Abus sexuel

Prêtres pédophiles: comparable à l’inceste, selon un expert

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Sous le joug de la religion catholique, bien des enfants préfèrent taire le terrible secret d’abus sexuels perpétrés par des représentants de l’Église. De ces viols découlent souvent une série d’inhibitions qui perdurent, parfois jusque dans la tombe. Les barrières empêchant les victimes de dénoncer paraissent alors insurmontables, indique le psychologue expert Hubert Van Gijseghem.

Les affaires d’agressions sexuelles de prêtres pédophiles pullulent. Le recours collectif qui vient d’être autorisé contre les Frères du Sacré-Cœur à Granby est un exemple. Or, bien des tabous demeurent enracinés dans la société. Le Dr Van Gijseghem lève le voile sur ce qui entoure ces attaques à l’intégrité physique et mentale d’innocentes­ victimes.

Malgré ce que bien des gens présument, l’engagement d’abstinence ne pousse pas des prêtres à poser de tels gestes sur des enfants. Le problème se trouve plutôt « en amont », fait valoir l’expert de renommée mondiale. « Le célibat glorifié attire souvent des gens qui ont des problèmes avec leur sexualité. Il ne s’agit pas de devenir prêtre pour tripoter les petits gars. Ces hommes sont chastes pendant des années, mais un moment donné, cette sexualité trouble refait surface, et ils passent à l’acte. »

Trop souvent, les prêtres pédophiles ont « tendance à se déculpabiliser », poursuit la sommité en psychopathologie et sévices sexuels. « Ces gens rationalisent fréquemment leurs gestes. Ils se disent qu’ils ont été importants pour le petit gars. Qu’ils lui ont apporté quelque chose en lui apprenant l’intimité et toutes sortes de conneries du genre. […] L’Église est une organisation extrêmement fermée, avec une complaisance totale. Son emprise étouffe les victimes. »

Carcan

Selon le Dr Van Gijseghem, il est « triplement difficile » de révéler des abus sexuels commis par des prêtres, notamment lorsqu’ils sont en « situation de pouvoir » au sein d’établissements d’enseignement. Des recherches démontrent que 40 % des victimes de sévices sexuels ne dénoncent jamais leur agresseur. Uniquement 4,4 % des garçons signalent avoir été violés, mentionne celui qui compte des milliers­ d’expertises psycholégales.

En fait, les agressions perpétrées par des prêtres sont comparables à des abus au sein d’une famille. « Un prêtre qui viole des enfants est davantage lié à l’inceste, dit le spécialiste. […] Ce n’est pas pour rien que l’on dit “mon père”. »

L’intimidation érigée en réseau dans les établissements scolaires pèse aussi lourd dans la balance, renchérit-il pour illustrer le carcan qui emprisonne les victimes. « Dévoiler son agresseur, c’est être la risée de toute l’école », soutient le Dr Van Gijseghem.

À cela s’ajoutent par ailleurs de forts sentiments de honte et de culpabilité chez la gent masculine. « Pour les garçons, les incidents d’abus sexuels sont colorés par le tabou de l’homosexualité. […] C’est un genre d’auto­-incrimination très dissuasif­ de dénoncer. »

Répercussions

Selon le psychologue, bien des victimes de prêtres pédophiles sombrent dans la toxicomanie ou toutes sortes d’autres dépendances, notamment à l’alcool. « C’est une façon d’oblitérer, d’occulter­ une partie de soi », dit-il.

La plupart des personnes ayant été violées par des religieux gardent des séquelles, indique le Dr Van Gijseghem. « Souvent, ces victimes ont beaucoup de dif­ficultés dans leurs relations interpersonnelles parce qu’elles ont l’impression d’être fausses. Elles peuvent devenir très méfiantes quand quelqu’un leur expose les règles à suivre. Elles se braquent contre l’autorité. […] Heureusement, plusieurs s’en sortent avec du support psychologique. »

Source : par JEAN-FRANÇOIS GUILLET La Voix de l’Est

Abus sexuel

L’euthanasie des victimes d’inceste acceptée en Hollande

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Derrière l’euthanasie obtenue par une jeune Néerlandaise de 17 ans : un terrifiant renoncement des sociétés occidentales

Une jeune hollandaise de dix-sept ans, qui souffrait de stress post-traumatique, de dépression et d’anorexie après avoir été abusée et violée au cours de son adolescence, a été légalement autorisée à mourir chez elle dimanche après avoir demandé l’aide d’une « clinique de fin de vie ».

Ce n’est pas la seule. En 2015, estimant que sa souffrance morale était
« incurable » et « insupportable », les médecins ont autorisé une jeune femme de 20 ans à mourir ainsi que le permet la loi hollandaise.

Son nom n’a pas été révélé. Seuls son calvaire et sa fin terrible sont désormais connus du public.

Les autorités hollandaises viennent de faire savoir qu’une jeune femme de 20 ans avait obtenu l’an dernier l’autorisation d’être euthanasiée. Ainsi que le permet la loi des Pays-Bas, où le suicide assisté a été dépénalisé depuis plus de dix ans.

Victime d’agressions sexuelles dans l’enfance, entre 5 et 15 ans, la jeune femme a été tuée en 2015 par injection létale. Un collège de médecins et de psychiatres avait donné son aval. Estimant que sa souffrance morale et mentale était insupportable.

Selon les informations divulguées par la commissions chargée du suivi de l’euthanasie, la jeune femme souffrait d’un syndrome de stress post-traumatique qu’aucun traitement ni aucune thérapie ne parvenait à soulager.

Ces troubles mentaux incluaient ; entre autres, une forme sévère d’anorexie, une dépression chronique, des hallucinations et une tendance à l’automutilation. Ses douleurs étaient également physiques et clouaient la malheureuse au lit : « Il n’y avait pour elle ni perspective ni espoir » dit son psychiatre « La souffrance de cette patiente était insupportable. »

Si un tel suicide assisté n’est pas exceptionnel en Hollande, le cas de la jeune femme fait cependant débat car il apparaît que deux ans avant sa mort, cette dernière avait suivi un « traitement anti-traumatisme » qui semblait apporter des résultats très positifs et la soulageait grandement. Une thérapie abandonnée l’année suivante après que des experts indépendants avaient décidé que son cas était « désespéré ».

De même, s’il a reconnu que la souffrance mentale de la jeune femme l’empêchait de vivre, les autorités médicales ont toutefois estimé que son discernement n’était pas altéré et sa demande de mort assistée totalement rationnelle et recevable.

Il n’y a pas de mots pour dire la douleur de savoir qu’on les a assistées à se suicider. La limite de la médecine pour les victimes…Pourquoi ces jeunes filles n’ont pas été orientées vers et soutenues par des survivantes et d’autres formes de thérapies? Qu’en est-il des agresseurs? Les a-t-on également euthanasiés? Revis hérault

art-thérapie

Prise en charge art-thérapeutique – reviviscences de viols par inceste

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Maud est arrivée par l’intermédiaire du site « 13 or de vie » mettant en œuvre des ateliers d’art-thérapie pour les victimes directes ou indirectes des attentats de Paris. Elle a pris un nom d’emprunt et nous respecterons son anonymat d’autant que très vite, elle a expliqué sa présence aux ateliers par son lien avec une victime des attentats et, suite à ces événements, sa réactivation des viols par inceste subis. Comme l’association accompagne ces victimes dans « 13 or de vie » et les victimes de viols par inceste dans d’autres ateliers, Maud a demandé à venir le samedi matin et un atelier a été mis en place, pour elle, et des stagiaires, d’octobre 2016 à janvier 2017.

Notre étude vise à démontrer l’avantage de l’art-thérapie dans la reconstruction d’un être traumatisé, mais aussi l’effet à long terme qu’apporte cet outil pour permettre au patient de retrouver une autonomie relativement rapidement.

par Emmanuelle Cesari

Thyma02/07/2017Mémoires et travaux universitaires

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1 – Une méthodologie art-thérapeutique pour les victimes

a) L’art-thérapie préventive pour éviter l’installation d’un conflit

Rappel pour les dix séances

L’art-thérapie préventive a sa place dans tous les moments de transition. Dans tous les cas, c’est le sujet qui prime et non sa production. Peu importe si le sujet ne produit rien de génial, pourvu qu’il aille mieux. C’est dans ce but qu’il est venu, non pour devenir artiste. (Jean-Pierre Royol)

b) Le modèle cathartique

Il va permettre au sujet de vider son sac dans une logorrhée défensive puis sera mis en place l’outil de création. La représentation sur le papier permet de cadrer, par le format de la feuille, de limiter par la concentration de la double tâche de raconter et dessiner, de gérer la coordination pensée – œil – main. Mais il est essentiel de retenir que ce processus n’est possible que si le thérapeute est capable de contenir la douleur de la participante et de l’accompagner dans sa recomposition sans marquer d’autorité, de supériorité et au contraire inscrire dans cette relation une forte notion de partage. « Le patient devient alors progressivement co-thérapeute de la dyade » (Mairesse, 2012).

c) Élaborer autour des événements subis

Victime indirecte de l’attentat du Bataclan, Maud exprime une réactivation des émotions mettant à jour un état de stress post-traumatique plus ancien, non pris en charge et non intégré. Cet événement traumatique en a donc ravivé un autre, en l’occurrence les agressions paternelles. Elle est dans un état de décompensation de l’après-coup.

d) La logique systémique

La famille de Maud s’occupe de la cousine victime du Bataclan mais personne n’a relevé le changement délétère chez Maud qui souffre de ses réminiscences. Maud n’allant pas bien depuis le Bataclan, n’exerce plus son métier de psychomotricienne auprès des enfants. C’est la raison pour laquelle elle éprouve le besoin d’une aide extérieure.

e) La stratégie du détour

La stratégie du détour est une pose de l’indication thérapeutique du cadre de telle sorte qu’on ne travaille pas dans un registre tabou, qu’on respecte les défenses, qu’on ne brutalise pas les symptômes, qu’on contourne les résistances, et qu’on élise une proposition dans le temps, l’espace, les règles du jeu, les acteurs en présence, qui puisse contribuer à mettre en scène les formes dessinées par les trois dimensions précédentes. (Jean-Pierre Klein)

2 – Le cadre thérapeutique de l’atelier d’art-thérapie

« C’est un espace transitionnel qui permet de favoriser la créativité et l’expression de chacun » (Winnicott)

Le cadre est un ensemble de règles, de limites, d’interdits, de normes, d’habitudes et d’attitudes, dispensés aux participants par le thérapeute afin de fournir un contenant pour les processus psychiques qui sont mis en jeu.

a) Les conditions spatiales et temporelles

Les ateliers ont eu lieu le samedi matin de 10 à 12 heures, toujours au même endroit, dans la même salle. Lors d’un atelier supplémentaire pour finir le joint de la mosaïque nous n’avons pas obtenu la même salle et Maud se sentira un peu perdue.

b) Les conditions matérielles et le choix du médium

Lors de l’entretien préalable, j’ai noté que Maud partait un peu dans tous les sens, sautait du coq à l’âne et revenait sur ce qu’elle avait évoqué précédemment. Ayant suivi auparavant, plusieurs participantes victimes de viols par inceste, je connais l’importance du cadre qui met en place une sécurité suffisante pour que le sujet puisse supporter l’inconfort du changement et s’engager dans un processus. Le processus lui-même provoque l’évolution des consignes, j’adapterai à chaque séance l’utilisation d’un médium ou d’un autre. Je commencerai par du collage papier pour intégrer ensuite différentes matières, puis pour arriver sur du solide, nous ferons un plateau de mosaïque.

c) Les conditions financières

Les ateliers sont offerts par la Fondation de France – dans le cadre de suivi des victimes directes ou indirectes des attentats de Paris – et Maud ne m’est redevable de rien.

d) Les conditions de stockage de la production

Maud cherche du travail. Elle ne veut plus demander d’argent à sa famille. Elle a donc du temps à consacrer à sa recherche de psychologue et d’ateliers d’art-thérapie. Maud emportera ses productions de manière à continuer à faire des recherches chez elle.

3 – Le déroulement de l’atelier

a) Temps d’accueil

Chacun s’installe, nous prenons un café, nous faisons le point sur les moments importants de la semaine écoulée.

b) Temps de production

La participante, les stagiaires et l’art-thérapeute peuvent échanger. Il est important d’observer que parfois il y a flux de paroles et parfois silence presque total.

c) Temps d’échange autour des productions

L’accent est porté sur l’aspect symbolique des productions, matière à échanges, associations d’idées et « symbolisation primaire et secondaire ». Sont pris en compte également les éléments transférentiels se jouant dans l’atelier, à tous les niveaux.

4 – Les objectifs de l’atelier

a) Les outils diagnostiques

– L’auto-évaluation et la fiche ESPT – M.I.N.I. 500 – version française août 1995 : Il y a des moments de dissociation et puis ma famille et le rapport avec la psychologue m’ont éteinte à nouveau, comme paralysée, replongée dans un déni partiel, coupée dans mon élan de début de libération et m’ont rendue à la fois désagréable, sur la défensive (m’identifiant à nouveau à mon père) et prête à exploser sans pouvoir le faire.

– Constat de l’art-thérapeute lors de l’entretien préalable :

Lors de notre premier entretien, alors que Maud était lancée à grand débit de paroles, entrecoupées de petits rires nerveux, j’avais remarqué un clivage lorsqu’elle parlait de sa famille. Je n’ai pas poussé son discours car je savais que je ne disposerais que de dix séances donc qu’il m’était impossible de travailler sur une possible dissociation. Je note cependant quelques points sur lesquels je suis restée vigilante : élaborer sur le sentiment d’abandon de la participante ; gérer les transferts négatifs ; sortir des clivages ; gérer la dissociation ; réunir ses différentes facettes ; oser écrire, sortir du silence ; ne pas chercher à remplir les satisfactions des autres à tout prix ; vivre plus le moment présent et en profiter.

Informations recueillies sur les symptômes de l’État de stress post traumatique (ESPT) : Sachant que les attentats avaient provoqué chez Maud, une réminiscence de vécus infantiles difficiles, je l’ai invitée à me parler des symptômes de son enfance et ensuite de ceux actuels.

Tic de respiration forte étant enfant et autres tics corporels, masturbations compulsives, “jeux” sexuels avec d’autres enfants, mêmes cauchemars qui se répètent, problèmes à se représenter le contenu de lectures, au début de l’adolescence et après un déménagement apparition d’angoisses existentielles, impression de perte lexicale sémantique – « je regardais les définitions exactes dans le dictionnaire, comme si beaucoup de choses m’avaient échappées les années précédentes », inhibition intellectuelle et motrice), problèmes relationnels, difficultés mémorielles, de représentation et de compréhension qui pèsent sur la scolarité, problème de conscience corporelle, auto-mutilations, troubles alimentaires, dépressions, logorrhées, sentiment d’oppression.

Maud évoquera différents symptômes actuels qui la perturbent : reviviscences, état second, dissociation, peur, crises d’angoisse, sentiment de menace, de solitude envahissant, colère, irritabilité, méfiance, somatisations (vertiges, douleurs aux parties intimes, au cou, aux cuisses, pelades, douleurs au dos, au ventre), cauchemars avec reviviscences d’odeurs, de souvenirs sensoriels, mémoire altérée, déprime, asthénie, intellectualisation, besoin de contrôle, toc de vérification, de propreté, temporalité perturbée, spectatrice de soi-même, détachement de soi-même, problème de lien corps-psychisme.

Après recueil de ces informations, nous avons cherché à définir nos objectifs. J’ai pris en compte les siens afin de définir mes propres orientations.

b) Les attentes de la participante

Maud exprime le besoin de : pouvoir différencier ce qui émane de l’emprise des membres de sa famille de ce qui provient de ses envies ; mettre de la distance avec la famille ; pouvoir se protéger, pouvoir dire NON ; moins intellectualiser, lâcher prise, détecter les moments où l’effort prend le dessus, quand le cerveau sature ; sortir de l’isolement ; ne pas se laisser envahir par des tocs ; réaliser la confusion entre minimisation, le fait de relativiser, se contenter de telle ou telle chose et ce qui relève de la culpabilité ; réaliser la différence entre les conséquences qui découlent de l’ESPT sur la vie professionnelle, sociale, sentimentale et ce qui relève de ses propres envies qui dans l’urgence doivent faire coïncider les deux.

c) Les objectifs de l’art-thérapeute

En réponse aux besoins de Maud, l’art-thérapeute doit faire en sorte qu’elle pense à elle en priorité et passer outre la culpabilité qui s’ensuit ; l’aider à créer son propre cadre dans lequel elle se sent bien ; l’accompagner à sortir de l’emprise, reconstruire son indépendance, sa liberté ; encourager la poursuite de la réflexion pour sortir de la dévalorisation et se remettre en mouvement dans un quotidien nouveau.

– Travailler sur la symbolisation dans ce cas de clivage : Avec la prise en compte du passé de ma patiente et des traumatismes familiaux, il faut choisir minutieusement les outils. Le collage qui, d’après l’étude de Gérard Bayle (2012) permet aux enfants de s’identifier par incorporation aux parents, répond aux besoins de Maud.

– Travailler avec l’émotion esthétique : C’est tenter de rendre visible l’invisible, tenter de dire l’indicible, guetter l’apparaître sous l’apparence… car l’essence même de l’art-thérapie consiste, entre autres, à extérioriser une émotion, une image, une vision, impossibles à verbaliser. En ateliers d’art-thérapie, je vais essayer de repérer cette émotion esthétique, de la faire approcher à Maud. L’émotion esthétique ressentie a une place dans le processus art-thérapeutique, parler, associer autour d’elle peut avoir des effets thérapeutiques sur la participante.

– Et d’une manière plus affinée répondre à l’objectif de fond de l’art-thérapie : Que le cadre pratique prenne moins de place et vienne soutenir la mise en place d’un cadre interne et que ces ateliers permettent de faire un état des lieux, une remise en mouvement et peut-être le début d’un travail de transformation et de différenciation générationnelle.

5 – Les améliorations

A l’issue de ces séances, l’art-thérapeute et la participante ont établi une liste des observations positives et négatives :

a) Au niveau cognitif

Le travail sur la concentration sur soi et donc éloignement de l’emprise familiale a été bénéfique ; en pratique, par rapport au dessin initial, Maud s’autorise à moins coller au modèle ; l’Interaction du groupe “je rajoute un morceau rouge parmi ces couleurs claires (ça me rappelle la touche noire parmi les rouges sur le support de la stagiaire)” ; les ateliers ont participé à une meilleure gestion du temps, à la redécouverte de prendre son temps, celui aussi de gérer la frustration, de n’avoir aucune obligation de résultat, d’apprendre comment modifier le chemin petit à petit à l’instar de la mosaïque, changer en restant la même.

b/ Au niveau comportemental qui persiste de l’état de stress post-traumatique

Les ateliers ont amené progressivement Maud à prendre conscience de sa dispersion et du problème d’estime de soi, illustrés par un peu de négligences d’apparence, corporelles (posture, attitude, soins du corps), de son sentiment de déracinement, de son hypersensibilité à la douleur d’autrui, des animaux… ; de ses clivages, raccourcis dans la pensée, de sa simplification des choses ou au contraire de sa volonté à trop détailler ; de sa difficulté à prendre des décisions ; de ses régressions infantiles ; de se sentir dans la confusion, ne pas pouvoir rendre compte avec les mots justes, les situations, les ressentis ; de son perfectionnisme, de vouloir être dans une cohérence, d’éviter les contradictions et de vivre les choses en différé.

Tout cela a pu être mis en évidence dans la précision de ses compositions artistiques et Maud a pu, avec l’illustration concrète de ces attitudes exposer, nommer, expliquer et par l’échange avec le thérapeute, repenser l’automatisme, l’évitement, la dispersion

– Relation communication : De là bien sûr, découle une prise de conscience du besoin de contrôle et du droit à se réattribuer une place ; s’ensuit une prise de conscience du besoin de remettre le corps et la parole en mouvement.

– Expression : Ce travail en co-thérapie aura permis également le déblocage de certaines émotions ; Maud a pris de la distance par rapport aux événements et s’autorise à évoquer le traumatisme, à dédramatiser, à se déculpabiliser et donc travaille sur son identité de « non-coupable ». Elle dit avoir retrouvé l’accès à la rêverie, à l’imaginaire.

– Socialisation : Trois points sont à noter dans la resocialisation de Maud : venir à tous les ateliers avec le groupe, sortir de chez soi et reprendre un emploi.

Le dixième atelier a eu lieu le samedi 7 janvier 2016 – Maud a commencé un nouveau travail de garde d’enfant par l’intermédiaire d’une agence. Elle a fait valoir ses études de psychomotricienne. Elle réfléchit autour des enfants, car elle ne se voit pas faire de la garde d’enfants juste pour faire de la garde d’enfants ce qui ne serait pas intéressant et selon les valeurs de l’agence, elle essaye de retrouver doucement son domaine, la psychomotricité. Elle se rend compte que ça lui facilite certains réflexes, certains points de vue et observations. Maud écrit : “et puis mine de rien, je me resocialise, je vois plein de parents, je fais le trajet en RER… J’ai pris le livre : l’enfant sous terreur d’Alice Miller.”

6 – Discussion

Étant donné que la participante est venue dans le cadre d’ateliers de victimes indirectes des attentats de Paris, amenée par la souffrance d’une proche, il conviendrait de l’écarter peu à peu de cet événement pour resserrer le cadre et le rendre plus personnel afin qu’elle recrée son espace intime et qu’elle trouve sa bonne distance avec sa famille.

La préparation d’ateliers ne garantit en aucun cas leur réussite. Maud et moi-même devons faire face aux imprévus, aux réactions personnelles qui peuvent même être étrangères à la participante. C’est pourquoi, nous nous sommes appliquées à faire un point après chaque séance, à rassembler nos impressions et nos besoins. Mais, il manque toujours du recul pour réinjecter dans la séance suivante ce que l’on vient d’apprendre et en tirer le meilleur parti. Il est donc évident qu’avec davantage de temps, certains points auraient eu besoin d’être affinés, certaines idées pertinentes auraient pu émerger plus tôt au bénéfice de Maud.

Étant donné le peu de temps qui nous a été alloué pour cette thérapie, nos objectifs n’ont pu être qu’à moitié réalisés sur 10 séances. Ceci, nous pousse à envisager une suite. Nous nous retrouverons une fois par semaine dans un atelier à Clichy et nous sommes tombées d’accord pour poursuivre sur un blogue : http://artherapievirtus.org/R-A-I-V-I/

L’absence de contact physique avec risque de perception d’intrusion y deviendra un avantage tant pour Maud que pour le thérapeute si nous voulons approfondir le travail sur la base de la vraie raison de sa venue aux ateliers. L’apport de photos, de vidéos, de bandes son, permet toutes les ouvertures artistiques et une communication hors langage bien loin d’un débriefing. L’hémisphère droit, siège de l’émotion peut alors suffire à l’échange.

Il permet dans ce même esprit de co-thérapie, tant au thérapeute qu’au patient de se retrouver, de se rassembler par la conservation des échanges et des créations qui bien souvent font l’objet de destruction de la part du sujet en souffrance suite à des besoins de faire disparaître la concrétisation de ce qui le hante. Il autorise ainsi l’illustration évidente d’une évolution positive, sauvegarde du moi car la dépendance à l’autre est vécue comme insupportable (Jeammet, 2000). La liberté que donne la libre expression sur le blogue permet de s’attacher à un travail quotidien qui éloigne la dépression et sans dépendance.

Une resocialisation est en route à travers cette communauté virtuelle, dans laquelle les échanges avec d’autres personnes victimes de viols par inceste est fructueuse.

Source et bibliographie : Thyma

Abus sexuel

Il n’y a pas d’âge pour accepter de se faire violer…

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A quel âge  un enfant est-il consentent?
Selon la législation française, à tout âge . La tentative d’instaurer un seuil d’âge du consentement sexuel des mineurs ayant été un échec.

Suite à deux affaires judiciaires en 2017 dans lesquelles la qualification de viol n’avait pas été retenue à l’encontre d’un majeur qui avait eu des relations sexuelles avec une mineure de 11 ans, le gouvernement avait envisagé de fixer un âge en dessous duquel un mineur serait présumé ne jamais consentir à un acte sexuel avec un majeur.
La loi du 3 août 2018, qui vise à renforcer la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, n’est pas parvenue à établir un âge de consentement.
Selon l’article 222-22-1, alinéa 3, du Code pénal, ”lorsque les faits sont commis sur la personne d’un mineur de quinze ans, la contrainte morale ou la surprise sont caractérisées par l’abus de la vulnérabilité de la victime ne disposant pas du discernement nécessaire pour ces actes ”. Mais pour cela, il faut démontrer l’absence de sa vulnérabilité , de discernement ainsi que l’abus de cette vulnérabilité . Lourde tâche pour un enfant traumatisé après la sidération du viol.


L’article 227-25 du Code pénal, quant à lui, punit ”le fait, par un majeur, d’exercer une atteinte sexuelle sur un mineur de quinze ans ”. Un majeur qui a eu une relation sexuelle avec un mineur de 15 ans peut être poursuivi pour viol et encourir une peine maximale de vingt ans de réclusion criminelle, ou pour atteinte sexuelle sans violence sur un mineur de 15 ans avec une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement. Atteinte sexuelle, ou encore mieux, atteinte sexuelle avec pénétration, quel euphémisme pour le viol d’un mineur, avec ou sans violence.
Le gouvernement n’est pas parvenu à fixer un seuil d’âge et les mineurs peuvent consentir à un acte sexuel lorsqu’ils ont la ”faculté d’apprécier sainement les choses ” et ”de distinguer le bien du mal”. Par ce que c’est au mineur d’être en mesure de faire cela, et non pas au pédocriminel.

Est-ce que tous les mineurs de 15 ans disposent de discernement, comprennent la signification du consentement? A priori, oui, car ils reçoivent au moins trois séances annuelles d’éducation à la sexualité dans les collèges et les lycées, avec des manuels qui ne représentent même pas correctement l’anatomie féminine….

Pour finir, selon l’arrêt du 1er mars 1995, l’absence de consentement d’un enfant n’est pas automatique, même si la cour suprême a jugé que l’état de contrainte ou de surprise résultait du très jeune âge des victimes, de un an et demi à cinq ans, ce qui les rend incapables de réaliser la nature et la gravité des actes qui leur sont imposés. À partir de 5 ans, l’enfant ne subit peut-être pas malgré lui …
Il semblerait que la jurisprudence considère généralement que les mineurs, jusqu’à l’age de 10 ans, ne sont pas consentants. Pour les enfants de plus de 10 ans, il leur reste à se brasser pour expliquer qu’ils ne voulaient pas vivre ce qu’ils ont subi, comment ils ont été contraints, menacés ou surpris, afin que ce soit considéré comme une agression sexuelle.

Une fille et un garçon, de leur naissance à leur majorité.

Expliquons aux enfant qu’à la moitié de ce parcours, ils pourront être jugés comme consentant si on les viole.

© Frans Hofmeester
© Frans Hofmeester

Honte

Elle l’a bien cherché – Reportage entier

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Pour réaliser “Elle l’a bien cherché“, Laetitia Ohnona a suivi pendant sept ans le parcours judiciaire de quatre victimes: le dépôt de plainte, l’examen médico-légal, la confrontation avec le violeur présumé, les visites chez les médecins et psychiatres, la préparation du procès et enfin l’audience.  

Sur les 200 000 victimes de viols (ou de tentatives de viols) dénombrées chaque année en France, seules 16 000 franchissent la porte d’un commissariat. Entre tribunaux saturés et préjugés tenaces, ce documentaire montre le douloureux parcours de quatre victimes de viol pour se faire entendre. Une plongée sans fard dans un processus archaïque.

Souvent rongées par la honte ou la peur de ne pas être prises au sérieux, seules 16 000, sur les 200 000 victimes de viols (ou de tentatives de viols) dénombrées chaque année en France, franchissent la porte d’un commissariat. Elles ne verront pas toutes leur agresseur condamné puisqu’une plainte sur dix seulement aboutit aux assises. Débordés, policiers et magistrats sont contraints de ne garder que les dossiers les plus “solides”. Un témoignage fragile, des circonstances obscures ou une absence de séquelles physiques peuvent conduire au classement sans suite de l’affaire. Victimes de viol, Marie, 20 ans, Manon, 27 ans, Michèle, 56 ans et Muriel, 42 ans, expérimentent ce long combat où, à tout moment, le destin de leur plainte peut basculer.

Suspicion latente
Auditions au commissariat, confrontations, suivi à l’hôpital, entretiens avec l’avocat puis procès : Laetitia Ohnona n’omet rien du parcours du combattant qui incombe aux victimes de viol. Il leur faudra répéter inlassablement leur histoire, maîtriser leurs angoisses, subir les questions intimes des policiers et les examens gynécologiques. Au plus près de quatre femmes à différents stades de la procédure, la réalisatrice questionne aussi les représentations pesant sur elles. “Le jury populaire a souvent de nombreux a priori“, prévient l’avocate de Muriel, violée à la suite d’une soirée arrosée qui a dérapé. L’alcool, une tenue légère ou un flirt renvoient souvent à une suspicion latente de coresponsabilité. Sans pour autant incriminer une institution judiciaire dépourvue de moyens, ce documentaire lève le voile sur les lacunes du processus et interroge notre conscience de juré potentiel.

Laetitia Ohnona / France /2018

Source et vidéo : Arte