Déni

L’inceste en 4 court-métrages

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Mizbrük 

Court-métrage jeunesse d’une durée de 10 minutes. Julie reçoit la visite impromptue d’une créature sordide. Ébranlée, elle trouve refuge dans les bras de son frère Félix qui lui prêtera main-forte afin de se débarrasser de cet inquiétant visiteur. 

Mizbrük se veut une métaphore de l’inceste à travers une vision enfantine et ludique. 

Avertissement : Les vidéos suivantes sont très explicites

Les yeux de mon père

Clémence et Constance, deux sœurs que tout oppose, se retrouvent au chevet de leur père victime d’un AVC. Ces retrouvailles seront l’occasion pour elles de se confronter à leur enfance meurtrie par l’inceste…

CLEMENCE est la victime plongée dans le déni. La clémence est définie comme “une vertu consistant à pardonner les offenses, à modérer les châtiments des fautes que l’on punit”. CONSTANCE est la victime résiliente. La constance est définie comme “la fermeté de caractère, force morale permettant de supporter les épreuves”.

“Les yeux de mon père” est un court-métrage fictif d’une vingtaine de minutes né de la volonté d’aborder un thème encore tabou, celui de l’inceste.

Le court-métrage “Les yeux de mon père” traite de l’inceste commis par un père à l’encontre de ses deux filles à travers une mise en parallèle de leur parcours post-traumatique. Il s’agit de montrer d’une part que les effets de l’inceste sont propres à chaque victime, et ce, même au sein d’une fratrie, et d’autre part que l’inceste du père représente une forme de violence bien spécifique, liée notamment au statut patriarcal au sein de la famille et plus largement au sein de la société.

Traiter l’inceste dans un univers esthétisé est un parti pris qui sert à montrer que l’on ne porte pas forcément ses drames sur soi. Les goûts personnels dépassent les états d’âme créant ainsi un contraste entre apparence et réalité.

Pleurer des larmes d’enfance

Un court-métrage percutant qui montre avec justesse la pédophilie sous son vrai visage. Ce film glaçant met en lumière l’abus sexuel commis sur une fillette par l’un des membres de sa famille. Dans 70% des cas, le bourreau est en effet un proche de la victime

Dans ce court-métrage de vingt minutes, les silences pesants en disent long. En remettant l’acte pédophile dans un cadre réaliste, les réalisatrices donnent à voir, crûment, la violence de cet acte. Car l’horreur vient saisir la fillette dans son lit, chez elle, tandis que dans la pièce d’à côté, les adultes s’amusent et ne se doutent de rien. Telle est la réalité de nombreux drames. Librement adaptée du livre de Tootsie Guéra, Le Passé imposé, cette vidéo questionne la société. Comment peut-on ne pas voir?

Attention, certaines images peuvent choquer.

Maman, y’a un monstre dans mon lit !

Une jeune femme se souvient du drame de son enfance au sein d’une famille pauvre vivant à la campagne, où elle a vécu l’horreur de l’inceste.

Ce film, tourné en 1999, est un drame sur les horreurs de l’inceste vu à travers les yeux d’une petite fille de 6 ans. Sélectionné dans 30 festivals à travers le monde, récipiendaire de 10 prix internationaux, le film est aussi nominé pour le JUTRA du meilleur court métrage.

Fiction de 18 minutes tournée en 35 mm

https://www.youtube.com/watch?v=gbx5Wd1YYvc

Agresseur

Du bon usage de la haine et du pardon

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De Gabrielle Rubin 2007, Paris, Payot

Un sentiment (souvent inconscient) de culpabilité peut causer de grandes souffrances et un mal être dont on ne s’explique pas l’origine ; or ce qui rend difficile la résolution de tels cas, c’est que le sujet, loin d’être le responsable de la faute qui l’accable en est, au contraire, la victime : ce qu’il se fait payer, et parfois cruellement, c’est le forfait de son bourreau.

Les fautes dont il s’accuse sans le savoir ne sont cependant pas imaginaires, elles ont effectivement été perpétrées, mais contre lui et par un autre que lui-même.
C’est une double peine pour la victime car si elle souffre bien évidemment du mal qu’on lui a fait, elle souffre aussi, et durement, du châtiment qu’elle s’inflige à la place du vrai coupable.

Le cas le plus visible en est celui de l’enfant qui a subi l’inceste : tandis que le fautif se porte fort bien, lui se sent honteux, coupable et sale et il s’impose une vie misérable pour payer un crime qu’il n’a pas commis.
Cela ne se produit cependant que dans des cas particuliers ; normalement, lorsque ‘Pierre’ frappe (physiquement ou psychiquement) ‘Paul’, celui-ci ressent bien évidemment la douleur causée par le coup. Mais il en veut à son agresseur, il le déteste et, éventuellement, décide de s’en venger. Tout est simple alors, car la culpabilité est clairement attribuée au vrai coupable, c’est-à-dire à ‘Pierre’.

Mais lorsque l’agresseur est justement quelqu’un que ‘Paul’ chérit tout particulièrement et qu’il ne peut pas détester et dont il ne désire pas se venger, que se passe-t-il ? 

L’expérience m’a montré que la victime retourne contre elle-même la haine qu’elle devrait normalement éprouver pour son bourreau et que ce sentiment destructeur en arrive souvent à ruiner sa vie.

Cette haine immérité que l’on se voue inconsciemment n’est jamais aussi violente que lorsque l’agressé est un enfant et que son agresseur est son parent (père ou surtout mère) ou un substitut de ceux-ci : oncle ou grand père, professeur ou curé.

Lorsqu’il s’agit de la mère, par exemple, l’amour sans limite que lui voue l’enfant ( et qui, comme le disait Freud, est le modèle de tout amour ultérieur) lui interdit absolument de la rejeter et même de ressentir consciemment la moindre rancune contre elle.
Dès lors, que faire de cette haine dont il ne peut pas se débarrasser en la renvoyant au vrai coupable ? C’est contre lui-même qu’il va la retourner, en se punissant par toutes sortes de tourments.

En écrivant cet ouvrage, j’ai constaté que si tous les agresseurs meurtrissent leur victime tous n’ont pas le même degré de culpabilité et qu’il existe même des bourreaux innocents.

Le dessin que je reproduis ci après, et qui est du au peintre autrichien Alfred Kubin, est une étonnante représentation graphique du rapport qui enchaîne la victime à son bourreau, et c’est aussi une image très proche des rêves que produit un sujet qui est en passe de découvrir le vrai visage de son tortionnaire.

Kubin dessine la malheureuse victime réduite en esclavage, écrasée d’humilité de soumission et de douleur. Mais, remplie d’une adoration éperdue pour celui qui la domine, balançant l’encensoir, elle se sent trop infime pour oser lever les yeux vers son bourreau.

En référence à son histoire, chaque sujet crée évidemment son propre rêve, mais tous ces rêves ont point commun : ils donnent du bourreau une image exacte et terrifiante.

Kubin voit le sien comme un être plein d’arrogance ; son gros ventre repu ne laisse aucune place à l’autre et sa toute petite tête d’animal stupide mais auréolé par la dévotion de ses sujets est, à l’évidence, bien incapable de contenir la moindre pensée.

A son réveil le rêveur n’ose généralement pas encore identifier son agresseur, mais son inconscient lui a envoyé le portrait du vrai coupable, et s’il se situe lui-même à l’extérieur de la scène, il est tout près reconnaître, puis d’accepter la réalité.

Alfred Kubin (1877 – 1959)

Source : Gabrielle Rubin