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Inceste : inciter les victimes à briser la loi du silence

Inceste : inciter les victimes à briser la loi du silence

© FotoliaPAR EMILIE CAILLEAULE 19 NOV 2015 À 13H00

L’INCESTE C’EST QUOI ?

Au sens strict, l’inceste est défini comme une relation à caractère sexuel entre membres d’une même famille, par exemple entre un père et sa fille, une mère et son fils, ou un frère et une sœur.

INCESTE : BALAYER LES IDÉES REÇUES

L’inceste fait l’objet de nombreuses confusions. “Certains ne font pas la différence entre l’inceste et la pédophilie alors qu’il n’existe pas cette dimension intrafamiliale dans la pédophilie”, explique Estelle Kramer, sage-femme et membre de l’association aiVi, association internationale des victimes de l’inceste. Pire, la méconnaissance de l’inceste est telle que “certains pensent même que c’est une maladie”, ajoute Estelle Kramer.

Autre raison à même d’expliquer ce tabou qui plane sur l’inceste : le flou législatif qui l’entoure. L’inceste n’est pas expressément reconnu dans le Code pénal. Les actes incestueux sont condamnables quand ils sont considérés comme des atteintes sexuelles, des viols ou des agressions sexuelles sur mineur par ascendant ou personne ayant autorité.

Face à ce vide juridique, beaucoup préfèrent garder le silence : 90 % des victimes ne porteraient pas plainte selon l’aiVi.

SORTIR DU FLOU CONCEPTUEL

L’ampleur de l’inceste est mal connue. Mais selon un sondage réalisé en 2009 par l’aiVi, 2 millions de Français (3% des Français) en ont été victimes. 

Toute la difficulté est d’inciter les victimes à briser cette “loi du silence”. Et de trouver une oreille attentive… En effet, quand la victime arrive enfin à en parler, dans un cas sur cinq, son interlocuteur lui a demandé de garder le silence ! Pire, parfois sa parole est mise en doute, la victime étant parfois accusée de mentir, souligne un sondage Ipsos réalisé en 2010 pour l’association aiVi

EN PARLER ET SE FAIRE ACCOMPAGNER

Les victimes ont besoin de parler du traumatisme, de nommer les faits, en évitant les termes ambigus parfois entendus, comme l’expression “climats incestueux”, qui, selon Estelle Kramer entretient un peu plus le malaise. “Il faut appeler un chat un chat. Quand on a subi un inceste, on a subi un viol, une agression sexuelle. Toute l’ambiguïté c’est qu’on n’ose pas parler des choses, de la réalité. Il faut sortir du conceptuel car ça contribue à alimenter le tabou, l’écran de fumée qui entoure cette problématique. L’inceste ne doit pas être considéré comme un concept mais comme un fait, au même titre qu’un viol est un fait et non un concept”.

Pour les victimes, l’inceste est une dure réalité dont le traumatisme laisse souvent des stigmates à vie. Sentiment fréquent de culpabilité, déni, mauvaise estime de soi… Les personnes qui ont subi un inceste sont beaucoup plus vulnérables. Elles sont plus exposées à un certain nombre de pathologies : risque accru de troubles alimentaires (anorexieboulimie), risque de dépression, tentative de suicide…

Pour sortir de cette spirale infernale, il est important d’en parler et de se faire accompagner. Estelle Kramer, sage-femme, plaide pour que soit développé le “dépistage systématique”. Il s’agit pour les professionnels de santé d’identifier les victimes d’inceste en posant des questions précises aux patientes. “Cela permet d’ouvrir le dialogue pour qu’on puisse mieux les accompagner”, explique Estelle Kramer qui a déjà rencontré dans son métier des femmes enceintes victimes d’inceste dans leur enfance. “Il est très difficile pour une victime de devenir parent”, pointe-t-elle.

La solitude est un piège à éviter. Des professionnels (sages-femmes, psychologues, associations comme l’aiVi, protection maternelle infantile, numéro vert 119) ont pour mission d’écouter les victimes et de les rassurer pour les aider à dissiper les difficultés et les peurs qu’elles peuvent rencontrer.

Merci à Estelle Kramer, sage-femme et membre de l’association aiVi, association internationale des victimes de l’inceste.

L’association aiVi propose des groupes de parole pour les victimes et recherche des financements pour en ouvrir de nouveaux, pour répondre aux nombreuses demandes.http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/changez-leur-vie

Plus d’infos http://aivi.org/

Source : Top Santé

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