tspt et souvenirs traumatiques

Mémoires préverbales dans le SSPT complexe

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Guérir les traumatismes de l’enfance

Les événements traumatiques de la petite enfance comprennent les expériences de négligence, le sentiment de ne pas avoir eu votre place ou d’avoir été indésirable, ou de vous être senti constamment incompris. Vous avez peut-être grandi dans une famille où vos parents ont subi des traumatismes non résolus, ce qui a nui à leur capacité de répondre à vos besoins émotionnels. Ou, pour les situations plus extrêmes, vous avez peut-être été exposé à des agressions dangereuses. Le traumatisme chronique non résolu de l’enfance est appelé SSPT Complexe (SSPT – C).

Selon le psychologue et neuroscientifique, Dr. Allan Schore, nos premiers souvenirs préverbaux ne sont ni verbaux, ni stockés sous forme d’images. Au lieu de cela, ils existent en tant que schémas gestuels et sensations . Ce sont les fondations de nos premières relations représentées par la stimulation et l’émotion psychophysiologiques. Même lorsque l’enfant développe son langage, les souvenirs traumatiques sont souvent stockés de manière désorganisée. Si vous avez vécu un traumatisme pendant votre enfance, vous pouvez vous sentir accablé par une douleur physique et émotionnelle ou vous sentir hanté par des fragments de souvenirs troublants.

«Pour réussir à travailler avec les mémoires préverbales, il faut trouver un moyen d’accéder à l’expérience somatique liée à ces premiers échanges interpersonnels. Il est important de savoir que vous pouvez guérir du SSPT-C. Même si le chemin vers la guérison vous semble intimidant, rappelez-vous que tous les voyages commencent par un seul pas.’’
– Dr. Arielle Schwartz

Souvenirs préverbaux

Nos premiers souvenirs, appelés mémoires implicites, reposent sur des systèmes cérébraux limbiques qui sont fonctionnels dès la naissance et dominants pendant les deux à trois premières années de la vie. Selon le psychiatre et auteur, Dr. Daniel Stern, nos souvenirs préverbaux renferment des représentations de nos premières relations – celles avec notre mère, notre père et nos tuteurs. Le système de mémoire implicite est la base de ce que l’on appelle parfois les «souvenirs corporels».

Le rôle des personnes tutrices est de déterminer les besoins physiques et émotionnels du nourrisson grâce à un synchronisme empathique. Ce processus aide à renforcer le sentiment intérieur de soi du bébé.

Dr. Schore, a inventé le terme «régulateur psycho-biologique» reconnaissant qu’un tuteur assure le contrôle externe de la physiologie immature du nourrisson. Une telle régulation influence le tonus vagal. En d’autres termes, le système nerveux autonome de la mère «connecte» la physiologie du nourrisson impliquée dans les activités de régulation.

Les recherches du Dr.Ed Tronick auprès de mères souffrant de dépression ont indiqué qu’elles étaient plus susceptibles de mal interpréter les signaux de leurs enfants. Par exemple, si un bébé signale un besoin normal de se désengager, la mère déprimée peut se sentir rejetée, prendre une expression coléreuse, envahir les limites de l’enfant ou se dissocier. À ce stade, elle n’est plus disponible pour réguler les besoins du nourrisson. Afin de rester régulée, une mère doit être capable de reconnaître sa propre charge émotionnelle en s’accordant à ses sensations internes avec une réflexion sur soi. Elle utilise ce processus pour séparer sa propre histoire d’attachement précoce de celle présente avec son enfant. Elle pourrait se dire: «Ce sont des sentiments douloureux de mon passé, mais mon enfant ne me rejette pas. Je peux répondre à mes sentiments sans en rendre mon enfant responsable.» Dans cet exemple, la mère s’occupe de ses propres sentiments lui permettant de se comporter d’une manière qui aide à réguler la physiologie de l’enfant.

Les souvenirs implicites servent de fondement à un ressenti du sentiment de soi qui peut persister à l’âge adulte.

Souvenirs traumatiques

Le psychologue américain Arthur Janov suggère que le traumatisme à la naissance est considéré comme une empreinte dans le système nerveux du nouveau-né et persiste à l’âge adulte. Ces mémoires flash ou empreintes sont des souvenirs qui ont tendance à revenir très distinctement et qui sont encodés lorsque vous êtes dans un état de peur, quel que soit votre âge. Une poussée d’adrénaline semble intensifier le stockage en mémoire des événements précédant l’événement traumatique. Janov a souligné la valeur des thérapies somatiques parce que l’empreinte de ces souvenirs ne peuvent être accessibles qu’en travaillant avec les sentiments de ressentis du corps.

Il est important de noter qu’une grande partie des recherches sur les mémoires flashs suggèrent qu’elles ne sont pas fiables et représentent rarement une réitération exacte des évènements originels. C’est parce que notre système de mémoire est malléable. Lors de la récupération d’une mémoire préverbale, il n’y a souvent qu’un sentiment de ressenti ou sensation de l’expérience originelle avec peu de ses détails. De plus, les souvenirs traumatiques sont souvent fragmentés et désorganisés, compromettant un récit cohérent du passé. En tant qu’êtres humains, nous sommes des conteurs d’histoires et remplissons les éléments manquant de la mémoire – nous avons un besoin fondamental de développer un récit qui soit cohérent avec notre sentiment du soi actuel.

Il est tentant autant pour les clients que pour les thérapeutes de projeter un récit sur des souvenirs corporels somatiquement vécus. Par conséquent, les thérapeutes doivent rester conscients de leur pouvoir et de leur influence et éviter une surinterprétation suggestive de l’expérience du client.

Guérir un traumatisme préverbal

Afin de travailler de façon efficace avec des mémoires préverbales, vous devez accéder à l’expérience somatique. Les modalités telles que la thérapie somatique et la thérapie EMDR offrent des outils précieux pour la guérison du SSPT-C. Les mots peuvent parfois interférer avec le contact du corps. Par conséquent, il est important de se connecter aux sensations en construisant une tolérance pour la conscience somatique. En thérapie, un clinicien qualifié est témoin du langage corporel du client mais ne l’interprète pas à sa place. Vous travaillez avec votre sentiment ressenti de la mémoire en décrivant l’expérience telle qu’elle existe dans le moment présent. Surtout, il n’est pas nécessaire de connaître toute la vérité sur un souvenir traumatique préverbal pour trouver la résolution du traumatisme.

Étant donné que les traumatismes de la petite enfance surviennent le plus souvent dans une relation, les interventions thérapeutiques sont plus efficaces dans le contexte d’une relation sûre, digne de confiance et compatissante. Lorsque vous travaillez avec un traumatisme de développement précoce, votre thérapeute vous aide à apprendre de nouveaux modèles de régulation grâce à un processus interactif instantané de communications verbales et non verbales. En apprenant à vivre dans le présent au lieu du passé, vous pouvez augmenter votre capacité à pratiquer quotidiennement l’amour et la compassion de soi.

Il est important de savoir que vous pouvez guérir du SSPT-C. Même si le chemin vers la guérison peut sembler intimidant, rappelez-vous que tous les voyages commencent par un premier pas.

Traduction de courtoisie par Rebecca Zandvliet depuis le site Dr Arielle Schwartz

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Le traumatisme détruit le temps

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La personne traumatisée vit dans une réalité étrangère.

“Mais je ne suis plus l’un d’entre eux. Ils sont là-haut, sur la surface de la terre ; je suis ici-bas, au fond d’un puits. Ils possèdent la lumière, alors que je suis en train de la perdre. Parfois, j’ai l’impression que je ne retrouverai peut-être jamais le chemin de ce monde, que je ne pourrai plus jamais ressentir la paix d’être enveloppé dans la lumière… Ici-bas, il n’y a pas de saisons. Le temps lui-même n’existe pas” – Haruki Murakami, Chroniques de l’oiseau à ressort

Murakami décrit de manière saisissante la façon dont les traumatismes perturbent brutalement la linéarité et la cohérence de la temporalité ordinaire et quotidienne, ce sentiment que le passé se prolonge vers un avenir ouvert. Les expériences de traumatisme émotionnel sont figées dans un présent éternel dans lequel on reste à jamais piégé, ou auquel on est condamné à être perpétuellement renvoyé par les frondes et les flèches de la vie. Suite aux traumatismes, toute durée ou linéarité s’effondre, le passé traumatique devient présent, et l’avenir perd tout sens autre que celui d’une répétition sans fin. Parce que le traumatisme modifie si profondément la structure universelle et commune de la temporalité, la personne traumatisée vit littéralement dans un autre type de réalité, un monde expérientiel ressenti comme incommensurable avec celui des autres. Le fait de ne pas pouvoir comparer son expérience à celle des autres contribue ainsi à créer le sentiment d’aliénation et d’éloignement qui habite généralement la personne souffrant de traumatisme, face aux autres êtres humains . Dépouillé du tissu communautaire de l’être dans le temps, le traumatisme se trouve isolé du dialogue humain.

Auteur – Robert D Stolorow est un psychanalyste et philosophe, connu pour ses travaux sur la théorie de l’intersubjectivité, la psychanalyse post-cartésienne et les traumatismes émotionnels

Traduit par courtoisie : Psychology today

souvenirs traumatiques

Les souvenirs de traumatismes sont uniques en raison de la façon dont le cerveau et le corps réagissent à la menace

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La plupart des expériences que vous vivez ne laissent aucune trace dans votre mémoire. Apprendre de nouvelles informations demande souvent beaucoup d’efforts et de répétitions – imaginez étudier pour un examen difficile ou maîtriser les tâches d’un nouvel emploi. Il est facile d’oublier ce que vous avez appris, et se rappeler des détails du passé peut parfois être difficile.

Mais certaines expériences passées peuvent vous hanter pendant des années. Il est impossible d’oublier des événements qui mettent votre vie en danger, comme se faire agresser ou échapper d’un incendie, et ce malgré tous vos efforts. (…) Comment les psychiatres et les neuro-scientifiques comme moi comprennent-ils que les traumatismes du passé peuvent rester présents et persister dans nos vies à travers les souvenirs ?

Le corps réagit automatiquement à la menace

Imaginez que vous soyez confronté à un danger extrême, comme être tenu en joue. Tout de suite, votre rythme cardiaque augmente. Vos artères se resserrent, dirigeant davantage de sang vers vos muscles, qui se tendent en prévision d’une éventuelle lutte pour la vie ou la mort. La transpiration augmente, pour vous rafraîchir et améliorer la capacité de préhension des paumes et des pieds pour une meilleure traction en vue de la fuite. Dans certaines situations, lorsque la menace est insurmontable, vous pouvez vous figer et être incapable de bouger.

Les réactions à la menace sont souvent accompagnées d’une série de sensations et de sentiments. Les sens peuvent s’aiguiser, ce qui contribue à amplifier la détection et la réaction à la menace. Vous pouvez ressentir des picotements ou des engourdissements dans vos membres, ainsi que des essoufflements, des douleurs thoraciques, des sensations de faiblesse, des évanouissements ou des vertiges. Vos pensées peuvent s’emballer ou, à l’inverse, vous pouvez ressentir une absence de pensées et vous sentir détaché de la réalité. La terreur, la panique, l’impuissance, le défaut de contrôle ou le chaos peuvent prendre le dessus.

Ces réactions sont automatiques et ne peuvent pas être arrêtées une fois qu’elles sont initiées, indépendamment des sentiments ultérieurs de culpabilité ou de honte liés à l’absence de combat ou de fuite.

Le cerveau dispose de deux voies pour réagir au danger

Au cours des dernières décennies, la recherche biologique a fait des progrès significatifs dans la compréhension de la façon dont le cerveau réagit à une menace. Les réactions de défense sont contrôlées par des systèmes neuronaux que les êtres humains ont hérités de nos lointains ancêtres évolutionnaires.

L’amygdale – en rouge – est impliquée dans le traitement des émotions. Bases de données des sciences de la vie, CC BY-SA

L’un des acteurs clés est l’amygdale, une structure située au plus profond du lobe temporal médian, de chaque côté du cerveau. Elle traite les informations sensorielles de menace et envoie des signaux à d’autres sites du cerveau, comme l’hypothalamus, qui est responsable de la libération d’hormones de stress, ou les zones du tronc cérébral, qui contrôlent les niveaux de vigilance et les comportements automatiques, y compris l’immobilité ou la paralysie.

Les recherches menées sur les animaux et, plus récemment, sur l’homme suggèrent l’existence de deux voies possibles par lesquelles l’amygdale reçoit des informations sensorielles. La première voie, appelée voie basse, fournit à l’amygdale un signal rapide, mais imprécis, provenant du thalamus sensoriel. Ce circuit serait responsable des réponses immédiates et inconscientes à la menace.

La voie haute passe par les zones sensorielles corticales et fournit des représentations plus complexes et détaillées de la menace à l’amygdale. Les chercheurs pensent que la route haute est impliquée dans le traitement des aspects des menaces dont une personne est consciemment consciente.

Le modèle des deux routes explique comment les réponses à une menace peuvent être initiées avant même que l’on en prenne conscience. L’amygdale est interconnectée avec un réseau de zones du cerveau, dont l’hippocampe, le cortex préfrontal et d’autres, qui traitent tous différents aspects des comportements de défense. Par exemple, vous entendez une forte détonation et vous vous immobilisez momentanément – ce serait une réaction de la voie basse. Vous remarquez quelqu’un avec une arme à feu, vous balayez immédiatement votre environnement pour trouver une cachette et une issue de secours – ces actions ne seraient pas possibles sans l’intervention de la voie haute.

Deux types de souvenirs

Les souvenirs traumatisants sont intensément puissants et se présentent sous deux formes.

Lorsque nous parlons de souvenirs, la plupart du temps nous faisons référence à des souvenirs conscients ou explicites. Cependant, le cerveau est capable d’encoder en parallèle des souvenirs distincts pour un même événement – certains explicites et d’autres implicites ou inconscients.

Un exemple expérimental de souvenirs implicites est le conditionnement de la menace. En laboratoire, un stimulus toxique tel qu’un choc électrique, qui déclenche des réactions innées à une menace, est associé à un stimulus neutre, comme une image, un son ou une odeur. Le cerveau forme une forte association entre le stimulus neutre et la réponse à la menace. Cette image, ce son ou cette odeur acquiert alors la capacité de déclencher des réactions de menace inconscientes et automatiques – en l’absence de choc électrique.

C’est comme le chien de Pavlov qui salive quand il entend la cloche du repas, mais ces réactions conditionnées à la menace sont généralement formées après un seul appariement entre le véritable stimulus menaçant ou dangereux et un stimulus neutre, et durent toute la vie. Il n’est donc pas surprenant que ces réactions conditionnées favorisent la survie. Par exemple, après s’être brûlé sur un four chaud, un enfant se tiendra probablement à l’écart du four pour éviter chaleur et douleurs.

Des études montrent que l’amygdale est essentielle pour encoder et stocker les associations entre stimulus dangereux et neutre, et que les hormones du stress et les médiateurs – tels que le cortisol et la noradrénaline – jouent un rôle important dans la formation des associations de menaces.

Les chercheurs pensent que les souvenirs traumatiques sont une sorte de réponse conditionnée à la menace. Pour le survivant d’un accident de vélo, la vue d’un camion s’approchant rapidement et ressemblant à celui qui l’a percuté peut provoquer l’accélération du cœur et la transpiration. Pour le survivant d’une agression sexuelle, la vue de l’auteur ou d’une personne qui lui ressemble peut provoquer des tremblements, un sentiment de détresse et une envie de se cacher, de s’enfuir ou de se battre. Ces réactions sont déclenchées, qu’elles s’accompagnent ou non de souvenirs conscients du traumatisme subi.

Les souvenirs conscients du trauma sont encodés par divers sites du cerveau qui traitent différents aspects de l’expérience. Les souvenirs explicites d’un traumatisme reflètent la terreur de l’expérience originale et peuvent être moins organisés que les souvenirs acquis dans des conditions moins stressantes. Ils sont généralement plus vivants, plus intenses et plus persistants.

Une fois les souvenirs créés

Les souvenirs sont des phénomènes biologiques et, en tant que tels, sont dynamiques. L’exposition à des indices qui déclenchent le rappel ou la récupération de souvenirs traumatiques active les systèmes neuronaux qui stockent les souvenirs. Cela inclut l’activation électrique des circuits neuronaux, ainsi que les processus intracellulaires sous-jacents.

Les mémoires réactivées sont susceptibles d’être modifiées. Le caractère et la direction de cette modification dépendent des circonstances de la personne qui se souvient du souvenir. La récupération de souvenirs traumatiques implicites ou explicites est généralement associée à des niveaux de stress élevés. Les hormones de stress agissent sur les circuits cérébraux activés et peuvent renforcer le souvenir original du traumatisme par un phénomène connu sous le nom de reconsolidation de la mémoire.

Il existe des stratégies cliniques pour aider les personnes à se reconstruire après un traumatisme émotionnel. Un facteur essentiel est le sentiment de sécurité. La récupération des souvenirs traumatiques dans des conditions sécurisantes, lorsque les niveaux de stress sont relativement faibles et sous contrôle, permet à l’individu d’actualiser ou de réorganiser l’expérience traumatique. Il est possible de relier le traumatisme à d’autres expériences et de diminuer son impact destructeur. Les psychologues appellent cela la croissance post-traumatique.

Considérer les circonstances dans lesquelles les souvenirs traumatiques sont rappelés, que ce soit au cours de la thérapie, lors d’enquêtes policières, d’audiences au tribunal ou de témoignages publics est un impératif éthique. Le rappel d’un traumatisme peut faire partie du processus de reconstruction mais peut aussi entraîner un nouveau traumatisme, une persistance et des effets préjudiciables continus de ces souvenirs traumatiques.

Auteur – Jacek Debiec : Professeur assistant / Département de psychiatrie ; Professeur assistant de recherche / Institut des neurosciences moléculaires et comportementales, Université du Michigan

Traduit par courtoisie depuis The Conversation

tspt et souvenirs

Résilience après un traumatisme : Le rôle de la suppression de la mémoire

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La suppression de la mémoire peut aider après un traumatisme

Les thérapeutes se demandent depuis longtemps si les tentatives de supprimer volontairement l’intrusion des souvenirs de traumatismes sont utiles pour combattre les effets néfastes des traumatismes. Mary et al. ont observé les survivants des attentats terroristes de Paris de 2015 qui ont développé un trouble de stress post-traumatique et ceux qui n’en ont pas développé (voir Ersche). À l’aide de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, ils ont étudié les réseaux neuronaux qui sous-tendent le contrôle et la suppression de la récupération de la mémoire. Les résultats suggèrent que les symptômes caractéristiques du trouble ne sont pas liés à la mémoire elle-même, mais à son contrôle mésadapté. Ces résultats offrent de nouvelles perspectives sur le développement du trouble de stress post-traumatique et des pistes de traitement potentielles.

Résumé structuré

INTRODUCTION

L’une des questions fondamentales en neurosciences appliquées est de savoir pourquoi certains individus peuvent faire face à des événements traumatiques, alors que d’autres restent traumatisés par un passé qui les hante et dont ils ne peuvent se débarrasser. L’expression et la persistance de souvenirs intrusifs, nets et angoissants, est une caractéristique centrale du trouble de stress post-traumatique (TSPT). La compréhension actuelle du SSPT lie cette persistance à l’incapacité de réduire la peur associée au traumatisme, un déficit qui trouve son origine dans le dysfonctionnement de la mémoire. Dans cette étude, nous avons cherché à savoir si ce déficit pouvait également être lié à la perturbation du système cérébral qui permet normalement de contrôler la mémoire.

ARGUMENT

Pour tester cette hypothèse en laboratoire, nous avons fait appel à des souvenirs intrusifs neutres et non agressifs associés à un indice de rappel dans un groupe de 102 personnes exposées aux attentats terroristes de Paris en 2015 et dans un groupe de 73 personnes non exposées (c’est-à-dire n’ayant pas vécu les attentats). Le groupe exposé était composé de 55 personnes souffrant de symptômes de SSPT (appelé SSPT+) et de 47 personnes ne présentant aucune incapacité perceptible après le traumatisme (appelé SSPT-). Nous avons utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour mesurer comment le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC), un noyau central du système de contrôle du cerveau, a régulé et supprimé l’activité de la mémoire pendant la reviviscence de ces souvenirs intrusifs. Nous avons concentré nos analyses sur la dépendance fonctionnelle et causale entre les circuits neuronaux de contrôle et de mémoire lors des tentatives de suppression de la résurgence de ces souvenirs intrusifs.

RÉSULTATS

Chez les individus en bonne santé (SSPT- et non-exposés), les tentatives de prévenir l’émergence indésirable d’une mémoire intrusive dans la conscience ont été associées à une réduction significative du couplage fonctionnel entre les systèmes de contrôle et de mémoire, par rapport aux situations où le rappel ne déclenche pas une telle intrusion. En revanche, on a constaté la quasi-absence d’une telle diminution de la connectivité dans le cas du SSPT+. Des analyses supplémentaires axées sur la sensorialité des communications de flux neuronaux sous-jacents ont révélé que la suppression des souvenirs intrusifs chez les individus en bonne santé résultait de la régulation du DLPFC antérieur droit, qui réglait la réponse des processus de mémoire pour réduire leurs réactions. Cette régulation était notamment destinée à deux régions clés précédemment associées à la reviviscence de souvenirs traumatiques : l’hippocampe et le précuneus.

CONCLUSION

Nous avons observé une perturbation généralisée du signal de régulation qui contrôle la réactivation des souvenirs non désirés. Cette perturbation pourrait constituer un facteur central dans la persistance des souvenirs traumatisants, réduisant la capacité à déployer les ressources d’adaptation nécessaires au maintien d’une mémoire saine. Un tel déficit peut expliquer les tentatives de suppression inefficaces et inadaptées souvent observées dans les cas de SSPT. Notre étude suggère que les fonctions mentales générales habituellement enclenchées pour bannir et supprimer l’expression intrusive de souvenirs indésirables pourraient contribuer à une adaptation positive à la suite d’un événement traumatique, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux traitements.

Mécanismes de suppression de la mémoire après un traumatisme.

(A) Il a été demandé aux personnes exposées, atteintes ou non de SSPT, de supprimer la reviviscence de souvenirs intrusifs neutres. (B) Les analyses ont porté sur les dépendances fonctionnelles et causales entre les systèmes de contrôle et de mémoire lors des tentatives de suppression. (C) Une diminution importante du couplage pour contrecarrer l’intrusion a été observée dans les groupes non exposés et souffrant de SSPT- mais pas dans le groupe SSPT+. (D) Cette diminution du couplage a été favorisée par une régulation descendante du traitement involontaire de la mémoire par le DLPFC concerné.

Traduit par courtoisie depuis AAAS

cerveau dépression mémoire

Vous avez des problèmes de mémoire ? Ces deux troubles de santé mentale en sont responsables.

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Il y a quelques années, alors que j’étais en pleine crise d’anxiété et de dépression, j’ai terminé un projet que je n’étais pas censé faire parce que j’avais complètement oublié une conversation de travail que j’avais eue avec un collègue. Aie ! Lorsque mon collègue m’a finalement interpellée à ce sujet, je suis restée bouche bée.

Expliquer que j’avais tout simplement oublié notre conversation parce que je traversais une période difficile à ce moment-là me mettait mal à l’aise, était déplacé et, franchement, n’était pas pertinent. Mais maintenant, je réalise que ce que je subissais à ce moment-là, c’était ma maladie mentale qui faisait des ravages et affectait certaines de mes fonctions cognitives de base. Et bien que mon manque de conscience personnelle et de compassion m’ait empêché de comprendre ce qui se passait avant, je suis beaucoup plus consciente des répercussions que ces symptômes ont eu sur moi, car je traverse depuis peu une période semblable, où j’ai de la difficulté à me souvenir des choses.

Comment anxiété et dépression affectent votre mémoire

Selon Elizabeth Beecroft, LMSW (travailleuse sociale agréée) basée à New York, l’anxiété, la dépression et la perte de mémoire sont toutes clairement liées.

” On a établi un lien entre la dépression, l’anxiété et les problèmes de mémoire tels que l’oubli et la confusion. Ces troubles de la santé mentale peuvent aussi rendre difficile la concentration dans le travail, la prise de décision et la réflexion “, dit-elle.

Bien que la dépression et l’anxiété puissent altérer la mémoire, la Dre Amanda Tinkelman, psychiatre travaillant à Brooklyn Minds, un cabinet de santé mentale à Brooklyn, dans l’État de New York, affirme qu’il y a probablement de multiples raisons pour lesquelles cela se produit. ” Lorsqu’une personne souffre de dépression ou de certains troubles anxieux (comme le SSPT), le cerveau semble avoir de la difficulté à encoder ou à enregistrer de nouvelles informations dans la mémoire “, dit-elle. C’est ce qu’on appelle un ” déficit d’encodage primaire “.

Poursuivant son analyse, E.Beecroft affirme que la dépression est liée à une perte de mémoire à court terme, tandis que l’anxiété est liée à une perte de mémoire à plus long terme. ” Des études ont suggéré que les personnes souffrant de dépression peuvent présenter une diminution de la capacité de mémorisation en raison de leurs symptômes de dépression “, dit-elle.

Prenez par exemple certains des symptômes de la dépression, comme la perte d’énergie, la fatigue et le manque de motivation. Selon E.Beecroft, tous ces éléments jouent un rôle dans la façon dont notre cerveau absorbe et stocke cette information afin de créer de nouveaux souvenirs. De plus, des études ont suggéré que les personnes qui, comme moi, sont atteintes d’un trouble d’anxiété généralisée (TAG) ou de troubles de panique, peuvent en fait avoir plus de difficulté à se rappeler leurs souvenirs d’enfance. Cela me semble évident puisque je me souviens très peu de mon enfance – je me suis toujours demandé pourquoi, mais le lien est plus logique maintenant. Mais il n’y a pas que le TAG qui affecte la mémoire. Le stress peut également l’altérer.

” Le stress aigu peut en fait perturber la façon dont notre cerveau recueille les souvenirs “, dit E.Beecroft. Comme l’anxiété est une émotion difficile à gérer et une émotion désagréable à ressentir, il est logique que la perte de mémoire y soit associée.

Si nous ne stockons pas les souvenirs de certains événements, E.Beecroft explique, nous ne ressentirons pas ces émotions. Par conséquent, nous ” faisons face ” inconsciemment pour nous empêcher de nous sentir encore plus angoissés.

Lorsque les gens sont en dépression, ajoute Dr. Tinkelman, il est plus difficile de rassembler l’énergie mentale nécessaire pour rester concentré sur une tâche, ce qui peut nuire à l’encodage primaire. En fait, chez les personnes âgées, la dépression peut ainsi étonnamment ressembler à la démence.

” Si vous posez à une personne âgée souffrant de dépression des questions telles que ” Qui était le président avant le président actuel ? Et qui avant cela, et qui avant cela “, elle est plus susceptible de répondre ” Je ne sais pas ” ou d’abandonner rapidement, comme si elle ne connaissait pas la réponse alors qu’en fait, elle ne peut pas y répondre correctement “, dit-elle.

En revanche, une personne atteinte de démence mais non dépressive est plus susceptible de tenter de répondre, même si sa réponse est incorrecte. Lorsqu’une personne âgée qui semble être atteinte de démence, mais dont les problèmes de mémoire apparents sont en fait dus à la dépression, nous appelons cela une ” pseudodémence “. Ces troubles apparents de la mémoire s’améliorent à mesure que leur dépression s’atténue “, ajoute-t-elle.

Comment anxiété et dépression affectent la consolidation de la mémoire

De plus, Dr. Tinkelman indique que la consolidation de la mémoire après l’encodage d’une nouvelle mémoire présente des défis. “Bien que l’encodage de nouveaux souvenirs requiert un effort mental, la consolidation se fait la plupart du temps automatiquement, souvent pendant le sommeil”, dit-elle. Cela me parle aussi, car mon anxiété et ma dépression ont aussi parfois des répercussions sur mon sommeil. Selon Dr. Tinkelman, les troubles de l’humeur associés à un sommeil perturbé peuvent altérer la mémoire, car notre cerveau consolide et stocke les souvenirs pendant le sommeil.

” Les troubles de l’humeur, comme la dépression ou l’anxiété, modifient l’architecture du sommeil “, dit Dr. Tinkelman. “Dans la dépression par exemple, il y a moins de délai avant le sommeil paradoxal, et une grande partie de la communication entre les parties du cerveau qui consolident les souvenirs se produit pendant le sommeil à ondes lentes, hors sommeil paradoxal, lequel est moins important”.

En résumé, lorsque nous dormons moins pendant les épisodes de dépression, notre mémoire peut être encore plus affectée.

Comment combattre la perte de mémoire en cas de dépression ou d’anxiété

Alors, que faire si vous remarquez que votre anxiété ou votre dépression affecte votre mémoire ? “Lorsque vous souffrez d’un niveau élevé de dépression ou d’anxiété, il est toujours utile de consulter un professionnel [selon votre budget] “, explique E.Beecroft. Vous pouvez par exemple consulter chaque semaine un thérapeute spécialisé dans l’anxiété et la dépression et parler à un psychiatre de la possibilité de prendre des médicaments. ” Pour certains, les médicaments constituent une bonne option, car ils contribuent à réduire le stress au quotidien “, ajoute E.Beecroft.

Bien que le lien entre anxiété, dépression et perte de mémoire ne soit pas souvent évoqué, E.Beecroft considère qu’il est important de savoir que tous ces phénomènes sont liés au fonctionnement de notre cerveau.

“Si nous ne sommes pas au mieux de notre forme émotionnelle parce que nous sommes aux prises avec des symptômes de dépression ou d’anxiété, alors cela joue aussi un rôle dans le fonctionnement de notre cerveau”, dit-elle.

Et si notre cerveau doit faire davantage d’efforts parce que nos fonctions cognitives sont affectées par la dépression et l’anxiété, il est possible qu’il ne puisse pas fournir autant d’efforts dans d’autres domaines, comme l’encodage de la mémoire. Maintenant que je sais cela, je ressens plus de compassion envers moi-même. Et si vous traversez quelque chose de semblable, j’espère que cela vous a aidé aussi.

Traduit par courtoisie de Hello Giggles