Conséquences psychotraumatiques

L’évolution du traitement des traumatismes Bessel van der Kolk partage son espoir pour l’avenir dans ce domaine.

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La plupart des gens pensent que le traitement des traumatismes a commencé vers 1980, lorsque le diagnostic du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) a été inclus pour la première fois dans le DSM à la suite d’un mouvement chez les anciens combattants du Vietnam. Mais l’on pourrait remonter bien au-delà d’un siècle, aux travaux de Charcot et Pierre Janet à la Salpêtrière à Paris. En fait, Janet, en particulier, a formulé la plupart des problématiques pertinentes sur le traumatisme qui sont redécouvertes aujourd’hui, comme continuellement revivre son traumatisme, se dissocier, avoir du mal à intégrer ses nouvelles expériences et à continuer à vivre sa vie. Janet a surtout eu recours à l’hypnose auprès de patients atteints de traumatismes et hospitalisés pour les aider à mettre fin à cette expérience. Mais son travail a été largement éclipsé par celui de Sigmund Freud, en partie parce que reconnaître pleinement l’impact dévastateur du traumatisme est trop lourd à porter tant pour les professionnels en santé mentale que pour les politiques. Par exemple, Freud et son mentor, Joseph Breuer, ont écrit des études remarquables sur la nature des traumatismes dans les années 1890, mais ils les ont ensuite désavouées car suggérer l’existence de l’inceste dans les familles bourgeoises à Vienne était trop troublant pour leurs collègues.

Depuis, le trauma n’a cessé de passer de la reconnaissance du rôle dévastateur à long terme qu’il peut avoir dans la vie des gens à la clandestinité face à la résistance à cette idée. L’horreur de la guerre des tranchées a conduit à une large reconnaissance des symptômes du choc des obus pendant la Première Guerre mondiale, mais en 1917, l’état-major britannique a publié un édit interdisant aux militaires d’utiliser le terme de choc, car ils pensaient que cela minerait le moral des soldats. La même chose s’est produite après la Seconde Guerre mondiale, lorsque le monde a rapidement oublié le prix à payer pour envoyer de jeunes hommes (et maintenant des femmes) au combat. Pourtant, tous les symptômes dont les journaux parlent – les suicides, la toxicomanie, la violence familiale, les sans-abris et le chômage chronique – ont été bien documentés après chaque guerre dont on se souvient, dont la guerre civile américaine.

Toutefois, dans les années 1980, grâce au travail de nombreuses personnes comme Charles Figley, un Marins vétérinaire du Vietnam, qui a écrit un livre intitulé ”Trauma and Its Wake” et a lancé la Société Internationale pour l’Études du Stress Traumatique, la psychiatrie et la psychologie classiques ont porté un intérêt croissant au trauma. À cette époque, Judith Herman et moi avons commencé à étudier la relation entre le trouble de la personnalité limite, le comportement d’automutilation et les traumatismes et négligences vécus dans l’enfance de la part des personnes ayant autorité sur eux. Cependant, au début des années 1990, tout comme en 1902, 1917 et 1947, lorsque le mouvement de traumatologie a commencé à prendre de l’ampleur, il y a eu un contre-courant.

Cette fois-ci, c’est le mouvement du syndrome du faux souvenir qui a tenté de discréditer les témoignages d’abus que nos patients nous ont relatés, en les qualifiant de résultat de l’implantation systématique de faux souvenirs dans leur esprit par des thérapeutes. Une grande partie de ce mouvement a été encouragé par l’Église Catholique qui faisait face à d’innombrables accusations d’abus sexuels sur les enfants de la part de prêtres, mais aussi par des psychologues qui pouvaient bien gagner leur vie dans un cadre médico-légal en mettant en cause ces plaintes de victimes. Après que les actions en justice contre l’église aient été réglées, l’industrie du faux souvenir a disparu avec elle.

L’un des résultats de cette controverse fut que le domaine de la traumatologie se divisa en deux domaines de développement parallèles, le financement de la recherche étant essentiellement alloué aux militaires et aux anciens combattants. L’autre domaine de recherche – la violence et la négligence envers les enfants et les études sur les femmes – était sous-financé et donc incapable de réunir suffisamment d’études de qualité pour déterminer scientifiquement comment traiter au mieux cette population. Par conséquent, notre domaine est devenu celui des revendications passionnées, mais avec peu de preuves scientifiques tangibles.

Néanmoins, certaines évolutions clés (ou, plus précisément, dans la plupart des cas, des redécouvertes) ont fait progresser le traitement des traumatismes. L’une d’entre elles a été la conscience du rôle que joue la dissociation à la suite d’un traumatisme et de la façon dont, sous des formes diverses, le traitement doit aborder les structures personnelles qui peuvent se faire concurrence ou se compléter lorsqu’on est en état post-traumatique. Une autre avancée majeure a été l’émergence de l’EMDR dans les années 1990, la première approche qui a montré que nous n’avions pas besoin de nous servir de médicaments ou des thérapies traditionnelles pour que les victimes puissent laisser leurs souvenirs derrière elles. De même, la psychothérapie corporelle a constaté que ” le corps garde les séquelles” en matière de traumatismes et a redynamisé les approches somatiques, tels que la méthode Hakomi et la psychothérapie sensorimotrice pour aider les victimes à sortir du schéma combat / fuite / blocage.

Grâce au Neurofeedback, nous explorons la capacité de reconfigurer des cerveaux enfermés dans l’immobilisme et la terreur, et nos premières études publiées sur ce processus montrent comment les enfants et adultes traumatisés peuvent apprendre à changer la façon dont leur cerveau se régule. Nous avons redécouvert que le vrai changement s’opère mieux lorsque l’esprit est ouvert. La pleine conscience permet aux gens de devenir attentifs à leur corps et peut leur permettre de se sentir en sécurité. En fait, notre recherche financée par le NIMH montre que le yoga semble plus efficace que tout autre médicament pour traiter le SSPT.

Être capable d’être conscient est une condition préalable nécessaire au changement. Les hypnothérapeutes savent depuis longtemps que le fait de mettre les gens en état de transe peut faciliter l’intégration du traumatisme dans leur conscience globale. Plus récemment, les Systèmes Familiaux Internes et les approches qui utilisent des psychotropes comme la MDMA ont démontré comment amener les gens dans des états de conscience altérés où ils peuvent réellement s’observer et développer un sens d’auto-compassion qui leur permet d’intégrer leur moi dissocié du passé dans un état de calme mental dans le présent.

Pendant tout ce temps, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) a recueilli le plus de soutien à la recherche, même si nous savons que toute la partie cognitive du cerveau s’arrête lorsque les gens sont traumatisés, ce qui déclenche sa partie primitive de survie. Donc, utiliser la TCC avec le traumatisme, c’est comme dire à quelqu’un qui a une jambe amputée de se mettre à la course. Cela peut certainement donner aux gens un sens de la perspective sur leurs options d’adaptation lorsqu’ils sont dans un bon état d’esprit, mais cela a une valeur limitée en cas de traumatisme grave.

L’approche TCC la plus couramment utilisée pour traiter les traumatismes est la thérapie d’exposition, qui suppose que la désensibilisation d’une personne aux déclencheurs antérieurs est la meilleure façon de l’aider à être moins affectée par ses souvenirs. Le problème, c’est que la désensibilisation mène à un manque global de sentiments et d’engagement, donc quand vous êtes désensibilisé par votre traumatisme, vous êtes aussi désensibilisé à la joie, au plaisir, à l’engagement et à tout le reste. Désensibiliser les gens ne devrait pas être le but du traitement : nous devrions plutôt les aider à réaliser que oui, cela m’est arrivé il y a des années, mais pas aujourd’hui ; aujourd’hui est un jour différent et je ne suis plus la personne que j’étais à ce moment-là. Ce type d’intégration implique un réseau neuronal différent du réseau neuronal de désensibilisation.

Mon espoir pour le traitement des traumatismes, c’est que nous apprenions à aider les gens à mettre leur imagination au service de leurs possibles. Par exemple, je participe à plusieurs programmes de théâtre pour les enfants à risque élevé, afin qu’ils puissent faire l’expérience de ce que cela fait d’être une autre personne. Ils ont l’occasion de dire : ” Oh, c’est ça que ressent un puissant Général “, plutôt que ” Personne ne m’aime, tout le monde me déteste, on va me faire du mal “.

Je pense que le théâtre et les nouvelles techniques, comme le Neurofeedback, peuvent jouer un rôle important pour calmer le cerveau et l’aider à devenir organisé et plus en contact avec le corps. Dans notre culture, nous dépendons trop souvent de l’alcool et de la drogue pour nous sentir mieux. La contribution la plus importante que le monde de la thérapie, y compris la traumatologie, peut apporter au plus grand nombre est de donner aux gens un meilleur accès à leur système inné d’autorégulation – la façon dont ils se déplacent, respirent, chantent, interagissent avec les autres – pour leur faire découvrir leurs ressources d’auto-régulation de manière différente, notamment lorsque leur existence se complique.

Source : Psychotherapy Networker

Dissociation

L’EMDR dans l’évolution de la prise en charge du TSPT

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Psychothérapie de la dissociation par les Stimulations Bilatérales Alternées Auditives – FlorentViard

Les Stimulations Bilatérales Alternées (SBA) sont des techniques portant sur les modalités visuelles, tactiles ou auditives utilisées dans la psychothérapie EMDR « Eyes Movement Desensitization And Reprocessing ». Les recherches isolant les SBA portent souvent sur la modalité visuelle et relatent son effet sur la perturbation subjective à partir de la diminution de l’activité végétative observée. Or certains TSPT ne présentent pas d’activité végétative marquée, ceci corrélativement à la présence de dissociation (Choi et al., 2017; Sack, Cillien, & Hopper, 2012; Briere, Weathers, & Runtz, 2005) Aussi, peu d’études sont consacrées aux SBA auditives sauf pour signaler leur effet moindre comparativement aux autres modalités (Van Den Hout et al, 2012). Par ailleurs, le lien entre les SBA auditives et la dissociation n’a jamais fait l’objet de publication.

Source : HAL

EMDR

État de stress post-traumatique : quel arsenal thérapeutique ?

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L’exposition à des événements générateurs de stress intense peut entraîner chez certains individus un état pathologique dont l’état de stress post-traumatique (ESPT) ou post-traumatic stress disorder – PTSD . L’ESPT associe des symptômes centraux de reviviscences (flash backs, réveils nocturnes, cauchemars…), d’évitement, d’irritabilité et d’hypervigilance et des symptômes périphériques (tachycardie, hypertension artérielle, etc.). Il peut s’accompagner de comorbidités : dépressions, troubles anxieux, comportements addictifs, insomnies, difficultés relationnelles…

par Cécile Menu.

On a beaucoup parlé de l’ESPT à la suite des attentats, cependant nombre de situations de la vie peuvent en être à l’origine : maltraitance, inceste, viols, violences conjugales, accidents, situations de combats, séjours en réanimation, catastrophe naturelle, tortures, harcèlement professionnel… Il peut s’agir de chocs vécus durant la petite enfance ou lors de la vie d’adulte, les troubles pouvant se manifester à retardement. Toutefois, des événements traumatiques n’engendrent pas systématiquement un état de stress post-traumatique et certaines personnes sont plus à risque que d’autres.

Définition du stress post-traumatique selon la classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé (F43)
« Ce trouble constitue une réponse différée ou prolongée à une situation ou à un événement stressant (de courte ou de longue durée), exceptionnellement menaçant ou catastrophique et qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus. Des facteurs prédisposant, tels que certains traits de personnalité (par exemple compulsive, asthénique) ou des antécédents de type névrotique, peuvent favoriser la survenue du syndrome ou aggraver son évolution ; ces facteurs ne sont pas toutefois nécessaires ou suffisants pour expliquer la survenue du syndrome… Dans certains cas, le trouble peut présenter une évolution chronique, durer de nombreuses années et entraîner une modification durable de la personnalité »

Quelques chiffres

Aux États-Unis, on estime que ce syndrome touche 6,8 % de la population générale. 30 % des vétérans de la guerre du Vietnam en sont atteints et 12 % des vétérans de la guerre du Golfe (source National Center for PTSD). En population générale, la prévalence sur une vie entière du stress post-traumatique a été estimée à 5-6 % chez les hommes et 10-14 % chez les femmes aux USA tandis qu’elle était estimée à 1 à 3 % en Europe. La prévalence peut devenir très importante au sein des populations témoins d’événements catastrophiques et peut concerner 25 à 75 % des victimes directes  au cours de l’année qui suit l’événement et 5 à 40 % des membres des équipes de secours intervenus sur l’événement. 70 % des Américains vivent des chocs traumatiques et 20 % d’entre eux sont susceptibles de développer un ESPT % d’entre eux sont susceptibles de développer un ESPT.

Hypothèse neurophysiologique

Comme le rappelait le neuro-psychiatre Boris Cyrulnyk, lors d’une conférence donnée à l’université de Nantes en 2017, il faut distinguer le trauma qui est le « coup » et le traumatisme, la représentation du « coup ». Le traumatisme peut faire parfois plus mal que le coup. Cette deuxième forme de souffrance altère la mémoire. Notre mémoire saine normalement évolutive, se fixe alors après un stress post-traumatique. « Nous devenons prisonniers de notre passé »
Ainsi, lorsqu’un souvenir persiste dans le temps et reste stable, on parle de consolidation mnésique. Lors d’un stress traumatique, la sécrétion d’hormone du stress, la noradrénaline alors stimulée, participerait à consolider le souvenir traumatisant à valence émotionnelle négative. Elle se traduit par des boucles anxieuses ou intrusions traumatiques. Les liens entre le système hippocampique (en charge du stockage de la mémoire), la structure amygdalienne (en charge du ressenti de nos émotions), et le cortex préfrontal (analyse du contexte environnemental) joueraient un rôle clé dans le phénomène de stress post-traumatique. Ce processus participerait à la modification architecturale du réseau neuro cortical et contribuerait à maintenir le souvenir vivace. On le retrouve dans des situations de peurs et de phobies.

Pour en savoir plus
Extraits de conférences Boris Cyrulnyk https://webtv.univ-nantes.fr/fiche/2639/boris-cyrulnik-la-memoire-traumatique ; Pr Bruno Millet Stress post traumatique, nouvelles méthode thérapeutiques  https://www.youtube.com/watch?v=KCOAyuuMzUM) ; F. Canini, M. Trousselard, Y. Andruetan. Mécanismes neurobiologiques des états de stress. 2011

Quels traitements sont utilisés ?

Evènement unique et inattendu, prolongé ou répété, il importe que le sujet soit traité d’autant que, plus l’épisode traumatique est ancien, plus il est difficile à faire disparaître. Le patient doit « trouver des ressources pour garder confiance en l’être humain » comme le déclare Christophe André.
A ce jour, plusieurs types de traitements, pharmacologiques et non-pharmacologiques, sont utilisés.

Il n’est jamais trop tard pour traiter un ESPT
Il n’est jamais trop tard pour traiter un ESPT, c’est ce que constate l’US department of veterans affairs. En effet, 53% des personnes ayant reçu un traitement psychothérapique centré sur le trauma ne présenteraient plus de ESPT après 3 mois de traitement contre 42% ayant suivi un traitement médicamenteux et seulement 9% pour des personnes non traitées. Les traitements psychothérapiques concernés étaient les Thérapies Comportementales, Cognitives et Emotionnelles (TCC) dont la technique d’exposition prolongée, l’EMDR et les traitements médicamenteux (Sertraline, Paroxetine, Fluoxetine, Venlafaxine)  (US department of veterans affairs) https://www.ptsd.va.gov/publications/print/PTSD_Best_Treatment.pdf)


Les traitements non-pharmacologiques centrés sur le trauma

    – Les thérapies cognitives et comportementales (TCC)

Trois composantes interviennent en TCC, les composantes d’ordre comportemental, cognitif et émotionnel. Les TTC tendent à modifier les comportements et les émotions et pensées qui leur sont associées. (https://tcc.apprendre-la-psychologie.fr/que-sont-les-tcc-ou-tcce.html)
Parmi elles, la technique d’exposition prolongée a fait ses preuves notamment chez les vétérans américains. Cette technique consiste à s’exposer selon certaines règles aux stimuli anxiogènes ou phobogènes pour diminuer la réponse anxieuse qui en résulte. L’exposition peut être imaginaire ou réelle.

    – Le Eye Movement Desensitization and Retroprocessing : EMDR

L’EMDR ou technique de désensibilisation et retraitement par mouvements oculaires, développée par la psychologue californienne Francine Shapiro, est une pratique récente (1987). Elle utilise une stimulation sensorielle bi-alternée (droite-gauche). La mémoire redevient plus mobile avec des nouvelles associations, pensées, sensations et émotions permettant aux patients, libérés de ses symptômes, d’utiliser une mémoire actualisée donc à nouveau fonctionnelle face aux aléas de la vie. Cette thérapie brève est une approche intégrative faisant intervenir de nombreux éléments issus de diverses approches psychothérapiques comme les TCC, l’hypnose Ericksonnienne, le courant psychodynamique, les approches psychocorporelles. Comme pour les TCC, c’est une technique préconisée par l’OMS dans la prise en charge des ESPT. Les formations initiales et continues sont contrôlées et homogénéisées au niveau national et européen pour obtenir le titre de « Praticien EMDR Europe » (ou sa réaccréditation).


    – L’hypnose Ericksonienne

La transe hypnotique, induite par une parole bienveillante et des suggestions activatrices de changement, permet aux patients de retrouver ses ressources d’adaptation, de se confronter de façon progressive à la mémoire traumatique pour la transformer en une mémoire sans charge émotionnelle leur permettant de reprendre le cours de leur vie de façon plus libre.  « Quand quelqu’un a exprimé sa souffrance, il est absolument nécessaire d’arrêter ce récit et de se demander comment on peut changer »  rappelait François Roustang, philosophe, hypnothérapeute et « dissident » de la psychanalyse: « faire raconter l’histoire encore plus en détail de telle sorte que la personne en soit fatiguée, de telle sorte que la narration devienne absurde. Il s’agit d’éteindre la parole, comme il s’agit d’éteindre les émotions,  les sentiments … pour revenir à un silence où quelque chose peut se passer. On sort de la répétition en renvoyant la personne à la multitude des possibilités qui sont en elle… »

Extraits de Être psy – François Roustang 1983 et 2008

Les traitements pharmacologiques

Dans le rapport de la Haute autorité de santé HAS – ALD n°23 « Troubles anxieux graves », les traitements recommandés pour l’ESPT sont les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine 2 (ISRS2) comme la paroxétine et la sertraline, et les hypnotiques dans le cas de troubles du sommeil importants, en traitement de courte durée, inférieur à 4 semaines, sevrage progressif compris.

La Méthode Brunet™ ou le blocage de la reconsolidation mnésique, une nouvelle piste ?

Le professeur Alain Brunet et son équipe ont mis en place un protocole pour bloquer la reconsolidation mnésique à l’aide du propanolol. Il a mis en évidence qu’il était possible, à chaque fois que le patient se remémorait un événement traumatisant, de moduler le souvenir, de l’exacerber en exagérant la description de l’évènement, et d’atténuer la charge émotionnelle grâce à cette molécule (5). Six séances de blocage de la reconsolidation mnésique sont organisées, un bêta bloquant est délivré au patient une heure avant le rendez-vous. Puis il est demandé au patient de se remémorer l’évènement traumatique et de le retranscrire par écrit. Enfin, il expose ce récit à haute voix devant le médecin. Le patient est revu toutes les semaines et suit ce même protocole. Cette technique serait peut-être aussi efficace que les techniques comportementales et l’EMDR.

Enfin d’autres études sont en cours sur le rôle de la kétamine qui participerait à la restauration de la connexion synaptique. 

Source et complément d’article : M-Soigner

Addiction

Traumatisée, Marie a développé 50 personnalités

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Marie, 34 ans, est une survivante. Victime d’inceste enfant et d’un viol en réunion adolescente, elle a développé des troubles dissociatifs de l’identité qui l’ont conduite au bord du précipice. Jusqu’à sa rencontre avec une psychologue plus ouverte que les autres…

Traumatisée, Marie a développé 50 personnalités : sa psy raconte [TEMOIGNAGE]
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Quand Marie entre dans le bureau d’Emmanuelle Vaux-Lacroix, psychologue clinicienne et praticienne EMDR en 2013, elle est en grande souffrance et c’est un véritable appel à l’aide qu’elle lance.
Quand Marie arrive en fauteuil roulant (elle souffre d’une paralysie fonctionnelle), Emmanuelle est étonnée de la découvrir très différente de la comptable qu’elle imaginait. “Je  rencontre une jeune femme de 28 ans habillée tout en noir, en surpoids et assez négligée. Elle n’a pas de manteau alors qu’il fait très froid.
Marie souhaite consulter Emmanuelle Vaux-Lacroix car elle a subi des viols en réunion au collège de 11 à 13 ans qui ont été classés sans suite et depuis elle fait des cauchemars, a des intrusions et souffre d’une addiction à l’alcool. Elle voit une psychologue, psychothérapeute depuis deux ans et a une bonne alliance thérapeutique avec elle. Grâce à leur travail, elle a amélioré ses relations avec sa compagne, mais le traumatisme reste très présent.
A tel point que Marie a l’impression d’être folle. Elle perd pied, pense à la mort et envisage de prendre sa voiture adaptée à son handicap pour en finir. Cette rencontre avec Emmanuelle Vaux-Lacroix est donc celle de la dernière chance. 

La séance se déroule normalement jusqu’à un moment précis. Je travaille dans un cabinet mal insonorisé et j’entends ma collègue dans le bureau qui jouxte le mien qui dit au revoir à son patient. Immédiatement le comportement de Marie change ainsi que sa voix : elle me dit qu’ils arrivent, que ses agresseurs se rapprochent, et qu’il faut fuir. Je note alors immédiatement sur mon carnet, TDI ? “

“Soudain la voix de Marie change”

Identifiés aux Etats-Unis mais relativement méconnus en France, les troubles dissociatifs de l’identité ont été décrits par Onno Van der Hart, Nijenhuis et Kathy Steele Van der Hart. Ils se développent dans la petite enfance chez des personnes qui ont subi des traumatismes chroniques, sévères ou précoces. Il s’agit de formes de maltraitances, d’agressions, de négligences qui se traduisent souvent par des violences physiques et/ou sexuelles.
Une personne qui souffre de TDI développe des parties de l’identité pour protéger le soi des souvenirs traumatiques“, raconte Emmanuelle Vaux-Lacroix. 

Ces parties sont soit des Parties apparemment normales (PAN) soit des parties émotionnelles (PE). Les parties apparemment normales (PAN) sont orientées vers la survie de l’espèce et se caractérisent par un évitement phobique des souvenirs traumatiques. Elles sont relativement difficiles à identifier car elles prennent une apparence normale. Les PAN gèrent la vie quotidienne. Elles sont identiques au soi qui est le lieu d’intégration et d’apprentissage du sujet. 
Au début de notre rencontre, Marie en avait 4 ou 5 parmi lesquelles l’autre, ” celle qui bosse “, raconte Emmanuelle Vaux-Lacroix.

Elles prennent souvent le pouvoir pour me faire passer pour quelqu’un de normal. Quand je rencontre Emmanuelle, je ne comprends pas ce qui m’arrive, Emmanuelle me parle de parties mais je ne sais pas très bien comment me comporter. Je ne veux pas parler avec elles ce qui aggrave ma situation à l’époque“, confie Marie. 

Les parties émotionnelles ou PE sont orientées vers la survie individuelle et portent les expériences traumatiques.Elles sont “coincées ” au temps du traumatisme. Au début de la thérapie de Marie, 2 ou 3 se sont manifestées puis une quarantaine par la suite.
“Ces PE protègent la personne du souvenir du traumatisme. C’est un processus psychophysiologique, une solution de survie car l’agression est insupportable et ne peut pas être digérée psychiquement.
Pour gérer ce traumatisme se créent des parties : l’une peut être gardienne du secret, d’autres peuvent être bloquées dans des systèmes d’action de survie.
Des parties sont dans la fuite, d’autres dans l’agression, dans la peur ou dans la sidération. Certaines parties imitent l’agresseur et d’autres sont bloquées au temps du traumatisme ce qui explique pourquoi les personnes qui ont des TDI ont des amnésies dissociatives. Elles ne se souviennent pas ce qui leur est arrivé
 , raconte Emmanuelle Vaux-Lacroix.

De lourds traumatismes

Caractérisés par des éclatements de la personnalité, les TDI sont souvent confondus avec la schizophrénie. Or les schizophrènes entendent des voix qui viennent de l’extérieur alors que les personnes qui souffrent de TDI adoptent différentes personnalités et donc plusieurs parties. Ce que nous savons aujourd’hui c’est que les psychotropes ne fonctionnent pas sur les TDI alors qu’ils sont plutôt efficaces pour les patients souffrant de schizophrénie” raconte Emmanuelle Vaux-Lacroix.
Au fur et à mesure des séances, Emmanuelle Vaux-Lacroix comprend que ce ne sont pas les viols subis à l’adolescence qui sont à l’origine du traumatisme mais un autre événement inqualifiable subi par Marie à l’âge de 2 ans et demi : l’inceste paternel.

Dès que le secret est levé concernant ce premier traumatisme, Marie parvient au bout de 20 mois à remarcher après avoir fait de la rééducation. Elle n’a plus lieu de “paralyser” ce corps qui l’a fait tant souffrir et qui avait cessé de se manifester quand son père lui a dit que les viols dont elle avait été victime avaient été classés sans suite sous entendant que l’inceste qu’il lui avait fait subir resterait à jamais impuni.

La première fois que j’ai fait trois pas avec un déambulateur, je me suis sentie invincible. J’ai demandé à ma compagne de venir au centre de rééducation afin de constater ce que j’étais capable de faire. J’étais tellement fière“, raconte Marie.

Progressivement, Emmanuelle Vaux-Lacroix va entrer en contact avec les différentes parties de Marie afin de gagner leur confiance, pour ensuite les ” présenter ” à la jeune femme et l’aider à vivre avec. 

“Marie n’avait pas 3 ou 4 personnalités comme je l’imaginais au départ, mais une cinquantaine”

Je ne savais pas à ce moment-là que j’allais m’engager dans un très long chemin et qu’il n’y avait pas 3 ou 4 parties comme je l’imaginais au départ mais une cinquantaine qui se présenteraient à moi au fur et à mesure du dévoilement de son histoire”, raconte Emmanuelle qui découvre deux ans plus tard que Marie a aussi été victime d’agressions sexuelles dans le cadre d’un réseau pédocriminel. La même année, c’est l’inceste maternel qui est dévoilé.
Etant donnée la complexité de son histoire et de sa symptomatologie, Marie est extraordinairement résiliente et a beaucoup de ressources car elle travaille normalement. 
Elle est ce qu’on appelle une personne à haut potentiel. Une grande partie des personnes souffrant de TDI ont un QI supérieur à la moyenne tout simplement parce qu’il faut une vraie capacité d’élaboration.
C’est un système interne qui est d’une complexité extrême”,
 raconte Emmanuelle Vaux-Lacroix qui pendant des années va développer ses connaissances et sa pratique grâce à Marie.

Quand je la rencontre je ne maitrise pas l’EMDR aussi bien qu’aujourd’hui mais j’ai la chance d’avoir une culture américaine. La question sur l’existence des TDI ne se pose donc pas. A l’âge de 15 ans j’ai lu Sybil (ouvrage sur une femme qui a 16 parties) et pour moi c’est une réalité. J’apprends au fur et à mesure au contact de Marie : je n’ai pas conscience de la complexité de son cas tout de suite et heureusement car je n’aurais peut-être pas accepté de la suivre par peur de ne pas être assez compétente. J’ai beaucoup appris avec elle“.

Un sentiment partagé par Marie qui confie : “Emmanuelle m’a sauvé la vie au sens propre comme au sens figuré. Elle a fait de la psycho éducation pour m’apprendre à avoir une vie quasi normale. Elle a été une psy qui a été capable de sortir de son cadre pour me montrer que j’étais importante. Elle s’est formée pour m’apprendre encore plus sur moi et sur nous“.

“Marie a beaucoup moins de comportements à risques car elle est beaucoup moins dissociée”

Aujourd’hui, au bout de 6 ans de thérapie, Marie va beaucoup mieux .”Quand j’ai rencontré Marie son soi était présent 5 minutes par jour uniquement. Aujourd’hui il est présent entre 5 et 10 heures par jour avec des phases de crise quand des événements surviennent”
Aujourd’hui elle n’a plus que 2 PAN et une vingtaine de PE.  Les parties ont commencé par fusionner entre elles : par exemple la dizaine de parties adolescentes est devenue une quand la problématique autour du collège a été traitée et que le traumatisme a été en EMDR désensibilisé et retraité . 
Ces parties ont alors intégré le soi et sont devenues une partie de Marie comme nous avons chacun une partie adolescente alors que chez elle cette partie était dissociée
“.

Marie n’a plus d’addictions. Beaucoup plus intégrée qu’avant, elle marche, parvient à parler de sa pathologie à certains membres de sa famille et à ses amis et elle forme des professionnels à ce sujet.

Elle s’est mariée, elle a changé de poste et elle accepte des responsabilités. Elle a beaucoup moins de comportements à risques car elle est beaucoup moins dissociée. 

Contrairement aux schizophrènes, les personnes souffrant de TDI peuvent-elles guérir ? “En théorie, oui “, explique Emmanuelle Vaux-Lacroix.

Je pense qu’on peut arriver à une désensibilisation et à un retraitement de tous les traumatismes.  Petit à petit, toutes les parties de Marie devraient être intégrées même si elle est ambivalente par rapport à cette question.
Ses parties tiennent compagnie à Marie et lui permettent de ne pas toujours affronter la réalité. Le rêve de Marie ? Appeler ses différentes parties quand elle en a envie sans qu’elles deviennent des états du moi.  C’est ce que font
 ceux d’entre nous qui n’ont pas souffert d’un traumatisme”, conclut Emmanuelle Vaux-Lacroix.

Qu’est-ce que l’EMDR ?

Créée à la fin des années 80 aux Etats-Unis, la thérapie EMDR  est devenue l’un des modes de traitement psychothérapeutique de l’État de Trouble Post-Traumatique. Il s’agit de l’acronyme d’Eye-Movement Desensitization and Reprocessing en anglais ou Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires.
L’EMDR repose  sur la sollicitation sensorielle des deux côtés du corps, soit grâce au mouvement des yeux soit grâce à des stimulations auditives ou cutanées afin de retraiter et de désensibiliser des souvenirs traumatiques.


Violaine Chatal
Mis à jour le 16/07/19 10:50

Source : Femmes Société

EMDR

Traumatisme : pourquoi les images restent… ou pas

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mémoire traumatique
Traumatisme : pourquoi les images restent… ou pas

Après un traumatisme, certains “flashs” peuvent resurgir de manière imprévisible et douloureuse. D’où vient ce phénomène, et peut-on le soigner ? Les explications du neurologue Lionel Naccache.

Par Hélène Fresnel – Mis à jour le 7 Février 2018 à 13:05

Psychologies : Pourquoi certaines images choquantes reviennent-elles nous hanter ?

Lionel Naccache : Ce sont des déformations d’un mécanisme biologique utilisé pour constituer notre mémoire. Nous avons tendance à retenir les choses qui nous marquent émotionnellement. Associer des informations à des états intenses, positifs ou négatifs, donne des avantages en termes de survie. Mémoriser quelque chose qui nous a fait peur, une menace, nous permet de fuir rapidement quand elle réapparaît. Les moments qui correspondent à des cataclysmes personnels appartiennent à ce type de souvenirs. Leur intensité leur donne une valeur traumatique.

Comment expliquer que ces « flashs » traumatiques se manifestent visuellement ?

Lionel Naccache : Parce que la vue est le sens le plus présent dans notre cerveau. Une place très importante de notre cortex est consacrée à l’analyse des images. L’homme est un animal visuel. Les autres sens n’occupent pas autant de surface – un souvenir s’exprime rarement de manière auditive, d’ailleurs, même si des sons peuvent le susciter. Dans le cas des souvenirs « normaux », nous n’avons pas seulement accès à une image qui se plante devant nous. Nous sommes aussi capables de jouer mentalement avec la scène que nous avons vécue : nous la manions, tournons autour, la rapprochons ou l’éloignons. Dans le cas du souvenir traumatique, cette capacité de jeu disparaît. Du fait de son intensité, il échappe à la représentation et devient beaucoup plus sensoriel qu’abstrait. C’est pourquoi il s’impose sans que nous puissions le tenir à distance.

Il arrive aussi que le mouvement inverse se produise et que le traumatisme provoque un oubli…

Lionel Naccache : Quand nous vivons quelque chose d’extraordinaire, le risque est soit de basculer dans une image figée dont on ne peut plus sortir, une sorte de mythe de Sisyphe qui revient indéfiniment, soit de voir le déploiement d’un système de protection cérébrale qui efface tout pour se débarrasser du traumatisme. Cela peut aller jusqu’à nous faire oublier notre identité. Dans les cas de gros traumatisme, les victimes d’amnésie ne savent plus qui elles sont et ont perdu toute mémoire autobiographique.

Comment soigne-t-on ces différents phénomènes ?

Lionel Naccache : Deux approches peuvent être mises en œuvre. La verbalisation, qui repose sur l’hypothèse que plus on parvient à parler, plus il sera possible de faire réapparaître ce qui s’est produit, de l’insérer dans le langage, de le modeler et d’entrer dans une trame interprétative qui permettra d’amoindrir sa capacité nocive. L’inconvénient de cette démarche, c’est que l’on risque de consolider le souvenir, d’accentuer sa mémorisation. Une autre école tente d’empêcher que le souvenir ne s’encode quand il est encore frais. Elle privilégie l’utilisation de médicaments comme les bêtabloquants, qui ralentissent le cœur, agissent sur le système sympathique et interfèrent dans la consolidation précoce du souvenir, juste après le choc. Les émotions accolées sont comme tamponnées. Ces deux moyens peuvent être cumulés et ajustés en fonction de l’expérience traversée et du ressenti de chacun. Pour l’instant, c’est un dosage subtil entre ces deux grands axes, associés parfois à des techniques comme l’EMDR (voir l’article ” L’EMDR éteint le stress post-traumatique“), qui donne les meilleurs résultats. Quoi qu’il en soit, rien n’est jamais définitif, parce que notre mémoire métamorphose le passé : nos souvenirs sont des objets visuels, vivants et souples. Nous pouvons les réactiver, en changer la tonalité, les contaminer par l’émotion que nous sommes en train de vivre au présent. Et les réécrire mentalement.

Source : psychologies.com