Tabous et résilience sexuelle

La sexualité est encore entourée d’innombrables tabous. Mais même dans la catégorie « ce dont on ne parle pas », il y a des sujets dont il est encore plus difficile de parler. La sexologue féministe Violeta Belhouchat, dans sa chronique, nomme certains des tabous historiques entourant les violences sexuelles. Elle nous rappelle que les victimes de violence ne sont pas seulement confrontées à des obstacles individuels, mais qu’elles doivent aussi briser le silence imposé par ces choses dont il est si difficile de parler.

Parler de la sexualité est un sujet tabou. Parler des menstruations, de l’absence de désir sexuel post-partum – qui peut durer des mois -, des infections sexuellement transmissibles, de la difficulté pour les personnes ayant un vagin d’obtenir un orgasme lors de rapports hétérosexuels et des difficultés sexuelles dans les couples de toutes orientations sexuelles et romantiques sont cinq tabous bien identifiés.

Ce ne sont pas les seuls, mais ce sont nos « démons connus » de la santé sexuelle. Ce qui m’a frappé, c’est de constater qu’il est également tabou de parler des problèmes sexuels parmi les victimes de violences sexuelles et les spécialistes de la santé qui les traitent : médecins, gynécologues, sages-femmes, urologues, thérapeutes, psychiatres.

C’est surprenant, car le nombre de survivants de violences sexuelles dans le monde se compte en milliers. J’ose affirmer qu’il n’existe aucun spécialiste de la santé qui n’ait pas traité parfois des patients (enfants, adolescents, hommes, femmes, non-binaires) victimes d’excision, de mutilations sexuelles en milieu hospitalier, d’inceste, de viol, de pédophilie, de viol conjugal, de traite des êtres humains et/ou d’exploitation sexuelle.

Sans parler des cyber-violences sexuelles : les menaces de viol en ligne, diffusion d’images pornographiques sans consentement, cyber-harcèlement LGBTQAI+phobe, cyber-diffamation sexuelle, cyber-comingout forcées – particulièrement graves dans certains pays comme l’Iran, où l’homosexualité est encore un crime et peut être punie de la peine de mort.

De nombreux groupes de victimes de violences sexuelles dénoncent et travaillent à la reconnaissance juridique de ces formes de souffrance et à obtenir une réparation symbolique. De nombreux journalistes filment ou transcrivent des témoignages.

Ce n’est un secret pour personne que pour guérir d’un traumatisme sexuel, il faut sortir du silence. 

Ce qui semble moins identifié, c’est que cela nécessite de surmonter des obstacles individuels : la honte, la culpabilité paradoxale ou inversée (lorsque la victime se sent coupable de sa propre agression) et la confusion causée par le manque d’éducation sexuelle, le manque d’informations juridiques ou l’amnésie traumatique, par exemple.

Parler en pleurant, en gémissant, en bégayant, en soupirant, en tremblant de rage, en transpirant de stress, en ayant la bouche sèche, en ayant la nausée d’angoisse ou en ayant le sentiment d’être dans un état de mort et d’anesthésie est un combat, qui se vainc phrase par phrase.

En réalité, chaque victime de violence sexuelle doit faire face, en plus de ces obstacles internes, au poids du silence des tabous historiques suivants :

Les tabous concernant les violences sexuelles.

La diversité de la violence sexuelle. Sa présence continue dans les espaces publics et privés, dans les lieux d’éducation, de sport et des soins de santé. Le nombre de cas quotidiens. 

Les violences sexuelles peuvent provoquer des érections du pénis et du clitoris, ainsi qu’une lubrification due à des réactions réflexes des glandes (prostate masculine, glandes de Bartholin, glandes urétrales ou de Skene). Ils peuvent provoquer des orgasmes, des réactions d’érection et des spasmes accompagnés de réactions émotionnelles négatives (dégoût, aversion, horreur, surprise, peur, tristesse, stupeur).

Les tabous concernant les victimes de violences sexuelles

L’âge des victimes : 8 sur 10 sont des enfants ou des mineurs. 

Expériences psychologiques d’amnésie traumatique : oubli total ou partiel de la violence pendant des mois, des années ou des décennies. 

Les expériences psychologiques de prise de conscience : la grande majorité ne sait pas qu’elle subit des violences sexuelles et en prend conscience quelques jours, semaines, mois ou années plus tard – à l’adolescence ou lorsqu’elle a accès à une éducation sexuelle ou à une formation juridique.

Tabous concernant les auteurs de violences sexuelles

L’âge des auteurs (1 sur 4 est un mineur), leur origine socio-économique (de toutes les couches socio-économiques), leur niveau d’éducation (de l’analphabète au post-doctorant).

La différence qu’il peut y avoir entre un comportement sexuel social (par exemple, hétérosexuel monogame) et un comportement sexuel secret (par exemple, pédocriminel prédateur), l’état de santé physique (sain, malade ou handicapé).

L’état de santé mentale (il s’agit majoritairement de personnes en bonne santé, intégrées dans la société, qui sont pleinement conscientes de leurs actes et prennent des mesures de sécurité pour éviter d’être découvertes, certains agresseurs  sont des psychopathes violents, des sadiques ou des asociaux).

Il s’agit principalement de personnes ayant un pénis et s’identifiant comme des hommes hétérosexuels.

Les tabous concernant les liens interpersonnels entre les auteurs et les victimes de violences sexuelles.

Il peut s’agir de parents, avec ou sans lien de sang ; de personnel de santé et de patients ; de relations affectives au sein ou en dehors du mariage ; de collègues, de patrons et de subordonnés ; de proxénètes et de travailleurs du sexe ; d’enseignants et d’étudiants ; d’entraîneurs sportifs et d’athlètes ; de voisins ; de connaissances ; d’amis ; d’anciens partenaires ; de policiers et de détenus ; de députés et d’assistants parlementaires ; de dirigeants et de militants politiques ; de fonctionnaires et de citoyens en quête d’aides publiques ; de metteurs en scène et d’actrices de théâtre ou de cinéma…

Les tabous concernant les relations entre les agresseurs de violences sexuelles.

Ils travaillent dans des réseaux humains – numériques – économiques – d’information, ils ont des contacts personnels et/ou professionnels quotidiens, ils appartiennent à la même famille, appartiennent à des cercles professionnels, s’entraident pour obtenir des positions de pouvoir économique, politique ou autre, créent des liens d’interdépendance.

Les tabous concernant les actions réalisées par des auteurs de violences sexuelles

Ils communiquent avec d’autres agresseurs sur leurs stratégies de domination (psychologique, économique) et leurs agressions sexuelles (ils les décrivent, les développent pour les rendre plus extrêmes) ; ils manipulent émotionnellement et affectivement ; ils font du chantage, menacent directement l’intégrité physique des victimes ou le font indirectement par l’intermédiaire de leurs proches (animaux domestiques, frères et sœurs, parents, amis) ; Ils pratiquent l’intimidation verbale et non verbale, créent des situations et des preuves matérielles pour extorquer, menacer la réputation et la dignité des victimes ou de leurs proches, menacent la situation économique de la victime et de ses dépendants (membres de la famille ou autres), menacent la sécurité de la victime et/ou de son environnement (son domicile, ses papiers d’identité, sa communauté), louent ou paient des services ou des cadeaux ou des faveurs aux victimes ou à leur entourage.

La violence sexuelle sont toutes les  violences qui porte atteinte à la sexualité d’un être humain dans ses aspects biologiques et corporels, émotionnels, affectifs, interpersonnels, psychologiques, psychiques, éducatifs, culturels, familiaux, socio-économiques et juridiques.

Sans le savoir, chaque victime de violence sexuelle, lorsqu’elle se trouve devant son thérapeute ou son médecin, la difficulté qu’elle rencontre, avant d’ouvrir la bouche et de raconter ce qu’elle a vécu, est de ne pas rompre avec sa honte, sa culpabilité de victime ou sa confusion. Elle fait face à la rupture de siècles de tabous autour de la sexualité et de la violence sexuelle.

Si vous êtes une victime, votre parole compte.

Dire votre vérité est votre résilience.

Et plus tôt que tard, votre résilience individuelle fera partie de notre résilience sexuelle collective.

Traduction de courtoisie par Marion SOISSON depuis Al Haraca

DYSFONCTION SEXUELLE CHEZ LES FEMMES VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE PENDANT L’ENFANCE

Extrait de la publication Sexual Medicine Reviews, Édition 2018;6:188-200

Conséquences des violences sexuelles sur mineur sur la santé sexuelle des femmes : analyse détaillée

Carey S. Pulverman, Ph.D., Chelsea D. Kilimnik, M.Sc, et Cindy M. Meston, Ph.D.

Les sévices sexuels sur mineur ont été identifiés comme facteur de risque important de dysfonctionnement sexuel à l’âge adulte : en effet, les taux de dysfonction sexuelle chez les femmes ayant été victimes d’agressions sexuelles pendant l’enfance sont beaucoup plus élevés que chez les femmes n’ayant pas subi de violences. Dans le présent article, nous allons examiner la prévalence des troubles sexuels à partir de différentes études, les caractéristiques des violence qui accroissent le risque de dysfonctionnement sexuel et la prévalence de divers types de troubles sexuels rapportés par les femmes victimes de violences sexuelles durant l’enfance.

Taux de prévalence

La prévalence du dysfonctionnement sexuel parmi les femmes ayant subi des sévices sexuels pendant l’enfance a été étudiée auprès d’échantillons divers : aléatoires, cliniques, communautaires et universitaires. Pour pouvoir déterminer le taux moyen de dysfonctionnement sexuel chez les femmes ayant vécu des violences sexuelles pendant l’enfance, nous nous tournons vers les échantillons aléatoires. En utilisant les données issues de l’enquête nationale sur la santé et la vie sociale réalisée auprès de 1749 femmes, Laumann et al ont découvert que 17% d’entre elles déclaraient avoir été victimes d’agressions sexuelles pendant l’enfance, et que 59% de ces dernières indiquaient avoir des difficultés sexuelles. Mullen et al ont découvert une prévalence de 32% lors d’un sondage auprès de 1376 femmes. 47% des femmes avec des antécédents de violencesdéclaraient souffrir d’au moins 1 trouble sexuel, ce qui représente un rapport de cotes de 2.44 pour le risque de dysfonctionnement sexuel après violence sur mineur. Dans le cadre d’une autre étude auprès de 898 femmes, la prévalence des sévices sexuels pendant l’enfance était de 35%. 25% des femmes victimes d’agressions sexuelles sans pénétration pendant l’enfance et 32% des femmes victimes d’agressions sexuelles avec pénétration lorsqu’elles étaient mineures avaient développé des troubles sexuels. Pour résumer, les taux de dysfonction sexuelle parmi les femmes ayant des antécédents de sévices sexuels durant l’enfance varient entre 25% et 59% dans les études aléatoires.

Bien que les échantillons aléatoires fournissent les estimations les plus représentatives et généralisables, des études cliniques, communautaires et universitaires ont aussi été réalisées pour mesurer cette prévalence. Les échantillons cliniques, qui se composent généralement de femmes à la recherche de traitement pour des problématiques sexuelles ou de santé mentale, ont tendance à donner les taux de dysfonctionnement sexuel les plus élevés. Dans le cadre des études auprès de femmes victimes d’agressions sexuelles pendant l’enfance participant à une thérapie sexuelle, 63% à 94% d’entre elles indiquent une dysfonction sexuelle. Dans un autre échantillon clinique de femmes ayant des antécédents de violencesmais qui n’étaient pas à la recherche de traitement, 84% d’entre elles signalaient un dysfonctionnement sexuel. Des taux similaires ont également été observés sur des échantillons communautaires. Les études communautaires comparent la santé sexuelle entre deux groupes : un échantillon de femmes victimes de violence et un échantillon de femmes n’ayant pas subi de violences mais présentant des caractéristiques démographiques similaires. Lors d’études communautaires, entre 26% et 85% des femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance rapportaient un dysfonctionnement sexuel. L’une de ces études a expliqué qu’elles avaient 50% plus de risques de développer un dysfonctionnement sexuel par rapport aux femmes n’ayant pas connu de sévices. En outre, certaines études communautaires ont identifié des taux de dysfonctionnement sexuel plus élevés chez les femmes victimes de violencespendant l’enfance par rapport aux femmes n’ayant pas connu de violences, mais elles ne donnent pas les taux individuels pour chaque groupe. Une étude en particulier ne dénota aucune différence dans le taux de dysfonctionnement sexuel entre les deux groupes; cependant, elle négligea de dévoiler les taux individuels. Dans les échantillons cliniques et communautaires de femmes ayant subi des sévices sexuels pendant l’enfance, les taux de dysfonctionnement sexuel varièrent de 26% à 94%.

Les études réalisées auprès d’étudiantes en université ont tendance à présenter les taux de troubles sexuels les plus faibles chez les femmes victimes d’agressions sexuelles pendant l’enfance. Plusieurs études ont indiqué ne pas avoir dénoté de différence au niveau de la fonction sexuelle entre les étudiantes universitaires qui avaient connu des violences sexuelles durant leur enfance et celles qui n’en avaient pas connu, en particulier lorsqu’elles tenaient compte d’autres traumatismes ayant eu lieu pendant l’enfance. Cependant, une étude a découvert que la fonction sexuelle des étudiantes ayant subi des sévices était inférieure à celle de leurs pairs n’ayant pas connu de violences. Les échantillons universitaires sélectionnent par nature des individus avec un niveau scolaire élevé et une composition démographique particulière (c’est-à-dire, généralement avec un niveau d’éducation supérieur et un statut socio-économique plus élevé), ce qui pourrait expliquer en partie les taux plus faibles de problèmes sexuels chez les femmes avec antécédents d’agressions sexuelles pendant l’enfance observés dans ces échantillons. Une étude réalisée auprès d’étudiantes à l’université a notamment découvert que 55% de l’échantillon avaient été victimes de violences sexuelles sur mineur, et que 65% d’entre elles signalaient une dysfonction sexuelle.

Le dysfonctionnement sexuel concerne clairement les femmes avec antécédents de violences sexuelles pendant l’enfance. Cependant, il est important de noter que les sévices précoces n’engendrent pas forcément des troubles sexuels pour toutes les femmes. La plupart des études décrites dans la section Taux de prévalence ont évalué le dysfonctionnement sexuel avec des questionnaires d’auto-évaluation ou des entretiens structurés basés sur les critères de dysfonctionnement sexuels du Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux, 3è édition (DMS-III), qui ne comprenait pas encore le critère de détresse qui a été ajouté aux dernières éditions du DMS. Cette divergence dans l’évaluation du dysfonctionnement sexuel entre les études complique la comparaison des taux de prévalence entre les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance et la population féminine générale. En gardant à l’esprit cette problématique méthodologique, il a été noté qu’environ 43% de la population féminine générale déclare avoir des difficultés sexuelles et 12% confirment un dysfonctionnement sexuel significatif sur le plan clinique, alors que 25% à 94% des femmes ayant subi des violences sexuelles pendant l’enfance déclarent avoir des difficultés sexuelles (avec des taux de détresse inconnus). Cela mène à penser que les femmes victimes de sévices ont plus de risque de souffrir de dysfonction sexuelle que la population féminine en général.

Les types de violences et le dysfonctionnement sexuel

Certains types de violences peuvent accroître le risque de dysfonctionnement sexuel. Un lien a été établi, par exemple, entre des taux de dysfonction sexuelle plus élevés et les sévices à répétition, commis par plusieurs agresseurs, de plus longue durée, impliquant l’usage de la force ou de menaces, ou encore dans lesquels le père est l’agresseur. Des résultats mixtes ont été enregistrés quant au rôle de la pénétration ou des tentatives de pénétration sur le risque de dysfonctionnement sexuel. Plusieurs études ont souligné que les violences sexuelles sur mineur avec pénétration ou tentative de pénétration augmentent le risque de troubles sexuels. Cependant, d’autres études ont noté que les antécédents de sévices avec ou sans pénétration étaient tout autant associés au risque de dysfonctionnement sexuel. Une étude a même découvert que les antécédents d’agressions sexuelles sur mineur sans pénétration conféraient un risque de dysfonctionnement sexuel supérieur. En résumé, les cas de violences sexuelles sur mineur associées à l’usage de la force ou de menaces, qui étaient répétés, ou commis par le père ou de multiples agresseurs semblent accroître le risque de troubles sexuels ultérieurs. En raison des résultats mixtes observés quant aux répercussions de la pénétration sur le risque de difficultés sexuelles, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour clarifier l’importance de cette caractéristique.

Types de dysfonctionnement sexuel

Les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance présentent l’ensemble du spectre des troubles de la fonction sexuelle chez la femme, y compris les troubles du désir, de l’excitation, de l’orgasme, et les douleurs pendant l’acte sexuel. Pour cette population, le dysfonctionnement sexuel présente souvent une comorbidité : une étude a démontré que 66% des femmes ayant subi des violences et présentant une dysfonction sexuelle déclaraient souffrir de plusieurs types de dysfonctionnements. Les troubles du désir et de l’excitation sont les problématiques les plus souvent rapportées par cette population. Sur un échantillon aléatoire national de 1749 femmes, les antécédents d’agression sexuelle étaient associés à un risque de troubles de l’excitation sexuelle plus important que tout autre type de dysfonctionnement. Sur un échantillon clinique de femmes victimes d’agression sexuelle qui n’étaient pas à la recherche d’un traitement, 84% d’entre elles ont signalé des difficultés au niveau de l’excitation, et 53% au niveau du désir. Sur des échantillons cliniques de femmes avec antécédents de sévices sexuels à la recherche d’une thérapie sexuelle, 49% à 62% d’entre elles avaient des problèmes d’excitation et 53% signalaient des problèmes du désir. Les difficultés à atteindre l’orgasme et les douleurs pendant l’acte sexuel étaient aussi communes au sein de cette population. En ce qui concerne la population féminine en général, le dysfonctionnement sexuel le plus commun est le manque de désir. Par conséquent, la principale différence entre les femmes ayant subi des sévices sexuels et celles n’en ayant pas vécu est le taux supérieur de dysfonctions relatives à l’excitation et au désir chez le premier groupe.

MÉCANISMES CONTRIBUANT AU DYSFONCTIONNEMENT SEXUEL

Les taux de dysfonctionnement sexuel chez les femmes victimes de sévices pendant l’enfance sont supérieurs à ceux des femmes n’ayant pas connu de violences, et sont marqués par une certaine particularité avec des taux de troubles de l’excitation plus élevés. En outre, ces femmes réagissent moins bien à la thérapie sexuelle normalisée, y compris les approches pharmacologiques et psychologiques. Lors d’une étude sur le citrate de sildénafil (Viagra, Pfizer, New York, NY, États-Unis) effectuée auprès de femmes avec et sans antécédents d’agressions sexuelles, les femmes victimes de violences sexuelles pendant l’enfance ont affiché une réponse inférieure au traitement; et, parmi celles qui ont répondu au médicament avec l’excitation génitale, certaines signalent que cette excitation améliorée a rendu le rapport sexuel désagréable ou perturbant. Les femmes victimes de violencesont exprimé des sentiments de peur, de colère et de dégoût pendant l’excitation sexuelle avec un partenaire plus forts que leurs pairs n’ayant pas vécu de sévices. Des experts cliniques ont suggéré que les traitements contre le dysfonctionnement sexuel qui stimulent directement l’excitation génitale pourraient agir trop rapidement pour les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance. En revanche, ces dernières répondent mieux que leurs pairs aux thérapies sexuelles basées sur la pleine conscience qui se concentrent sur la conscience corporelle sans jugement. Les différences de taux de prévalence, la présentation des dysfonctions sexuelles, et la réponse à la thérapie sexuelle suggèrent que les troubles sexuels pourraient se développer par des voies différentes entre les deux groupes de femmes avec ou sans antécédents d’abus sur mineur. Les chercheurs ont proposé plusieurs types de voies ou mécanismes d’action possibles qui pourraient expliquer ces différences, y compris les associations cognitives concernant la sexualité, le schéma de soi sur le plan sexuel, l’activation du système nerveux sympathique, l’image et l’estime corporelles, et les sentiments de honte et de culpabilité. La recherche sur les mécanismes est forcément limitée par la nature du traumatisme sexuel et l’éthique de recherche, à tel point qu’il est impossible de mener des essais contrôlés aléatoires sur la violence sexuelle sur mineur. Par conséquent, les études sur les mécanismes mettant en évidence le lien entre les sévices sexuels sur mineur et le dysfonctionnement sexuel peuvent mener à des confusions possibles et dépendent du contexte complexe dans lequel se déroule les sévices. Ces problématiques limitent inévitablement la capacité à tirer des déductions entre les projets de recherche.

Associations cognitives avec le sexe

De nombreuses études soulignent que les femmes ayant vécu des violences sexuelles durant l’enfance traitent les stimuli sexuels de manière quelque peu différente de leurs pairs n’ayant pas subi d. Le traitement cognitif des stimuli sexuels chez les femmes victimes d’abus a été examiné lors d’études sur les associations inconscientes. Meston et Heiman se sont servis d’un test de classement de cartes impliquant la catégorisation d’informations positives et négatives sur soi et relatives au sexe. En comparaison avec les femmes n’ayant pas subi d’abus, ils ont découvert que les femmes ayant vécu des sévices sexuels pendant l’enfance avaient plus tendance à utiliser des termes négatifs pour se décrire et étaient moins enclines à attribuer une signification positive aux stimuli sexuels. Une autre étude évaluant les associations inconscientes au moyen du Test d’association implicite (IAT) a découvert que, pour les femmes n’ayant pas connu d’abus, les images à caractère sexuel étaient plus souvent associées à une valence positive qu’une image neutre (taille d’effet, f = 0.28), alors que pour les femmes victimes d’abus, il n’y avait pas de différence de valence entre les images neutres et les images à caractère sexuel. Ils ont aussi découvert que, chez les femmes avec des antécédents de sévices sexuels pendant l’enfance, les stimuli sexuels étaient moins souvent associés implicitement à une valence positive mais que cela n’était pas lié à une fonction sexuelle réduite mais plutôt à une satisfaction sexuelle moins élevée. La recherche sur les préjugés inconscients des femmes a indiqué que les stimuli sexuels sont moins souvent associés à une valence positive chez les femmes victimes d’abus.

Une autre approche visant à étudier les processus cognitifs des femmes ayant subi des violences sexuelles pendant l’enfance implique l’examen du langage par des exercices d’expression écrite sur la sexualité. Une étude demanda à des femmes avec et sans antécédent d’agressions sexuelles pendant l’enfance de rédiger deux essais : le premier était un essai neutre sur la journée précédente et le second portait sur une image ambigüe d’un couple dans une chambre. Dans le second type d’essais, les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance avaient davantage tendance à interpréter l’image comme une menace et utilisaient beaucoup plus de termes d’affect négatifs (Cohen d = 0.77) et moins de termes sexuels (Cohen d = 0.81) que les femmes n’ayant pas connu d’abus. Les chercheurs ont évalué le désir sexuel dans leur échantillon et n’ont pas trouvé de lien entre l’usage plus prononcé de mots négatifs chez les femmes victimes d’abus et leur désir sexuel. Il semblerait que les femmes ayant été victimes de violences sexuelles pendant l’enfance aient tendance à interpréter négativement toute information sexuelle pertinente, mais ces interprétations n’ont pas forcément de lien avec la fonction du désir sexuel. Une étude similaire a demandé à des femmes de rédiger un essai neutre sur la journée précédente ainsi qu’un essai à caractère sexuel où elles se représentaient elles-mêmes dans un schéma sexuel. Comme dans l’étude précédente, les femmes avec des antécédents d’abus ont utilisé considérablement plus de mots à caractère émotionnel négatif dans l’essai sexuel, que les femmes n’ayant pas subi d’abus. En prenant en compte les deux essais, les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance utilisent moins de termes émotionnels positifs que les femmes n’ayant pas subi d’abus. Pour les deux groupes, l’utilisation plus fréquente de mots à caractère émotionnel positifs était associée à une meilleure fonction sexuelle (R2 = 0.20). Ces résultats suggèrent que les émotions positives concernant la sexualité pourraient être davantage liées à la fonction sexuelle que les émotions négatives.

L’échantillon de femmes victimes de violences de l’étude réalisée par Lorenz et Meston a aussi participé à l’étude d’un traitement en cinq sessions basé sur l’expression écrite ayant mené à une amélioration de la santé mentale et sexuelle (R2pour la résolution du trouble lié à la baisse du désir sexuel = 0.13; R2 pour la résolution du trouble de l’excitation sexuelle chez la femme = 0.09). Suite à cela, ce même échantillon a de nouveau rédigé un essai neutre et un essai à caractère sexuel. Dans cette dernière composition écrite à caractère sexuel réalisée après traitement, les femmes ont montré une baisse d’utilisation de termes émotionnels négatifs (Cohen d = 0.23) et une augmentation des termes émotionnels positifs (Cohen d = 0.27). Il faut noter que la baisse des termes émotionnels négatifs était associée à une amélioration de la fonction sexuelle (r = 0.21) et de la satisfaction sexuelle (r = 0.31), mais l’utilisation plus fréquente de termes émotionnels positifs n’a montré aucun lien avec ces variables de santé sexuelle. Sur l’ensemble des études portant sur l’expression écrite, l’affect positif a été associé à une amélioration de la fonction sexuelle, sauf dans l’étude du traitement dans laquelle seule la diminution des émotions négatives a été associée à une fonction sexuelle améliorée.

Outre les associations implicites et les approches d’analyse du langage, les associations cognitives avec la sexualité chez les femmes ayant subi des violences ont aussi été testées par des mesures plus directes. Lors d’une étude psychophysiologique sexuelle, les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance ont été plus nombreuses à signaler un affect négatif devant la présentation d’un film érotique que les femmes n’ayant pas subi d’abus. Elles ont aussi rétrospectivement souligné plus de peur, de colère et de dégoût pendantl’excitation sexuelle avec un partenaire que leurs homologues. Un affect négatif plus important avant et pendant l’exposition à des stimuli sexuels pourrait contribuer au développement et au maintien du dysfonctionnement sexuel, notamment du trouble de l’excitation. Les données recueillies permettent de penser que le nombre plus important de perceptions négatives et le déficit des perceptions positives relatives aux stimuli sexuels sont liés à la fonction sexuelle chez les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance. Les différences de réponses aux stimuli sexuels entre les femmes avec et sans antécédents d’agressions sexuelles pendant l’enfance examinées dans le présent article suggèrent que les violences sexuelles sur mineur peuvent affecter la manière dont les femmes traitent l’information relative à la sexualité au niveau cognitif.

Les schémas de soi sexuels

Cette tendance à évaluer les stimuli sexuels de manière plus négative et moins positive a aussi été démontrée dans les perceptions des femmes de leur propre identité sexuelle. Les schémas de soi sexuels sont des pensées et des comportements très profonds concernant le soi en tant qu’être sexuel qui affectent le traitement de signaux sexuels pertinents et façonnent le comportement sexuel. Les schémas de soi sexuels ont été principalement étudiés par une mesure d’auto-évaluation, appelée Sexual Self-Schema Scale (échelle du schéma de soi sexuel), dans laquelle il a été demandé aux femmes de s’évaluer sur une série d’adjectifs à caractère positif et négatif (ex : désinhibée, sérieuse, romantique). La recherche utilisant le Sexual Self-Schema Scale a découvert que les femmes victimes de violences présentaient moins de schémas positifs sexuels (R2 = 0.06) mais qu’il n’y avait aucune différence dans les schémas de soi négatifs (R2= – 0.07) par rapport à leurs homologues n’ayant pas connu d’abus. Il a aussi été dénoté que les schémas positifs étaient liés à la fonction sexuelle. Une autre étude a permis de découvrir qu’il y avait moins de schémas sexuels positifs et plus de schémas sexuels négatifs chez les femmes ayant subi des sévices sexuels que chez les femmes n’ayant pas été victimes d’abus, et que les deux types de schémas étaient liés à la fonction et à la satisfaction sexuelles.

Plus récemment, les schémas de soi sexuels des femmes victimes de violences ont été étudiés par des approches d’analyse de texte extrayant des thèmes ou des schémas communs du langage naturel. Contrairement aux questionnaires d’auto-évaluation, cette approche d’analyse de texte permet aux schémas de se dessiner naturellement à partir des données collectées. La première étude à utiliser cette approche a examiné des compositions écrites à caractère sexuel rédigées par des femmes avec et sans antécédents d’abus et ont permis d’identifier 7 schémas uniques comprenant la famille et le développement, la virginité, la violence, les relations, l’activité sexuelle, l’attraction et l’existentialisme. En comparant les compositions écrites, il a été noté que les femmes n’ayant pas subi de violences utilisaient les schémas de la virginité et des relations considérablement plus que les femmes victimes de sévices, alors que ces dernières utilisaient davantage les schémas de violence et d’attraction. Selon les chercheurs, bien que la perte de virginité puisse être un événement très important dans le développement sexuel des femmes n’ayant pas connu d’abus, cela ne s’appliquerait peut-être pas aux femmes victimes de violences sexuelles pendant l’enfance. Il est fort probable que les expériences d’abus aient tenu une place plus importante dans le développement psychosexuel précoce que la perte de la virginité pour ces dernières.

Meston et al. ont conduit un essai clinique aléatoire sur un traitement en cinq sessions basé sur l’expression écrite, conçu pour les femmes ayant subi des violences sexuelles pendant l’enfance et souffrant de dysfonctionnement sexuel. L’étude comprenait 2 conditions de traitement : la première demandait aux femmes de parler de leur expérience traumatique par écrit, et la deuxième, de rédiger des schémas de soi sexuels. Dans le cadre de la seconde condition comprenant les schémas de soi sexuels, les femmes ont démontré une amélioration significative de la fonction sexuelle, beaucoup plus notable que chez les femmes de la première condition ayant décrit leur traumatisme, ce qui souligne une fois de plus l’importance des schémas de soi dans la fonction sexuelle des femmes victimes de violences. Pour soutenir l’impact des schémas de soi sexuels sur les résultats de l’étude, les compositions écrites réalisées après traitement ont été examinées avec l’analyse de texte décrite un peu plus tôt : les femmes victimes d’agressions sexuelles sur mineur ont démontré une baisse d’utilisation des schémas relatifs à la violence, à la famille et au développement, à la virginité et à l’attraction, et une hausse de l’utilisation du schéma d’existentialisme. L’expression écrite sur les schémas de soi sexuels pourrait aider les femmes ayant des antécédents de sévices sexuels durant l’enfance à gérer leurs expériences traumatiques et ainsi diminuer la proéminence de la violence dans leurs schémas de soi sexuels.

Activation du système nerveux sympathique

L’une des réactions communes aux sévices sexuels sur mineur est une activité du système nerveux sympathique (SNS) élevée et chronique ou une hyperexcitation physiologique. Les symptômes relatifs à l’activité accrue du SNS peuvent comprendre une augmentation de la fréquence cardiaque, l’accélération de la respiration, des tensions musculaires, des sueurs, la réaction de sursaut exagérée, et des difficultés à dormir. L’activation accrue du SNS a été liée à l’exposition à un traumatisme en général et à certains troubles psychologiques, dont le trouble d’anxiété et le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Même si cette réponse psychologique est commune à l’ensemble des traumatismes graves, dans le cas des violences pendant l’enfance, l’activité accrue du SNS débute tellement tôt dans la vie qu’elle peut altérer de manière critique le fonctionnement physiologique général de l’individu et exposer celui-ci à un risque accru de troubles liés au stress.

L’activité du SNS augmente naturellement pendant l’excitation sexuelle. Des études sur le lien entre la stimulation du SNS et l’excitation sexuelle chez les femmes ont identifié un niveau optimal de stimulation du SNS pour faciliter l’excitation génitale. Dans le cadre d’études utilisant l’exercice physique et l’éphédrine pour accroître la stimulation du SNS avant de visionner un film érotique, la recherche a prouvé que, chez les femmes sexuellement fonctionnelles, une augmentation de la stimulation du SNS permet d’enclencher l’excitation génitale, donnant ainsi lieu à une excitation génitale accrue devant le film érotique. L’amélioration de l’excitation génitale par l’exercice physique a aussi été démontrée chez les femmes dysfonctionnelles sur le plan sexuel (n’ayant pas connu de violences). Cependant, dans une étude basée sur l’exercice physique comparant les femmes avec antécédents de sévices sexuels pendant l’enfance souffrant ou non de TSPT et les femmes n’ayant pas subi d’abus, les femmes victimes de violences n’ont pas montré d’augmentation de l’excitation sexuelle par l’exercice, alors que les femmes non victimes d’abus ont montré l’augmentation attendue (Cohen d = 0.95). En fait, les chercheurs ont découvert un lien inverse entre les symptômes de TSPT et l’excitation génitale : les femmes ayant vécu des violences sexuelles pendant l’enfance et souffrant de symptômes de TSPT plus forts montraient des niveaux d’excitation génitale inférieurs après exercice (l’opposé des femmes qui n’ont pas connu d’abus). Les chercheurs ont conclu que, pour les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance, la stimulation du SNS pourrait être déjà tellement élevée que l’augmentation de la stimulation du SNS, qui se produit naturellement pendant l’excitation sexuelle, pourrait pousser l‘activation du SNS au-delà du niveau optimal, ce qui mènerait à une déficience de la fonction sexuelle. D’autres méthodes ont permis d’évaluer l’activation du SNS, telles que la mesure du cortisol, hormone du stress. Elles ont mis en évidence différents profils entre les femmes victimes de sévices pendant l’enfance et les femmes non-victimes (n2 = 0.264), et ces différences étaient liées à la fonction sexuelle (n2 = 0.105).

Image et estime corporelles

La recherche suggère aussi que l’image du corps ou l’estime corporelle des femmes victimes de violences sexuelles pendant l’enfance pourrait expliquer les taux de dysfonctionnement sexuel plus élevés signalés par ce groupe. L’estime corporelle fait référence à des perceptions cognitives et affectives de son propre corps qui sont influencées par les expériences individuelles et la socialisation. Au sein de la population féminine générale, l’image corporelle plus élevée est associée à une meilleure fonction sexuelle. De manière plus particulière, les perceptions négatives du corps pendant l’activité sexuelle affectent négativement la fonction sexuelle (voir Woertman et van den Brink). Les femmes victimes d’abus rapportent une estime corporelle généralement inférieure à celle de leurs pairs n’ayant pas subi de violences (Cohen d = 0.68; n2 = 0.28), surtout lorsqu’il est question de l’une des composantes de l’image corporelle : l’attraction sexuelle (d = 0.68).Deux études ont lié l’image corporelle à la fonction sexuelle des femmes victimes de violences. Wenninger et Heiman ont découvert que la faible évaluation de l’attraction sexuelle en tant que composante de l’image corporelle était liée à une fonction sexuelle déficiente chez les femmes victimes de violence.. Kilimnik et Meston ont découvert que les antécédents d’abus modéraient le lien entre l’estime corporelle générale et l’excitation sexuelle (définie comme processus du cerveau liés à l’approche de stimuli sexuels; Cohen d = 0.30), et que l’attraction sexuelle en tant que composante de l’estime corporelle expliquait le plus grand écart dans l’excitation sexuelle des femmes victimes de violences sexuelles pendant l’enfance. (n2 partiel = 0.28).En d’autres termes, la baisse de l’estime corporelle a été associée à une baisse de l’excitation sexuelle, mais seulement chez les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance. Les chercheurs suggèrent que lors des agressions sexuelles sur mineur, un enfant pourrait apprendre à associer son corps avec l’abus, et par conséquent cela le mènerait à des perceptions négatives de son propre corps qui se poursuivent à l’âge adulte et dégradent la fonction sexuelle.

La recherche sur le traitement des troubles de l’alimentation a aussi permis de mettre en évidence le lien entre les sévices sexuels sur mineur et l’estime du corps. Les taux de troubles de l’alimentation sont plus élevés chez les femmes victimes d’agressions sexuelles pendant l’enfance. Et un lien entre les antécédents de violences sexuelles sur mineur et une mauvaise image corporelle a été noté dans la littérature relative aux troubles de l’alimentation (la taille d’effet varie de r = – 0.273 à 0.431, moyenne r = 0.18). Une étude portant sur le traitement de femmes souffrant d’anorexie et de boulimie a identifié une différence de réponse au traitement entre les participantes avec et sans antécédents d’abus. De manière plus précise, les chercheurs ont trouvé que, suite au traitement, la fonction sexuelle des femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance ne s’était pas autant améliorée que celles de leurs homologues n’ayant pas souffert d’abus. Bien que l’image corporelle chez les femmes sans antécédents d’abus se soit considérablement améliorée, il n’y a pas eu de changement pour les femmes victimes de violences. Cette étude du traitement suggère un lien important entre une image corporelle faible et la fonction sexuelle, et indique qu’une faible image corporelle chez les femmes ayant subi des sévices sexuels pendant l’enfance pourrait être particulièrement difficile à résoudre.

Honte et culpabilité

Les sentiments de culpabilité, de honte et d’auto-accusation liés aux violences sexuelles sur mineur ont été identifiés comme étant des mécanismes potentiels à la base du développement du dysfonctionnement sexuel chez les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance. Lors d’une étude prospective longitudinale auprès de victimes de violences sexuelles pendant l’enfance, démarrant immédiatement après la dénonciation de l’abus auprès des autorités, il a été noté que lorsque le degré de honte et d’auto-accusation était élevé un an après l’événement traumatique, des difficultés sexuelles plus graves pouvaient être prédites 6 ans après l’abus. La honte et l’auto-accusation sont des facteurs de prédiction de difficultés sexuelles au-delà de la sévérité de l’abus (définie par la présence de pénétration, l’usage de la force, la durée des sévices, le nombre d’événements, et si l’agresseur faisait partie ou non du cercle familial), ce qui suggère que les réactions émotionnelles découlant des violences sexuelles sur mineur seraient plus à même de causer le développement de troubles sexuels plus tard que les caractéristiques de l’abus lui-même. Les chercheurs pensent que les sentiments de honte et d’auto-accusation pourraient affecter négativement le schéma de soi sexuel des femmes, bien qu’à ce jour, aucune étude empirique n’ait examiné la relation entre ces deux constructions. Dans une autre étude, les femmes victimes d’abus ont révélé des taux de culpabilité sexuelle (définie comme des attentes de punition pour comportement sexuel « inapproprié ») plus élevés que les femmes n’ayant pas connu d’abus. Cette étude n’a cependant pas examiné la fonction sexuelle. Ces études fournissent des éléments préliminaires prouvant que les émotions négatives de honte, de culpabilité et d’auto-accusation pourraient faire partie des voies par lesquelles des abus précoces affecteraient la fonction sexuelle des femmes plus tard dans la vie.

Mécanismes suggérés par la recherche sur les traitements

Puisque les conséquences des violences sexuelles sur mineur sur la santé sexuelle ne peuvent pas être étudiées d’un point de vue éthique avec des expérimentations contrôlées aléatoires, la recherche portant sur les traitements représente une alternative pour examiner les mécanismes. Les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance réagissent moins bien aux traitements standardisés basés sur la thérapie sexuelle que leurs homologues n’ayant pas subi d’abus. Lors d’une étude sur le citrate de sildénafil (Viagra), les femmes victimes de violences ont moins bien réagi au médicament en termes d’excitation génitale, de lubrification, et d’orgasme, par rapport aux femmes sans antécédent d’agressions sexuelles. Parmi les femmes ayant répondu au médicament, 70% des femmes non victimes d’abus ont signalé que l’excitation améliorée avait rendu le rapport sexuel plus agréable et satisfaisant, alors que seulement 14% des femmes avec antécédents d’agressions sexuelles pendant l’enfance ont signalé que l’excitation améliorée avait rendu le rapport sexuel désagréable ou perturbant. Au lieu d’améliorer la fonction sexuelle, le traitement a eu un effet pire sur celle-ci. Dans une étude portant sur l’usage de testostérone et de vardénafil (Levitra, GlaxoSmithKline, Londres, Royaume-Uni) pour traiter le dysfonctionnement sexuel, les femmes n’ayant pas connu de violences ont répondu aux médicaments par une excitation génitale supérieure, alors que les femmes victimes d’agressions sexuelles pendant l’enfance n’ont pas montré de changement au niveau de l’excitation génitale (n2 partiel = 0.25). Des experts cliniques supposent que les traitements qui stimulent directement l’excitation génitale pourraient agir trop rapidement et auraient un ressenti sexuellement trop explicite pour les femmes victimes de violences sexuelles.

Contrairement aux études pharmacologiques examinées ci-dessus, les femmes ayant subi des violences répondent mieux que leurs pairs aux thérapies sexuelles basées sur la pleine conscience. Pour explorer davantage cette découverte notable, une étude complémentaire a comparé la thérapie sexuelle de groupe cognitivo-comportementale avec la thérapie sexuelle de groupe basée sur la pleine conscience pour les femmes victimes de sévices sexuels pendant l’enfance et souffrant d’une dysfonction sexuelle. Après traitement, les femmes participant à la thérapie de pleine conscience ont démontré une augmentation de l’excitation sexuelle subjective devant un film érotique dans le laboratoire, par rapport à leurs réponses avant traitement et par rapport aux réponses de femmes impliquées dans la thérapie sexuelle cognitivo-comportementale. Il faut noter que cette excitation subjective accrue n’était pas accompagnée d’une excitation génitale supérieure. Bien que le traitement n’ait pas affecté l’excitation génitale des femmes, il a eu un effet sur le lien entre l’excitation génitale et l’excitation sexuelle subjective, de telle façon que les femmes étaient davantage conscientes ou réactives à leur excitation génitale après traitement. Les chercheurs supposent que l’orientation du traitement vers la pleine conscience pourrait avoir permis aux femmes de se déconnecter de cognitions négatives telles que le souvenir de l’abus et donc prêter attention au stimulus sexuel au moment présent. Bien que plusieurs mécanismes actifs aient été proposés pour expliquer ces améliorations de la fonction sexuelle conférées par la thérapie basée sur la pleine conscience, il n’est pas clair si seul un mécanisme est à l’œuvre lorsque ces traitements sont fournis à des femmes victimes de sévices sexuels durant l’enfance.

Les traitements basés sur l’expression écrite se concentrant sur la fonction sexuelle des femmes victimes d’agressions sexuelles pendant l’enfance ont également démontré des mécanismes d’action potentiels. Meston et al ont testé un traitement en cinq sessions basé sur l’expression écrite portant sur les schémas de soi sexuels : ils ont découvert que les deux groupes étudiés, l’un chargé de rédiger un essai sur le schéma de soi sexuel et l’autre, un essai sur le traumatisme qui les affectait, avaient montré une amélioration de la fonction et de la satisfaction sexuelles. L’expression écrite a été proposée pour améliorer la santé mentale au moyen de mécanismes d’exposition et d’accoutumance aux souvenirs traumatiques, à la diminution du désir pour cacher les souvenirs traumatiques, à l’expression émotionnelle, et à la ré-évaluation cognitive. Etant donné que l’essai réalisé par Meston et al était le premier à tester l’expression écrite en tant que traitement du dysfonctionnement sexuel chez les femmes victimes de violence, on ne sait pas exactement quels mécanismes pourraient être les plus importants pour ce groupe. Les chercheurs pensent que le traitement basé sur l’expression écrite aurait pu être particulièrement approprié aux femmes ayant des antécédents d’abus car il leur fournit le contrôle final sur le contenu des essais et la cadence du traitement. La nature privée de l’expression écrite pourrait avoir amélioré l’efficacité du traitement pour ce groupe de femmes.

CONCLUSION

Les violences sexuelles sur mineur ont été identifiées comme étant l’un des facteurs de risque les plus importants de dysfonctionnement sexuel à l’âge adulte. En effet, notre examen des études de prévalence a montré que lors d’études sur échantillon aléatoire, 25% à 59% des femmes victimes des sévices sexuels pendant l’enfance signalaient un dysfonctionnement sexuel, pourcentage qui augmente jusqu’à 84% et 94% lors d’études sur échantillons cliniques. C’est au niveau de la santé sexuelle qu’émergent les principales différences entre les femmes ayant des antécédents d’abus et celles n’en ayant pas. Le dysfonctionnement sexuel est davantage prévalent chez les femmes victimes de violences sexuelles pendant l’enfance que chez les femmes non victimes d’abus. Même si les troubles du désir sont les plus communs pour les femmes en général, les troubles du désir et de l’excitation sont supérieurs chez les femmes victimes de violences. Pour ce qui est de la réponse au traitement, les femmes ayant des antécédents d’abus pendant l’enfance montrent une réponse inférieure aux traitements impliquant directement l’excitation génitale par rapport aux femmes n’ayant pas subi de sévices. Elles réagissent cependant mieux à la thérapie sexuelle basée sur la pleine conscience. Les différences au niveau de la santé sexuelle entre les femmes avec et sans antécédents de violences indiquent que les mécanismes engendrant le développement de troubles sexuels chez les femmes victimes des sévices sexuels pendant l’enfance pourraient être distincts des mécanismes des troubles sexuels des femmes sans antécédent d’abus. Une meilleure compréhension des mécanismes à la base des difficultés sexuelles parmi les femmes victimes de violences sur mineur est indispensable au développement de traitements ciblés sur la dysfonction sexuelle de cette population.

A ce jour, les chercheurs ont proposé plusieurs mécanismes possibles pour expliquer le lien robuste entre les antécédents d’agressions sexuelles sur mineur et le dysfonctionnement sexuel à l’âge adulte. Les mécanismes proposés comprennent les associations cognitives avec la sexualité, les schémas de soi sexuels, l’activation sur le SNS, l’image et l’estime corporelles, et les émotions négatives de culpabilité et de honte. Notre examen de la littérature suggère que les femmes victimes de violences sexuelles pendant l’enfance évaluent les stimuli sexuels, et même leurs propres identités sexuelles, de manière plus négative et moins positive que les femmes n’ayant pas connu d’abus : le fait qu’elles associent moins souvent la sexualité à des termes positifs prouve un lien plus fort avec la fonction sexuelle. Les réactions émotionnelles à l’abus, y compris des niveaux élevés de culpabilité, de honte et d’auto-accusation, ont aussi été associées à une fonction sexuelle réduite. De manière connexe, des éléments du corps physique ont été liés à une fonction sexuelle inférieure chez les femmes victimes d’abus. Les femmes ayant subi des violences sexuelles pendant l’enfance montrent une activation du SNS de base accrue pouvant diminuer l’excitation sexuelle, et des perceptions de leur propre corps moins positives, en particulier en ce qui concerne l’attraction sexuelle perçue.

Traduit par courtoisie par Sonia Erraud depuis Science Direct

13 symptômes indiquant que vous pourriez souffrir de stress post-traumatique

Si vous avez déjà vécu une situation grave, choquante, extrêmement insécurisante ou mettant votre vie en danger, soyez attentif à ces changements subtils dans votre vie quotidienne qui pourraient être des signes de stress post-traumatique.

J’ai vécu avec un trouble de stress post-traumatique (TSPT) pendant des années avant de trouver le traitement ou le diagnostic approprié. Pourtant, certaines personnes passent parfois des décennies supplémentaires sans jamais savoir ce qui ne va pas. La prise de conscience des signes immédiats du trouble de stress post-traumatique est aujourd’hui légèrement plus répandue. Il en va de même pour la reconnaissance du fait qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème vécu par les vétérans de guerre. Les signes comprennent les cauchemars, les flashbacks, les crises de panique, les pensées intrusives, le fait de revivre l’événement encore et encore, et la peur pour votre sécurité.

De nombreuses situations dans la vie peuvent contribuer au SSPT, notamment le fait d’être directement touché par des actes de guerre, de terrorisme ou d’être victime d’un crime. Une catastrophe naturelle ou un accident, le fait d’être témoin ou victime directe d’agressions sexuelles ou domestiques, un traumatisme médical ou la perte d’un être cher sont autant d’exemples. Voici une chose qui vous expose à un risque extrêmement élevé de SSPT ; ce n’est pas nécessairement ce à quoi vous vous attendez. Le fait de grandir dans un quartier dangereux, défavorisé ou dans un environnement familial instable est un facteur déterminant. N’oubliez pas que nombre de ces symptômes sont courants après un événement traumatique. S’ils persistent plus de quelques mois, s’ils sont particulièrement pénibles ou s’ils perturbent votre vie quotidienne, il se peut que vous répondiez aux critères de diagnostic du SSPT.

Premiers signes et symptômes

Lorsque l’on examine les différentes façons dont les gens tentent de faire face à l’exposition à un ou une série d’événements traumatiques, il est important de reconnaître les façons dont ils peuvent se manifester, explique Gary Brown, PhD, psychothérapeute agréé à Los Angeles, CA, qui a travaillé avec des organisations comme la NASA et le ministère de la défense. « Vous avez probablement l’impression que quelque chose ne va pas, que vous ne vous sentez pas tout à fait comme d’habitude, et vous pouvez alterner entre des sentiments d’extrême contrariété ou de néant », dit-il.

Hyperactivation neurovégétative

Il s’agit d’une intense expérience de pensées, de sentiments, de comportements et de sensations physiques résultant de l’événement traumatique. « La réaction chimique du corps au traumatisme peut mettre la personne dans un mode de survie extrême que nous connaissons sous le nom de « combat ou fuite », explique le Dr Brown. Lorsqu’en état de combat ou de fuite – et nous devrions vraiment ajouter l’élément de  » blocage  » lorsque nous sommes immobilisés par la peur – nous nous sentons complètement dépassés. Il va sans dire que c’est une situation très douloureuse et effrayante ». Il se peut que vous vous sentiez facilement submergé et bouleversé et que vous n’arriviez pas à vous calmer ou à vous endormir le soir.

Intrusion

C’est l’expérience de pensées et émotions intrusives et persistantes à propos de l’événement – et parfois, ils sont sans rapport mais de nature dérangeante. « Plus ça se rejoue, plus vous devenez angoissé, car vous revivrez constamment le traumatisme », explique le Dr Brown. Le problème est que vous ne pouvez pas trouver la position  » arrêt « , et plus cela se répète, plus vous vous sentez mal. Malgré tous vos efforts, aucune volonté ni aucune forme de distraction que vous pourriez normalement utiliser, ne peut pas interrompre la boucle ». En fait, vous avez l’impression que votre esprit est hors de contrôle ; utilisez des phrases apaisantes pour calmer votre anxiété.

Reviviscence

L’Institut national de la santé mentale ( NIMH) explique que la reviviscence est fréquente chez les personnes souffrant de SSPT. Entre autres symptômes, ces personnes revivent sans cesse le traumatisme, font des cauchemars et ont des pensées effrayantes. « Le fait de revivre ces symptômes peut entraîner des problèmes dans la vie quotidienne d’une personne », note l’institut. « Les symptômes peuvent naître des pensées et des sentiments de la personne elle-même. Les mots, les objets ou les situations qui rappellent l’événement peuvent également déclencher ces reviviscences ».

Évitement

Il est courant d’essayer d’éviter tout ce qui pourrait continuer à déclencher les pensées et les sentiments persistants liés à votre expérience traumatique, explique le Dr Brown, qui est également spécialiste de la santé mentale des victimes de sinistres. « L’un des thèmes les plus courants associés à ce phénomène est le désir d’éviter toute personne, tout lieu ou tout objet qui nous cause de la peur et de la douleur. C’est vraiment une réaction des plus normales à une expérience anormale, surtout lorsque nous sommes en mode de survie. Nous ne voulons pas continuer à ressentir la douleur ».

Comportement à risque

Selon Mallory Grimste, thérapeute à Woodbridge, CT, lorsqu’une personne vit un événement potentiellement traumatisant, il est probable qu’elle n’ait pas eu de contrôle sur la situation. « Lorsque nous nous sentons en confiance et en contrôle de notre vie et des circonstances, nous avons tendance à nous sentir mieux en général », dit M.Grimste. « Les personnes vont souvent tenter d’adopter des comportements à risque pour recréer des circonstances similaires, ou des sentiments et des expériences liés au traumatisme initial, afin de retrouver un sentiment de contrôle avec l’espoir que le résultat sera différent de l’expérience initiale ». Elle note que ce n’est pas toujours un choix conscient. Une conduite à risque peut être le fait de marcher seul dans des quartiers dangereux ou de conduire de manière imprudente. D’autres exemples sont les disputes ou la procrastination, juste pour repousser les limites.

Incapacité à faire confiance

Cela peut être lié à un manque de confiance dans les autres personnes et dans le monde qui vous entoure, mais il est souvent plus probable que cela soit dû à un manque de confiance en soi. « Après une expérience traumatisante, il est courant d’être généralement méfiant envers les autres, le monde et soi-même », explique M.Grimste. Vous pouvez avoir l’impression que vous ne pouvez rien prendre pour argent comptant, ou vous pouvez inconsciemment « tester » votre relation avec les gens ou remettre constamment en question l’engagement ou la loyauté de l’autre envers vous ». Le fait de fouiller dans leur téléphone ou leur courrier et d’envoyer fréquemment des SMS juste pour « voir comment ça va » en sont quelques exemples. « D’un autre côté, vous pourriez avoir la réaction inverse et avoir une réaction d’évitement, ce qui signifie que vous ne vous engagerez pas dans une véritable relation avec quelqu’un parce que ce genre de vulnérabilité vous semble très risqué », explique-t-elle.

Hypervigilance

Vivre avec un traumatisme peut transformer le travail, les rencontres sociales, voire les déplacements en une expérience terrifiante et épuisante. Avec le temps, nous apprenons et adaptons nos comportements en fonction de nos expériences passées et de la façon dont nous les avons assimilées. M.Grimste souligne que si vous avez vécu un événement traumatique, vous avez le sentiment que si cela s’est produit une fois, cela peut se reproduire. Ainsi, l’hypervigilance procure un sentiment de sécurité. En d’autres termes, si l’on « s’attend toujours à l’inattendu », on peut être mieux préparé. On espère ainsi obtenir un résultat différent de celui que l’on a connu lorsque le traumatisme s’est produit. En gros, c’est une tentative de protection. Vous êtes toujours à l’affût de la prochaine « mauvaise chose » qui va se produire et vous essayez activement de la prévenir en anticipant la menace et en vous protégeant contre elle avant qu’il ne soit trop tard », dit-elle.

Isolement

Il est logique que pour éviter toutes ces pensées houleuses, l’anxiété, la paranoïa et autres comportements inconfortables associés au SSPT, vous essayiez d’éviter autant que possible d’être entouré de gens. « Beaucoup de personnes essaient de faire face à la situation en se retirant des formes de soutien habituelles, comme la famille, les amis et les collègues », explique le Dr Brown. « Le problème de l’isolement social est que nous nous retrouvons isolés et seuls au moment précis où nous avons vraiment besoin d’aller chercher de l’aide, du réconfort et du soutien auprès des autres. En nous retirant, nous contribuons en fait à prolonger nos souffrances ». Au lieu de se retirer, il suggère de faire exactement le contraire. « Allez vers au moins une ou deux personnes en qui vous avez normalement confiance, et faites-leur savoir ce qui vous arrive », dit-il. « C’est l’une des meilleures façons de commencer à se remettre d’un traumatisme ».

Alcool et drogues

Il existe un lien étroit entre le SSPT et l’augmentation de la consommation d’alcool ou de drogues, un comportement souvent appelé « automédication ». Toutefois, ce comportement peut se transformer en dépendance. La consommation de substances inclut généralement l’abus d’alcool ou la consommation de marijuana, d’opiacés et de benzodiazépines pour renforcer les sensations de « bien-être ». Ces comportements peuvent vous empêcher de vous rétablir complètement d’un SSPT. Ils masquent souvent vos sentiments au lieu de les gérer de manière appropriée et sans risque.

Évitement des activités normales

En plus d’éviter les gens, vous pouvez aussi commencer à vous éloigner des autres routines quotidiennes qui représentaient autrefois la vie à l’intérieur d’une zone de confort, explique le Dr Brown.  » Étant donné qu’une bonne nuit de sommeil a été impossible durant des heures, des jours, des semaines, voire des mois, vous avez peut-être aussi cessé de vous livrer à des activités qui vous procuraient normalement du plaisir « , dit-il. C’est fréquent. Mais si vous vous sentez incapable de faire quoi que ce soit, il est important de consulter un médecin.

Modification du comportement sexuel ou des relations amoureuses

Les personnes qui sont dans une relation et qui souffrent de SSPT voient souvent leurs relations amoureuses devenir dysfonctionnelles. Elles peuvent également adopter un comportement de promiscuité. « Vous aurez probablement des problèmes d’intimité et ne pourrez probablement pas parler de votre expérience traumatique parce qu’elle est trop pénible », explique Ken Yeager, docteur en médecine, directeur clinique du programme Stress, Traumatisme et Résilience (STAR) au Wexner Medical Center de l’université d’État de l’Ohio.

Difficultés de concentration

La concentration peut être problématique si vous souffrez de SSPT. « Même commander le déjeuner dans votre restaurant préféré peut devenir difficile, car il est difficile de choisir entre plusieurs options », explique le Dr Yeager. « Par exemple, vous êtes à l’épicerie, mais vous êtes incapable de vous souvenir des articles que vous êtes venu acheter ». En conséquence, vous pouvez vous sentir confus et déprimé.

Paranoïa

Pour assurer votre sécurité, vous pourriez commencer à chercher des choses – ou des menaces – qui n’existent pas vraiment. « Vous ne pouvez pas faire confiance aux autorités, vous ne pouvez pas faire confiance au gouvernement et vous ne pouvez faire confiance à personne ni à rien », dit le Dr Yeager. « Si vous avez été volé sous la menace d’une arme et que vous craignez à présent que le monde ne soit pas un lieu sûr, le fait de regarder les informations télévisées et de voir des reportages sur des vols et autres crimes renforcera votre opinion selon laquelle le monde n’est pas un lieu sûr ».

Thérapie

Il existe de nombreux types de thérapies efficaces pour le SSPT, allant de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et de la thérapie comportementale dialectique à l’EMDR (désensibilisation et retraitement des mouvements oculaires) et à la thérapie artistique. Bien entendu, les médicaments peuvent également être utiles.

De plus, si vous vous êtes tourné vers l’automédication pour faire face à la situation, suivez un programme de réhabilitation. Bien sûr, une approche holistique pour trouver la paix intérieure, comme le yoga, l’exercice et la méditation, sont également utiles.

« Plus tôt vous demanderez de l’aide, plus tôt vous commencerez à vous sentir mieux. Sans traitement, le syndrome de stress post-traumatique peut avoir un effet dévastateur sur un survivant et ses proches », explique le Dr Brown. « Je sais, je suis passé par là. La plus grande erreur que j’ai faite en quittant l’armée a été de ne pas obtenir immédiatement l’aide dont j’avais besoin ».

Helaina Hovitz

Traduit par courtoisie depuis The Healthy

Comment je reconstruis mon rapport à la sexualité après avoir survécu aux agressions sexuelles dans l’enfance

Les fondements de ma sexualité ont été forgés dans le cauchemar. J’ai grandi, mais chaque jour je me bats pour me rappeler que je suis digne d’amour – Hannah Shewan Stevens.

Pendant trois années de mon enfance, j’ai été conditionnée et agressée sexuellement. Enfant, on m’a enlevé mon autonomie corporelle et on a tracé la voie de ma sexualité avant même mon consentement.

Les sévices sexuels subis dans l’enfance laissent leurs empreintes et les effets ne disparaissent pas à l’âge adulte – longtemps après la fin des sévices, l’impact des actes de mon agresseur a hanté chacun de mes pas.

Ma sexualité et mon estime personnelle ont été irrévocablement altérées par la violence, et j’ai passé des années à y travailler dessus. Mon agresseur m’a appris à être passive en tout, et cette attitude sexuelle a été difficile à rectifier. La manipulation subie m’a également incitée à croire que j’avais un certain contrôle sur la violence, et je m’en suis rendue coupable lorsque cela a brusquement cessé. Ces années de conditionnement m’ont laissée vulnérable à la manipulation et à l’approbation des hommes pour me sentir reconnue.

Mais j’ai maintenant renversé la situation et trouvé le chemin de la guérison : le plaisir de se faire plaisir.

Adolescente, je n’étais pas du tout préparée pour naviguer dans le monde de l’intimité sexuelle. Je connaissais la nature biologique des actes sexuels, mais je ne savais pas que les sentiments pouvaient entrer en jeu, ni que le respect mutuel était une condition essentielle. Et, le plus préjudiciable était je n’avais aucune idée de ce qu’était le consentement. Tout ce qu’on m’avait préparé à faire, c’était de me soumettre aux désirs des hommes.

Je me suis perdue dans un tourbillon de rapports sexuels dangereux. Je sacrifiais mon confort au plaisir des autres, j’acceptais d’être séduite par des hommes plus âgés, je tombais dans un schéma d’objectivation sexuelle.

La seule explication que je peux donner à cela est le surnom que j’ai donné au masque que je portais durant l’acte –  » en mode prostituée  » – surnom que j’ai trouvé après avoir vu Pretty Woman pour la première fois, en écoutant Julia Roberts expliquer comment elle permutait d’état psychologique pour son travail. Cette scène a résonné en moi plus que toute autre comédie romantique pour adolescents.

Le cercle vicieux du chaos sexuel a régi ma vie pendant des années et, dans ma première relation, je me suis battue pour lier émotion et intimité. Je pouvais sentir le plaisir de l’intimité sexuelle mais, émotionnellement, j’étais engourdie.

Grâce à une thérapie intensive de  »l’enfant intérieur », j’ai commencé à relier intimité et sentiment amoureux et finalement j’ai pu  »ressentir » quelque chose quand je faisais l’amour. Mais ce n’était que le début de mon cheminement. J’ai dû apprendre à travailler avec mon cerveau traumatisé, plutôt que contre lui, et j’ai fait de la plongée psychique en grande profondeur pour affronter le détachement émotionnel qui m’avait empêché de vivre mes émotions pendant mes relations sexuelles. Je continue à y travailler tous les jours.

En plus de la honte ressentie à cause des sévices subis, j’avais également profondément honte de ma libido effrénée, une conséquence bien connue des violences sexuelles dans l’enfance. J’avais peur de ma propre sexualité.

J’avais l’impression d’avoir perdu le contrôle de mon propre corps. Je me sentais avant tout objet, et après femme. Pour reconquérir mon corps, il a fallu que j’apprenne à me respecter et que j’arrête de me considérer comme l’objet des autres. L’autosatisfaction ne pouvait qu’être la solution.

Après des années à donner la priorité au plaisir de mon partenaire, je savais que je devais apprendre ce que le plaisir signifiait vraiment pour moi. J’ai passé beaucoup de temps avec moi-même pour explorer et déterminer ce qui me plaisait. J’ai adopté la masturbation et, peu à peu, j’ai appris ce qui me convenait.

Ce procédé m’a aidé à comprendre mon corps et à le revendiquer comme étant le mien. En développant ma sexualité, j’ai finalement appris à avoir des relations sexuelles en toute liberté et dans un respect total de moi-même. Ceci dit, à ce jour, je dois encore me surveiller attentivement pendant les rapports sexuels au cas où je commencerais à me dissocier.

Bien que cette vigilance constante puisse ne pas paraître libératrice pour la plupart, je ne me suis jamais sentie aussi épanouie dans ma vie sexuelle. Je peux maintenant profiter du rapport intense entre sexualité et sentiment, et je comprends enfin pourquoi l’amour et la relation sexuelle sont censés s’entrelacer. C’est un acte magnifique et puissant et je me sens privilégiée de pouvoir y participer de manière saine. Je me bats dur tous les jours pour cela et je ne le tiendrai jamais pour acquis.

Le fait de reconnaître ma sexualité m’a également redonné une plus grande confiance en moi dans tous les aspects de ma vie. Compte tenu de la bataille que je mène dans ma tête tous les jours, je sais que je peux affronter tous les défis que la vie décide de me lancer.

Ensuite, j’ai rencontré quelqu’un qui a transformé ma perception du sujet. Il m’a doucement emmenée sur un chemin que je n’étais pas consciente d’avoir à parcourir. Avec lui, j’ai accepté mon corps et, enfin, j’ai pu découvrir ce que cela faisait de se sentir désirée. C’était le premier partenaire à vraiment vouloir partager mon plaisir, au lieu de m’utiliser pour le sien. Avec lui à mes côtés, j’ai maîtrisé le pouvoir de ma propre sexualité et, avec le temps, cela m’a aidé à guérir de nombreuses blessures.

Je vis avec un SSPT complexe et j’ai des cauchemars si intenses que je procrastine sur mon sommeil pour les éviter. Mais j’avance – la guérison d’un traumatisme sexuel, quel qu’il soit, n’est pas un processus facile. Le traumatisme ne disparaît pas du jour au lendemain. Alors, même si je dois entraîner mon cerveau tous les jours, mon plaisir personnel reste ma clé de survie.

Chaque fois que j’ai l’impression de m’éloigner de la réalité, j’utilise mon plaisir personnel pour m’enraciner et reconnecter mon esprit avec mon corps. Et, les jours particulièrement sombres, je me mets devant un miroir et me rappelle que je suis plus forte que les sévices. Je suis digne d’amour. Je suis une femme puissante, dotée de capacités et d’autonomie. Je suis une survivante sexuelle et je n’ai pas honte.

Je n’aurais plus jamais honte.

Traduit par courtoisie de Huffpost

Quand et comment parler de son traumatisme à son partenaire ?

Depuis de nombreuses années, je porte en moi les éclats du traumatisme : dans mes joues, dans mes poches, sur mon dos. Certains de ces éclats sont durs et font encore couler le sang ; d’autres ont été lissés par le temps, se baladent à l’intérieur de moi et s’érodent. Des éclats, des cailloux, des galets, des rochers et quelques géodes bien laids à l’extérieur mais d’une beauté envoûtante à l’intérieur.

Il y a dix ans, alors que nous marchions main dans la main, comme le font les jeunes amoureux, mes mains étaient moites avec la chaleur et la nervosité. J’étais à Portland pour le weekend avec un homme avec qui je sortais depuis quatre mois, ma plus longue relation. En fait, c’était la seule. J’avais 28 ans et je sortais beaucoup, mais je n’avais jamais eu de petit ami. Je n’étais pas encore tombée amoureuse et n’avais pas encore fait l’amour.

Je n’avais pas l’impression de rater quoi que ce soit, mais je m’inquiétais de ce que cela révélait sur moi. Je ne me sentais attirée ni physiquement ni romantiquement par quiconque, mais j’avais envie de l’être. J’évitais les lits et les recoins des clubs de danse. Je riais quand les gens plaisantaient sur le sexe. Je ne pouvais pas comprendre les comédies romantiques ou les drames relationnels de mes amis.Je me demandais si j’étais brisée. Des années d’abus durant mon enfance, de la part de mon père, ont brûlé à travers ma peau jusqu’à mon esprit. Je disais à mes amis, et en moi-même, que je savais ce que je recherchais. Je voulais – non, j’avais besoin – d’un partenaire en qui je pouvais avoir confiance. Je devais me sentir à l’aise. Mes amis me disaient que j’étais trop difficile, qu’il n’y avait pas de M. Parfait, que je devrais aller en thérapie. Je riais de ces remarques, mais leurs paroles me trottaient toujours dans la tête. Avaient-ils raison ? Je savais que je voulais fonder une famille un jour, mais je ne savais pas comment y arriver ni même si je le pouvais.

Ceux d’entre nous qui survivent aux traumatismes sont les Sisyphe d’aujourd’hui ; nous poussons nos rochers traumatiques jour après jour vers le sommet. Parfois, par de belles journées d’été, nous transpirons et nous tremblons, mais nous pouvons tout de même sentir le soleil scintiller sur notre dos. D’autres fois, il fait un temps affreux, pluvieux et glacial. Nous tremblons en nous demandant pourquoi personne ne sort pour nous aider.Au cours de notre weekend, deux skateurs sont passés près de nous, nous écrasant presque. Mon petit ami m’a tirée hors de leur chemin juste à temps. Nous sommes montés et descendus du tramway de Portland et du Max, émerveillés par les transports en commun. Nous avons étudié les menus dans les vitrines, envisageant de renoncer au dîner pour de la glace et nous avons finalement opté pour les deux – la glace d’abord. J’étais heureuse. J’étais terrifiée.

Le traumatisme de mon enfance qui m’a dépouillée de maintes façons n’a laissé que l’ombre d’une femme. J’avais récemment déménagé de New York à Seattle, dans l’espoir de recommencer une nouvelle vie. J’avais peur du sexe, de l’intimité, des hommes. Ce que je craignais le plus, c’était de devenir mère. Mais, oh combien je voulais être mère. En étant si blessée, je m’inquiétais de savoir si je pourrais fonder une famille saine.Rencontrer ce petit ami (qui est devenu par la suite mon mari), c’était du gâteau. On s’est rencontré à la fête d’Halloween chez un ami commun. Il était déguisé en autruche, ce que je trouvais amusant. J’étais, cependant, plus intéressée par le costume que par l’homme qui le portait. À ce stade de ma vie, mon regard ne se portait par sur des partenaires potentiels. Je m’étais plus ou moins résignée à être célibataire. En bavardant, nous avons découvert que nous avions tous les deux fréquenté le même lycée du Midwest. Au fil des mois, grâce aux réseaux sociaux et à l’aide d’amis, cet homme-autruche et moi sommes devenus amis. Quelques mois plus tard, il m’a finalement invitée à sortir.

Nous avons parcouru les rayons de la librairie Powell’s Bookstore : les biographies, la romance, le développement personnel, les livres pour enfants. Les aimants littéraires nous ont fait rire et nous avons acheté des bouteilles d’eau commémoratives. Dois-je lui dire maintenant ? J’ai réfléchi et j’ai décidé que non, pas ici. Plus tard, en mangeant au restaurant, je me suis demandée : dois-je révéler mon plus grand secret maintenant ? Il y avait tellement de gens à portée de voix. Le serveur nous tournait autour. Combien de temps faudrait-il ? Est-ce que ça allait être comme les aveux que j’ai vus dans les films ? Est-ce que j’allais pleurer ? J’ai décidé de ne pas le faire et j’ai continué à manger mes frites.

Plus tard dans la nuit, alors que nous nous embrassions, je me suis demandé : Est-ce que ça serait bizarre maintenant ? Oui. Nous étions dans un hôtel branché du centre-ville de Portland. Pendant que nous nous embrassions, je ne pouvais pas empêcher mes pensées de s’enfoncer dans les profondeurs. Des relents de mains lourdes et d’haleine alcoolique de mon père m’ont traversé l’esprit. C’était peut-être le bon moment. C’était peut-être pas le bon moment.

Je me suis éloignée et j’ai pris une grande inspiration, en remettant mes vêtements en place. Mon cœur battait deux fois plus vite, un pour le moi adulte et un autre pour le moi enfant. Mon petit ami semblait surpris de ce brusque revirement, mais il s’est gentiment éloigné et assis. C’était le moment, je me suis dit. Sans le regarder dans les yeux et en lui tournant le dos, j’ai dit, hésitante : Donc j’ai quelque chose à te dire. Mon père, eh bien, tu sais, il, eh bien, je veux dire, il était plutôt horrible… et il a fait des choses.

Mon petit ami m’a tiré contre lui en enroulant ses longs bras autour de moi. Mon dos contre son torse, on ne s’est pas regardés. Je ne me souviens pas de ses paroles exactes. Mais c’est à ce moment que j’ai su qu’il était le partenaire digne de confiance que j’attendais. En me serrant dans ses bras, il a pris un caillou, un de mes petit morceaux de rocher. Et je me suis sentie plus légère. J’ai donc poursuivi mon histoire en laissant de côté certaines parties, sans entrer dans les détails. Il y a des roches qui sont plus difficiles à lâcher. Mais j’ai dit très clairement qu’étant enfant, j’ai été maltraitée de toutes sortes de manières : émotionnellement, physiquement, sexuellement. J’ai été négligée d’une façon qu’on n’aurait peut-être jamais soupçonnée de l’extérieur. Je lui ai dit que j’avais peur.La honte est quelque chose que nous portons, que nous le voulions ou non. Et c’est trop lourd pour une personne seule à supporter – nous ne sommes pas conçus pour porter cela tous les jours, toute la journée. Parfois, il faut poser ce rocher. Maintenant, mon mari m’aide à le porter. Parfois il en prend plus, parfois moins, et chaque jour nous recommençons.

Comme mon partenaire connaît mon passé, cela facilite certaines conversations. Si un homme regarde trop longtemps ma fille et je devient méfiante, mon mari le comprend. Quand je me soucie d’échouer en tant que mère, mon mari le comprend. Quand j’ai besoin que notre maison soit propre, mon mari comprend que cela va au-delà de la râlerie. Il sait que cette saleté me renvoie à la maison de mon enfance. Quand #MoiAussi a commencé à être connu, il a compris ce que cela signifiait pour moi.

J’ai eu des amis avec des degrés et types de traumatismes plus ou moins graves qui m’ont demandé : Est-ce que je devrais partager cela avec mon conjoint ? Que va-il penser de moi ? La honte est excessivement lourde et peut facilement nous enterrer. Chaque relation est différente, bien sûr, mais il est tellement plus facile d’avoir quelqu’un pour aider à porter les pierres.

Au cours des premiers jours, la grande question surgit : Dois-je lui parler de mon traumatisme de l’enfance ? Je voulais qu’il comprenne que mon extrême nervosité face au sexe et à l’amour avait ses racines. Que les mauvais traitements infligés par mon père ont laissé une marque indélébile sur ma peau et sur mon esprit. Si cette personne était celle avec qui je finirai ma vie, ne devait-elle pas connaître les situations que j’ai endurées avant de devenir la personne que je suis maintenant, avec le bon comme le mauvais ?

À l’ère du #Metoo, il peut sembler plus facile de se dévoiler en tant que victime d’agression sexuelle, de harcèlement ou de relation abusive.

Mais ce n’est pas parce que les gens se manifestent en grand nombre qu’il est facile de le faire. Et que se passe-t-il quand vous n’êtes pas sur les médias sociaux – quand vous êtes dans la vraie vie et dans une relation nouvelle ?

« C’est vraiment difficile d’avoir la plupart de ces conversations dans des forums publics », dit Amanda Lindamood, directrice de la formation et de l’engagement communautaire du DC Rape Crisis Center, ajoutant que quelqu’un pourrait voir le poste d’une victime et se demander ce que cela signifie pour sa relation avec cette personne.

A quel moment vous ouvrir à quelqu’un avec qui vous pourriez avoir une vie future, à propos de choses douloureuses de votre passé ? Qu’est-ce qui est important pour eux de savoir, et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Et à quoi ressemblerait une réponse compréhensive ?

Nous avons parlé à une victime de viol et de relation violente, ainsi qu’à deux professionnels qui travaillent avec des victimes de viol, afin de faire ressortir certains éléments à prendre en compte avant de discuter de ce sujet. Mais tout d’abord, deux mises en garde : Ce n’est pas parce que beaucoup de gens le font que vous devez le faire. Les suggestions ne sont pas nécessairement universelles.

Ne divulguez que si et quand vous vous sentez prêt. Jess Davidson, directrice par intérim de End Rape on Campus, souligne que puisque l’agression sexuelle prive les victimes de leur pouvoir décisionnel, il est important qu’elles puissent décider de quand et comment elles souhaitent parler des expériences qu’elles ont vécues.

« Les survivants ne devraient jamais se sentir coupables de se centrer sur leurs propres besoins, qu’il s’agisse de partager avec leur partenaire ou de ne pas le faire « , dit Davidson. De même, Lindamood du DC Rape Crisis Center dit qu’elle préconise la délibération. « Comment se fait-il que ce ne soit pas une obligation, ou une impulsion ? » dit-elle.  » Dans l’idéal, ce ne doit pas être un choix que vous n’avez pas eu l’occasion de faire par vous-même. C’est quelque chose dont vous devez vous sentir en contrôle, et pour lequel vous devez vous sentir bien préparé.

« Pensez à l’endroit où vous voulez avoir cette conversation. Une survivante de viol et de violence conjugale âgée de 33 ans a raconté qu’avant elle avait l’habitude de parler à ses nouveaux partenaires de son traumatisme passé sur l’oreiller, mais comme cela peut se révéler un moment tellement intime et vulnérable, elle préfère maintenant aborder ce sujet pendant un repas ou dans un lieu autre que la chambre.

Elle n’a pas d’échéancier strict, dit-elle, mais elle en parle habituellement avant qu’une nouvelle relation ne passe d’occasionnelle à sérieuse. Avoir cette conversation avec un nouveau partenaire une fois qu’elle sait qu’elle peut lui faire confiance  » n’a fait qu’augmenter notre niveau d’intimité « , dit-elle.

N’hésitez pas à établir des règles de base sur la façon dont vous aimeriez que l’autre réponde. Lindamood suggère d’ouvrir la conversation en établissant des lignes directrices sur la façon dont votre partenaire pourrait répondre et de créer un espace pour que vous puissiez parler ouvertement. « Donner des indications sur ce qui vous parait être une réponse de soutien », dit Lindamood. Par exemple : J’ai besoin que tu ne m’interrompes pas avant que j’aie fini. Je ne suis pas prêt à répondre à des questions. Ou : J’ai besoin que tu prennes un peu de temps avant qu’on en reparle.  » Le dévoilement des faits a un impact sur la personne qui les entend et sur la personne qui les divulgue « , ajoute M. Lindamood.

Les réponses que vous obtiendrez peuvent varier considérablement.  »Quand j’avais la vingtaine, à chaque fois que je le révélais à un homme, il répondait en disant : ‘’J’aimerais pouvoir lui faire du mal ». Ou : « Tu veux que je le cogne ?  » dit notre survivante de 33 ans. Dans sa trentaine, les réponses ont davantage porté sur elle que sur l’agresseur :  » Que puis-je faire pour que tu te sentes en sécurité et à l’aise ? » Ce à quoi elle répond généralement : « Sois qui tu es. Si tu es un bon gars, sois juste un bon gars. »Établissez des moyens de communiquer vos besoins pendant les rapports sexuels et autres activités qui pourraient être des déclencheurs. Les traumatismes ne se règlent pas de façon linéaire, note Davidson. « L’idée que les survivants ne puissent pas ou ne veulent pas avoir une vie sexuelle saine après une agression est fausse », dit Davidson. Elle suggère de pratiquer le consentement affirmatif pendant les rapports sexuels, ce qui signifie que les deux partenaires doivent s’entendre mutuellement sur l’activité sexuelle, ce qui peut aider à éviter de se retrouver dans une situation où un survivant se sent impuissant. « Le consentement affirmatif permet aux survivants de communiquer ce qu’ils veulent et comment ils le veulent – et ne repose pas sur l’hypothèse que parce qu’ils ont été agressés, ils ne veulent pas avoir de rapports physiques » ajoute Davidson. Elle suggère également d’avoir un mot d’alerte à utiliser pour interrompre l’activité sexuelle si l’on se sent  »déclenché » ou si l’on a des flashbacks.


Sources : The Washington Post

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