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Comment la thérapie par le mouvement peut-elle guérir le stress traumatique?

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Le stress traumatique peut être invalidant et terrifiant. La thérapie par le mouvement – qui implique des approches de plus en plus accessibles et réfléchies de l’exercice – offre un nouvel espoir.

Cela peut paraître comme un jeu d’enfant : Je marche pieds nus, avec deux morceaux de Jenga en équilibre dans ma main. Je serre un bloc de bois entre mon pouce droit et mon index et l’autre bloc est posé dessus. Il faut se concentrer pour équilibrer les deux morceaux quand je suis immobile. Au fur et à mesure que je bouge, le défi augmente de façon exponentielle.

Ce “jeu” d’une simplicité trompeuse peut avoir des effets profonds. J’y joue dans le cadre de la thérapie traumatologique du mouvement, un nouveau type de conditionnement physique qui vise à compléter la thérapie traumatologique traditionnelle.

Je fais partie d’un groupe de certification à New York qui comprend des entraîneurs personnels et des entraîneurs sportifs, des travailleurs sociaux et d’autres professionnels de la santé psychologique. Dirigé par Jane Clapp, spécialiste en rétablissement post-traumatique et coach en force-et-mouvement, qui a élaboré ces cours pour les praticiens et les survivants afin de les aider à apprendre à utiliser le corps comme support de guérison.

J.Clapp est douce et calme. Elle nous conseille de rester concentrés et de maintenir l’équilibre des blocs tout en marchant. Restez concentré et gardez l’équilibre en changeant de main. Tout en s’abaissant pour s’asseoir au sol et en se relevant. En s’allongeant et en se redressant. Tout en faisant des huit avec nos hanches. En agitant le haut de notre corps comme s’il s’agissait de moulins à vent. Et ne laissez pas les blocs de bois tomber par terre.

Oh, et n’oubliez pas de respirer.

“Il s’agit d’une double conscience, la capacité de maintenir la conscience de deux ou plusieurs aspects de l’expérience”, explique-t-elle. En l’occurrence, les deux aspects sont l’équilibre des blocs et le déplacement dans l’espace.

La double conscience est l’une des nombreuses techniques utilisées pour traiter les traumatismes. La concentration requise place les participants directement dans l’ici et maintenant plutôt que dans le passé ou l’avenir. Cela peut aider à porter leur attention au-delà d’eux-mêmes lorsque les stimuli internes, comme une fréquence cardiaque élevée ou une respiration peu profonde, sont insupportables.

En fin de compte, la double conscience est un outil conçu pour démontrer que le présent est sans danger et sans traumatisme – un moment où la réussite (équilibrer les blocs) est possible et l’échec (faire tomber les blocs) ne signifie pas la fin du monde.

“Le traumatisme altère le cerveau. Il fait en sorte que les survivants perçoivent des menaces partout et réagissent comme s’ils étaient constamment en danger “, dit Clapp. “Si vous avez peur ou si vous n’êtes pas en sécurité, votre cerveau se spécialisera dans les sentiments de peur. Si vous vous sentez en sécurité et aimé, votre cerveau se spécialise dans l’exploration, le jeu et la coopération.”

“La bonne nouvelle, c’est que le cerveau est plastique, ce qui signifie qu’il peut être modifié. Apprendre de nouvelles façons d’être et de nouvelles capacités d’adaptation est une des manières de faire changer le cerveau.”Les exercices d’équilibre, explique-t-elle, peuvent être une forme d’autorégulation, “un moyen de se retenir” en déclenchant le réflexe de rééquilibrage du système nerveux.

Tandis que je zigzag à travers la pièce avec mes blocs de bois, je commence à trouver un équilibre entre tension et relaxation – sans quoi les blocs dégringolent.

Traiter les traumatismes est un travail sérieux, mais il est réconfortant de savoir qu’il existe un moyen de soulager par le jeu. C’est aussi l’occasion de regagner un sentiment de capacité et confiance en soi en bougeant son corps.

Bougez le corps, guérissez l’esprit

Aujourd’hui plus que jamais, les gens peuvent se tourner vers une grande variété de ressources pour obtenir de l’aide. La thérapie cognitivo-comportementale axée sur les traumatismes, par exemple, s’attaque aux distorsions de la pensée et aux réactions négatives. La désensibilisation et le retraitement des mouvements oculaires, ou EMDR, modifient les souvenirs traumatiques pour atténuer leur charge émotionnelle douloureuse. Les Expériences Somatiques, développées par Levine, peuvent augmenter la tolérance aux sensations corporelles éprouvantes et aux émotions refoulées.

Récemment, des recherches neurologiques et biologiques inédites ont montré que l’intégration consciente du corps dans les pratiques de guérison est essentielle au rétablissement après un traumatisme. Cette inclusion du corps dans le rétablissement a ouvert la porte à l’intégration d’exercice physique comme thérapie complémentaire, rétablissant la confiance du corps comme source de plaisir et de force plutôt que comme source de douleur et de peur.” Dans tous les types de traumatismes, la confiance est le plus grand problème sur lequel nous travaillons “, dit Mark Schneider, CSCS, un coach et médiateur de conflits basé à Minneapolis. “La force est une manifestation de confiance en soi. Plus vous croyez en ce que vous pouvez faire, plus vous pouvez y avoir accès, et plus vous avez de chances d’atteindre et de dépasser les limites. La confiance en vos propres capacités est primordiale.

“L’exercice aide le corps à trouver un équilibre plus sain, tant physiologiquement qu’émotionnellement. Il améliore la régulation des systèmes hormonal et nerveux et aide les gens à se reconnecter avec leur corps, ce qui augmente leur capacité à contrer la dérégulation et à avoir confiance en eux.En fin de compte, le mouvement rend les gens ” plus résistants physiquement et, espérons-le, émotionnellement, ” dit Clapp.

Or, les personnes qui vivent un stress traumatique ont tendance à éviter de faire de l’exercice. “De nombreuses personnes atteintes du SSPT craignent les symptômes corporels associés à l’anxiété, comme l’accélération du rythme cardiaque et l’essoufflement “, explique Matthew Tull, professeur de psychologie à l’Université de Toledo. Les symptômes de dépression souvent associés au SSPT, comme le manque de motivation et d’énergie, peuvent aussi décourager les gens de faire de l’exercice.Ce sont là des obstacles de taille. Mais à mesure qu’un nombre croissant de psychiatres, de chercheurs, de médiateurs familiaux, de physiothérapeutes, d’entraîneurs et de responsables de clubs de santé et de gymnases se tournent vers les thérapies du mouvement et créent des espaces adaptés, il se crée des lieux qui permettront à ceux qui en ont besoin d’y accéder.

Le professeur de yoga David Emerson, auteur de Trauma-Sensitive Yoga in Therapy, a ouvert la voie en 2001, lorsqu’il a lancé le Black Lotus Yoga Project. L’organisme offre des cours de yoga pour les personnes souffrant de traumatismes complexes – les expériences répétitives ou cumulatives, comme la maltraitance et les abus dans l’enfance – ainsi que le SSPT. En 2003, il s’est associé au réputé Trauma Center de Brookline, au Massachusetts, pour en étudier le modèle. En 2018, Emerson et sa collègue Jennifer Turner ont fondé le Center for Trauma and Embodiment au Justice Resource Institute à Needham, au Massachusetts, pour que ce programme soit mis en place et que de nouvelles techniques soient mises au point, en priorité pour le corps.

Pendant ce temps, à Toronto, Clapp développait son propre système. En 2016, elle a commencé à proposer des ateliers et un programme de certification en trois parties dans le cadre du Mouvement pour la traumatologie (MFT) afin de former des entraîneurs personnels, ainsi que des travailleurs sociaux et des professionnels en soins psychologiques, en mouvement axé sur la traumatologie. (….)

Mouvement d’incarnation

L’objectif de la pratique de ce mouvement n’est pas de libérer le traumatisme ou de le guérir. Par contre, une pratique ciblée vise à aider les gens à reconstruire leur conscience corporelle, à leur enseigner qu’ils ont des choix pour ce corps et à leur permettre de faire un choix qui est bon pour eux.

“Le mouvement physique peut activer les parties du cerveau qui nous aident à être plus conscients de notre corps “, dit Emerson. Dans le yoga adapté aux traumatismes, cette prise de conscience, combinée à l’expérimentation du mouvement et à la prise de décisions personnelles, aide à encourager chez le pratiquant l’incarnation essentielle à sa guérison.

La capacité de remarquer ce que le corps ressent intérieurement s’appelle l’interception. Une catégorie de nerfs sensoriels, les intercepteurs reçoivent des signaux et des sensations comme la faim, une accélération cardiaque ou le besoin d’une pause. La conscience du corps dans l’espace et par rapport aux objets extérieurs est appelée proprioception. L’extéroception décrit la catégorie de sens qui nous aide à percevoir et à naviguer parmi les stimuli externes : la vue, l’audition, l’odorat, le goût et le toucher.

Les traumatismes peuvent compromettre l’interception, la proprioception et l’extéroception, qui sont essentielles à ce que le psychiatre van der Kolk décrit comme étant “l’incarnation”. Sans incarnation, on se sent détaché des expériences physiques et émotionnelles.

“Ce n’est qu’en entrant en contact avec son corps, en se connectant viscéralement avec soi-même que l’on peut retrouver le sens de ce que l’on est, de ses priorités et de ses valeurs “, écrit-il. “Le traumatisme donne aux gens l’impression d’être soit un autre corps, soit sans corps. Pour surmonter les traumatismes, on a besoin d’aide pour reprendre contact avec son corps, avec soi-même.

“L’exercice a un rôle important à jouer dans la reconnexion avec le corps et avec soi-même, ainsi que dans la régulation du système nerveux et de sa réponse au stress. Parfois, il arrive que des individus retournent involontairement là-dedans simplement en commençant un programme d’exercices, dit Schneider. Il a formé des clients qui ne savaient pas qu’ils souffraient d’effets post-traumatiques jusqu’à ce qu’ils commencent à bouger leur corps. “Le mouvement et le toucher peuvent faire ressortir les souvenirs et les expériences somatiques[du corps seulement] bloqués par le traumatisme “, explique-t-il.

Le mouvement est un moyen d’apprendre à être attentif aux sens, à l’intérieur comme à l’extérieur. Cela ” est extrêmement important lorsqu’il s’agit de surmonter un traumatisme “, écrit Rothschild, psychothérapeute du corps. “C’est l’information des sens que l’amygdale [responsable des émotions, de la survie et de la mémoire] utilise pour déterminer si un environnement est dangereux ou non et comment réagir.

“Les personnes qui vivent avec des séquelles traumatiques peuvent accorder une importance disproportionnée à leurs sensations d’interception, note Clapp, surtout si leur état s’accompagne de sensations très inconfortables, comme une douleur ou une accélération du rythme cardiaque.”

Mais les problèmes surgissent lorsque la personne utilise ces sensations internes inconfortables pour juger de la sécurité ou du danger de l’environnement extérieur “, ajoute-t-elle. Un lieu sûr peut paraître dangereux.” Pour sortir de ce dilemme, il faut acquérir une double conscience qui permettra de prêter attention simultanément aux sens internes et externes “, explique Rothschild.

C’est pourquoi les activités qui exigent de se concentrer sur quelque chose d’intérieur et extérieur – comme le jeu d’équilibre avec les blocs Jenga de Clapp – peuvent être extrêmement utiles.

En plus de corriger les effets du traumatisme, l’exercice physique renforce graduellement la résilience physique, dit Schneider. Et cette force peut nous aider à nous sentir en sécurité et capables de faire face à notre monde.

Il existe de multiples formes de traumatismes et diverses façons de les exprimer, mais il n’existe pas de remède magique pour en surmonter les effets persistants, voire dévastateurs, qui en découlent. Il se peut qu’un outil thérapeutique fonctionne pour une personne et non pour une autre, et qu’il soit préférable d’utiliser plusieurs techniques en tandem – comme le jumelage de la thérapie par la parole avec une pratique du mouvement consciente. De même, il n’existe pas non plus d’ordonnance en matière d’exercice physique en cas de traumatisme ; chaque protocole fructueux est aussi unique que la personne traitée.

Une pratique de thérapie par le mouvement conscient pourrait inclure les éléments du programme MFT de Clapp :

Les activités d’équilibre, telles que les exercices sur une jambe, avec les bras au niveau de la poitrine ou au-dessus (avec un poids supplémentaire), ou même avec les yeux fermés.Les mouvements contralatéraux, comme les mouvements à quatre pattes ou les mouvements verticaux à une jambe, pour lesquels les côtés opposés du corps (bras gauche et jambe droite, par exemple) doivent travailler simultanément.

Les activités avec croisement de la ligne médiane du corps, comme les rotations russes et les fentes de révérence.

Le travail de renforcement et de mobilité qui cible la chaîne postérieure et le tronc, comme l’aviron ou le levé de poids.

Les mouvements primaires et fonctionnels, notamment l’accroupissement, la fente, les pompes, la traction, la torsion, la flexion, la marche, la marche, la course et ramper.

Envisagez cela comme une progression. Commencez par des exercices d’équilibre et passez à des mouvements plus complexes, en ajoutant progressivement de la difficulté et du poids.

Pour surmonter un traumatisme, il faut faire un travail, et ce travail peut être source de nombreux défis tout au long de la vie. Mais il y a aussi de l’espoir. Il est possible pour chacun de retrouver résilience et confiance. Il est possible de se sentir bien à nouveau.

Traduit et adapté par courtoisie de Experience Life

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Techniques de neuro-imagerie et Traitement des troubles dissociatifs de l’identité

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Les techniques de neuro-imagerie permettent désormais de distinguer les cerveaux sains de ceux qui souffrent d’un trouble de la personnalité multiple – cela pourrait-il mener à un traitement des troubles dissociatifs de l’identité ?

Les techniques d’apprentissage automatique et de neuro-imagerie ont été utilisées pour déterminer avec précision, en fonction de la structure du cerveau, les personnes ayant un trouble dissociatif de l’identité et les personnes en bonne santé. Publiée dans le British Journal of Psychiatry, cette recherche pourrait aboutir à une amélioration de la thérapie et du traitement des troubles dissociatifs de l’identité.

Techniques de neuro-imagerie

Pour cette étude, l’IRM (imagerie par résonance magnétique) du cerveau a été effectuée sur 75 participantes, dont 32 avaient reçu un diagnostic confirmé de trouble dissociatif de l’identité et 43 étaient des témoins en parfaite santé. Les deux groupes ont été soigneusement appariés en fonction de leurs caractéristiques démographiques, notamment l’âge, le nombre d’années de scolarité ainsi que leur ascendance.En utilisant des techniques d’apprentissage automatique et de neuro-imagerie pour reconnaître les schémas dans les scanners du cerveau, les chercheurs ont pu différencier les deux groupes avec une précision globale de 73 %, soit un niveau de précision nettement supérieur à celui habituellement attendu.Cette étude, réalisée dans le cadre d’une étude d’imagerie cérébrale sur le trouble dissociatif de l’identité (TDA) et utilisant le plus grand échantillon à ce jour de personnes souffrant de ce trouble, est la première à démontrer que l’on peut distinguer les personnes TDA des personnes en bonne santé en fonction de la structure de leur cerveau.

La voie vers le traitement des troubles dissociatifs de l’identité

Le trouble dissociatif de l’identité, anciennement connu sous le nom de trouble de la personnalité multiple, est l’un des troubles de santé psychologique les plus débattus et controversés, ce qui pose des problèmes de diagnostic, mais surtout de mauvais diagnostics. De nombreux patients atteints de cette maladie ont en commun des années d’errance diagnostique, des traitements pharmacologiques inefficaces et de nombreuses hospitalisations.

Il s’agit du trouble dissociatif le plus grave, impliquant des états identitaires multiples et une amnésie récurrente. Les troubles dissociatifs peuvent survenir lorsque la dissociation est utilisée comme moyen de survie face à un traumatisme complexe et prolongé pendant l’enfance, lorsque le cerveau et la personnalité sont encore en développement.

Le Dr Simone Reinders, associée de recherche principale au département de médecine psychologique de l’Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience, King’s College , Londres, en Angleterre, a dirigé cette étude multicentrique. Reinders, commentant la recherche, a déclaré : “Le diagnostic de TDA est controversé et les personnes atteintes de TDA sont souvent mal diagnostiquées. Entre le moment où l’on cherche à obtenir un traitement pour les symptômes et le moment où l’on pose un diagnostic précis de TDA, les patients reçoivent en moyenne quatre diagnostics erronés et passent sept ans dans un service de santé mentale. Les résultats de notre étude sont importants puisqu’ils fournissent les premières preuves d’une base biologique permettant de distinguer les personnes atteintes de TDA des personnes bien portantes. Par conséquent, l’application de techniques de reconnaissance des schémas pourrait éviter des souffrances inutiles grâce à un diagnostic plus précoce et plus précis, facilitant des interventions thérapeutiques plus rapides et mieux ciblées.”


Source – Health Europa

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Neuroplasticité – la pratique cruciale de se parler en toute bienveillance.

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(…) En regardant mes amis élever leurs filles avec tant d’amour et de conscience, je suis profondément touchée mais je sais aussi que pour beaucoup d’entre nous ce soutien, cette gentillesse et cette écoute ont peut-être manqué, tout ou partie de leur jeunesse.

Il se peut qu’au lieu de grandir dans des foyers où l’on nous parlait avec gentillesse et compassion, où nos sentiments étaient bien accueillis et notre expérience valorisée, nous ayons grandi dans des familles où nous étions dévalués, critiqués, raillés ou négligés, subtilement ou avec une virulence.

Nous avons parfois grandi dans des familles où nous avons appris à intérioriser les voix négatives et critiques et, avec le temps, nous nous sommes mis à nous parler ainsi.

Cela vous parle ?

Si c’est le cas, à un moment donné de votre processus de guérison ou de votre cheminement de croissance personnelle, vous devrez probablement apprendre à vous re-parenter plus convenablement, en agissant et en parlant avec amour, dans un esprit de soutien et de gentillesse envers vous-même.

(…)Dans mon article d’aujourd’hui, j’aimerais vous expliquer pourquoi il est si important de se parler avec bonté (à haute voix ou dans sa tête), et vous proposer quelques mesures tangibles et concrètes pour faire en sorte d’être plus bienveillant avec vous-même, de la manière dont un bon parent le ferait.

Pourquoi se parler avec plus de bienveillance ? En un mot : la neuroplasticité.

La neuroplasticité, ou plasticité cérébrale, explique comment les différentes expériences de vie créent et réorganisent les voies neuronales dans notre cerveau. Ces connexions neuronales, dans le meilleur comme dans le pire des cas, sont à la base de nos schémas de pensée et de comportement tout au long de notre vie.

Alors, la mauvaise nouvelle, c’est que, pour beaucoup d’entre nous qui sommes issus de familles où amour, écoute et sécurité n’étaient pas de mise, les chemins neuronaux que nous avons développés sont des formes profondément ancrées de dialogue personnel négatif, de manque de confiance en soi, de manque de confiance pour le futur, de manque de confiance envers les autres et le monde…

Mais la bonne nouvelle est la suivante : le cerveau est plastique et peut changer jusqu’au jour de notre mort si nous apprenons de nouvelles compétences, mémorisons de nouvelles informations et si nous créons de nouvelles expériences.

Chaque fois que vous avez une expérience répétitive, qu’elle soit négative ou positive, que ce soit des pensées ou des paroles qui vous concernent, vous approfondissez les sillons neuronaux dans votre cerveau. Lorsque vous créez consciemment ou involontairement une expérience différente pour vous-même, vous créez de nouvelles voies neuronales. Les nouvelles expériences positives et les différents discours personnels créent de nouvelles voies neuronales plus adéquates. Voilà la science derrière ‘’se re-parenter soi même’’.

C’est pourquoi il est si crucial de se parler avec douceur. L’objectif est de se doter d’un nouvel arsenal d’expériences conçues pour créer des modifications fonctionnelles et pérennes dans le cerveau qui peuvent mener à un comportement plus productif et satisfaisant qui se traduira par de meilleurs résultats dans la vie.

C’est pourquoi il est si fondamental de pratiquer un discours empli de bienveillance et d’amour pour soi-même. Il ne s’agit pas d’un conseil de développement personnel et psychologique en vogue; mais d’une démarche qui vise à exploiter la neuroplasticité de votre cerveau pour vous aider à créer du changement dans votre monde.

Et, en tant que psychothérapeute, je crois sincèrement que ce changement de vie tant espéré peut commencer lorsque nous changeons notre façon de nous parler à nous-mêmes, en interrompant les voix critiques et désobligeantes, conscientes ou non, que nous avons intériorisées et représentées par habitude, et en essayant plutôt de nouvelles façons plus positives de nous parler.

Donc, nous savons désormais que nous devons nous parler avec plus de bienveillance. Et maintenant, quoi ?

Si, en lisant ceci, vous vous retrouvez à hocher la tête en vous disant : “Oui, d’accord, Annie, c’est logique, mais qu’est-ce que j’en fait?”, je peux suggérer quatre choses :

1) Devenez pleinement conscient de ce qui est.

2) Interrompez votre discours négatif avec un discours plus aimant.

3) Cultivez des voix plus douces et plus respectueuses pour améliorer le dialogue avec vous-même.

4) Canalisez ces voix bienveillantes, dites-vous ce genre de choses quand vous êtes fatigué/énervé/triste/en colère/en panique.

5) Et notez que tout cela vous mettra mal à l’aise au début.

1. Devenez pleinement conscient de ce qui est.

La première étape de tout processus de changement consiste à prendre conscience de ce qui se passe réellement. Dans ce cas présent, c’est la façon dont vous vous parlez actuellement. Donc, pour la première étape de ce processus, je veux que vous commenciez à vous surveiller de très très près.

Qu’est-ce que vous vous dites quand vous vous voyez dans le miroir au réveil ? Qu’est-ce que vous vous dites quand vous faites une erreur au travail ? Qu’est-ce que vous vous dites quand la personne rencontrée le week-end dernier ne vous a toujours pas rappelée ?

Notez bien les messages et le ton de votre voix : Est-elle gentille, aimante, patiente, douce, d’un soutien indéfectible ? Ou est-elle critique, exigeante, agressive, humiliante, voire carrément cruelle ? Si cette voix avait un corps, une forme, à quoi ressemblerait-elle ? Quelle caricature ou quel archétype pourrait-elle incarner ?

Apprenez à vraiment reconnaître qui se cache dans votre esprit et votre corps émotionnel. Si c’est une voix méchante et critique, ne désespérez pas. Comme avec la plupart des schémas et des comportements, vous entendez cette voix qui, nous pouvons penser, a probablement essayé de vous aider à un moment donné. Mais maintenant, il est temps d’essayer de faire taire cette voix.

2) Interrompez votre discours négatif.

Lorsque vous avez pris conscience de la façon dont vous vous parlez et que vous pouvez le voir venir, vous pouvez passer à l’étape suivante qui consiste à vous rattraper, à faire une pause et à y substituer des paroles plus bienveillantes et aimantes.

Simple, mais pas toujours facile.

C’est particulièrement difficile si vous n’êtes pas sûr de savoir comment vous y prendre ni quoi dire. Lisez ce qui suit….

3) Cultivez des voix plus douces et respectueuses.

Je vous invite à examiner votre vie et à prendre note des personnes qui parlent sincèrement avec bienveillance. Votre meilleur ami ? Votre partenaire ? Un formateur ? Votre thérapeute ? Une connaissance ?

S’il n’y a personne de votre entourage qui puisse vous fournir un modèle positif, pensez à des personnes célèbres ou fictives.

Parmi mes favoris, il y a Clarissa Pinkola Estes, PhD, Mister Rogers, et l’actrice et ses personnages, Andy Griffith.

Chacune de ces âmes apporte tant de sagesse, de douceur et de bonté dans leurs interactions. Je les considère comme des modèles, des mentors (je ne les ai jamais rencontrés), pour ce qui est de se parler avec bienveillance. Quelles personnes pourraient être des modèles de de gentillesse pour vous ?

4) Canalisez ces voix bienveillantes.

Vous trouverez ci-dessous une liste d’exemples de phrases que vous pourriez vous entraîner à vous dire lorsque vous commencez le travail essentiel de neuroplasticité de re-parentage et de bienveillance envers vous-même. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive ; elle a simplement pour but de stimuler votre propre créativité en matière d’amour personnel et de bienveillance, d’une manière qui fonctionne pour vous dans votre vie de tous les jours :

“Je suis si fière d’avoir été courageuse et de m’être étirée aujourd’hui pendant la réunion de travail. Ce n’était pas facile, mais je l’ai fait.”

“C’est logique que je sois fatiguée et énervée, c’était une dure journée !””Ça arrive d’être de mauvaise humeur.”

“Ce n’est ni juste ni réaliste de me comparer aux autres sur Facebook. Je ne connais pas leur histoire et ils n’ont probablement pas eu à faire face à ce que j’ai vécu. Vu d’où je viens, je m’en sors très bien.”

“Quoi qu’il arrive, tout ira bien, je me fais confiance pour recommencer à zéro.”

“J’ai fait une erreur aujourd’hui et ce n’est pas grave. Ça fait de moi un être humain. J’ai fait de mon mieux et je réessaierai demain.”

“C’est normal que je sois jaloux des gens qui passent des vacances de rêve sur Instagram. Ça veut juste dire que c’est quelque chose que j’aimerais aussi faire. J’y arriverai. Ce n’est juste pas pour maintenant.”

“C’est vrai, je suis épuisé, mais toutes ces années d’études ont payés et je suis fier d’être aussi bosseur.”

5) Notez que tout cela vous mettra mal à l’aise au début.

Je dois reconnaître qu’en commençant à vous entraîner à parler plus gentiment avec vous-même, vous vous sentirez peut-être mal à l’aise et cela paraîtra certainement forcé. Ce n’est pas grave. C’est tout à fait normal et naturel.

La plupart d’entre nous claquons des doigts de manière intuitive, mais essayez de le faire consciemment avec l’autre main, ça risque d’être un peu gênant et bizarre. Vous changez vos schémas de fonctionnement, et cela va paraître un peu étrange.

Il en va de même pour la pratique d’une autre façon de s’adresser à soi-même. Alors soyez patient, sachez que ce sera délicat au début, mais continuez à pratiquer jusqu’à ce que ce soit plus facile et plus normal de vous parler gentiment et avec amour.

Ce faisant, vous recâblerez votre cerveau et créerez de nouvelles voies neuronales plus adaptées, ce qui, en retour, aura un impact bénéfique sur le reste de votre vie.

Source – Annie Wright, Psychologue

EMDR

État de stress post-traumatique : quel arsenal thérapeutique ?

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L’exposition à des événements générateurs de stress intense peut entraîner chez certains individus un état pathologique dont l’état de stress post-traumatique (ESPT) ou post-traumatic stress disorder – PTSD . L’ESPT associe des symptômes centraux de reviviscences (flash backs, réveils nocturnes, cauchemars…), d’évitement, d’irritabilité et d’hypervigilance et des symptômes périphériques (tachycardie, hypertension artérielle, etc.). Il peut s’accompagner de comorbidités : dépressions, troubles anxieux, comportements addictifs, insomnies, difficultés relationnelles…

par Cécile Menu.

On a beaucoup parlé de l’ESPT à la suite des attentats, cependant nombre de situations de la vie peuvent en être à l’origine : maltraitance, inceste, viols, violences conjugales, accidents, situations de combats, séjours en réanimation, catastrophe naturelle, tortures, harcèlement professionnel… Il peut s’agir de chocs vécus durant la petite enfance ou lors de la vie d’adulte, les troubles pouvant se manifester à retardement. Toutefois, des événements traumatiques n’engendrent pas systématiquement un état de stress post-traumatique et certaines personnes sont plus à risque que d’autres.

Définition du stress post-traumatique selon la classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé (F43)
« Ce trouble constitue une réponse différée ou prolongée à une situation ou à un événement stressant (de courte ou de longue durée), exceptionnellement menaçant ou catastrophique et qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus. Des facteurs prédisposant, tels que certains traits de personnalité (par exemple compulsive, asthénique) ou des antécédents de type névrotique, peuvent favoriser la survenue du syndrome ou aggraver son évolution ; ces facteurs ne sont pas toutefois nécessaires ou suffisants pour expliquer la survenue du syndrome… Dans certains cas, le trouble peut présenter une évolution chronique, durer de nombreuses années et entraîner une modification durable de la personnalité »

Quelques chiffres

Aux États-Unis, on estime que ce syndrome touche 6,8 % de la population générale. 30 % des vétérans de la guerre du Vietnam en sont atteints et 12 % des vétérans de la guerre du Golfe (source National Center for PTSD). En population générale, la prévalence sur une vie entière du stress post-traumatique a été estimée à 5-6 % chez les hommes et 10-14 % chez les femmes aux USA tandis qu’elle était estimée à 1 à 3 % en Europe. La prévalence peut devenir très importante au sein des populations témoins d’événements catastrophiques et peut concerner 25 à 75 % des victimes directes  au cours de l’année qui suit l’événement et 5 à 40 % des membres des équipes de secours intervenus sur l’événement. 70 % des Américains vivent des chocs traumatiques et 20 % d’entre eux sont susceptibles de développer un ESPT % d’entre eux sont susceptibles de développer un ESPT.

Hypothèse neurophysiologique

Comme le rappelait le neuro-psychiatre Boris Cyrulnyk, lors d’une conférence donnée à l’université de Nantes en 2017, il faut distinguer le trauma qui est le « coup » et le traumatisme, la représentation du « coup ». Le traumatisme peut faire parfois plus mal que le coup. Cette deuxième forme de souffrance altère la mémoire. Notre mémoire saine normalement évolutive, se fixe alors après un stress post-traumatique. « Nous devenons prisonniers de notre passé »
Ainsi, lorsqu’un souvenir persiste dans le temps et reste stable, on parle de consolidation mnésique. Lors d’un stress traumatique, la sécrétion d’hormone du stress, la noradrénaline alors stimulée, participerait à consolider le souvenir traumatisant à valence émotionnelle négative. Elle se traduit par des boucles anxieuses ou intrusions traumatiques. Les liens entre le système hippocampique (en charge du stockage de la mémoire), la structure amygdalienne (en charge du ressenti de nos émotions), et le cortex préfrontal (analyse du contexte environnemental) joueraient un rôle clé dans le phénomène de stress post-traumatique. Ce processus participerait à la modification architecturale du réseau neuro cortical et contribuerait à maintenir le souvenir vivace. On le retrouve dans des situations de peurs et de phobies.

Pour en savoir plus
Extraits de conférences Boris Cyrulnyk https://webtv.univ-nantes.fr/fiche/2639/boris-cyrulnik-la-memoire-traumatique ; Pr Bruno Millet Stress post traumatique, nouvelles méthode thérapeutiques  https://www.youtube.com/watch?v=KCOAyuuMzUM) ; F. Canini, M. Trousselard, Y. Andruetan. Mécanismes neurobiologiques des états de stress. 2011

Quels traitements sont utilisés ?

Evènement unique et inattendu, prolongé ou répété, il importe que le sujet soit traité d’autant que, plus l’épisode traumatique est ancien, plus il est difficile à faire disparaître. Le patient doit « trouver des ressources pour garder confiance en l’être humain » comme le déclare Christophe André.
A ce jour, plusieurs types de traitements, pharmacologiques et non-pharmacologiques, sont utilisés.

Il n’est jamais trop tard pour traiter un ESPT
Il n’est jamais trop tard pour traiter un ESPT, c’est ce que constate l’US department of veterans affairs. En effet, 53% des personnes ayant reçu un traitement psychothérapique centré sur le trauma ne présenteraient plus de ESPT après 3 mois de traitement contre 42% ayant suivi un traitement médicamenteux et seulement 9% pour des personnes non traitées. Les traitements psychothérapiques concernés étaient les Thérapies Comportementales, Cognitives et Emotionnelles (TCC) dont la technique d’exposition prolongée, l’EMDR et les traitements médicamenteux (Sertraline, Paroxetine, Fluoxetine, Venlafaxine)  (US department of veterans affairs) https://www.ptsd.va.gov/publications/print/PTSD_Best_Treatment.pdf)


Les traitements non-pharmacologiques centrés sur le trauma

    – Les thérapies cognitives et comportementales (TCC)

Trois composantes interviennent en TCC, les composantes d’ordre comportemental, cognitif et émotionnel. Les TTC tendent à modifier les comportements et les émotions et pensées qui leur sont associées. (https://tcc.apprendre-la-psychologie.fr/que-sont-les-tcc-ou-tcce.html)
Parmi elles, la technique d’exposition prolongée a fait ses preuves notamment chez les vétérans américains. Cette technique consiste à s’exposer selon certaines règles aux stimuli anxiogènes ou phobogènes pour diminuer la réponse anxieuse qui en résulte. L’exposition peut être imaginaire ou réelle.

    – Le Eye Movement Desensitization and Retroprocessing : EMDR

L’EMDR ou technique de désensibilisation et retraitement par mouvements oculaires, développée par la psychologue californienne Francine Shapiro, est une pratique récente (1987). Elle utilise une stimulation sensorielle bi-alternée (droite-gauche). La mémoire redevient plus mobile avec des nouvelles associations, pensées, sensations et émotions permettant aux patients, libérés de ses symptômes, d’utiliser une mémoire actualisée donc à nouveau fonctionnelle face aux aléas de la vie. Cette thérapie brève est une approche intégrative faisant intervenir de nombreux éléments issus de diverses approches psychothérapiques comme les TCC, l’hypnose Ericksonnienne, le courant psychodynamique, les approches psychocorporelles. Comme pour les TCC, c’est une technique préconisée par l’OMS dans la prise en charge des ESPT. Les formations initiales et continues sont contrôlées et homogénéisées au niveau national et européen pour obtenir le titre de « Praticien EMDR Europe » (ou sa réaccréditation).


    – L’hypnose Ericksonienne

La transe hypnotique, induite par une parole bienveillante et des suggestions activatrices de changement, permet aux patients de retrouver ses ressources d’adaptation, de se confronter de façon progressive à la mémoire traumatique pour la transformer en une mémoire sans charge émotionnelle leur permettant de reprendre le cours de leur vie de façon plus libre.  « Quand quelqu’un a exprimé sa souffrance, il est absolument nécessaire d’arrêter ce récit et de se demander comment on peut changer »  rappelait François Roustang, philosophe, hypnothérapeute et « dissident » de la psychanalyse: « faire raconter l’histoire encore plus en détail de telle sorte que la personne en soit fatiguée, de telle sorte que la narration devienne absurde. Il s’agit d’éteindre la parole, comme il s’agit d’éteindre les émotions,  les sentiments … pour revenir à un silence où quelque chose peut se passer. On sort de la répétition en renvoyant la personne à la multitude des possibilités qui sont en elle… »

Extraits de Être psy – François Roustang 1983 et 2008

Les traitements pharmacologiques

Dans le rapport de la Haute autorité de santé HAS – ALD n°23 « Troubles anxieux graves », les traitements recommandés pour l’ESPT sont les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine 2 (ISRS2) comme la paroxétine et la sertraline, et les hypnotiques dans le cas de troubles du sommeil importants, en traitement de courte durée, inférieur à 4 semaines, sevrage progressif compris.

La Méthode Brunet™ ou le blocage de la reconsolidation mnésique, une nouvelle piste ?

Le professeur Alain Brunet et son équipe ont mis en place un protocole pour bloquer la reconsolidation mnésique à l’aide du propanolol. Il a mis en évidence qu’il était possible, à chaque fois que le patient se remémorait un événement traumatisant, de moduler le souvenir, de l’exacerber en exagérant la description de l’évènement, et d’atténuer la charge émotionnelle grâce à cette molécule (5). Six séances de blocage de la reconsolidation mnésique sont organisées, un bêta bloquant est délivré au patient une heure avant le rendez-vous. Puis il est demandé au patient de se remémorer l’évènement traumatique et de le retranscrire par écrit. Enfin, il expose ce récit à haute voix devant le médecin. Le patient est revu toutes les semaines et suit ce même protocole. Cette technique serait peut-être aussi efficace que les techniques comportementales et l’EMDR.

Enfin d’autres études sont en cours sur le rôle de la kétamine qui participerait à la restauration de la connexion synaptique. 

Source et complément d’article : M-Soigner

ESPT

Les neurones qui réécrivent les souvenirs traumatiques

Publié le
souvenir trauma

Des neuroscientifiques de l’EPFL ont localisé les cellules permettant de reprogrammer des souvenirs durables d’expériences traumatiques en souvenirs de sécurité, une première dans le domaine des neurosciences. L’étude est publiée dans la revue Science.

Les souvenirs d’expériences choquantes peuvent être à l’origine de problèmes mentaux comme le trouble de stress post-traumatique (TSPT), qui peuvent détruire la vie d’une personne. On estime actuellement que près d’un tiers de la population présentera des troubles liés à la peur ou au stress à un moment ou un autre de sa vie.

Une nouvelle étude montre maintenant comment, au niveau cellulaire, une thérapie est capable de traiter des souvenirs traumatiques, même très anciens. «Nos découvertes ont permis, pour la première fois, de mettre en lumière les processus à la base du succès du traitement des souvenirs traumatisants», explique Johannes Gräff, professeur à la Faculté des sciences de la vie de l’EPFL, dont le laboratoire a réalisé l’étude.

Dans le domaine du traitement des souvenirs traumatisants, une question fait depuis longtemps débat: l’atténuation de la peur passe-t-elle par la suppression de la trace de peur d’origine dans la mémoire et son remplacement par une nouvelle trace de sécurité, ou par la réécriture de la trace de peur d’origine en trace de sécurité? Une partie du débat est liée au fait que nous ne comprenons toujours pas exactement comment les neurones stockent les souvenirs en général. Bien qu’ils n’excluent pas une suppression, les résultats de cette étude montrent pour la première fois l’importance de la réécriture dans le traitement des souvenirs traumatiques.

La recherche dans ce domaine se concentre sur la compréhension de la capacité du cerveau à réduire les souvenirs traumatiques, mais étonnamment, peu de recherches ont étudié les options de traitement pour atténuer les traumatismes durables (ou «peur éloignée») dans les modèles animaux.

Les scientifiques de l’EPFL ont constaté que l’atténuation de la peur éloignée dans le cerveau est liée à l’activité du même groupe de neurones que celui impliqué dans le stockage de ces souvenirs. En travaillant avec des souris, les scientifiques ont localisé ces neurones dans le gyrus denté du cerveau, une zone de l’hippocampe qui est impliquée dans l’encodage, le souvenir et la réduction de la peur.

Les souris utilisées dans l’étude sont génétiquement modifiées pour porter un gène «rapporteur» qui produit un signal identifiable et mesurable, par exemple une protéine fluorescente, à la suite de l’activité neuronale. En utilisant un exercice d’entraînement à la peur produisant des souvenirs traumatiques durables, les scientifiques ont d’abord identifié dans le gyrus denté la sous-population de neurones qui est impliquée dans le stockage de souvenirs traumatiques à long terme.

Les souris ont ensuite suivi un entraînement de réduction de la peur qui ressemble à la thérapie d’exposition chez l’homme – la forme de traitement des traumatismes la plus efficace chez l’homme actuellement. Étonnamment, lorsque les chercheurs ont observé de nouveau le cerveau des souris, certains des neurones actifs lorsqu’ils se remémoraient des souvenirs d’épisodes traumatiques étaient toujours actifs alors que les animaux ne montraient plus de signes de peur. Fait important, moins les souris avaient peur, plus les cellules étaient réactivées. C’était une première indication de l’implication d’une même population de neurones dans le stockage et l’atténuation des souvenirs traumatiques.

Les chercheurs ont ensuite réduit l’excitabilité des neurones du souvenir au cours de la thérapie d’exposition et ont constaté que la réduction de la peur chez ces souris était moins importante que dans le groupe témoin. Mais lorsqu’ils ont réduit l’excitabilité d’autres neurones dans le gyrus denté, un tel effet n’a pas été constaté, ce qui montre que les neurones du souvenir dans le gyrus denté sont essentiels à l’atténuation de la peur.

Enfin, lorsque les chercheurs ont augmenté l’excitabilité de ces neurones du souvenir au cours de l’intervention thérapeutique, ils ont constaté une amélioration dans la réduction de la peur chez les souris. Ils ont donc conclu que l’atténuation des souvenirs de peur éloignée dépend de l’activité continue des neurones qu’ils ont identifiés dans le gyrus denté.

Dossier de presse (vidéos, b-roll, images): http://bit.ly/2018Trauma

Source : EPFL