sspt et alzheimer

Une étude révèle que le SSPT interagit avec le gène klotho, ce qui peut provoquer un vieillissement prématuré du cerveau

Résumé:

La génétique et l’environnement (y compris le stress psychiatrique) peuvent contribuer au rythme du vieillissement cellulaire, ce qui fait que certaines personnes ont un âge biologique supérieur à leur âge réel.

Des chercheurs du « National Center for PTSD du VA Boston Healthcare System » et de la « Boston University School of Medicine » (BUSM) viennent de découvrir qu’un variant du gène klotho, un gène habituellement associé à la longévité, interagit avec le trouble de stress post-traumatique (TSPT) et participe au vieillissement accéléré des tissus cérébraux. Ces mêmes chercheurs avaient précédemment démontré cet effet chez des sujets en vie lorsque l’âge épigénétique (âge biologique) était mesuré dans le sang, mais c’est la première fois qu’il est étudié au niveau du tissu cérébral.

En utilisant les données des personnes qui ont fait don de leur cerveau à la « VA National PTSD Brain Bank », les chercheurs ont pu examiner comment le variant génétique et le statut du SSPT interagissaient les uns avec les autres pour déterminer l’âge biologique et la carte des gènes. Ils ont constaté que les personnes âgées atteintes de SSPT présentaient des signes de vieillissement épigénétique accéléré dans le tissu cérébral dès lors qu’elles avaient le risque du variant à un endroit particulier du gène klotho. Des expériences moléculaires de suivi menées par les co-auteurs de BUSM, Cidi Chen, PhD, professeur agrégé de recherche et Carmela Abraham, PhD, professeur de biochimie, ont montré que ce variant régulait la transcription du gène klotho, supposant alors des conséquences fonctionnelles du variant génétique.

Le SSPT et le klotho ont tous deux un impact sur l’inflammation, les affections cardiométaboliques et la neurodégénérescence, y compris la maladie d’Alzheimer. Selon les chercheurs, il est important, pour le développement de nouveaux traitements, de mieux comprendre comment le klotho et le SSPT interagissent et quels sont les mécanismes reliant les gènes et le stress traumatique aux problèmes de santé dus à l’âge.

« Ce travail nous permet de mieux identifier les sujets qui risquent d’être concernés par un vieillissement cellulaire accéléré, et peut-être également par une apparition prématurée de maladies (comme la neurodégénérescence). Cela peut aider à identifier les populations les plus à risque afin que des traitements ciblés puissent être adaptés aux personnes qui en ont le plus besoin. De plus, les résultats mettent l’accent sur des cibles thérapeutiques potentielles (klotho) dans le développement d’approches pharmacologiques pour ralentir le rythme du vieillissement cellulaire », ajoute l’auteur principal Erika Wolf, PhD, psychologue de recherche clinique pour le « National Center for PTSD à VA Boston Healthcare System » et professeur agrégé de psychiatrie à BUSM.

Traduction de courtoisie par Sylvie depuis Science Daily

tspt et psychothérapie

L’informatique permet de réduire les symptômes du trauma

Avoir recours à des exercices informatiques en plus de la psychothérapie peut potentiellement aider à réduire les symptômes du trouble de stress post-traumatique (TSPT). Ce sont-là les résultats obtenus par des chercheurs de la Ruhr-Université de Bochum et leurs collaborateurs dans un essai clinique contrôlé aléatoire composé de 80 patients atteints de TSPT.                                           

Grâce à une formation informatique, les patients ont appris à évaluer les symptômes récurrents et angoissants du traumatisme sous un jour moins négatif et à les interpréter comme une réponse normale et compréhensible du processus traumatique. Les résultats sont décrits par une équipe dirigée par le Dr Marcella Woud et le Dr Simon Blackwell du Département de Psychologie Clinique et de Psychothérapie, ainsi que par le groupe dirigé par le professeur Henrik Kessler de la Clinique de Médecine Psychosomatique et de Psychothérapie de l’Hôpital Universitaire LWL de Bochum dans la revue Psychotherapy and Psychosomatics, publiée en ligne le 23 février 2021.

Les intrusions sont un symptôme central du trouble de stress post-traumatique. Les images de l’expérience traumatique reviennent soudainement et de manière incontrôlable dans la conscience, souvent accompagnées de fortes impressions sensorielles telles que certains sons ou odeurs présents sur les lieux du traumatisme, donnant parfois même aux patients l’impression de revivre ce traumatisme. « Les patients considèrent très négativement le fait de subir ces intrusions ; ils ont souvent peur que ce soit le signe de la folie », explique Marcella Woud. « Le sentiment de ne pas avoir de contrôle sur leurs souvenirs et de ressentir très intensément la large variété d’émotions négatives qui accompagnent souvent les intrusions les rend encore plus douloureuses, ce qui ne fait que renforcer le ressenti négatif. »

Compléter des phrases pourrait aider les patients à reconsidérer les symptômes

Les thérapies traumatologiques renvoient donc spécifiquement à des ressentis négatifs quand il existe des symptômes tels que les intrusions. L’équipe basée à Bochum est parvenue à établir qu’un travail sur ordinateur ciblant ces ressentis pourrait en réduire les symptômes et, en même temps, aider à mieux comprendre les mécanismes sous-jacents des ressentis négatifs du TSPT. Au cours de la formation, sur l’ordinateur, on propose aux patients des phrases liées au traumatisme, qu’ils doivent compléter. Par exemple : « Depuis l’incident, je réagis parfois avec plus d’anxiété que d’habitude. Cette réaction est (compr-hensi-le).  Ou : « Je pense souvent que c’est moi qui suis à blâmer pour ce traumatisme. De telles pensées ne sont pas (fo-dées). » Le travail des patients est de compléter les lettres manquantes de certains mots et, ce faisant, d’envisager systématiquement les faits de manière plus positive. L’objectif est donc de comprendre que leurs symptômes sont des réactions normales et font partie du processus de traitement de ce qu’ils ont vécu. Environ la moitié des participants à l’étude ont suivi cette formation « Modification-évaluation des biais cognitifs », tandis que l’autre moitié a reçu une formation placebo – une formation à la concentration visuelle – qui n’était pas destinée à changer les ressentis négatifs. Les deux formations ont eu lieu pendant les deux premières semaines du traitement des patients à la clinique, avec quatre séances par semaine. Chaque séance a duré environ 20 minutes. Pendant et après le traitement hospitalier, diverses données ont été recueillies pour enregistrer tout changement dans les symptômes.

Moins de symptômes de traumatisme

Les patients qui avaient participé à la formation d’évaluation ont jugé leurs pensées liées aux intrusions et au traumatisme moins négativement que les patients du groupe placebo témoin, et ils ont également développé moins de nouveaux symptômes liés au traumatisme après la formation. « Cela nous amène à conclure que la formation semble fonctionner, du moins à court terme », explique Marcella Woud. « Notre étude n’a pas été conçue pour examiner les effets à long terme, ce que nous ferons lors de futures études, en plus d’étudier les mécanismes de la formation plus en détail. »

Traduction de courtoisie par Sylvie depuis Science Daily

hyperacousie

Hyperacousie

L’hyperacousie, ou hypersensibilité auditive, est un trouble lié à la façon dont le
centre de traitement auditif du cerveau perçoit le bruit qui provoque généralement
douleur et inconfort. Les personnes atteintes d’hyperacousie ont du mal à tolérer les
sons qui ne sont normalement pas forts pour les autres, comme par exemple le bruit
de l’eau qui ruisselle, d’un lave-vaisselle en marche, du trafic, ou encore le fait de
marcher sur des feuilles, mélanger des papiers, etc. Bien que toutes les sonorités
puissent être perçues comme gênantes, cela est particulièrement vrai pour les sons
possédant une fréquence élevée.


Nombreux sont ceux qui ressentent une certaine sensibilité au bruit, mais la véritable
hyperacousie est rare, affectant environ un individu sur 50 000. Elle peut toucher les
personnes de tout âge, dans une oreille ou dans les deux, et elle est souvent
associée à des acouphènes ou à des bourdonnements d’oreilles. Près de 16 millions
de Français souffrent d’acouphènes; on estime qu’un sur mille souffre également
d’hyperacousie. Il est possible d’avoir à la fois des acouphènes et une hyperacousie.
Il n’est pas surprenant que l’hyperacousie puisse avoir un impact majeur sur la
qualité de vie des personnes affectées. Pour ceux qui ont une forte intolérance aux
sons, il est difficile et parfois même impossible de vivre dans un environnement
ordinaire à cause de tous les bruits ambiants qui l’accompagnent. Ceci explique
pourquoi l’hyperacousie peut conduire au retrait, à l’isolement social, à la crainte de
divers sons (phonophobie) ou à la dépression.


Quels sont les symptômes de l’hyperacousie ?


Les symptômes de l’hyperacousie peuvent inclure:


● La sensibilité aux sons du quotidien, affectant généralement une oreille pour
ensuite atteindre les deux
● L’intolérance d’environnements et situations ordinaires
● La douleur ou l’inconfort physique vis-à-vis de certains sons
● L’isolation


Quelles sont les causes de l’hyperacousie ?


Les gens ne naissent pas avec l’hyperacousie, mais il est possible de développer
une hypersensibilité auditive au cours de sa vie. Bien qu’il soit rare d’identifier une
cause en particulier, il en existe plusieurs probables:


● Blessure à la tête
● Exposition prolongée à des bruits forts
● Détérioration des oreilles due à des médicaments ou toxines
● Maladie de Lyme
● Infections virales impliquant l’oreille interne ou le nerf facial (paralysie de Bell)
● Troubles de l’articulation temporo-mandibulaire (TMJ)
● Déclenchement d’airbags


Il existe un large panel de troubles neurologiques pouvant être associé avec
l’hyperacousie, tels que:


● Le trouble de stress post-traumatique (TSPT)
● Le syndrome de fatigue chronique
● La maladie de Tay-Sachs (une maladie héréditaire rare qui détruit les cellules
nerveuses du cerveau et de la moelle épinière)
● Certaines formes d’épilepsie
● La dépendance au Valium
● Les migraines
● La dépression
● L’anxiété, les sautes d’humeur, l’augmentation du rythme cardiaque, la
transpiration…


L’hyperacousie peut être observée chez les enfants atteints de paralysie cérébrale,
de lésions cérébrales (souvent accompagnées d’autres sensibilités sensorielles) et
chez certains enfants autistes.


Si vous pensez que vous ou un de vos proches souffrez d’hyperacousie, vous
devriez consulter un ORL (oto-rhino-laryngologiste). La consultation initiale
comprend souvent une évaluation audiologique complète (avec test auditif) ainsi
qu’un examen des antécédents médicaux. Votre médecin pourra également vous
renseigner sur les découvertes et les traitements.


Quelles possibilités de traitement ?


Il n’existe pas de traitements chirurgicaux ou médicaux spécifiques pour corriger
l’hyperacousie. Cependant, une thérapie par le son peut être mise en place afin de
réentraîner le centre de traitement auditif du cerveau et ainsi l’amener à accepter les
sons du quotidien. Dans ce cas, votre médecin vous demandera de porter un
appareil sur l’oreille affectée ou sur les deux oreilles, qui produira un son doux et
statique (bruit blanc) à peine audible. La thérapie par le son peut prendre jusqu’à 12
mois, améliorant souvent la tolérance au son.


Les tests auditifs pour l’hyperacousie peuvent indiquer une sensibilité auditive
normale, mais cela ne signifie pas qu’une personne atteinte pourra entendre mieux
que les autres. Le “recrutement” est un autre type de sensibilité au son, qui rend les
sons faibles inaudibles et déforme les sons forts ou les rend intolérables. Par
exemple, une personne atteinte de “recrutement” peut avoir une perte auditive
inférieure à 50 décibels. Conjointement, un son supérieur à 80 décibels peut être
intolérable, ce qui restreint énormément la plage d’audition de la personne.


Quelles questions poser à son médecin ?


● Quelles sont mes possibilités de traitement pour l’hyperacousie ?
● L’utilisation de coton ou de bouchons d’oreilles peut-elle être efficace ?
● Quels tests devrais-je effectuer ?
● Faut-il que je réalise une IRM afin d’écarter les causes courantes
d’hyperacousie ?
● Le traitement de mes problèmes d’anxiété pourrait-il être utile ?
● Des médicaments efficaces sont-ils disponibles ?

N.B – Traitements pour l’hyperacousie


A l’heure actuelle, il n’y a pas de traitement médical ou chirurgical appliqué
spécifiquement pour l’hyperacousie. Par contre, il existe de nombreuses méthodes
visant à aider les personnes qui en souffrent. Beaucoup sont similaires à celles
utilisées pour traiter les acouphènes.


La thérapie par le son consiste à entraîner le cerveau afin qu’il accepte les sons du
quotidien. Cela implique d’utiliser un appareil générateur de bruit sur la ou les
oreille(s) affectée(s) pour une durée minimale de deux heures par jour. Pour assurer
le confort du patient, l’appareil produit un son doux et statique (bruit blanc ou bruit à
large bande) à peine audible. La thérapie par le son peut durer jusqu’à 12 mois, et
améliore bien souvent la tolérance au son. La thérapie par le son peut également
passer par une assimilation contrôlée du bruit qui est spécifiquement intolérable,
plutôt que d’utiliser un son doux. Cela commence généralement par l’écoute du bruit
à un niveau sonore tolérable qui est ensuite graduellement augmenté durant la
thérapie.


La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est utilisée pour traiter
l’hyperacousie en plus de la dépression, de l’anxiété, du trouble de stress
post-traumatique et d’autres altérations. Cette thérapie se focalise sur la
restructuration des réactions négatives et sur la reprise de contrôle face à la
maladie. Se basant sur le traitement des acouphènes, la TCC pour l’hyperacousie
comprend une phase d’éducation, un entraînement à la relaxation, une exposition
aux sons spécifiquement prescrite et une thérapie cognitive pour réduire le stress et
les croyances associées à l’écoute de certaines sonorités.


Comme pour les acouphènes, le traitement actif de l’hyperacousie a pour objectif
d’aider le patient à identifier la relation entre un son intense et sa réaction à ce
dernier, notamment grâce un accompagnement sur les pensées et émotions
ressenties, sur l’audition et la communication, ainsi que sur le sommeil et la
concentration.


Une protection auditive peut être portée pour atténuer l’inconfort provoqué par
l’hyperacousie. Il en existe de nombreux types, tels que les bouchons d’oreille en
mousse, ceux faits de silicone ou de mastic, les casques antibruit, ou encore les
bouchons conçus sur mesure pour s’adapter à l’oreille de la personne

Traduction de courtoisie par François Kluba depuis MacGovern medical school

alexithymie

Alexithymie: Savez-vous ce que vous ressentez ?

En tant qu’êtres humains, nos vies sont profondément influencées par la manière dont nous
vivons, gérons, et exprimons nos émotions. A un moment donné de notre vie, nous
éprouvons tous de la tristesse, de la peur, du stress, de la joie et de l’amour. Quand quelque
chose de bien nous arrive, nous avons une sensation de légèreté et de joie dans le coeur.
Lorsque nous faisons face à un échec ou à la perte de quelqu’un, une sensation
désagréable nous pèse au fond de l’estomac.


Mais imaginons que nous ne soyons pas capables de ressentir tout cela. Que se passerait-il
si vous ne pouviez jamais différencier la tristesse du bonheur ? Si vous étiez en deuil ou en
dépression sans le savoir vous-même ? Pouvez-vous imaginer à quel point cela serait
déconcertant ?


C’est là le quotidien d’une personne souffrant d’alexithymie.


Vivre avec l’alexithymie


L’alexithymie est un terme dérivé du Grec qui signifie “pas de mot pour les émotions”. Ce
concept psychologique est utilisé pour décrire les personnes qui ont du mal à ressentir et à
exprimer leurs émotions. Cela se traduit par une capacité réduite, parfois une incapacité
totale, à être connecté aux signaux émotionnels internes que votre corps vous envoie.
Si vous souffrez d’alexithymie, vous aurez du mal à identifier ce que vous ressentez, et vous
aurez également du mal à comprendre ce que ressentent les autres. Ce trouble peut
provoquer de l’anxiété sociale car vous ne parvenez pas à interpréter les comportements
non-verbaux. Vous serez alors perçu comme quelqu’un de maladroit, ou manquant
d’humour. Même lorsque les autres montrent de l’empathie envers ce que vous traversez,
vous ne le comprenez pas et pouvez alors paraître étrangement stoïque. Vous pouvez être
quelqu’un de très sensible et empathique au fond de vous, mais à cause de ce trouble
spécifique, les autres personnes risquent de vous prendre pour quelqu’un de froid, distant,
voire arrogant. En conséquence, vous êtes plus susceptible de souffrir de solitude et
d’isolement social que la plupart des gens.


Si vous souffrez d’alexithymie, les situations suivantes font probablement partie de votre
quotidien:


● Vous n’avez aucune idée de ce que vous ressentez au fond de vous. Quand les
autres vous demandent comment vous allez, vous ne savez pas quoi répondre.
Même lors d’une séance de thérapie, il vous est impossible de comprendre ce qui se
passe à l’intérieur de vous.


● La plupart du temps, vous êtes uniquement capable de déterminer si vous allez
“bien” ou “pas bien”, si vous êtes “heureux” ou “malheureux”, sans pouvoir nuancer
au-delà de ça.


● Plutôt que d’expliquer comment vos sentiments ou vos instincts vous conduisent à
une action particulière, vous avez tendance à vous définir à travers la logique. Vous
pouvez parler d’une voix monotone, et la façon dont vous racontez les histoires peut
inclure tellement de détails factuels et séquentiels que certaines personnes ont du
mal à vous suivre.


● Vous êtes déconnecté de vos propres besoins et désirs. Étant vous-même confus
par rapport à vos souhaits, les personnes autour de vous ne savent pas non plus ce
que vous voulez, ce qui entraîne des frustrations relationnelles et interpersonnelles.


● Vous pouvez soudainement être pris de symptômes physiques tels qu’une
accélération du rythme cardiaque, des difficultés respiratoires, des douleurs
corporelles et des maux de tête, sans savoir d’où cela provient. Dans certains cas
extrêmes, il est même possible d’avoir des pensées suicidaires et des
comportements d’automutilation, tout en étant déconnecté des raisons qui les
provoquent.


● Vous avez une imagination limitée et n’êtes pas en mesure de profiter de quoi que ce
soit relatif au monde de l’imaginaire.


● Il vous est impossible de communiquer vos émotions même avec votre famille ou vos
proches, mais vous pouvez soudainement être pris de comportements erratiques tels
que des accès de colère.


● Sans savoir pourquoi, vous perdez toute envie et toute motivation. Vous procrastinez
au travail et ne trouvez que très peu de joie dans vos loisirs. Le simple fait de passer
la journée devient une corvée difficile.


● Vous manquez d’estime de vous-même, avez des problèmes d’identité et ne savez
pas ce que vous souhaitez pour l’avenir.


● Parfois, vous avez l’impression d’être un lointain spectateur de votre propre vie.
Cependant, vous avez au fond de vous la peur d’être en train de gâcher cette vie.


● Vous n’aimez pas perdre le contrôle, particulièrement dans les relations. Malgré
l’alexithymie, vous ressentez tout de même un besoin d’amitié et d’entente, mais
vous évitez les relations trop étroites.


Il est important de comprendre qu’être sujet à l’alexithymie ne signifie pas être
complètement apathique. Vous êtes toujours capable de ressentir des choses à l’intérieur de
vous, mais vous aurez du mal à vous sentir connecté à ces sentiments ou ne serez pas en
mesure de les exprimer aux autres personnes.


Le diagnostic de l’alexithymie


L’alexithymie n’est pas considérée comme un trouble mental en soi. Cette affection a été
introduite pour la première fois en psychiatrie en 1976 par Peter E. Sifneos, psychiatre et
professeur à la Harvard Medical School. Pourtant, aujourd’hui encore, il y a un manque
d’informations sur les causes sous-jacentes et sur les thérapies recommandées.
Divers procédés psychométriques ont été développés pour identifier l’alexithymie; comme le
Toronto Alexithymia Scale 20 (TAS-20, Bagby, Parker et Taylor, 1994). Selon le résultat de
votre évaluation initiale, une IRM peut être suggérée pour évaluer tout dommage du cortex
insulaire dans le cerveau.


Certains facteurs sociodémographiques sont plus susceptibles que d’autres d’exposer des
personnes à l’alexithymie. On estime que 13% de la population en souffre, et la prévalence
chez les hommes est presque deux fois supérieure à celle des femmes (respectivement
17% contre 10%).


L’alexithymie peut se produire à deux niveaux – en tant que trait “primaire” et en tant qu’état
“secondaire”. L’alexithymie primaire implique que l’individu est né avec une anomalie
génétique qui entrave la capacité à ressentir et à exprimer les émotions, et qui empêche de
faire preuve d’empathie. Elle est également liée à des lésions cérébrales, en particulier au
niveau du cortex insulaire antérieur (partie responsable des réponses sensorielles, motrices
et viscérales notamment au niveau du visage, de la langue et des membres supérieurs).
Cette anomalie cérébrale peut être une maladie congénitale ou le résultat d’une blessure
survenue plus tard dans la vie.


Dans la littérature connexe, l’alexithymie “secondaire” est définie comme une alexithymie
induite par une réaction à une maladie physique (Freyberger, 1977) ou à un autre
changement de vie majeur ou exceptionnel.


La recherche sur le sujet a démontré qu’il existe des liens entre l’alexithymie et d’autres
troubles, notamment :


● La toxicomanie
● Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT)
● Les troubles psychosomatiques
● Les troubles anxieux
● La dépression
● Les troubles alimentaires
● Les troubles de la personnalité
● Les troubles obsessionnels-compulsifs


Alexithymie et autisme


L’incapacité d’une personne alexithymique à identifier les sentiments forts des autres
personnes (comme la confusion ou le danger) ainsi que son manque d’expression émotive
fait que l’alexithymie est souvent interprétée, à tort, comme de l’autisme.
Malgré le fait que les individus atteints de troubles du spectre autistique soient beaucoup
plus susceptibles de présenter des traits d’alexithymie, les recherches sur la corrélation
entre les deux conditions ne sont pas concluantes. Le consensus existant semble être que
l’alexithymie survient souvent avec l’autisme mais n’est pas causée par l’autisme (ou
vice-versa).


Alexithymie et dépression


Une personne atteinte d’alexithymie est également deux fois plus susceptible de souffrir de
dépression. Par ailleurs, des études ont montré que les symptômes de l’alexithymie
diminuent en même temps que les symptômes de la dépression. Il n’est pas clair si
l’alexithymie est une cause ou une conséquence de la dépression.


Alexithymie et traumatisme


Les personnes qui souffrent d’un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) ont plus de
risques de développer une alexithymie. Une étude sur des vétérans de la guerre du Vietnam
souffrant de troubles de stress post-traumatique a révélé que 41% d’entre eux étaient
alexithymiques. Une enquête similaire auprès des survivants de l’Holocauste a montré que
ceux souffrant d’un SSPT avaient des scores significativement plus élevés lors du test
d’alexithymie que ceux sans SSPT.


Alexithymie et maladies neurologiques
L
es patients atteints de maladies et d’affections neurologiques telles que les lésions
cérébrales traumatiques, les accidents vasculaires cérébraux, la dystonie, la maladie de
Huntington, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson et l’épilepsie sont plus
susceptibles de présenter une alexithymie
Alexithymie et traumatisme émotionnel de l’enfance
Il est plus que probable que l’alexithymie soit une conséquence d’une perturbation du
développement émotionnel lors de l’enfance. Si vos parents souffraient de maladies
mentales, étaient émotionnellement immatures ou froids, ils n’ont peut-être pas réussi à
vous fournir le modèle ni l’ajustement dont vous aviez besoin. S’ils avaient une expressivité
émotionnelle limitée, ils vous ont également empêché d’exprimer vos propres émotions.
Certains d’entre nous sont nés plus sensibles ou plus émotifs que d’autres. Si les membres
de votre famille sont constitués différemment, ils ont alors pu vous désigner comme
quelqu’un de “trop sensible” ou de “trop dramatique”. Ainsi, le message que vous recevez
dès votre plus jeune âge est que toute expression sincère de vos sentiments dérange les
adultes. Si vous deviez exprimer des choses comme de la colère ou de la douleur, votre
famille pourrait menacer de vous rejeter, de vous abandonner ou de vous punir. Parfois,
même votre exubérance naturelle était alors réprimée et personne n’a jamais partagé votre
joie ou votre excitation.
En grandissant dans un tel environnement, vos sentiments ne sont jamais approuvés ni
tolérés. Il est alors tout à fait naturel d’avoir appris à les enfouir ou à les renier.
Soigner l’alexithymie
L’accompagnement thérapeutique de l’alexithymie doit être adapté à chacun. Les approches
traditionnelles, telles que la psychanalyse dans laquelle le thérapeute présente un “écran
blanc” émotionnel, ne représentent pas forcément la meilleure décision (Lesser, 1981 ;
Sifneos, 1975 ; Taylor, 1984). Par ailleurs, étant donné que l’alexithymie est souvent
associée à d’autres troubles mentaux, le traitement de ces derniers peut également aider à
réduire l’alexithymie.
La première étape vers la guérison est de guider la personne afin qu’elle puisse identifier et
exprimer ses sentiments. Parallèlement au travail sur le renforcement de la littératie
émotionnelle, la thérapie comportementale dialectique (TCD) peut aider à développer la
conscience de soi ainsi que des compétences de régulation émotionnelle. Un traitement
basé sur la mentalisation, qui vise à établir un lien entre les pensées et les émotions, peut
également être utile. Vous pouvez aussi développer votre capacité d’introspection en tenant
un journal intime, en vous inscrivant à des cours d’arts expressifs (tels que le théâtre, la
danse, la musique ou la thérapie par le mouvement), en écoutant de la musique
émotionnelle et même en lisant des romans (en particulier ceux décrivant un récit
personnel).
Un autre moyen de guérison efficace est le fait d’établir une relation de confiance avec un
thérapeute. Cela est particulièrement vrai si votre alexithymie est le résultat d’un
traumatisme de la petite enfance ou d’un mauvais ajustement émotionnel causé par vos
parents. Dans le meilleur des cas, votre thérapeute vous aidera à créer un contexte dans
lequel vous vous sentirez suffisamment en sécurité pour travailler sur les sentiments enfouis
au plus profond de vous. Cela peut prendre un certain temps, mais si la relation de
confiance est bien établie, ces sentiments dissimulés feront progressivement surface. Au
cours de ce processus, un thérapeute qualifié vous guidera en douceur et vous permettra de
mettre des mots sur ce que vous n’avez jamais réussi à exprimer. Ce n’est pas une
procédure qui peut être accélérée arbitrairement, il est important d’attendre que vous soyez
prêt: votre thérapeute doit comprendre vos limites et être patient avec les blocages auxquels
vous faites face sans vous en tenir rigueur.
Il est important que votre thérapeute comprenne non seulement ce que cela signifie
d’exprimer ses émotions, mais aussi ce à quoi doit ressembler une véritable relation. Dans
une relation saine, les émotions ne sont pas unidimensionnelles. Bien sûr, la joie, la
gentillesse et l’affection y sont des aspects essentiels, mais les sentiments tels que la
déception, la colère et la frustration doivent également être autorisés. Si votre thérapeute ne
possède pas la capacité émotionnelle adéquate, il peut inconsciemment vous réprimander
pour avoir exprimé ces sentiments “négatifs”, reproduisant ainsi de manière dysfonctionnelle
ce que vos parents vous ont infligé.
D’un autre côté, si vous pouvez trouver un thérapeute attentionné et émotionnellement
mature, à l’aise avec l’incertitude et capable de résister aux tempêtes émotionnelles que
vous engendrez, la confiance que vous avez vis-à-vis des autres et de vous-même pourra
alors être changée à jamais. Cette assurance nouvellement acquise peut ensuite s’appliquer
à d’autres aspects de votre vie, vous aidant ainsi à construire des relations, à aimer et être
aimé, et à vous sentir pleinement vivant.
L’alexithymie n’est pas un trouble insurmontable. Cela peut surprendre, mais dans la plupart
des cas, une personne sujette à l’alexithymie est en réalité au fond d’elle quelqu’un
d’extrêmement sensible et empathique. Si vous vous en donnez les moyens et faites preuve
de suffisamment de courage pour reprendre le contrôle de votre sensibilité émotionnelle,
vous réaliserez que votre véritable vie est à portée de main.

Traduction de courtoisie par François Kubla depuis Psychology Today

pubmed

Revue systématique: les effets à long terme des violences sexuelles sur mineur

Résumé

Contexte

Bien que de nombreuses méta-analyses aient examiné le lien entre les violences sexuelles sur mineur et les effets qui en résultent, le cadre, la validité, et la qualité de cette évidence n’a pas été examinée de manière exhaustive. Notre objectif a été d’examiner les méta-analyses existantes sur un vaste éventail d’effets psychiatriques, psychosociaux et physiques à long terme résultant de violences sexuelles pendant l’enfance, et d’évaluer la qualité de la documentation disponible.

Méthodes

Dans le cadre de la présente revue systématique, nous avons recherché quatre bases de données : PsycINFO, PubMed, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature, et Global Health, depuis leur lancement jusqu’au 31 décembre 2018, pour identifier les méta-analyses d’études d’observation ayant examiné le lien entre les sévices sexuels sur mineur (avant l’âge de 18 ans) et leurs conséquences à long terme (après 18 ans). Nous avons comparé les rapports de cotes (RC) entre les différentes retombées. Nous avons également examiné les mesures de qualité, y compris l’hétérogénéité entre les études et l’existence de biais de publication. Cette étude est inscrite au registre PROSPERO, CRD42016049701.

Conclusions

Nous avons identifié 19 méta-analyses comprenant 559 études primaires réalisées auprès de 4 089 547 participants et couvrant 28 répercussions. Parmi ces 28 répercussions, 26 d’entre elles étaient associées à la violence sexuelle sur mineur : notamment six diagnostics psychiatriques adultes sur huit (les RC variaient de 2·2 [95% CI 1·8–2·8] à 3·3 [2·2–4·8]), toutes les conséquences psychosociales négatives étudiées (les RC variaient de 1·2 [1·1–1·4] à 3·4 [2·3–4·8]), et tous les problèmes de santé physique (les RC variaient de 1·4 [1·3–1·6] à 1·9 [1·4–2·8]). Le trouble de la conversion (RC 3·3 [95% CI 2·2–4·8]), les troubles de personnalité borderline (2·9 [2·5–3·3]), l’anxiété (2·7 [2·5–2·8]), et la dépression (2·7 [2·4–3·0]) faisaient partie des troubles psychiatriques les plus fortement associés aux sévices sexuels pendant l’enfance. Les revues systématiques de deux conséquences psychiatriques (le trouble de stress post-traumatique et la schizophrénie) et d’une répercussion psychosociale (l’abus de substances) ont répondu à des normes de qualité élevées.  La qualité des méta-analyses portant sur le trouble borderline et l’anxiété était basse, et plutôt modérée pour le trouble de la conversion. En acceptant la causalité, les fractions étiologiques du risque pour les répercussions allaient de 1·7% (95% CI 0·7–3·3) pour les relations sexuelles non protégées à 14·4% (8·8–19·9) pour le trouble de la conversion.

Interprétation

Même si les violences sexuelles sur mineur ont été associées à un vaste éventail de problèmes sanitaires et psychosociaux, seules les revues systématiques effectuées sur deux troubles psychiatriques (trouble de stress post-traumatique et schizophrénie) et un trouble psychosocial (l’abus de substances) étaient de qualité élevée. Des examens supplémentaires sont nécessaires pour établir si les interventions permettant d’atténuer le développement de certains troubles psychiatriques suite à des sévices sexuels pendant l’enfance doivent être priorisées. Des méta-analyses de meilleure qualité sur des répercussions spécifiques et des études plus empiriques sur la manière dont se développent ces troubles depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte sont nécessaires.

Introduction

La violence sexuelle sur mineur est une préoccupation majeure pour la santé publique mondiale et elle est associée à un vaste éventail de répercussions néfastes. La méta-analyse de 217 publications a rapporté une prévalence générale de 12% basée sur 331 échantillons indépendants comprenant environ 10 millions d’individus. Des études ont mis en évidence des liens entre les sévices sexuels sur mineur et de nombreuses répercussions sanitaires et psychosociales, y compris des problèmes psychosociaux, l’automutilation, des troubles psychiatriques, et des maladies de la santé physique telles que le sida et l’obésité.  Ces rapports ont soulevé d’importantes questions concernant l’ampleur de l’association de la violence sexuelle sur mineur à des répercussions à long terme à l’âge adulte, les effets relatifs des sévices sexuels sur enfants sur divers troubles, et la qualité de la base de recherche actuelle. Par exemple, il est possible que les violences sexuelles aient un effet à long terme plus important sur les problèmes psychiatriques que sur la santé physique car les symptômes chez les individus souffrant de troubles psychiatriques sont susceptibles d’être surdéclarés.

Les précédentes tentatives de synthèse d’un nombre important de revues méta-analytiques dans le domaine ont principalement pris en compte les répercussions sur la santé mentale ou une répercussion particulière, comme par exemple la dépression, les troubles de l’anxiété, le suicide et l’automutilation, ou l’abus de substances. La comparaison de ces revues a été difficile car leurs définitions de la violence sexuelle sur mineur différaient, elles incluaient des modèles d’étude de différents types, et les répercussions variaient du diagnostic aux indicateurs de morbidité auto-rapportés. De plus, il n’a pas été possible d’identifier des lacunes de recherche, et de déterminer les répercussions n’ayant pas été synthétisées ou s’il existe des effets différentiels des sévices sexuels subis pendant l’enfance sur les répercussions. En outre, ces revues ont souvent été basées sur des échantillons de petite taille et sur une documentation datant généralement d’une décennie, manquant de synthèse quantitative et d’évaluation qualitative. Nous avons souhaité résoudre ces limitations et fournir une vue d’ensemble sur l’importance et la validité des liens établis entre les sévices sexuels sur enfant et un large éventail de répercussions psychosociales, psychiatriques et physiques importantes à long terme. Notre objectif était de fournir une synthèse complète des effets de la violence sexuelle sur mineur sur la morbidité et l’incapacité à l’âge adulte, qui pourrait ensuite aider à identifier des cibles pour les interventions cliniques et politiques.

Méthodes

Stratégie de recherche et critère d’éligibilité

Nous avons mené une revue systématique au cours de laquelle les informations issues des méta-analyses d’études existantes sur les répercussions de la violence sexuelle sur mineur ont été systématiquement collectées et évaluées. Nous avons fait des recherches de titres et de résumés à partir de mots-clés dans quatre bases de données numériques importantes : PsycINFO, PubMed, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature, et Global Health pour trouver des documents publiés depuis le lancement de ces bases de données jusqu’au 31 décembre 2018, sans restriction linguistique. Ces bases de données comprenaient des extraits de dissertation, et notre recherche comprenait aussi des études parallèles non publiées. Les mêmes mots-clés ont été utilisés sur chaque base de données pour faire des recherches sur la violence sexuelle (“sexual abuse” OU “sexual assault” OU “sexual trauma” OU “sexual crime” OU “rape” OU “incest” OU “molestation” OU “victim*” OU “maltreatment”), l’enfance (“child*” OU “youth” OU “adolescent” OU “young” OU “teen*”[SE1] ), et les méta-analyses (“meta-analy*” OU “meta-regression” OU “metasynthesis”)[SE2] . Pour pouvoir inclure le maximum d’études éligibles ayant examiné les répercussions des violences sexuelles sur mineur, nous n’avons pas établi de limite sur la répercussion dans la recherche primaire systématique.

Nous avons fait une recherche secondaire dans PsycINFO sur les dix plus gros risques d’années de vie perdues et vécues avec une incapacité résultant de ces violences pendant l’enfance (AVCI, Année de vie ajustée sur l’incapacité, ou DALY en anglais), ainsi que sur les dix AVCI les plus importantes en termes de santé mentale et comportementale. Les références d’autres revues systématiques sur les répercussions des sévices sexuels sur enfant ont été recherchées manuellement. Nous avons également consulté les liens auxquels se rapportaient des citations pour compléter notre recherche. Les critères d’inclusion comprenaient les méta-analyses avec des données finales relatives aux violences sexuelles sur mineur, sans regroupement avec d’autres formes de violences ; dans lesquelles la plupart des répercussions étaient chez les adultes (l’âge moyen du participant au moment où les répercussions ont été mesurées était supérieur à 18 ans pour plus de 70% des études primaires comprises) ; dans lesquelles la majorité des participants étaient mineurs au moment des actes de violence (l’âge moyen du participant au moment de l’acte de violence était inférieur à 18 ans pour plus de 70% des études primaires incluses) ; et qui fournissaient des tailles d’effet quantitatives pour les répercussions sanitaires ou psychosociales (ex : rapport de cote, le r de Pearson, ou le d de Cohen). 

Lorsque plus d’une méta-analyse rapportait des données sur le même type de répercussion, la revue la plus récente qui répondait à l’ensemble des critères d’inclusion était sélectionnée, et les méta-analyses plus anciennes étaient exclues pour éviter toute duplication d’échantillons. Lorsque deux méta-analyses ou plus rapportaient des données sur le même type de répercussion et avaient été publiées la même année, la méta-analyse comprenant le plus grand nombre d’études primaires était sélectionnée, et les autres étaient exclues. Une étude n’était pas disponible (et l’auteur n’a pas pu être contacté). En outre, nous avons exclus toute étude ne rapportant que la prévalence des violences sexuelles sur mineur dans un échantillon sélectionné en fonction d’un certain type de répercussion (ex : sans abri).

La recherche dans son contexte

Preuves existant avant cette étude

Nous avons effectué des recherches dans PsycINFO, PubMed, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature, et Global Health pour trouver des documents publiés depuis le lancement de ces bases de données jusqu’au 31 décembre 2018, sans restriction linguistique. Nous avons utilités les termes de recherche suivants : (“sexual abuse” OU “sexual assault” OU “sexual trauma” OU “sexual crime” OU “rape” OU “incest” OU “molestation” OU “victim*” OU “maltreatment”), ET (“child*” OU “youth” OU “adolescent” OU “young” OU “teen*”), ET (“meta-analy*” OU “meta-regression” OU “meta-synthesis”).[SE3]  Nous avons identifié six revues systématiques qui prenaient essentiellement en compte les répercussions sur la santé mentale (telles que l’anxiété ou la dépression) ou un type de répercussion en particulier (tel que le suicide), publiées il y a plus de cinq ans et manquant de synthèse quantitative et d’évaluation qualitative, et qui étaient surtout basées sur des échantillons de petite taille.

Valeur ajoutée de cette étude

Cette revue systématique est une synthèse des preuves méta-analytiques sur le lien entre les violences sexuelles sur mineur et un ensemble de répercussions diverses. Nous avons découvert que les sévices sexuels sur enfant étaient liés à un large éventail de diagnostics psychiatriques, de répercussions psychosociales néfastes, et de problèmes de santé physique.

Signification des preuves disponibles

Même s’il existe invariablement des liens forts entre la violence sexuelle sur mineur et de nombreuses répercussions psychosociales et sanitaires à long terme, la qualité de la recherche sous-jacente était limitée par des effets résultant d’études de petite taille, une signification excessive, et un niveau d’hétérogénéité élevé entre les études. Cependant, deux troubles psychiatriques (trouble de stress post-traumatique et schizophrénie) et un type de répercussion psychosociale (abus de substances) avaient une base factuelle de bonne qualité, et les preuves disponibles suggèrent que les interventions visant à atténuer l’abus de substances et le trouble de stress post-traumatique plus tard devraient être priorisées. Des lacunes évidentes dans la documentation examinée portaient sur les liens entre la violence sexuelle sur mineur et les troubles bipolaires, et l’absence de domicile.

Étant donné que la collecte de données a donné lieu a des statistiques de taille d’effet pour presque 100 types de répercussions différents, ils ont été systématiquement réduits en utilisant le critère suivant : pour les répercussions sur la santé, des diagnostics spécifiques (ex : schizophrénie et fibromyalgie) et les symptômes liés (ex : psychose et douleur) étaient inclus, mais les sous-catégories du diagnostic (ex : phobie sociale en tant que sous-catégorie de l’anxiété, et l’anorexie nerveuse en tant que sous-type des troubles de l’alimentation) et d’autres symptômes (ex : symptômes cardio-pulmonaires et douleur pelvienne chronique) étaient exclus. Parmi les répercussions psychosociales, les 10 répercussions comprenant le nombre d’études primaires le plus important (de sept à 45 études primaires) ont été incluses (ex : revictimisation sexuelle à l’âge adulte et abus de substances), alors que les répercussions comprenant moins d’études primaires (de deux à six études primaires) ont été exclues (ex : relation anale non protégée récente, délinquance sexuelle en ligne par rapport à la délinquance sexuelle hors ligne, l’estime de soi et l’hostilité). Nous avons dénoté une duplication des participants entre l’anxiété et la symptomatologie de l’anxiété, et entre la dépression et la symptomatologie dépressive. Par conséquent, la véritable taille des échantillons pourrait être légèrement inférieure. Étant donné que le rapport des cotes (RC) pour les troubles du sommeil (16·2 [95% CI 2·1–126·8]) était issu d’une seule étude primaire et qu’elle avait un intervalle de confiance (CI) de 95%, ces données ont été exclues en tant que cas particulier. Le nombre minimal d’études primaires dans les revues méta-analytique éligibles était fixé à trois.

L’extraction de données a été réalisée en suivant une formule d’extraction de données prédéfinie. Les tailles des effets ont été extraites des modèles les plus parcimonieux car toutes les études ne fournissaient pas de tailles d’effet ajustées. Les sources d’hétérogénéité, lorsqu’elles étaient examinées, ont été rapportées. Le tri initial des inclusions et des exclusions des études a été réalisé par HPH. Une deuxième entreprise indépendante (SG) a été impliquée dans l’extraction des tailles d’effet. Lorsqu’il y avait une incertitude quant à l’inclusion et l’exclusion de certaines études et sur l’extraction de données, RY et SF ont été consultées et tous conflits résolus par des discussions entre HPH, RY et SF. Le protocole d’étude était inscrit au registre PROSPERO, CRD42016049701.

Résultats

La recherche manuelle et la recherche initiale des bases de données ont permis de récolter 1372 articles. Nous avons identifié 19 méta-analyses éligibles comprenant 4 089 547 participants, 559 études primaires et portant sur 28 répercussions. L’ensemble des méta-analyses avaient été publiées entre 1996 et 2018, et les études primaires incluses dans ces méta-analyses dataient de 1971 à 2017. Le nombre d’études primaires utilisées pour chaque méta-analyse était compris entre 3 et 62, et le nombre de participants comprenaient de 140 à plus de 3 millions d’individus. Les répercussions incluses dans les méta-analyses éligibles ont été réparties entre les répercussions psychosociales, psychiatriques, et physiques. La violence sexuelle sur mineur a été associée à 26 répercussions particulières sur 28.

Les rapports de cotes étaient principalement compris entre 2·2 (95% CI 1·8–2·8) et 3·3 (2·2–4·8) pour les problèmes psychiatriques, entre 1·2 (1·1–1·4) et 3·4 (2·3–4·8) pour les conséquences psychosociales, et entre 1·4 (1·3–1·6) et 1·9 (1·4–2·8) pour les répercussions sur la santé physique.

La violence sexuelle sur mineur a été associée à un rapport de cote faible (autrement dit, inférieur à 1·7) pour 7 répercussions et un rapport de cote moyen (autrement dit, 1·7–3·5) pour 21 répercussions. Elle n’a été associée à aucun rapport de cote élevé (autrement dite supérieur à 3·5) pour aucune répercussion. Les conséquences présentant une forte association avec les sévices sexuels subis pendant l’enfance comprenaient la délinquance sexuelle plutôt que de la délinquance non sexuelle (OR 3·4 [95% CI 2·3–4·8]), le trouble de la conversion (3·3 [2·2–4·8]), le trouble de la personnalité borderline (2·9 [2·5–3·3]), l’anxiété (2·7 [2·5–2·8]), et la dépression (2·7 [2·4–3·0]).

Les fractions étiologiques étaient comprises entre 1·7% (95% CI 0·7–3·3) pour les relations sexuelles non protégées et 14·4% (8·8–19·9) pour le trouble de la conversion. La fraction étiologique la plus élevée était de 14·7% (9·6–19·9) pour les délinquances sexuelles par rapport aux délinquances non sexuelles. Cependant, ces chiffres sont sûrement surévalués étant donné que les fractions étiologiques ont été calculées à partir de données sans ajustement pour les variables de confusion.

Pour la moitié des études proposant des données suffisantes, 95% des intervalles de prédiction comprenait un rapport de cote égal à 1. Plus de la moitié montraient une signification exagérée, plus d’un cinquième présentaient des effets issus d’études de petite taille, et plus d’un tiers avait un niveau d’hétérogénéité élevé.

De plus, les revues systématiques de 15 répercussions sur 28 ont obtenu de faibles scores avec l’outil d’évaluation AMSTAR. Les revues systématiques de deux répercussions (le trouble de stress post-traumatique et l’abus de substances) ont obtenu des scores de qualité supérieurs (score de 5 sur 5), une autre (la schizophrénie) a obtenu un score de 4 sur 5. La qualité des méta-analyses sur le trouble de la personnalité borderline et l’anxiété était faible (score de 1 sur 5), et modérée (score de 3 sur 5) pour le trouble de la conversion et la délinquance sexuelle par rapport à la délinquance non sexuelle.

Pour les répercussions ayant bénéficié de scores qualitatifs élevés, nous avons examiné les taux absolus rapportés dans les études primaires. Des études de cohortes longitudinales ont notamment rapporté que, parmi les individus ayant subi des violences sexuelles pendant l’enfance, 503 personnes sur 1809 (autrement dit 28%) souffrent d’un abus de substances, et 36 personnes sur 96 (soit 38%) souffrent du trouble de stress post-traumatique.

Parmi les revues systématiques incluses, un faible nombre d’études ont exploré les sources d’hétérogénéité parmi les études primaires. Aucune différence n’a été trouvée sur l’effet des sévices sexuels pendant l’enfance par âge sur le trouble de la conversion, la fibromyalgie, et les troubles de la personnalité borderline, par sexe sur la dépression, par concept d’étude sur l’obésité et la psychose, et par ajustement des variables de confusion telle la comorbidité psychiatrique sur l’obésité et les troubles de l’alimentation. Cependant, le risque de sida était supérieur chez les individus ayant subi des violences sexuelles à un stade d’adolescence plus tardif. En outre, les effets de violence sexuelle sur mineur sur l’obésité étaient atténués après ajustement pour la dépression existante, et le risque d’anxiété était plus élevé chez les femmes que chez les hommes.

Discussion

Dans cette revue systématique portant sur 28 répercussions à long terme de la violence sexuelle sur mineur, nous avons résumé les résultats de 19 méta-analyses, comprenant plus de 4 millions de participants dans le cadre de plus de 500 études primaires. La violence sexuelle sur mineur a été associée à 26 répercussions examinées parmi 28, y compris un ensemble varié de problèmes psychosociaux, psychiatriques et physiques. Parmi ces 26 répercussions associées de manière significative aux sévices sexuels pendant l’enfance, seules deux d’entre elles étaient basées sur des revues systématiques bénéficiant de scores d’évaluation qualitative élevés : l’abus de substances et le trouble de stress post-traumatique.

Nos conclusions soulignent le besoin de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à l’association des violences sexuelles sur mineur à des répercussions à long terme. Des recherches en cours mettent en évidence des mécanismes biologiques qui font que les violences vécues pendant l’enfance augmenteraient le risque de pathologie ou de maladie physique, par l’intermédiaire notamment de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (axe HHS) ou de l’inflammation.  Des mécanismes psychosociaux, tels que des comportements sexuels risqués et une image corporelle déformée, pourraient également expliquer certains troubles. Par exemple, les sévices sexuels vécus pendant l’enfance sont associés à des comportements sexuels risqués favorisant l’exposition au sida.63 L’association de la violence sexuelle sur mineur à des problèmes de santé physique pourrait aussi être partiellement expliquée par des facteurs psychiatriques intermédiaires. Par exemple, l’effet des violences sexuelles sur l’obésité pourrait être dû à de la dépression ou à certains troubles de l’alimentation. La violence sexuelle sur mineur est une variable importante concernant la dépression au cours du cycle de la vie et la dépression est prospectivement liée à l’obésité ; cependant, il est aussi possible que les effets de la violence sexuelle pendant l’enfance sur la dépression et les troubles de l’alimentation soient déclenchés par l’obésité.

Notre revue a mis en évidence des lacunes de recherche. Le travail primaire devrait tirer parti des mesures relatives à la violence sexuelle sur mineur préalablement collectées pour minimiser les classifications erronées et réduire les erreurs systématiques. À l’avenir, la recherche devrait aussi adopter des modèles plus complets qui prennent en compte les confusions (ex : autres formes d’abus), utiliser des concepts et des analyses plus robustes (ex : études potentielles) pour examiner l’inférence causale, et explorer la source d’hétérogénéité pour identifier les facteurs de protection et de risque. Les méta-analyses devraient garantir une présentation des données plus juste et systématique, et elles devraient suivre des directives consensuelles pour faciliter la réplicabilité. En outre, nous n’avons trouvé aucune méta-analyse sur le trouble bipolaire, pour lequel il a été prouvé que les répercussions cliniques étaient pires lorsqu’il était associé à la maltraitance pendant l’enfance, à des troubles obsessionnels compulsifs, ou à l’absence de domicile.

Nos résultats soulignent le besoin d’interventions efficaces. Jusqu’à présent, la recherche sur la prévention primaire des violences sexuelles sur enfant s’est principalement concentrée sur les interventions en milieu scolaire et sur l’éducation parentale à la maison. Des preuves démontrent que les programmes en milieu scolaire visant à aider les enfants à reconnaître et à signaler les sévices sexuels améliorent le savoir et les comportements protecteurs des enfants ; ils ne sont toutefois pas développés pour empêcher les répercussions néfastes issues de violences sexuelles. Un corps de recherche croissant suggère aussi que les visites à domicile en période pré ou post-natale et les programmes d’éducation parentale promouvant la reconnaissance de la violence sexuelle sur mineur et les premiers symptômes de troubles néfastes pourraient empêcher ou réduire les risques de maltraitance chez l’enfant en général. En outre, les médecins pourraient jouer un rôle en identifiant les victimes de violence sexuelle sur mineur, en déterminant le besoin de signaler ce type de violence aux autorités de protection appropriées, et en coordonnant les soins avec d’autres professionnels de la santé pour éviter des répercussions néfastes à long terme. 

La recherche a également mis en évidence l’efficacité des interventions sur le trouble de stress post-traumatique chez les individus victimes de violence sexuelle pendant l’enfance, ainsi que sur la dépression. Pour être plus spécifique, la recherche sur différentes modalités de traitement des victimes de violence sexuelle pendant l’enfance fournit des arguments en faveur d’interventions cognitivo-comportementales, et souligne en particulier l’efficacité de la thérapie cognitivo-comportementale axée sur le traumatisme pour les jeunes souffrant de trouble de stress post-traumatique, d’anxiété, ou présentant des symptômes dépressifs, et ayant été victimes de sévices sexuels. Cependant, la recherche sur les traitements contre d’autres répercussions rapportées, en particulier l’abus de substances et la revictimisation, chez les individus victimes de violences sexuelles, est nécessaire. Un autre domaine de recherche devrait viser à améliorer le passage d’interventions efficaces en politique et pratique, telles que la mise en place de programmes communautaires pour répondre aux sévices sexuels. D’autre part, pour éviter les psychopathologies et d’autres répercussions, il est nécessaire de faire davantage de recherche sur les mécanismes de développement.

Les conclusions comparant la délinquance sexuelle par rapport à la délinquance non sexuelle ne signifient pas que le risque de délinquance est plus élevé au sein de cette population – elles veulent plutôt dire que si un individu a commis un crime, alors les chances qu’il/elle devienne un délinquant sexuel sont accrues. Par opposition, des taux indicatifs absolus sur deux répercussions psychiatriques possédant de bons scores qualitatifs étaient élevés : 28% pour l’abus de substances et 38% pour le trouble de stress post-traumatique, ce qui suggère que les interventions sur ces deux répercussions devraient être priorisées.

Les points forts de cette revue systématique comprennent le contrôle des mesures quantitatives de la recherche et la vérification de la qualité des résultats, pour ainsi pouvoir comparer les conclusions concernant diverses répercussions, et le discernement des conclusions de recherche de qualité élevée et de qualité moindre. Autre point fort : l’inclusion d’un large éventail de répercussions psychosociales, psychiatriques et physiques, étant donné qu’un grand nombre de méta-analyses précédentes portaient sur une répercussion en particulier ou un petit groupe de répercussions. En outre, l’ordre temporel entre le paramètre de prévision et le type de répercussion en question (c’est-à-dire la violence sexuelle sur enfant ayant lieu avant 18 ans et la mesure des répercussions après 18 ans) faisait partie des critères d’inclusion, réduisant ainsi le risque de combiner des effets à court terme des violences sur enfant avec les troubles qui se développent à l’âge adulte.

Plusieurs limitations doivent toutefois être notées. Tout d’abord, seul un nombre réduit de revues systématiques explorait les sources d’hétérogénéité parmi les études primaires par âge et concept d’étude. D’autres facteurs, y compris les caractéristiques familiales (facteurs protecteurs tel qu’un environnement familial stable et des relations basées sur le soutien), les caractéristiques des violences, ou les recoupements avec d’autres types de violences sur mineur, pourraient modérer ou mitiger l’association des violences sexuelles aux conséquences plus tard, et donc le fait de ne pas les prendre en compte pourrait mener à une surestimation des tailles d’effet. De futures études portant sur ces facteurs de confusion sont nécessaires pour estimer de manière plus précise le lien entre les sévices sexuels pendant l’enfance et les conséquences à l’âge adulte, en se servant notamment de concepts basés sur la famille. De plus, la collecte d’informations plus détaillés sur la nature de la violence pourrait aider à démêler les effets entre les différents types d’agression. Ensuite, les études primaires incluses dans les méta-analyses étaient souvent basées sur le rappel rétrospectif de violences sexuelles subis pendant l’enfance par des adultes, et les rapports rétrospectifs sont des variables de moins bonne qualité pour pouvoir mesurer la violence sexuelle sur mineur. Par conséquent, la recherche future avec de nouveaux concepts est nécessaire. Mis-à-part la mise en place de questionnaires qui pourraient être administrés auprès de victimes à différents stades de leur vie, il pourrait aussi être possible d’utiliser un ensemble de données basées sur des registres et liées les unes aux autres dans lesquelles la victimisation liée aux sévices sexuels et les répercussions sur la santé physique et mentale sont enregistrées de manière longitudinale.  Les données officielles du registre permettraient de réduire le biais de publication concernant la violence sexuelle et permettraient l’étude possible de son lien avec des troubles qui apparaîtraient plus tard chez l’adulte. D’autre part, la concomitance des sévices sexuels sur mineur avec d’autres formes d’agression est élevée, engendrant des conséquences psychosociales sanitaires encore plus graves. Cependant, en raison de données insuffisantes, nous n’avons pas pu prendre en compte les effets d’autres formes de violence dans la présente revue systématique. Enfin, nos analyses ont démontré que les conclusions actuelles concernant le lien entre la violence sexuelle et les répercussions sur la santé sont incohérentes puisque les études offrant des résultats substantiels avaient plus de chance d’être publiées que celles qui ne donnaient lieu qu’à des résultats sans grande signification. Il est nécessaire de continuer à faire de la recherche pour identifier les facteurs de contribution et réduire le biais de publication envers les études ne tirant pas de conclusions significatives.

Cette revue systématique a découvert que la violence sexuelle sur mineur est associée à des risques élevés de problèmes psychosociaux, psychiatriques et physiques à long terme. Il existe notamment des données probantes de qualité concernant le lien entre la violence sexuelle sur mineur et deux troubles psychiatriques (la schizophrénie et le trouble de stress post-traumatique) et une répercussion psychosociale (l’abus de substances). Étant donné que les risques relatifs et les taux absolus pour certaines répercussions apparues à la suite de violences sexuelles subies pendant l’enfance ont tous deux démontré qu’ils étaient supérieurs, cette revue suggère de prioriser les interventions qui réduisent le développement de ces répercussions dont la base factuelle est de bonne qualité. Il existe des lacunes notables notamment concernant le besoin de méta-analyses évaluant les répercussions pour lesquelles la documentation actuelle est de faible qualité, et de revues sur les conséquences (trouble bipolaire, trouble obsessif compulsif, et absence de domicile) qui ne présentent actuellement pas de revue systématique. En outre, pour clarifier les voies de développement des sévices sexuels vers des problèmes sanitaires et psychosociaux, plus d’études empiriques sont nécessaires, ainsi que des travaux de recherche sur les traitements chez les individus victimes de violence sexuelle pendant l’enfance.

Contributeurs

SF et HPH ont conçu cette étude ; HPH a extrait les données et réalisé l’analyse statistique ; RY a contribué à l’extraction et à l’interprétation des données. HPH et RY ont rédigé la version préliminaire du manuscrit ; HPH, SF, RY, et AD ont contribué à la révision du manuscrit ; et SF s’est occupé de la supervision globale.

Déclaration de conflits d’intérêts

Nous déclarons n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Remerciements

RY bénéficie du soutien du programme Rubicon offert par l’organisation nééerlandaise de la recherche (Nederlandse Organisatie voor Wetenschappelijk Onderzoek) (numéro de bourse : 446-15-002). AD reçoit le financement du UK National Institute for Health Research Biomedical Research Centre at South London and Maudsley NHS Foundation Trust et de l’université de King’s College London (Royaume-Uni), le UK Medical Research Council (numéro de bourse P005918), le UK Economic and Social Research Council, et le UK National Society for Prevention of Cruelty to Children (NSPCC). SF est finance par Wellcome Trust Senior Research Fellowship (numéro de bourse 202836/Z/16/Z). Nous remercions Sharon Gil qui a été la deuxième personne en charge de l’extraction des données relatives aux tailles d’effet. Nous remercions Shaoling Zhong qui a vérifié que les articles issus de notre recherche pour les inclusions et les exclusions.

Nous remercions les auteurs suivants pour avoir accepté de partager les copies de leurs articles ou leurs données avec nous: Cesare Maffei (Université de Vita-Salute San Raffaele, Italie), Shane Lloyd, (Brown University, États-Unis), Carlo Faravelli (Universita di Firenze, Italie), Valdo Ricca (Universita di Firenze, Italie), Brenda Miller (Pacific Institute for Research and Evaluation, États-Unis), Yue Wang (Liaoning Cancer Hospital and Institute, Chine), David Klonsky (University of British Columbia, Canada), Kimberly Arriola (Emory University, États-Unis), et Winfried Hauser (Technical University Munich, Allemagne).

Helen P Hailes*, Rongqin Yu*, Andrea Danese, Seena Fazel

*Ont contribué de manière égale

Article extrait de Lancet Psychiatry 2019; 6: 830–39

Publié En ligne

Le 10 septembre 2019

http://dx.doi.org/10.1016/ S2215-0366(19)30286-X

Département de Psychiatrie, Université d’Oxford, Oxford, Royaume-Uni (H P Hailes MSc, R Yu PhD, Prof S Fazel M.D.);

Medical Research Council Social, Genetic and Developmental Psychiatry Centre and Department of Child and Adolescent Psychiatry, Institute of Psychiatry, Psychology and Neuroscience, King’s College de Londres, Londres, Royaume-Uni (Prof A Danese M.D.);

et

National and Specialist CAMHS Trauma and Anxiety Clinic, South London and Maudsley NHS Foundation Trust, Londres, Royaume-Uni (Prof A Danese)

Toute correspondence doit être adressée à:

Prof Seena Fazel, Department of Psychiatry, University of Oxford, Oxford OX3 7JX, Royaume-Uni seena.fazel@psych.ox.ac.uk


Traduction de courtoisie par Sonia Erraud depuis PubMed

tspt et dermatologie

Le rapport entre la santé de la peau et le trouble de stress post-traumatique

Si vous avez récemment connu un évènement particulièrement stressant ou traumatisant, il se peut que vous ayez remarqué une dégradation de l’état de votre peau. Il est possible qu’elle soit plus sèche, qu’elle se marque plus facilement ou que vous développiez de l’acné ou de la rosacée. Il s’agit d’une épreuve qui peut s’avérer frustrante et éprouvante, ayant souvent un impact sur la confiance en soi et l’estime de soi.

Mais avez-vous remarqué qu’il existe des indices qui laissent penser que le trouble de stress post-traumatique peut être à l’origine de vos problèmes de peau ? Selon National Rosacea Society – la Société nationale de la rosacée – le stress serait l’un des facteurs déclencheurs le plus fréquent de cette maladie de peau. Il existe un lien fondé entre le corps et l’esprit, et une souffrance mentale peut provoquer une souffrance physique.

Comme le démontrent les études sur le trouble de stress post-traumatique et les maladies de peau, il existe de nombreux points communs entre les deux maux et la façon dont ils se manifestent : de la sensation d’engourdissement de la peau aux lésions auto-infligées, en passant par la dermatillomanie, les troubles alimentaires (ayant des conséquences sur la santé de la peau), l’automutilation ou encore les réactions inflammatoires de la peau dues au stress, telles que le psoriasis. Comme les études le montrent, des inflammations sévères de la peau avec altération ont été signalées par les personnes sujettes à un stress continu et à la privation de sommeil. Selon les chercheurs, le TSPT devrait être considéré comme une cause sous-jacente des maladies chroniques et récidivantes de la peau ou résistantes au traitement cutané.

La science et la connexion cerveau-peau

Dans le cadre d’études récentes, les chercheurs se sont penchés sur le rapport entre le trouble mental de l’alexithymie et l’acné, ce afin de comprendre les liens entre l’esprit et le corps. L’alexithymie est un trait de la personnalité qui se manifeste par des difficultés à exprimer, à décrire ou à comprendre ses émotions. Ce trouble ne s’explique pas tant par des émotions refoulées, que par l’incapacité de communiquer ses émotions ou de les comprendre. Il est depuis longtemps connu que cette incapacité à exprimer ses émotions peut mener à tout type de maladie, de la lombalgie à l’asthme, en passant par les allergies, le syndrome de l’intestin irritable, la fibromyalgie et la nausée. Désormais, un lien avec l’acné a aussi été découvert récemment par les scientifiques.

Dans les cas des individus atteints d’alexthymie, les chercheurs ont découvert que les symptômes psychologiques et physiques sont souvent associés. Ce lien peut impliquer la suractivité des nerfs, en particulier ceux liés aux commandes des gestes volontaires. Le cœur peut aussi battre plus rapidement, mais perdre son efficacité à pomper le sang, et donc à transmettre l’oxygène vers les différents tissus du corps. La peau devient alors un meilleur conducteur électrique, ce qui signifie que tout type de stress dans la peau est ressenti plus rapidement et plus intensément. La peau réagit également plus fortement au stress.

Même chez les personnes ne souffrant pas d’alexthymie, le corps réagit également de cette façon. On peut alors considérer que la peau possède son propre « cerveau ». En effet, étant l’organe le plus étendu du corps humain, il n’est pas surprenant que la peau réagisse de cette manière.

De la même façon, au déclenchement du stress, le cerveau libère une hormone stimulante nommée « corticotrophine », incitant ainsi la sécrétion d’hormones du stress par les glandes surrénales, et la peau libère à son tour une hormone corticotrope de nature stimulante lorsque le stress est ressenti.

Un message est transmis aux cellules cutanées où est stockée une substance inflammatoire, l’histamine, qui va être libérée et transmise aux régions cutanées avoisinantes – comme pour une écharde ou une infection. Cette réaction chimique, qui est le résultat d’une sensibilité accrue du système nerveux, déclenche alors rougeurs, démangeaisons, voire même des boutons.

Quant à la sécheresse de la peau, cela peut provenir de la réponse de l’organisme face au stress, qui consiste à retirer l’hydratation des couches supérieures de la peau pour la maintenir à l’intérieur du corps en cas de situation d’urgence. Si vous êtes dans un état constant de lutte ou de fuite, cela peut se transformer en une situation continue ayant pour conséquence une maladie de peau chronique. La peau perd donc ses capacités naturelles de réparation et de régénération et aura tendance à marquer plus facilement.

Le traitement des problèmes de peau et du TSPT

Il est essentiel d’avoirr immédiatement recours à un suivi psychologique lorsque l’on souhaite traiter le trouble de stress post-traumatique. En effet, une consultation précoce peut faciliter les chances de diminuer la durée de traitement des symptômes liés au trouble.

Il est aussi conseillé de traiter en même temps les problèmes de peau, qui, si négligés, seront susceptibles de provoquer d’autres troubles, tels que l’anxiété sociale ou la dépression.

Lors d’une consultation chez un dermatologue, il est conseillé de l’informer de votre TSPT afin d’échanger sur son impact potentiel sur la peau. Il sera ainsi plus apte à proposer un traitement approprié.

Des études ont montré que les personnes qui consomment des aliments riches en probiotiques sont moins susceptibles de connaitre des problèmes d’anxiété, de dépression et d’acné. Il est possible que cette solution naturelle puisse aider à réduire les problèmes de peau ainsi que les symptômes du TSPT, mais ce n’est pas toujours efficace pour tout le monde. Pour la plupart, cette méthode servira de complément aux traitement avec un praticien qualifié. Elle peut aussi aider à atténuer les symptômes avant le début du traitement du TSPT, pour être dans de meilleures conditions pour commencer la thérapie.

Selon NICE – 2005 et 2011- le suivi thérapeutiques pour les adultes souffrant de trouble de stress post-traumatique, repose en particulier sur la thérapie de désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires – EMDR – et la thérapie cognitivo-comportementale – TCC.

Traduction de courtoisie par Fayza depuis PTSDUK