Agresseur

On ne peut plus traiter l’anxiété du traumatisme complexe de la même façon que l’anxiété généralisée.

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Je vis avec les effets d’un traumatisme complexe depuis longtemps, mais pendant de nombreuses années, je ne savais pas ce que c’était. Tout au long de ma vie, j’ai lutté contre ce que je croyais être de l’anxiété et de la dépression. Ou plutôt, en plus d’être traumatisée, j’étais anxieuse et déprimée.

Peu importe la différence, il ne faut jamais minimiser une pathologie. Si vous vous sentez anxieux ou déprimé, il est important et urgent de trouver le soutien qui vous convient. Personne ne remporte le prix de ” pire ” dépression, anxiété, traumatisme ou toute autre combinaison de maux à surmonter, et personne ne devrait souffrir seul. Ceci dit, il y a une différence entre ce que ressent une personne atteinte du TSPT complexe et ce que ressent une personne souffrant d’anxiété généralisée ou de dépression légère ou modérée.

Pour une personne aux prises avec un traumatisme complexe, l’anxiété qu’elle ressent ne vient pas d’une source mystérieuse et inconnue, ni de son obsession pour ce qui pourrait arriver. Pour beaucoup, l’anxiété ressentie n’est pas rationnelle. L’anxiété peut souvent être calmée par des techniques d’ancrage et des rappels de ce qui est réel et vrai. Les techniques de pleine conscience peuvent aider. Même lorsqu’elles se sentent déconnectées, les personnes anxieuses peuvent souvent reconnaître qu’elles sont aimées et soutenues par les autres.

Pour ceux qui ont vécu un traumatisme, l’anxiété vient d’une réaction physiologique automatique en rapport à ce qui s’est déjà passé. Le cerveau et le corps, qui ont déjà vécu le ” pire des cas “, savent ce que c’est et sont déterminés à ne plus jamais y retourner. La réaction combat/fuite/blocage se met en surcharge. C’est comme vivre avec une alarme incendie qui se déclenche à des intervalles aléatoires 24 heures sur 24. Il est extrêmement difficile pour le cerveau rationnel d’être convaincu que “cela n’arrivera pas”, parce qu’il sait déjà que c’est arrivé, et c’était épouvantable.

Ceux qui vivent avec une anxiété généralisée vivent souvent dans la peur de l’avenir. Ceux qui ont des traumatismes complexes craignent l’avenir à cause du passé.

Le remède à l’anxiété et au traumatisme est de ramener la conscience dans le présent. Pour une personne traumatisée qui a été victime de violence, divers facteurs rendent la situation difficile. D’abord et avant tout, une personne traumatisée doit se sentir en sécurité à 100 % avant même de pouvoir affronter le tsunami de colère, de chagrin et de désespoir enfermé en elle, qui a causé son hyper vigilance et toute autre symptôme anxiogène. Cela signifie habituellement qu’aucune personne qui les a maltraités ou qui a permis la violence dans le passé ne peut être autorisée à avoir une place dans sa vie. Cela signifie aussi éliminer toute autre personne qui suit les mêmes schémas abusifs ou permissifs.

Malheureusement pour beaucoup, il n’est pas possible de créer un environnement sans agresseur à 100 pour cent, même pour ceux qui ont des limites bien tracées et qui se méfient de ces signes. Cela signifie qu’être dans le moment présent, pour un survivant d’un traumatisme complexe, ne suffit pas, surtout dans le cas d’un événement stressant. Il peut être déclenché par tout ce qui se trouve dans son environnement actuel et se transformer en un flash-back émotionnel.

Il est possible (et probable) qu’une personne souffrant des effets d’un traumatisme complexe se sente anxieuse et déprimée, mais il y a une différence à la cause profonde. De nombreuses techniques, efficaces pour traiter l’anxiété et la dépression, ne fonctionnent pas chez les survivants de traumatismes. Les techniques de méditation et de pleine conscience qui permettent de prendre conscience de son environnement peuvent parfois avoir un effet contraire sur un survivant de traumatisme. Les survivants de traumatismes n’ont souvent pas besoin d’être davantage sensibilisés. Ils ont besoin de se sentir en sécurité malgré ce que leur conscience leur dit.

Au premier signe d’anxiété ou de dépression, les personnes traumatisées vont sombrer dans la honte. Selon les messages blessants qu’ils reçoivent de leurs agresseurs, ils ressentiront non seulement les effets de l’anxiété et de la dépression, mais aussi une honte profonde d’être ” défaillants ” ou ” incompétents “. Beaucoup de survivants ont été émotionnellement et/ou physiquement abandonnés, et ont une connaissance profonde du fait qu’ils n’ont pas été suffisamment aimés. Ils vivent avec le rappel constant que leur cerveau et leur corps ont été privés d’un droit humain fondamental. Même les situations courantes où ils reçoivent l’amour d’une personne de confiance peuvent déclencher la conscience et le chagrin qui en résulte de savoir combien ils étaient mal-aimés avant.

L’anxiété et la dépression sont considérées comme des problèmes fréquents, mais je soupçonne que bon nombre de ceux qui se considèrent anxieux ou déprimés vivent en fait les conséquences d’un traumatisme. La plupart des thérapeutes ne sont pas bien formés pour gérer les traumatismes, surtout le traumatisme complexe qui résulte d’une exposition prolongée à la violence. À moins d’être titulaires d’un diplôme spécialisé, ils ont peut-être passé quelques heures dans un programme d’études supérieures sur les troubles de la personnalité, et encore moins d’heures à aider les victimes. De nombreux survivants de traumatismes complexes sont souvent diagnostiqués à tort comme ayant un trouble de la personnalité limite (TPL) ou un trouble bipolaire. Toute personne en quête d’un traitement contre l’anxiété ou la dépression se doivent de reconnaître le rôle du trauma.

Source : The Mighty

EMDR

Traumatisme : pourquoi les images restent… ou pas

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mémoire traumatique
Traumatisme : pourquoi les images restent… ou pas

Après un traumatisme, certains “flashs” peuvent resurgir de manière imprévisible et douloureuse. D’où vient ce phénomène, et peut-on le soigner ? Les explications du neurologue Lionel Naccache.

Par Hélène Fresnel – Mis à jour le 7 Février 2018 à 13:05

Psychologies : Pourquoi certaines images choquantes reviennent-elles nous hanter ?

Lionel Naccache : Ce sont des déformations d’un mécanisme biologique utilisé pour constituer notre mémoire. Nous avons tendance à retenir les choses qui nous marquent émotionnellement. Associer des informations à des états intenses, positifs ou négatifs, donne des avantages en termes de survie. Mémoriser quelque chose qui nous a fait peur, une menace, nous permet de fuir rapidement quand elle réapparaît. Les moments qui correspondent à des cataclysmes personnels appartiennent à ce type de souvenirs. Leur intensité leur donne une valeur traumatique.

Comment expliquer que ces « flashs » traumatiques se manifestent visuellement ?

Lionel Naccache : Parce que la vue est le sens le plus présent dans notre cerveau. Une place très importante de notre cortex est consacrée à l’analyse des images. L’homme est un animal visuel. Les autres sens n’occupent pas autant de surface – un souvenir s’exprime rarement de manière auditive, d’ailleurs, même si des sons peuvent le susciter. Dans le cas des souvenirs « normaux », nous n’avons pas seulement accès à une image qui se plante devant nous. Nous sommes aussi capables de jouer mentalement avec la scène que nous avons vécue : nous la manions, tournons autour, la rapprochons ou l’éloignons. Dans le cas du souvenir traumatique, cette capacité de jeu disparaît. Du fait de son intensité, il échappe à la représentation et devient beaucoup plus sensoriel qu’abstrait. C’est pourquoi il s’impose sans que nous puissions le tenir à distance.

Il arrive aussi que le mouvement inverse se produise et que le traumatisme provoque un oubli…

Lionel Naccache : Quand nous vivons quelque chose d’extraordinaire, le risque est soit de basculer dans une image figée dont on ne peut plus sortir, une sorte de mythe de Sisyphe qui revient indéfiniment, soit de voir le déploiement d’un système de protection cérébrale qui efface tout pour se débarrasser du traumatisme. Cela peut aller jusqu’à nous faire oublier notre identité. Dans les cas de gros traumatisme, les victimes d’amnésie ne savent plus qui elles sont et ont perdu toute mémoire autobiographique.

Comment soigne-t-on ces différents phénomènes ?

Lionel Naccache : Deux approches peuvent être mises en œuvre. La verbalisation, qui repose sur l’hypothèse que plus on parvient à parler, plus il sera possible de faire réapparaître ce qui s’est produit, de l’insérer dans le langage, de le modeler et d’entrer dans une trame interprétative qui permettra d’amoindrir sa capacité nocive. L’inconvénient de cette démarche, c’est que l’on risque de consolider le souvenir, d’accentuer sa mémorisation. Une autre école tente d’empêcher que le souvenir ne s’encode quand il est encore frais. Elle privilégie l’utilisation de médicaments comme les bêtabloquants, qui ralentissent le cœur, agissent sur le système sympathique et interfèrent dans la consolidation précoce du souvenir, juste après le choc. Les émotions accolées sont comme tamponnées. Ces deux moyens peuvent être cumulés et ajustés en fonction de l’expérience traversée et du ressenti de chacun. Pour l’instant, c’est un dosage subtil entre ces deux grands axes, associés parfois à des techniques comme l’EMDR (voir l’article ” L’EMDR éteint le stress post-traumatique“), qui donne les meilleurs résultats. Quoi qu’il en soit, rien n’est jamais définitif, parce que notre mémoire métamorphose le passé : nos souvenirs sont des objets visuels, vivants et souples. Nous pouvons les réactiver, en changer la tonalité, les contaminer par l’émotion que nous sommes en train de vivre au présent. Et les réécrire mentalement.

Source : psychologies.com