Tabous et résilience sexuelle

La sexualité est encore entourée d’innombrables tabous. Mais même dans la catégorie « ce dont on ne parle pas », il y a des sujets dont il est encore plus difficile de parler. La sexologue féministe Violeta Belhouchat, dans sa chronique, nomme certains des tabous historiques entourant les violences sexuelles. Elle nous rappelle que les victimes de violence ne sont pas seulement confrontées à des obstacles individuels, mais qu’elles doivent aussi briser le silence imposé par ces choses dont il est si difficile de parler.

Parler de la sexualité est un sujet tabou. Parler des menstruations, de l’absence de désir sexuel post-partum – qui peut durer des mois -, des infections sexuellement transmissibles, de la difficulté pour les personnes ayant un vagin d’obtenir un orgasme lors de rapports hétérosexuels et des difficultés sexuelles dans les couples de toutes orientations sexuelles et romantiques sont cinq tabous bien identifiés.

Ce ne sont pas les seuls, mais ce sont nos « démons connus » de la santé sexuelle. Ce qui m’a frappé, c’est de constater qu’il est également tabou de parler des problèmes sexuels parmi les victimes de violences sexuelles et les spécialistes de la santé qui les traitent : médecins, gynécologues, sages-femmes, urologues, thérapeutes, psychiatres.

C’est surprenant, car le nombre de survivants de violences sexuelles dans le monde se compte en milliers. J’ose affirmer qu’il n’existe aucun spécialiste de la santé qui n’ait pas traité parfois des patients (enfants, adolescents, hommes, femmes, non-binaires) victimes d’excision, de mutilations sexuelles en milieu hospitalier, d’inceste, de viol, de pédophilie, de viol conjugal, de traite des êtres humains et/ou d’exploitation sexuelle.

Sans parler des cyber-violences sexuelles : les menaces de viol en ligne, diffusion d’images pornographiques sans consentement, cyber-harcèlement LGBTQAI+phobe, cyber-diffamation sexuelle, cyber-comingout forcées – particulièrement graves dans certains pays comme l’Iran, où l’homosexualité est encore un crime et peut être punie de la peine de mort.

De nombreux groupes de victimes de violences sexuelles dénoncent et travaillent à la reconnaissance juridique de ces formes de souffrance et à obtenir une réparation symbolique. De nombreux journalistes filment ou transcrivent des témoignages.

Ce n’est un secret pour personne que pour guérir d’un traumatisme sexuel, il faut sortir du silence. 

Ce qui semble moins identifié, c’est que cela nécessite de surmonter des obstacles individuels : la honte, la culpabilité paradoxale ou inversée (lorsque la victime se sent coupable de sa propre agression) et la confusion causée par le manque d’éducation sexuelle, le manque d’informations juridiques ou l’amnésie traumatique, par exemple.

Parler en pleurant, en gémissant, en bégayant, en soupirant, en tremblant de rage, en transpirant de stress, en ayant la bouche sèche, en ayant la nausée d’angoisse ou en ayant le sentiment d’être dans un état de mort et d’anesthésie est un combat, qui se vainc phrase par phrase.

En réalité, chaque victime de violence sexuelle doit faire face, en plus de ces obstacles internes, au poids du silence des tabous historiques suivants :

Les tabous concernant les violences sexuelles.

La diversité de la violence sexuelle. Sa présence continue dans les espaces publics et privés, dans les lieux d’éducation, de sport et des soins de santé. Le nombre de cas quotidiens. 

Les violences sexuelles peuvent provoquer des érections du pénis et du clitoris, ainsi qu’une lubrification due à des réactions réflexes des glandes (prostate masculine, glandes de Bartholin, glandes urétrales ou de Skene). Ils peuvent provoquer des orgasmes, des réactions d’érection et des spasmes accompagnés de réactions émotionnelles négatives (dégoût, aversion, horreur, surprise, peur, tristesse, stupeur).

Les tabous concernant les victimes de violences sexuelles

L’âge des victimes : 8 sur 10 sont des enfants ou des mineurs. 

Expériences psychologiques d’amnésie traumatique : oubli total ou partiel de la violence pendant des mois, des années ou des décennies. 

Les expériences psychologiques de prise de conscience : la grande majorité ne sait pas qu’elle subit des violences sexuelles et en prend conscience quelques jours, semaines, mois ou années plus tard – à l’adolescence ou lorsqu’elle a accès à une éducation sexuelle ou à une formation juridique.

Tabous concernant les auteurs de violences sexuelles

L’âge des auteurs (1 sur 4 est un mineur), leur origine socio-économique (de toutes les couches socio-économiques), leur niveau d’éducation (de l’analphabète au post-doctorant).

La différence qu’il peut y avoir entre un comportement sexuel social (par exemple, hétérosexuel monogame) et un comportement sexuel secret (par exemple, pédocriminel prédateur), l’état de santé physique (sain, malade ou handicapé).

L’état de santé mentale (il s’agit majoritairement de personnes en bonne santé, intégrées dans la société, qui sont pleinement conscientes de leurs actes et prennent des mesures de sécurité pour éviter d’être découvertes, certains agresseurs  sont des psychopathes violents, des sadiques ou des asociaux).

Il s’agit principalement de personnes ayant un pénis et s’identifiant comme des hommes hétérosexuels.

Les tabous concernant les liens interpersonnels entre les auteurs et les victimes de violences sexuelles.

Il peut s’agir de parents, avec ou sans lien de sang ; de personnel de santé et de patients ; de relations affectives au sein ou en dehors du mariage ; de collègues, de patrons et de subordonnés ; de proxénètes et de travailleurs du sexe ; d’enseignants et d’étudiants ; d’entraîneurs sportifs et d’athlètes ; de voisins ; de connaissances ; d’amis ; d’anciens partenaires ; de policiers et de détenus ; de députés et d’assistants parlementaires ; de dirigeants et de militants politiques ; de fonctionnaires et de citoyens en quête d’aides publiques ; de metteurs en scène et d’actrices de théâtre ou de cinéma…

Les tabous concernant les relations entre les agresseurs de violences sexuelles.

Ils travaillent dans des réseaux humains – numériques – économiques – d’information, ils ont des contacts personnels et/ou professionnels quotidiens, ils appartiennent à la même famille, appartiennent à des cercles professionnels, s’entraident pour obtenir des positions de pouvoir économique, politique ou autre, créent des liens d’interdépendance.

Les tabous concernant les actions réalisées par des auteurs de violences sexuelles

Ils communiquent avec d’autres agresseurs sur leurs stratégies de domination (psychologique, économique) et leurs agressions sexuelles (ils les décrivent, les développent pour les rendre plus extrêmes) ; ils manipulent émotionnellement et affectivement ; ils font du chantage, menacent directement l’intégrité physique des victimes ou le font indirectement par l’intermédiaire de leurs proches (animaux domestiques, frères et sœurs, parents, amis) ; Ils pratiquent l’intimidation verbale et non verbale, créent des situations et des preuves matérielles pour extorquer, menacer la réputation et la dignité des victimes ou de leurs proches, menacent la situation économique de la victime et de ses dépendants (membres de la famille ou autres), menacent la sécurité de la victime et/ou de son environnement (son domicile, ses papiers d’identité, sa communauté), louent ou paient des services ou des cadeaux ou des faveurs aux victimes ou à leur entourage.

La violence sexuelle sont toutes les  violences qui porte atteinte à la sexualité d’un être humain dans ses aspects biologiques et corporels, émotionnels, affectifs, interpersonnels, psychologiques, psychiques, éducatifs, culturels, familiaux, socio-économiques et juridiques.

Sans le savoir, chaque victime de violence sexuelle, lorsqu’elle se trouve devant son thérapeute ou son médecin, la difficulté qu’elle rencontre, avant d’ouvrir la bouche et de raconter ce qu’elle a vécu, est de ne pas rompre avec sa honte, sa culpabilité de victime ou sa confusion. Elle fait face à la rupture de siècles de tabous autour de la sexualité et de la violence sexuelle.

Si vous êtes une victime, votre parole compte.

Dire votre vérité est votre résilience.

Et plus tôt que tard, votre résilience individuelle fera partie de notre résilience sexuelle collective.

Traduction de courtoisie par Marion SOISSON depuis Al Haraca

Le bien-être émotionnel

Il n’y a aucun doute là-dessus, le bien-être émotionnel et l’intelligence émotionnelle sont étroitement liés. Mais que signifie le fait de se sentir bien émotionnellement? Est-ce que c’est quelque chose de mystérieux ou d’inatteignable? Ou bien quelque chose à la portée de n’importe qui?

Cet article examine ces questions et traite de la façon dont le bien-être émotionnel se présente, et à quoi ressemble la vie des personnes émotionnellement en bonne santé.

Quelques définitions pour bien commencer

Le “Centre National de la Santé Emotionnelle” est une organisation engagée à favoriser le bien-être émotionnel en offrant des ressources, des stratégies, des conseils, et du soutien à ceux qui en ont besoin, par exemple dans les milieux professionnels, les communautés, les systèmes de santé, ou en cas d’événements impliquant de nombreuses victimes. Ils offrent la définition du bien-être émotionnel suivante:

“ Le bien-être émotionnel se réfère à la conscience, à la compréhension, et à l’acceptance de nos sentiments, ainsi qu’à notre capacité à gérer de façon efficace les challenges et changements auxquels nous faisons face.”

Il n’échappe à personne que la vie est compliquée et semée d’embûches. Néanmoins, la manière dont vous surmontez ces problèmes détermine votre état de santé émotionnel et révèle votre vraie nature. Le bien-être émotionnel est question d’embrasser la bonté dans votre vie et de voir le verre à moitié plein et non à moitié vide.

Lorsque vous êtes à l’écoute de vos émotions, vous pouvez comprendre et être plus en accord avec votre corps, vous réagissez également à vos émotions avec plus de confiance. Rester dans le moment présent et ne pas anticiper l’avenir, ni ressasser le passé est vital pour être en bonne santé émotionnelle.

Le bien-être émotionnel nous encourage à cultiver la pleine conscience, mais cela ne veut pas dire que vous êtes heureux et insouciant tout le temps. Au contraire, vous êtes conscient et vous pouvez effectuer les changements nécessaires pour vous sentir mieux.

Être en bonne santé émotionnelle offre la possibilité d’atteindre votre plein potentiel en tant qu’individu.

À quoi ressemble le bien-être émotionnel?

Le bien-être émotionnel implique de prendre soin de soi, de se relaxer, de développer sa force intérieure, et de réduire son stress. Il s’agit aussi d’être conscient et attentif aux émotions, à la fois négatives et positives, auxquelles vous pouvez faire face dans votre quotidien, dans ce monde. Le bien-être émotionnel comprend également votre capacité à apprendre et à grandir de ces expériences, ainsi qu’à développer des compétences en matière de prise de décisions.

Le bien-être émotionnel est essentiel si vous souhaitez vivre une vie heureuse et productive. Être en bonne santé émotionnelle vous donne le pouvoir d’exprimer vos sentiments sans retenue. Cependant, grâce à un contrôle émotionnel rationnel, vous pouvez nouer des relations de soutien et d’interdépendance avec les autres.

Il existe cinq questions que vous pouvez vous poser afin de déterminer si vous êtes en bonne santé émotionnelle.

  1. Êtes-vous sensible et compatissant? La façon dont vous traitez votre entourage est comme un baromètre qui révèle votre état de santé émotionnelle. Les personnes en bonne santé émotionnelle ont tendance à être sensibles et à l’écoute des besoins des autres, et sont également plus généreuses.
  2. Vous sentez-vous reconnaissant? Les personnes en bonne santé émotionnelle éprouvent de la gratitude pour leur vie et pour les bonnes choses qui leurs arrivent. Ils apprécient ce qu’ils ont et ne se soucient pas de ce qu’ils ne possèdent pas. En bonne santé émotionnelle, les gens reconnaissent la chance qu’ils ont. Il ne s’agit pas seulement d’argent ou de biens matériels, mais aussi de l’amour et de la gentillesse des autres, ainsi que leur santé physique.
  3. Vous aimez-vous? Les personnes en bonne santé émotionnelle s’aiment d’un amour inconditionnel. Ce comportement peut sembler paradoxal ou bien futile, mais je peux vous assurer que ça ne l’est pas. S’aimer soi-même est vital pour votre bien-être émotionnel, car vous prendrez ainsi mieux soin de vous-même, vous vous donnerez encore plus de moyens pour devenir une personne meilleure, et vous essaierez d’aider les autres autour de vous.
  4. Êtes-vous tolérant et ouvert d’esprit? Êtes-vous conscient de vous-même et écoutez-vous vos pensées et celles des autres? Lorsque vous êtes ouvert d’esprit et disposé à écouter le point de vue des autres, vous serez plus enclin à améliorer votre croissance en tant que personne.
  5. Savez-vous gérer le stress? Les personnes en bonne santé émotionnelle ont leur propre manière de surmonter le stress dans leur vie grâce à la méditation, l’exercice physique, la thérapie ou l’art. Les personnes émotionnellement en bonne santé entretiennent un bon équilibre entre le travail et les loisirs.

Quel score avait vous obtenu en lisant cette liste de caractéristiques d’une personne en bonne santé émotionnelle? Si vous ne vous y retrouvez pas encore complètement, ce n’est pas grave car c’est bien là la beauté d’atteindre le bien-être émotionnel; c’est un processus continu.

Les trois aspects du bien-être émotionnel

Dr. Steven Eric Handwerker, fondateur, et PDG de ‘l’Association Internationale pour la Promotion du Bien-Être Humain Inc.’, offre un aperçu des trois aspects de résilience qu’il a identifié comme étant la base sur laquelle le bien-être émotionnel est construit. Dr. Handwerker déclare que la résilience comprend trois éléments essentiels – la manière de gérer une situation difficile, l’adaptation, et la transformation.

Le premier élément de résilience est la façon dont on fait face aux obstacles. Surmonter une épreuve implique des facteurs mentaux, physiques, et émotionnels qui s’appliquent à chaque problème auquel une personne puisse faire face. Surmonter une situation difficile consiste avant tout à prendre soin de soi et à réduire son stress. Il s’agit également d’observer et de stimuler ses émotions lorsque des défis se présentent. L’élément physique et l’élément mental, agissent ensemble afin d’apporter plus de résilience et améliorent ainsi la santé émotionnelle.

S’adapter ne veut pas dire se plier face à une expérience difficile, mais au contraire, écouter son intuition et ses capacités mentales afin de savoir ce qu’il est nécessaire de faire pour transformer son stress en un challenge.

La transformation c’est avoir de la résilience et savoir en tirer profit. La conséquence naturelle, après avoir surmonté une situation difficile et s’être adapté, est la transformation car on prend alors conscience de ses expériences et des émotions que l’on éprouve, et on est ainsi capable de les confronter avec compassion. Comprendre qui vous êtes à l’intérieur est incroyablement libérateur et permet au bien-être émotionnel de se développer.

Dix choses à faire pour parvenir au bien-être émotionnel

Il n’existe pas de listes magiques pour être en bonne santé émotionnelle. Cependant, Dr. Mark Lerner propose, sur le site du Centre National du Bien-Être Émotionnel, les dix choses suivantes à réaliser afin de parvenir au bien-être émotionnel…

  1. Devenez conscient de vos sentiments et essayer de les qualifier (p. ex. “Je me sens stressé(e).” “Je me sens triste.” “Je me sens frustré(e)·” etc.)
  2. Essayez d’identifier vos pensées et examinez la façon dont elles se déclenchent et peuvent être influencées par un sentiment (p. ex. Je pense à la manière dont je lui ai répondu et je suis en colère.”)
  3. Apprenez à accepter qu’il n’existe pas de bons ou de mauvais sentiments… ils sont ce qu’ils sont.
  4. Prenez votre temps et pensez avant d’agir; faites des choix qui se dirigent vers un but précis. 
  5. Soyez conscient que vous avez la capacité de décider sur quoi vous concentrer – et quoi penser.
  6. Si vous vous retrouvez à penser à quelque chose de façon répétitive et que cela vous apporte de l’inconfort émotionnel, identifiez cette pensée et essayez de l’ignorer (p. ex. « Arrête. Ce n’est pas productif.”)
  7. Sachez qu’il est tout à fait normal de ne pas se sentir bien lors de périodes difficiles ou de changements.
  8. S’il vous arrive d’avoir des pensées ou des sentiments désagréables, changez-vous les idées en trouvant autre chose à faire (p. ex. Faites une promenade. Faites de l’exercice. Ecoutez de la musique. Parlez à un(e) ami(e) ou à un proche. etc).
  9. Parlez à des personnes avec qui vous pouvez partager vos pensées et vos sentiments – des personnes qui écoutent plus qu’elles ne parlent. Favorisez la communication interpersonnelle, comme le tête-à-tête.
  10. Faites votre possible pour devenir la personne que vous souhaiteriez être. Bien que ça puisse être un concept hypothétique, trouvez quelque chose qui ne peut être directement observé ou influencé par le monde autour de vous,  tel une ‘cible’.

Pour conclure

Comme nous pouvons le constater, le bien-être émotionnel n’est pas hors de la portée de qui que ce soit. La récompense d’être en bonne santé émotionnelle est formidable, surtout lorsqu’on la compare au désarroi et à l’instabilité qu’entraîne le mal-être émotionnel.

Avant tout, croyez en vous-même. Le travail que vous allez accomplir afin d’atteindre une norme de bien-être émotionnel sera t-il parfait? Non. La raison est simple; il n’existe pas de norme de bien-être émotionnel.

Apprenez à prendre soin de vous. Écoutez vos pensées puis observez ce à quoi vous pensez.

Si vos pensées se basent sur un discours mélancolique et que votre dialogue intérieur est plutôt pessimiste, envisagez sérieusement de changer votre vocabulaire par un vocabulaire plus positif.

Ces suggestions ne sont pas des incantations magiques censées soigner votre esprit, mais des conseils donnés par quelqu’un qui est déjà passé par là.

Après avoir entendu pendant des années que le seul moyen de faire face à des émotions douloureuses était de s’en débarrasser, il faut souvent un long réapprentissage pour parvenir à accueillir ces émotions; tout en essayant de découvrir, grâce aux personnes qui les ressentent, ce qu’elles ont appris en survivant dans le désert, contrairement à ce que ceux qui dorment dans une maison confortable ne sauront jamais.”  Barbara Brown Taylor

Traduction de courtoisie par J.S depuis CPTSD Foundation

Les voix d’adolescentes victimes d’inceste

Les voix d’adolescentes victimes d’inceste : une étude qualitative sur les sentiments relatifs au traumatisme et à l’espoir de résilience

Points importants

  • L’inceste est l’un des problèmes les plus importants auquel la société et les enfants/adolescents doivent faire face. Nous savons que les victimes d’inceste ne sont pas des groupes homogènes, et lorsque nous avons essayé de mettre en lumière l’inceste, nous n’avons pas trouvé assez de témoignages de parcours personnels pour nous aider à comprendre la dynamique et la difficulté des expériences chez les adolescents et leurs familles. 
  • Nous avons identifié quatre thèmes clé : 1. La mémoire de l’agression : incapacité à comprendre/retard de signification de l’événement : Toutes les adolescentes ont donné des informations définitives quant au premier souvenir d’agression, et elles ont également exprimé avoir été incapable de comprendre ce qu’elles avaient vécu. Elles ont alors retardé la construction de signification ce qui a engendré des sentiments ambivalents à l’égard du premier événement.
  • 2. Tentatives de cessation/dysfonctionnement du mode d’adaptation causé par l’inceste : Les adolescentes ont raconté avoir menacé l’agresseur plusieurs fois durant les différents stades de l’inceste. Toutefois, elles ont également mentionné la solitude, l’insuffisance, et l’ambivalence qu’entraîne ce mode d’adaptation. Sur la question de demander de l’aide aux mères, elles ne leurs ont rien dit pendant très longtemps, et ont plutôt décidé d’y faire faces seules.

  • 3. Refus de contact visuel de la part de l’agresseur : Ce thème aborde la relation entre la victime d’inceste et l’agresseur. Nous avons constaté que les agresseurs évitaient tout contact social avec la victime (comme le contact visuel ou verbal) mais utilisent plutôt des comportements telles que la récompense, la punition ou la menace. Ce thème aborde la déshumanisation des femmes.
  • Le besoin de détruire les souvenirs heureux : ce thème présente une quantité limitée de données sur les expectatives des adolescentes concernant leur reconstruction et leur résilience face au traumatisme de l’inceste. Ce thème montre l’importance de développer un récit de vie cohérent, une réévaluation de l’expérience et la redéfinition de la relation avec l’agresseur, afin de surmonter l’inceste.
  •  Selon ces thèmes, les thérapeutes pourraient aborder la différenciation entre un fonctionnement familial dysfonctionnel et un fonctionnement familial sain, et devraient expliquer qu’il est normal qu’un enfant accuse un retard dans la construction de signification. Pour reconstruire le moi perdu de l’adolescent après une déshumanisation sémantique lors d’agressions : les thérapeutes devraient l’aider à contester les croyances irrationnelles de dévalorisation et à reprendre le contrôle de leurs corps.

Traduction de courtoisie par J.S depuis Psychiatric nursing

Résilience après un traumatisme : Le rôle de la suppression de la mémoire

La suppression de la mémoire peut aider après un traumatisme

Les thérapeutes se demandent depuis longtemps si les tentatives de supprimer volontairement l’intrusion des souvenirs de traumatismes sont utiles pour combattre les effets néfastes des traumatismes. Mary et al. ont observé les survivants des attentats terroristes de Paris de 2015 qui ont développé un trouble de stress post-traumatique et ceux qui n’en ont pas développé (voir Ersche). À l’aide de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, ils ont étudié les réseaux neuronaux qui sous-tendent le contrôle et la suppression de la récupération de la mémoire. Les résultats suggèrent que les symptômes caractéristiques du trouble ne sont pas liés à la mémoire elle-même, mais à son contrôle mésadapté. Ces résultats offrent de nouvelles perspectives sur le développement du trouble de stress post-traumatique et des pistes de traitement potentielles.

Résumé structuré

INTRODUCTION

L’une des questions fondamentales en neurosciences appliquées est de savoir pourquoi certains individus peuvent faire face à des événements traumatiques, alors que d’autres restent traumatisés par un passé qui les hante et dont ils ne peuvent se débarrasser. L’expression et la persistance de souvenirs intrusifs, nets et angoissants, est une caractéristique centrale du trouble de stress post-traumatique (TSPT). La compréhension actuelle du SSPT lie cette persistance à l’incapacité de réduire la peur associée au traumatisme, un déficit qui trouve son origine dans le dysfonctionnement de la mémoire. Dans cette étude, nous avons cherché à savoir si ce déficit pouvait également être lié à la perturbation du système cérébral qui permet normalement de contrôler la mémoire.

ARGUMENT

Pour tester cette hypothèse en laboratoire, nous avons fait appel à des souvenirs intrusifs neutres et non agressifs associés à un indice de rappel dans un groupe de 102 personnes exposées aux attentats terroristes de Paris en 2015 et dans un groupe de 73 personnes non exposées (c’est-à-dire n’ayant pas vécu les attentats). Le groupe exposé était composé de 55 personnes souffrant de symptômes de SSPT (appelé SSPT+) et de 47 personnes ne présentant aucune incapacité perceptible après le traumatisme (appelé SSPT-). Nous avons utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour mesurer comment le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC), un noyau central du système de contrôle du cerveau, a régulé et supprimé l’activité de la mémoire pendant la reviviscence de ces souvenirs intrusifs. Nous avons concentré nos analyses sur la dépendance fonctionnelle et causale entre les circuits neuronaux de contrôle et de mémoire lors des tentatives de suppression de la résurgence de ces souvenirs intrusifs.

RÉSULTATS

Chez les individus en bonne santé (SSPT- et non-exposés), les tentatives de prévenir l’émergence indésirable d’une mémoire intrusive dans la conscience ont été associées à une réduction significative du couplage fonctionnel entre les systèmes de contrôle et de mémoire, par rapport aux situations où le rappel ne déclenche pas une telle intrusion. En revanche, on a constaté la quasi-absence d’une telle diminution de la connectivité dans le cas du SSPT+. Des analyses supplémentaires axées sur la sensorialité des communications de flux neuronaux sous-jacents ont révélé que la suppression des souvenirs intrusifs chez les individus en bonne santé résultait de la régulation du DLPFC antérieur droit, qui réglait la réponse des processus de mémoire pour réduire leurs réactions. Cette régulation était notamment destinée à deux régions clés précédemment associées à la reviviscence de souvenirs traumatiques : l’hippocampe et le précuneus.

CONCLUSION

Nous avons observé une perturbation généralisée du signal de régulation qui contrôle la réactivation des souvenirs non désirés. Cette perturbation pourrait constituer un facteur central dans la persistance des souvenirs traumatisants, réduisant la capacité à déployer les ressources d’adaptation nécessaires au maintien d’une mémoire saine. Un tel déficit peut expliquer les tentatives de suppression inefficaces et inadaptées souvent observées dans les cas de SSPT. Notre étude suggère que les fonctions mentales générales habituellement enclenchées pour bannir et supprimer l’expression intrusive de souvenirs indésirables pourraient contribuer à une adaptation positive à la suite d’un événement traumatique, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux traitements.

Mécanismes de suppression de la mémoire après un traumatisme.

(A) Il a été demandé aux personnes exposées, atteintes ou non de SSPT, de supprimer la reviviscence de souvenirs intrusifs neutres. (B) Les analyses ont porté sur les dépendances fonctionnelles et causales entre les systèmes de contrôle et de mémoire lors des tentatives de suppression. (C) Une diminution importante du couplage pour contrecarrer l’intrusion a été observée dans les groupes non exposés et souffrant de SSPT- mais pas dans le groupe SSPT+. (D) Cette diminution du couplage a été favorisée par une régulation descendante du traitement involontaire de la mémoire par le DLPFC concerné.

Traduit par courtoisie depuis AAAS

La honte dans le syndrome de stress post-traumatique complexe

S’affranchir de la honte

Les traumatismes de l’enfance peuvent aller du fait d’avoir été confronté à une violence et à une négligence extrêmes jusqu’au sentiment de ne pas être à sa place, de ne pas avoir été désiré, ou de se sentir incompris de manière permanente. Vous avez sans doute grandi dans un environnement où votre curiosité et votre enthousiasme étaient constamment dévalorisés. Peut-être avez-vous été élevé dans une famille où vos parents avaient des traumatismes non résolus, ce qui les empêchait de répondre à vos besoins affectifs. Ou, vous avez peut-être été victime de violences sexuelles ou physiques. Dans tous les cas, il est courant de développer des défenses par rapport à vos sentiments les plus sensibles.

Lorsque les traumatismes de l’enfance se poursuivent au fil du temps et ne sont pas traités, une forme de stress post-traumatique appelé SSPT complexe (SSPT-C) peut apparaître. Cela a des conséquences considérables sur la santé mentale et émotionnelle. Il est donc compréhensible d’éprouver des sentiments d’impuissance et de honte dans le cadre d’un SSPT complexe.

 » Pour se reconstruire, la plupart des personnes atteintes du SSPT doivent affronter désespoir, émotions douloureuses et sensations intolérables. Parcourir ces domaines exige des conseils avisés. Il n’est que trop commun de se retrouver bloqué dans des schémas d’évitement, de sombrer dans le désespoir ou d’être prisonnier de ses pensées négatives. Vous pouvez vous libérer de la honte et de l’impuissance. Ce processus exige douceur, acceptation et persévérance. »

Impuissance acquise

Lorsqu’il n’y a aucun moyen de mettre fin à ces violences, aux violences conjugales ou de convaincre un parent d’arrêter de boire, l’enfant se sent impuissant. Les traumatismes prolongés de l’enfance se caractérisent par un état d' »impuissance acquise ». Ce terme a d’abord été employé pour décrire comment les animaux exposés de façon répétée à un choc inévitable ne tentent pas de s’échapper, même s’ils en ont la possibilité. Le Dr Martin Seligman, psychologue et chercheur à l’Université de Pennsylvanie, a plus tard étendu la compréhension de l’impuissance acquise aux personnes qui se sentent et se comportent d’une manière impuissante lorsqu’elles n’ont aucun contrôle sur une situation de menace.

Lorsque vous avez été élevé par des personnes qui ne sont pas dignes de confiance, il est courant de généraliser votre expérience – vous avez l’impression qu’on ne peut faire confiance à personne ou que la vie est dangereuse. Au fur et à mesure que vous vous débarrassez du SSPT, il est important de comprendre que vous êtes désormais en sécurité et que vous pouvez faire des choix maintenant. Vous n’êtes plus enfermé dans l’impuissance de votre passé.

Reconnaître la honte

La honte se caractérise par la croyance suivante : « Je suis une mauvaise personne ». Cette émotion est le résultat d’une perception faussée de vous-même selon laquelle vous êtes sans valeur, endommagé ou que vous êtes défaillant. Pourquoi la honte est-elle si omniprésente ? Les jeunes enfants dépendent entièrement de leurs parents pour se sentir en sécurité et en harmonie avec leur environnement. Si vous aviez un parent violent, vous étiez confronté à un conflit majeur : votre pulsion biologique de rechercher le contact avec la personne à l’origine même de la terreur à laquelle vous essayiez d’échapper. Les adultes qui ont été maltraités ou négligés dans leur enfance ont souvent tendance à se blâmer eux-mêmes. Cela peut entraîner des sentiments de culpabilité et de honte permanents. Le thérapeute EMDR et auteur Dr Jim Knipe suggère que cette culpabilité est un lien direct avec la logique de l’enfance – les enfants se mettront à imaginer qu’ils sont de mauvais enfants face à leurs bons parents et éviteront ainsi de se confronter à la terrifiante réalité qu’ils sont en fait de bons enfants tributaires de mauvais parents.

Lorsque les parents sont menaçants, violents ou absents, les enfants peuvent se sentir perturbés et se demander qui est responsable de la situation. Quand les enfants sont témoins de faits graves, ils se sentent mal à l’aise. Les fausses croyances et les jugements tels que ceux qui suivent entretiennent le sentiment de honte dans le SSPT complexe :

 » Il y a quelque chose qui cloche chez moi ! »

« Je suis trop bête. »

« Je n’arrive pas à faire quoi que ce soit de bien. »

« Je suis une loque émotionnelle. »

« Je suis simplement paresseux. »

De plus, la honte est souvent cachée derrière le perfectionnisme. Enfant, vous avez peut-être intériorisé la croyance que vous deviez agir de manière irréprochable puisque vos parents ne pouvaient pas gérer vos véritables sentiments. Ou vous pensiez peut-être que le fait de bien vous comporter empêcherait le mal d’arriver. Dans un cas comme dans l’autre, il est possible que vous ayez eu à cacher vos véritables sentiments afin d’éviter de faire chavirer la barque. Le perfectionnisme est entretenu par un discours autocritique qui vise à réprimer les sentiments douloureux. Lorsque le critique intérieur vous reproche d’être paresseux, stupide ou inutile, vous vous retrouvez encore une fois confronté à la honte.

La résilience

Lorsque vous êtes conscient des messages que vous vous adressez, vous pouvez agir et commencer à éprouver votre douleur avec compassion. Penchons-nous sur quatre pratiques qui peuvent vous libérer de la honte :

  • Examinez votre langage : Le Dr Dan Siegel, auteur de Mindsight, souligne la différence entre « je ne suis pas bien » et « je ne me sens pas bien ». Le premier énoncé reflète l’identification à une émotion douloureuse, tandis que le second énoncé permet de reconnaître un sentiment sans être accablé par celui-ci.
  • Évitez les  » je devrais  » : Les  » je devrais  » sont une façon de cultiver le perfectionnisme, les attentes envers vous-même, et de répudier votre présence réelle. Vous pourriez dire : « Je devrais aller mieux depuis le temps », « Je ne devrais pas commettre d’erreurs » ou « Je devrais être fort ». Quand vous dites ou pensez le mot « devrais », je vous invite à prendre du recul et à vous concentrer sur l’acceptation de soi.
  • Imaginez que la honte est du harcèlement : Voir la honte comme du harcèlement vous permet de vous protéger des émotions et de répliquer ! Comment vous sentez-vous quand le harcèlement vous rabaisse ? Qu’est-ce que vous voudriez que la honte sache ?
  • Ressentez les sensations de honte dans votre corps : Souvent, le plus difficile dans la guérison de la honte est de tolérer les sensations ressenties dans votre corps. Il est difficile de décrire le « beurk » bien souvent intolérable qui accompagne souvent la honte. Il se peut que vous ressentiez une impression de naufrage ou une sensation vague, comme si vous aviez fait quelque chose de mal. Cependant, avec le temps, à mesure que vous augmenterez votre capacité à sentir votre corps, vous pourrez développer une plus grande variété de techniques pour bouger et respirer. Il y a énormément de pouvoir à reconquérir votre corps de la honte. Vous trouverez peut-être une posture qui vous procurera une sensation de force et de combativité, ou vous pourriez peut-être placer vos mains sur votre cœur dans un geste d’amour et de bienveillance.

Je vous invite à vous interroger sur la façon dont la honte se manifeste dans votre vie. Quelles pensées ou sensations accompagnent la honte pour vous ? Qu’est-ce qui vous aide à surmonter ou à vous libérer de la honte ? Pour terminer, je tiens à vous dire que pour guérir de la honte dans le cadre d’un SSPT complexe, travailler avec un thérapeute compatissant se révèle le plus souvent nécessaire. Il vous aidera à surmonter les obstacles et à vous affranchir du sentiment de honte.

Traduit par courtoisie du Dr Arielle Shwartz