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Résilience après un traumatisme : Le rôle de la suppression de la mémoire

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La suppression de la mémoire peut aider après un traumatisme

Les thérapeutes se demandent depuis longtemps si les tentatives de supprimer volontairement l’intrusion des souvenirs de traumatismes sont utiles pour combattre les effets néfastes des traumatismes. Mary et al. ont observé les survivants des attentats terroristes de Paris de 2015 qui ont développé un trouble de stress post-traumatique et ceux qui n’en ont pas développé (voir Ersche). À l’aide de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, ils ont étudié les réseaux neuronaux qui sous-tendent le contrôle et la suppression de la récupération de la mémoire. Les résultats suggèrent que les symptômes caractéristiques du trouble ne sont pas liés à la mémoire elle-même, mais à son contrôle mésadapté. Ces résultats offrent de nouvelles perspectives sur le développement du trouble de stress post-traumatique et des pistes de traitement potentielles.

Résumé structuré

INTRODUCTION

L’une des questions fondamentales en neurosciences appliquées est de savoir pourquoi certains individus peuvent faire face à des événements traumatiques, alors que d’autres restent traumatisés par un passé qui les hante et dont ils ne peuvent se débarrasser. L’expression et la persistance de souvenirs intrusifs, nets et angoissants, est une caractéristique centrale du trouble de stress post-traumatique (TSPT). La compréhension actuelle du SSPT lie cette persistance à l’incapacité de réduire la peur associée au traumatisme, un déficit qui trouve son origine dans le dysfonctionnement de la mémoire. Dans cette étude, nous avons cherché à savoir si ce déficit pouvait également être lié à la perturbation du système cérébral qui permet normalement de contrôler la mémoire.

ARGUMENT

Pour tester cette hypothèse en laboratoire, nous avons fait appel à des souvenirs intrusifs neutres et non agressifs associés à un indice de rappel dans un groupe de 102 personnes exposées aux attentats terroristes de Paris en 2015 et dans un groupe de 73 personnes non exposées (c’est-à-dire n’ayant pas vécu les attentats). Le groupe exposé était composé de 55 personnes souffrant de symptômes de SSPT (appelé SSPT+) et de 47 personnes ne présentant aucune incapacité perceptible après le traumatisme (appelé SSPT-). Nous avons utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour mesurer comment le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC), un noyau central du système de contrôle du cerveau, a régulé et supprimé l’activité de la mémoire pendant la reviviscence de ces souvenirs intrusifs. Nous avons concentré nos analyses sur la dépendance fonctionnelle et causale entre les circuits neuronaux de contrôle et de mémoire lors des tentatives de suppression de la résurgence de ces souvenirs intrusifs.

RÉSULTATS

Chez les individus en bonne santé (SSPT- et non-exposés), les tentatives de prévenir l’émergence indésirable d’une mémoire intrusive dans la conscience ont été associées à une réduction significative du couplage fonctionnel entre les systèmes de contrôle et de mémoire, par rapport aux situations où le rappel ne déclenche pas une telle intrusion. En revanche, on a constaté la quasi-absence d’une telle diminution de la connectivité dans le cas du SSPT+. Des analyses supplémentaires axées sur la sensorialité des communications de flux neuronaux sous-jacents ont révélé que la suppression des souvenirs intrusifs chez les individus en bonne santé résultait de la régulation du DLPFC antérieur droit, qui réglait la réponse des processus de mémoire pour réduire leurs réactions. Cette régulation était notamment destinée à deux régions clés précédemment associées à la reviviscence de souvenirs traumatiques : l’hippocampe et le précuneus.

CONCLUSION

Nous avons observé une perturbation généralisée du signal de régulation qui contrôle la réactivation des souvenirs non désirés. Cette perturbation pourrait constituer un facteur central dans la persistance des souvenirs traumatisants, réduisant la capacité à déployer les ressources d’adaptation nécessaires au maintien d’une mémoire saine. Un tel déficit peut expliquer les tentatives de suppression inefficaces et inadaptées souvent observées dans les cas de SSPT. Notre étude suggère que les fonctions mentales générales habituellement enclenchées pour bannir et supprimer l’expression intrusive de souvenirs indésirables pourraient contribuer à une adaptation positive à la suite d’un événement traumatique, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux traitements.

Mécanismes de suppression de la mémoire après un traumatisme.

(A) Il a été demandé aux personnes exposées, atteintes ou non de SSPT, de supprimer la reviviscence de souvenirs intrusifs neutres. (B) Les analyses ont porté sur les dépendances fonctionnelles et causales entre les systèmes de contrôle et de mémoire lors des tentatives de suppression. (C) Une diminution importante du couplage pour contrecarrer l’intrusion a été observée dans les groupes non exposés et souffrant de SSPT- mais pas dans le groupe SSPT+. (D) Cette diminution du couplage a été favorisée par une régulation descendante du traitement involontaire de la mémoire par le DLPFC concerné.

Traduit par courtoisie depuis AAAS

inceste et honte

La honte dans le syndrome de stress post-traumatique complexe

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S’affranchir de la honte

Les traumatismes de l’enfance peuvent aller du fait d’avoir été confronté à une violence et à une négligence extrêmes jusqu’au sentiment de ne pas être à sa place, de ne pas avoir été désiré, ou de se sentir incompris de manière permanente. Vous avez sans doute grandi dans un environnement où votre curiosité et votre enthousiasme étaient constamment dévalorisés. Peut-être avez-vous été élevé dans une famille où vos parents avaient des traumatismes non résolus, ce qui les empêchait de répondre à vos besoins affectifs. Ou, vous avez peut-être été victime de violences sexuelles ou physiques. Dans tous les cas, il est courant de développer des défenses par rapport à vos sentiments les plus sensibles.

Lorsque les traumatismes de l’enfance se poursuivent au fil du temps et ne sont pas traités, une forme de stress post-traumatique appelé SSPT complexe (SSPT-C) peut apparaître. Cela a des conséquences considérables sur la santé mentale et émotionnelle. Il est donc compréhensible d’éprouver des sentiments d’impuissance et de honte dans le cadre d’un SSPT complexe.

” Pour se reconstruire, la plupart des personnes atteintes du SSPT doivent affronter désespoir, émotions douloureuses et sensations intolérables. Parcourir ces domaines exige des conseils avisés. Il n’est que trop commun de se retrouver bloqué dans des schémas d’évitement, de sombrer dans le désespoir ou d’être prisonnier de ses pensées négatives. Vous pouvez vous libérer de la honte et de l’impuissance. Ce processus exige douceur, acceptation et persévérance.”

Impuissance acquise

Lorsqu’il n’y a aucun moyen de mettre fin à ces violences, aux violences conjugales ou de convaincre un parent d’arrêter de boire, l’enfant se sent impuissant. Les traumatismes prolongés de l’enfance se caractérisent par un état d'”impuissance acquise”. Ce terme a d’abord été employé pour décrire comment les animaux exposés de façon répétée à un choc inévitable ne tentent pas de s’échapper, même s’ils en ont la possibilité. Le Dr Martin Seligman, psychologue et chercheur à l’Université de Pennsylvanie, a plus tard étendu la compréhension de l’impuissance acquise aux personnes qui se sentent et se comportent d’une manière impuissante lorsqu’elles n’ont aucun contrôle sur une situation de menace.

Lorsque vous avez été élevé par des personnes qui ne sont pas dignes de confiance, il est courant de généraliser votre expérience – vous avez l’impression qu’on ne peut faire confiance à personne ou que la vie est dangereuse. Au fur et à mesure que vous vous débarrassez du SSPT, il est important de comprendre que vous êtes désormais en sécurité et que vous pouvez faire des choix maintenant. Vous n’êtes plus enfermé dans l’impuissance de votre passé.

Reconnaître la honte

La honte se caractérise par la croyance suivante : “Je suis une mauvaise personne”. Cette émotion est le résultat d’une perception faussée de vous-même selon laquelle vous êtes sans valeur, endommagé ou que vous êtes défaillant. Pourquoi la honte est-elle si omniprésente ? Les jeunes enfants dépendent entièrement de leurs parents pour se sentir en sécurité et en harmonie avec leur environnement. Si vous aviez un parent violent, vous étiez confronté à un conflit majeur : votre pulsion biologique de rechercher le contact avec la personne à l’origine même de la terreur à laquelle vous essayiez d’échapper. Les adultes qui ont été maltraités ou négligés dans leur enfance ont souvent tendance à se blâmer eux-mêmes. Cela peut entraîner des sentiments de culpabilité et de honte permanents. Le thérapeute EMDR et auteur Dr Jim Knipe suggère que cette culpabilité est un lien direct avec la logique de l’enfance – les enfants se mettront à imaginer qu’ils sont de mauvais enfants face à leurs bons parents et éviteront ainsi de se confronter à la terrifiante réalité qu’ils sont en fait de bons enfants tributaires de mauvais parents.

Lorsque les parents sont menaçants, violents ou absents, les enfants peuvent se sentir perturbés et se demander qui est responsable de la situation. Quand les enfants sont témoins de faits graves, ils se sentent mal à l’aise. Les fausses croyances et les jugements tels que ceux qui suivent entretiennent le sentiment de honte dans le SSPT complexe :

” Il y a quelque chose qui cloche chez moi !”

“Je suis trop bête.”

“Je n’arrive pas à faire quoi que ce soit de bien.”

“Je suis une loque émotionnelle.”

“Je suis simplement paresseux.”

De plus, la honte est souvent cachée derrière le perfectionnisme. Enfant, vous avez peut-être intériorisé la croyance que vous deviez agir de manière irréprochable puisque vos parents ne pouvaient pas gérer vos véritables sentiments. Ou vous pensiez peut-être que le fait de bien vous comporter empêcherait le mal d’arriver. Dans un cas comme dans l’autre, il est possible que vous ayez eu à cacher vos véritables sentiments afin d’éviter de faire chavirer la barque. Le perfectionnisme est entretenu par un discours autocritique qui vise à réprimer les sentiments douloureux. Lorsque le critique intérieur vous reproche d’être paresseux, stupide ou inutile, vous vous retrouvez encore une fois confronté à la honte.

La résilience

Lorsque vous êtes conscient des messages que vous vous adressez, vous pouvez agir et commencer à éprouver votre douleur avec compassion. Penchons-nous sur quatre pratiques qui peuvent vous libérer de la honte :

  • Examinez votre langage : Le Dr Dan Siegel, auteur de Mindsight, souligne la différence entre “je ne suis pas bien” et “je ne me sens pas bien”. Le premier énoncé reflète l’identification à une émotion douloureuse, tandis que le second énoncé permet de reconnaître un sentiment sans être accablé par celui-ci.
  • Évitez les ” je devrais ” : Les ” je devrais ” sont une façon de cultiver le perfectionnisme, les attentes envers vous-même, et de répudier votre présence réelle. Vous pourriez dire : “Je devrais aller mieux depuis le temps”, “Je ne devrais pas commettre d’erreurs” ou “Je devrais être fort”. Quand vous dites ou pensez le mot “devrais”, je vous invite à prendre du recul et à vous concentrer sur l’acceptation de soi.
  • Imaginez que la honte est du harcèlement : Voir la honte comme du harcèlement vous permet de vous protéger des émotions et de répliquer ! Comment vous sentez-vous quand le harcèlement vous rabaisse ? Qu’est-ce que vous voudriez que la honte sache ?
  • Ressentez les sensations de honte dans votre corps : Souvent, le plus difficile dans la guérison de la honte est de tolérer les sensations ressenties dans votre corps. Il est difficile de décrire le “beurk” bien souvent intolérable qui accompagne souvent la honte. Il se peut que vous ressentiez une impression de naufrage ou une sensation vague, comme si vous aviez fait quelque chose de mal. Cependant, avec le temps, à mesure que vous augmenterez votre capacité à sentir votre corps, vous pourrez développer une plus grande variété de techniques pour bouger et respirer. Il y a énormément de pouvoir à reconquérir votre corps de la honte. Vous trouverez peut-être une posture qui vous procurera une sensation de force et de combativité, ou vous pourriez peut-être placer vos mains sur votre cœur dans un geste d’amour et de bienveillance.

Je vous invite à vous interroger sur la façon dont la honte se manifeste dans votre vie. Quelles pensées ou sensations accompagnent la honte pour vous ? Qu’est-ce qui vous aide à surmonter ou à vous libérer de la honte ? Pour terminer, je tiens à vous dire que pour guérir de la honte dans le cadre d’un SSPT complexe, travailler avec un thérapeute compatissant se révèle le plus souvent nécessaire. Il vous aidera à surmonter les obstacles et à vous affranchir du sentiment de honte.

Traduit par courtoisie du Dr Arielle Shwartz

Les regrets et leur relation au TSPT complexe

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Gérer les regrets et comment ils peuvent vous hanter


Ils peuvent vous rendre misérable, vous enfermer dans le passé et, en même temps, vous projeter dans l’avenir dans un effort pour rattraper le temps perdu.
Le regret, en somme, est le fait de continuer à insister pour que ce qui est arrivé soit différent de la réalité. C’est cette dissonance entre deux états d’esprit – ce qui était, et ce que vous vouliez – qui perpétue votre conflit interne.
En outre, à partir de cette dissonance, vous pourriez vous projeter dans l’avenir pour tenter de rattraper le passé par le biais de compromis, ce qui ne mène à aucun accomplissement significatif.

Gérer le regret, la comparaison et le temps psychologique

En clair, la voix du regret telle que vous la percevez dans vos propres pensées peut être formulée comme suit : ”Si seulement ….. ” ou “Pourquoi ai-je ou n’ai-je pas…….?”
Il peut s’agir d’un processus conscient ou non, mais la piqûre du regret est la comparaison. C’est la comparaison faite par votre moi actuel, qui perçoit avec un esprit rationnel et sans le stress émotionnel, qui se heurte à ce qui s’est vraiment passé quand vous étiez sous la contrainte.
L’écart de dissonance et la douleur du regret deviennent plus évidents lorsque votre moi rationnel adulte se bat avec votre moi enfant plus émotionnellement branché.

Gérer les regrets et la lutte entre les différentes parties de vous

Cela devient plus clair parce que votre enfant intérieur, qui a été submergé émotionnellement par la violence ou la négligence traumatique de ce temps-là, a réagi par la survie, probablement en fuyant, en en se bloquant ou en contentant.
Vôtre moi adulte, qui vit encore avec les conséquences de ces réactions innées de survie – ne peut pas rationnellement accepter ce qui s’est passé.

La douleur des regrets et de la manière d’y faire face.

A partir de là, la situation peut devenir plus complexe. La mentalité “Si seulement……” peut se projeter dans le futur et vous dire ”Si seulement j’avais ma propre maison, un partenaire, (ou toute autre chose que vous désirez)… alors je pourrais être heureux, je pourrais continuer ma vie.”
Il n’y a qu’à regarder ceux qui ont de l’argent et qui sont malgré tout malheureux et à la recherche de plus de pouvoir, de richesses et d’influence.

Comment surmonter les regrets liés au syndrome de stress post-traumatique complexe

Vous pensez peut-être que ce qu’il vous faut faire, c’est accepter ce qui vous est arrivé, mais ce n’est pas aussi facile que ça. Vous ne pouvez pas vous forcer à accepter.
Les gens qui vous entourent vous l’ont déjà conseillé, et cela vous blesse, mais cela résulte d’une incompréhension de ce qu’est vraiment le TSPT ou le TSPT complexe.
Commençons par l’extérieur et, de là, déplaçons-nous vers l’intérieur.
Fermez les yeux un instant et ressentez la douleur des regrets. Devenez intime avec elle sans alimenter vos pensées dans ce sens. Pensez un instant à ce que j’ai dit tout à l’heure ; que l’essence même du regret est l’insistance à vouloir que ce qui est arrivé soit différent de ce qui était.
Ressentez ça. Cette résistance constante, cette envie, cette lutte, cette tentative. Sentez l’énergie qui y est consacrée, l’énergie les pensées qui vont dans cette direction. Ressentez la pleinement, sans pour autant l’agrandir, sans vous permettre de la nourrir. Vous devez vous maintenir en conscience en faisant cela.
Cette résistance constante – vouloir, lutter, essayer – est votre soupape de sécurité, votre dissociation. Simultanément, elle prolonge vos regrets et vous empêche de ne pas pouvoir rencontrer le résidu émotionnel de votre passé. Gérer les regrets n’est pas facile.

Nier les pensées du regret


Si vous n’accorder pas d’attention au mouvement de ces pensées et sentiments qui vous poussent à vouloir que ce qui est arrivé soit différent, qu’allez-vous rencontrer ?
Vous devrez faire face à la blessure sous-jacente du résidu émotionnel écrasant qui vit encore en vous en raison d’un événement ou d’une période traumatisant.

Pouvez-vous faire ça ? Pouvez-vous entrer et sortir de là et devenir intime avec votre douleur ? Ne pas vous laisser submergé ou vous complaire dedans mais en restant conscient. Développez petit à petit suffisamment de résilience pour être en mesure de rester pleinement avec elle.
En faisant cela, vous vous éloignez du regret. Ce n’est pas en surmontant, mais en redirigeant votre énergie à un niveau plus profond de vous-même – là où c’est le plus nécessaire – que le regret est effacé.
Rechercher l’épanouissement à l’extérieur ne fonctionne pas. Il provient de la compensation et, par conséquent, il ne sera jamais suffisant. Vous passerez seulement d’une chose acceptable à une autre, mais toujours en quête de plus.
C’est en apportant compréhension et compassion à ces parties blessées que vous pourrez vous rapprocher de ces parties de vous encore submergées par l’émotion.

Source : Rolandbal

La vie d’un survivant de l’inceste, selon 3 victimes

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Imaginez que vous êtes coincé dans un cycle d’abus et de traumatismes, avec apparemment aucun moyen de vous libérer de ce que vous traversiez. Ensuite, imaginez que lorsque vous demandez de l’aide, vous faites face à la stigmatisation et au dégoût entourant le cauchemar dans lequel vous êtes coincés.

C’est souvent ce que ressentent les survivants de l’inceste. La cible de la colère des membres de la famille qui veulent que vous restiez silencieux, ou les soi-disant “alliés” qui font nonchalamment des blagues sur l’inceste sur Internet, font qu’il est dur de naviguer dans ce monde en tant que survivant. Le mouvement #MeToo a fourni aux personnes marginalisées une plate-forme pour parler des agressions sexuelles, mais certaines survivantes ont le sentiment que la dénonciation du silence autour de l’inceste n’a pas réussi à les inclure, ni leurs expériences, ni la discrimination unique à laquelle elles sont confrontées.

Bien que l’inceste soit systématiquement négligé dans la prévention et la sensibilisation aux agressions sexuelles, il est répandu aux États-Unis et dans le monde. Le Réseau national de viol, d’abus et d’inceste (RAINN) estime qu’au moins 34% des auteurs d’agressions sexuelles sur enfants sont un membre de la famille de la victime. Alors que les pères seraient les auteurs les plus fréquents d’inceste, selon une étude publiée en 2014, tous les membres de la famille, y compris les frères et sœurs, les mères, les cousins, les oncles, les tantes et les autres parents proches, peuvent en être les auteurs, tout comme les personnes de tout sexe, peuvent en être les victimes.

L’inceste est une forme de violence sexuelle insidieuse. La plupart des enfants font naturellement confiance aux membres de leur famille proche, et lorsque l’inceste se produit, cela peut être profondément choquant, déroutant et honteux pour les victimes.

J’avais huit ans [quand mon père a commencé]. Comme pour beaucoup de petites filles, mon père était mon idole. Rien n’était plus grand que lui. Il était mon meilleur ami. Il était quelqu’un en qui j’avais confiance et que j’aimais” raconte Julia, une survivante de l’inceste. “C’est naturel de penser : Oh mon Dieu, est-ce que j’ai provoqué ça?, quand une personne se sert de son autorité pour abuser – vous n’avez pas votre mot à dire sur ce qui se passe.”

De plus, les victimes sont souvent réduites au silence par les personnes sur lesquelles elles devraient pouvoir compter le plus – les autres membres de la famille.

Anne affirme avoir été agressée à plusieurs reprises. Elle s’est confiée : ”Je n’ai parlé de cet abus à ma mère que des années plus tard, et elle m’a reproché de m’être mise dans cette situation. Et elle est toujours en contact avec mon cousin qui m’a agressé, malgré le fait que je lui dise à quel point ça me fait mal. Pour Anne, les mauvais traitements ont commencé après son immigration des Caraïbes aux États-Unis pour vivre avec son père et sa belle-mère, à l’âge de 16 ans. “Les abus sexuels ont cessé lorsque j’ai commencé ma première année d’université. Les abus émotionnels et physiques ont continué”, dit-elle. “Le processus de guérison n’a pas été un parcours facile.” Quand elle a parlé de cet abus à sa famille, ils l’ont dissuadée de le signaler. “Ils avaient tous peur de lui. Il a passé sa vie à terroriser tout les gens qu’il a rencontré”, a-t-elle confié. “En en parlant, vous détruisez le passé qu’ils se sont fourvoyé à croire.”

Dr. Patti Feuereisen, psychologue et auteure de ”Invisible Girls” explique qu’il peut être impossible pour les survivants de l’inceste de s’éloigner de leurs agresseurs. La majorité des enfants dépendent des membres de leur famille pour obtenir des conseils , ainsi qu’un soutien financier et émotionnel. Bien que toutes les formes d’agressions sexuelles soient terribles et méritent d’être condamnées, les victimes d’inceste ont rarement un lieu sûr où s’échapper et sont particulièrement vulnérables lorsqu’elles sont chez elles.

Les abus sexuels dans l’enfance peuvent avoir des conséquences dévastatrices pour la santé mentale et physique des survivants. En 2007, des pédopsychiatres ont déclaré que le trouble de stress post-traumatique ne couvrait pas entièrement l’étendue des symptômes observés chez les jeunes patients victimes d’un traumatisme. Selon l’American Psychological Association, ils ont proposé d’ajouter “trouble de développement traumatique” au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux afin de reconnaître “l’exposition à de multiples traumatismes chroniques” à un jeune âge.

Les experts s’interrogent encore sur l’ajout des troubles traumatiques du développement au manuel psychiatrique , mais il est impossible d’ignorer les conséquences d’un traumatisme subit à un jeune âge. Julia dit qu’elle a eu des idées suicidaires à 12 ans. “Je ne pouvais demander de l’aide à personne, comment j’aurais pu?” dit-elle. “Je pensais : je vais mourir demain.” C’est uniquement parce que son père a commencé à la laisser tranquille qu’elle n’a pas tenté de se suicider.

Comme le démontrent les recherches, les victimes d’inceste peuvent avoir recours à l’auto-mutilation, à des troubles de l’alimentation, à la toxicomanie et à d’autres comportements auto-destructeurs pour faire face à leur traumatisme – jusqu’à ce qu’elles trouvent un lieu sûr et accueillant, à l’abri des abus, et qu’elle puissent s’informer sur la prise en charge des traumatismes . D’autres troubles graves, tels que le trouble de la personnalité, la dépression et la dysmorphie corporelle sont également en forte corrélation avec les abus sexuels durant l’enfance.

En outre, le Dr Feuereisen explique qu’il n’est pas rare que des enfants survivants développent une hypersexualité en réponse à la maltraitance, alors que d’autres peuvent éprouver une aversion totale pour le sexe et la sexualité. Cependant, elle dit que “les deux sont réactives – en réponse au traumatisme- mais pas pour toujours”.

Étant donné l’impact traumatique de l’inceste sur les victimes, la société et les familles, il n’est pas suffisamment pris en compte dans nos sociétés – et ce en dépit de la volonté de responsabiliser les victimes d’agressions sexuelles avec la campagne #MeToo et Time’s Up. L’auteur Mia Fontaine a donné une explication à ce sujet dans un article de 2013 pour The Atlantic :

Étant donné la prévalence de l’inceste et le fait que la famille est l’unité de base sur laquelle repose la société, imaginez ce qui se passerait si chaque enfant actuellement victime de violence – et chaque adulte victime de violence demeurant silencieux – sortait des sentiers battus, insistait pour que justice soit rendue et appliquée. Le tissu même de la société serait déchiré.

Ce sentiment est toujours d’actualité. L’inceste est un sujet inconfortable dont beaucoup d’entre nous, même ceux qui ont vécu l’inceste, ne souhaitent pas parler. De nombreux survivants de l’inceste peuvent se sentir obligés de ne pas perturber l’équilibre familial, malgré les abus passés ou présents. D’autres survivants peuvent ne pas se souvenir des violences. Pour cela et pour bien d’autres raisons encore, l’inceste reste sous-déclaré.

” D’après mon expérience, l’inceste, même une fois révélé, demeure une chose à cacher. Il n’y a pas de justice parce que c’est une famille” selon Anne . ”Meme si j’ai parlé de ce qui s’est passé à plusieurs proches, ils insistent toujours pour sauver les apparences et demeurer ami avec mon agresseur. Ils me disent de garder le silence et me tiennent responsable de ce qui s’est passé. On ne peut pas briser les liens. Il me reste la honte et la culpabilité d’être une victime. ”

La voie du rétablissement et du mieux-être peut s’avérer moins difficile pour les survivants lorsque l’on aborde les stigmates et mythes associés à ce type d’abus sexuel, qui ont tendance à être ignorés.

“J’espère que les personnes qui n’ont pas connu l’inceste savent que ce n’est pas parce qu’un proche est membre de la famille que c’est une bonne personne, qu’il s’agisse de l’agresseur lui-même ou des personnes qui continuent à le soutenir. Les agressions sexuelles ne sont jamais acceptables », déclare Anne. ”Les agressions sexuelles peuvent survenir n’importe où, même à la maison, un lieu normalement associé à la protection et à la sécurité, et avec des personnes de confiance. Nous avons tendance à rester assis en silence, dans un climat de peur, de honte et de culpabilité qui ne nous appartiennent pas vraiment”, explique Summer. “Nous savons qu’une fois que nous commencerons à rester debout dans notre vérité, nous allons énerver beaucoup de gens. Il est temps que nous, survivants de l’inceste, arrivions à réaliser que ce n’est pas grave de déranger les gens.”

“Il est crucial de parler de ces abus sexuel, et en particulier de l’inceste, lorsque vous êtes jeune, à l’adolescence ou dans la vingtaine”, a déclaré le Dr Feuereisen. “Nous devons croire toute personne qui sort de l’ombre. Nous devons comprendre qu’elle ne pouvait pas sortir du silence.” Julia est d’avis que parler d’un traumatisme est la seule façon de le traiter, et elle espère que les enfants victimes de violences se rendront compte qu’ils ne sont pas seuls. “J’ai décidé d’utiliser mon histoire comme moyen de guérir”, dit-elle. Julia veut que les survivants sachent qu’ils ne doivent pas se blâmer eux-mêmes. “On a profité de vous”, dit-elle. Anne dit qu’elle a également intériorisé beaucoup de discours nuisibles au sujet de son abus. “Soyer prêt à défier votre histoire”, dit-elle. “Nous nous sommes racontés tant de c*ies.”

Le message ici n’est pas seulement d’être plus disposés à parler ouvertement de l’inceste dans nos sociétés, mais que les survivants puissent enfin trouver une voie, se sentir en paix et mener une vie épanouissante. La recherche nous montre chaque jour de plus en plus qu’avec l’aide de thérapeutes professionnels, notre cerveau peut en fait être reprogrammé après un traumatisme. Dr. Feuereisen dit qu’une pratique qu’elle utilise souvent avec les survivants est la méthode Remap. Lors de la reconfiguration, similaire à la thérapie d’exposition, le survivant revisite mentalement l’espace ou la situation dans lequel le traumatisme s’est produit pour reconnecter le cerveau afin de faire face aux déclencheurs. “La peur est transformée lorsque vous dépassez votre traumatisme et que vous le visualisez de manière positive. En reprogrammant votre expérience à plusieurs reprises, vous réduisez le traumatisme”, explique le Dr Feuereisen.

”Je veux qu’il soit clair que l’abus sexuel et l’inceste ne constituent en aucun cas une condamnation à mort”, a déclaré le Dr Feuereisen. “Vous n’êtes pas un bien endommagé. Vous pouvez aller mieux. “

L’espoir de guérison des survivants de l’inceste n’est pas un rêve éphémère: de nombreuses preuves soutiennent l’idée que la guérison après un abus sexuel est tout à fait possible, et qu’en parler sans honte est un aspect essentiel du rétablissement. Alors que les discussions portant sur la manière dont notre société peut éliminer les violences sexuelles continuent de prendre de l’ampleur, les survivants de l’inceste méritent de faire entendre leur voix dans la politique, la défense des droits et à travers #MeToo.

Source :  KYLI RODRIGUEZ-CAYRO and AYANA LAGEBustle

Soigner le traumatisme ?

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Violences, attentats, catastrophes, tortures, viols, maltraitances… Ces événements qui suscitent l’effroi peuvent avoir des conséquences psychiques graves sur le plus long terme. Peut-on soigner le traumatisme? Si nous posons la question, c’est parce la réponse ne va pas de soi. Ce numéro de Rhizome présente un double intérêt au regard de la ligne éditoriale de la revue. D’une part, l’appréhension du traumatisme paraît être à l’articulation entre un événement et/ou un contexte social et une « empreinte » psychique. La souffrance psychosociale d’hier serait le traumatisme d’aujourd’hui. D’autre part, il existe une prévalence des psychotraumatismes plus élevée pour les personnes ayant l’expérience de la précarité et/ou de la migration. Que recouvre alors le « traumatisme » dans une perspective clinique? La terminologie s’inscrit aujourd’hui dans le langage commun, suscitant de fortes attentes pour que les dispositifs de santé mentale prennent en charge les personnes exposées à des événements traumatiques.

Source : Orspere / Ch Le Vinatier