reconstruction des victimes

Les voix d’adolescentes victimes d’inceste

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Les voix d’adolescentes victimes d’inceste : une étude qualitative sur les sentiments relatifs au traumatisme et à l’espoir de résilience

Points importants

  • L’inceste est l’un des problèmes les plus importants auquel la société et les enfants/adolescents doivent faire face. Nous savons que les victimes d’inceste ne sont pas des groupes homogènes, et lorsque nous avons essayé de mettre en lumière l’inceste, nous n’avons pas trouvé assez de témoignages de parcours personnels pour nous aider à comprendre la dynamique et la difficulté des expériences chez les adolescents et leurs familles. 
  • Nous avons identifié quatre thèmes clé : 1. La mémoire de l’agression : incapacité à comprendre/retard de signification de l’événement : Toutes les adolescentes ont donné des informations définitives quant au premier souvenir d’agression, et elles ont également exprimé avoir été incapable de comprendre ce qu’elles avaient vécu. Elles ont alors retardé la construction de signification ce qui a engendré des sentiments ambivalents à l’égard du premier événement.
  • 2. Tentatives de cessation/dysfonctionnement du mode d’adaptation causé par l’inceste : Les adolescentes ont raconté avoir menacé l’agresseur plusieurs fois durant les différents stades de l’inceste. Toutefois, elles ont également mentionné la solitude, l’insuffisance, et l’ambivalence qu’entraîne ce mode d’adaptation. Sur la question de demander de l’aide aux mères, elles ne leurs ont rien dit pendant très longtemps, et ont plutôt décidé d’y faire faces seules.

  • 3. Refus de contact visuel de la part de l’agresseur : Ce thème aborde la relation entre la victime d’inceste et l’agresseur. Nous avons constaté que les agresseurs évitaient tout contact social avec la victime (comme le contact visuel ou verbal) mais utilisent plutôt des comportements telles que la récompense, la punition ou la menace. Ce thème aborde la déshumanisation des femmes.
  • Le besoin de détruire les souvenirs heureux : ce thème présente une quantité limitée de données sur les expectatives des adolescentes concernant leur reconstruction et leur résilience face au traumatisme de l’inceste. Ce thème montre l’importance de développer un récit de vie cohérent, une réévaluation de l’expérience et la redéfinition de la relation avec l’agresseur, afin de surmonter l’inceste.
  •  Selon ces thèmes, les thérapeutes pourraient aborder la différenciation entre un fonctionnement familial dysfonctionnel et un fonctionnement familial sain, et devraient expliquer qu’il est normal qu’un enfant accuse un retard dans la construction de signification. Pour reconstruire le moi perdu de l’adolescent après une déshumanisation sémantique lors d’agressions : les thérapeutes devraient l’aider à contester les croyances irrationnelles de dévalorisation et à reprendre le contrôle de leurs corps.

Traduction de courtoisie par J.S depuis Psychiatric nursing

traumatisme et symptomes

13 symptômes indiquant que vous pourriez souffrir de stress post-traumatique

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Si vous avez déjà vécu une situation grave, choquante, extrêmement insécurisante ou mettant votre vie en danger, soyez attentif à ces changements subtils dans votre vie quotidienne qui pourraient être des signes de stress post-traumatique.

J’ai vécu avec un trouble de stress post-traumatique (TSPT) pendant des années avant de trouver le traitement ou le diagnostic approprié. Pourtant, certaines personnes passent parfois des décennies supplémentaires sans jamais savoir ce qui ne va pas. La prise de conscience des signes immédiats du trouble de stress post-traumatique est aujourd’hui légèrement plus répandue. Il en va de même pour la reconnaissance du fait qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème vécu par les vétérans de guerre. Les signes comprennent les cauchemars, les flashbacks, les crises de panique, les pensées intrusives, le fait de revivre l’événement encore et encore, et la peur pour votre sécurité.

De nombreuses situations dans la vie peuvent contribuer au SSPT, notamment le fait d’être directement touché par des actes de guerre, de terrorisme ou d’être victime d’un crime. Une catastrophe naturelle ou un accident, le fait d’être témoin ou victime directe d’agressions sexuelles ou domestiques, un traumatisme médical ou la perte d’un être cher sont autant d’exemples. Voici une chose qui vous expose à un risque extrêmement élevé de SSPT ; ce n’est pas nécessairement ce à quoi vous vous attendez. Le fait de grandir dans un quartier dangereux, défavorisé ou dans un environnement familial instable est un facteur déterminant. N’oubliez pas que nombre de ces symptômes sont courants après un événement traumatique. S’ils persistent plus de quelques mois, s’ils sont particulièrement pénibles ou s’ils perturbent votre vie quotidienne, il se peut que vous répondiez aux critères de diagnostic du SSPT.

Premiers signes et symptômes

Lorsque l’on examine les différentes façons dont les gens tentent de faire face à l’exposition à un ou une série d’événements traumatiques, il est important de reconnaître les façons dont ils peuvent se manifester, explique Gary Brown, PhD, psychothérapeute agréé à Los Angeles, CA, qui a travaillé avec des organisations comme la NASA et le ministère de la défense. “Vous avez probablement l’impression que quelque chose ne va pas, que vous ne vous sentez pas tout à fait comme d’habitude, et vous pouvez alterner entre des sentiments d’extrême contrariété ou de néant”, dit-il.

Hyperactivation neurovégétative

Il s’agit d’une intense expérience de pensées, de sentiments, de comportements et de sensations physiques résultant de l’événement traumatique. “La réaction chimique du corps au traumatisme peut mettre la personne dans un mode de survie extrême que nous connaissons sous le nom de “combat ou fuite”, explique le Dr Brown. Lorsqu’en état de combat ou de fuite – et nous devrions vraiment ajouter l’élément de ” blocage ” lorsque nous sommes immobilisés par la peur – nous nous sentons complètement dépassés. Il va sans dire que c’est une situation très douloureuse et effrayante”. Il se peut que vous vous sentiez facilement submergé et bouleversé et que vous n’arriviez pas à vous calmer ou à vous endormir le soir.

Intrusion

C’est l’expérience de pensées et émotions intrusives et persistantes à propos de l’événement – et parfois, ils sont sans rapport mais de nature dérangeante. “Plus ça se rejoue, plus vous devenez angoissé, car vous revivrez constamment le traumatisme”, explique le Dr Brown. Le problème est que vous ne pouvez pas trouver la position ” arrêt “, et plus cela se répète, plus vous vous sentez mal. Malgré tous vos efforts, aucune volonté ni aucune forme de distraction que vous pourriez normalement utiliser, ne peut pas interrompre la boucle”. En fait, vous avez l’impression que votre esprit est hors de contrôle ; utilisez des phrases apaisantes pour calmer votre anxiété.

Reviviscence

L’Institut national de la santé mentale ( NIMH) explique que la reviviscence est fréquente chez les personnes souffrant de SSPT. Entre autres symptômes, ces personnes revivent sans cesse le traumatisme, font des cauchemars et ont des pensées effrayantes. “Le fait de revivre ces symptômes peut entraîner des problèmes dans la vie quotidienne d’une personne”, note l’institut. “Les symptômes peuvent naître des pensées et des sentiments de la personne elle-même. Les mots, les objets ou les situations qui rappellent l’événement peuvent également déclencher ces reviviscences”.

Évitement

Il est courant d’essayer d’éviter tout ce qui pourrait continuer à déclencher les pensées et les sentiments persistants liés à votre expérience traumatique, explique le Dr Brown, qui est également spécialiste de la santé mentale des victimes de sinistres. “L’un des thèmes les plus courants associés à ce phénomène est le désir d’éviter toute personne, tout lieu ou tout objet qui nous cause de la peur et de la douleur. C’est vraiment une réaction des plus normales à une expérience anormale, surtout lorsque nous sommes en mode de survie. Nous ne voulons pas continuer à ressentir la douleur”.

Comportement à risque

Selon Mallory Grimste, thérapeute à Woodbridge, CT, lorsqu’une personne vit un événement potentiellement traumatisant, il est probable qu’elle n’ait pas eu de contrôle sur la situation. “Lorsque nous nous sentons en confiance et en contrôle de notre vie et des circonstances, nous avons tendance à nous sentir mieux en général”, dit M.Grimste. “Les personnes vont souvent tenter d’adopter des comportements à risque pour recréer des circonstances similaires, ou des sentiments et des expériences liés au traumatisme initial, afin de retrouver un sentiment de contrôle avec l’espoir que le résultat sera différent de l’expérience initiale”. Elle note que ce n’est pas toujours un choix conscient. Une conduite à risque peut être le fait de marcher seul dans des quartiers dangereux ou de conduire de manière imprudente. D’autres exemples sont les disputes ou la procrastination, juste pour repousser les limites.

Incapacité à faire confiance

Cela peut être lié à un manque de confiance dans les autres personnes et dans le monde qui vous entoure, mais il est souvent plus probable que cela soit dû à un manque de confiance en soi. “Après une expérience traumatisante, il est courant d’être généralement méfiant envers les autres, le monde et soi-même”, explique M.Grimste. Vous pouvez avoir l’impression que vous ne pouvez rien prendre pour argent comptant, ou vous pouvez inconsciemment “tester” votre relation avec les gens ou remettre constamment en question l’engagement ou la loyauté de l’autre envers vous”. Le fait de fouiller dans leur téléphone ou leur courrier et d’envoyer fréquemment des SMS juste pour “voir comment ça va” en sont quelques exemples. “D’un autre côté, vous pourriez avoir la réaction inverse et avoir une réaction d’évitement, ce qui signifie que vous ne vous engagerez pas dans une véritable relation avec quelqu’un parce que ce genre de vulnérabilité vous semble très risqué”, explique-t-elle.

Hypervigilance

Vivre avec un traumatisme peut transformer le travail, les rencontres sociales, voire les déplacements en une expérience terrifiante et épuisante. Avec le temps, nous apprenons et adaptons nos comportements en fonction de nos expériences passées et de la façon dont nous les avons assimilées. M.Grimste souligne que si vous avez vécu un événement traumatique, vous avez le sentiment que si cela s’est produit une fois, cela peut se reproduire. Ainsi, l’hypervigilance procure un sentiment de sécurité. En d’autres termes, si l’on “s’attend toujours à l’inattendu”, on peut être mieux préparé. On espère ainsi obtenir un résultat différent de celui que l’on a connu lorsque le traumatisme s’est produit. En gros, c’est une tentative de protection. Vous êtes toujours à l’affût de la prochaine “mauvaise chose” qui va se produire et vous essayez activement de la prévenir en anticipant la menace et en vous protégeant contre elle avant qu’il ne soit trop tard”, dit-elle.

Isolement

Il est logique que pour éviter toutes ces pensées houleuses, l’anxiété, la paranoïa et autres comportements inconfortables associés au SSPT, vous essayiez d’éviter autant que possible d’être entouré de gens. “Beaucoup de personnes essaient de faire face à la situation en se retirant des formes de soutien habituelles, comme la famille, les amis et les collègues”, explique le Dr Brown. “Le problème de l’isolement social est que nous nous retrouvons isolés et seuls au moment précis où nous avons vraiment besoin d’aller chercher de l’aide, du réconfort et du soutien auprès des autres. En nous retirant, nous contribuons en fait à prolonger nos souffrances”. Au lieu de se retirer, il suggère de faire exactement le contraire. “Allez vers au moins une ou deux personnes en qui vous avez normalement confiance, et faites-leur savoir ce qui vous arrive”, dit-il. “C’est l’une des meilleures façons de commencer à se remettre d’un traumatisme”.

Alcool et drogues

Il existe un lien étroit entre le SSPT et l’augmentation de la consommation d’alcool ou de drogues, un comportement souvent appelé “automédication”. Toutefois, ce comportement peut se transformer en dépendance. La consommation de substances inclut généralement l’abus d’alcool ou la consommation de marijuana, d’opiacés et de benzodiazépines pour renforcer les sensations de “bien-être”. Ces comportements peuvent vous empêcher de vous rétablir complètement d’un SSPT. Ils masquent souvent vos sentiments au lieu de les gérer de manière appropriée et sans risque.

Évitement des activités normales

En plus d’éviter les gens, vous pouvez aussi commencer à vous éloigner des autres routines quotidiennes qui représentaient autrefois la vie à l’intérieur d’une zone de confort, explique le Dr Brown. ” Étant donné qu’une bonne nuit de sommeil a été impossible durant des heures, des jours, des semaines, voire des mois, vous avez peut-être aussi cessé de vous livrer à des activités qui vous procuraient normalement du plaisir “, dit-il. C’est fréquent. Mais si vous vous sentez incapable de faire quoi que ce soit, il est important de consulter un médecin.

Modification du comportement sexuel ou des relations amoureuses

Les personnes qui sont dans une relation et qui souffrent de SSPT voient souvent leurs relations amoureuses devenir dysfonctionnelles. Elles peuvent également adopter un comportement de promiscuité. “Vous aurez probablement des problèmes d’intimité et ne pourrez probablement pas parler de votre expérience traumatique parce qu’elle est trop pénible”, explique Ken Yeager, docteur en médecine, directeur clinique du programme Stress, Traumatisme et Résilience (STAR) au Wexner Medical Center de l’université d’État de l’Ohio.

Difficultés de concentration

La concentration peut être problématique si vous souffrez de SSPT. “Même commander le déjeuner dans votre restaurant préféré peut devenir difficile, car il est difficile de choisir entre plusieurs options”, explique le Dr Yeager. “Par exemple, vous êtes à l’épicerie, mais vous êtes incapable de vous souvenir des articles que vous êtes venu acheter”. En conséquence, vous pouvez vous sentir confus et déprimé.

Paranoïa

Pour assurer votre sécurité, vous pourriez commencer à chercher des choses – ou des menaces – qui n’existent pas vraiment. “Vous ne pouvez pas faire confiance aux autorités, vous ne pouvez pas faire confiance au gouvernement et vous ne pouvez faire confiance à personne ni à rien”, dit le Dr Yeager. “Si vous avez été volé sous la menace d’une arme et que vous craignez à présent que le monde ne soit pas un lieu sûr, le fait de regarder les informations télévisées et de voir des reportages sur des vols et autres crimes renforcera votre opinion selon laquelle le monde n’est pas un lieu sûr”.

Thérapie

Il existe de nombreux types de thérapies efficaces pour le SSPT, allant de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et de la thérapie comportementale dialectique à l’EMDR (désensibilisation et retraitement des mouvements oculaires) et à la thérapie artistique. Bien entendu, les médicaments peuvent également être utiles.

De plus, si vous vous êtes tourné vers l’automédication pour faire face à la situation, suivez un programme de réhabilitation. Bien sûr, une approche holistique pour trouver la paix intérieure, comme le yoga, l’exercice et la méditation, sont également utiles.

“Plus tôt vous demanderez de l’aide, plus tôt vous commencerez à vous sentir mieux. Sans traitement, le syndrome de stress post-traumatique peut avoir un effet dévastateur sur un survivant et ses proches”, explique le Dr Brown. “Je sais, je suis passé par là. La plus grande erreur que j’ai faite en quittant l’armée a été de ne pas obtenir immédiatement l’aide dont j’avais besoin”.

Helaina Hovitz

Traduit par courtoisie depuis The Healthy

perception du temps murikami

Le traumatisme détruit le temps

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La personne traumatisée vit dans une réalité étrangère.

“Mais je ne suis plus l’un d’entre eux. Ils sont là-haut, sur la surface de la terre ; je suis ici-bas, au fond d’un puits. Ils possèdent la lumière, alors que je suis en train de la perdre. Parfois, j’ai l’impression que je ne retrouverai peut-être jamais le chemin de ce monde, que je ne pourrai plus jamais ressentir la paix d’être enveloppé dans la lumière… Ici-bas, il n’y a pas de saisons. Le temps lui-même n’existe pas” – Haruki Murakami, Chroniques de l’oiseau à ressort

Murakami décrit de manière saisissante la façon dont les traumatismes perturbent brutalement la linéarité et la cohérence de la temporalité ordinaire et quotidienne, ce sentiment que le passé se prolonge vers un avenir ouvert. Les expériences de traumatisme émotionnel sont figées dans un présent éternel dans lequel on reste à jamais piégé, ou auquel on est condamné à être perpétuellement renvoyé par les frondes et les flèches de la vie. Suite aux traumatismes, toute durée ou linéarité s’effondre, le passé traumatique devient présent, et l’avenir perd tout sens autre que celui d’une répétition sans fin. Parce que le traumatisme modifie si profondément la structure universelle et commune de la temporalité, la personne traumatisée vit littéralement dans un autre type de réalité, un monde expérientiel ressenti comme incommensurable avec celui des autres. Le fait de ne pas pouvoir comparer son expérience à celle des autres contribue ainsi à créer le sentiment d’aliénation et d’éloignement qui habite généralement la personne souffrant de traumatisme, face aux autres êtres humains . Dépouillé du tissu communautaire de l’être dans le temps, le traumatisme se trouve isolé du dialogue humain.

Auteur – Robert D Stolorow est un psychanalyste et philosophe, connu pour ses travaux sur la théorie de l’intersubjectivité, la psychanalyse post-cartésienne et les traumatismes émotionnels

Traduit par courtoisie : Psychology today

tspt et déclencheurs

Vivre une crise en mode de survie

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Dans ce monde en crise, nos réactions aux traumatismes se multiplient. Les approches que nous utilisons sont aussi diverses que la population humaine. Nous avons tous nos stratégies de survie et nos mécanismes d’adaptation qui proviennent de nos environnements spécifiques. Bien que les méthodes puissent être différentes, il existe des similitudes dans la façon dont nous traitons le moment présent après un traumatisme. Et je sais que le monde a beaucoup plus de traumatismes que nous ne le pensons. Alors regardons ce que beaucoup d’entre nous font en ce moment pour survivre à cette crise au détriment des efforts de reconstruction que nous avons réussi à mener pendant notre vie d’adulte.

Nous sommes anesthésiés. Je suis consciente que ce n’est pas nouveau pour la plupart des survivants de traumatismes. Nous passons souvent du temps dans cet état d’engourdissement et nous n’avons pas besoin d’une crise pour nous y mettre. Mais en ce moment, nous pouvons avoir du mal à ressentir quoi que ce soit. Pour certains, cela peut sembler être une forme de progrès. Si vous étiez habitué à vous sentir continuellement suicidaire ou en colère, l’engourdissement pourrait être considéré comme un changement bienvenu. Mais croyez-le ou non, ressentir nos émotions est une étape supérieure à l’engourdissement. Je sais. Je sais. J’entends déjà la résistance collective à cette affirmation. Mais écoutez-moi bien. Lorsque nous sommes engourdis, nous neutralisons notre part intérieure qui veut partager ce qu’elle ressent. Nous la fermons. À long terme, ce n’est pas sain. Mais il se peut que ce soit notre réalité en ce moment même.

Nous sommes distraits. Les distractions sont plus difficiles à trouver en isolement, mais pas impossibles. Nos défenses peuvent être très créatives. Avec un vaste monde virtuel et un virus qui fait tourner les têtes, nous nous laissons distraire de nos sentiments. Et je sais que ma tendance à utiliser les médias sociaux a atteint des sommets. Je passe désormais plus de temps devant la télévision à regarder des films. Je trouve aussi qu’il est très facile de se laisser happer par l’hystérie du virus, et de lire beaucoup plus d’articles que nécessaire. La tendance à être trop distrait en ce moment est très forte.

Nous ne dormons pas bien. Beaucoup de gens ont un rythme de vie différent de celui qu’ils avaient avant la crise. Mais même si ce n’est pas le cas, les habitudes de sommeil peuvent se trouver modifiées et changer. Lorsque nous dormons, nous nous connectons avec notre inconscient. Notre inconscient exprime ses peurs sous forme de rêves et de cauchemars. Nos déclencheurs se manifestent dans notre sommeil s’ils sont bloqués lorsque nous sommes éveillés. Nous pouvons donc avoir du mal à nous reposer la nuit, même si nous nous sentons bien pendant la journée.

L’esprit nous raconte des histoires. L’esprit est fait pour raconter des histoires. Même chez les personnes peu traumatisées, l’esprit est enclin à raconter des histoires qui débordent de la vérité. Nous avons créé des histoires pour traverser une enfance avec une vérité qui était trop dévastatrice pour qu’on puisse l’affronter. Et ces histoires ont tendance à résister à l’épreuve du temps. Elles deviennent essentielles pour la survie. Mais il y a une autre façon d’utiliser les histoires. Nous les utilisons pour expliquer nos émotions passées. Nous concevons des histoires pour expliquer pourquoi nous ressentons ce que nous ressentons. Nos émotions sont des flashbacks, mais nous ne pouvons pas faire face à cette vérité. Nous nous disons donc que nos émotions sont liées à la situation actuelle. Dans la réalité présente, c’est très facile à faire. Nous pouvons établir un lien entre toutes nos émotions traumatisantes et cette crise. Cela n’a jamais été aussi facile. Et cela nous maintient dans une boucle de récit difficile à rompre.

Alors, je vous en prie, allez-y doucement. Faites preuve de compassion pour vos défenses. Nous en faisons l’expérience au niveau mondial en ce moment même. Observez vos défenses. Ancrez-vous aussi souvent que vous pensez à le faire. Et laissez-vous un peu d’espace pour être moins productif, plus épuisé et moins conscient que la normale. Il n’y a rien qui cloche chez vous. Vous réagissez à une expérience traumatisante par une réaction traumatique que vous avez utilisée pour survivre à une enfance traumatisante. Malgré ce que vous lisez peut-être ailleurs, vous réagissez normalement. Et prendre conscience de cette réaction normale fait autant partie de notre parcours de guérison que de toute autre étape.

Traduit par courtoisie depuis Beating trauma

soutien dépression

Le problème de dire aux personnes en crise qu’il faut savoir ‘’prendre la main” qu’on nous tend.

Publié Laisser un commentairePublié dans dépression et anxiété, isolement, relations interpersonnelles

Il existe de nos jours de nombreux articles sur la façon de “demander de l’aide” lorsqu l’on est en proie à une crise de santé mentale, de “tendre la main” aux personnes qui vous entourent pour obtenir force, réconfort et ressources. Mais je peux vous dire, par expérience, que ce n’est pas si simple. J’ai lutté contre la dépression et l’anxiété la majeure partie de ma vie. La plupart du temps, je la contrôle bien grâce à un régime d’auto-soins et de médicaments, ainsi qu’à un thérapeute phénoménal. Mais, en de rares occasions, cela ne suffit pas. Il y a des moments où le barrage de stress externes mêlés à mon paysage intérieur, crée la tempête parfaite de vulnérabilité et de profonde douleur ; je me retrouve au bord de la falaise, regardant en bas vers l’abîme.

L’un de ces moments s’est produit très récemment. Après quatre mois de problèmes financiers, de difficultés médicales, de multiples crises dans mon travail avec d’autres personnes souffrant de problèmes de santé mentale et de deux problèmes relationnels très douloureux, j’ai atteint ma limite. Profondément déprimée, très anxieuse et complètement vulnérable, j’ai tendu la main à une amie alors que j’étais assise en pleurs sur un parking. Je la connaissais depuis trois ans, et elle était au courant de mes problèmes de santé. Je pensais que c’était une personne sûre. Sa réponse m’a coupé les jambes.

Elle m’a dit que je devais “écrire un journal de gratitude”, que mon attitude négative ” attirait sur moi toutes ces choses négatives “.

J’ai été époustouflée. Parmi les “choses négatives” dont elle parlait, il y a un trouble génétique que j’ai depuis ma naissance, des problèmes de santé chez des membres de ma famille et mes animaux adorés, et non pas des “choix de vie négatifs”. Peu de temps après, elle a coupé tout contact avec moi. J’ai cherché du soutien auprès d’une personne que je connaissais depuis 20 ans, que j’avais soutenue à travers ses propres crises. Il m’a fait une leçon sur le fait que j’avais “désespérément besoin de relations sérieuses” et en l’espace d’une semaine, il a également coupé tout contact avec moi. J’ai essayé de parler aux gens de ma communauté religieuse, et on m’a dit que je devais parler à un thérapeute, alors qu’ils savaient que je l’avais déjà fait. Ils n’avaient nullement envie de me parler de ma douleur, ni de me fournir un quelconque soutien émotionnel. L’insinuation qui m’a été faite était que le poids de ma douleur était un fardeau dont ils ne voulaient rien savoir, et que je devais me taire et trouver quelque chose de positif sur lequel me concentrer pour qu’ils ne se sentent pas mal à l’aise. J’étais dévastée par cette situation, et je me sentais encore plus mal.

J’ai eu la chance que d’autres personnes m’apportent leur soutien : un collègue de travail qui est resté en contact avec moi pendant tout un week-end difficile, un ami de longue date qui m’a écoutée et a pris le temps de me voir. Mon colocataire à l’université, qui a appelé du Colorado pour m’offrir son soutien et m’a envoyé des messages de soutien pendant les jours qui ont suivi. L’ami d’un ami qui m’a appelé après avoir lu un message entre les lignes dans une des mes publications, m’offrant soutien et conseils. Un ami de longue date au travail qui m’a envoyé des courriels presque tous les jours. J’ai eu une chance incroyable d’avoir ces personnes. Ils m’ont écoutée, ils étaient présents pour moi, ils n’ont porté aucun jugement sur moi ou sur la manière dont je me suis sentie. Ils n’ont pas minimisé ma maladie ou le stress dans ma vie.

Je pense qu’il est important de dire aux gens de tendre la main pendant une crise, mais il est également important de réaliser que tout le monde ne sera pas aidant. Les réactions de certaines personnes ont en fait aggravé ma situation. Je me sentais encore plus seule, plus inutile, plus endommagée après chaque rejet de personnes en qui j’avais confiance. Les personnes qui sont disposées à entendre parler de la douleur émotionnelle ne sont pas toujours celles que vous croyez – les guides spirituels, les amis de longue date, les personnes que vous avez peut-être aidées auparavant. Il peut s’agir de quelqu’un que vous ne connaissez pas bien, de quelqu’un qui est en périphérie de votre vie, mais qui a plus de profondeur et de maturité que la moyenne des gens. Quelqu’un qui est prêt à écouter et à répondre à la douleur de quelqu’un d’autre sans jugement. Quelqu’un d’assez à l’aise dans sa propre peau pour pouvoir prendre en compte les besoins d’une autre personne et ne pas simplement considérer cela comme un désagrément inopportun.

Vivre une crise de santé mentale peut être incroyablement difficile. La santé mentale fait encore l’objet d’une stigmatisation et de nombreuses personnes n’ont pas l’habitude d’avoir une véritable profondeur émotionnelle dans leurs interactions avec les autres, ce qui les rend peu susceptibles de bien répondre à une personne qui leur demande de l’aide. Le problème n’est pas toujours que les gens comme moi ne demandent pas d’aide en cas de crise – nous le faisons souvent. Le vrai problème, à mon avis, est que beaucoup de gens ne savent pas comment parler à quelqu’un en crise et peuvent finir par aggraver la situation avec leurs réactions négatives.

Mon conseil à ceux qui sont approchés par une personne en crise serait le suivant : écoutez simplement. Vous n’avez pas à nous “arranger”, ni à régler notre situation. Il suffit d’entendre notre douleur, de nous faire savoir que vous vous souciez de ce que nous vivons. Aidez-nous à trouver des ressources si nécessaire. Soyez présent pour nous – allez prendre un café avec nous, envoyez des courriels de soutien, prenez votre téléphone et appelez-nous. Nous n’avons pas besoin que vous soyez notre thérapeute ou notre psychiatre, mais en pleine crise, nous avons besoin que vous nous écoutiez, que vous nous reconnaissiez et que vous nous souteniez en tant qu’êtres humains qui souffrent terriblement.

Un grand merci aux personnes qui m’ont tendu la main quand j’en avais le plus besoin, et aux innombrables personnes qui ont tendu la main et soutenu d’autres personnes dans des situations similaires. Vous êtes d’une valeur inestimable. Que d’autres puissent apprendre de ce que vous avez fait et devenir plus aptes à apporter leur soutien aux membres de leur famille, à leurs amis et à leurs collègues en temps de crise.

Traduit par courtoisie depuis The Mighty