traumatisme

Techniques de neuro-imagerie et Traitement des troubles dissociatifs de l’identité

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Les techniques de neuro-imagerie permettent désormais de distinguer les cerveaux sains de ceux qui souffrent d’un trouble de la personnalité multiple – cela pourrait-il mener à un traitement des troubles dissociatifs de l’identité ?

Les techniques d’apprentissage automatique et de neuro-imagerie ont été utilisées pour déterminer avec précision, en fonction de la structure du cerveau, les personnes ayant un trouble dissociatif de l’identité et les personnes en bonne santé. Publiée dans le British Journal of Psychiatry, cette recherche pourrait aboutir à une amélioration de la thérapie et du traitement des troubles dissociatifs de l’identité.

Techniques de neuro-imagerie

Pour cette étude, l’IRM (imagerie par résonance magnétique) du cerveau a été effectuée sur 75 participantes, dont 32 avaient reçu un diagnostic confirmé de trouble dissociatif de l’identité et 43 étaient des témoins en parfaite santé. Les deux groupes ont été soigneusement appariés en fonction de leurs caractéristiques démographiques, notamment l’âge, le nombre d’années de scolarité ainsi que leur ascendance.En utilisant des techniques d’apprentissage automatique et de neuro-imagerie pour reconnaître les schémas dans les scanners du cerveau, les chercheurs ont pu différencier les deux groupes avec une précision globale de 73 %, soit un niveau de précision nettement supérieur à celui habituellement attendu.Cette étude, réalisée dans le cadre d’une étude d’imagerie cérébrale sur le trouble dissociatif de l’identité (TDA) et utilisant le plus grand échantillon à ce jour de personnes souffrant de ce trouble, est la première à démontrer que l’on peut distinguer les personnes TDA des personnes en bonne santé en fonction de la structure de leur cerveau.

La voie vers le traitement des troubles dissociatifs de l’identité

Le trouble dissociatif de l’identité, anciennement connu sous le nom de trouble de la personnalité multiple, est l’un des troubles de santé psychologique les plus débattus et controversés, ce qui pose des problèmes de diagnostic, mais surtout de mauvais diagnostics. De nombreux patients atteints de cette maladie ont en commun des années d’errance diagnostique, des traitements pharmacologiques inefficaces et de nombreuses hospitalisations.

Il s’agit du trouble dissociatif le plus grave, impliquant des états identitaires multiples et une amnésie récurrente. Les troubles dissociatifs peuvent survenir lorsque la dissociation est utilisée comme moyen de survie face à un traumatisme complexe et prolongé pendant l’enfance, lorsque le cerveau et la personnalité sont encore en développement.

Le Dr Simone Reinders, associée de recherche principale au département de médecine psychologique de l’Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience, King’s College , Londres, en Angleterre, a dirigé cette étude multicentrique. Reinders, commentant la recherche, a déclaré : “Le diagnostic de TDA est controversé et les personnes atteintes de TDA sont souvent mal diagnostiquées. Entre le moment où l’on cherche à obtenir un traitement pour les symptômes et le moment où l’on pose un diagnostic précis de TDA, les patients reçoivent en moyenne quatre diagnostics erronés et passent sept ans dans un service de santé mentale. Les résultats de notre étude sont importants puisqu’ils fournissent les premières preuves d’une base biologique permettant de distinguer les personnes atteintes de TDA des personnes bien portantes. Par conséquent, l’application de techniques de reconnaissance des schémas pourrait éviter des souffrances inutiles grâce à un diagnostic plus précoce et plus précis, facilitant des interventions thérapeutiques plus rapides et mieux ciblées.”


Source – Health Europa

Le sommeil, les rêves et la dissociation

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La recherche scientifique a permis une nouvelle compréhension des symptômes dissociatifs et du trouble dissociatif de l’identité. Selon ”Association for Psychological Science”, une raison pour laquelle certaines personnes sont vulnérables à la dissociation réside dans la qualité de leur sommeil.

Dans une étude, des chercheurs ont empêché 25 volontaires en bonne santé de dormir pendant une nuit et ont constaté qu’ils ont eu beaucoup plus d’expériences dissociatives. Cela pourrait expliquer le lien entre traumatisme et dissociation, étant donné que les souvenirs traumatiques perturbent le sommeil.

Il existe deux grands types d’expériences dissociatives : celles qui résultent d’un déficit cognitif (amnésie dissociative) et celles qui impliquent une perte de sens du soi (dépersonnalisation, déréalisation, expériences hors du corps). Ces deux types d’expériences dissociatives peuvent, à leur tour, être liées à un trop grand afflux d’informations provenant de sources internes et externes. Le système cognitif est submergé par la quantité d’informations. La mémoire ne peut pas intégrer l’information qui ‘’flotte’’ et resurgit dans la conscience éveillée en fragments déconnectés.

Qu’est-ce qui cause cette surcharge d’information ?

La raison première peut être due à la défaillance du fonctionnement cérébral qui, normalement, doit intégrer ces nouvelles informations dans le système d’information existant. Ce système dépend du sommeil et des rêves. Ainsi, si le sommeil et les rêves sont perturbés, le système de traitement de l’information le sera aussi, et une surcharge d’information se produira.

Ceci, à son tour, peut être dû à plusieurs causes. Les traumatismes émotionnels (comme le SSPT), le stress, l’insomnie, les maladies physiques et toute une variété de problèmes peuvent venir perturber le sommeil. Et la perturbation du sommeil est associée à une augmentation quantitative de phénomène de dissociation.

Au fur et à mesure que la surcharge d’information augmente, l’individu se retrouve submergé et commence à s’effondrer, ce qui est bien sûr extrêmement effrayant. Des cauchemars se manifestent et lorsqu’ils ne sont pas intégrés, ils commencent eux aussi à s’immiscer dans la vie éveillée jusqu’à ce que la dépression s’installe.

L’intensité des rêves est un bon indicateur des tendances dissociatives. Les personnes très dissociatives se plaignent souvent de rêves plus intenses et d’expériences de sommeil inhabituelles. Les dissociations peuvent aussi être confondues avec des épisodes de somnambulisme, survenant dans des circonstances où ces personnes demeurent physiologiquement éveillées.

Les chercheurs ont constaté que même si les symptômes dissociatifs restent stables au cours de la journée, ils augmentent de façon significative pendant la nuit.

La fréquence des expériences dissociatives signalées pendant la journée a été corrélée à la fréquence de paralysie du sommeil et à l’intensité des hallucinations. L’hypothèse est donc que les perturbations du cycle sommeil-éveil peuvent causer et même favoriser le phénomène de dissociation.

En partant de l’hypothèse que la privation de sommeil et d’autres perturbations du cycle sommeil-éveil entraînent des intrusions dissociatives du phénomène du sommeil en état de veille, lors d’une étude clinique, une amélioration de la qualité du sommeil et des symptômes narcoleptiques a entraîné une baisse significative du degré de dissociation .

Selon van der Kloet et al, le traitement des dysfonctions du sommeil peut réduire le nombre de cas de dissociation. Il faut donc concevoir des méthodes qui peuvent restaurer l’architecture du sommeil ainsi qu’un sommeil de haute qualité. Mettre en place une bonne hygiène du sommeil y contribue grandement.

Sources – The complex interrelationship between dissociation and anomalous sleep experiences Everton de Oliveira Maraldi

Association for psychological science

Psychology today

Dissociation – Comment s’aider soi-même ?

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Si vous vous dissociez, vous pouvez vous sentir déconnecté de vous-même et du monde qui vous entoure. Vous pouvez, par exemple, vous sentir détaché de votre corps ou avoir l’impression que le monde qui vous entoure est irréel.

Si vous vous dissociez pendant une longue période, surtout quand vous êtes jeune, vous risquez de développer un trouble dissociatif. La dissociation, alors, n’est plus une expérience sur le court terme, mais une expérience beaucoup plus fréquente, et c’est souvent la principale manière de faire face aux expériences stressantes.

Les expériences de dissociation peuvent durer relativement peu de temps (quelques heures ou jours) ou beaucoup plus longtemps (des semaines ou des mois).

Rappelez-vous que l’expérience de la dissociation est différente pour chacun. Certaines expériences dissociatives incluent :

L’amnésie dissociative – avoir des blancs dans sa vie où on ne se souvient de rien; ne pas être capable de se souvenir d’informations sur soi-même ou de choses qui se sont passées dans sa vie; incapacité de se souvenir de renseignements importants sur soi-même, son histoire de vie ou des événements précis.

La fugue dissociative – se rendre quelque part et prendre une nouvelle identité pour une courte période (sans se souvenir de son identité)

La déréalisation – l’impression que le monde qui nous entoure est irréel; voir des objets changer de forme, de taille ou de couleur; voir le monde ” sans vie ” ou ” brumeux “; voir les autres comme des robots (en sachant qu’ils ne le sont pas); oublier tout de qui l’on est (une fugue); aller dans un nouvel endroit et agir comme une personne différente dans une vie différente.

La dépersonnalisation – l’impression de se voir dans un film ou de se regarder de l’extérieur; l’impression d’observer ses émotions; le sentiment d’être déconnecté de certaines parties de son corps ou de ses émotions; l’impression de flotter au loin; le sentiment d’incertitude quant aux limites entre soi et les autres

Le trouble de l’identité – ressentir un changement d’identité; parler avec une ou plusieurs voix différentes; utiliser un ou plusieurs noms; basculer entre les différentes personnalités; avoir l’impression de perdre le contrôle face à ” quelqu’un d’autre “; faire l’expérience de différentes parties de son identité à différents moments

La confusion d’identité – agir comme des personnes différentes, y compris des enfants; difficulté à définir sa personnalité; impression d’avoir en soi plusieurs personnes différentes


Comment puis-je m’aider moi-même ?

Voici quelques suggestions pratiques pour prendre soin de vous.

Tenir un journal

Tenir un journal peut vous aider à comprendre et à vous souvenir des différentes parties de votre expérience. Ça peut inclure l’écriture et l’art, réalisés à différents moments, pour aider à améliorer les liens et la prise de conscience entre vos différentes parties en vous relisant et à mieux vous souvenir de ce qui s’est passé.

Pratiquer la visualisation

La visualisation est une façon d’utiliser votre imagination pour créer des scènes et des environnements internes qui vous aident à rester en sécurité et à contenir des sentiments et des pensées difficiles. Par exemple, le fait d’imaginer que vous portez des vêtements de protection vous aide à vous sentir plus détendu dans des situations stressantes. Imaginez un endroit où vous vous sentez en sécurité et lorsque vous vous sentez anxieux ou menacé, vous pouvez imaginer vous y rendre pour ressentir paix et sécurité.

Si vous vivez des états identitaires différents, vous pourriez imaginer un endroit où ils pourraient tous se rencontrer et parler ensemble. Votre thérapeute peut vous aider à le faire aussi.

Les techniques d’ancrage

Les techniques d’ancrage permettent de rester en contact avec le présent et d’éviter certains sentiments, souvenirs, flashbacks et pensées intrusives que vous ne vous sentez pas encore capable de gérer. Parmi elles :

  • la respiration lente
  • écouter les sons qui vous entourent
  • marche pieds nus
  • s’envelopper dans une couverture et la sentir autour de soi
  • toucher quelque chose ou humer une chose avec une forte odeur
  • se concentrer sur les sensations ressenties à ce moment
  • avoir une boîte d’objets avec différentes textures et odeurs

Préparer un plan de crise personnel

Un plan de crise personnel est un document que vous rédigez lorsque vous vous sentez bien. Il explique ce que vous aimeriez qu’il se passe si vous n’êtes pas assez bien pour prendre des décisions concernant votre traitement ou d’autres aspects de votre vie. Il vous dit les mots de soutien du moi en paix.


Puis-je me remettre d’un trouble dissociatif ?

Oui – si vous avez le bon diagnostic et le bon traitement, il y a de bonnes chances que vous vous rétablissiez. Vous cesserez d’éprouver des symptômes dissociatifs et les diverses facettes de votre identité fusionneront pour former un seul et même sens du moi.

Tous ne cesseront pas complètement d’éprouver des symptômes dissociatifs, mais le traitement peut vous aider à vous sentir plus en contrôle de votre vie et de votre identité. Certaines personnes trouvent réconfortant de pouvoir se dissocier et ne se sentent pas prêtes à cesser complètement de se dissocier.

Les thérapies par la parole sont recommandées pour le traitement des troubles dissociatifs. Le soutien psychologique et la psychothérapie vous aideront à explorer les événements traumatisants de votre passé, à comprendre pourquoi vous vous dissociez et à développer d’autres mécanismes d’adaptation. Cela peut aussi vous aider à réguler vos émotions et à mieux gérer vos relations.

” Peu à peu, les autres parties de moi me parlent du souvenir des agressions subies et je leur parle de ma vie actuelle et, petit à petit, nous reconstituons le puzzle en travaillant avec le soutien de mon thérapeute ”

Adapté de Mind

TSPT-C : Qu’est-ce que le Trouble de Stress Post-Traumatique Complexe ?

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Il est probable que vous connaissiez déjà le TSPT. Ce trouble de stress post-traumatique qui affecte les militaires et les survivants d’accidents de la route, de catastrophes naturelles et d’actes de violence. Le TSPT complexe, quant à lui, est spécifique aux traumatismes graves et répétitifs qui surviennent généralement pendant l’enfance – le plus souvent sous forme de maltraitance.

POURQUOI LE TSPT COMPLEXE EXISTE-T-IL ?

Le TSPT complexe survient en réponse à un traumatisme prolongé au fil de plusieurs mois ou, généralement, de plusieurs années. Il peut s’agir d’abus émotionnels, physiques et/ou sexuels, de violence domestique, de vie en zone de guerre, de captivité, de trafic d’êtres humains ou autres réseaux organisés de violences, pour n’en citer que quelques-uns. Bien qu’il existe des circonstances exceptionnelles au cours desquelles des adultes peuvent développer un TSPT-C, on le rencontre le plus souvent chez ceux dont le traumatisme est survenu dans l’enfance. Pour les plus âgés, le fait d’être sous le contrôle total d’une personne (et souvent incapable de pourvoir à ses propres besoins primaires sans elle), associé à l’absence de toute issue prévisible, peut détruire le psychisme, le sentiment que la victime a d’elle-même et l’affecter de manière profonde. Pour les personnes ayant vécu cette expérience dans l’enfance, alors que leur cerveau était encore en développement et qu’ils commençaient à peine s’appréhender en tant qu’individus, à découvrir le monde qui les entoure et à construire leurs premières relations – ce traumatisme grave a interrompu le cours entier de leur développement psychologique et neurologique. Lorsqu’un adulte vit un événement traumatique, il dispose de plus de moyens pour comprendre ce qui lui arrive, sa place en tant que victime, et il sait qu’il lui faut demander de l’aide même si cela ne lui dit rien. Les enfants ne possèdent pas ces compétences, ni même la capacité de se séparer des actions répréhensibles de l’autre. Les implications psychologiques et développementales de cette situation s’enchevêtrent et s’entremêlent de façon complexe dans la manière dont l’enfant se perçoit – créant un réseau de croyances fondamentales beaucoup plus difficile à démêler que les flash-back, cauchemars et autres symptômes post-traumatiques qui vont survenir ultérieurement. Une autre chose importante à savoir est que le traumatisme causé aux enfants par le TSPT-C (ainsi que les troubles dissociatifs) est habituellement profondément interpersonnel au sein du système qui s’occupe de lui. Indépendamment des événements traumatiques et de l’agresseur, il y a souvent une composante supplémentaire de négligence, de douches d’affections chaud-froid de la part de l’adulte responsable, ou une invalidation totale du traumatisme si l’enfant essaie d’en parler. Ces relations d’attachement déstructurées et ces messages contradictoires de la part de ceux qui sont censés apporter amour, réconfort et sécurité – le tout en situation de traumatisme extrême – peuvent créer encore plus de souffrances que ne connaissent les personnes atteintes de TSPT seul.

À QUOI RESSEMBLE LE TSPT-C ?

Pour cerner certains défis caractéristiques – tels que décrits dans les critères du TSPT complexe – nous commencerons par celui qui apparaît le plus fréquemment dans la vie quotidienne : la régulation des émotions. Les survivants atteints du syndrome de stress post-traumatique complexe ont beaucoup de difficulté à composer avec leurs émotions – à les vivre, les contrôler et, pour beaucoup, à tout simplement les comprendre ou les nommer avec exactitude. Beaucoup souffrent d’une tristesse incontrôlable et persistante, de colère explosive ou refoulée, et/ou de pensées suicidaires. Ils peuvent être désensibilisés, ne pas avoir les réponses émotionnelles appropriées aux situations, être incapables de détecter les changements soudains dans leur contenu émotionnel ou avoir de la difficulté à retrouver un équilibre après émotion forte. Il est également très courant pour ces survivants de revivre les émotions du traumatisme de façon intrusive – en particulier lorsqu’elles sont déclenchées par un élément extérieur. Ces sentiments sont souvent disproportionnés par rapport à la situation présente, mais ils correspondent à l’intensité des émotions au moment du traumatisme, c’est ce que l’on appelle un flash-back émotionnel. La difficulté à se percevoir objectivement constitue une autre lutte existentielle pour les survivants de traumatismes complexes, notamment parce que le développement de leur identité a été violemment interrompu ou manipulé par une personne aux intentions subversives. La façon dont ils se perçoivent peut être radicalement différente de la vision qu’ont les autres. Certains ont le sentiment de porter ou de s’identifier à la honte et aux actes humiliants qu’ils ont vécu – ils ont le sentiment d’être “mauvais”. D’autres se sentent totalement impuissants ; ils ont été déçus par tant de personnes qui auraient pu mettre fin à ces mauvais traitements, mais qui ne l’ont pas fait, si bien qu’ils pensent que “ça doit venir d’eux “. Beaucoup se considèrent comme responsables de ce qui leur est arrivé et donc indignes de gentillesse ou d’amour parce qu’ils se sont infligés cela eux-mêmes”. Et pour beaucoup d’autres, ils se sentent stigmatisés, ils se perçoivent uniquement sous l’angle de leur traumatisme et s’inquiètent toujours d’être en trop ou d’êtreun fardeau, ou bien se sentent totalement et complètement différents des autres et de ce qui les entoure – il ne sont pas normaux. Aussi surprenant que cela puisse paraître, tous ces sentiments, et bien d’autres encore, peuvent cohabiter chez une personne qui est à vos yeux très talentueuse, compétente, forte et compréhensive. Les interruptions de conscience sont également une autre conséquence fréquente – et parfois très effrayante – du TSPT complexe. Certains effacent les événements traumatisants (même s’ils s’en rappelaient à un moment donné), les revivent de façon intrusive, s’en souviennent en fragments désordonnés, etc., c’est ce que l’on appelle la dissociation. La dissociation se présente sur un éventail allant de la rêverie anodine ou du ”déphasage” temporaire à des épisodes plus perturbateurs comme le sentiment de déconnexion du corps ou du processus mental, l’impression de ne plus se sentir réel, une perte de notion du temps, jusqu’à des épisodes plus sévères tels que le fait de passer d’un état à un autre (ou différentes personnalités), tout comme on peut l’observer dans le Trouble Dissociatif de l’Identité. Les épisodes de perte de notion de temps peuvent durer de quelques minutes à plusieurs jours, et même se porter sur de longues étapes de l’enfance. Les écarts de temps les plus importants ne sont généralement observés que dans les cas de TDI, mais les personnes atteintes du TSPT-C peuvent subir des “interruptions de conscience” qui entraînent des trous de mémoire, le stockage de peu de souvenirs, un contenu traumatique complètement inaccessible ou, inversement, un retour de trauma non désiré (ex. flashback, images envahissantes, mémoires corporelles, etc.) La suite logique porte sur les difficultés relationnelles, car chaque conséquence mentionnée jusqu’ici affecte le degré d’aptitude pour les relations. Mais ces difficultés ne se limitent pas à un manque de qualité ou de diversité dans les liens crées. Il s’agit davantage du fait que les survivants se sentent complètement isolés de leurs semblables et ne savent même pas comment interagir. Ils refusent instinctivement de faire confiance à quiconque (ou ne savent simplement pas comment), ou alors ils font trop facilement confiance (même aux mauvaises personnes, car leur d’alarme est affaibli). Ils recherchent perpétuellement un sauveteur ou à l’être pour les autres. Ils recherchent des amis et des partenaires blessants ou violents parce que c’est la seule chose qui leur semble familière, et ils peuvent quitter de manière abrupte une relations positive sans raison particulière. En gardant tout cela à l’esprit, et en étant plus conscient du degré de lutte que mènent les victimes du TSPT dans leur perception d’eux-même ainsi que dans leurs relations interpersonnelles, il est plus facile de comprendre la conséquence suivante :

La perception des agresseurs.

C’est l’une des batailles les plus insidieuses pour nombres de survivants du syndrome de stress post-traumatique complexe, même si la position semble claire pour ceux qui les entoure. Les victimes de traumatismes prolongés peuvent finir par ”se rendre”, en acceptant le pouvoir total de leur(s) agresseur(s) sur eux, et peuvent même continuer à s’y soumettre une fois “libre”. “Je serai toujours sous son contrôle, il décide de tout, il sait probablement mieux que moi ce qui est bon pour moi.” D’autres ressentent une profonde tristesse ou une profonde culpabilité à l’idée de les quitter, qui perdure longtemps après qu’ils soient partis, s’ils en ont été capable. Certains peuvent se sentir hypnotisés par le côté charmant de leur agresseur ou par cette personnalité publique chaleureuse que tout le monde semble apprécier; il est vraiment impossible de penser en mal à cette personne. Nombreux sont ceux qui désirent ardemment que leurs agresseurs les aiment, tout simplement, recherchant leur approbation même à l’âge adulte, et s’épuisant dans une vie personnelle en quête de leur fierté. Parallèlement d’autres sont obnubilés par leur colère, ne gardant que haine et mépris pour leur(s) agresseur(s), jusqu’à en devenir définitivement amer ou à vouloir se venger. (Notons qu’ils sont peu à le faire. C’est plus une notion de pensées que d’actes).

De nombreux survivants ont des pensées et des sentiments plus primaires, plus superficiels, concernant leur(s) agresseur(s), surtout lorsqu’on le leur en parle. Ils savent ce qu’ils sont “censés dire” ou “censés ressentir”, et agissent en conséquence. Mais il est important de savoir que plusieurs réactions coexistent, bien souvent, chez une même victime, oscillant entre deux extrêmes, dissimulés derrière ce que l’on montre et ce qui se trouve en soi-même. D’une année à l’autre et au cours d’une même journée, les sentiments peuvent changer et ce dont le survivant est conscient par la pensée peut être en désaccord avec ce qu’il ressent émotionnellement.

Le “Système des Significations”

Parmi les nombreuses perturbations du développement observées chez les personnes atteintes de TSPT-C, l’une des plus difficiles à surmonter, même avec un suivi thérapeutique, est (…) celle que nous appelons le “système des significations”. Cette conséquence, après avoir subi un traumatisme si terrible, peut paraître presque irréparable. Ce critère fait référence au combat mené pour tenter de s’accrocher à la foi ou la croyance que la justice puisse l’emporter sur l’éthique et la morale bafouées. La vision de la vie des survivants et leur vision sur le monde en général est complètement déformé par leur vécu, ce qui parait évident.

UNE PERSPECTIVE CLINIQUE : INCLURE LES TROUBLES CONCOMITANTS ET LES EFFETS DU TRAUMATISME SUR LA SANTÉ

Le trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C) est un syndrome qui résulte d’un traumatisme grave, prolongé ou extrêmement menaçant. Souvent, ce traumatisme est aussi interpersonnel, il survient tôt dans la vie, dure longtemps, implique un mélange de types de traumas ou est suivi d’un ou plusieurs traumatismes non reliés. Le TSPT -C comprend tous les critères du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), en plus des symptômes qui reflètent l’impact global du traumatisme. En termes simples, en plus des intrusions traumatiques, de l’évitement, des altérations négatives de la cognition et de l’humeur, et des altérations de la stimulation et de la réactivité, le TSPT-C implique également une perception faussée de l’agresseur (comme le sentiment positif envers un agresseur, sa vision d’être tout-puissant ou le désir obsédant de se venger) et des altérations négatives en cognition et humeur bien plus extrêmes. Une personne atteinte du TSPT se sent déprimée à la suite d’une catastrophe naturelle, mais une personne atteinte du TSPT-C va se sentir impuissante, honteuse et complètement différente des autres personnes après ces années de négligence ou de violence. Elle peut avoir des difficultés à établir des relations interpersonnelles et être aux prises entre méfiance et besoin d’échapper au sentiment d’isolement. Elle perd complètement confiance en la vie et n’y trouve aucun sens. De plus, elle peut éprouver une colère intense qu’elle tente désespérément de refouler, ou qui va être dirigée vers les autres dans des éclats explosifs ou envers elle-même, par des gestes autodestructeurs ou suicidaires. Enfin, la dissociation joue un rôle beaucoup plus important dans le trouble de stress post-traumatique complexe et de nombreuses personnes atteintes de ce syndrome sont confrontées à la dépersonnalisation chronique (sentiment d’irréalité) et/ou à la déréalisation (sentiment d’irréalisme), l’amnésie dissociative (capacité à se souvenir en partie ou entièrement du traumatisme), la confusion de leur identité (incapacité de savoir qui elles sont, sentiment que le traumatisme a annihilé le sens de soi), voire la mutation des traits d’identité (passage d’une personnalité dissociative à l’autre). Le TSPT-C est très souvent associé à des troubles dissociatifs, y compris le trouble dissociatif de l’identité (TDI) ou aux autres troubles dissociatifs spécifiques (TDNS). Parmi les autres comorbidités courantes, mentionnons le trouble de la personnalité limite (TPL), les troubles dépressifs ou bipolaires, les troubles anxieux, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles alimentaires et la toxicomanie. La plupart des personnes atteintes d’un TDI ou d’un TDNS souffrent de TSPT-C parce que le traumatisme qui a causé leur état était souvent interpersonnel, récurrent et grave et qu’il s’est produit pendant leur enfance et a donc eu un très fort impact sur leur développement. Alors que le TSPT-C est moins fréquent chez les personnes atteintes de trouble bipolaire, celui-ci partage de nombreuses caractéristiques de diagnostiques avec le TSPT-C, ce qui le rend parfois difficile à distinguer. Certaines différences clés sont qu’automutilation et comportements suicidaires causés par une instabilité émotionnelle jouent un rôle moins important; les personnes ayant un trouble bipolaire ont une image personnelle changeante alors que celles avec un TSPT-C ont une image personnelle négative constante ; les personnes atteintes du TSPT-C sont plus susceptibles de se sentir isolées et méfiantes (…) ; et, pour finir, la dissociation est plus courante et plus importante dans le TSPT-C. Néanmoins, il n’est pas du tout rare qu’une personne présente à la fois un TSPT-C et un trouble bipolaire ou un TDI ou un TDNS, avec une combinaison d’autres troubles comorbides. (…)

Les symptômes négatifs du TSPT sont plus temporaires ou plus clairement identifiés comme résultant du trouble, mais pour les personnes atteintes de TSPT-C, toute leur personnalité et leur vision de la vie a été façonnée par les événements traumatiques. Malheureusement, ces symptômes ne se limitent pas à leur état psychologique. Les personnes atteintes du TSPT-C sont également sujettes à des symptômes physiques qu’on ne peut expliquer médicalement, et qui sont plutôt associés à une douleur et à un stress interne. Ces symptômes physiques, appelés symptômes somatiques, peuvent inclure des douleurs cervicales et dorsales, des maux de tête et des migraines, des problèmes gastro-intestinaux, y compris le syndrome du côlon irritable, des allergies, des troubles thyroïdiens et autres troubles endocriniens, le syndrome de fatigue chronique ou le syndrome appelé fibromyalgie qui entraîne une douleur généralisée, une fatigue, des troubles du sommeil, de la mémoire et de l’humeur. De plus, le traumatisme qui cause le TSPT-C peut déclencher ou exacerber des maladies chroniques ou des vulnérabilités génétiques existantes. Tout cela peut pousser un survivant de trauma déjà éprouvé mentalement et émotionnellement au-delà de ses limites lorsque les déclencheurs augmentent ses symptômes de TSPT-C et provoquent une poussée de son état somatique ou physique. Chez les survivants très dissociatifs, ces périodes intenses sont susceptibles d’entraîner une anesthésie émotionnelle, des difficultés de mémoire autobiographique, des périodes de déréalisation ou de dépersonnalisation intense, des épisodes de ‘’fugue’’ au cours desquels l’individu se déplace et agit en état de transe, ou par des va-et-vient entre personnalités dissociées. Bien que cela puisse atténuer temporairement la douleur causée par le traitement des souvenirs traumatiques et les douleurs physiques, cela peut nuire à la guérison à long terme et rendre le travail, la scolarité et l’interaction sociale difficiles. La dissociation en réponse au stress traumatique et le TSPT-C qui en résulte peut aussi augmenter le risque de revictimisation et de nouveaux abus ou événements traumatisants.

Source : Beauty after bruises