Dissociation : Comment les gens font face aux traumatismes qu’ils veulent oublier

dissociation et tspt

Lorsque vous êtes témoin ou que vous vivez quelque chose de terrible, vous essayez de ne pas y penser. Pour vous aider, votre cerveau va faire appel à l’une de ses stratégies d’adaptation les plus créatives et ingénieuses pour vous maintenir en vie : la dissociation. En termes simples, la dissociation est un blocage mental entre votre conscience et les éléments de votre monde qui vous semblent trop effrayants à connaître.

La dissociation touche tout le monde à un moment donné. Elle prend de nombreuses formes différentes selon les personnes. Mais pour les personnes ayant un passé traumatique complexe, la dissociation maintient le cerveau en mode de survie. Personne ne peut endurer un état de peur constant et continuer à bien fonctionner. Vous ne pouvez pas traverser la vie sans être affecté, tout en vous sentant constamment paralysé, inquiet ou éteint par vos plus grandes peurs. La dissociation peut servir de protection, en maintenant les gens dans l’ignorance de la détresse qu’ils ressentent lorsqu’ils sont traumatisés. C’est alors qu’elle peut éventuellement causer des problèmes aux personnes qui ont été très gravement blessées, surtout lorsqu’elles étaient enfants.

Les enfants sont particulièrement susceptibles de recourir à la dissociation pour gérer la douleur inéluctable des problèmes familiaux qui entraînent des traumatismes complexes, développementaux et relationnels. Ces problèmes peuvent inclure des agressions permanentes, de la négligence ou un attachement déséquilibré, fuyant ou instable. Les enfants sont contraints de faire quelque chose pour supporter les expériences qui les font se sentir en danger. Ils composent avec la situation en se déconnectant des souvenirs, des sentiments et des sensations corporelles qui sont trop pénibles à supporter. En apparence, ils peuvent avoir l’air bien. Mais la dissociation constante comme moyen de protection ou de survie pendant des années les suit ensuite dans la vie adulte, où elle ne réussit pas aussi bien. En tant que mécanisme d’adaptation, la dissociation interfère souvent avec la vie qu’une personne souhaite avoir lorsque la violence a cessé dans le présent.

Lorsque la dissociation bloque la prise de conscience de la souffrance, elle peut également bloquer le chemin de la re-construction. Examinons donc de près la dissociation en tant que mécanisme d’adaptation pour les survivants de traumatismes. Si nous pouvons en toute sécurité déterminer d’où elle provient et comment elle évolue, nous pouvons également voir à quoi ressemble la reconstruction.

Qu’est-ce que la dissociation ?

La dissociation est un état de déconnexion de l’ici et du maintenant. Lorsque les gens se dissocient, ils sont moins conscients (ou inconscients) de leur environnement ou de leurs sensations intérieures. Cette perte de conscience est un moyen de faire face aux déclencheurs dans l’environnement ou aux souvenirs qui, autrement, réveilleraient un sentiment de danger immédiat. Les déclencheurs sont des rappels de traumatismes non résolus et des émotions intenses qui y sont associées, comme la panique et la peur. Le blocage de la conscience des sensations est un moyen d’éviter les déclencheurs potentiels, ce qui protège contre le risque d’être submergé par des émotions comme la peur, l’anxiété et la honte.

La dissociation permet d’arrêter de ressentir. La dissociation peut se produire au cours d’une expérience extrême à laquelle vous ne pouvez pas échapper (causant le traumatisme), ou plus tard lorsque vous pensez au traumatisme ou que vous vous en souvenez.

La dissociation est un mécanisme d’adaptation qui permet à une personne de fonctionner dans la vie quotidienne en continuant à éviter d’être submergée par des expériences extrêmement stressantes, tant dans le passé que dans le présent. Même si la menace est passée, votre cerveau dit encore  » danger « . Non traitées, ces craintes peuvent vous empêcher de vivre la vie que vous souhaitez ou de modifier des comportements peu utiles au fur et à mesure de votre avancement.

Un certain niveau de dissociation est normal ; nous le faisons tous. Par exemple, lorsque nous nous mettons au travail et que nous devons laisser nos préoccupations personnelles de côté, nous décidons de les oublier pendant un certain temps. Mais lorsque la dissociation est acquise en tant que stratégie d’adaptation – surtout dans l’enfance à des fins de survie – elle se prolonge à l’âge adulte sous forme de réponse automatique, et non de choix.

En tant que stratégie de protection pour faire face à un traumatisme, la dissociation peut être l’une des capacités d’adaptation les plus créatives qu’un survivant de traumatisme puisse perfectionner. Elle détache la conscience de son environnement, de ses sensations corporelles et de ses sentiments. Les enfants qui subissent un traumatisme complexe sont particulièrement susceptibles de développer la dissociation. Elle se produit souvent en même temps que les premiers incidents de traumatismes récurrents, car la seule façon de survivre émotionnellement à ces expériences atroces est de ne pas être présent consciemment.

Il existe de nombreuses circonstances qui peuvent entraîner une dissociation. Les thérapeutes en sont conscients et concentrent leur compréhension de la dissociation en relation avec le traumatisme sous-jacent – ce qui vous est arrivé. Voici quelques exemples simples de facteurs de risque de dissociation :

  • Un mode d’attachement incohérent.

Les traumatismes infligés par la violence provenant d’une figure d’attachement primaire, pour les enfants, peuvent entraîner des troubles dissociatifs. Lorsqu’une personne dont l’enfant dépend pour sa survie est également source d’agressions physiques, sexuelles ou émotionnelles, la réponse protectrice consiste pour l’enfant de quitter son corps afin de survivre à l’agression, tout en préservant le lien familial, voire sa propre survie.

  • Un mode d’attachement insécurisant.

Un enfant développe consciemment des comportements ou des habitudes pour se dissocier, tel que l’utilisation de musique forte, afin de ne pas entendre des disputes terrifiantes entre parents, par exemple. Il peut se tourner vers les jeux vidéo ou autres distractions pendant que son père fait les cent pas, inquiet parce que sa mère est sortie boire.

  • Des maltraitances ou négligences récurrentes qui menacent le sentiment de sécurité et de survie. Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) et le syndrome de stress post-traumatique complexe (SSPT-C).

La dissociation pour affronter les événements qui provoquent le SSPT ou le SSPT-C (traumatisme développemental, relationnel continu) peut inclure des réactions extracorporelles au traumatisme. Une réponse neurologique amène certains survivants de traumatismes à se dissocier à un niveau où ils regardent leur corps sous un autre angle. Il peut s’agir de regarder d’en haut ou de regarder une partie de leur corps qui ne semble pas leur appartenir. La dissociation se produit sur un continuum, souvent influencé par la durée ou la fréquence à laquelle la personne y a eu recours, même si elle a d’autres stratégies d’adaptation, ou si d’autres soutiens de confiance ou espaces sécurisants sont disponibles. Les soutiens ou les lieux où l’enfant se sent en sécurité peuvent lui permettre d’être connecté en toute sécurité à ses sentiments, ses sensations et son corps, malgré la surcharge qui règne ailleurs.

La dissociation de l’enfance persiste à l’âge adulte

En grandissant, les enfants victimes de traumatismes peuvent avoir recours à l’automutilation, à la nourriture, aux drogues, à l’alcool ou à tout autre mécanisme d’adaptation pour maintenir la déconnexion avec un traumatisme non traité. En tant que thérapeutes, nous considérons que ces comportements remplissent deux fonctions pour les survivants de traumatismes

En tant que mécanisme ou moyen de dissociation (par exemple, en utilisant de l’alcool ou des drogues pour se déconnecter physiquement du cerveau pensant)

Comme moyen de préserver les comportements qui les maintiennent dissociés (je ne suis pas connecté à mon corps, donc je peux me couper sans douleur, ou je ne suis pas connecté à mon corps, donc je ne remarque pas que je suis rassasié et que je n’ai pas besoin de plus de nourriture).

Cette stratégie d’adaptation, utile dans l’enfance, compromet au bout du compte la capacité à faire confiance, à s’attacher, à se socialiser et à prendre soin de soi à l’âge adulte. Ces défis accompagnent les survivants de traumatismes tout au long de leur vie, s’ils ne sont pas pris en charge.

Reconnaître la dissociation chez les adultes

Les adultes ne se défont pas simplement en grandissant de la dissociation apprise dans l’enfance. Elle se transforme probablement en un mécanisme d’adaptation permettant de se maintenir en vie. Les adultes peuvent ne pas être conscients de leur état de dissociation permanent, mais les mots et actions tels que ceux-ci révèlent une toute autre réalité :

  • Une personne raconte à un thérapeute ses expériences les plus traumatiques sans le connaître ni lui faire confiance, et ce sans émotions liées à l’histoire ; elle lui parle de manière dissociée.
  • Quelqu’un a recours à la drogue, à l’alcool, aux mutilations, à la nourriture, à la pornographie ou à d’autres pratiques autodestructrices pour continuer à se dissocier et ne pas être présent avec ses sentiments.
  • Quelqu’un se déconnecte de l’ici et du maintenant dès qu’il est déclenché par une certaine situation ou même par une odeur, comme une eau de Cologne, et se retrouve dans un flash-back qui semble très réel.
  • Un ancien combattant entend un bruit qui provoque un flash-back d’un événement de guerre.
  • Quelqu’un se dispute avec son conjoint, mais lorsque ce dernier crie, l’autre « disparaît ».

La dissociation est parfois le meilleur moyen pour une personne de survivre à une épreuve terrifiante sur le moment, ou du développement d’un traumatisme chronique sur de nombreuses années. Pourtant, cela devient en fait un problème, un obstacle, dans la vie adulte. La dissociation entrave la mise en place de relations et de liens solides. La dissociation peut vous empêcher de développer ces relations ou de les entretenir.

La réalité est que, dans votre vie d’adulte, vous pouvez être plus en sécurité aujourd’hui en apprenant à observer, à vous reconnecter et à réintégrer les parties dissociées. Peut-être êtes-vous en sécurité maintenant et n’avez plus besoin de ce mécanisme d’adaptation pour vous protéger !

La plupart du temps, une personne se présentera en thérapie pour une autre raison que la « dissociation » ou même le traumatisme – elle est là parce qu’elle se sent triste, ou parce qu’elle boit trop ou se dispute avec son conjoint. Elle ne comprend pas pourquoi ces problèmes persistent, car elle a maintenant une vie normale. En tant que thérapeutes spécialisés en traumatologie, nous pouvons aider les gens à déterminer en toute sécurité les problèmes qui se manifestent en raison de leur passé. Nous pouvons les aider à comprendre et à prendre conscience de ce qui avait un sens à l’époque, compte tenu de ce qui se passait dans leur vie et de ce à quoi ils devaient survivre. Nous pouvons aider les gens à réaliser qu’ils ne sont pas « mauvais » et qu’ils n’ont rien qui cloche – leurs problèmes sont le résultat des capacités d’adaptation dissociative qu’ils ont acquises dans leur enfance pour survivre (qui étaient très utiles à l’époque, mais plus maintenant) !

En thérapie, nous travaillons à créer un lieu de sécurité et de stabilité – où vous pouvez être présent, dans votre corps et dans vos sentiments. Nous travaillons à la reconstruction par étapes pour vous aider à vous ancrer dans le présent. Lorsque vous vous sentez ancré, vous êtes en mesure de comprendre que vous êtes en sécurité dans le moment présent, même si quelque chose déclenche des alarmes familières, en utilisant des outils tels que le protocole d’arrêt du flashback*.

Nous travaillons pour vous aider à être présent dans votre moi adulte et à être capable de décider si vous devez vous dissocier ou non aujourd’hui pour survivre. Grâce à un travail de reconstruction, nous vous aidons à ne plus vous contenter de survivre, mais à vivre.

Traduit par courtoisie depuis CPTSD foundation

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