emdr et exposition prolongée

Quand l’ordre compte : administration conjointe de l’Exposition Prolongée et de la thérapie EMDR pour soigner le TSPT

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RÉSUMÉ

Objectif : Étudier l’influence de l’ordre dans lequel deux traitements factuels axés sur les expériences traumatiques sont administrés chez des patients souffrant de TSPT. 

Méthodes : Les patients souffrant de TSPT ont suivi un programme de traitement intensif de huit jours associant l’Exposition Prolongée (EP) et la thérapie EMDR. Quarante-quatre patients reçurent une séance d’EP le matin, suivie d’une séance d’EMDR l’après-midi, alors que soixante-deux autres patients ont bénéficié du programme inverse (EMDR le matin, puis EP l’après-midi). La sévérité des symptômes de TSPT et les expériences personnelles subjectives servirent pour la mesure des résultats.

Résultats : Une diminution des symptômes de TSPT nettement plus importante a été dénotée chez les patients ayant reçu l’EP en premier, puis l’EMDR. Les patients ont exprimé une préférence pour cet ordre et ont trouvé que les séances de traitement avaient été nettement plus bénéfiques par rapport aux patients de la condition où l’EMDR avait été administrée en premier.

Conclusion : Les résultats de cette étude exploratoire confirment que l’EP et la thérapie EMDR peuvent être utilisées conjointement et avec succès, et que l’ordre dans lequel elles sont administrées a une réelle importance. L’administration de séances d’EP avant les séances d’EMDR ont donné lieu à de meilleurs résultats de traitement, et à de meilleures évaluations de la part des patients quant à l’utilité du traitement et à leur préférence concernant l’ordre d’administration de ces deux thérapies.

1. Introduction

Plusieurs lignes directrices internationales de traitement (ex : National Institute for Clinical Excellence (NICE, 2018); Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 2018)) recommandent la mise en place de psychothérapies de première urgence pour les individus souffrant du trouble de stress post-traumatique (TSPT) basées sur des traitements visant directement le traumatisme. Parmi les traitements ayant prouvé leur efficacité, on retrouve la thérapie par exposition prolongée (PE), la thérapie cognitive et la thérapie avec intégration neuro-émotionnelle par mouvements oculaires (EMDR) (Cusack et al., 2016; WHO, 2013).  Même si l’efficacité de l’EP et de la thérapie cognitive a été prouvée dans le cadre de traitements autonomes, de nombreux programmes thérapeutiques associent diverses méthodes cognitivo-comportementales. Cette approche se base sur la supposition que l’association de multiples interventions avec des mécanismes opérationnels différents pourrait être plus efficace qu’une méthode avec un traitement unique (Bryant et al., 2008). La plupart de ces programmes thérapeutiques suivent un protocole de traitement cognitivo-comportemental, qui comprend généralement des éléments de thérapie d’exposition et de thérapie cognitive. Globalement, ces programmes mixtes ont prouvé leur efficacité dans la réduction des symptômes de TSPT, comme l’indiquent les méta-analyses (ex : Cusack et al., 2016; Watts et al., 2013). Cependant, les études mises en place pour comparer spécifiquement les traitements uniques par rapport aux traitements mixtes ont donné lieu à des résultats mitigés. En effet, certaines études n’ont pas réussi à trouver d’effet supplémentaire pour les traitements mixtes sur la réduction des symptômes de TSPT (Foa et al., 2005; Marks et al., 1998; Moser et al., 2010), alors que d’autres ont su mettre en évidence des effets supplémentaires (ex: e.g., Bryant et al., 2008; pour en savoir plus: Kehleforbes et al., 2013).

Ces résultats conflictuels pourraient s’expliquer par le fait que, dans les protocoles de traitement mixte, des versions diluées de la thérapie par exposition et de la thérapie cognitive sont généralement administrées. Il est également possible que l’ordre dans lequel ces interventions sont offertes ait une certaine importance. Dans le cadre des études n’ayant pas découvert d’effet supplémentaire entre la thérapie cognitive associée à l’EP et la thérapie utilisant une méthode de traitement autonome sur le TSPT (Foa et al., 2005; Marks et al., 1998), l’EP précédait toujours la thérapie cognitive lors des sessions de traitement. En revanche, dans l’étude de Bryant et al., (2008), la thérapie cognitive était administrée en premier, puis elle était suivie, et intégrée, avec la thérapie d’EP. (e.g., Cusack et al., 2016; Watts et al., 2013). Toutefois, et à notre connaissance, aucune étude systématique n’a été réalisée à ce jour sur l’efficacité (différentielle) spécifique des différents ordres dans lesquels les thérapies factuelles soignant le TSPT sont administrées. En outre, bien que l’association de l’EP à la thérapie cognitive soit fréquente, les études examinant l’association de la thérapie EMDR à un autre traitement de première urgence pour lutter contre le TSPT sont rares, et examinent encore moins l’effet de l’ordre dans lequel ces thérapies sont administrées.

Même si la thérapie EMDR et l’EP possèdent des points communs, elles ciblent par exemple directement les souvenirs traumatiques (Schnyder et al., 2015), leur mécanisme opérationnel sous-jacent, ainsi que la manière dont les traitements sont administrés, sont, selon certains, assez différents (Lee et al., 2006). En effet, lors des séances d’EP, il est demandé aux patients d’affronter leurs souvenirs traumatiques et de s’exposer de manière continue à des stimuli causant la peur pour arriver à une accoutumance ou à la disparition des symptômes (Foa and Kozak, 1986), alors que dans le cadre de la thérapie EMDR, l’attention des patients est détournée des souvenirs troublants avec une méthode demandant une double attention, utilisant généralement des mouvements oculaires (De Jongh et al., 2019; De Jongh et al., 2013). Par conséquent, si l’on prend en compte le fait que les mécanismes opérationnels de l’EP et de l’EMDR sont différents, on peut concevoir que les deux traitements puissent être complémentaires.

Outre les différences entre les mécanismes opérationnels, il pourrait aussi exister des différences entre l’EP et la thérapie EMDR au niveau des préférences et du stress perçu chez les patients. Toutefois, les études portant sur ces critères sont rares et, lorsqu’il s’agit d’étudier l’ordre dans lequel les divers traitements sont administrés aux patients, elles sont inexistantes. Ces données sont importantes puisque des études ont démontré que lorsque les patients bénéficient du traitement qu’ils préfèrent, les résultats du traitement sont meilleurs (Zoellner et al., 2019). Outre le stress ressenti, l’utilité d’un programme perçue pourrait aussi être un facteur à prendre en compte, car il a été prouvé que plus les patients considéraient le traitement bénéfique, meilleurs étaient les résultats de ce dernier (Cooper et al., 2017).

L’objectif de la présente étude était d’explorer les effets d’un programme de traitement bref, axé sur le traumatisme, comprenant EP et EMDR, et plus particulièrement d’étudier l’efficacité de l’ordre dans lequel ces deux thérapies étaient offertes. Les patients ont bénéficié de huit jours de traitement étalés sur une période de deux semaines : deux sessions thérapeutiques par jour étaient proposées, une séance d’exposition prolongée et une séance d’EMDR. Dans le cadre d’une étude ouverte sur 347 patients, nous avons prouvé que notre programme de soins était très efficace dans la réduction des symptômes de TSPT (Van Woudenberg et al., 2018). La raison pour laquelle nous avons associé ces deux types de traitements était principalement clinique. Dans la phase de lancement de notre programme, nous avons offert aux patients l’EP ou l’EMDR en traitement unique. Même si les résultats issus de cette étude ont été prometteurs (voir par exemple Bongaerts et al., 2017), les thérapeutes ayant utilisé les deux méthodes ont observé que les deux thérapies avaient chacune leurs atouts, mais aussi leurs difficultés propres. Par exemple, certains patients évitaient à tout prix de faire remonter des souvenirs remplis d’émotion, élément requis par la thérapie EMDR pour obtenir des effets positifs, alors que d’autres signalaient un niveau d’émotion et d’anxiété très élevé après les séances d’exposition, ce qui interférait parfois avec la poursuite du traitement. Dans ce contexte, nous avons pensé qu’il était important d’examiner si un programme thérapeutique associant ces deux méthodes de traitement pouvait viser et résoudre ces deux problèmes couramment constatés. Par conséquent, l’objectif de la présente étude était non seulement de déterminer l’efficacité d’un programme thérapeutique associant EP et EMDR, mais plus particulièrement, d’étudier l’influence de l’ordre (EP en premier, suivie de l’EMDR, par rapport à la combinaison EMDR en premier, puis EP) dans lequel ces deux traitements étaient administrés aux patients souffrant de TSPT, en termes de résultats de traitement, autrement dit, de réduction significative des symptômes de TSPT. Notre deuxième objectif était de voir comment les patients évaluaient le traitement en termes de stress perçu, d’efficacité, et quelle était leur préférence concernant l’ordre dans lequel les deux types de thérapie avaient été administrés. Étant donné que cette étude était la première à étudier l’association de l’EP et de la thérapie EMDR dans un certain ordre de traitement, celle-ci n’était basée sur aucune hypothèse empirique à cet égard.

2. Méthode

2.1. Participants

La présente étude comprenait 117 patients consécutifs qui s’étaient inscrits à un programme thérapeutique intensif contre le TSPT au Psychotrauma Expertise Centre (PSYTREC), centre pour la santé mentale de Bilthoven, aux Pays-Bas, sur les mois de janvier et février 2017. Les patients avaient été orientés vers le PSYTREC par leur médecin généraliste, psychologue, ou psychiatre. Les critères d’inclusion pour cette étude répondaient aux critères de diagnostic du TSPT selon le DSM-IV-TR ou le DSM-5, tel qu’établi par l’échelle de TSPT administrée par le clinicien ; l’âge minimum requis était de 18 ans, et il fallait être capable de parler et de comprendre le néerlandais. Il y avait un critère d’exclusion : une tentative de suicide au cours des trois derniers mois.

Parmi les 117 patients, sept d’entre eux n’ont pas fourni de consentement libre et éclairé, et il manquait des données sur la mesure du résultat pour un patient. De plus, trois patients ont cessé le traitement de manière prématurée. Puisque les expériences subjectives et les résultats de l’ensemble du traitement thérapeutique nous intéressaient, nous n’avons pas inclus ces individus dans l’analyse. En janvier 2017, les patients (N=44) ont bénéficié de la thérapie par exposition (EXP) le matin, suivie de la thérapie EMDR l’après-midi (EXP-EMDR). En février 2017, l’ordre du traitement a été inversée, et les patients (N=62) ont reçu l’EMDR le matin et la thérapie par exposition l’après-midi (EMDR-EXP).

2.4. Traitement

À notre connaissance, ce programme thérapeutique est le premier à associer l’EP et l’EMDR. Pour éviter de diminuer quantitativement chacun des éléments thérapeutiques constituant le traitement proposé, nous avons choisi de ne pas administrer l’EP et l’EMDR au cours de la même séance, ou de réduire le nombre de séances. Nous avons décidé d’administrer chaque méthode en conservant le nombre courant (c’est-à-dire au moins huit séances de 90 minutes chacune). En raison de leurs mécanismes opérationnels différents, nous avons émis l’hypothèse que les deux traitements pourraient être complémentaires et avons choisi de fournir les deux types de thérapie à chaque jour de traitement, tout en visant le même souvenir traumatique au cours des deux séances d’une même journée. Chaque jour de traitement, les patients ont reçu une séance individuelle d’EP de 90 minutes et une séance individuelle de thérapie EMDR de 90 minutes. L’une des sessions de traitement avait lieu le matin, et l’autre l’après-midi. Ainsi, au cours de ce programme thérapeutique intensif, les patients ont participé à huit séances d’EP et huit séances de thérapie EMDR de 90 minutes chacune, au total.

Le protocole d’exposition prolongée (EP) était surtout basé sur l’approche de Foa et al., (2007). Conformément à cette dernière, il a été demandé aux patients d’imaginer les souvenirs d’événements traumatiques aussi clairement que possible, et de décrire en détail leurs souvenirs traumatiques en utilisant le présent. Une exposition in vivo à des stimuli liés au traumatisme, redoutés mais sains, a été utilisée pendant les sessions de traitement. Le protocole de thérapie EMDR a quant à lui suivi l’approche codifiée en huit phases de Shapiro (2018; De Jongh and Ten Broeke, 2013). Au cours du traitement, il a été demandé aux patients de mémoriser le moment le plus éprouvant d’un traumatisme vécu alors que la capacité de leur mémoire de travail était stimulée par le thérapeute qui demandait au patient de suivre les mouvements de son doigt, et avec d’autres stimuli visant à maximiser la charge de travail de la mémoire de travail, tels que des barres visuelles, des clics audibles, et/ou un buzzer tenu en main. Chaque jour visait une situation traumatique particulière. Dans le groupe EXP-EMDR, la thérapie par exposition était utilisée le matin pour adresser cette situation traumatique, suivie de la thérapie EMDR l’après-midi. Dans le groupe EMDR-EXP, l’ordre était inversé : les participants assimilaient tout d’abord le souvenir traumatique en utilisant l’EMDR (séance du matin), puis la thérapie par exposition (séance dans l’après-midi). Les sessions thérapeutiques étaient administrées par des psychologues cliniciens ayant une formation en thérapie EMDR et en exposition prolongée. Chaque session a été administrée selon une approche connue sous le nom de Rotation des thérapeutes (voir Van Minnen et al., 2018) : autrement dit, chaque session était administrée par un thérapeute différent.

Entre les sessions thérapeutiques, les patients ont participé à quatre séances de 90 minutes par jour d’activité physique en groupe allant d’une intensité faible à une forte intensité. De plus, des sessions de psychoéducation sur le TSPT étaient fournies en groupe. La durée du traitement fut de huit jours ; quatre jours consécutifs suivis de trois jours de pause au cours desquels les participants ont pu rentrer chez eux, puis ensuite, quatre autres jours consécutifs. Pour plus de renseignement sur le programme thérapeutique, voir (Van Woudenberg et al., 2018).

3. Résultats

L’âge moyen de l’ensemble de l’échantillon était de 38.75 ans (SD=11.12) et 72.6% de l’échantillon était constitué de femmes. L’ensemble des 106 participants avaient vécu de multiples événements traumatiques. La plupart avaient été exposés à des sévices sexuels (n = 87; 82.1%) et/ou physiques (n = 91; 858%). La plupart des patients souffraient également d’un ou plusieurs troubles psychiatriques comorbides. Pour être plus spécifique, 71.4% avaient des troubles de l’humeur, 20.8% des troubles paniques, 32.1% souffraient de phobie sociale, et 14.7% répondaient au critère de diagnostic de la dépendance à l’alcool. Le risque de suicide était de moyen à élevé chez 51% des patients.  Les groupes EXP-EMDR et EMDR-EXP ont été comparés selon des caractéristiques de base (autrement dit âge, sexe, et score sur l’échelle du stress perçu pré-traitement).  Les tests t sur échantillons indépendants n’ont pas révélé de différences significatives entre le groupe EXP-EMDR et le groupe EMDR-EXP par rapport à l’âge, t (104) = -1.59, p = .114 et au score sur l’échelle du stress perçu pré-traitement (t(104) = – 1.03, p = .304). Les analyses du khi-carré de Pearson n’ont pas relevé de différences significatives entre les groupes EXP-EMDR et EMDR-EXP en termes de sexe (χ2(1) = .181, p = .825).

4. Discussion

 L’objectif principal de la présente étude était de vérifier si l’ordre dans lequel deux traitements de première urgence contre le TSPT, c’est-à-dire l’exposition prolongée (EP) et la thérapie EMDR, étaient associés influençait les résultats du traitement. Bien que les deux groupes aient démontré des améliorations significatives des symptômes de TSPT, il est intéressant de noter que les patients ayant reçu l’EP le matin et la thérapie EMDR l’après-midi ont démontré des résultats de traitement nettement meilleurs que les patients qui avait reçu le traitement dans l’ordre inverse, avec une taille d’effet modérée entre les groupes. Ces conclusions concordent avec nos études de résultat précédentes (Van Woudenberg et al., 2018; Wagenmans et al., 2018; Zoet, Wagenmans et al., 2018) qui avaient également prouvé que l’association des deux traitements était efficace, et avec d’autres études qui avaient obtenu des résultats positifs en associant plusieurs thérapies axées sur le traumatisme (Gurak et al., 2016; Kehle-forbes et al., 2013).

Le protocole EXP-EMDR a non seulement prouvé qu’il était plus efficace, mais les patients ont aussi trouvé que l’ordre EP-EMDR était préférable et plus bénéfique. Le bénéfice de l’ordre était lié à de meilleurs résultats au traitement, ce qui concorde également avec les conclusions de Cooper et al. (2017). Habituellement, les séances d’EP s’attaquent à ce qu’on appelle les points sensibles pour activer le réseau de la peur dans son intégralité.  De ce fait, les niveaux de peur peuvent être relativement élevés pendant toute la séance d’EP, y compris à la fin de celle-ci. En revanche, on vise une baisse des niveaux de peur lors des séances d’EMDR, et les patients peuvent se sentir soulagés et satisfaits à la fin de leur session. D’un point de vue d’utilité clinique, il est plus intuitif d’introduire dans un premier temps des niveaux de peur élevés en visant des points sensibles dans le souvenir traumatique (pendant les séances d’EP du matin), pour ensuite utiliser ces points sensibles comme cibles pendant les séances d’EMDR, et ainsi viser une forte réduction des niveaux de peur (pendant la session d’EMDR de l’après-midi). Le fait que les patients aient préféré l’ordre EP-EMDR, et qu’ils l’aient trouvé plus bénéfique pourrait aussi être dû à ce mécanisme. Les patients pourraient se sentir plus à l’aise avec des niveaux de peur moindres en fin de journée ; leur traitement pourrait se terminer avec un niveau de stimulation inférieur avant d’aller dormir. On pourrait être amené à penser que les patients du groupe EMDR-EP considérèrent l’EP comme étant plus pénible que le groupe EP-EMDR, or ce ne fut pas le cas. Aucune différence significative n’a été relevée entre les deux groupes concernant le stress perçu pour l’EP et l’EMDR. Cela signifie que le niveau de stress lié à l’EP et l’EMDR évalué par les participants ne dépend pas de l’ordre dans lequel ces deux thérapies sont administrées.

Une autre explication à caractère plutôt théorique pourrait justifier que les séances d’EP administrée le matin aient été liées à de meilleurs résultats de traitement : un projet de recherche précédent (Zuj et al., 2016) a découvert que la capacité d’apprendre à éliminer la peur était influencée par le nombre d’heures depuis le réveil. Les participants avec le plus de symptômes et les symptômes les plus graves de TSPT avaient nettement mieux réagi à l’apprentissage de l’extinction de la peur lorsque les tâches liées à cet apprentissage avaient lieu plus tôt dans la journée, autrement dit, plus près de l’heure du réveil. Dans notre condition EXP-EMDR, les séances d’EP étaient aussi planifiées plus près des heures du réveil que dans la condition EMDR-EXP.

Nous considérons que le point fort de notre étude a été notre capacité à conserver la quantité initiale de chaque traitement (c’est-à-dire 90 minutes par séance), tout en associant deux approches de traitement autonomes. Le nombre élevé de patients inclus, la diversité de la population constituant l’échantillon, notamment en termes de caractéristiques traumatiques, sont d’autres points forts qui font que nos conclusions sont plus facilement généralisables à la population de patients cliniques souffrant de TSPT communément observée. Toutefois, la nature intensive du programme thérapeutique pose des limites pour la généralisation à d’autres contextes et d’autres traitements, et l’association de l’EP et de l’EMDR dans le cadre de sessions hebdomadaires planifiées et régulières doit encore être étudiée. Une autre limite : nos conclusions résultent d’une combinaison qui avait la plus importante validité clinique apparente. Même s’il avait été indiqué clairement aux thérapeutes de ne pas le faire, nous ne pouvons éliminer la possibilité que les thérapeutes aient mis en évidence dans leur communication (de manière consciente ou inconsciente) avec les patients le caractère plus « difficile » de l’ordre de traitement inversé, et ainsi influencé et guidé l’évaluation du traitement par les patients. De même manière, le fait que les patients aient classé leur préférence après le traitement et sans avoir vécu l’autre ordre de traitement, peut être considéré comme une limitation, étant donné que le résultat du traitement pourrait avoir influencé leur classement. De plus, chez un certain nombre de participants, le classement subjectif de l’ordre du traitement était manquant, ce qui limite la généralisation de nos conclusions. La plus importante limitation pourrait être que bien que les patients n’aient pas été répartis entre les deux groupes sur des données cliniques, le concept de notre étude était incontrôlé. Par conséquent, nos conclusions sont à visée exploratoire, et devraient donc être prises en compte dans ce contexte. De futures études basées sur des concepts aléatoires et contrôlés sont nécessaires.  

Même si nos conclusions cliniques suggèrent que l’ordre des interventions est important et qu’il a une influence sur les résultats, nous devons rester prudents : ce n’est pas parce que plusieurs éléments de traitement efficaces contre le TSPT «se ressemblent», partagent des points communs et donnent des résultats de traitement similaires qu’ils peuvent forcément être intégrés ensemble dans la pratique clinique (ex: Wampold, 2019). Lors de l’administration et de l’association de deux traitements différents, il est important de prendre en compte la manière dont ces traitements et leurs dispositifs opérationnels sous-jacents peuvent se renforcer mutuellement. Des études prudentes sont nécessaires, et lors de futurs projets de recherche, il pourrait être intéressant d’étudier plusieurs types d’associations de traitement, et optimiser les conditions d’amélioration.

Importance clinique ou méthodologique de l’article

Les traitements efficaces axés sur les expériences traumatiques, tels que l’exposition prolongée (EP) et l’intégration neuro-émotionnelle par mouvements oculaires (thérapie EMDR), peuvent être associés avec succès. Cependant, l’ordre dans lequel ils sont administrés est important : l’EP, suivie de séances d’EMDR, a été plus efficace et a été perçue comme étant plus bénéfique que les séances d’EMDR suivies d’EP.

Crédits pour les auteurs ayant contribué à la publication de cet article :

Agnes Van Minnen: conceptualisation, méthodologie, analyse formelle, rédaction – première ébauche, supervision.

Eline M. Voorendonk: recherche, analyse formelle, rédaction – révision et édition.

Linda Rozendaal: logiciel, validation, rédaction – révision et édition.

Ad de Jongh: conceptualisation, méthodologie, rédaction – révision et édition, supervision.

Déclaration de conflits d’intérêts

A.v.M. touche des revenus issus de la publication de chapitres de livres sur le TSPT et de la formation de professionnels post-doctorants sur l’exposition prolongée. A.d.J. touche des revenus issus de livres publiés sur la thérapie EMDR et pour la formation de professionnels post-doctorants sur cette méthode. E.V. et L.R. n’ont aucun conflit d’intérêts.

Informations supplémentaires

Des informations supplémentaires associées à cet article sont disponibles en ligne sur doi:10.1016/j.psychres.2020.113032.

Traduction partielle de l’article paru dans le périodique Psychiatry Research 290 (2020) 113032

Listes des contenus disponibles sur ScienceDirect

Psychiatry Research

Périodique disponible sur: www.elsevier.com/locate/psychres

Quand l’ordre compte : administration conjointe de l’Exposition Prolongée et de la thérapie EMDR pour soigner le TSPT

Agnes Van Minnena,b,⁎, Eline M. Voorendonka,b, Linda Rozendaalb, Ad de Jonghb,c,d,e,f

a Université Radboud de Nimègue, Behavioural Science Institute (BSI), Pays-Bas

b Département de recherche PSYTREC, Bilthoven, Pays-Bas

c Centre Académique de Médecine Dentaire d’Amsterdam (ACTA), Université d’Amsterdam et Université Vrije Universiteit Amsterdam, Pays-Bas

d School of Health Sciences, Université de Salford, Manchester, Royaume-Uni

e Institute of Health and Society, Université de Worcester, Royaume-Uni

f School of Psychology, Queen’s University, Belfast, Irlande du Nord

https://doi.org/10.1016/j.psychres.2020.113032

Reçu le 29 janvier 2020; reçu après revision le 20 avril 2020; accepté le 20 avril

⁎ Auteur principal.

Adresses E-mail: vanminnen@psytrec.com (A. Van Minnen), voorendonk@psytrec.com (E.M. Voorendonk), rozendael@psytrec.com (L. Rozendaal),

a.d.jongh@acta.nl (A. de Jongh).

Psychiatry Research 290 (2020) 113032

Disponible en ligne le 16 Mai 2020

0165-1781/ © 2020 The Authors. Publié par Elsevier B.V. Cet article est accessible à l’ensemble du public, selon la licence libre non copyleft CC BY.

(http://creativecommons.org/licenses/BY/4.0/).

Traduction de courtoisie par Sonia Erraud depuis ScienceDirect

trauma psychologie

Questions pour votre futur thérapeute, depuis votre canapé

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Même si vous vous rencontrez en ligne, un entretien avec un thérapeute peut vous aider à déterminer si la thérapie vous convient ou non.

De l’anxiété à la solitude, et du traumatisme au chagrin, la pandémie de coronavirus ébranle notre bien-être psychologique. Selon un sondage réalisé en avril par la Kaiser Family Foundation, 54 % des femmes et 37 % des hommes affirment que la pandémie aggrave leur santé mentale. Les principales préoccupations des personnes interrogées sont la crainte que des membres de leur famille tombent malades, l’instabilité économique et la perte d’emploi.

Dans cet enchevêtrement de stress, un nombre croissant de personnes se tournent vers un thérapeute pour obtenir des conseils. Votre premier rendez-vous avec un nouveau thérapeute peut être lui-même stressant, et de nos jours, nombre de ces rencontres se font par téléphone ou par vidéo, ce qui peut rendre les contacts plus difficiles que lors d’une rencontre en face à face. Mais comme pour une séance en personne, les patients doivent être prêts à poser des questions au thérapeute pour savoir s’ils sont compatibles.

Des recherches ont montré que l’entretien avec un thérapeute potentiel peut aider les patients à déterminer si la thérapie leur convient ou non. Comme l’ont constaté les chercheurs comportementalistes, les questions sont des éléments de base pour la connexion et la conversation. Les réponses aux questions peuvent également révéler ce que l’on ressent lorsqu’on interagit avec une nouvelle personne. Et en matière de thérapie, la recherche indique que la compatibilité entre thérapeute et patient joue un rôle important dans la réussite du travail personnel.

Voici quelques questions pour vous aider à vous lancer.

  • Quel est votre parcours professionnel ?

Tout d’abord, renseignez-vous sur la formation et l’autorisation d’exercer du thérapeute. Les thérapeutes agréés connaissent les règles d’éthique, comme le respect de la confidentialité du patient, le respect des limites et l’exercice de leur profession dans le cadre de leurs compétences.

Il est également utile de s’informer sur les tarifs des séances et de demander si le thérapeute accepte ou non une mutuelle, ou s’il offre un tarif réduit.

La thérapie est un terme large, qui laisse entendre que tous les professionnels de la santé mentale fournissent des services similaires. Toutefois, ils diffèrent en termes de formation, d’études et de capacité à prescrire des médicaments. Par exemple, les psychiatres sont des médecins qui prescrivent des médicaments pour traiter les symptômes de maladies mentales telles que l’anxiété généralisée, le trouble bipolaire et la dépression majeure. Viennent ensuite les psychologues et psychothérapeute. Contrairement aux psychiatres, ils ne prescrivent pas de médicaments.

  • Quelle est votre approche ?

Les traumatismes et tragédies collectives peuvent affecter notre santé mentale de multiples façons. Une récente enquête menée en Chine a révélé que près de 35 % des personnes interrogées souffraient de troubles de panique, de dépression ou de phobies liées à la pandémie de Covid-19. “Pour un problème donné, plusieurs traitements peuvent fonctionner”, a déclaré Joshua K. Swift, professeur de psychologie clinique et chercheur à l’université d’État de l’Idaho. C’est pourquoi “tous les patients potentiels devraient s’informer de l’approche thérapeutique du professionnel et s’il existe des preuves de son efficacité”. La façon dont chaque thérapeute répond à cette question est souvent guidée par son style clinique.

Par exemple, les cliniciens psychodynamiques aident souvent les patients à découvrir la source de leur souffrance. Pour ceux qui sont aux prises avec des problèmes tels que des difficultés relationnelles, une dynamique familiale difficile ou un deuil, la thérapie psychodynamique peut être particulièrement utile.

Les thérapeutes cognitivo-comportementaux considèrent souvent que la détresse émotionnelle est le résultat d’une mauvaise réflexion. En se concentrant sur la gestion des symptômes, ces thérapeutes s’appuient sur des stratégies comportementales, telles que le suivi de l’humeur et les exercices cognitifs, pour susciter le changement. Les patients souffrant d’anxiété aiguë, d’insomnie ou de troubles alimentaires, par exemple, peuvent trouver cette approche utile.

Les psychothérapeutes spécialisés dans les traumatismes utilisent des méthodes telles que la désensibilisation et le retraitement par mouvements oculaires, la psychothérapie dynamique expérientielle accélérée et l’expérience somatique pour aider un patient à traiter ses émotions douloureuses en utilisant une approche basée sur le corps.

En plus d’apprendre la technique du thérapeute, il est également utile de lui demander comment il mesure les progrès et quel succès il a obtenu en traitant des patients ayant des préoccupations similaires, a déclaré le Dr Swift.

  • Avec quels types de patients aimez-vous travailler ?

Les questions ouvertes, telles que “avec quels types de patients aimez-vous travailler”, peuvent fournir des informations utiles sur les préférences et le style de relation du thérapeute.

Par exemple, un thérapeute peut répondre en disant : “Je vais répondre à votre question, mais avant cela, je suis curieux de savoir ce que ma réponse pourrait signifier pour vous ? D’autres peuvent dépeindre leur patient “idéal” en décrivant avec qui ils aiment travailler et pourquoi. Dans certains cas, les thérapeutes peuvent considérer la question comme une occasion de demander au patient : “Quel type de thérapeute recherchez-vous ?

Quelle que soit la réponse du thérapeute, les patients doivent être attentifs à ce qu’ils ressentent. Les chercheurs en psychothérapie ont constaté que les thérapeutes efficaces transmettent la compréhension, l’authenticité et l’expertise. Lors de la première rencontre, ces qualités peuvent contribuer à consolider une union de collaboration entre le patient et le thérapeute.

  • Comment saurai-je si la thérapie fonctionne ?

Lorsque la souffrance est immense, en particulier pendant et après une crise, les gens aspirent à un soulagement. Cependant, la thérapie ne soulage pas immédiatement la douleur. En effet, parler de sa douleur peut sembler difficile au début, du moins temporairement. La rapidité avec laquelle le traitement commence à fonctionner dépend souvent de la gravité du problème et de l’ampleur de l’adversité passée que le patient a connue.

La détresse provoquée par la pandémie peut prendre des formes et des dimensions diverses. Pour certains, les difficultés liées à la situation, telles que le travail à domicile, l’enseignement à domicile ou le fait d’être un travailleur essentiel, peuvent entraîner un stress immense. Selon l’American Psychological Association, les patients confrontés à ces difficultés peuvent bénéficier d’une psychothérapie limitée dans le temps ou de courte durée.

Ceux qui sont aux prises avec des problèmes plus aigus, comme le décès inattendu d’un proche, un traumatisme infantile non résolu ou un trouble de stress post-traumatique, peuvent avoir besoin de soins continus jusqu’à ce que les traumatismes soient résolus.

Les recherches suggèrent que les thérapeutes efficaces fournissent une explication de la souffrance du patient, discutent du fonctionnement de la thérapie et demandent un retour d’information. Bien entendu, la situation de chaque patient est unique et, au fur et à mesure que la thérapie se déroule, les objectifs peuvent changer.

Après avoir interrogé votre futur thérapeute, posez-vous la question : “Que me disent mes tripes à propos de cette personne”, a déclaré Benjamin Lipton, un psychothérapeute de l’A.E.D.P. à New York. Si quelque chose ne va pas, faites honneur à votre expérience et posez des questions de suivi.

Un thérapeute peut avoir des qualifications irréprochables et des évaluations en ligne élogieuses, mais si l’interaction vous paraît rebutante, il est peu probable que la confiance et la sécurité s’établissent. En fin de compte, ces deux ingrédients sont essentiels dans toute nouvelle relation, y compris celle avec votre thérapeute.

Traduit et adapté par courtoisie du New York Times

protocole violence sexuelles

Étude multicentrique contrôlée, à répartition aléatoire, portant sur l’administration du protocole EMDR PRECI chez des mineures victimes de violences sexuelles et/ou physiques et pour lesquelles un diagnostic de TSPT associé a été établi

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Résumé:

Cette étude longitudinale multicentrique contrôlée, à répartition aléatoire, se fixe trois objectifs : 1) évaluer le protocole EMDR pour les incidents critiques récents (EMDR-PRECI) dans la rémission du diagnostic de TSPT en comparaison au traitement usuel, chez les mineures ayant été victimes de violences sexuelles et/ou physiques; 2) évaluer l’efficacité du protocole EMDR-PRECI dans la réduction des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression chez les participantes en comparaison au traitement usuel; et 3) améliorer les connaissances concernant la corrélation existante entre les critères fondamentaux du questionnaire auto-rapporté PCL-5 servant à dresser le diagnostic provisionnel du TSPT et le diagnostic clinique du TSPT établi en fonction de l’échelle CAPS-5, sur cette population. L’étude a été réalisée en 2019 dans les villes de Puebla et Mexico, au Mexique, sur trois sites d’une organisation à but non lucratif qui fournit des services aux femmes en situation vulnérable. Au total, 32 mineures ont répondu aux critères d’inclusion. Les participantes étaient âgées de 12 à 17 ans (M = 15,35 ans). La participation était volontaire et soumise au consentement des participantes et de leur tuteur légal. Il est important de mentionner que 31 participantes sur 32 étaient enceintes au moment du traitement, avec une moyenne de grossesse à 24,63 semaines (6,15 mois). Toutes les patientes du groupe à qui l’on avait administré l’EMDR ne répondaient plus aux critères de diagnostic du TSPT après traitement et lors des évaluations de suivis réalisées 90 jours plus tard, alors que toutes les patientes du groupe sujet au traitement usuel répondaient toujours aux critères de base du diagnostic clinique du TSPT après traitement et lors des évaluations de suivi à 90 jours. Des analyses de variance (ANOVA) à mesures répétées ont été utilisées pour le TSPT, l’anxiété et la dépression; le test t et la taille de l’effet du d de Cohen ont été calculésen utilisant des facteurs intra-groupes et inter-groupes pour les différentes mesures. L’ANOVA a révélé un effet significatif quant au temps (F (2, 52) = 149.53 p <.001, ηP 2 =.852), au groupe (F (1, 26 = 140.71, p<.001, ηP 2 =.844); et les scores d’anxiété ont démontré un effet de temps important (F (1, 26) = 32.89, p <.001, ηP 2 =.559). Un effet d’interaction significatif entre le temps et le groupe (F (1, 26) = 17.37, p <.001, ηP 2=.401) a mis en évidence une baisse pour le groupe traité. En ce qui concerne les scores de dépression, des effets significatifs ont été trouvés pour le temps (F (1, 26) = 21.77, p <. 001, ηP 2 =.456). Les résultats ont aussi montré des effets d’interaction significatifs entre le temps et le groupe (F (1, 26) = 6.17, p <.05, ηP 2 =.192). Aucun effet significatif n’a été relevé pour le groupe sujet au traitement usuel. Les résultats de l’étude indiquent que le protocole EMDR-PRECI pourrait être une thérapie possible, offrant un bon rapport coût-performance et des résultats dans un délai raisonnable, pour traiter les patients pour lesquels un diagnostic de TSPT a été établi, et pour traiter les symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression de cette population.

Mots-clés: Intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR), Protocole EMDR pour le traitement des événements critiques récents (EMDR-PRECI), Trouble de stress post-traumatique (TSPT), Mineure, Violence sexuelle, Violence physique, Anxiété, Dépression

1. Introduction

Dans le contexte de cet article, l’expression « violence sexuelle » sera utilisée pour faire référence à tout comportement lié à l’agression sexuelle, au harcèlement, aux sévices sexuels, au viol ou à la manipulation psychologique en vue d’abuser une personne sexuellement. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), les violences sexuelles sur enfants et adolescents sont considérées comme l’une des formes d’agression sur personnes de moins de 18 ans les plus graves. Cette violence se manifeste sous diverses formes d’activité sexuelle avec mineurs pouvant aller d’actes sexuels sans contact physique tels que l’exposition à des documents pornographiques à d’autres actes avec contact corporel tels que les caresses et la pénétration. Les victimes de sévices sexuels signalent des réactions émotionnelles plus intenses pendant et après le traumatisme par rapport aux victimes d’autres traumatismes. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est l’une des séquelles les plus communes des violences sexuelles sur enfant. Des études effectuées auprès de filles en âge de scolarisation ayant été agressées sexuellement démontrent que 30% d’entre elles souffrent de symptômes dissociatifs et 40% de symptômes de TSPT. La violence sexuelle chez les enfants est aussi associée à des troubles de la santé mentale graves et négatifs à court terme et à long terme, tels que la dépression, l’anxiété et le comportement agressif. Une forte prévalence de l’anxiété, de la dépression, du TSPT, et du trouble de personnalité borderline a été découvert chez les femmes victimes de sévices sexuelles pendant l’enfance. Ces données indiquent que les conséquences de cet acte peuvent persister de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte. … Outre le statut socio-économique, le contexte familial, et les caractéristiques des agressions, il est également possible que des facteurs culturels influençant l’éducation des enfants, les attitudes envers la sexualité, et le développement des symptômes pourraient aider à expliquer des taux de symptômes sexuels plus élevés au sein de différents groupes ethniques.

Selon le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (5è édition; DMS-5), le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est un trouble de la santé mentale qui se développe après l’exposition à un ou plusieurs événements traumatiques (Critère A) et qui se caractérise par une reviviscence intense d’un événement traumatique au travers de souvenirs et de cauchemars intrusifs (Critère B), l’évitement des stimuli associés à l’événement (Critère C), des changements négatifs au niveau de l’humeur et des cognitions (Critère D), l’hypervigilance envers des menaces potentielles dans l’environnement (Critère E), et dans certains cas, des symptômes persistants ou récurrents de dépersonnalisation. Les événements du critère A comprennent, mais ne sont pas limités, aux menaces ou agressions physiques réelles (ex : violence physique pendant l’enfance, attaque physique), menaces ou agressions sexuelles réelles (ex : pénétration sexuelle forcée, pénétration sexuelle facilitée par la consommation d’alcool ou de drogue, les contacts sexuels abusifs, les sévices sexuels sans contact, l’exploitation sexuelle) (p.274).

Le TSPT se caractérise par de multiples phénotypes symptomatiques et est extrêmement comorbide, surtout chez les individus ayant vécu plusieurs traumatismes. La comorbidité du TSPT et les troubles dépressifs et anxieux sont les séquelles d’une exposition à des événements traumatiques. Environ la moitié des individus souffrant de TSPT rapportent généralement des symptômes dépressifs comorbides sur divers échantillons épidémiologiques. Le TSPT peut devenir un facteur de risque pour d’autres conditions médicales, y compris certaines complications pendant la grossesse telles que les grossesses extra-utérines, les fausses couches, l’hyperémèse, les symptômes de l’accouchement prématuré et la croissance excessive du fœtus. Il est possible et plausible que le stress prénatal représente un aspect important de l’environnement intra-utérin qui pourrait avoir une influence sur de nombreux, sinon tous les résultats du développement du fœtus. En ce qui concerne le traitement du TSPT, des méta-analyses et directives thérapeutiques récentes recommandent l’utilisation de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou l’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR).

1.1 Thérapie EMDR

La thérapie par intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR) est une approche psychothérapeutique à trois volets complète, axée sur le patient et codifiée en huit phases. Cette thérapie est guidée par le modèle de Traitement Adaptatif de l’information (TAI) qui suppose que la psychopathologie est fondée sur des souvenirs d’incidents critiques ou d’expériences de la vie négatives non traités par le cerveau et stockés dans la mémoire dans leur état d’origine. Le retour de ces souvenirs peut être déclenché par des stimuli internes et externes et ainsi contribuer au dysfonctionnement actuel. La thérapie EMDR et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) axée sur le traumatisme sont les seules psychothérapies recommandées pour les enfants, les adolescents et les adultes souffrant de TSPT dans le guide Guidelines for the Management of Conditions Specifically Related to Stress (Guide sur l’évaluation et la prise en charge des affections spécifiquement liées au stress) de l’OMS. Un projet de recherche réalisé récemment indique que la thérapie EMDR et la thérapie cognitivo-comportementale sont des choix de traitement efficaces contre le TSPT et les symptômes dépressifs. Il a été démontré que la thérapie EMDR est efficace chez les enfants souffrant d’un traumatisme. […]

2. Objectifs

Cette étude longitudinale, multicentrique, et contrôlée, à répartition aléatoire a trois objectifs.

1. Évaluer l’efficacité du protocole EMDR-PRECI dans la rémission du diagnostic de TSPT en comparaison au traitement usuel, chez les femmes mineures ayant été victimes de violences sexuelles et/ou physiques et pour lesquelles un diagnostic de TSPT associé aux événements a été établi;

2. Évaluer l’efficacité du protocole EMDR-PRECI dans la réduction des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression chez les participantes en comparaison au traitement usuel;

3. Améliorer les connaissances concernant la corrélation existante entre les critères fondamentaux du questionnaire auto-rapporté sur le trouble du stress post-traumatique du DSM-5 (PCL-5) servant à dresser le diagnostic provisionnel du TSPT et le diagnostic clinique du TSPT établi en fonction de l’échelle de TSPT administrée par le clinicien du DSM-5 (CAPS-5) sur cette population.

[…]

3.6.3. Traitement

Dans le cadre de cette étude, l’EMDR a été administrée sous forme de thérapie intensive. Des preuves portent à croire que des sessions de traitement plus fréquentes permettent de maximiser les résultats du traitement du TSPT. Ce format intensif a permis aux participantes d’achever un cycle complet de traitement en une brève période. Les participantes du groupe soumis à la thérapie EMDR ont participé en moyenne à 4,68 sessions individuelles de 60 minutes de traitement par EMDR, réalisées deux à trois fois par semaine (en fonction de la disponibilité des participantes) dans les centres désignés alors que les participantes au traitement usuel ont complété en moyenne 12,6 sessions individuelles de 60 minutes, administrées une fois par semaine.

Les thérapeutes et la fidélité au traitement

L’EMDR-PRECI a été fournie par huit thérapeutes accrédités et formés spécifiquement à l’administration du protocole. Afin de protéger l’identité des mineures, il fut interdit de les filmer ou de prendre des photos. Pour garantir la fidélité au traitement et l’adhésion au protocole, les thérapeutes EMDR observèrent strictement toutes les étapes du protocole rédigé.

[…]

5. Résultats

Rémission du diagnostic de TSPT

Le bilan du diagnostic du TSPT, établi en fonction de l’algorithme du DSM-5 permettant d’établir le diagnostic, a démontré que les participantes du groupe EMDR (16 sur 16, 100%) ne répondaient plus aux critères de diagnostic du TSPT après traitement et lors des évaluations de suivi réalisées 90 jours plus tard, alors que le diagnostic clinique de base du TSPT chez les patientes du groupe de traitement usuel a été maintenu après traitement et lors des évaluations de suivi réalisées 90 jours plus tard. En référence à l’amélioration globale sur l’échelle du CAPS-5 (élément 28), les participantes du groupe soumis à la thérapie EMDR ont montré les résultats suivants : 8 participantes sur 16 (50%) ont déclaré être asymptomatiques, et les 8 autres (50%) ont signalé une amélioration considérable.

[…]

6. Discussion

Cette étude longitudinale, multicentrique, et contrôlée, à répartition aléatoire, a trois objectifs :

1. Évaluer l’efficacité du protocole d’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires pour les incidents critiques récents et le stress traumatique toujours en cours (EMDR-PRECI) dans la rémission du diagnostic du trouble de stress post-traumatique (TSPT), en comparaison au traitement usuel, chez les mineures ayant été victimes de violences sexuelles et/ou physiques et pour lesquelles un diagnostic de TSPT associé aux événements a été établi;

2. Évaluer l’efficacité de l’EMDR-PRECI dans la réduction des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression chez les participantes en comparaison au traitement usuel; et

3. Améliorer les connaissances concernant la corrélation existante entre les critères fondamentaux du questionnaire auto-rapporté sur le trouble du stress post-traumatique du DSM-5 (PCL-5) servant à dresser le diagnostic provisionnel du TSPT et le diagnostic clinique du TSPT établi en fonction de l’échelle de TSPT administrée par le clinicien du DSM-5 (CAPS-5) sur cette population.

En ce qui concerne le premier objectif, les résultats issus de l’algorithme du DSM-5 permettant d’établir le diagnostic du TSPT ont prouvé l’efficacité de l’EMDR-PRECI pour atténuer les troubles de stress post-traumatique (TSPT) chez les mineures victimes de violence sexuelle et/ou physique. Une réduction évidente et significative des symptômes de TSPT a été observée, entre la première et deuxième mesure, puis une autre réduction a été notée entre la deuxième et troisième mesure, au sein du groupe traité. Il est important de mentionner que les différences entre la deuxième et la troisième mesure au sein du groupe traité ont montré une véritable tendance vers la signification statistique (.06), confirmant le retraitement des souvenirs pathogènes. Il est également clair que les résultats au sein du groupe ayant bénéficié du traitement usuel se sont quasiment maintenus au même niveau tout au long de l’étude. Il faut également souligner que lors des évaluations de suivi, 50% des participantes ayant reçu la thérapie EMDR ont déclaré être asymptomatiques, et les autres 50% ont signalé une amélioration considérable.

L’évaluation de l’efficacité de l’EMDR-PRECI dans la réduction des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression est prouvée par un effet de forte magnitude (d=7.90) obtenu lors de la comparaison du TSPT entre les deux groupes au Temps 3. Les résultats ont également démontré l’efficacité du protocole à réduire l’anxiété et la dépression. Pour les deux variables, cette réduction au sein du groupe traité est évidente lors du test ultérieur, et elle est confirmée par la taille d’effet forte (d=1.41) de la comparaison moyenne de l’incidence sur l’anxiété. Une tendance similaire a été notée pour la dépression, qui a également mis en évidence une taille d’effet forte (d=1.02).

En ce qui concerne la corrélation existante entre les critères fondamentaux du PCL-5 servant à dresser le diagnostic provisionnel du TSPT et le diagnostic clinique du TSPT établi en fonction du CAPS-5, sur cette population, les résultats ont montré une corrélation à 90,62% au Temps 1, et une corrélation de 100% aux Temps 2, et 3.

Les mineures et les femmes sont victimes de violences interpersonnelles depuis des siècles. La violence interpersonnelle comprend la violence sexuelle et/ou physique, la violence conjugale, la violence familiale ou parentale, la violence à caractère sexiste, et encore bien d’autres formes. Les expériences interpersonnelles traumatiques multiples, qui ont lieu pendant l’enfance et à l’adolescence (ex: violence sexuelle et/ou physique, violence ou maltraitance psychologique), ont été définies comme étant “un traumatisme complexe”. Le traumatisme complexe accroît les risques de TSPT et d’autres problèmes émotionnels, comportementaux et physiques variés, dont l’anxiété, la dépression, l’agressivité, l’incapacité de réguler ses propres émotions et de créer des relations interpersonnelles significatives, la dissociation, les troubles addictifs, la maladie physique, une faible estime de soi et des comportements sexualisés. Les expériences négatives récentes, passées ou présentes prolongées vécues par ces populations nécessitent une approche de traitement spécifique pour pouvoir englober l’ensemble du spectre du stress traumatique, telle que celle proposée dans la thérapie EMDR-PRECI.

7. Conclusion

La violence sexuelle est l’une des formes de violence interpersonnelle les plus graves dont un mineur puisse souffrir, car elle est toujours associée à d’autres types d’agressions telles que les sévices émotionnels et/ou physiques. En plus des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression, les mineurs victimes de violence sexuelle peuvent développer des symptômes psychosomatiques, obsessionnels et phobiques, et peuvent aussi souffrir d’échec scolaire, d’insomnie, d’un manque d’énergie, d’isolement social, d’une pauvre estime de soi, et de fugue. Les résultats de l’étude indiquent que l’EMDR-PRECI pourrait être une thérapie possible, offrant un bon rapport coût-performance et des résultats dans un délai raisonnable, pour traiter les patients pour lesquels un diagnostic de TSPT a été établi, et pour traiter les symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression de cette population.

Gabriela Jiménez1, Yael Becker2, Claudia Varela2, Paola García1, María Amparo Nuño1, María Cristina Pérez1, Amalia Osorio1, Ignacio Jarero2, *, Martha Givaudan2

1Département de recherche, Ágape Desarrollo Humano Integral, Puebla, Mexique

2Département de recherche, Associación Mexicana para Ayuda Mental en Crisis, Mexico, Mexique

Adresses E-mail:

gabrielajimenezperegrina@gmail.com (G. Jiménez), yael406@gmail.com (Y.Becker), claudia_vc02@hotmail.com (C.Varela), paolagmyt@gmail.com (P.García), amparonuno@hotmail.com (M.A. Nuño), perezgrados@yahoo.com.mx (M.C.Pérez), amaliaosoriovigil@hotmail.com (A.Osorio), nacho@amamecrisis.com.mx (I.Jarero), martha@imifap.org.mx (M. Givaudan)

*Auteur principal

Traduction de courtoisie – S.Erraud : American Journal of Applied Psychology

Traduction partielle de l’article de recherche paru dans le périodique American Journal of Applied Psychology, publié par Science Publishing Group

Auteurs : Gabriela Jiménez, Yael Becker, Claudia Varela, Paola García, María Amparo Nuño, María Cristina Pérez, Amalia Osorio, Ignacio Jarero, Martha Givaudan.

Multicenter Randomized Controlled Trial on the Provision of the EMDR-PRECI to Female Minors Victims of Sexual and/or Physical Violence and Related PTSD diagnosis.

Publication: American Journal of Applied Psychology. Vol. 9, No. 2, 2020, pp. 42-51.

doi: 10.11648/j.ajap.20200902.12

Reçu le: 25 mars 2020; Accepté le: 8 avril 2020; Publié le: 23 avril 2020

tspt et thérapies

Quand le trauma ne veut pas s’en aller : Comprendre le stress post-traumatique complexe

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Le diagnostic actuellement accepté pour l’expérience d’un événement traumatique unique de la vie est le stress post-traumatique (SSPT). Le diagnostic de stress post-traumatique repose sur le constat d’un psychiatre selon lequel la personne a vécu un événement traumatisant au cours duquel elle a été impliquée ou témoin d’événements avec menace de mort ou de blessures grave, ou lorsque l’intégrité physique personnelle ou celle d’autrui a été mise en danger (D’Andrea, Ford, Bradley, Spinazzola et Van der Kolk, 2012). Mais le traumatisme peut être plus compliqué que cela.

Une autre forme de stress post-traumatique, appelée à juste titre stress post-traumatique complexe, est abordée dans la recherche clinique. Herman (1992) définit le syndrome de stress post-traumatique complexe comme ” le résultat caractéristique d’une exposition à des occurrences répétées ou prolongées ou à des formes multiples de traumatisme interpersonnel, souvent dans des circonstances où l’on ne peut pas s’échapper en raison de contraintes physiques, psychologiques, familiales, environnementales, sociales ou d’âge “.

Quelles sont donc les situations dans lesquelles une personne est exposée à un traumatisme interpersonnel et quelles sont les conséquences à court et à long terme d’un tel traumatisme ? Felitti et ses collaborateurs (1998) décrivent plusieurs abus et dysfonctionnements domestiques de la part de parents ou autres adultes dans le foyer, et dans lesquels un traumatisme interpersonnel peut survenir. Il s’agit notamment de :

Abus

Abus psychologique : Insultes répétées, commentaires négatifs et injures envers la victime.

Violence physique : Lorsqu’un parent ou un autre adulte du foyer pousse, attrape, gifle ou frappe la victime à plusieurs reprises et laisse ainsi souvent des traces de coups.

Abus sexuel : Lorsqu’un parent ou un autre adulte de la famille touche, caresse ou saisit la victime de façon répétée et sexuelle. Lorsqu’un enfant est forcé à avoir des rapports sexuels avec un parent ou un adulte.

Dysfonctionnements du foyer

Toxicomanie : Lorsqu’un parent ou un autre adulte au foyer a un problème de drogue ou d’alcool.

Troubles de santé mentale : Lorsqu’un parent ou un autre adulte de la famille souffre de dépression ou d’un autre trouble mental grave.

Mère violemment maltraitée : Quand la mère est maltraitée physiquement, poussée, saisie et giflée à plusieurs reprises, et la victime en est témoin.

Comportement criminel : Lorsqu’une personne au foyer participe à une activité illégale ou est arrêtée et envoyée en prison.

Intimidation, négligence, trahison : Si une personne est intimidée, négligée ou trahie par un être cher, cela peut causer un traumatisme interpersonnel (D’Andrea, et al., 2012).

Lorsqu’une personne subit l’un ou l’autre des effets susmentionnés, il peut y avoir de nombreux effets néfastes. Les études montrent que les enfants qui sont exposés de façon répétée à ces abus peuvent souffrir de graves problèmes coexistants de régulation des émotions, de contrôle des impulsions, d’attention et de cognition, ainsi que de relations interpersonnelles et d’auto-attributions négatives (D’Andrea, et al., 2012).

L’une des études les plus citées à ce sujet a révélé que plus un enfant était exposé à ces abus, plus il était susceptible d’avoir de graves problèmes de santé à l’âge adulte. L’étude a révélé un lien étroit entre le nombre d’expositions indésirables chez les enfants et les affections suivantes : maladie cardiaque, cancer, bronchite chronique ou emphysème, antécédents d’hépatite ou d’ictère, fractures du squelette et autoévaluation négative de la santé (Felitti, et al., 1998).

De plus, les parents qui ont vécu un traumatisme et qui ne consultent pas un spécialiste peuvent, sans le savoir, extérioriser leur traumatisme et le transmettre à la personnalité en développement de leur enfant, un processus appelé transmission transgénérationnelle (Shulevitz, 2014).

En raison de l’impact que les traumatismes interpersonnels peuvent avoir sur la santé et le bien-être, il est crucial de chercher un traitement. Les traitements efficaces pour l’exposition aux traumatismes interpersonnels peuvent inclure :

La thérapie d’exposition prolongée : Ce traitement est soutenu par plus de 20 ans de recherche et est très efficace pour traiter le stress post-traumatique chronique et les symptômes associés. L’objectif de la thérapie d’exposition est de traiter les souvenirs et les déclencheurs traumatiques. Le thérapeute travaille avec la personne pour aborder ces éléments graduellement afin qu’une tolérance à la mémoire se construise avec le temps (Foa, Hernbree et Rothbaum, 2007).

La désensibilisation et le retraitement des mouvements oculaires : Aussi connu sous le nom d’EMDR, ce traitement est également soutenu par plus de 20 ans de recherche. En engageant le cerveau dans un double stimulus d’attention (DAS) et une stimulation de gauche à droite, le but de cette approche est de permettre à la personne d’accéder à la mémoire, de se rappeler des aspects spécifiques de la mémoire et de retraiter la mémoire pour qu’elle soit stockée sous une forme adaptative. Le thérapeute aide la personne à percevoir l’événement d’une manière différente – par exemple une source de force ou une chose qui a nécessité du courage pour survivre (Shapiro, 2001).

La thérapie cognitivo-comportementale : La TCC est une approche qui cible les pensées négatives automatiques et les croyances fondamentales du moi. Les personnes qui ont subi un traumatisme interpersonnel ont souvent des croyances et des attributions plus négatives à leur propre égard qui ne sont pas justes (D’Andrea, et al. 2012). À l’aide d’exercices comme l’enregistrement des pensées et des données, le thérapeute aide la personne à examiner ses pensées et à comprendre qu’elles ne sont peut-être pas équilibrées. En trouvant des preuves pour et contre ses pensées négatives, la personne est capable de créer des modèles de pensée alternatifs et plus équilibrés à son propre égard (Greenberger et Padesky, 1995).

Malgré les données démontrant que les traumatismes interpersonnels entraînent un stress post-traumatique complexe et ont des effets néfastes à court et à long terme sur la santé, le corps professionnel en santé mentale a encore du mal à établir un diagnostic qui lui permette de déceler cette exposition et ce trouble. Plusieurs groupes de travail ont été créés pour répondre au besoin d’un consensus sur la manière de diagnostiquer et de traiter les personnes touchées par un traumatisme interpersonnel. D’ici là, le stress post-traumatique complexe ne figurera pas dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM).

Si vous ou un être cher avez été exposé à l’un des abus mentionnés ci-dessus, sollicitez l’aide d’un professionnel de la santé mentale diplômé et expérimenté.

Traduit par courtoisie de  Good Therapy

violences sexuelles

Ce que j’apprends sur le pardon en lien avec le SSPT

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Le pardon est un sujet très délicat. Il peut être donné de manière différente selon chacun. Il peut signifier autre chose pour chaque individu. C’est pourquoi il est si important, mais aussi si compliqué à comprendre.

Par définition, le pardon est : “Une décision consciente et délibérée de libérer des sentiments de ressentiment ou de vengeance envers une personne ou un groupe qui vous a fait du mal.”

La chose la plus importante à retenir au sujet du pardon est que cela ne signifie pas que vous tolérez l’acte ou que vous l’oubliez. En fait, pardonner peut ne rien avoir à voir avec la personne en question. Le pardon ne porte que sur la personne victime du préjudice.

Grâce à ma thérapie par mouvements oculaires (EMDR), j’ai appris qu’il y a quatre phases du pardon. Cela commence par “la phase de découverte”, où vous approfondissez votre compréhension de la situation et de l’impact qu’elle a eu sur vous.

La deuxième phase vise à mieux comprendre le pardon en lui-même et à prendre la décision de continuer ou non avec le pardon dans votre situation personnelle. C’est ce qu’on appelle “la phase de décision”.

Ensuite, il y a “la phase de travail”, au cours de laquelle vous commencez à appréhender l’agresseur sous un angle nouveau. Cela permet d’amorcer le processus de pensées positives à votre égard et à celui de son agresseur.

Enfin, dans la dernière phase, les émotions négatives seront encore plus atténuées. Vous pourriez aussi trouver un sens à la situation et constater que vous avez pu vous développer en tant que personne. C’est ce qu’on appelle “la phase d’approfondissement”.

Comme vous le remarquerez dans chacune de ces quatre phases, la seule partie conséquente, c’est vous. Les différentes phases n’ont pas toutes à voir avec l’agresseur, ni même avec le crime. Le pardon vise à surmonter le traumatisme, pour votre propre bien-être. Vous libérez alors les émotions négatives liées à l’événement.

Le pardon est un processus long et difficile pour certains. Chacun de nous est unique, a vécu des choses différentes et réagit différemment. Nous avons tous droit à ce processus, peu importe le temps qu’il faut pour cela. Personnellement, je suis une thérapie EMDR depuis environ trois mois et je viens de passer à la troisième phase. Je comprends que le pardon me concerne, et j’ai choisi de pardonner. Peu importe la l’événement que vous avez enduré, vous méritez le pardon, pour vous-même.

#lepardon #agresseur #victime #EMDR

Traduit par courtoisie – The mighty