ESPT

Sexualité traumatisée – Se comprendre et guérir

Publié le

Il est très répandu et tout à fait normal pour les survivants de violences sexuelles de
voir leur sexualité impactée.
Quelle que soit la manière dont cet impact se manifeste en soi, il est important de se
souvenir qu’il s’agit d’un processus inhérent à la guérison, qui participe à l’intégration
de l’événement traumatique. C’est tout l’être qui y fait face pour retrouver son pouvoir
et rétablir une sexualité saine.
Les symptômes post-traumatiques peuvent se faire présents immédiatement ou
longtemps après les événements. Se sentir réellement en sécurité, s’engager dans
une relation saine avec une personne respectueuse, aimante et digne de confiance
peut être un élément déclencheur.

Merci à Dame Effraie pour la traduction 🙂

inceste

Victime de l’inceste et Sexualité

Publié le

“Violée à 15 ans, je n’arrive pas à avoir des relations sexuelles satisfaisantes. Je suis tendue pendant l’acte et je me bloque avant de jouir. Tout mon corps se contracte et me referme. Je n’arrive pas à me vider la tête pendant ce moment. A 35 ans, je me demande si vais un jour en guérir. Malgré plusieurs séances d’hypnose, rien ne change. Comment puis-je me faire aider ? Comment en sortir et connaître enfin le plaisir sexuel ?”

Philippe Brenot, psychiatre et thérapeute de couple, directeur des enseignements de sexologie et sexualité humaine à l’université Paris-Descartes, répond au témoignage d’Isabelle (35 ans) :

(…) Isabelle, que vous soyez tendue pendant l’acte et que vous vous bloquiez avant de jouir est tout à fait compréhensible puisque votre corps (votre esprit) revit symboliquement une situation qui n’a pas encore été totalement dépassée. Cette tension est une défense naturelle pour empêcher que se renouvelle l’agression et pour s’interdire une jouissance non désirée dans les conditions de l’agression. Vous faites d’ailleurs un lapsus en rédigeant votre question : “Tout mon corps se contracte et me referme.” En cela, vous dites bien que votre réaction profonde est un renfermement sur vous-même. Tout cela étant un signe que la situation initiale se poursuit sur un plan symbolique, un peu comme si votre psychisme ne savait pas qu’il se trouvait dans une autre circonstance, avec un homme désiré, aimé, choisi. Le travail psychothérapique, en relaxation par exemple, est destiné à dépasser cette dimension symbolique. Malgré son caractère apparemment magique, l’hypnose n’a rien de spécifique au suivi des blessures sexuelles. Mais il est difficile, dans une chronique aussi générale, de vous indiquer une marche à suivre personnelle, ce que peut faire un psychothérapeute sexologue.

Source : Le Monde

Partant des constats abordés dans le premier article sur le cas spécifique et dramatique de l’inceste, beaucoup de problème surgissent à l’âge adulte. une sexualité froissée, parfois étouffée, souvent insatisfaisante, source de méprise pour les compagnon.es de vie.

(…) Les difficultés rencontrées dans la sexualité découlent du processus de gel des sensations et des émotions. Elles sont la conséquence d’une lésion située plus en amont. Celle-ci, nous l’avons vu est bien plus conséquente, globale et porteuse de blocages diffus et étendus. Ce sont les instances de régulation de la relation à l’autre qui sont altérées. D’une part, l’individu s’est construit sans modèle, d’autre part, sa propre image en miroir est endommagée. Tout le dispositif de reconnaissance et d’intégration des affects et des instincts est altéré car la personne a été trahie par son père et sa mère, donc par les porteurs des représentations primordiales pour la construction de la personnalité. Dans un premier temps, donc, c’est la capacité à faire confiance à l’autre qui est amoindrie, voire considérablement blessée. Faire confiance, c’est aussi se lâcher, s’abandonner en toute sécurité dans la relation. Il règne donc une certaine confusion dans la capacité à distinguer le bien du mal. La personne risque ainsi de se laisser piéger dans des situations les plus variées, des plus positives aux plus négatives.

Dans sa construction, la personne a dû user des sources d’énergie qui sont antérieures à celles qui s’appuient sur les parents comme supports de projections structurantes, vecteurs d’adaptations pertinentes à soi et au monde.

La conscience de l’individu ne pourra pas intégrer correctement les messages qui sont à l’origine des sensations et des émotions, ceux-ci se trouveront livrés à eux-mêmes, soumis à des forces archaïques et primaires. Nous serons donc souvent dans l’excès, de prudence ou, à l’inverse, d’animalité. Entre ces extrêmes on trouvera les comportements les plus variés.

Ainsi, les personnes les plus portées à trouver leur épanouissement grâce aux stimulations du milieu, chercheront, plus ou moins instinctivement, à se créer une expérience à travers des aventures variées et multiples, parfois les plus folles, comme si la conscience avait perdu une barrière, celle du discernement. On retrouve là l’impact de cette étrange désaffection du monde qui provient d’un manque de repères transmis par les parents.

Les personnes plus intériorisées se protègeront plus volontiers, car leur tendance naturelle les conduit à intérioriser d’abord, à agir ensuite. Comme la sexualité implique tout l’individu, ces personnes risquent de se retrouver isolées et solitaires.

Admettons que dans le cours naturel du processus d’évolution d’un enfant, l’éveil à la sexualité se fait, dans nos cultures, entre 13 et 16ans, précisément en même temps que l’apparition des émois caractéristiques de la période de l’adolescence. Ces émois, hormis quelques ajustements se retrouveront inchangés tout au long de la vie de l’individu.

Les transgressions et abus se produisent, le plus souvent, avant cet âge, quand l’enfant est entièrement sous la dépendance de la force de l’adulte. C’est donc avant même l’apparition des processus constitutifs de la sexualité adulte que se produisent les plus graves lésions psychologiques, sans oublier les lésions physiques qui altéreront également l’image que la personne aura de son propre corps.

C’est donc en amont de la sexualité que les problèmes de couple se poseront. Et nous retrouverons souvent ce même rapport à l’émotion, contenue, malvenue souvent et rarement dévoilée. Comme si la personne reconstituait le processus du viol quand elle est confrontée au dévoilement de son intimité. Consciente de cela, elle peut faire diversion durant de nombreuses années en masquant sa souffrance. J’ai rencontré des couples où la femme s’est confiée alors que tous ses enfants étaient majeurs et autonomes.

Plus grave encore, c’est le problème de la confiance en soi qui est altérée. L’atteinte à la dignité de l’enfant imprègnera la vie entière de l’adulte si aucune réparation n’est entreprise. D’où cette difficulté à se confier, parfois, la vie durant.

Source : Vivre après un psychotraumatisme

Lorsque l’un des conjoints a été abusé dans son enfance, comment construire au sein du couple une vie affective et sexuelle de qualité ? Quel est l’impact du traumatisme de l’inceste sur la vie conjugale d’une ancienne victime ?

La trahison de l’enfant et sa manipulation psychologique par un adulte censé le protéger, l’empêche de se sentir digne d’être aimé d’un autre, d’avoir confiance en lui et de faire confiance à son conjoint dans le lien d’amour. Lorsqu’amour et haine, désir et dégoût se côtoient, le survivant de l’inceste peine à former et à maintenir des relations intimes satisfaisantes ; il souffre de difficultés à poser ses propres limites et à respecter celles du conjoint. Sur le plan sexuel, les troubles prennent diverses formes : hypersexualité ou manque de libido, absence de plaisir, douleurs, comportements sexuels à risque, etc. La sexualité est alors perçue comme anormale et génératrice d’une intense culpabilité.

A l’époque de l’inceste, l’enfant a été réduit à l’état d’objet sexuel et placé dans une confusion des rôles, qui a pu faire naître chez lui une immaturité affective narcissique, instable et changeante. Le lien conjugal souffre au présent des conséquences passées de l’inceste sur l’ancienne victime, qui peine à s’investir dans une relation harmonieuse de couple. Dans de nombreuses situations, elle oscille entre une très grande méfiance et une très grande dépendance envers son conjoint, et s’emmure dans une relation conjugale toxique.

Plus rarement, le partenaire est bienveillant, et c’est alors pour l’ancienne victime une réelle ressource sur laquelle prendre appui. Choisir de ne pas se taire, nommer l’horreur, se mettre en route pour entreprendre un travail de vérité à la rencontre de soi et de l’autre tel qu’il est, avec l’aide de professionnels (travail conjugal avec un conseiller conjugal et familial, travail plus individuel avec un psychologue) : voilà ce qui permet de rétablir chacun à sa juste place, d’entrer dans une relation conjugale plus ajustée et de trouver la vie au cœur de la souffrance.

Source : Maud Chabert d’Hieres

(…) Apprivoiser sa propre sensibilité, explorer sa sensualité

Quel type de rapports sexuels envisager ? Chaque personne étant différente, on ne peut se permettre de généraliser et fournir des solutions toutes faites, clef-en-main. L’important est de pouvoir se choisir une vie sexuelle qui nous convient, qu’elle ne soit pas imposée de l’extérieur. D’où il paraît sans conteste indispensable, pour les personnes victimes d’un tel traumatisme, de se réapproprier à leur rythme leurs propres sensations, leur sexe, leur plaisir, sentir l’unité de leur corps en général, apprendre à le défragmenter, car les abus ont rendu le corps morcelé. Et permettre à l’énergie de progressivement circuler. Apprendre à écouter, respecter la sensibilité de leur corps, afin de construire et d’ancrer cette sécurité intérieure manquante, avec ou sans l’aide d’un partenaire.

Ecouter son corps : la formule est connue, un peu cliché, utilisée à tout-va, mais il n’y a rien de plus réel, de plus concret et de plus nécessaire dans le cas d’un vécu d’inceste. Tendre l’oreille pour accueillir ses failles, ses cris, ses pleurs, ses plaies, ses hontes, ses désirs, ses envies, ses plaisirs…

Les sentiments de honte et de culpabilité toxiques, inhérents aux abus, rendent le partage intime émaillé d’obstacles : faire l’amour est tout sauf fluide, et peut devenir générateur d’angoisses. Comment réintroduire de la légèreté, un côté ludique à ce qui s’apparente au parcours du combattant ? Comment faire émerger/réemerger le désir ?

Comment lui laisser une place, le faire grandir ?

Retrouver le goût de chaque sensation, se familiariser avec chaque émotion, qui souvent déborde, submerge, car nouvelle, inconnue, effrayante, y compris pour le partenaire éventuel, amené à prendre en compte et apprivoiser l’hypersensibilité de l’autre. S’il est lui-même hypersensible, il faudra que le duo se découvre un équilibre, s’invente une danse commune, des gestes, des jeux, des caresses, des baisers, des pratiques qui leur appartiennent, s’accordent sur mesure, pour que leurs énergies entrent en résonance.

Tout dépend aussi de la façon dont les deux personnes investissent la relation, ce qu’elle signifie pour eux. Des conduites dissociantes – c’est-à-dire non respectueuses de soi, conséquences des abus -, peuvent amener d’anciennes victimes à se lancer dans des expériences sexuelles destructrices et/ou avec des partenaires qui se révéleront destructeurs. Elles n’en ont pas toujours conscience et seul un suivi thérapeutique bienveillant et soutenant (et non pas infantilisant et répressif), pourra les faire évoluer vers une reconnaissance de leur propre valeur, le chemin vers la rencontre d’un partenaire respectueux.

Une fois qu’elle est apprivoisée, chouchoutée, cette sensibilité souvent aiguisée propre aux victimes d’abus sexuels, se révèle un véritable atout vers une sexualité épanouie. L’intensité du désir, du plaisir, et des sensations corporelles se trouve renforcée.

Dans NaissanceLaurence part à  la découverte de son désir.

Elle apprend à érotiser son corps de manière saine, dans le respect de son rythme et de ses limites. C’est essentiel, et cela fait partie du processus de désanesthésie. On le sait, la masturbation féminine est encore taboue – mais ça change… -, or c’est ce qui permet à Laurence de se sentir en lien avec son corps sexué, d’explorer sa sensualité, de vivre sa sexualité et de l’ancrer, quand la partager est beaucoup plus difficile, source de souffrance et d’incompréhension.

Des accessoires tels que sex-toys et boules de Geisha peuvent être de précieux alliés dans l’exploration des sensations. Et pourquoi pas une plume pour les caresses ? Le plaisir s’apprivoise, s’amplifie de plus en plus, se découvre de nouveaux horizons. On apprend à l’exprimer, à moins le retenir. On se laisse aller à explorer ses fantasmes aussi, parfois ça n’a jamais posé de problèmes, parfois si. Lâcher prise petit à petit. Dans cette découverte, on ne va pas s’embarrasser de barrières supplémentaires et autres barreaux inutiles à la prison qui a déjà bien enfermé le corps : d’où qu’il vienne et du moment qu’on se respecte, le plaisir est bon, et bon à prendre, qu’il soit clitoridien, vaginal, ou les deux, qu’il nous parvienne d’autres zones érogènes, peu importe. Peu importent également les positions sexuelles, il est inutile de se mettre la pression pour expérimenter l’ensemble du Kamasutra. On privilégiera celles dans lesquelles on se sent bien. On explore à notre rythme, sans forcer et on s’autorise à jouir sans se faire violence ! C’est tout un programme…Parce que l’orgasme peut aussi provoquer de la honte, comme si on n’y avait pas droit. Ou déclencher des crises de larme, tant l’émotion est intense.

Pour aider le corps à la détente, faire ressortir et harmoniser l’énergie bloquée, on peut se faire accompagner sur le plan corporel, par exemple lors de séances de kinésiologie, de reiki, de massages ou d’ostéopathie.

Etre dans la pleine conscience, en lien avec la terre, avec son axe tête-coeur-corps, sentir son plancher pelvien régulièrement – puisque c’est là que se trouve notre sécurité de base – permet de se recentrer et contribue à l’ouverture vers une sexualité vivante et confiante. Vers une sexualité vibrante aussi. Car bien sûr, il est question de vibrations. Désir détruit, amoché, vibrations basses, le champ magnétique des ex-victimes peut être défaillant, parsemé de « trous », et le risque est de se sentir envahi/oppressé par l’énergie du partenaire, exactement comme durant les abus. Se réapproprier sa propre énergie sexuelle, l’ancrer, pour pouvoir rencontrer celle de l’autre dans le plaisir, la confiance et l’unité. L’ancrage est particulièrement important à travailler, tant la déconnexion fut énorme. Allié à tout ce que j’ai expliqué précédemment, il nous permet d’être relié à nous-même, aux autres, et cette « reliance » est nécessaire à l’épanouissement sexuel.

Se laisser le temps

Cette reconstruction prend du temps et demande beaucoup de patience.

Autoriser son corps à refaire confiance ne va pas de soi, puisque celui-ci possède une mémoire où se logent les traces profondes du traumatisme, souvent difficilement accessibles, enfouies sous plusieurs couches de protection qui ont permis à la victime de survivre. Des blocages soudains, des mouvements de retrait ou de figement, des émotions fortes peuvent survenir durant un rapport sexuel, sans raison apparente. Parfois, la personne parvient à identifier que tel mouvement, telle caresse effectués par son partenaire lui évoque l’agresseur ou l’agression.

La confiance est un maître mot. Confiance en soi et en l’autre, elle a de toute façon été détruite par l’agresseur. Si l’ex-victime cheminera pour restaurer une estime de soi brisée, l’existence d’un lien sécurisant et sain avec son partenaire s’avère fondamental et se forge petit à petit. La définition de limites et repères précis l’est également. Il n’y a rien de pire que le flou, le manque de repères pour les anciennes victimes, dont le territoire fut envahi précocement, et fracassé. Dire ce qu’on aime, ce qu’on n’aime pas, si c’est trop tôt ou pas. Ce n’est pas toujours facile à identifier ni à verbaliser quand on a eu ses émotions et sensations anesthésiées, mais cela s’apprend. On peut s’autoriser à dire que c’est difficile.

Un lien de confiance dans un cadre thérapeutique est également nécessaire.

A l’heure où l’on vante les mérites de la lenteur, je suis ici tout à fait en phase avec cette approche qualitative de la vie en général, et sexuelle en particulier: « slow sex », exploration de sa propre sensualité et celle de l’autre, en douceur, pas à pas. Apprivoiser peu à peu le contact peau-à-peau, sans brusquer. C’est une impro à deux ou en solo. Avancer par essais/erreurs, dans la tolérance. Bienveillance envers soi.

Une pratique plus animale, malheureusement, pourrait bloquer la personne plus qu’autre chose, raviver les douleurs, des images de l’agression, et ranimer les séquelles, dont  l’anesthésie et la dissociation (clivage corps/esprit). Ce peut être possible pour certaines, mais avec le temps.

Source : Cabinet de curiosités

Agressions sexuelles

Stress post traumatique et sexualité

Publié le
ESPT sexualité

Par Caroline ParéPublié le 22-02-2018 Modifié le 26-02-2018 à 14:50

sexualité

 Catherine Solano.© Emmanuel Pierrot

Caroline Paré : Aujourd’hui, c’est jeudi, et comme tous les jeudi, Dr Solano, vous êtes là pour nous parler de sexualité, puisque vous êtes sexologue.  Et vous aller nous expliquer que certains problèmes sexuels peuvent être liés à un état de stress post traumatique. Mais qu’est-ce que c’est exactement qu’un état de stress post traumatique ?

Dr Catherine Solano : L’état de stress post traumatique ou PTSD Post-Traumatic Stress Disorder et un état de stress chronique déclenché par un événement traumatisant. C’est ce que l’on appelait autrefois la névrose de guerre. Quand on vit un événement terrible, terrifiant, cela peut laisser des traces psychiques très importantes. Par exemple, si vous voyez des personnes se faire tuer sous vos yeux, si vous vous faites agresser, violer, si vous vivez une inondation ou un tremblement de terre où vous voyez des choses abominables, vous pouvez rester choqué pendant très longtemps, parfois pendant des années.

Caroline Paré : Quelles sont les conséquences psychiques quand on vit une expérience aussi traumatisante ?

Dr Catherine Solano  : Les conséquences sont très importantes. Elles n’apparaissant pas toujours immédiatement, mais parfois quelques semaines, quelques mois, ou même quelques années après. Elles gâchent souvent la vie de la personne et aussi de son entourage.

Il s’agit de : 
– Souvenirs répétitifs : la personne dit souvent, plusieurs années après y penser plusieurs fois par jour.
– Rêves répétitifs de l’événement, souvent des cauchemars.
– Impressions ou agissements soudains « comme si » l’événement traumatique allait se reproduire (illusions, hallucinations, flash-back).
– Sentiment intense de détresse psychologique lors de l’exposition à des indices évoquant ou ressemblant à un aspect de l’évènement traumatique.
– Réactivité physiologique lors de l’exposition à des indices internes ou externes pouvant évoquer un aspect de l’événement traumatique en cause.
– Un évitement de tout ce qui rappelle la situation traumatisante.

Les personnes atteintes de PTSD peuvent aussi ressentir une sorte d’anesthésie de leurs émotions, ne plus ressentir ni joies ni peines. Des perturbations du sommeil, des dépressions, de l’anxiété et de l’irritabilité ou des explosions de colère. On peut parfois observer de l’alcoolisme ou des toxicomanies.

Caroline Paré : Pourquoi est-ce difficile pour l’entourage ?

Dr Catherine Solano : C’est que si quelqu’un de très proche qui vit sous votre toit vit quelque chose de terrible, vous comprenez très bien qu’il se sente très mal. Mais quand cela dure un an, deux ans, 10 ans, vous finissez par penser qu’il faudrait peut-être passer à autre chose. Et vous vous sentez totalement impuissant. Cela finit par être très lourd pour vous, difficile à vivre.

Caroline Paré : Mais quel est le rapport avec la sexologie ? Est-ce par le fait qu’une agression sexuelle, un viol puisse entraîner ce type de problèmes ?

Dr Catherine Solano : Oui, mais ce n’est pas la seule raison. En fait 80 % des personnes qui sont dans cet état de stress post-traumatique ont des problèmes sexuels importants et durables, même si le traumatisme de départ n’est pas de nature sexuelle. 
Je me souviens par exemple d’un patient Africain réfugié politique qui venait me voir pour des problèmes d’érection. En fait, il avait été torturé en prison pendant plusieurs mois et de demandait si sa femme et sa fille étaient toujours en vie. En réalité, il souffrait de stress post traumatique. Et c’est pour cela qu’il avait des problèmes d’érection.
On peut observer des troubles de l’érection, du désir, des douleurs, toutes sortes de troubles divers. C’est pourquoi, quand un patient ou une patiente me parle de problèmes sexuels, je pose toujours la question : « Quels ont été les 3 pires traumatismes de votre vie » ?

Caroline Paré : Ce que vous décrivez, ce sont des choses extrêmes. Des accidents, des guerres, des catastrophes naturelles. Alors, y a-t-il tant de personnes que cela qui souffrent de ce stress post traumatique ?

Dr Catherine Solano : Aux Etats-Unis, les personnes souffrant de stress post traumatique sont estimées à 5 à 12 % de la population. En Europe on estime qu’ils représentent 1 % de la population, mais en réalité, c’est bien plus élevé, car où on les détecte très peu. Dans un pays en guerre, cela peut aller jusqu’à 30 % de la population.

Caroline Paré : Que faire pour sortir de cet enfer ? Finalement on vit un moment atroce, et on le revit en continu par la suite, la journée par des souvenirs et la nuit dans des cauchemars. C’est comme si on était piégé ! Alors comment sortir du piège ?

Dr Catherine Solano : Le traitement peut passer par certains médicaments antidépresseurs qui apportent un soulagement, mais pas un traitement définitif, car il faut absolument un travail de thérapie. Plusieurs méthodes sont utilisées : l’EMDR (thérapie par les mouvements oculaires) ou les thérapies comportementales qui donnent les meilleurs résultats. On peut aussi travailler en thérapie par exposition (on travaille à faire diminuer l’angoisse quand on pense au trauma), à apprendre au corps à se relaxer. On peut aussi travailler en thérapie de groupe quand le traumatisme s’y prête, si plusieurs personnes l’ont vécu au même moment.

Caroline Paré : Si vous aviez un dernier conseil à propos des personnes touchées, quel serait-il ?

Dr Catherine Solano : Ce qui est important, c’est de ne pas avoir honte d’être marqué par un événement car cela ne dépend pas de notre volonté. C’est parce que nous avons une sensibilité, une mémoire, une empathie avec les autres que nous sommes fragiles. Il ne faut pas avoir honte, et il faut oser en parler pour se soigner et ne pas se gâcher la vie et pouvoir revivre… C’est vital pour ne pas que le mal l’emporte sur le bien.

Source : rfi