Le problème de dire aux personnes en crise qu’il faut savoir ‘’prendre la main » qu’on nous tend.

soutien dépression

Il existe de nos jours de nombreux articles sur la façon de « demander de l’aide » lorsqu l’on est en proie à une crise de santé mentale, de « tendre la main » aux personnes qui vous entourent pour obtenir force, réconfort et ressources. Mais je peux vous dire, par expérience, que ce n’est pas si simple. J’ai lutté contre la dépression et l’anxiété la majeure partie de ma vie. La plupart du temps, je la contrôle bien grâce à un régime d’auto-soins et de médicaments, ainsi qu’à un thérapeute phénoménal. Mais, en de rares occasions, cela ne suffit pas. Il y a des moments où le barrage de stress externes mêlés à mon paysage intérieur, crée la tempête parfaite de vulnérabilité et de profonde douleur ; je me retrouve au bord de la falaise, regardant en bas vers l’abîme.

L’un de ces moments s’est produit très récemment. Après quatre mois de problèmes financiers, de difficultés médicales, de multiples crises dans mon travail avec d’autres personnes souffrant de problèmes de santé mentale et de deux problèmes relationnels très douloureux, j’ai atteint ma limite. Profondément déprimée, très anxieuse et complètement vulnérable, j’ai tendu la main à une amie alors que j’étais assise en pleurs sur un parking. Je la connaissais depuis trois ans, et elle était au courant de mes problèmes de santé. Je pensais que c’était une personne sûre. Sa réponse m’a coupé les jambes.

Elle m’a dit que je devais « écrire un journal de gratitude », que mon attitude négative  » attirait sur moi toutes ces choses négatives « .

J’ai été époustouflée. Parmi les « choses négatives » dont elle parlait, il y a un trouble génétique que j’ai depuis ma naissance, des problèmes de santé chez des membres de ma famille et mes animaux adorés, et non pas des « choix de vie négatifs ». Peu de temps après, elle a coupé tout contact avec moi. J’ai cherché du soutien auprès d’une personne que je connaissais depuis 20 ans, que j’avais soutenue à travers ses propres crises. Il m’a fait une leçon sur le fait que j’avais « désespérément besoin de relations sérieuses » et en l’espace d’une semaine, il a également coupé tout contact avec moi. J’ai essayé de parler aux gens de ma communauté religieuse, et on m’a dit que je devais parler à un thérapeute, alors qu’ils savaient que je l’avais déjà fait. Ils n’avaient nullement envie de me parler de ma douleur, ni de me fournir un quelconque soutien émotionnel. L’insinuation qui m’a été faite était que le poids de ma douleur était un fardeau dont ils ne voulaient rien savoir, et que je devais me taire et trouver quelque chose de positif sur lequel me concentrer pour qu’ils ne se sentent pas mal à l’aise. J’étais dévastée par cette situation, et je me sentais encore plus mal.

J’ai eu la chance que d’autres personnes m’apportent leur soutien : un collègue de travail qui est resté en contact avec moi pendant tout un week-end difficile, un ami de longue date qui m’a écoutée et a pris le temps de me voir. Mon colocataire à l’université, qui a appelé du Colorado pour m’offrir son soutien et m’a envoyé des messages de soutien pendant les jours qui ont suivi. L’ami d’un ami qui m’a appelé après avoir lu un message entre les lignes dans une des mes publications, m’offrant soutien et conseils. Un ami de longue date au travail qui m’a envoyé des courriels presque tous les jours. J’ai eu une chance incroyable d’avoir ces personnes. Ils m’ont écoutée, ils étaient présents pour moi, ils n’ont porté aucun jugement sur moi ou sur la manière dont je me suis sentie. Ils n’ont pas minimisé ma maladie ou le stress dans ma vie.

Je pense qu’il est important de dire aux gens de tendre la main pendant une crise, mais il est également important de réaliser que tout le monde ne sera pas aidant. Les réactions de certaines personnes ont en fait aggravé ma situation. Je me sentais encore plus seule, plus inutile, plus endommagée après chaque rejet de personnes en qui j’avais confiance. Les personnes qui sont disposées à entendre parler de la douleur émotionnelle ne sont pas toujours celles que vous croyez – les guides spirituels, les amis de longue date, les personnes que vous avez peut-être aidées auparavant. Il peut s’agir de quelqu’un que vous ne connaissez pas bien, de quelqu’un qui est en périphérie de votre vie, mais qui a plus de profondeur et de maturité que la moyenne des gens. Quelqu’un qui est prêt à écouter et à répondre à la douleur de quelqu’un d’autre sans jugement. Quelqu’un d’assez à l’aise dans sa propre peau pour pouvoir prendre en compte les besoins d’une autre personne et ne pas simplement considérer cela comme un désagrément inopportun.

Vivre une crise de santé mentale peut être incroyablement difficile. La santé mentale fait encore l’objet d’une stigmatisation et de nombreuses personnes n’ont pas l’habitude d’avoir une véritable profondeur émotionnelle dans leurs interactions avec les autres, ce qui les rend peu susceptibles de bien répondre à une personne qui leur demande de l’aide. Le problème n’est pas toujours que les gens comme moi ne demandent pas d’aide en cas de crise – nous le faisons souvent. Le vrai problème, à mon avis, est que beaucoup de gens ne savent pas comment parler à quelqu’un en crise et peuvent finir par aggraver la situation avec leurs réactions négatives.

Mon conseil à ceux qui sont approchés par une personne en crise serait le suivant : écoutez simplement. Vous n’avez pas à nous « arranger », ni à régler notre situation. Il suffit d’entendre notre douleur, de nous faire savoir que vous vous souciez de ce que nous vivons. Aidez-nous à trouver des ressources si nécessaire. Soyez présent pour nous – allez prendre un café avec nous, envoyez des courriels de soutien, prenez votre téléphone et appelez-nous. Nous n’avons pas besoin que vous soyez notre thérapeute ou notre psychiatre, mais en pleine crise, nous avons besoin que vous nous écoutiez, que vous nous reconnaissiez et que vous nous souteniez en tant qu’êtres humains qui souffrent terriblement.

Un grand merci aux personnes qui m’ont tendu la main quand j’en avais le plus besoin, et aux innombrables personnes qui ont tendu la main et soutenu d’autres personnes dans des situations similaires. Vous êtes d’une valeur inestimable. Que d’autres puissent apprendre de ce que vous avez fait et devenir plus aptes à apporter leur soutien aux membres de leur famille, à leurs amis et à leurs collègues en temps de crise.

Traduit par courtoisie depuis The Mighty

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