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Les traumatismes de l’enfance – la boucle de la honte et ses mécanismes de défense

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Les effets angoissants de la honte

Le sentiment de honte peut être atrocement douloureux ; au pire, il peut nous amener à nous isoler complètement et ainsi éviter tout contact avec les autres, au point de devenir des reclus virtuels, osant sortir de notre maison ou appartement que si cela est absolument indispensable. En effet, le mot ” honte ” vient du mot indien ” sham ” qui signifie ” se cacher”.

Qu’est-ce que la honte ?

Lorsque nous avons honte, nous éprouvons des sentiments très négatifs envers nous-mêmes et nous nous voyons comme une bien piètre personne. Nous avons aussi tendance à penser que les autres nous jugent de manière tout aussi désobligeante. La sensation de honte implique aussi souvent des sentiments d’inadéquation, d’infériorité, d’incompétence, de dégoût de soi, de haine de soi, d’anxiété, de colère, de tension corporelle, de nausées et de transpiration/de sensation de chaleur excessive.

Les effets sur les relations

En raison de notre propre vision dépréciative et autocritique, nous nous imaginons que les autres ressentent la même chose à notre égard (ou le ressentiront lorsqu’ils découvriront que nous sommes une personne “horrible et répugnante”). Nous évitons donc de nous lier intimement, croyant que ces efforts seront futiles étant donné que nous serons “inévitablement rejetés” une fois que le “vrai” nous sera “découvert”.

Autres effets possibles de la honte

Il se peut aussi que nous essayions de nous défendre psychologiquement contre un sentiment de honte profondément enraciné. Par exemple :

  • nous pouvons être occupés à montrer une image superficielle de nous-mêmes lorsque nous interagissons avec les autres, ce qui, nous l’espérons, dissimulera “notre vileté”. Ceci peut conduire à se créer un “faux soi” qui empêche toute possibilité de relation authentique ou significative avec autrui (en d’autres mots, nous ”avons peur d’être qui nous sommes”.)
  • le perfectionnisme (dans une effort désespéré pour compenser les sentiments profonds d’inadéquation et d’infériorité qui peuvent accompagner ce sentiment envahissant de honte). Le ”bourreau du travail ” et le perfectionniste sont deux traits de personnalité qui démontrent une fragilité extrême, et qui servent à maintenir un semblant de respect de soi et de confiance en soi qui nous poussent vers une quête perpétuelle d’objectifs qui sont inévitablement inatteignables. Nous sommes alors très vulnérables à l’effondrement cataclysmique de notre estime personnelle, dans la mesure où elle n’a pas été construite sur des fondations suffisamment solides, ni durables.

Les trois types de honte

On peut distinguer trois types spécifiques de honte. Il s’agit de :

  • La honte intérieure
  • La honte extérieure
  • et la honte miroir

Voici la définition de ces trois types de honte :

La honte intérieure : c’est un sentiment de honte que nous ressentons envers nous-mêmes.

La honte externe : c’est lorsque nous percevons la mauvaise opinion que les autres ont de nous, ce qui nous fait ressentir de la honte.

La honte miroir : c’est lorsque nous ressentons de la honte par procuration, en raison de la manière dont l’autre s’est comporté envers nous – un membre de la famille ou un membre d’un groupe auquel nous nous identifions.

Bien souvent, le sentiment de honte intérieure et extérieure coexistent chez une même personne. Cependant, dans le cas de honte liée aux traumatismes de l’enfance, nous pouvons ressentir (de façon irrationnelle) un profond sentiment de honte intérieure, même si nous reconnaissons que les autres ne nous considèrent pas comme la résultante négative des événements que nous avons subi (il y a donc absence de honte extérieure).

La boucle de la honte

Selon Scheff (1990), en réponse à une enfance dans laquelle nous avons été constamment et profondément humiliés, nous pouvons sombrer dans une boucle de honte dans laquelle :

1- la honte est intériorisée et ne peut être évacuée, ce qui, à son tour, mène à …

2- avoir honte de ressentir de la honte, ce qui se traduit par …

3- un sentiment accru de honte – le sentiment de honte augmente et s’intègre dans la boucle de la honte de sorte que …

4- la première étape est réactivée avec une force encore plus destructrice et le cycle, en l’absence d’une intervention thérapeutique efficace, est revivifié.

La réticence à consulter un thérapeute

Comme on peut s’en douter, étant donné que les personnes ont honte d’avoir honte, il leur est très difficile de se confier aux autres sur ce qu’elles voient comme un “sombre secret”, ce qui les empêche de chercher une aide professionnelle et aggrave leurs problèmes.

Les mécanismes de défenses contre le sentiment intense de honte

Nathanson (1992) a identifié 4 réactions principales possibles au sentiment de honte dans une tentative (consciente ou non) de se défendre et de se protéger contre la souffrance émotionnelle que ce sentiment peut faire naître.

Les quatre mécanismes de défenses

Selon Nathanson, les 4 principaux mécanismes de défense qui sont activés pour se protéger de la honte (et qu’il considère comme étant le plus souvent acquis durant la petite enfance pour se protéger de sentiments intolérables) sont :

– le repli sur soi

– l’auto-destruction

– la fuite

– l’agressivité envers les autres.

Nathanson estime aussi que, bien que les individus puissent avoir recours à plusieurs mécanismes de défense (selon les circonstances qui ont provoqué le sentiment de honte), ils ont tendance à recourir à un ”mode par défaut” (c’est-à-dire une tactique défensive spécifique principale pour se protéger de la honte) auquel ils font le plus fréquemment appel.

La boussole de la honte

Nathanson a nommé ces quatre moyens de défense la “boussole de la honte”. Il a en outre expliqué que ces quatre moyens de défense étaient considérés comme s’inscrivant dans un continuum allant de “modéré” à “extrême”.Ainsi, par exemple, une attitude “modérée” de repli sur soi se traduit par l’évitement du regard, alors qu’à son ”extrême”, la personne peut totalement se couper des autres et vivre dans une cabane en bois dans la forêt tel un ermite.

Les Continuums

Voyons maintenant brièvement les quatre continuums sur lesquels reposent ces quatre mécanismes de défense.

1) Le repli sur soi

Aspect modéré : les épaules affaissées, le regard vers le bas, le rougissement, la bouche cachée par la main, le silence, le regard détourné, la solitude chronique.

Aspect extrême : l’éloignement physique, cognitif et émotionnel, l’isolement, la dépression, le repli sur soi, la solitude chronique, l’image de soi faussée et superficielle, l’hyper sensibilité au rejet et aux critiques (notamment les critiques sur la personnalité).

2) L’auto-destruction

Aspect modéré : comportement réservé, modestie, timidité, humour auto-dépréciateur.

Aspect médian : auto-sabotage, auto-négligence, auto-humiliation, effacement de soi, obséquiosité, soumission.

Aspect extrême : haine de soi, dégoût de soi, mépris de soi, masochisme, auto-dénigrement, automutilation (se couper, se brûler avec des cigarettes, etc.), idées ou comportements suicidaires

3) L’évitement

Aspect modéré : aveuglement, honte désavouée, charme auto-dépréciatif, syndrome de l’imposteur.

Aspect médian : comportement prétentieux / manifestations de richesse (bijoux, vêtements, etc.) arrogance, compétitivité, recherche de sensations fortes / prise de risques, hédonisme, perfectionnisme

Aspect extrême : le mensonge pathologique, le narcissisme, la prodigalité, le complexe de supériorité, les addictions ( la consommation excessive d’alcool, l’activité sexuelle obsessionnelle, etc.)

4) L’agressivité envers les autres

Aspect modéré : taquineries, railleries, plaisanteries…

Aspect médian : intimidation, fureur humiliée, rage.

Aspect extrême : violence

Alors que certains de ces mécanismes de défenses sont nettement plus sains que d’autres, même s’ils ne permettent pas de soulager complètement le sentiment de honte profondément enraciné – il est conseillé de suivre une thérapie telle que la thérapie comportementale et cognitive (TCC) ou une thérapie axée sur la compassion.


Traduit et adapté par courtoisie de Childhood Trauma Recovery

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