protocole violence sexuelles

Étude multicentrique contrôlée, à répartition aléatoire, portant sur l’administration du protocole EMDR PRECI chez des mineures victimes de violences sexuelles et/ou physiques et pour lesquelles un diagnostic de TSPT associé a été établi

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Résumé:

Cette étude longitudinale multicentrique contrôlée, à répartition aléatoire, se fixe trois objectifs : 1) évaluer le protocole EMDR pour les incidents critiques récents (EMDR-PRECI) dans la rémission du diagnostic de TSPT en comparaison au traitement usuel, chez les mineures ayant été victimes de violences sexuelles et/ou physiques; 2) évaluer l’efficacité du protocole EMDR-PRECI dans la réduction des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression chez les participantes en comparaison au traitement usuel; et 3) améliorer les connaissances concernant la corrélation existante entre les critères fondamentaux du questionnaire auto-rapporté PCL-5 servant à dresser le diagnostic provisionnel du TSPT et le diagnostic clinique du TSPT établi en fonction de l’échelle CAPS-5, sur cette population. L’étude a été réalisée en 2019 dans les villes de Puebla et Mexico, au Mexique, sur trois sites d’une organisation à but non lucratif qui fournit des services aux femmes en situation vulnérable. Au total, 32 mineures ont répondu aux critères d’inclusion. Les participantes étaient âgées de 12 à 17 ans (M = 15,35 ans). La participation était volontaire et soumise au consentement des participantes et de leur tuteur légal. Il est important de mentionner que 31 participantes sur 32 étaient enceintes au moment du traitement, avec une moyenne de grossesse à 24,63 semaines (6,15 mois). Toutes les patientes du groupe à qui l’on avait administré l’EMDR ne répondaient plus aux critères de diagnostic du TSPT après traitement et lors des évaluations de suivis réalisées 90 jours plus tard, alors que toutes les patientes du groupe sujet au traitement usuel répondaient toujours aux critères de base du diagnostic clinique du TSPT après traitement et lors des évaluations de suivi à 90 jours. Des analyses de variance (ANOVA) à mesures répétées ont été utilisées pour le TSPT, l’anxiété et la dépression; le test t et la taille de l’effet du d de Cohen ont été calculésen utilisant des facteurs intra-groupes et inter-groupes pour les différentes mesures. L’ANOVA a révélé un effet significatif quant au temps (F (2, 52) = 149.53 p <.001, ηP 2 =.852), au groupe (F (1, 26 = 140.71, p<.001, ηP 2 =.844); et les scores d’anxiété ont démontré un effet de temps important (F (1, 26) = 32.89, p <.001, ηP 2 =.559). Un effet d’interaction significatif entre le temps et le groupe (F (1, 26) = 17.37, p <.001, ηP 2=.401) a mis en évidence une baisse pour le groupe traité. En ce qui concerne les scores de dépression, des effets significatifs ont été trouvés pour le temps (F (1, 26) = 21.77, p <. 001, ηP 2 =.456). Les résultats ont aussi montré des effets d’interaction significatifs entre le temps et le groupe (F (1, 26) = 6.17, p <.05, ηP 2 =.192). Aucun effet significatif n’a été relevé pour le groupe sujet au traitement usuel. Les résultats de l’étude indiquent que le protocole EMDR-PRECI pourrait être une thérapie possible, offrant un bon rapport coût-performance et des résultats dans un délai raisonnable, pour traiter les patients pour lesquels un diagnostic de TSPT a été établi, et pour traiter les symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression de cette population.

Mots-clés: Intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR), Protocole EMDR pour le traitement des événements critiques récents (EMDR-PRECI), Trouble de stress post-traumatique (TSPT), Mineure, Violence sexuelle, Violence physique, Anxiété, Dépression

1. Introduction

Dans le contexte de cet article, l’expression « violence sexuelle » sera utilisée pour faire référence à tout comportement lié à l’agression sexuelle, au harcèlement, aux sévices sexuels, au viol ou à la manipulation psychologique en vue d’abuser une personne sexuellement. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), les violences sexuelles sur enfants et adolescents sont considérées comme l’une des formes d’agression sur personnes de moins de 18 ans les plus graves. Cette violence se manifeste sous diverses formes d’activité sexuelle avec mineurs pouvant aller d’actes sexuels sans contact physique tels que l’exposition à des documents pornographiques à d’autres actes avec contact corporel tels que les caresses et la pénétration. Les victimes de sévices sexuels signalent des réactions émotionnelles plus intenses pendant et après le traumatisme par rapport aux victimes d’autres traumatismes. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est l’une des séquelles les plus communes des violences sexuelles sur enfant. Des études effectuées auprès de filles en âge de scolarisation ayant été agressées sexuellement démontrent que 30% d’entre elles souffrent de symptômes dissociatifs et 40% de symptômes de TSPT. La violence sexuelle chez les enfants est aussi associée à des troubles de la santé mentale graves et négatifs à court terme et à long terme, tels que la dépression, l’anxiété et le comportement agressif. Une forte prévalence de l’anxiété, de la dépression, du TSPT, et du trouble de personnalité borderline a été découvert chez les femmes victimes de sévices sexuelles pendant l’enfance. Ces données indiquent que les conséquences de cet acte peuvent persister de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte. … Outre le statut socio-économique, le contexte familial, et les caractéristiques des agressions, il est également possible que des facteurs culturels influençant l’éducation des enfants, les attitudes envers la sexualité, et le développement des symptômes pourraient aider à expliquer des taux de symptômes sexuels plus élevés au sein de différents groupes ethniques.

Selon le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (5è édition; DMS-5), le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est un trouble de la santé mentale qui se développe après l’exposition à un ou plusieurs événements traumatiques (Critère A) et qui se caractérise par une reviviscence intense d’un événement traumatique au travers de souvenirs et de cauchemars intrusifs (Critère B), l’évitement des stimuli associés à l’événement (Critère C), des changements négatifs au niveau de l’humeur et des cognitions (Critère D), l’hypervigilance envers des menaces potentielles dans l’environnement (Critère E), et dans certains cas, des symptômes persistants ou récurrents de dépersonnalisation. Les événements du critère A comprennent, mais ne sont pas limités, aux menaces ou agressions physiques réelles (ex : violence physique pendant l’enfance, attaque physique), menaces ou agressions sexuelles réelles (ex : pénétration sexuelle forcée, pénétration sexuelle facilitée par la consommation d’alcool ou de drogue, les contacts sexuels abusifs, les sévices sexuels sans contact, l’exploitation sexuelle) (p.274).

Le TSPT se caractérise par de multiples phénotypes symptomatiques et est extrêmement comorbide, surtout chez les individus ayant vécu plusieurs traumatismes. La comorbidité du TSPT et les troubles dépressifs et anxieux sont les séquelles d’une exposition à des événements traumatiques. Environ la moitié des individus souffrant de TSPT rapportent généralement des symptômes dépressifs comorbides sur divers échantillons épidémiologiques. Le TSPT peut devenir un facteur de risque pour d’autres conditions médicales, y compris certaines complications pendant la grossesse telles que les grossesses extra-utérines, les fausses couches, l’hyperémèse, les symptômes de l’accouchement prématuré et la croissance excessive du fœtus. Il est possible et plausible que le stress prénatal représente un aspect important de l’environnement intra-utérin qui pourrait avoir une influence sur de nombreux, sinon tous les résultats du développement du fœtus. En ce qui concerne le traitement du TSPT, des méta-analyses et directives thérapeutiques récentes recommandent l’utilisation de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou l’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR).

1.1 Thérapie EMDR

La thérapie par intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR) est une approche psychothérapeutique à trois volets complète, axée sur le patient et codifiée en huit phases. Cette thérapie est guidée par le modèle de Traitement Adaptatif de l’information (TAI) qui suppose que la psychopathologie est fondée sur des souvenirs d’incidents critiques ou d’expériences de la vie négatives non traités par le cerveau et stockés dans la mémoire dans leur état d’origine. Le retour de ces souvenirs peut être déclenché par des stimuli internes et externes et ainsi contribuer au dysfonctionnement actuel. La thérapie EMDR et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) axée sur le traumatisme sont les seules psychothérapies recommandées pour les enfants, les adolescents et les adultes souffrant de TSPT dans le guide Guidelines for the Management of Conditions Specifically Related to Stress (Guide sur l’évaluation et la prise en charge des affections spécifiquement liées au stress) de l’OMS. Un projet de recherche réalisé récemment indique que la thérapie EMDR et la thérapie cognitivo-comportementale sont des choix de traitement efficaces contre le TSPT et les symptômes dépressifs. Il a été démontré que la thérapie EMDR est efficace chez les enfants souffrant d’un traumatisme. […]

2. Objectifs

Cette étude longitudinale, multicentrique, et contrôlée, à répartition aléatoire a trois objectifs.

1. Évaluer l’efficacité du protocole EMDR-PRECI dans la rémission du diagnostic de TSPT en comparaison au traitement usuel, chez les femmes mineures ayant été victimes de violences sexuelles et/ou physiques et pour lesquelles un diagnostic de TSPT associé aux événements a été établi;

2. Évaluer l’efficacité du protocole EMDR-PRECI dans la réduction des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression chez les participantes en comparaison au traitement usuel;

3. Améliorer les connaissances concernant la corrélation existante entre les critères fondamentaux du questionnaire auto-rapporté sur le trouble du stress post-traumatique du DSM-5 (PCL-5) servant à dresser le diagnostic provisionnel du TSPT et le diagnostic clinique du TSPT établi en fonction de l’échelle de TSPT administrée par le clinicien du DSM-5 (CAPS-5) sur cette population.

[…]

3.6.3. Traitement

Dans le cadre de cette étude, l’EMDR a été administrée sous forme de thérapie intensive. Des preuves portent à croire que des sessions de traitement plus fréquentes permettent de maximiser les résultats du traitement du TSPT. Ce format intensif a permis aux participantes d’achever un cycle complet de traitement en une brève période. Les participantes du groupe soumis à la thérapie EMDR ont participé en moyenne à 4,68 sessions individuelles de 60 minutes de traitement par EMDR, réalisées deux à trois fois par semaine (en fonction de la disponibilité des participantes) dans les centres désignés alors que les participantes au traitement usuel ont complété en moyenne 12,6 sessions individuelles de 60 minutes, administrées une fois par semaine.

Les thérapeutes et la fidélité au traitement

L’EMDR-PRECI a été fournie par huit thérapeutes accrédités et formés spécifiquement à l’administration du protocole. Afin de protéger l’identité des mineures, il fut interdit de les filmer ou de prendre des photos. Pour garantir la fidélité au traitement et l’adhésion au protocole, les thérapeutes EMDR observèrent strictement toutes les étapes du protocole rédigé.

[…]

5. Résultats

Rémission du diagnostic de TSPT

Le bilan du diagnostic du TSPT, établi en fonction de l’algorithme du DSM-5 permettant d’établir le diagnostic, a démontré que les participantes du groupe EMDR (16 sur 16, 100%) ne répondaient plus aux critères de diagnostic du TSPT après traitement et lors des évaluations de suivi réalisées 90 jours plus tard, alors que le diagnostic clinique de base du TSPT chez les patientes du groupe de traitement usuel a été maintenu après traitement et lors des évaluations de suivi réalisées 90 jours plus tard. En référence à l’amélioration globale sur l’échelle du CAPS-5 (élément 28), les participantes du groupe soumis à la thérapie EMDR ont montré les résultats suivants : 8 participantes sur 16 (50%) ont déclaré être asymptomatiques, et les 8 autres (50%) ont signalé une amélioration considérable.

[…]

6. Discussion

Cette étude longitudinale, multicentrique, et contrôlée, à répartition aléatoire, a trois objectifs :

1. Évaluer l’efficacité du protocole d’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires pour les incidents critiques récents et le stress traumatique toujours en cours (EMDR-PRECI) dans la rémission du diagnostic du trouble de stress post-traumatique (TSPT), en comparaison au traitement usuel, chez les mineures ayant été victimes de violences sexuelles et/ou physiques et pour lesquelles un diagnostic de TSPT associé aux événements a été établi;

2. Évaluer l’efficacité de l’EMDR-PRECI dans la réduction des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression chez les participantes en comparaison au traitement usuel; et

3. Améliorer les connaissances concernant la corrélation existante entre les critères fondamentaux du questionnaire auto-rapporté sur le trouble du stress post-traumatique du DSM-5 (PCL-5) servant à dresser le diagnostic provisionnel du TSPT et le diagnostic clinique du TSPT établi en fonction de l’échelle de TSPT administrée par le clinicien du DSM-5 (CAPS-5) sur cette population.

En ce qui concerne le premier objectif, les résultats issus de l’algorithme du DSM-5 permettant d’établir le diagnostic du TSPT ont prouvé l’efficacité de l’EMDR-PRECI pour atténuer les troubles de stress post-traumatique (TSPT) chez les mineures victimes de violence sexuelle et/ou physique. Une réduction évidente et significative des symptômes de TSPT a été observée, entre la première et deuxième mesure, puis une autre réduction a été notée entre la deuxième et troisième mesure, au sein du groupe traité. Il est important de mentionner que les différences entre la deuxième et la troisième mesure au sein du groupe traité ont montré une véritable tendance vers la signification statistique (.06), confirmant le retraitement des souvenirs pathogènes. Il est également clair que les résultats au sein du groupe ayant bénéficié du traitement usuel se sont quasiment maintenus au même niveau tout au long de l’étude. Il faut également souligner que lors des évaluations de suivi, 50% des participantes ayant reçu la thérapie EMDR ont déclaré être asymptomatiques, et les autres 50% ont signalé une amélioration considérable.

L’évaluation de l’efficacité de l’EMDR-PRECI dans la réduction des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression est prouvée par un effet de forte magnitude (d=7.90) obtenu lors de la comparaison du TSPT entre les deux groupes au Temps 3. Les résultats ont également démontré l’efficacité du protocole à réduire l’anxiété et la dépression. Pour les deux variables, cette réduction au sein du groupe traité est évidente lors du test ultérieur, et elle est confirmée par la taille d’effet forte (d=1.41) de la comparaison moyenne de l’incidence sur l’anxiété. Une tendance similaire a été notée pour la dépression, qui a également mis en évidence une taille d’effet forte (d=1.02).

En ce qui concerne la corrélation existante entre les critères fondamentaux du PCL-5 servant à dresser le diagnostic provisionnel du TSPT et le diagnostic clinique du TSPT établi en fonction du CAPS-5, sur cette population, les résultats ont montré une corrélation à 90,62% au Temps 1, et une corrélation de 100% aux Temps 2, et 3.

Les mineures et les femmes sont victimes de violences interpersonnelles depuis des siècles. La violence interpersonnelle comprend la violence sexuelle et/ou physique, la violence conjugale, la violence familiale ou parentale, la violence à caractère sexiste, et encore bien d’autres formes. Les expériences interpersonnelles traumatiques multiples, qui ont lieu pendant l’enfance et à l’adolescence (ex: violence sexuelle et/ou physique, violence ou maltraitance psychologique), ont été définies comme étant “un traumatisme complexe”. Le traumatisme complexe accroît les risques de TSPT et d’autres problèmes émotionnels, comportementaux et physiques variés, dont l’anxiété, la dépression, l’agressivité, l’incapacité de réguler ses propres émotions et de créer des relations interpersonnelles significatives, la dissociation, les troubles addictifs, la maladie physique, une faible estime de soi et des comportements sexualisés. Les expériences négatives récentes, passées ou présentes prolongées vécues par ces populations nécessitent une approche de traitement spécifique pour pouvoir englober l’ensemble du spectre du stress traumatique, telle que celle proposée dans la thérapie EMDR-PRECI.

7. Conclusion

La violence sexuelle est l’une des formes de violence interpersonnelle les plus graves dont un mineur puisse souffrir, car elle est toujours associée à d’autres types d’agressions telles que les sévices émotionnels et/ou physiques. En plus des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression, les mineurs victimes de violence sexuelle peuvent développer des symptômes psychosomatiques, obsessionnels et phobiques, et peuvent aussi souffrir d’échec scolaire, d’insomnie, d’un manque d’énergie, d’isolement social, d’une pauvre estime de soi, et de fugue. Les résultats de l’étude indiquent que l’EMDR-PRECI pourrait être une thérapie possible, offrant un bon rapport coût-performance et des résultats dans un délai raisonnable, pour traiter les patients pour lesquels un diagnostic de TSPT a été établi, et pour traiter les symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression de cette population.

Gabriela Jiménez1, Yael Becker2, Claudia Varela2, Paola García1, María Amparo Nuño1, María Cristina Pérez1, Amalia Osorio1, Ignacio Jarero2, *, Martha Givaudan2

1Département de recherche, Ágape Desarrollo Humano Integral, Puebla, Mexique

2Département de recherche, Associación Mexicana para Ayuda Mental en Crisis, Mexico, Mexique

Adresses E-mail:

gabrielajimenezperegrina@gmail.com (G. Jiménez), yael406@gmail.com (Y.Becker), claudia_vc02@hotmail.com (C.Varela), paolagmyt@gmail.com (P.García), amparonuno@hotmail.com (M.A. Nuño), perezgrados@yahoo.com.mx (M.C.Pérez), amaliaosoriovigil@hotmail.com (A.Osorio), nacho@amamecrisis.com.mx (I.Jarero), martha@imifap.org.mx (M. Givaudan)

*Auteur principal

Traduction de courtoisie – S.Erraud : American Journal of Applied Psychology

Traduction partielle de l’article de recherche paru dans le périodique American Journal of Applied Psychology, publié par Science Publishing Group

Auteurs : Gabriela Jiménez, Yael Becker, Claudia Varela, Paola García, María Amparo Nuño, María Cristina Pérez, Amalia Osorio, Ignacio Jarero, Martha Givaudan.

Multicenter Randomized Controlled Trial on the Provision of the EMDR-PRECI to Female Minors Victims of Sexual and/or Physical Violence and Related PTSD diagnosis.

Publication: American Journal of Applied Psychology. Vol. 9, No. 2, 2020, pp. 42-51.

doi: 10.11648/j.ajap.20200902.12

Reçu le: 25 mars 2020; Accepté le: 8 avril 2020; Publié le: 23 avril 2020

sexe et honte

Comment je reconstruis mon rapport à la sexualité après avoir survécu aux agressions sexuelles dans l’enfance

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Les fondements de ma sexualité ont été forgés dans le cauchemar. J’ai grandi, mais chaque jour je me bats pour me rappeler que je suis digne d’amour – Hannah Shewan Stevens.

Pendant trois années de mon enfance, j’ai été conditionnée et agressée sexuellement. Enfant, on m’a enlevé mon autonomie corporelle et on a tracé la voie de ma sexualité avant même mon consentement.

Les sévices sexuels subis dans l’enfance laissent leurs empreintes et les effets ne disparaissent pas à l’âge adulte – longtemps après la fin des sévices, l’impact des actes de mon agresseur a hanté chacun de mes pas.

Ma sexualité et mon estime personnelle ont été irrévocablement altérées par la violence, et j’ai passé des années à y travailler dessus. Mon agresseur m’a appris à être passive en tout, et cette attitude sexuelle a été difficile à rectifier. La manipulation subie m’a également incitée à croire que j’avais un certain contrôle sur la violence, et je m’en suis rendue coupable lorsque cela a brusquement cessé. Ces années de conditionnement m’ont laissée vulnérable à la manipulation et à l’approbation des hommes pour me sentir reconnue.

Mais j’ai maintenant renversé la situation et trouvé le chemin de la guérison : le plaisir de se faire plaisir.

Adolescente, je n’étais pas du tout préparée pour naviguer dans le monde de l’intimité sexuelle. Je connaissais la nature biologique des actes sexuels, mais je ne savais pas que les sentiments pouvaient entrer en jeu, ni que le respect mutuel était une condition essentielle. Et, le plus préjudiciable était je n’avais aucune idée de ce qu’était le consentement. Tout ce qu’on m’avait préparé à faire, c’était de me soumettre aux désirs des hommes.

Je me suis perdue dans un tourbillon de rapports sexuels dangereux. Je sacrifiais mon confort au plaisir des autres, j’acceptais d’être séduite par des hommes plus âgés, je tombais dans un schéma d’objectivation sexuelle.

La seule explication que je peux donner à cela est le surnom que j’ai donné au masque que je portais durant l’acte – ” en mode prostituée ” – surnom que j’ai trouvé après avoir vu Pretty Woman pour la première fois, en écoutant Julia Roberts expliquer comment elle permutait d’état psychologique pour son travail. Cette scène a résonné en moi plus que toute autre comédie romantique pour adolescents.

Le cercle vicieux du chaos sexuel a régi ma vie pendant des années et, dans ma première relation, je me suis battue pour lier émotion et intimité. Je pouvais sentir le plaisir de l’intimité sexuelle mais, émotionnellement, j’étais engourdie.

Grâce à une thérapie intensive de ”l’enfant intérieur”, j’ai commencé à relier intimité et sentiment amoureux et finalement j’ai pu ”ressentir” quelque chose quand je faisais l’amour. Mais ce n’était que le début de mon cheminement. J’ai dû apprendre à travailler avec mon cerveau traumatisé, plutôt que contre lui, et j’ai fait de la plongée psychique en grande profondeur pour affronter le détachement émotionnel qui m’avait empêché de vivre mes émotions pendant mes relations sexuelles. Je continue à y travailler tous les jours.

En plus de la honte ressentie à cause des sévices subis, j’avais également profondément honte de ma libido effrénée, une conséquence bien connue des violences sexuelles dans l’enfance. J’avais peur de ma propre sexualité.

J’avais l’impression d’avoir perdu le contrôle de mon propre corps. Je me sentais avant tout objet, et après femme. Pour reconquérir mon corps, il a fallu que j’apprenne à me respecter et que j’arrête de me considérer comme l’objet des autres. L’autosatisfaction ne pouvait qu’être la solution.

Après des années à donner la priorité au plaisir de mon partenaire, je savais que je devais apprendre ce que le plaisir signifiait vraiment pour moi. J’ai passé beaucoup de temps avec moi-même pour explorer et déterminer ce qui me plaisait. J’ai adopté la masturbation et, peu à peu, j’ai appris ce qui me convenait.

Ce procédé m’a aidé à comprendre mon corps et à le revendiquer comme étant le mien. En développant ma sexualité, j’ai finalement appris à avoir des relations sexuelles en toute liberté et dans un respect total de moi-même. Ceci dit, à ce jour, je dois encore me surveiller attentivement pendant les rapports sexuels au cas où je commencerais à me dissocier.

Bien que cette vigilance constante puisse ne pas paraître libératrice pour la plupart, je ne me suis jamais sentie aussi épanouie dans ma vie sexuelle. Je peux maintenant profiter du rapport intense entre sexualité et sentiment, et je comprends enfin pourquoi l’amour et la relation sexuelle sont censés s’entrelacer. C’est un acte magnifique et puissant et je me sens privilégiée de pouvoir y participer de manière saine. Je me bats dur tous les jours pour cela et je ne le tiendrai jamais pour acquis.

Le fait de reconnaître ma sexualité m’a également redonné une plus grande confiance en moi dans tous les aspects de ma vie. Compte tenu de la bataille que je mène dans ma tête tous les jours, je sais que je peux affronter tous les défis que la vie décide de me lancer.

Ensuite, j’ai rencontré quelqu’un qui a transformé ma perception du sujet. Il m’a doucement emmenée sur un chemin que je n’étais pas consciente d’avoir à parcourir. Avec lui, j’ai accepté mon corps et, enfin, j’ai pu découvrir ce que cela faisait de se sentir désirée. C’était le premier partenaire à vraiment vouloir partager mon plaisir, au lieu de m’utiliser pour le sien. Avec lui à mes côtés, j’ai maîtrisé le pouvoir de ma propre sexualité et, avec le temps, cela m’a aidé à guérir de nombreuses blessures.

Je vis avec un SSPT complexe et j’ai des cauchemars si intenses que je procrastine sur mon sommeil pour les éviter. Mais j’avance – la guérison d’un traumatisme sexuel, quel qu’il soit, n’est pas un processus facile. Le traumatisme ne disparaît pas du jour au lendemain. Alors, même si je dois entraîner mon cerveau tous les jours, mon plaisir personnel reste ma clé de survie.

Chaque fois que j’ai l’impression de m’éloigner de la réalité, j’utilise mon plaisir personnel pour m’enraciner et reconnecter mon esprit avec mon corps. Et, les jours particulièrement sombres, je me mets devant un miroir et me rappelle que je suis plus forte que les sévices. Je suis digne d’amour. Je suis une femme puissante, dotée de capacités et d’autonomie. Je suis une survivante sexuelle et je n’ai pas honte.

Je n’aurais plus jamais honte.

Traduit par courtoisie de Huffpost

Agressions sexuelles : Lila, le chatbot qui aide les victimes

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Cet outil est destiné à aider les jeunes filles victimes de violences psychologiques et physiques.

par Julie Thomas12 juillet 2019

«Bonjour Alexia, je m’appelle Lila! Je suis le robot d’Elle Cætera, spécialement conçu pour accompagner les jeunes femmes d’Île-de-France qui ont subi des cas de harcèlement ou de violences sexuelles» : Lila, chatbot Android, prend deux minutes montre en main pour analyser la situation.

Une aide numérique 2.0

Pour toucher un public jeune, la fondatrice d’Elle Cætera se lance sur Messenger, l’application mobile de messagerie instantanée. Chatbot en ligne, Lila pose des questions simples. Réponses à choix multiples à la clé. Pas besoin, pour la victime, d’expliquer son agression. Au fil de la conversation, Lila identifie le type d’agression. Proposition de structures adéquates, coordonnées précises, explications juridiques… Le tout dans un langage clair.

Dans la rue, dans les transports – ou encore dans l’intimité – les jeunes filles se font constamment embêter. Agresser. Voire violenter. Mais à qui en parler quand la honte est là ? Vers qui se tourner quand l’angoisse et la solitude apparaissent ? Comment mettre des mots dessus en évitant de revivre la scène ? A ces questions, Lila tente progressivement d’y répondre depuis le 15 mars dernier. Son but : aider les femmes à en parler. Le tout dématérialisé, pour faciliter la première approche.

Une association engagée

Cette aide numérique 2.0, c’est l’association Elle Cætera qui en est à l’origine. Depuis sa création en 2018, Alexia Lerond lutte pour aider les femmes. La fondatrice s’appuie sur le web : utile pour améliorer leur prise en charge. Consciente que le besoin d’accompagnement dépasse Internet, l’association va plus loin.  Les spécialistes sont vivement recommandés en fin de conversation.

Pour affirmer que les jeunes femmes sont des victimes régulières, Elle Cætera s’appuie sur des chiffres personnels. Sur un petit échantillon de 35 femmes, l’association réalise sa propre étude. Résultat : une femme sur trois a déjà été harcelée ou a déjà subi des violences sexuelles ; 65% d’entre elles ne connaissent pas les structures d’aide et de soutient et 71% estiment que l’analyse d’un robot les inciterait à se faire aider.

Selon une étude Ifop, 60% des femmes de moins de 25 ans ont été « victimes d’une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue au cours des douze derniers mois ».

A ce jour, l’application est réservée aux résidantes d’Ile de France. Alexia Lerond espère l’étendre d’ici 6 mois à l’échelle nationale. La présidente de l’association reste lucide : son chatbot ne remplace en aucun cas la prise en charge humaine.

Harcèlement, viol, agression ou encore exhibition : la violence sexuelle connait bien des formes différentes. Pour l’instant, 150 utilisatrices ont été aidées par Lila.

Source : Neon

Accéder au chabot : Elle Caetera

Osez en parler !

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De Maëlle Challan Belval

Quand on pensait éducation affective et sexuelle, hier, on pensait puberté, contraception, sida. Aujourd’hui, l’éducation affective et sexuelle intègre des thèmes tels que : pudeur, estime de soi, cadre des lois, vie amoureuse.
L’éducation affective et sexuelle est une nécessité : les enfants, les jeunes n’ont jamais autant été exposés à des messages sexuels – publicités, clips, films pornographiques. Exposés sans être réellement informés. Exposés sans espace pour penser le corps, l’amour, les relations aux autres. Exposés sans savoir repérer les situations d’abus.
Les parents veulent une éducation et affective et sexuelle de qualité pour leurs enfants et souhaitent aborder ce sujet avec eux, mais leur motivation est freinée : ils craignent d’être maladroits, ils n’ont pas les mots, ils ne se sentent pas experts. Pourtant, les enfants attendent d’eux une parole. Comment faire de ce rendez-vous raté une chance ? Maëlle Challan-Belval, éducatrice à la vie depuis plus de 14 ans, donne dans ce livre tous les outils aux parents pour mieux en parler. L’objectif de ce livre est d’offrir aux parents une compréhension large des enjeux de l’éducation affective et sexuelle et de leur donner envie d’échanger sur ce sujet avec leurs enfants.

Vous n’êtes pas un expert? Ça tombe bien. Un parent est avant tout un passeur. Le livre Osez en parler! vous donne des outils, des mots pour oser l’échange sur ces sujets délicats avec vos enfants, petits ou adolescents. Vous y trouverez des réponses:

  • Quels mots employer sans choquer? Doit-on nommer leurs parties intimes?
  • A quel âge commencer?
  • Faut-il provoquer le moment soi-même ou attendre les questions des enfants?
  • Comment parler de la pédophilie à mon fils? Et des agressions sexuelles?
  • Ne vais-je pas être intrusif·ve et mettre mon enfant mal à l’aise?
  • Que faire des « questions-bombes », des provocations?
  • Comment consolider l’estime de soi de mon adolescent·e?
Maëlle Challan Belval vous présente son livre