Comment je reconstruis mon rapport à la sexualité après avoir survécu aux agressions sexuelles dans l’enfance

Les fondements de ma sexualité ont été forgés dans le cauchemar. J’ai grandi, mais chaque jour je me bats pour me rappeler que je suis digne d’amour – Hannah Shewan Stevens.

Pendant trois années de mon enfance, j’ai été conditionnée et agressée sexuellement. Enfant, on m’a enlevé mon autonomie corporelle et on a tracé la voie de ma sexualité avant même mon consentement.

Les sévices sexuels subis dans l’enfance laissent leurs empreintes et les effets ne disparaissent pas à l’âge adulte – longtemps après la fin des sévices, l’impact des actes de mon agresseur a hanté chacun de mes pas.

Ma sexualité et mon estime personnelle ont été irrévocablement altérées par la violence, et j’ai passé des années à y travailler dessus. Mon agresseur m’a appris à être passive en tout, et cette attitude sexuelle a été difficile à rectifier. La manipulation subie m’a également incitée à croire que j’avais un certain contrôle sur la violence, et je m’en suis rendue coupable lorsque cela a brusquement cessé. Ces années de conditionnement m’ont laissée vulnérable à la manipulation et à l’approbation des hommes pour me sentir reconnue.

Mais j’ai maintenant renversé la situation et trouvé le chemin de la guérison : le plaisir de se faire plaisir.

Adolescente, je n’étais pas du tout préparée pour naviguer dans le monde de l’intimité sexuelle. Je connaissais la nature biologique des actes sexuels, mais je ne savais pas que les sentiments pouvaient entrer en jeu, ni que le respect mutuel était une condition essentielle. Et, le plus préjudiciable était je n’avais aucune idée de ce qu’était le consentement. Tout ce qu’on m’avait préparé à faire, c’était de me soumettre aux désirs des hommes.

Je me suis perdue dans un tourbillon de rapports sexuels dangereux. Je sacrifiais mon confort au plaisir des autres, j’acceptais d’être séduite par des hommes plus âgés, je tombais dans un schéma d’objectivation sexuelle.

La seule explication que je peux donner à cela est le surnom que j’ai donné au masque que je portais durant l’acte –  » en mode prostituée  » – surnom que j’ai trouvé après avoir vu Pretty Woman pour la première fois, en écoutant Julia Roberts expliquer comment elle permutait d’état psychologique pour son travail. Cette scène a résonné en moi plus que toute autre comédie romantique pour adolescents.

Le cercle vicieux du chaos sexuel a régi ma vie pendant des années et, dans ma première relation, je me suis battue pour lier émotion et intimité. Je pouvais sentir le plaisir de l’intimité sexuelle mais, émotionnellement, j’étais engourdie.

Grâce à une thérapie intensive de  »l’enfant intérieur », j’ai commencé à relier intimité et sentiment amoureux et finalement j’ai pu  »ressentir » quelque chose quand je faisais l’amour. Mais ce n’était que le début de mon cheminement. J’ai dû apprendre à travailler avec mon cerveau traumatisé, plutôt que contre lui, et j’ai fait de la plongée psychique en grande profondeur pour affronter le détachement émotionnel qui m’avait empêché de vivre mes émotions pendant mes relations sexuelles. Je continue à y travailler tous les jours.

En plus de la honte ressentie à cause des sévices subis, j’avais également profondément honte de ma libido effrénée, une conséquence bien connue des violences sexuelles dans l’enfance. J’avais peur de ma propre sexualité.

J’avais l’impression d’avoir perdu le contrôle de mon propre corps. Je me sentais avant tout objet, et après femme. Pour reconquérir mon corps, il a fallu que j’apprenne à me respecter et que j’arrête de me considérer comme l’objet des autres. L’autosatisfaction ne pouvait qu’être la solution.

Après des années à donner la priorité au plaisir de mon partenaire, je savais que je devais apprendre ce que le plaisir signifiait vraiment pour moi. J’ai passé beaucoup de temps avec moi-même pour explorer et déterminer ce qui me plaisait. J’ai adopté la masturbation et, peu à peu, j’ai appris ce qui me convenait.

Ce procédé m’a aidé à comprendre mon corps et à le revendiquer comme étant le mien. En développant ma sexualité, j’ai finalement appris à avoir des relations sexuelles en toute liberté et dans un respect total de moi-même. Ceci dit, à ce jour, je dois encore me surveiller attentivement pendant les rapports sexuels au cas où je commencerais à me dissocier.

Bien que cette vigilance constante puisse ne pas paraître libératrice pour la plupart, je ne me suis jamais sentie aussi épanouie dans ma vie sexuelle. Je peux maintenant profiter du rapport intense entre sexualité et sentiment, et je comprends enfin pourquoi l’amour et la relation sexuelle sont censés s’entrelacer. C’est un acte magnifique et puissant et je me sens privilégiée de pouvoir y participer de manière saine. Je me bats dur tous les jours pour cela et je ne le tiendrai jamais pour acquis.

Le fait de reconnaître ma sexualité m’a également redonné une plus grande confiance en moi dans tous les aspects de ma vie. Compte tenu de la bataille que je mène dans ma tête tous les jours, je sais que je peux affronter tous les défis que la vie décide de me lancer.

Ensuite, j’ai rencontré quelqu’un qui a transformé ma perception du sujet. Il m’a doucement emmenée sur un chemin que je n’étais pas consciente d’avoir à parcourir. Avec lui, j’ai accepté mon corps et, enfin, j’ai pu découvrir ce que cela faisait de se sentir désirée. C’était le premier partenaire à vraiment vouloir partager mon plaisir, au lieu de m’utiliser pour le sien. Avec lui à mes côtés, j’ai maîtrisé le pouvoir de ma propre sexualité et, avec le temps, cela m’a aidé à guérir de nombreuses blessures.

Je vis avec un SSPT complexe et j’ai des cauchemars si intenses que je procrastine sur mon sommeil pour les éviter. Mais j’avance – la guérison d’un traumatisme sexuel, quel qu’il soit, n’est pas un processus facile. Le traumatisme ne disparaît pas du jour au lendemain. Alors, même si je dois entraîner mon cerveau tous les jours, mon plaisir personnel reste ma clé de survie.

Chaque fois que j’ai l’impression de m’éloigner de la réalité, j’utilise mon plaisir personnel pour m’enraciner et reconnecter mon esprit avec mon corps. Et, les jours particulièrement sombres, je me mets devant un miroir et me rappelle que je suis plus forte que les sévices. Je suis digne d’amour. Je suis une femme puissante, dotée de capacités et d’autonomie. Je suis une survivante sexuelle et je n’ai pas honte.

Je n’aurais plus jamais honte.

Traduit par courtoisie de Huffpost

La honte dans le syndrome de stress post-traumatique complexe

S’affranchir de la honte

Les traumatismes de l’enfance peuvent aller du fait d’avoir été confronté à une violence et à une négligence extrêmes jusqu’au sentiment de ne pas être à sa place, de ne pas avoir été désiré, ou de se sentir incompris de manière permanente. Vous avez sans doute grandi dans un environnement où votre curiosité et votre enthousiasme étaient constamment dévalorisés. Peut-être avez-vous été élevé dans une famille où vos parents avaient des traumatismes non résolus, ce qui les empêchait de répondre à vos besoins affectifs. Ou, vous avez peut-être été victime de violences sexuelles ou physiques. Dans tous les cas, il est courant de développer des défenses par rapport à vos sentiments les plus sensibles.

Lorsque les traumatismes de l’enfance se poursuivent au fil du temps et ne sont pas traités, une forme de stress post-traumatique appelé SSPT complexe (SSPT-C) peut apparaître. Cela a des conséquences considérables sur la santé mentale et émotionnelle. Il est donc compréhensible d’éprouver des sentiments d’impuissance et de honte dans le cadre d’un SSPT complexe.

 » Pour se reconstruire, la plupart des personnes atteintes du SSPT doivent affronter désespoir, émotions douloureuses et sensations intolérables. Parcourir ces domaines exige des conseils avisés. Il n’est que trop commun de se retrouver bloqué dans des schémas d’évitement, de sombrer dans le désespoir ou d’être prisonnier de ses pensées négatives. Vous pouvez vous libérer de la honte et de l’impuissance. Ce processus exige douceur, acceptation et persévérance. »

Impuissance acquise

Lorsqu’il n’y a aucun moyen de mettre fin à ces violences, aux violences conjugales ou de convaincre un parent d’arrêter de boire, l’enfant se sent impuissant. Les traumatismes prolongés de l’enfance se caractérisent par un état d' »impuissance acquise ». Ce terme a d’abord été employé pour décrire comment les animaux exposés de façon répétée à un choc inévitable ne tentent pas de s’échapper, même s’ils en ont la possibilité. Le Dr Martin Seligman, psychologue et chercheur à l’Université de Pennsylvanie, a plus tard étendu la compréhension de l’impuissance acquise aux personnes qui se sentent et se comportent d’une manière impuissante lorsqu’elles n’ont aucun contrôle sur une situation de menace.

Lorsque vous avez été élevé par des personnes qui ne sont pas dignes de confiance, il est courant de généraliser votre expérience – vous avez l’impression qu’on ne peut faire confiance à personne ou que la vie est dangereuse. Au fur et à mesure que vous vous débarrassez du SSPT, il est important de comprendre que vous êtes désormais en sécurité et que vous pouvez faire des choix maintenant. Vous n’êtes plus enfermé dans l’impuissance de votre passé.

Reconnaître la honte

La honte se caractérise par la croyance suivante : « Je suis une mauvaise personne ». Cette émotion est le résultat d’une perception faussée de vous-même selon laquelle vous êtes sans valeur, endommagé ou que vous êtes défaillant. Pourquoi la honte est-elle si omniprésente ? Les jeunes enfants dépendent entièrement de leurs parents pour se sentir en sécurité et en harmonie avec leur environnement. Si vous aviez un parent violent, vous étiez confronté à un conflit majeur : votre pulsion biologique de rechercher le contact avec la personne à l’origine même de la terreur à laquelle vous essayiez d’échapper. Les adultes qui ont été maltraités ou négligés dans leur enfance ont souvent tendance à se blâmer eux-mêmes. Cela peut entraîner des sentiments de culpabilité et de honte permanents. Le thérapeute EMDR et auteur Dr Jim Knipe suggère que cette culpabilité est un lien direct avec la logique de l’enfance – les enfants se mettront à imaginer qu’ils sont de mauvais enfants face à leurs bons parents et éviteront ainsi de se confronter à la terrifiante réalité qu’ils sont en fait de bons enfants tributaires de mauvais parents.

Lorsque les parents sont menaçants, violents ou absents, les enfants peuvent se sentir perturbés et se demander qui est responsable de la situation. Quand les enfants sont témoins de faits graves, ils se sentent mal à l’aise. Les fausses croyances et les jugements tels que ceux qui suivent entretiennent le sentiment de honte dans le SSPT complexe :

 » Il y a quelque chose qui cloche chez moi ! »

« Je suis trop bête. »

« Je n’arrive pas à faire quoi que ce soit de bien. »

« Je suis une loque émotionnelle. »

« Je suis simplement paresseux. »

De plus, la honte est souvent cachée derrière le perfectionnisme. Enfant, vous avez peut-être intériorisé la croyance que vous deviez agir de manière irréprochable puisque vos parents ne pouvaient pas gérer vos véritables sentiments. Ou vous pensiez peut-être que le fait de bien vous comporter empêcherait le mal d’arriver. Dans un cas comme dans l’autre, il est possible que vous ayez eu à cacher vos véritables sentiments afin d’éviter de faire chavirer la barque. Le perfectionnisme est entretenu par un discours autocritique qui vise à réprimer les sentiments douloureux. Lorsque le critique intérieur vous reproche d’être paresseux, stupide ou inutile, vous vous retrouvez encore une fois confronté à la honte.

La résilience

Lorsque vous êtes conscient des messages que vous vous adressez, vous pouvez agir et commencer à éprouver votre douleur avec compassion. Penchons-nous sur quatre pratiques qui peuvent vous libérer de la honte :

  • Examinez votre langage : Le Dr Dan Siegel, auteur de Mindsight, souligne la différence entre « je ne suis pas bien » et « je ne me sens pas bien ». Le premier énoncé reflète l’identification à une émotion douloureuse, tandis que le second énoncé permet de reconnaître un sentiment sans être accablé par celui-ci.
  • Évitez les  » je devrais  » : Les  » je devrais  » sont une façon de cultiver le perfectionnisme, les attentes envers vous-même, et de répudier votre présence réelle. Vous pourriez dire : « Je devrais aller mieux depuis le temps », « Je ne devrais pas commettre d’erreurs » ou « Je devrais être fort ». Quand vous dites ou pensez le mot « devrais », je vous invite à prendre du recul et à vous concentrer sur l’acceptation de soi.
  • Imaginez que la honte est du harcèlement : Voir la honte comme du harcèlement vous permet de vous protéger des émotions et de répliquer ! Comment vous sentez-vous quand le harcèlement vous rabaisse ? Qu’est-ce que vous voudriez que la honte sache ?
  • Ressentez les sensations de honte dans votre corps : Souvent, le plus difficile dans la guérison de la honte est de tolérer les sensations ressenties dans votre corps. Il est difficile de décrire le « beurk » bien souvent intolérable qui accompagne souvent la honte. Il se peut que vous ressentiez une impression de naufrage ou une sensation vague, comme si vous aviez fait quelque chose de mal. Cependant, avec le temps, à mesure que vous augmenterez votre capacité à sentir votre corps, vous pourrez développer une plus grande variété de techniques pour bouger et respirer. Il y a énormément de pouvoir à reconquérir votre corps de la honte. Vous trouverez peut-être une posture qui vous procurera une sensation de force et de combativité, ou vous pourriez peut-être placer vos mains sur votre cœur dans un geste d’amour et de bienveillance.

Je vous invite à vous interroger sur la façon dont la honte se manifeste dans votre vie. Quelles pensées ou sensations accompagnent la honte pour vous ? Qu’est-ce qui vous aide à surmonter ou à vous libérer de la honte ? Pour terminer, je tiens à vous dire que pour guérir de la honte dans le cadre d’un SSPT complexe, travailler avec un thérapeute compatissant se révèle le plus souvent nécessaire. Il vous aidera à surmonter les obstacles et à vous affranchir du sentiment de honte.

Traduit par courtoisie du Dr Arielle Shwartz

La honte chronique et toxique : Ce que c’est que de vivre avec.

Les personnes souffrant de honte chronique et toxique en sont affectées dans de nombreux domaines de vie. Parfois, ces personnes ne sont même pas conscientes de l’impact que cela a sur elles. Certaines vous diront quelque chose comme : « Je me sens tout le temps mal dans ma peau.

« Je reçois souvent des commentaires, messages et courriels me disant :  » Je viens de lire votre article et c’est exactement ce que je ressens, mais je ne savais pas comment le formuler! Merci beaucoup ! » . Voilà à quel point il peut être difficile de verbaliser ce qui se passe quand on a constamment honte. De plus, cela s’accompagne souvent d’autres sentiments désagréables, comme la culpabilité toxique, douter de soi, la colère, l’impuissance, le désespoir ou la solitude.

Voici quelques-uns des problèmes les plus courants auxquels sont confrontées ces personnes et pour lesquels ils ont honte.

Culpabilité et responsabilité trompeuse

La responsabilité et la culpabilité toxique sont deux choses qui vont souvent de pair avec la honte chronique. La personne a tendance à se blâmer pour les choses dont elle n’est pas responsable. Par conséquent, elle se sent aussi investie d’un sens des responsabilités écrasant. Et quand on se sent responsable des autres, il est très difficile de dire non ou de fixer des limites plus fermes. Par conséquent, on a tendance à accepter trop de responsabilités et d’obligations. On est aussi trop gentil et crédule. C’est un énorme problème parce qu’une telle personne est susceptible d’être manipulée par des personnes ayant une personnalité toxique : narcissiques, psychopathes, sociopathes, malfaiteurs, voleurs et autres prédateurs de toutes sortes. (…)

Le vide

De plus, les personnes qui souffrent de la honte toxique se sentent souvent vides et ne ressentent pas de véritable bonheur à long terme. Les gens qui se situent dans le spectre narcissique et toxique font face à ce manque en se comparant pathologiquement aux autres et en essayant de les dévaloriser pour se sentir supérieur. Ils recherchent le pouvoir et le contrôle sur les autres, le statut social, la célébrité, la notoriété, etc. Tout ce qui peut prouver qu’ils ne sont pas aussi inutiles et déplaisants que ce qu’ils perçoivent d’eux-même.

Les autres s’effacent, se sacrifient et se dévouent afin de se sentir utiles et indispensables, même si c’est au détriment de leur propre bien-être. Enfant, ils ont appris que le but de leur existence était de répondre aux besoins des autres. Ils ressentent donc simplement un vide existentiel s’il n’y a personne pour s’occuper d’eux.

Automutilation et négligence personnelle

Nombre de ceux qui vivent avec une honte chronique et toxique ont de la difficulté à prendre soin d’eux-mêmes. C’est difficile de prendre soin de soi-même si personne ne se souciait vraiment de nous quand on était petit. C’est pourquoi les personnes qui ont été négligées dans leurs premières années de développement ont tant de mal avec cet aspect. Certains se causent même activement du tort. (…) : »Si un enfant n’est pas autorisé à ressentir certaines émotions, comme la colère, il apprend à y faire face de façon destructive et autodestructrice, ce qui implique souvent l’automutilation et la négligence personnelle. Ce sont là des moyens « plus acceptables » de communiquer leurs émotions ».

Anxiété sociale

La honte est une émotion qui nous donne envie d’éviter les autres. Elle est souvent illustrée par une personne qui se couvre le visage ou qui essaie de se cacher. Par conséquent, une personne qui ressent une honte chronique cherche, la plupart du temps, à se cacher des autres.

Ceci est le résultat d’expériences sociales douloureuses dans le passé, généralement dans l’enfance, où les autres représentaient un danger et infligeaient souffrance et tristesse. Ces expériences ont amené l’individu à apprendre que les autres, ou les interactions sociales en général, sont le plus souvent associés à des douleurs émotionnelles et même physiques, à des situations de malaises ou de menaces.

Sur le plan comportemental, il en résulte de l’évitement, de la gêne, de la timidité, parfois jusqu’à être terrorisé de passer un appel ou de s’isoler complètement dans son espace personnel, hors de danger.

Il est intéressant de noter que les personnes ayant de fortes tendances narcissiques et autres traits de personnalité toxiques ont tendance à composer avec leurs sentiments de honte chronique et d’inutilité en étant plus extravertis. Ils cherchent à attirer l’attention et se comportent comme des enfants capricieux, irritables, irresponsables, niant la réalité. Leur comportement est souvent qualifié d’antisocial, en ce sens qu’il est nuisible aux autres et à eux-même (à ne pas confondre avec asocial, ce qui signifie simplement que la personne n’aime pas les interactions sociales).

La solitude

Etant donné que la honte toxique découle d’expériences douloureuses et traumatisantes vécues dans l’enfance, maltraitée par les autres, des problèmes de confiance peuvent se développer. Le fait d’avoir des difficultés à faire confiance a pour conséquence de ne pas avoir de limites et, par extension, de nouer des relations malsaines et de vivre avec un sentiment chronique de solitude. Certaines personnes ont l’impression d’être un fardeau et ne veulent pas déranger les autres. Pour elles, il est très difficile de demander de l’aide ou d’exprimer des préférences.

Certains sont trop agressifs et narcissiques, ce qui décourage immédiatement les gens plus sains. Par ailleurs, une personne narcissique ne veut pas ou ne peut pas se rendre compte qu’elle est incapable d’établir ou d’entretenir des relations saines et harmonieuses. Pour elle, le problème vient toujours de l’autre. Par conséquent, elle ne peut même pas s’attaquer au problème parce qu’elle en nie l’origine et se retrouve donc coincée dans sa solitude.

Certains sont trop dans le besoin et attendent que les autres s’occupent et fassent des choses pour eux. Ils ont intériorisé la croyance qu’ils sont trop incompétents, impuissants et dépendants, ce qui, malheureusement, repousse les personnes qui veulent une relation égalitaire et mature.


Résumé et mot de la fin

La honte toxique est une problématique complexe et compliquée. Elle ronge la personne de l’intérieur et affecte tous les aspects de sa vie. Beaucoup de gens ne sont même pas conscients de ce qu’ils ressentent. Et parmi ceux qui le sont, nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à le verbaliser clairement et à le comprendre.

La honte chronique et toxique, comme la plupart des problèmes psychologiques, est enracinée dans une éducation douloureuse et traumatisante, où la personne a été maltraitée et a appris qu’elle était mauvaise, qu’elle méritait des punitions, qu’elle était indigne de bonnes choses, qu’elle souffrait d’une déficience innée, etc.

Les conséquences d’une telle éducation sont souvent dévastatrices et durables. Les problèmes les plus courants, auxquels une personne ayant vécu ces expériences est confrontée, sont la culpabilité et une responsabilité trompeuse, un sentiment constant de vide et d’insatisfaction, de la négligence personnelle, l’effacement et l’autodestruction, une phobie sociale et des problèmes interpersonnels, un isolement chronique, des difficultés à faire confiance, mais aussi des relations toxiques ou malsaines et de la difficulté à poser des limites.

Il est possible de surmonter la honte toxique ou du moins de la gérer, mais cela demande beaucoup de travail personnel. Il est aussi très utile d’avoir une aide professionnelle avec laquelle vous pourrez établir une relation thérapeutique, ainsi que quelques personnes proches, car les problèmes qui découlent de la maltraitance sont plus faciles à résoudre dans un environnement social bienveillant.

Source : By Darius Cikanavicius

/ PsychCentral

Cinq citations pour m’aider à comprendre le Syndrome de Stress Post-Traumatique complexe chez mon partenaire

Il est difficile de comprendre le syndrome de stress post-traumatique complexe. En tant que compagne d’un homme atteint du SSPT, je suis confrontée à des difficultés. Certaines sont tout simplement incompréhensibles.

Quand je découvre une citation claire qui résume une composante clé du SSPT Complexe, c’est comme trouver une pierre précieuse. C’est un moment d’illumination et je peux sentir mon anxiété se dissiper. (…)Aujourd’hui, je partage cinq de mes citations préférées qui me permettent de décoder le syndrome de stress post-traumatique chez mon compagnon. Je vais aussi vous expliquer pourquoi, car j’espère que ces mots vous aideront aussi.

1 : LA CONFIANCE

L’un des principaux dilemmes du SSPT est que votre désir de relation est en opposition directe avec votre mémoire qui vous dit que les relations sont dangereuses.

Arielle Schwartz, PhD. The Complex PTSD Workbook : A Mind-Body Approach to Regaining Emotional Control & Becoming Whole.

Pourquoi cette citation :

Vivre l’expérience de cette assertion est un défi pour les partenaires, les personnes qui soutiennent les survivants, et les survivants eux-mêmes. Bien que l’entourage essaie d’offrir de l’amour, de l’attention et un sentiment de sécurité, lorsque le cerveau et le corps signalent un danger, nos efforts peuvent ne pas suffire. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles les partenaires ont besoin de soutien pendant les périodes difficiles et les survivants tirent profit de l’inclusion de la neurobiologie dans le traitement du traumatisme.

2 : LE TRAUMATISME DU DÉVELOPPEMENT

Avec le traumatisme du développement, la table n’a pas été correctement mise de niveau ou a été construite sans beaucoup d’attention ou de savoir-faire, et donc tout ce qui est posé sur la table est peu susceptible de recevoir le soutien nécessaire.

Kathy L. Kain et Stephen J. Terrell. Favoriser la résilience : Aider les clients à aller de l’avant à partir d’un traumatisme développemental.

Pourquoi cette citation :

Cette citation parle des défis auxquels de nombreux survivants font face en essayant simplement d’accomplir les tâches de la vie quotidienne. La vie est beaucoup plus difficile lorsque votre biologie, votre neurologie et votre psychologie ne se sont pas développées comme prévu. Ces paroles sont un rappel indispensable de la nécessité d’avoir de la compassion pour les êtres chers et pour nous-mêmes.

3 : LE DANGER

Lorsque la sonnette d’alarme du cerveau émotionnel continue de vous signaler que vous êtes en danger, aucune lucidité ne peut la faire taire.

Bessel van der Kolk, MD. The Body Keeps the Score.

Pourquoi cette citation :

Cette citation explique pourquoi le fait de parler, de rassurer, de souligner les stratégies positives et autres stratégies cognitives n’est pas efficace lorsque l’amygdale et la structure cérébrale connexe sont activées. Bien évidemment, lorsque le langage est le principal outil de communication, le tintement de la sonnette d’alarme du cerveau crée des défis au sein de la relation. Cette citation peut également vous guider lorsque vous cherchez un traitement médical. Comme il a été mentionné, il est important de se renseigner sur le traitement des aspects neurobiologiques du traumatisme.

4 : LA HONTE

Les premières expériences étant marquées du manque d’appartenance et d’acceptation, elles peuvent favoriser des expériences de honte néfastes qui se manifestent par le sentiment de ne rien valoir, de ne pas être une personne que l’on puisse aimer et d’être une mauvaise personne.

Kathy L. Kain et Stephen J. Terrell. Favoriser la résilience.

Pourquoi cette citation :

Il y a beaucoup d’écrits sur la honte, mais je pense qu’il est important que l’entourage connaisse le type de honte qu’entraîne un traumatisme en début de vie. La honte que ressentent les personnes atteintes du syndrome de stress post-traumatique est omniprésente. Ce n’est pas uniquement dans les pensées, c’est une réponse physiologique. Comprendre cela peut aider à expliquer pourquoi cette honte ne peut pas être apaisée par des paroles ou des gestes rassurants.

5 : LA PROTECTION

Les traumatismes répétés exigent que vous créiez un système de défense qui vous protège. Et ces protections étaient vraiment cruciales. Ils vous ont sauvé la vie. Ils ont protégé votre vrai moi.

Gretchen L. Schmelzer, PhD. Voyage à travers le traumatisme : A Trail Guide to the Five-Phase Cycle of Healing Repeated Trauma.

Pourquoi cette citation :

Cette citation explique un autre aspect du traumatisme complexe rencontré par les proches : les mécanismes de défense. Comme le terme le suggère, les défenses sont là pour protéger même lorsque les circonstances actuelles ne l’exigent pas. Souvent, les partenaires se heurtent à ces mécanismes de défense. Pour moi, cela me donne l’impression de me heurter à un mur. Cependant, comprendre cela dans le contexte du passé de mon partenaire m’aide. Une thérapie qui traite et déconstruit ces mécanismes en toute sécurité est souvent nécessaire.

COMPRENDRE EST-IL SUFFISANT ?

Il est important de comprendre le SSPT de son partenaire. Cela explique les symptômes, crée un climat de compassion et offre un langage pour communiquer sur les problèmes. Mais ce n’est pas suffisant. Au cours de mon cheminement en tant que partenaire, j’ai utilisé mon groupe de soutien, ma thérapie, mon temps de bien-être personnel, ma créativité, mes amis et ma famille pour m’aider dans ce parcours. Essayez d’utiliser ces informations, et cherchez aussi des moyens de prendre soin de vous aussi !

Source : Heather Tuba

Les traumatismes de l’enfance – la boucle de la honte et ses mécanismes de défense

Les effets angoissants de la honte

Le sentiment de honte peut être atrocement douloureux ; au pire, il peut nous amener à nous isoler complètement et ainsi éviter tout contact avec les autres, au point de devenir des reclus virtuels, osant sortir de notre maison ou appartement que si cela est absolument indispensable. En effet, le mot  » honte  » vient du mot indien  » sham  » qui signifie  » se cacher ».

Qu’est-ce que la honte ?

Lorsque nous avons honte, nous éprouvons des sentiments très négatifs envers nous-mêmes et nous nous voyons comme une bien piètre personne. Nous avons aussi tendance à penser que les autres nous jugent de manière tout aussi désobligeante. La sensation de honte implique aussi souvent des sentiments d’inadéquation, d’infériorité, d’incompétence, de dégoût de soi, de haine de soi, d’anxiété, de colère, de tension corporelle, de nausées et de transpiration/de sensation de chaleur excessive.

Les effets sur les relations

En raison de notre propre vision dépréciative et autocritique, nous nous imaginons que les autres ressentent la même chose à notre égard (ou le ressentiront lorsqu’ils découvriront que nous sommes une personne « horrible et répugnante »). Nous évitons donc de nous lier intimement, croyant que ces efforts seront futiles étant donné que nous serons « inévitablement rejetés » une fois que le « vrai » nous sera « découvert ».

Autres effets possibles de la honte

Il se peut aussi que nous essayions de nous défendre psychologiquement contre un sentiment de honte profondément enraciné. Par exemple :

  • nous pouvons être occupés à montrer une image superficielle de nous-mêmes lorsque nous interagissons avec les autres, ce qui, nous l’espérons, dissimulera « notre vileté ». Ceci peut conduire à se créer un « faux soi » qui empêche toute possibilité de relation authentique ou significative avec autrui (en d’autres mots, nous  »avons peur d’être qui nous sommes ».)
  • le perfectionnisme (dans une effort désespéré pour compenser les sentiments profonds d’inadéquation et d’infériorité qui peuvent accompagner ce sentiment envahissant de honte). Le  »bourreau du travail  » et le perfectionniste sont deux traits de personnalité qui démontrent une fragilité extrême, et qui servent à maintenir un semblant de respect de soi et de confiance en soi qui nous poussent vers une quête perpétuelle d’objectifs qui sont inévitablement inatteignables. Nous sommes alors très vulnérables à l’effondrement cataclysmique de notre estime personnelle, dans la mesure où elle n’a pas été construite sur des fondations suffisamment solides, ni durables.

Les trois types de honte

On peut distinguer trois types spécifiques de honte. Il s’agit de :

  • La honte intérieure
  • La honte extérieure
  • et la honte miroir

Voici la définition de ces trois types de honte :

La honte intérieure : c’est un sentiment de honte que nous ressentons envers nous-mêmes.

La honte externe : c’est lorsque nous percevons la mauvaise opinion que les autres ont de nous, ce qui nous fait ressentir de la honte.

La honte miroir : c’est lorsque nous ressentons de la honte par procuration, en raison de la manière dont l’autre s’est comporté envers nous – un membre de la famille ou un membre d’un groupe auquel nous nous identifions.

Bien souvent, le sentiment de honte intérieure et extérieure coexistent chez une même personne. Cependant, dans le cas de honte liée aux traumatismes de l’enfance, nous pouvons ressentir (de façon irrationnelle) un profond sentiment de honte intérieure, même si nous reconnaissons que les autres ne nous considèrent pas comme la résultante négative des événements que nous avons subi (il y a donc absence de honte extérieure).

La boucle de la honte

Selon Scheff (1990), en réponse à une enfance dans laquelle nous avons été constamment et profondément humiliés, nous pouvons sombrer dans une boucle de honte dans laquelle :

1- la honte est intériorisée et ne peut être évacuée, ce qui, à son tour, mène à …

2- avoir honte de ressentir de la honte, ce qui se traduit par …

3- un sentiment accru de honte – le sentiment de honte augmente et s’intègre dans la boucle de la honte de sorte que …

4- la première étape est réactivée avec une force encore plus destructrice et le cycle, en l’absence d’une intervention thérapeutique efficace, est revivifié.

La réticence à consulter un thérapeute

Comme on peut s’en douter, étant donné que les personnes ont honte d’avoir honte, il leur est très difficile de se confier aux autres sur ce qu’elles voient comme un « sombre secret », ce qui les empêche de chercher une aide professionnelle et aggrave leurs problèmes.

Les mécanismes de défenses contre le sentiment intense de honte

Nathanson (1992) a identifié 4 réactions principales possibles au sentiment de honte dans une tentative (consciente ou non) de se défendre et de se protéger contre la souffrance émotionnelle que ce sentiment peut faire naître.

Les quatre mécanismes de défenses

Selon Nathanson, les 4 principaux mécanismes de défense qui sont activés pour se protéger de la honte (et qu’il considère comme étant le plus souvent acquis durant la petite enfance pour se protéger de sentiments intolérables) sont :

– le repli sur soi

– l’auto-destruction

– la fuite

– l’agressivité envers les autres.

Nathanson estime aussi que, bien que les individus puissent avoir recours à plusieurs mécanismes de défense (selon les circonstances qui ont provoqué le sentiment de honte), ils ont tendance à recourir à un  »mode par défaut » (c’est-à-dire une tactique défensive spécifique principale pour se protéger de la honte) auquel ils font le plus fréquemment appel.

La boussole de la honte

Nathanson a nommé ces quatre moyens de défense la « boussole de la honte ». Il a en outre expliqué que ces quatre moyens de défense étaient considérés comme s’inscrivant dans un continuum allant de « modéré » à « extrême ».Ainsi, par exemple, une attitude « modérée » de repli sur soi se traduit par l’évitement du regard, alors qu’à son  »extrême », la personne peut totalement se couper des autres et vivre dans une cabane en bois dans la forêt tel un ermite.

Les Continuums

Voyons maintenant brièvement les quatre continuums sur lesquels reposent ces quatre mécanismes de défense.

1) Le repli sur soi

Aspect modéré : les épaules affaissées, le regard vers le bas, le rougissement, la bouche cachée par la main, le silence, le regard détourné, la solitude chronique.

Aspect extrême : l’éloignement physique, cognitif et émotionnel, l’isolement, la dépression, le repli sur soi, la solitude chronique, l’image de soi faussée et superficielle, l’hyper sensibilité au rejet et aux critiques (notamment les critiques sur la personnalité).

2) L’auto-destruction

Aspect modéré : comportement réservé, modestie, timidité, humour auto-dépréciateur.

Aspect médian : auto-sabotage, auto-négligence, auto-humiliation, effacement de soi, obséquiosité, soumission.

Aspect extrême : haine de soi, dégoût de soi, mépris de soi, masochisme, auto-dénigrement, automutilation (se couper, se brûler avec des cigarettes, etc.), idées ou comportements suicidaires

3) L’évitement

Aspect modéré : aveuglement, honte désavouée, charme auto-dépréciatif, syndrome de l’imposteur.

Aspect médian : comportement prétentieux / manifestations de richesse (bijoux, vêtements, etc.) arrogance, compétitivité, recherche de sensations fortes / prise de risques, hédonisme, perfectionnisme

Aspect extrême : le mensonge pathologique, le narcissisme, la prodigalité, le complexe de supériorité, les addictions ( la consommation excessive d’alcool, l’activité sexuelle obsessionnelle, etc.)

4) L’agressivité envers les autres

Aspect modéré : taquineries, railleries, plaisanteries…

Aspect médian : intimidation, fureur humiliée, rage.

Aspect extrême : violence

Alors que certains de ces mécanismes de défenses sont nettement plus sains que d’autres, même s’ils ne permettent pas de soulager complètement le sentiment de honte profondément enraciné – il est conseillé de suivre une thérapie telle que la thérapie comportementale et cognitive (TCC) ou une thérapie axée sur la compassion.


Traduit et adapté par courtoisie de Childhood Trauma Recovery