inceste

Presque la moitié des agressions sexuelles sur mineurs sont commises par un parent

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La Fondation Anar informe que les agressions sexuelles sur enfants et adolescents ont quadruplé en 12 ans.

Le danger poursuit les mineurs au sein même de leur cercle de confiance. Près de la moitié des agressions sexuelles commises sur des enfants et adolescents sont perpétrées par un parent ; on retrouve plus fréquemment le père (23,3 %), le compagnon de la mère (5,4 %) et l’oncle (5,4 %). C’est ce que montre une étude présentée par la Fondation Anar (Aide aux enfants et aux adolescents en risque) basée sur les appels à l’aide reçus (900 202 010) et sur les consultations de chat pendant 11 ans. L’association avertit également de la hausse des agressions sexuelles sur mineurs dans les dernières années : 1 093 cas détectés en 2020, soit quatre fois plus qu’en 2008 (273).

Les agressions sexuelles ne sont pas toutes commises au sein du cercle familial cependant, dans ce cadre, le risque se multiplie. L’environnement supposé sécuritaire est celui même qui trahit de nombreux mineurs. Le profil de l’agresseur est majoritairement masculin, plus âgé, et proche de l’enfant. Diana Díaz, directrice du centre d’appels et du chat d’Anar – un outil web pour conseiller les mineurs ou leurs proches – affirme que les agresseurs profitent de la confiance des enfants. « Parfois, ils leur dissent qu’il s’agit d’un jeu qui doit rester secret, d’autres fois, ils les menacent », précise-t-elle. L’endroit où a lieu l’agression est familier. 49,7 % des cas d’agressions sont commis au domicile de la victime, 14,8 % chez des personnes de leur entourage et 13,2 % en milieu scolaire.

« Je me rappelle que mes parents sortaient et mon frère m’obligeait … Ça me dégoûtait et c’est arrivé plusieurs fois », Laura (son prénom a été modifié) a reconnu par téléphone, une fille de 12 ans qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait, elle n’était même pas capable d’exprimer la situation avec des mots. Il lui a fallu plusieurs appels à l’association afin de raconter ce qu’elle éprouvait. Dans de nombreux cas, la victime a besoin de plus d’un appel téléphonique. La fondation a examiné pour l’étude 89 808 appels enregistrés entre 2008 et 2019, et ceci a permis de détecter 6 183 cas.

Pour les mineurs, il est difficile de demander de l’aide. Cela fait partie du problème. La violence envers les enfants est invisibilisée. La Fondation a constaté que 40,9 % des enfants et adolescents qui demandent de l’aide gardent le silence pendant plus d’un an avant de raconter l’agression subie. Et ce, malgré le fait que plus de deux tiers des mineurs pris en charge subissent des agressions tous les jours. « Les mineurs souffrent d’abus pendant des périodes plus longues et plus répétées qu’auparavant », souligne D.Díaz.

La hausse de cas détectée par Anar est tout particulièrement visible depuis les six dernières années, période caractérisée par une augmentation de l’utilisation des appareils numériques comme instrument pour commettre ces agressions : le cyberharcèlement a augmenté de 36,7 % et le « sexting » ou les messages à contenu sexuel de 25 %. « Les plateformes numériques sont devenues un terrain d’action majeur pour les agresseurs qui y ont plus facilement accès aux mineurs », explique Díaz. Aussi, la fondation alerte face à la hausse des agressions en groupe, qui sont passées de 2,1 % en 2008 à 6,3 % en 2018. Díaz reconnaît qu’il reste encore beaucoup de travail à faire en matière de sensibilisation sociétale, car les violences sexuelles sont encore un sujet « tabou ».

Les victimes sont majoritairement des femmes (78,3 %), âgées pour la plupart de 13 à 18 ans. Les garçons représentent un cas sur cinq et pour la majorité ont moins de 12 ans (53,4 %). Díaz est spécialement inquiète pour les plus jeunes enfants. « Ils sont les plus vulnérables, ils ne comprennent pas ce qui se passe et ils sont dépendants de leur entourage familial auquel appartient fréquemment l’agresseur » explique-t-elle.

Carmen (son prénom a été modifié) n’avait que cinq ans quand elle a eu le courage de raconter à sa mère que son oncle l’agressait sexuellement. Elle avait honte de ce qu’elle avait subi et elle avait peur de la réaction de sa mère. C’est sa mère qui a appelé la fondation, bouleversée par le récit de sa fille. « Ne le dit à personne, s’il te plaît, ni à papa, ni à personne », lui avait demandé sa fille.

En 2018, 76,3 % des cas se sont fortement aggravés, avec des situations particulièrement menaçantes pour les enfants, ainsi que la répétition quotidienne. 95,3 % des cas requéraient une réponse urgente, une intervention immédiate, car l’agression avait eu lieu récemment. Malgré la gravité de la situation, beaucoup d’enfants font face à la situation seuls. Selon la fondation, dans un cas sur quatre, aucune mesure n’est prise. De plus, les victimes subissent des violences physiques et/ou des menaces dans 53,6 % des cas, notamment pour les adolescentes.

Seuls face à ces agressions, les enfants qui racontent leur expérience ne se sentent pas tous soutenus par leur entourage. Lorsque Carmen s’est confiée sur les agressions qu’elle subissait, ses grands-parents ont dit : « Ce sont des inventions d’enfants, la gamine est une petite menteuse ». Les personnes de confiance nient les faits dans 37,8 % des cas, elles justifient ou protègent l’agresseur dans 31,1 %, font preuve de négligence ou une absence de réaction dans 23,9 % et la victime est culpabilisée dans 7,2 % des cas. « Les agressions sexuelles sont un événement tellement aberrant qu’il est très difficile pour les familles de l’accepter, elles utilisent donc des mécanismes de défense mis en place pour maintenir une stabilité », explique Díaz. La fondation considère « alarmante » la réponse sociale reçue par les mineurs de moins de 12 ans, car ce sont eux qui font face plus fréquemment au déni et à la négligence. « Ils pensent que ce n’est pas grave et ne sont pas conscients qu’ils ne sont pas obligés de subir ces événements. », affirme Díaz.

Détecter ces formes de maltraitance reste un défi. 80,2 % des agressions ne laissent aucune marque ou blessure.

« Parfois, il n’y a pas des signes visibles et les enfants se sentent seuls face au problème », affirme Díaz. Par conséquent, pour 43,3% de victimes ayant l’intention de porter plainte, seulement 10,6% le font réellement. Parmi celles-ci, 18,2% sont classées sans suite à cause de l’insuffisance de preuves. Et cela, même si dans deux tiers des cas, il existe la possibilité que l’agression se répète. Díaz déplore l’absence de mesures prioritaires visant à placer les enfants et les adolescents. Elle souligne que le plus important est de leur apporter protection et sérénité. « Nous devons indiquer clairement au mineur que cela ne l’arrivera plus, que nous allons l’aider et que nous allons continuer à l’accompagner », souligne la directrice du chat d’Anar.

Traduction de courtoisie par Liliana Mejia Uribe depuis ElPais

reconstruction des victimes

Les voix d’adolescentes victimes d’inceste

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Les voix d’adolescentes victimes d’inceste : une étude qualitative sur les sentiments relatifs au traumatisme et à l’espoir de résilience

Points importants

  • L’inceste est l’un des problèmes les plus importants auquel la société et les enfants/adolescents doivent faire face. Nous savons que les victimes d’inceste ne sont pas des groupes homogènes, et lorsque nous avons essayé de mettre en lumière l’inceste, nous n’avons pas trouvé assez de témoignages de parcours personnels pour nous aider à comprendre la dynamique et la difficulté des expériences chez les adolescents et leurs familles. 
  • Nous avons identifié quatre thèmes clé : 1. La mémoire de l’agression : incapacité à comprendre/retard de signification de l’événement : Toutes les adolescentes ont donné des informations définitives quant au premier souvenir d’agression, et elles ont également exprimé avoir été incapable de comprendre ce qu’elles avaient vécu. Elles ont alors retardé la construction de signification ce qui a engendré des sentiments ambivalents à l’égard du premier événement.
  • 2. Tentatives de cessation/dysfonctionnement du mode d’adaptation causé par l’inceste : Les adolescentes ont raconté avoir menacé l’agresseur plusieurs fois durant les différents stades de l’inceste. Toutefois, elles ont également mentionné la solitude, l’insuffisance, et l’ambivalence qu’entraîne ce mode d’adaptation. Sur la question de demander de l’aide aux mères, elles ne leurs ont rien dit pendant très longtemps, et ont plutôt décidé d’y faire faces seules.

  • 3. Refus de contact visuel de la part de l’agresseur : Ce thème aborde la relation entre la victime d’inceste et l’agresseur. Nous avons constaté que les agresseurs évitaient tout contact social avec la victime (comme le contact visuel ou verbal) mais utilisent plutôt des comportements telles que la récompense, la punition ou la menace. Ce thème aborde la déshumanisation des femmes.
  • Le besoin de détruire les souvenirs heureux : ce thème présente une quantité limitée de données sur les expectatives des adolescentes concernant leur reconstruction et leur résilience face au traumatisme de l’inceste. Ce thème montre l’importance de développer un récit de vie cohérent, une réévaluation de l’expérience et la redéfinition de la relation avec l’agresseur, afin de surmonter l’inceste.
  •  Selon ces thèmes, les thérapeutes pourraient aborder la différenciation entre un fonctionnement familial dysfonctionnel et un fonctionnement familial sain, et devraient expliquer qu’il est normal qu’un enfant accuse un retard dans la construction de signification. Pour reconstruire le moi perdu de l’adolescent après une déshumanisation sémantique lors d’agressions : les thérapeutes devraient l’aider à contester les croyances irrationnelles de dévalorisation et à reprendre le contrôle de leurs corps.

Traduction de courtoisie par J.S depuis Psychiatric nursing

tspt et souvenirs traumatiques

Mémoires préverbales dans le SSPT complexe

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Guérir les traumatismes de l’enfance

Les événements traumatiques de la petite enfance comprennent les expériences de négligence, le sentiment de ne pas avoir eu votre place ou d’avoir été indésirable, ou de vous être senti constamment incompris. Vous avez peut-être grandi dans une famille où vos parents ont subi des traumatismes non résolus, ce qui a nui à leur capacité de répondre à vos besoins émotionnels. Ou, pour les situations plus extrêmes, vous avez peut-être été exposé à des agressions dangereuses. Le traumatisme chronique non résolu de l’enfance est appelé SSPT Complexe (SSPT – C).

Selon le psychologue et neuroscientifique, Dr. Allan Schore, nos premiers souvenirs préverbaux ne sont ni verbaux, ni stockés sous forme d’images. Au lieu de cela, ils existent en tant que schémas gestuels et sensations . Ce sont les fondations de nos premières relations représentées par la stimulation et l’émotion psychophysiologiques. Même lorsque l’enfant développe son langage, les souvenirs traumatiques sont souvent stockés de manière désorganisée. Si vous avez vécu un traumatisme pendant votre enfance, vous pouvez vous sentir accablé par une douleur physique et émotionnelle ou vous sentir hanté par des fragments de souvenirs troublants.

«Pour réussir à travailler avec les mémoires préverbales, il faut trouver un moyen d’accéder à l’expérience somatique liée à ces premiers échanges interpersonnels. Il est important de savoir que vous pouvez guérir du SSPT-C. Même si le chemin vers la guérison vous semble intimidant, rappelez-vous que tous les voyages commencent par un seul pas.’’
– Dr. Arielle Schwartz

Souvenirs préverbaux

Nos premiers souvenirs, appelés mémoires implicites, reposent sur des systèmes cérébraux limbiques qui sont fonctionnels dès la naissance et dominants pendant les deux à trois premières années de la vie. Selon le psychiatre et auteur, Dr. Daniel Stern, nos souvenirs préverbaux renferment des représentations de nos premières relations – celles avec notre mère, notre père et nos tuteurs. Le système de mémoire implicite est la base de ce que l’on appelle parfois les «souvenirs corporels».

Le rôle des personnes tutrices est de déterminer les besoins physiques et émotionnels du nourrisson grâce à un synchronisme empathique. Ce processus aide à renforcer le sentiment intérieur de soi du bébé.

Dr. Schore, a inventé le terme «régulateur psycho-biologique» reconnaissant qu’un tuteur assure le contrôle externe de la physiologie immature du nourrisson. Une telle régulation influence le tonus vagal. En d’autres termes, le système nerveux autonome de la mère «connecte» la physiologie du nourrisson impliquée dans les activités de régulation.

Les recherches du Dr.Ed Tronick auprès de mères souffrant de dépression ont indiqué qu’elles étaient plus susceptibles de mal interpréter les signaux de leurs enfants. Par exemple, si un bébé signale un besoin normal de se désengager, la mère déprimée peut se sentir rejetée, prendre une expression coléreuse, envahir les limites de l’enfant ou se dissocier. À ce stade, elle n’est plus disponible pour réguler les besoins du nourrisson. Afin de rester régulée, une mère doit être capable de reconnaître sa propre charge émotionnelle en s’accordant à ses sensations internes avec une réflexion sur soi. Elle utilise ce processus pour séparer sa propre histoire d’attachement précoce de celle présente avec son enfant. Elle pourrait se dire: «Ce sont des sentiments douloureux de mon passé, mais mon enfant ne me rejette pas. Je peux répondre à mes sentiments sans en rendre mon enfant responsable.» Dans cet exemple, la mère s’occupe de ses propres sentiments lui permettant de se comporter d’une manière qui aide à réguler la physiologie de l’enfant.

Les souvenirs implicites servent de fondement à un ressenti du sentiment de soi qui peut persister à l’âge adulte.

Souvenirs traumatiques

Le psychologue américain Arthur Janov suggère que le traumatisme à la naissance est considéré comme une empreinte dans le système nerveux du nouveau-né et persiste à l’âge adulte. Ces mémoires flash ou empreintes sont des souvenirs qui ont tendance à revenir très distinctement et qui sont encodés lorsque vous êtes dans un état de peur, quel que soit votre âge. Une poussée d’adrénaline semble intensifier le stockage en mémoire des événements précédant l’événement traumatique. Janov a souligné la valeur des thérapies somatiques parce que l’empreinte de ces souvenirs ne peuvent être accessibles qu’en travaillant avec les sentiments de ressentis du corps.

Il est important de noter qu’une grande partie des recherches sur les mémoires flashs suggèrent qu’elles ne sont pas fiables et représentent rarement une réitération exacte des évènements originels. C’est parce que notre système de mémoire est malléable. Lors de la récupération d’une mémoire préverbale, il n’y a souvent qu’un sentiment de ressenti ou sensation de l’expérience originelle avec peu de ses détails. De plus, les souvenirs traumatiques sont souvent fragmentés et désorganisés, compromettant un récit cohérent du passé. En tant qu’êtres humains, nous sommes des conteurs d’histoires et remplissons les éléments manquant de la mémoire – nous avons un besoin fondamental de développer un récit qui soit cohérent avec notre sentiment du soi actuel.

Il est tentant autant pour les clients que pour les thérapeutes de projeter un récit sur des souvenirs corporels somatiquement vécus. Par conséquent, les thérapeutes doivent rester conscients de leur pouvoir et de leur influence et éviter une surinterprétation suggestive de l’expérience du client.

Guérir un traumatisme préverbal

Afin de travailler de façon efficace avec des mémoires préverbales, vous devez accéder à l’expérience somatique. Les modalités telles que la thérapie somatique et la thérapie EMDR offrent des outils précieux pour la guérison du SSPT-C. Les mots peuvent parfois interférer avec le contact du corps. Par conséquent, il est important de se connecter aux sensations en construisant une tolérance pour la conscience somatique. En thérapie, un clinicien qualifié est témoin du langage corporel du client mais ne l’interprète pas à sa place. Vous travaillez avec votre sentiment ressenti de la mémoire en décrivant l’expérience telle qu’elle existe dans le moment présent. Surtout, il n’est pas nécessaire de connaître toute la vérité sur un souvenir traumatique préverbal pour trouver la résolution du traumatisme.

Étant donné que les traumatismes de la petite enfance surviennent le plus souvent dans une relation, les interventions thérapeutiques sont plus efficaces dans le contexte d’une relation sûre, digne de confiance et compatissante. Lorsque vous travaillez avec un traumatisme de développement précoce, votre thérapeute vous aide à apprendre de nouveaux modèles de régulation grâce à un processus interactif instantané de communications verbales et non verbales. En apprenant à vivre dans le présent au lieu du passé, vous pouvez augmenter votre capacité à pratiquer quotidiennement l’amour et la compassion de soi.

Il est important de savoir que vous pouvez guérir du SSPT-C. Même si le chemin vers la guérison peut sembler intimidant, rappelez-vous que tous les voyages commencent par un premier pas.

Traduction de courtoisie par Rebecca Zandvliet depuis le site Dr Arielle Schwartz

tspt et thérapies

Quand le trauma ne veut pas s’en aller : Comprendre le stress post-traumatique complexe

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Le diagnostic actuellement accepté pour l’expérience d’un événement traumatique unique de la vie est le stress post-traumatique (SSPT). Le diagnostic de stress post-traumatique repose sur le constat d’un psychiatre selon lequel la personne a vécu un événement traumatisant au cours duquel elle a été impliquée ou témoin d’événements avec menace de mort ou de blessures grave, ou lorsque l’intégrité physique personnelle ou celle d’autrui a été mise en danger (D’Andrea, Ford, Bradley, Spinazzola et Van der Kolk, 2012). Mais le traumatisme peut être plus compliqué que cela.

Une autre forme de stress post-traumatique, appelée à juste titre stress post-traumatique complexe, est abordée dans la recherche clinique. Herman (1992) définit le syndrome de stress post-traumatique complexe comme ” le résultat caractéristique d’une exposition à des occurrences répétées ou prolongées ou à des formes multiples de traumatisme interpersonnel, souvent dans des circonstances où l’on ne peut pas s’échapper en raison de contraintes physiques, psychologiques, familiales, environnementales, sociales ou d’âge “.

Quelles sont donc les situations dans lesquelles une personne est exposée à un traumatisme interpersonnel et quelles sont les conséquences à court et à long terme d’un tel traumatisme ? Felitti et ses collaborateurs (1998) décrivent plusieurs abus et dysfonctionnements domestiques de la part de parents ou autres adultes dans le foyer, et dans lesquels un traumatisme interpersonnel peut survenir. Il s’agit notamment de :

Abus

Abus psychologique : Insultes répétées, commentaires négatifs et injures envers la victime.

Violence physique : Lorsqu’un parent ou un autre adulte du foyer pousse, attrape, gifle ou frappe la victime à plusieurs reprises et laisse ainsi souvent des traces de coups.

Abus sexuel : Lorsqu’un parent ou un autre adulte de la famille touche, caresse ou saisit la victime de façon répétée et sexuelle. Lorsqu’un enfant est forcé à avoir des rapports sexuels avec un parent ou un adulte.

Dysfonctionnements du foyer

Toxicomanie : Lorsqu’un parent ou un autre adulte au foyer a un problème de drogue ou d’alcool.

Troubles de santé mentale : Lorsqu’un parent ou un autre adulte de la famille souffre de dépression ou d’un autre trouble mental grave.

Mère violemment maltraitée : Quand la mère est maltraitée physiquement, poussée, saisie et giflée à plusieurs reprises, et la victime en est témoin.

Comportement criminel : Lorsqu’une personne au foyer participe à une activité illégale ou est arrêtée et envoyée en prison.

Intimidation, négligence, trahison : Si une personne est intimidée, négligée ou trahie par un être cher, cela peut causer un traumatisme interpersonnel (D’Andrea, et al., 2012).

Lorsqu’une personne subit l’un ou l’autre des effets susmentionnés, il peut y avoir de nombreux effets néfastes. Les études montrent que les enfants qui sont exposés de façon répétée à ces abus peuvent souffrir de graves problèmes coexistants de régulation des émotions, de contrôle des impulsions, d’attention et de cognition, ainsi que de relations interpersonnelles et d’auto-attributions négatives (D’Andrea, et al., 2012).

L’une des études les plus citées à ce sujet a révélé que plus un enfant était exposé à ces abus, plus il était susceptible d’avoir de graves problèmes de santé à l’âge adulte. L’étude a révélé un lien étroit entre le nombre d’expositions indésirables chez les enfants et les affections suivantes : maladie cardiaque, cancer, bronchite chronique ou emphysème, antécédents d’hépatite ou d’ictère, fractures du squelette et autoévaluation négative de la santé (Felitti, et al., 1998).

De plus, les parents qui ont vécu un traumatisme et qui ne consultent pas un spécialiste peuvent, sans le savoir, extérioriser leur traumatisme et le transmettre à la personnalité en développement de leur enfant, un processus appelé transmission transgénérationnelle (Shulevitz, 2014).

En raison de l’impact que les traumatismes interpersonnels peuvent avoir sur la santé et le bien-être, il est crucial de chercher un traitement. Les traitements efficaces pour l’exposition aux traumatismes interpersonnels peuvent inclure :

La thérapie d’exposition prolongée : Ce traitement est soutenu par plus de 20 ans de recherche et est très efficace pour traiter le stress post-traumatique chronique et les symptômes associés. L’objectif de la thérapie d’exposition est de traiter les souvenirs et les déclencheurs traumatiques. Le thérapeute travaille avec la personne pour aborder ces éléments graduellement afin qu’une tolérance à la mémoire se construise avec le temps (Foa, Hernbree et Rothbaum, 2007).

La désensibilisation et le retraitement des mouvements oculaires : Aussi connu sous le nom d’EMDR, ce traitement est également soutenu par plus de 20 ans de recherche. En engageant le cerveau dans un double stimulus d’attention (DAS) et une stimulation de gauche à droite, le but de cette approche est de permettre à la personne d’accéder à la mémoire, de se rappeler des aspects spécifiques de la mémoire et de retraiter la mémoire pour qu’elle soit stockée sous une forme adaptative. Le thérapeute aide la personne à percevoir l’événement d’une manière différente – par exemple une source de force ou une chose qui a nécessité du courage pour survivre (Shapiro, 2001).

La thérapie cognitivo-comportementale : La TCC est une approche qui cible les pensées négatives automatiques et les croyances fondamentales du moi. Les personnes qui ont subi un traumatisme interpersonnel ont souvent des croyances et des attributions plus négatives à leur propre égard qui ne sont pas justes (D’Andrea, et al. 2012). À l’aide d’exercices comme l’enregistrement des pensées et des données, le thérapeute aide la personne à examiner ses pensées et à comprendre qu’elles ne sont peut-être pas équilibrées. En trouvant des preuves pour et contre ses pensées négatives, la personne est capable de créer des modèles de pensée alternatifs et plus équilibrés à son propre égard (Greenberger et Padesky, 1995).

Malgré les données démontrant que les traumatismes interpersonnels entraînent un stress post-traumatique complexe et ont des effets néfastes à court et à long terme sur la santé, le corps professionnel en santé mentale a encore du mal à établir un diagnostic qui lui permette de déceler cette exposition et ce trouble. Plusieurs groupes de travail ont été créés pour répondre au besoin d’un consensus sur la manière de diagnostiquer et de traiter les personnes touchées par un traumatisme interpersonnel. D’ici là, le stress post-traumatique complexe ne figurera pas dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM).

Si vous ou un être cher avez été exposé à l’un des abus mentionnés ci-dessus, sollicitez l’aide d’un professionnel de la santé mentale diplômé et expérimenté.

Traduit par courtoisie de  Good Therapy

mère pédocriminelle

Pourquoi il est si difficile de parler des mères auteurs de crimes pédosexuels

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Le tabou qui consiste à dénoncer La Mère nous fout en l’air. Les oncles et les pères sont les plus visés – pour de bonnes raisons, malheureusement, d’après les chiffres – mais il y a aussi des mères qui font du mal. Nous ne nous permettons tout simplement pas d’en parler.

La figure infaillible de la Mère est une question importante qu’il faut s’adresser, mais très difficile à aborder. Nous sommes imprégnés du langage des mères-patries et nous racontons des histoires de super-pouvoirs de la mère qui voit tout, celle qui peut vous voir vous faufiler dans la maison plongée dans l’obscurité après le couvre-feu, ou qui sait que vous avez pris un biscuit supplémentaire alors qu’elle est de l’autre côté de la maison, le dos tourné. C’est à elle que l’on dit de penser, à qui l’on doit intrinsèquement faire confiance selon la science et avec qui on est censé avoir le lien le plus profond. C’est d’elle que nous venons. Elle est notre foyer.

Parfois, cependant, ces attentes – je ne peux pas me résoudre à les appeler des valeurs alors qu’elles ne sont que des outils d’oppression hétéropatriarcale – s’effondrent devant ce que certaines de nos mères sont réellement en tant que personnes.

La disparité entre ce qu’on nous dit que nos mères sont pour nous et ce qu’elles peuvent être en réalité est un abîme qui peut nous scruter profondément, engloutissant nos cœurs et nos esprits avec la simple idée que nous sommes des monstres ingrats et pleurnichards qui n’aiment pas nos mères comme il se doit. Que nous sommes des personnages terribles qui ne savent pas faire face au mensonge que nous sommes censés vivre sans poser de questions. Que nous devrions toujours choisir d’aller de l’avant et de nous entendre.

Cela vous semble familier ?

Sois gentil. Soyez une brave fille/un brave garçon. Joue honnêtement. Les enfants doivent être vus et non entendus. Vous ne faites pas partie de ceux-là, mais vous êtes assez poli. Vous savez que votre mère vous aime.

Et si ce n’est pas le cas ?

Et si elle ne le peut pas ?

Lorsque j’ai suivi une thérapie intensive pour enfin affronter l’agresseur le plus insidieux de mon histoire, j’ai ressenti une immense honte par rapport aux événements que j’allais révéler. Il est vrai que j’avais été parfaitement formée à garder les secrets de famille, mais personne n’a semblé surpris lorsque j’ai déballé les agissements des figures familiales masculines – j’ai eu l’impression que l’attitude des thérapeutes était fondée sur une hypothèse qui était en elle-même hideuse à intégrer dans mon cheminement.

Cependant, quand j’ai été dû invoquer la Mère, quelque chose en moi a résisté. Et a résisté durement. Pendant des années, cela a freiné le processus jusqu’à ce que mon état mental ne puisse plus garder ces secrets ; la vérité devait sortir et, le plus souvent, elle se manifeste bien souvent par des douleurs chroniques et des maladies qui affectent votre vie.

J’ai dû appeler ma mère pour pouvoir aller de l’avant et, pour cela, je me suis sentie comme l’être humain le plus méprisable qui ait jamais vécu. Il existe de nombreux articles remplis d’études et de résultats sur le thème des violences et de la maltraitance des mères envers leurs enfants (il existe aujourd’hui de nombreux livres sur les conséquences pour les enfants d’avoir eu une mère alcoolique, narcissique, etc.) ; cette lecture concerne le moment où votre sainte Mère est présentée sous vos yeux incrédules – par sa communauté, par son église, par le reste de la famille, par la société – comme une personne qui ne pourrait jamais vous faire de mal.

Mais parfois, ce n’est tout simplement pas vrai. Nous devons en parler.

Il y a trop de stéréotypes autour du rôle des mères, en particulier des mères célibataires, qui ne véhiculent que de vils préjugés à l’égard des Mères auxquelles elles se réfèrent. Elles doivent “être parfaites”, être “fortes” et ainsi de suite – c’est vraiment la recette d’un désastre peu importe la manière dont vous la servez ; personne ne peut rivaliser avec ces idéaux que nous avons créés pour personnifier l’archétype de La Mère, et ne devraient pas avoir à le faire.

Les gens ne sont pas censés être en compétition avec une icône, et le vécu d’une personne n’est pas plus important que celui d’une autre. Les gens se démènent, surtout les femmes, et cela ne serait-il pas plus facile sans ajouter une barre impossible placée si haut que personne ne peut l’atteindre ? Pour éradiquer ce message d’échec constant qui inonde Nos Mères ? Cela ne crée pas les problèmes entre mères et enfants, mais cela n’aide pas non plus.

C’est peut-être ce système de prétendu culte du héros – où nous pouvons chanter des hymnes d’amour pour la patrie à travers le thème de La Mère, et dénoncer en parallèle, en tant que société, la paresse et l’inaptitude des mères – qui cloue le bec à la maltraitance et aux violences aux mains, aux actes et aux paroles de nos mères.

La Mère a une image plus grande que nature inscrite dans nos esprits depuis la naissance, une figure divine qui nous a littéralement fait naître dans son corps sacré. Nous défaire de cette conception lorsqu’elle nous a causé plus de mal que de bien est un travail énorme, mais nous devons prendre conscience que ce n’est pas parce que notre mère a créé la bouche avec laquelle nous devons dire notre vérité, aussi douloureux que soit le processus pour enfin commencer à avancer, qu’elle en est  la propriétaire.

Les vraies mères, comme tous les vrais parents, savent que nous espérons que nos enfants feront mieux que nous, qu’ils envisageront le monde d’une manière nouvelle que nous n’aurions jamais pu imaginer ; elles comprennent que les enfants sont leur espoir pour l’avenir.

La conception de La Mère est ce à quoi j’ai travaillé pendant des années ; le fait de réaliser que c’était la réalité dans laquelle je vivais m’a guidée vers un endroit où je pouvais chercher l’aide dont j’avais besoin. C’était l’ancienne définition de la folie que je jouais – je continuais à anticiper les réactions de ma mère en espérant qu’elles soient différentes, plus en accord avec le concept de La Mère, mais ce n’est jamais ce qu’elle a été ni ne sera jamais.

Ce fut brutal et cinglant de l’apprendre, de le voir pour ce que c’était, en toute honnêteté. Je continue à me sentir comme une enfant pervertie et sans mère, mais le fait de faire entendre ma vérité a été un commencement.

Traduction de courtoisie depuis The Mighty