les mineurs souffrent d’abus pendant des périodes plus longues et plus répétées qu’auparavant », souligne D.Díaz.

La hausse de cas détectée par Anar est tout particulièrement visible depuis les six dernières années, période caractérisée par une augmentation de l’utilisation des appareils numériques comme instrument pour commettre ces agressions : le cyberharcèlement a augmenté de 36,7 % et le « sexting » ou les messages à contenu sexuel de 25 %. « Les plateformes numériques sont devenues un terrain d’action majeur pour les agresseurs qui y ont plus facilement accès aux mineurs », explique Díaz. Aussi, la fondation alerte face à la hausse des agressions en groupe, qui sont passées de 2,1 % en 2008 à 6,3 % en 2018. Díaz reconnaît qu’il reste encore beaucoup de travail à faire en matière de sensibilisation sociétale, car les violences sexuelles sont encore un sujet « tabou ».

Les victimes sont majoritairement des femmes (78,3 %), âgées pour la plupart de 13 à 18 ans. Les garçons représentent un cas sur cinq et pour la majorité ont moins de 12 ans (53,4 %). Díaz est spécialement inquiète pour les plus jeunes enfants. « Ils sont les plus vulnérables, ils ne comprennent pas ce qui se passe et ils sont dépendants de leur entourage familial auquel appartient fréquemment l’agresseur » explique-t-elle.

Carmen (son prénom a été modifié) n’avait que cinq ans quand elle a eu le courage de raconter à sa mère que son oncle l’agressait sexuellement. Elle avait honte de ce qu’elle avait subi et elle avait peur de la réaction de sa mère. C’est sa mère qui a appelé la fondation, bouleversée par le récit de sa fille. « Ne le dit à personne, s’il te plaît, ni à papa, ni à personne », lui avait demandé sa fille.

En 2018, 76,3 % des cas se sont fortement aggravés, avec des situations particulièrement menaçantes pour les enfants, ainsi que la répétition quotidienne. 95,3 % des cas requéraient une réponse urgente, une intervention immédiate, car l’agression avait eu lieu récemment. Malgré la gravité de la situation, beaucoup d’enfants font face à la situation seuls. Selon la fondation, dans un cas sur quatre, aucune mesure n’est prise. De plus, les victimes subissent des violences physiques et/ou des menaces dans 53,6 % des cas, notamment pour les adolescentes.

Seuls face à ces agressions, les enfants qui racontent leur expérience ne se sentent pas tous soutenus par leur entourage. Lorsque Carmen s’est confiée sur les agressions qu’elle subissait, ses grands-parents ont dit : « Ce sont des inventions d’enfants, la gamine est une petite menteuse ». Les personnes de confiance nient les faits dans 37,8 % des cas, elles justifient ou protègent l’agresseur dans 31,1 %, font preuve de négligence ou une absence de réaction dans 23,9 % et la victime est culpabilisée dans 7,2 % des cas. « Les agressions sexuelles sont un événement tellement aberrant qu’il est très difficile pour les familles de l’accepter, elles utilisent donc des mécanismes de défense mis en place pour maintenir une stabilité », explique Díaz. La fondation considère « alarmante » la réponse sociale reçue par les mineurs de moins de 12 ans, car ce sont eux qui font face plus fréquemment au déni et à la négligence. « Ils pensent que ce n’est pas grave et ne sont pas conscients qu’ils ne sont pas obligés de subir ces événements. », affirme Díaz.

Détecter ces formes de maltraitance reste un défi. 80,2 % des agressions ne laissent aucune marque ou blessure.

« Parfois, il n’y a pas des signes visibles et les enfants se sentent seuls face au problème », affirme Díaz. Par conséquent, pour 43,3% de victimes ayant l’intention de porter plainte, seulement 10,6% le font réellement. Parmi celles-ci, 18,2% sont classées sans suite à cause de l’insuffisance de preuves. Et cela, même si dans deux tiers des cas, il existe la possibilité que l’agression se répète. Díaz déplore l’absence de mesures prioritaires visant à placer les enfants et les adolescents. Elle souligne que le plus important est de leur apporter protection et sérénité. « Nous devons indiquer clairement au mineur que cela ne l’arrivera plus, que nous allons l’aider et que nous allons continuer à l’accompagner », souligne la directrice du chat d’Anar.

Traduction de courtoisie par Liliana Mejia Uribe depuis ElPais

violences sexuelles hommes

Inceste père-fils: Examen et analyse des incidents déclarés

Publié Laisser un commentairePublié dans agresseur, dévoilement, hommes

Résumé: Un examen de la littérature sur l’inceste père-fils révèle à la fois un nombre moins important de cas signalés et des données insuffisantes par rapport à l’inceste père-fille. Néanmoins, il semblerait que les antécédents psychosociaux et la personnalité du père qui agresse sexuellement son fils soient des facteurs dominants, alors qu’un cadre familial dysfonctionnel serait au cœur des agressions sexuelles sur la fille.

Bien que les violences sexuelles des pères sur leurs fils soient considérés comme rares, selon la littérature sur l’inceste, une nouvelle perspective a commencé à émerger au cours des deux dernières décennies. Les statistiques tirées principalement des hôpitaux, des rapports de police, d’enquêtes générales et de sources liées à la protection de l’enfance, indiquent qu’un nombre important de garçons aux États-Unis sont victimes d’agressions sexuelles commises par leurs pères. Par exemple, l’analyse de données de Finkelhor (à paraître) basée sur l‘étude de 5809 cas prouvés de sévices sexuels sur mineur rapportés par les agences de protection de l’enfance dans trente-et-un états, indique que plus de la moitié (57%) des 757 garçons du groupe ont été agressés par leur père. De plus, il est fort possible que l’inceste père-fils soit sous-déclaré en raison des tabous sur l’inceste et l’homosexualité.

Les comportements incestueux existants ou potentiels au sein de la famille sont généralement difficiles à évaluer avec précision. En tant que type de comportement social déviant dont on a peu parlé, l’étude de l’inceste père-fils peut nous permettre d’approfondir nos connaissances concernant d’autres types d’inceste. La comparaison entre l’inceste père-fils et l’inceste père-fille est d’autant plus important qu’il pourrait permettre de définir les dynamiques familiales et les traits de personnalité qui prédominent pour chaque type d’inceste. Comme nous allons le démontrer dans le présent article, certains pères agressent tout aussi bien sexuellement leurs enfants de sexe masculin que ceux de sexe féminin, ce qui peut soulever des problématiques de diagnostic supplémentaires. De plus, l’examen de l’écosystème du père, dont les actes sexuels sont à la fois homosexuels et incestueux, peut mettre en évidence des valeurs, telles que l’homophobie, au sein de la matrice familiale et de la communauté au sens plus large, et leurs conséquences sur les pères et les fils.

L’inceste père-fils examiné dans la littérature clinique permet de mieux comprendre les circonstances dans lesquelles ce phénomène se produit.

EXAMEN DE LA LITTÉRATURE

Les études cliniques sur l’inceste père-fils sont peu nombreuses et les rapports de cas ne fournissent souvent pas assez de données pour pouvoir développer des modèles descriptifs. Bien souvent, les rapports de cas indiquent l’âge de l’enfant au moment du premier contact sexuel avec le père, la concomitance de l’acte sexuel avec une agression physique, et l’agresseur (toujours le père). La durée des contacts sexuels est généralement mentionnée directement ou peut être calculée à partir des données. Ce qui est surprenant, cependant, c’est que beaucoup de cas présentés ne décrivent pas la nature du contact sexuel. D’autres exemples d’information souvent disponibles dans les cas d’inceste père-fils sont les suivants : le nombre de frères et sœurs et l’ordre de naissance de la victime, l’âge et le sexe des frères et sœurs, et si le contact sexuel a eu lieu entre le père et plus d’un enfant. Le rôle de la mère de famille et les dynamiques de l’interaction familiale sont moins souvent examinés. En revanche, les études portant sur l’inceste père-fille fournissent souvent des informations importantes sur de nombreuses variables-clés qui permettent de comprendre de manière plus approfondie ce type d’inceste, alors que ce n’est pas le cas pour les incestes père-fils. Cette problématique sera examinée dans une section ultérieure.

Dans la littérature sur l’inceste, les critères de détermination de l’acte incestueux varient. Par exemple, l’acte sexuel peut-il être défini par le seul fait de toucher les parties génitales de l’enfant? Ou, devrait-il être défini comme tout acte commis par un adulte sur le corps d’un enfant qui mène à l’excitation sexuelle et à l’orgasme?

Berry (1975) rapporte un cas d’inceste père-fils, résumé ci-dessous, qui illustre bien la difficulté d’établir des lignes directrices de définition de l’inceste.

Un jeune homme adulte débuta une psychothérapie avec des problématiques liées à sa carrière professionnelle, des conflits avec ses parents et une inquiétude concernant son isolement social. Il signala qu’entre trois et huit ans, il prenait fréquemment sa douche avec son père et, alors qu’il lavait son fils, le père insérait souvent son doigt dans l’anus de l’enfant. À partir de neuf ans, une nouvelle activité remplaça la douche mutuelle : de bonne heure chaque matin, le fils montait dans le lit parental et s’allongeait contre son père dans la position de la cuillère avec le pénis de son père collé contre ses fesses. Sa mère n’est jamais intervenue, mais lorsqu’il atteint quinze ans, le fils décida de cesser ces visites matinales.

Berry définit ce cas comme un exemple d’inceste père-fils. Les psychiatres, psychologues et travailleurs sociaux définissent l’inceste comme tout contact physique intime qui suscite une excitation sexuelle et qui a lieu entre des membres non mariés d’une famille. Dans l’examen des cas d’inceste père-fils qui suivent, j’ai accepté les hypothèses des auteurs qui supposent que l’inceste a eu lieu même dans les cas où l’acte sexuel n’est pas décrit.

LE CONTEXTE ET LES CIRCONSTANCES

Les circonstances du contact sexuel entre les pères et les fils varient considérablement. Les cas d’inceste père-fils qui montrent des similitudes sont regroupés ici pour la discussion et sont brièvement résumés. Les cas de contacts sexuels entre les beaux-pères et beaux-fils sont exclus de cet examen pour conserver une clarté conceptuelle, bien que les auteurs les considèrent comme de l’inceste.

Plusieurs cas ont été signalés dans lesquels le contact sexuel entre père et fils avait eu lieu dans une situation familiale apparemment désorganisée où le comportement impulsif et physiquement violent du père était considéré comme normal. Ces pères avaient un comportement exploiteur avec leurs familles, une orientation généralement pansexuelle et ils agressaient sexuellement leurs fils tout comme leurs filles. L’âge du/des fils lors du premier contact sexuel était souvent prépubère.

Lors de ce qui semblerait être le premier rapport de cas d’inceste père-fils, Bender et Blau (1937) décrivent une situation illustrant ces caractéristiques. Calvin, six ans, soutenait que sa sœur était généralement l’instigatrice de jeux sexuels avec lui et qu’ils avaient tous les deux acquis cette habitude de leur père. Il confessa avoir des sentiments amers et une peur considérable de son père. Il adorait sa mère et sa sœur. Il affirma que son frère de dix ans avait refusé les avances sexuelles de son père, et que ce dernier lui avait jeté une tasse de café chaud et l’avait brûlé. Calvin semblait avoir davantage peur des agressions physiques que sexuelles. Il savait que sa sœur avait passé beaucoup de temps à l’hôpital suite aux expériences sexuelles qu’elle avait vécues avec son père.

La peur pour sa vie en présence d’un père avec ce type de comportement est compréhensible lorsqu’on analyse les cas plus récents. Par exemple, Dixon, et al. (1978) relatent le comportement d’un père qui avait sodomisé de manière répétitive son fils biologique âgé de trois ans, et agressé physiquement et sexuellement son beau-fils et sa belle-fille. La mère décrivait le père comme un individu violemment explosif et expliqua qu’elle avait peur qu’en essayant de restreindre son comportement envers les enfants, elle se mette elle-même en danger. Il avait déjà été condamné pour homicide involontaire, commerce illicite d’alcool et vente de pornographie. La police détermina que ses relations sexuelles avec ses deux fils et sa belle-fille étaient motivées par des raisons pornographiques. L’activité sexuelle intrafamiliale existait déjà depuis un an lorsque le père fut arrêté pour fabrication d’alcool de contrebande et vente d’alcool à des mineurs.

Dans un autre cas, ces auteurs décrivent un type de père similaire. L’aîné d’une famille composée d’une mère, d’un père et de six enfants (quatre fils de 8, 10, 12 et 15 ans, et deux filles âgées de 13 et 14 ans) confia le secret familial à son thérapeute : son père avait agressé sexuellement les six enfants sur une période de dix ans. Outre les agressions sexuelles, il battait aussi souvent les enfants. Lorsque le père était de mauvaise humeur, l’aîné ou l’aînée se sacrifiaient pour protéger les enfants plus jeunes. Bien que la mère ait joué un rôle important en signalant la situation auprès de professionnels de l’aide, elle était consciente des activités de son mari depuis quelques temps. Lorsque le père divorça de la mère, il continua à vivre dans le quartier et à intervenir dans la vie de ses enfants.

Reichenthal (1979) décrit un patient dont le père avait un comportement similaire : « Un autre patient, un garçon de 4 ans, expliquait que son père lui avait touché, sucé et brûlé les parties génitales, et qu’il exigeait que la demi-sœur de Richard, âgée de sept ans, se livre à des actes sexuels avec Richard » (p.122).

L’alcoolisme chez le père est une caractéristique marquante dans certains cas. Ces pères semblent souvent avoir une orientation homosexuelle, mais ne semblent pas se considérer comme tel. Le rapport d’Awad (1976) sur un cas de cette nature est représentatif. Sur une période d’une semaine, trois interactions sexuelles eurent lieu entre un père et son fils de 14 ans, avec des activités allant des caresses génitales à la pénétration anale. Le fils ayant subi ces agressions sexuelles était le plus jeune des quatre fils, mais il était plus âgé que ses deux sœurs. Le père était l’instigateur de l’activité sexuelle et était ivre à chaque épisode. La situation maritale s’était détériorée au cours des années, à tel point qu’il y avait une rupture totale de communication entre les parents. Il n’y a pas de preuve d’une relation particulière entre le père et le fils, mis à part le fait que le fils eut remis en question l’autorité de son père, violant ainsi les normes de sa famille de la classe ouvrière. Le père et le fils nièrent tous les deux toutes rencontres, fantaisies ou désirs homosexuels antérieurs.

Dixon, et al. (1978) signalent le cas d’un père alcoolique qui, tout comme le père décrit ci-dessus, dominait et agissait de manière agressive envers les membres de sa famille (épouse, quatre fils et une fille), et n’eut de contact sexuel qu’avec l’un de ses fils. Le fils en question était le deuxième de la famille et le père débuta l’activité sexuelle lorsque son fils avait environ 10 ans et continua jusqu’à ce que la famille soit signalée auprès des services sociaux alors qu’il avait 16 ans. Le mariage avait toujours été identifié comme étant conflictuel. Il s’agissait d’une famille de la classe ouvrière mais le père était sans emploi depuis plusieurs années. Malgré le fait que le père eut été impliqué sexuellement avec d’autres hommes avant son mariage (son frère et son beau-frère actuel), il expliqua que sa longue relation sexuelle avec son fils était la conséquence d’une relation sexuelle médiocre avec sa femme.

Medlicott (1967) fait état de trois cas d’inceste père-fils dans lesquels deux pères sur trois sont alcooliques (malheureusement les deux pères ne sont pas identifiés). L’auteur définit les pères comme étant passifs par rapport à la domination de leurs femmes. Il suppose que les pères n’étaient probablement pas conscients de ce qu’ils faisaient à leurs fils et que la séduction des fils était motivée principalement par l’envie de se venger de leurs femmes qui chérissaient leurs fils.

Rhinehart (1961) décrit un père alcoolique qui poussa ses deux fils à poursuivre des activités homosexuelles avec lui et entre eux, mais l’auteur ne fournit pas d’information supplémentaire sur les circonstances.

Un autre ensemble de cas, qui présentent une similitude évidente, décrit le père comme ayant un investissement émotionnel positif avec le fils avec lequel il eut un contact sexuel. L’agressivité ne semble pas accompagner l’acte sexuel. Les fils des pères en question ont atteint la puberté dans la plupart des cas. Les pères se sont soit identifiés comme ayant une orientation homosexuelle ou soit, au contraire, ont nié la nature homosexuelle des actes incestueux ou toute orientation homosexuelle personnelle.

Dans l’étude réalisée par de Young (1982) auprès d’un échantillon clinique, quatre cas présentent des pères ayant confirmé leur homosexualité. Ces cas ne sont pas présentés individuellement, mais les enregistrements des déclarations du père recueillis par l’auteur communiquent bien leurs perceptions :

« C’est différent lorsque l’enfant est votre fils, » explique Mr. Logan. « Je veux dire que si j’avais agressé sexuellement un garçon du voisinage ou un garçon qui était un parfait inconnu, je serais homosexuel. Mais cet enfant est ma chair et mon sang; c’est donc différent. »

« Je suis sûr que quelqu’un de l’extérieur dirait que je suis homosexuel», explique Mr. Harris, « mais je ne le pense pas. Ce que j’ai fait à mon fils est une preuve d’amour. Ce n’était peut-être pas la meilleure façon de l’exprimer, je vous l’accorde, mais c’est de l’amour. Et lorsque cela arrive entre un père et un fils, on peut difficilement appeler ça de l’homosexualité. » (p.74)

Trois pères sur quatre ont confirmé qu’ils avaient eu des contacts homosexuels avant ou pendant leurs mariages. Tous les pères avaient une opinion méprisante des hommes à orientation homosexuelle, qu’ils associaient à des stéréotypes efféminés et faibles. L’un des pères avaient eu un contact incestueux avec son propre père.

À l’autre extrémité du spectre, Langsley, et al. (1968) ont rapporté le cas d’un garçon qui, à l’âge de 12 ans, avait été poussé par son père à faire du sport car, selon ce dernier, son fils avait besoin de muscler son corps. À la fin de chaque session, ils se masturbaient l’un l’autre. Cette pratique se poursuivit pendant un an et demi. Dans l’étude de cette famille, les auteurs conclurent que les actes incestueux résultaient principalement de conflits sexuels non résolus qui remontaient à l’enfance du père, et non d’une problématique liée aux interactions familiales. Le désir sexuel et émotionnel du père envers son fils aurait été issu du report d’une amourette d’adolescence. Le père avait été élevé dans une famille pratiquant une religion intégriste et sa mère avait souvent censuré ouvertement l’expression sexuelle. À 12 ans, il avait été séduit par son oncle, âgé de 19 ans, et lorsqu’il avait signalé cet événement, sa famille ne voulut pas le croire et fut très en colère. À l’adolescence, il tomba amoureux d’un garçon de 8 ans qui s’appelait Dave. Il n’y eut pas de contact sexuel et il fut bouleversé lorsqu’il déménagea avec sa famille dans une autre communauté. Il décida qu’une fois marié, il nommerait son premier fils en l’honneur de son « premier amour ». Après son mariage, il nomma effectivement son premier enfant « Dave ». Trois autres enfants naquirent ensuite, mais il n’y eut aucun contact sexuel entre le père et ses autres enfants.

Caprio (1955) décrit un père qui mena apparemment un style de vie homosexuel tout au long de l’enfance de son fils. La mère était décédée quand l’enfant était très jeune et le fils et sa sœur avaient été placés dans un orphelinat. L’historique de la relation incestueuse n’est pas vraiment clair et quelque peu contradictoire, mais il semblerait qu’il y ait eu un bref contact oral et génital entre le père et son fils à l‘âge de 4 ans, et que cela ait repris une fois que le garçon eut atteint 11 ans et se poursuivit ensuite régulièrement. Les amis du père furent aussi impliqués dans des actes sexuels avec le fils. Les contacts sexuels entre le père et le fils eurent lieu chez le père et à l’orphelinat. Le fils fut aussi impliqué dans des actes homosexuels à l’orphelinat.

Deux cas d’inceste père-fils sont uniques du fait que le fils ait mené des activités homosexuelles avec d’autres avant tout contact sexuel avec le père, et que ce dernier ait eu connaissance du comportement sexuel du fils avant inceste. Raybin (1969) signale un cas impliquant trois générations d’inceste père-fils. Le père était professeur et metteur en scène. Il avait eu des contacts sexuels avec son propre père et son frère pendant de nombreuses années pendant sa jeunesse au sein d’une famille dans laquelle ce comportement semblait répandu. Il avait un fils issu de son mariage. À l’âge de 20 ans, le fils annonça à son père qu’il avait eu des expériences homosexuelles auparavant. Le fils suspectait depuis de nombreuses années que son père était homosexuel. Le père fit des avances à son fils qui furent déclinées dans un premier temps, mais ils finirent par coucher ensemble et le fils se soumit passivement à des caresses génitales.

Gregerson mentionna à cet auteur un cas tiré d’une étude sur les pratiques sexuelles des personnes hétérosexuelles et homosexuelles ayant recours à des pratiques sexuelles sadomasochistes (communication personnelle non communiquée). La personne sondée, un homme d’origine hispanique d’âge moyen, expliqua qu’il avait été séduit par son père quand il avait 18 ans, et qu’il avait maintenu cette liaison sexuelle jusqu’au jour où il partit rejoindre l’armée de l’air. Avant ce contact sexuel avec son père, il avait eu des relations sexuelles avec des personnes de sexe masculin dès l’âge de 12 ans, y compris avec son oncle maternel et un chef scout. Il vécut un style de vie homosexuel ouvert pendant son adolescence. Il accepta les avances de son père et déclara qu’il était son « meilleur amant ». La mère vivait dans la maison, et le père n’eut aucun rapport incestueux avec son autre fils ou ses trois filles (la personne sondée était l’aîné des fils et le deuxième enfant par ordre des naissances). La nature du contact sexuel avec le père n’est pas connue.

Deux rapports d’inceste père-fils soulignent que, dans les familles extrêmement désorganisées dans lesquelles un ou plusieurs membres de la famille souffrent de troubles psychotiques, le comportement incestueux pourrait devenir un modèle interactionnel familial. Weiner (1962) décrit une famille dont le père, enseignant, avait eu des relations incestueuses avec sa fille de 10 ans et son fils de 9 ans. La mère, qui était consciente des activités sexuelles du père, et le fils furent tous deux hospitalisés pour des événements psychotiques. Meiselman (1978) décrit brièvement un adulte alcoolique définissant l’inceste père-fils et les hospitalisations répétées de sa mère pour des troubles psychotiques comme traumatisme à un jeune âge. Les signalements d’inceste père-fils sur des enfants de très jeune âge pourraient aussi indiquer la présence d’une pathologie sévère chez le père. Par exemple, Dixon, et al. (1978) décrivent deux cas dans lesquels l’un des enfants avait seulement 2 ans, et l’autre 4 ans.

Dans les cas décrits ci-dessus, il n’y a pas de preuve de pédophilie homosexuelle impliquant le père dans des activités sexuelles avec des enfants en dehors du cadre familial. Edwards (1972) mentionne le cas d’un médecin qui, avant son mariage, avait eu un contact sexuel avec le fils de 4 ans d’un ami. Son mariage était tendu dès le départ et après la naissance de ses trois fils, il devint sexuellement actif avec eux (âge du début des activités non indiqué) et continua pendant plusieurs années. L’activité sexuelle consistait à frotter son pénis sur les fesses des garçons jusqu’à ce qu’il atteigne l’orgasme. La mère était au courant de ce qui se passait depuis deux ans et dénonça les faits au moment où le père demanda à l’aîné de le pénétrer par voie anale.

DISCUSSION

Les attitudes et comportements des pères ayant des contacts sexuels avec un ou plusieurs fils varient considérablement. Associée à des données incomplètes dans la plupart des cas, l’analyse est d’autant plus limitée. Malgré tout, la comparaison de ces cas avec de nombreux rapports cliniques d’inceste père-fille, souvent bien recherchés, permet de fournir des contrastes qui mènent vers des questions pour une future exploration de la nature de l’inceste père-fils.

Inceste père-fille

Les études cliniques de l’inceste père-fille se concentrent principalement sur la famille en tant que système et sur les personnalités des membres de la famille impliqués, pour analyser les dynamiques du comportement déviant. Dans l’examen de ces études, Taubman (1984) parle du comportement familial et du comportement de chaque membre de la famille. Dans le premier cas,

L’éloignement des parents sur le plan sexuel, l’éloignement et l’inversion des rôles entre les mères et les filles, ainsi qu’un niveau de stress psychosocial élevé sont souvent trouvés au sein des familles incestueuses; (p.37)

alors que des besoins de dépendance insatisfaits et une faible estime de soi sont à la base des traits de caractère, et par lesquels

les pères incestueux, par exemple, sont souvent autoritaires, dépendants, infantiles, ou encore généralement irresponsables. Dans les familles incestueuses, les mères sont souvent faibles et soumises, frigides, aux mœurs légères, ou alors indifférentes aux besoins des autres, et les filles victimes d’inceste ont souvent peur d’être rejetées ou abandonnées, transmettent un genre de soi-disant réciprocité, utilisent un comportement séducteur pour gagner l’attention ou l’affection de quelqu’un, et ressentent le besoin de sauver leur famille, en particulier le père. (p.38)

Il n’y a, bien entendu, pas de lien de cause à effet direct entre ces facteurs et l’inceste consommé, mais de nombreux experts pensent que ces facteurs génèrent des niveaux de stress élevés avant le début des actes incestueux.

Une étude bien connue sur l’inceste, réalisée par Justice et Justice (1979), décrit ce profil. Les comportements de 112 familles dans lesquelles il y avait eu inceste ont été analysées pour déterminer les dynamiques de personnalité et familiales (cinq cas d’inceste père-fils ont été identifiés, mais l’historique de ces cas n’a pas été rapporté). Il a été conclu que les pères pouvaient être divisés en quatre groupes : (1) personnalités symbiotiques, (2) personnalités psychopathiques, (3) personnalités pédophiles et (4) autres, y compris ceux dont la pratique fait partie de la culture locale. Par exemple, Dr. Bert Weinblatt (communication personnelle) signala à cet auteur un contact thérapeutique bref avec un patient de sexe masculin, qui avait grandi dans une grande famille des Appalaches, qui avait séduit et maintenu une relation sexuelle avec son père.

Le père symbiotique était de loin le type identifié le plus commun. Il se tournait vers sa fille à la recherche de qualités maternelles, d’amour et de confort. Les auteurs identifièrent plusieurs sous-types dont l’ « introverti » qui est socialement isolé et qui confère ce style à toute la famille; celui « qui rationalise » et qui justifie son activité sexuelle avec sa fille en disant qu’il lui montre ce qu’est « l’amour »; le « tyran » qui applique une discipline stricte au sein de la famille et qui utilise l’intimidation pour gagner l’affection de sa fille; et l’ « alcoolique » qui se sert de la boisson pour faciliter le rapprochement avec les autres. Dans ces cas, les relations maritales sont tendues et les performances de la mère dans son rôle sont devenues dysfonctionnelles.

Profil symbiotique

Dans l’examen des cas d’inceste père-fils, certains pères montraient un investissement émotionnel positif vis-à-vis de leurs fils. Un profil de relation « symbiotique » entre le père et le fils ne ressort pourtant pas dans la description des cas. Il n’y a aucune preuve que ces pères aient été à la recherche d’un soutien affectif auprès de leurs fils. Bien que la plupart des cas ne fournissent que des renseignements limités sur les dynamiques d’interaction au sein de la famille, dans les cas où la relation à trois entre le père, la mère et le fils est décrite, le comportement incestueux du père semble ne pas être lié à la qualité du rapport conjugal. La seule exception possible serait dans les cas présentés par Medlicott (1967), mais sa conclusion selon laquelle l’inceste père-fils pourrait avoir été motivé par le désir du père de se venger contre sa femme n’est pas soutenue par des preuves.

Dans les cas où il y avait des preuves que le père avait des sentiments positifs envers son fils, le fils était arrivé à un âge où la puberté aurait pu avoir débuté (ce facteur n’a pas été mis en évidence dans la plupart des exemples). Justice et Justice (1979) suggèrent que la maturité sexuelle de la fille ferait partie des changements au sein de la famille qui pourraient accroître le risque d’inceste. Dans une étude réalisée sur 78 cas d’inceste en Allemagne, Maisch (1972) a découvert un lien étroit entre les signes de maturité biologique et l’âge de la victime au début de l’inceste. Par conséquent, le début de la puberté chez le fils pourrait être un facteur applicable dans certains cas d’inceste père-fils.

Ce qui pourrait distinguer les cas d’inceste père-fille identifiés comme étant « symbiotiques » par Justice et Justice, des cas d’inceste père-fils dans lesquels le père semble avoir un attachement positif avec son fils, qui n’est cependant que temporaire, est le fait que ce père cherche à assouvir des besoins sexuels que sa femme est incapable de satisfaire. De plus, en raison de la stigmatisation sociale, certains de ces pères semblent avoir peur d’exprimer ou d’accepter leur homosexualité en dehors de leur domicile, comme, par exemple, les pères décrits par de Young (1982).

Profil psychopathique

Les cas rapportés par Bender et Blau (1937) et Dixon, et al.(1978) décrivent des pères avec des traits de personnalité qui seraient définis comme étant « psychopathiques » par Justice et Justice (1979). Ils agressèrent sexuellement et physiquement leurs fils et leurs filles et semblaient agir sans retenue morale avec l’ensemble des membres de la famille. Le contact sexuel initial avec les fils tout comme les filles avait lieu avant la puberté. La question se pose donc de savoir pourquoi ils ont choisi un enfant qui n’était pas mature sexuellement. Ce choix peut tout simplement être basé sur la disponibilité d’un enfant, quel que soit son âge. De plus, alors qu’ils évaluent les faiblesses de ceux qui pourraient être exploités, les pères pourraient se diriger vers les filles qui ont assimilé des coutumes culturelles de soumission vis-à-vis de l’homme, et vers les fils qui sont trop jeunes, immatures, et faibles physiquement pour résister.

Bien qu’il y ait peu de références au comportement psychopathique dans l’inceste père-fils dans la littérature clinique, des études sur les violences sexuelles sur mineurs indiquent que ce type de père serait commun. Il convient de noter que l’âge moyen des victimes d’inceste père-fils est inférieur à l’âge moyen dans l’inceste père-fille, selon l’analyse (à paraître) de Finkelhor des données du Centre national de la violence et des négligences à l’égard des enfants. En outre, il est moins probable que les garçons soient seuls à subir des violences, surtout lorsque l’agresseur est un parent. Dans 65% des rapports, la fille est l’unique victime, alors que 65% des garçons subissent des sévices avec une autre victime, qui est généralement une sœur plus âgée. Étant donné que le comportement pansexuel est caractéristique des pères jugés « psychopathiques », ces statistiques pourraient amener à penser qu’un pourcentage plus élevé de garçons seraient agressés sexuellement par ce type de père par rapport aux filles.

DÉCLARATION DES CAS

Le nombre de déclarations de violences sexuelles sur les garçons auprès des agences publiques est nettement inférieur à celui des filles. Finkelhor (à paraître) a examiné plusieurs enquêtes générales et des études cliniques, et a découvert que les enquêtes générales mettent en évidence des taux élevés de violences sur sujets de sexe masculin, ce qui mène à penser que les sévices sexuels sur garçons ne sont pas rendus publics proportionnellement à leurs incidences, et les services professionnels fournis se sont pas non plus de même ampleur que pour les violences sexuelles sur jeunes filles. Il a également ajouté que la violence sur les garçons est sous-déclarée en raison de facteurs sociaux et culturels, tels que le principe masculin d’autonomie, et de la peur de l’enfant se perdre son indépendance et de voir ses activités restreintes s’il dénonce l’incident. D’autre part, toutes les études indiquent que la plupart des sévices sur garçons sont menés par un partenaire de même sexe, d’où l’émergence d’une double stigmatisation avec la violation des normes hétérosexuelles et l’interdiction d’avoir un enfant comme partenaire sexuel.

Si l’agresseur de l’enfant de sexe masculin est le père de l’enfant, il est possible que le tabou de l’inceste accroisse encore plus la réticence de l’enfant à déclarer l’événement. Le cas suivant illustre bien ce type de situation.

À 36 ans, Christopher débuta une psychothérapie. Il y mit fin après quelques sessions en expliquant qu’il « n’avait plus rien à dire ». Deux ans plus tard, il suivit un cours d’entraînement à l’assertivité et reprit le traitement avec cet auteur. Il décrivit une « impasse » qu’il avait vécue par rapport aux autres qui se traduisait par son retrait dès lors qu’il ressentait le besoin d’exprimer un sentiment. Au cours de la sixième session, tout en exprimant des sentiments de panique et de peur, il déclara que son père l’avait forcé à des actes sexuels (masturbation et contacts oraux-génitaux) entre 6 et 10 ans. Cette pratique prit fin lorsqu’il menaça son père de révéler les événements. Il n’avait jamais divulgué cette information à qui que ce soit auparavant. Il avait une seule sœur, plus jeune que lui, qui avait un handicap physique depuis la naissance et qui fut hospitalisée brièvement pour troubles mentaux tard dans l’adolescence. À ce qu’il sache, son père ne l’avait jamais agressée sexuellement. Bien que des preuves circonstancielles aient semblé mettre en évidence le comportement déviant du père envers son fils, la mère les ignora. Les deux parents, qui étaient alliés dans toutes les problématiques, traitaient Christopher de manière sadique : le père le battait gravement « avec un sourire sur son visage » dès lors qu’il refusait ses avances sexuelles, et la mère le dénigrait et l’appelait fréquemment par le nom du chien de famille. Cette famille de la classe moyenne supérieure résidait dans une communauté riche où il y avait beaucoup de ressources sociales et récréatives. Christopher passait autant de temps que possible loin de la maison en participant aux activités des clubs sociaux et sportifs. Pendant son adolescence, il eut plusieurs contacts homosexuels avec un cousin de son âge. À l’université, il sortit avec plusieurs femmes mais, après obtention de son diplôme, il n’eut plus que des activités sexuelles avec des hommes et il poursuivit une carrière de sportif professionnel. Lorsqu’il débuta sa thérapie, il venait de rompre une relation amoureuse de cinq ans avec un homme. Les révélations du patient concernant son « secret » produisaient des fantasmes où il se voyait être puni, ou sinon détruit, ou, comme cela avait été le cas pour son père, pris de démence (le patient avait été informé par sa mère que son père avait été diagnostiqué comme « dangereusement psychopathique » par un médecin d’entreprise au moment de partir en retraite).

Il est évident que Christopher avait dû peser les gains et les pertes en cas de dénonciation des violences subies par son père aux autorités publiques alors qu’il vivait encore avec sa famille. Qui pourrait croire que son père, un homme dont la carrière professionnelle était accomplie et qui était marié à une femme qui fréquentait régulièrement d’autres femmes au sein de la communauté, avait commis un inceste? Est-ce que son père, un homme violent, se vengerait et comment? Ses activités à l’extérieur de la maison seraient-elles restreintes? Que diraient ses pairs, ses enseignants et les autres s’ils étaient au courant de ses circonstances? Ainsi, un enfant dans une telle situation se retrouve face à un dilemme extrêmement profond.

Le fait que les garçons soient peu disposés à signaler tout type d’agression sexuelle se reflète dans une étude réalisée par Landis (1956). Seulement 16,5% des garçons victimes de sévices sexuels signalent le (les) incident(s) à leurs parents par rapport à 43% des filles victimes. Dans les cas d’inceste homosexuel, de nombreux auteurs d’études sur l’inceste père-fils décrivent une forte réticence de la part du fils à parler aux autres de sa relation avec son père. Le patient décrit par Caprio (1955), par exemple, relata par écrit la relation qu’il avait avec son père à son thérapeute.

CONSÉQUENCES DE L’INCESTE

Les études de suivi des cas d’inceste signalés sont rares. Bender et Grugette (1952) rassemblèrent des données en 1951 sur des cas de sévices sexuels sur mineurs rapportés par Bender et Blau (1937) en 1937. Ils conclurent que le comportement sexuel délibéré que ces enfants avaient vécu, y compris l’inceste père-fils et père-fille, n’était pas synonyme de dysfonction à l’âge adulte, en particulier liée à une victimisation précoce. En revanche, des études effectuées sur des adultes impliqués dans certains types de comportement sexuel déviant, tels que les violences sexuelles sur mineur ou la prostitution, suggèrent qu’un pourcentage élevé de la cohorte a été victime de sévices sexuels pendant l’enfance. Par exemple, une étude réalisée par Silbert et Pines (1983) auprès de prostituées a déterminé que 60% des sujets avaient été exploitées lorsqu’elles étaient mineures, bien souvent par leurs pères ou des membres de la famille. Dans son étude impressionniste sur la prostitution des garçons aux États-Unis, Lloyd (1976) observa que ces garçons avaient une faible estime de soi et qu’ils avaient souvent été élevés dans des maisons où ils avaient été victimes de violences physiques et sexuelles. Un exemple d’inceste père-fils est signalé. Peu d’informations sont disponibles quant à la prédisposition des garçons vers une orientation homosexuelle suite à un contact sexuel avec un adulte de sexe masculin. Dans une étude sur des étudiants universitaires, Finkelhor (1981) découvrit que les garçons victimes de violences sexuelles commises par des hommes plus âgés avaient quatre fois plus de chances que leurs pairs qui n’avaient pas subi de sévices d’être impliqués actuellement dans une activité homosexuelle. Une étude récente de Bell et Weinberg (1981) indique cependant que seulement 5% des hommes homosexuels déclarent avoir eu des expériences sexuelles avec des adultes pendant leur enfance. En outre, la littérature actuelle sur le comportement homosexuel chez les adultes suggère que, dans de nombreux cas, il est ancré dans la petite enfance ou pourrait peut-être même être d’origine génétique.

Dans le cadre de leur comparaison des différents types d’inceste à caractère homosexuel, Kalow, et al. (1981) découvrirent que la prédominance d’une psychopathologie était plus importante dans les cas d’inceste père-fils que dans toutes les autres combinaisons à l’exception de l’inceste sœur-sœur. Ils définirent la psychopathologie comme tout signalement de psychose, dépression ou suicide chez chaque participant. Leur examen des cas d’inceste père-fils ne couvre pas tous les cas rapportés dans cet article, qui est pris pour acquis comme étant exhaustif. L’association de l’inceste père-fils avec une psychopathologie sérieuse semble cependant caractériser ce type d’inceste. Aussi, pendant la période de victimisation ou peu de temps après, le fils affiche souvent des comportements qui sont synonymes de troubles émotionnels graves. Par exemple, la tendance du fils d’un père abusif à avoir des accidents sembla menacer sa survie (Dixon 1978). Ces incidents comprirent notamment une blessure par balle dans la poitrine infligée délibérément par un ami, des brûlures après avoir menti sur un registre, la chute d’un toit, et un ensemble de blessures aux mains et aux genoux.

Il est possible de supposer que l’inceste père-fils pourrait, à court terme, être à l’origine d’un stress pour l’enfant qui compromettrait le développement de son identité et de son estime de soi alors qu’il essaie de naviguer parmi les tabous de l’inceste et de l’homosexualité. On demande au garçon de jouer un rôle qui est inapproprié pour son âge. Il est conscient des normes culturelles prescrites concernant la masculinité mais celles-ci sont remises en cause par le comportement de son père. Il doit réévaluer sa relation avec les membres de sa famille, en particulier sa mère, avec qui ses liens pourraient être menacés.

CONCLUSIONS

Comprendre les interactions entre les facteurs intrapsychiques et environnementaux dans le cadre de l’inceste, et d’autres problèmes de la vie, aide à guider les diagnostics et traitements professionnels. L’analyse des circonstances de l’inceste donne des indices sur les antécédents psychosociaux et la personnalité du père impliqué sexuellement avec son fils, et est un facteur dominant, alors que l’interaction dysfonctionnelle de la famille semble aussi être un élément-clé dans l’inceste père-fille. Les cas d’inceste père-fils présentés indiquent que certains pères agissent sur des impulsions à caractère pansexuel; d’autres pères poursuivent des motivations homosexuelles. Ces découvertes suggèrent des approches différentes dans la mise en place d’interventions.

Les pères qui démontrent un comportement psychotique ou associé à des troubles de personnalité sociopathique sont également enclins à agir de manière impulsive ou destructrice dans la sphère non sexuelle de la vie familiale. Par conséquent, l’inceste ne représente qu’un aspect parmi tant d’autres du dysfonctionnement familial. En comparaison, les pères qui agissent sur des impulsions homosexuelles semblent plus stables sur le plan émotionnel et affichent des valeurs plus conventionnelles comme, dans certains cas, l’homophobie. Ces hommes semblent être socialement isolés, incapables de négocier leurs besoins au sein et à l’extérieur du cadre familial. Dans certains cas, des antécédents d’inceste sur plusieurs générations, avec leurs propres pères ou d’autres membres de la famille, représentent un facteur qui pourrait isoler l’acte incestueux, dissipant ainsi la stigmatisation sociale. Il est essentiel que ces pères et leurs fils aient accès à une assistance professionnelle libre de tout jugement, qui leur permettra de résoudre les problématiques liées à l’orientation sexuelle et de gérer d’une manière moins dysfonctionnelle les composantes érotiques qui existent dans les interactions entre membres de la famille. La thérapie familiale pourrait aussi être nécessaire pour aider tous les membres de la famille à surmonter les conséquences de l’inceste père-fils.

L’inceste sur le fils donne souvent lieu à de graves pathologies pendant la période où le contact sexuel se déroule ou par la suite. Des directives récentes des Services Publics de la Santé pour les professionnels concernés par les violences sexuelles sur mineur affirment que la plupart des professionnels pensent que l’enfant sera mieux protégé si ce type de cas est traité par procédure judiciaire (Thomas, et al., 1985). La comparaison entre l’inceste père-fille et l’inceste père-fils indique cependant que ce dernier est dû au comportement du père qui cherche à régler ses propres conflits sexuels et est généralement de plus courte durée (de Young, 1982). De nombreux cas ne sont portés à l’attention des professionnels et des autorités que bien après que le comportement incestueux ait cessé. Cela suggère que les programmes d’éducation publique et de formation des représentants publics et des professionnels devraient être mis en place pour contrer l’homophobie En créant une plus grande tolérance sociale, les individus et les familles auront peut-être moins peur de demander de l’aide lorsque l’inceste potentiel ou existant entre les pères et les fils émerge.

Source : Article extrait de Clinical Social Work Journal

Vol. 16, No. 2, Été 1988 – Dr. Mark Williams

Traduction de courtoisie par Sonia Erraud

sortir du silence

Révélation … et réactions …

Publié Laisser un commentairePublié dans agresseur, dévoilement, émotions, relations familiales

Révéler, à ses proches, l’inceste que l’on a subi est un moment pour le moins délicat. On l’évite, il fait peur, voire nous met dans un état de panique, empli de doutes, de questions, de projections des conséquences de nos paroles. On peut vouloir protéger les autres membres de la famille, voire parfois aussi l’auteur des faits… Mais il vient un moment, même des décennies après, où ce secret explose tel une bombe à retardement. Ce moment peut survenir lorsque l’on touche le fond, que le mal-être est à son paroxysme et que l’on ne plus faire semblant, que l’on ne peut plus le cacher. Ou alors ce peut être le résultat d’années de thérapie, lorsque l’on prend conscience des conséquences de ce que l’on a vécu; ou encore après un décès ou une naissance. Cela peut même parfois sortir , malgré nous, par ‘’accident’’ – une parole en trop, une altercation, un événement émotionnellement intense … et les paroles jaillissent … enfin.

Tant d’années à garder un si lourd secret, tant de questionnements…. Continuer à fréquenter l’agresseur ou s’exiler sans que nos proches ne comprennent pourquoi ? Comment se reconstruire, en voilant une part de nous- même et de notre histoire, sans libérer cette parole? Ou alors doit-on parler et devoir à nouveau affronter les sentiments de honte, de culpabilité, de peur ? Devoir refaire face aux souvenirs que nous tentons tant de ne pas nous remémorer et assumer les conséquences de nos paroles? Devoir faire face au rejet, la mise à l’écart, l’incompréhension et/ou la diffamation, lorsque l’on est finalement jugé non pas comme victime mais comme coupable des actes que nous avons subi. Une peine se rajoute à la liste – nouvelle condamnation et souffrance supplémentaire.

Pour ma part, les fantômes sont sortis du placard … 25 ans après la fin des faits … Ce n’est pas un sujet que l’on aborde ouvertement avec mon entourage proche. En fait, nous n’en avons pas vraiment reparlé depuis la révélation. Mais, lorsque j’entends les témoignages d’autres victimes, je considère que j’ai de la chance. Je n’ai plus à porter seule le poids de ce terrible secret qui nous a éloignés tant d’années. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il a fallu environ 2 ans d’incompréhension de part et d’autre, pendant lesquels mes proches sont passés par des émotions similaires à celles d’un deuil : le choc, le déni, la douleur, la culpabilité, la colère, la dépression,etc. Pas forcément dans cet ordre, ni obligatoirement les mêmes réactions pour chacun d’entre eux. Mais j’ai la chance qu’ils en soient finalement arrivés au stade de l’acceptation. Et même si la porte du placard reste désormais fermée, je sais qu’ils ont réalisé, et qu’ils sont là.

Et pour vous ? Comment s’est passée la révélation avec vos proches ?

fêtes de famille

les fêtes de famille avec l’agresseur

Publié Laisser un commentairePublié dans déclencheurs, dévoilement, limites saines, relations familiales

Tu es si forte.

C’est la réaction que suscite souvent chez les gens le fait que j’ai vécu des années d’agressions sexuelles pendant mon enfance et que j’ai en quelque sorte survécu. Et à bien des égards, je suis forte. J’ai survécu. C’est miraculeux et cela témoigne de ma volonté de ne pas me laisser vaincre par les effroyables agissements de cet autre.

J’ai surmonté beaucoup de ces agissements.

L’autre jour, j’étais chez le nutritionniste. Nous ne parlons généralement de ma santé mentale que dans le contexte de ma relation à la nourriture, mais comme j’ai été récemment hospitalisée pour des soins psychiatriques, il a creusé plus avant dans le psyché que d’habitude. Il n’arrêtait pas de dire que je pouvais lui parler de ce qui s’était passé et des raisons pour lesquelles je sentais que je devais faire appel ces soins supplémentaires – étant donné que je vois déjà un psychologue une fois par semaine, un psychiatre tous les deux mois et un nutritionniste tous les mois, on pourrait penser que mon état émotionnel et mental est suffisamment bien pris en charge.

Je lui en ai dit un peu plus parce qu’il semblait vouloir sincèrement en parler.

Je lui ai dit à quel point j’avais peur lorsque j’étais intimidée par certaines personnes, du fait que j’avais toujours pensé que seuls des partenaires violents pourraient m’intimider de cette façon. J’ai découvert, le soir où je suis allée à l’hôpital, que ce n’est pas le cas. Les gens peuvent vous faire du mal, peu importe la panoplie de moyens mis en œuvre pour se protéger des agressions.

Je cherche à me protéger depuis l’enfance.

Et voilà. La confession inévitable de “l’enfance”. Le “choc” qui atteint systématiquement les gens au plus profond d’eux-mêmes. Puis j’ai expliqué que mon passé familial était fait d’agressions sexuelles chroniques, sévères, qui ont duré des années et qui ont formé un nuage noir au-dessus de nous depuis des décennies. Et que, pendant les prochaines fêtes, j’allais devoir expliquer qu’il fallait que je rentre plus tôt que prévu pour suivre une thérapie, sans toutefois dire que je ne pensais pas être capable de supporter longtemps le fait d’être confrontée à mon agresseur. Je vis trop de traumatismes à l’heure actuelle pour en plus devoir faire face aux traumatismes passés.

C’est à ce moment que j’ai réalisé avec force et ahurissement que j’ai permis à la personne qui a ruiné ma vie et ainsi provoqué mon trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT C), tout en compliquant chaque relation pour le reste de mon existence, d’être dans ma vie.

C’est aussi le moment où je me suis sentie coupable de m’être entendue dire que c’était extraordinaire, ou que j’étais forte.

Ce n’est pas de la force. C’est de la faiblesse.

Je n’ose pas faire éclater ma famille plus qu’elle ne l’est déjà. Je ne veux pas être la “méchante”, le mouton noir, ni le bouc émissaire, pas plus que je ne le suis déjà. Je ne veux pas qu’on me reproche de nous avoir éloignés, de rendre les choses difficiles, d’être ” trop gâtée ” et pas assez ” indulgente “. Je n’ai pas la force de mettre en place la limite la plus importante de ma vie. Je n’ai pas le courage de dire à mon agresseur qu’il ne peut pas faire partie de ma vie. Et ce parce que nous sommes de la même famille.

On dit que les liens du sang sont plus forts que tout. Je n’y crois pas. J’ai bien souvent reçu plus d’amour et de soutien de la part de personnes sans liens de parenté que de la part de ma famille. Mon père, ma fille et ma nièce, deux cousins, une tante – ils sont bienveillants et attentionnés, généreux, compatissants et aimants. Mais le reste de ma famille se fiche pas mal que mon sang coule ou non. J’ai traversé diverses épreuves avec peu ou pas de soutien de la part de mes proches, tandis que des inconnus, des amis, des collègues de travail et des voisins m’ont offert toutes sortes d’amour, de ressources et de soins. Mais même si je sais que beaucoup de membres de ma famille sont insensibles ou abusifs, il est difficile de rompre les liens.

Pourquoi nous enseigne-t-on que la famille est tout ce qui compte ? Pourquoi nous dit-on que les liens du sang sont plus forts ? Est-il vraiment exact ou légitime que la famille passe avant tout ? Ma situation est-elle juste une aberration là où les familles sont ”normalement” saines, justes et solidaires ?

Les milliers d’histoires que j’ai entendu au fil des ans ne confortent pas que je suis une exception. Malheureusement, de nombreuses familles semblent manquer de compassion et de générosité. Et beaucoup d’entre nous souffrent aux mains d’une ou plusieurs personnes de notre entourage.

Et il semble que la limite la plus difficile à poser pour nombre d’entre nous – et non seulement moi – est de dire à un membre de la famille qu’il ne peut plus vous faire souffrir.

Je lisais aujourd’hui dans le livre ” Self-Compassion ” de Kristin Neff, l’importance de reconnaître notre interdépendance inhérente. Parfois, nous ne fixons pas ces limites essentielles, parce que nous voulons nous sentir connectés. Mais selon K.Neff, nous sommes connectés du simple fait que nous sommes humains. Nous faisons partie de l’humanité et nous sommes tous connectés par le simple fait d’exister.

C’est un vaste concept à assimiler, et difficile à retenir, mais je pense que c’est une vérité fondamentale que nous devons apprendre à reconnaître chaque jour. Nous sommes connectés par le simple fait d’exister. Donc, nous n’avons pas besoin de nous accrocher à la croyance erronée que le sang est le lien le plus fort, car les êtres humains sont tous faits de sang et d’eau. Ce sont leurs agissements à notre égard qui nous permettent de décider si nous préférons avoir une relation proche avec eux ou si nous devons fixer des limites, et non pas leur lien de parenté avec nous. Nous sommes liés par l’existence. Nous sommes reliés par notre humanité.

Les personnes qui vous traitent comme moins que rien, ou inférieures à elles, n’ont pas un lien bienséant avec vous. Peu importe si ces personnes sont votre parent, votre frère ou votre sœur, votre enfant ou un parfait inconnu dans la rue. Une limite est absolument nécessaire – même si vous ne devez plus jamais revoir cette personne, en fonction des circonstances.

” Avez-vous parfois envie de tout dévoiler au grand jour ? ” Mon nutritionniste se questionnait sur la problématique de ma famille et des agressions qui nous empêchent d’avoir une chance de nous rapprocher.

Oui.

Tout le temps.

Mais je suis la ” mauvaise personne ” si j’en parle. Tous les autres veulent garder le secret, ne pas y faire face et ne pas en parler. Et ça me blesse. Je ne sais pas combien de temps je continuerai à les laisser me faire du mal, car je sais aussi que l’alternative est de ne plus voir ma famille. Un jour, ils me forceront à faire ce choix. Soit ils accepteront la vérité, soit je dresserai une limite ultime et je ne les reverrai plus. Parce que le chaos qu’ils ont mis dans notre passé affecte mon présent, et probablement mon avenir.

“Votre vie est en fait une série de réparations de dégâts que d’autres ont causés pour vous”, a été l’une de ses dernières remarques.

Il avait raison. Et alors que je rentrais chez moi après ce rendez-vous, armée de stratégies pour composer avec la nourriture tout en faisant face à un traumatisme aigu, je ne pouvais m’empêcher de penser à ces dégâts et à ces autres. Combien de temps est-ce que j’allais laisser ces gens me faire souffrir ? Comment est-ce que j’allais me protéger des menaces actuelles ? Jusqu’où est-ce que je laisserais le stress que ma famille place sur moi agir en déclencheur ? Est-ce que j’allais cesser de les voir ? Quand et comment le faire ?

Ce n’est pas ce que je veux – cesser d’avoir des contacts avec ma famille. Mais cela se révèle être une chose dont j’ai de plus en plus besoin. Afin de trouver la meilleure et la plus forte version de moi-même, je devrai peut-être m’affranchir de leur approbation et de leur affection, et me satisfaire des liens que j’ai avec le reste de l’humanité, et être soutenue par les personnes qui sont véritablement à mes côtés et qui veillent à mon bien-être.

Ma famille place ses besoins bien au-dessus des miens. Maintenir le secret depuis plus de 40 ans leur est bien plus important que ma santé mentale actuelle.

Et ça, ça ne va pas.

Je commence à comprendre que ce n’est pas normal. Je commence à réaliser que m’aimer signifie comprendre à quel point ce n’est pas normal, et accepter que ma vie est plus importante que leur fierté.

Et si ce n’est pas le cas…

Si ce n’est pas le cas, ils n’ont pas leur place dans ma vie. Et j’ai besoin de trouver la force de le dire.

Je suis forte.

Et lorsque le moment sera venu – si ce moment vient – je trouverai la force nécessaire pour faire ce qu’il y a de mieux pour ma santé mentale et physique. Je fixerai les limites nécessaires pour me protéger et me sentir bien. Je trouverai la même compassion envers moi-même que celle que j’ai donnée à ma famille, et je commencerai à me traiter comme leur égale, peu importe comment ils me traitent.

Au besoin, je trouverai la force de cesser de voir mon agresseur pendant les fêtes. Et je vous souhaite à tous d’avoir la force de faire de même – de trouver votre force, de connaître votre valeur, de reconnaître vos liens, d’être compatissant envers vous-même et de vous fixer des limites saines.

Vous êtes forts. Vous pouvez le faire.

Joyeuses Fêtes !

Traduit par courtoisie depuis The Mighty

abus sexuel

Pourquoi j’ai gardé le secret pendant 20 ans – 10 raisons pour lesquelles les enfants ne révèlent pas les agressions sexuelles

Publié 1 CommentairePublié dans dévoilement, silence, témoignage

J’étais une jeune adulte la première fois que j’ai dit à une figure d’autorité que j’avais subi des violences sexuelles. La réaction a été loin d’être idéale.
“Si votre enfance était si mauvaise, pourquoi avoir attendu jusqu’à maintenant pour en parler à quelqu’un ?”
L’assistante sociale qui m’a posé cette question manquait totalement de sensibilité et n’était pas particulièrement douée dans son travail. Néanmoins, elle avait raison. J’ai gardé le secret sur mes sévices sexuels pendant 20 ans. Les agresseurs sexuels comptent sur le secret avec leurs victimes. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les enfants ne parlent pas à quelqu’un de leur agression ?


Voici dix raisons, ainsi que des expériences de victimes, qui expliquent pourquoi les enfants gardent le secret.

Ils ne savaient pas qu’il s’agissait d’un acte de violence.
Un agresseur sexuel prend son temps pour se frayer un chemin dans la zone de confort d’un enfant. Souvent, il se trouve déjà dans la sphère de confiance. Il peut être, par exemple, un membre de la famille, un membre du clergé ou un enseignant.
Les violences débutent généralement par des gestes acceptables. “Les sévices que j’ai subis dans mon enfance ont commencés à l’heure des histoires, des petits frottements de dos et des câlins avec mon père. Qu’y a-t-il de plus innocent que cela ?” – Toni C.

Ils ne se souviennent pas des agressions.
L’une des réponses les plus courantes au traumatisme est de l’oublier. Ces souvenirs s’enfouissent jusqu’à ce qu’un événement extérieur déclenche le retour des souvenirs chez la victime.
Ce réveil des souvenirs peut se produire à tout moment dans la vie du survivant. Il se peut aussi qu’il ne se produise pas du tout.
“J’avais 17 ans lorsqu’un cauchemar a fait surgir le souvenir de l’agression sexuelle commise par une baby-sitter qui s’était occupée de moi quand j’avais 6 ans. – Toni C.

Ils pensent que l’agression est de leur faute
L’agresseur fait porter la responsabilité de l’acte à la victime. Le fait de blâmer la victime donne à l’agresseur non seulement le sentiment que ses actes sont justifiés, mais contribue aussi à la faire taire. Si un enfant a l’impression d’avoir participé à un acte répréhensible, il est peu probable qu’il le dise à qui que ce soit de peur d’être puni.
“Mon agresseur m’a dit qu’il voulait résister, mais que j’étais trop tentant. Je ne savais pas ce qu’était la tentation. Je pensais que j’avais fait quelque chose de mal et que c’était cela qui avait provoqué l’agression”. - Anonyme

Ils ont peur de parler à qui que ce soit de ces violences
Les agresseurs utilisent des tactiques de torpeur pour faire taire les enfants sur les violences sexuels. Ils peuvent menacer de blesser ou de tuer l’enfant, ou les personnes que l’enfant aime.
“Mon père me disait que si j’en parlais, il agresserait ma sœur. Je ne savais pas qu’il disait la même chose à ma sœur . – Anonyme

Ils ont honte des agressions

Les victimes de sévices sexuels ont honte de ces violences. Lorsqu’une victime ose en parler, on lui pose des questions difficiles et embarrassantes et on lui fait subir des examens physiques invasifs. Tout cela ne fait qu’ajouter au fardeau de la honte. “Quand j’avais 13 ans, ma mère m’a demandé avec désinvolture : “Tu te souviens de cette chose qui s’est passée avec ton père quand tu étais petite ? Est-ce que ça va ?” J’ai tout de suite su de quoi elle parlait, et ça m’a fait honte. J’ai rapidement dit que j’allais bien et j’ai changé de sujet. Elle ne m’a plus jamais demandé”. - Toni C.

Ils ne font confiance à personne avec leur secret
Même dans les cas où un enfant aimerait révéler son secret, il se peut qu’il n’ait personne à qui le confier en toute sécurité. Dans ce cas, le choix le plus sûr pour un enfant maltraité est de se taire.
“J’avais l’habitude de poser juste quelques mots avec quelqu’un en qui je pensais pouvoir avoir confiance. C’était ma façon de les tester. Ça n’a jamais bien tourné, alors je n’ai jamais révélé mon grand secret à personne.” - Toni C.

Ils ne veulent pas faire de mal à ceux qu’ils aiment
La plupart des agressions se produisent à proximité ou au sein du foyer. Pour qu’un adulte puisse se rapprocher d’un enfant, il faut qu’on lui fasse confiance. Cela signifie que l’enfant a vu une relation amicale, voire amoureuse, entre son agresseur et d’autres personnes de son entourage.
“J’ai voulu le dire dès que je me suis souvenu de l’agression sexuelle. Mais je ne pouvais pas me résoudre à briser ma famille comme ça”. - Jaz G.

Ils pensent qu’ils le méritent
La violence sexuelle est parfois utilisée comme forme de punition. Les enfants sont punis par des figures d’autorité qu’ils respectent. Si une personne qu’ils respectent leur dit qu’ils méritent cette punition, ils la croient.
“Je regardais les autres enfants heureux et me demandais ce que j’avais fait pour être si différent d’eux. Je pensais à toutes les mauvaises choses que j’avais faites et je me demandais si c’était la cause de ces agressions sexuelles”. – Toni C.

Ils n’ont pas la terminologie pour le dire
Les enfants ne savent généralement pas grand-chose de la sexualité. Il se peut qu’ils soient trop jeunes pour comprendre ce que c’est. Cela peut aussi être dû au fait qu’ils n’ont pas été éduqués à ce sujet. Même s’ils en connaissent quelque chose, ils peuvent ne pas se rendre compte que ce qu’ils vivent est sexuel. Il se peut aussi qu’ils n’aient pas le vocabulaire ou les notions nécessaires pour exprimer ses expériences.
“J’avais 4 ans lors de mon premier souvenir d’agression. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait. Je pensais que c’était juste une autre de ces choses bizarres que font les adultes”. – Toni C.

Ils pensent que personne ne les croira
J’ai gardé la raison la plus importante pour la fin. C’est une crainte que partagent la plupart des victimes. Souvent, leurs agresseurs sont des personnes qui ont la confiance et l’amour de tous ceux qui entourent l’enfant. L’agresseur dira souvent à l’enfant que personne ne le croira. La victime verra fort probablement d’autres victimes se manifester dans les médias ainsi que les réactions d’incrédulité qui s’ensuivent.
“J’ai essayé de dire à la mère de mon amie que son mari m’avait tripotée. Elle a dit qu’il m’avait accidentellement frôlé. Elle a refusé d’en entendre plus et m’a exclue de la vie de mon amie”. – Anonyme


Que pouvez-vous faire pour nous aider ?
Ce ne sont là que quelques-unes des raisons pour lesquelles les enfants peuvent ne pas en parler. L’important est de se rappeler que toutes ces raisons sont valables. L’agresseur est celui qui est en tort, pas la victime.
La meilleure chose que vous puissiez faire pour une victime d’agression sexuelle est d’être présent. Ne lui demandez pas pourquoi elle n’a rien dit. Écoutez-la simplement, et croyez-la.
Si je pouvais parler aujourd’hui à l’assistante sociale qui a mis ma parole en doute dans ma jeunesse, je lui dirais : “Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles je n’ai rien dit quand j’étais enfant et aucune d’entre elles n’a d’importance. Je le dis maintenant parce que mon histoire m’appartient. C’est à moi de choisir comment et quand la raconter”.

Traduction par courtoisie depuis Medium