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Mon expérience de la dissociation : définition, symptômes et processus de réadaptation

La dissociation est une chose étrange. Étrange quand on sait ce qui se passe, mais encore plus étrange si ça a commencé quand on était enfant, et que nous ne savons pas ce qu’est la vie sans dissociation.

Que ressent-on quand on se dissocie ?

C’est comme si on était vide. Il y a une coquille là, et les gens voient la coquille, lui parlent, et agissent comme si c’était vous, mais ce n’est pas le cas. C’est juste un masque. Une façade. Un mécanisme de défense soigneusement mis au point au fil des ans. Il est équipé d’une antenne affûtée comme un rasoir pour lire les signaux sociaux et y réagir. Il est prêt à être ce qu’il faut pour affronter n’importe quel moment.

Mais à l’intérieur, il n’y a rien d’autre qu’un grand espace vide et béant. Un gouffre. Un vortex. Un puits sans fond. Si vous y regardez de trop près, vous tournoyez jusqu’à vous diviser en un million de minuscules particules, pour devenir une substance universelle indistincte.

Je sais où se trouve mon vrai moi. Elle est devant moi, un peu vers la droite, un peu plus loin. Parfois, j’ai eu recours à la dissociation pour faire face à la douleur. Quand j’ai accouché, j’ai poussé ma douleur vers mon vrai moi, vers la droite, un peu plus loin. L’accouchement est beaucoup plus supportable là-bas, loin de moi.

Mais qui est ”moi” ? Il n’y a même pas un moi à fuir. Il n’y a rien.

Tout au fond derrière mon cœur, dans une quatrième dimension spatiale, il y a un autre monde, le monde spirituel. Quand la vie devient insupportable, je prends ma coquille et je me retire à cet endroit. Personne ne peut me voir là-bas, ni me façonner selon ses désirs et besoins.

Qu’est-ce que la dissociation ?

La dissociation ne se limite pas aux cas sévères, parfois qualifiés de trouble de la personnalité multiple ou de trouble dissociatif.

Les expériences de dissociation légère sont relativement courantes, 60 à 65 pour cent de gens ont déclaré avoir eu une expérience dissociative (selon une étude de Waller, Putnam et Carson, 1996.)

La rêverie est une expérience dissociative fréquente. C’est le cas, par exemple, lorsque vous rentrez chez vous en voiture, mais que vous ne vous souvenez plus du trajet.

La dissociation est souvent utilisée comme mécanisme de défense au cours d’événements traumatiques. Les personnes qui souffrent de troubles anxieux, comme les crises de panique, présentent souvent des symptômes dissociatifs lorsque les crises de panique se déclenchent. C’est considéré comme un mécanisme d’adaptation.

Le site Web ”Panic Anxiety Disorder Association” décrit la dissociation ou les expériences dissociatives comme suit:

La dépersonnalisation : Avoir l’impression d’être séparé de son corps, d’être à côté de lui ou de vivre une expérience hors-corps.

La déréalisation : Sentiment que vous et votre entourage n’êtes pas réels. Regarder les choses à travers un brouillard. Vous avez l’impression que le sol bouge sous vos pieds. Les objets stationnaires semblent se déplacer. Une expérience qui peut s’accompagner d’une sensibilité à la lumière et au son. Vous pouvez avoir l’impression de perdre le contact avec la réalité et de devenir fou.

Comme bien des mécanismes de défense, la dissociation peut engendrer des problèmes si elle se produit dans des circonstances inappropriées. La rêverie en travaillant avec de la machinerie lourde par exemple.

La dissociation chronique se produit lorsqu’il y a un traumatisme prolongé au cours de la petite enfance et/ou l’enfance. Les sévices graves peuvent causer des formes extrêmes rendues célèbres par les livres et les films comme Sybil, mais d’autres traumatismes plus courants, tels qu’une mère souffrant de dépression post-natale, peuvent se manifester sous forme de dissociation chronique plus modérée.

Si la dissociation commence avant l’âge de neuf mois, la personne atteinte, plutôt que d’avoir le sentiment que le monde n’est pas réel, aura le sentiment de ne pas être elle-même réelle. La vie semble se dérouler derrière une vitre invisible : tout le monde y participe, mais la personne touchée regarde à l’intérieur depuis l’extérieur. Son corps participe peut-être, mais son âme est absente.

Si la personne atteinte s’identifie à son moi réel, qui n’habite pas son corps, elle peut se moquer de ce que son corps subit, et dans les cas les plus sévères, elle croit pouvoir continuer à vivre sans son corps. Selon Laing, c’est un élément clé de la psychose.

Si la personne atteinte s’identifie au corps, elle se sent souvent vide et creuse à l’intérieur. Là où il devrait y avoir des sentiments, on n’y trouve rien, ou bien les sentiments de ceux qui l’entourent. Elle cherchera généralement à satisfaire les besoins des autres, comme on peut le voir chez les mères opprimées et, parfois même, chez les entrepreneurs à succès les plus motivés. Si vous ne ressentez pas l’impact émotionnel d’une vie déséquilibrée, vous pouvez la supporter beaucoup plus longtemps que les gens ordinaires ne le peuvent.

Comment découvrir si vous êtes dissocié(e)?

C’est un énorme défi pour les personnes souffrant de dissociation chronique que de diagnostiquer leur maladie. Après tout, la majorité d’entre eux n’ont jamais rien connu d’autre. Pourquoi se demander si quelque chose ne va pas ?

Dans mon cas, il a fallu que je rencontre une personne suffisamment empathique pour comprendre que je réprimais mes émotions, même si elle avait du mal à saisir de quelles émotions il s’agissait. Une fois ma quête de connaissances entamée, je me suis vite rendu compte que j’étais émotionnellement paralysée. Alors, le voyage de réconciliation a commencé.

Les dissociés chroniques sont des survivants. Ils ravalent tout, ne montrent rien et poursuivent leur vie. Ils persistent, parce qu’ils pensent que s’arrêter, même pour un bref instant, pourrait leur être fatal.

En parlant avec d’autres personnes, j’ai dressé une liste de symptômes que beaucoup de personnes dissociées ont en commun.

Bien que je ne fasse pas figure d’autorité médicale, je souffre de dissociation chronique. Voici le 20 symptômes observés chez des personnes qui souffrent de dissociation chronique :

  • Vous avez toujours froid, surtout aux doigts et aux orteils. Vous portez des pulls même lorsque la température est supérieure à 20 degrés. Vous frissonnez et vous vous recroquevillez tandis que d’autres sont tout à fait bien.
  • Les autres vous décrivent comme “très conceptuel”, “froid”, “distant”, “intellectuel”, une personne qui “vit dans sa tête”.
  • Vous avez l’impression que votre foyer corporel se trouve entre vos yeux, plutôt que dans votre poitrine ou au niveau de votre cœur.
  • Vous avez besoin de fantasmes mentaux très vivaces pour être excité (du moins pour les femmes). Vous êtes rarement excité par le seul toucher.
  • Vous vous sentez motivé, et vous arrêter pour faire une pause semble dangereux.
  • C’est difficile de côtoyer d’autres personnes, car on ne peut pas se détendre.
  • C’est difficile d’être seul, parce qu’on se sent intensément seul.
  • Vous êtes impatient avec les gens qui disent ne pas pouvoir faire quelque chose pour des raisons émotionnelles. Vous vous demandez pourquoi ils ne font pas comme vous ?
  • Vous avez de la difficulté à lire les signaux émotionnels non verbaux et vous êtes hyper vigilant et hyper-réactif aux signaux visuels.
  • Vous pensez, analysez et observez les autres comme un aigle, mais vous ne sentez pas leur présence.
  • Il vous faut plusieurs mois pour tisser des liens avec les nouveau-nés, et il vous est difficile d’éprouver de l’empathie et de les réconforter.
  • Vous voulez que tout ce qui est relaté soit exact et précis concernant ce qui a été dit.
  • Vous avez la capacité de vous souvenir de situations et de conversations dans les moindres détails, mais aussi de vous évader mentalement pendant certaines conversations importantes et de ne pas vous en souvenir.
  • Vous avez souvent l’impression que les gens font ce qu’ils veulent, mais que vous, vous devez survivre.
  • Vous aimez et invoquez sans cesse la citation : “Ce qui ne tue pas rend plus fort.”
  • Vous sentez que vous n’avez jamais fait partie de votre famille ni d’ailleurs.
  • Vous vous dissuadez d’être en colère quand les gens franchissent vos limites, en leur trouvant des excuses.
  • Vous ne ressentez pas le droit d’exister et vous doutez parfois de votre existence.
  • Vous avez des règles abondantes et un cycle menstruel prolongé.
  • Vous avez l’impression que tout ce qui est bon dans votre vie est amené à disparaître.

Se réadapter suite à la dissociation

Même les cas les plus sévères de dissociation et de troubles multiples de la personnalité peuvent être guéris, de sorte que la personne peut se réinsérer et atteindre un certain degré de normalité. Le chemin de l’intégration exige une profonde reconnexion avec le subconscient non rationnel, non linéaire, physique, sensuel et enfantin. Pour que cela se produise, le subconscient doit être convaincu qu’il est en sécurité pour pouvoir sortir de sa coquille.

Pour moi, l’événement déclencheur a été d’essayer de trouver ce que je voulais vraiment. Mon amie m’a dit : “Si ton enfant intérieur pouvait faire ce qu’il veut en ce moment, que ferait-elle ?”

J’ai essayé d’y réfléchir. Il m’arrive parfois d’éprouver ce sentiment que l’on ressent lorsqu’une pensée, un mot est sur le bout de la langue. Mais aussitôt, je me retrouve face à un mur de panique, et la pensée se brise avant même de se former.

Ayant étudié la psychologie, j’assistais au spectacle de la répression freudienne classique. Pourtant, je ne pouvais pas me forcer à finaliser cette pensée. C’était comme si savoir ce que je voulais mettait ma vie en danger.

Étant motivée et déterminée, j’ai tout mis en œuvre, y compris la PNL (programmation neuro-linguistique), la psychothérapie, la conversation émotionnelle, le travail avec l’enfant intérieur, l’art-thérapie, la méditation, l’écriture en regardant la mer depuis la plage, et les exercices physiques.

Après quelques mois, j’ai fait ma première percée. J’ai rencontré une personne tellement à l’écoute qu’elle pouvait comprendre ce que je ressentais sans que j’aie à l’exprimer avec des mots. Après qu’elle ait anticipé chacun de mes mouvements et de mes sentiments pendant 45 minutes, j’ai senti que je pouvais être en vie en toute sécurité, malgré tout.

À ce moment-là, mon vrai moi s’est déplacé de là-bas devant sur ma droite, et s’est installé autour de mon cœur. Ma peau est devenue intensément sensible, et passer mes doigts sur la surface de pierre rugueuse est devenu presque orgasmique et sensuel. Ma capacité d’empathie s’est développée et j’ai été aussi ouverte qu’une jeune enfant. Il m’a fallu un peu d’ajustement chaotique avant d’apprendre à modérer ma sensibilité et à réagir à nouveau comme une adulte. Au cours des mois qui ont suivi, j’ai grandi sur le plan émotionnel. Une fois de plus, mes connaissances en psychologie m’ont été utiles, parce que je pouvais identifier mon âge émotionnel et faire preuve d’indulgence envers moi même.

Il y a quelques aspects positifs à mes expériences dissociatives : Je n’étais pas présente lorsque beaucoup des mauvais moments de ma vie ont eu lieu, comme le lycée. Je ne me sentais pas couverte de cicatrices comme la plupart, et je pouvais ressentir ce que les autres éprouvaient avec précision et détail. Comme je n’avais que mon intellect, je suis devenue très douée pour observer, analyser et comprendre ce qui se passait dans le subconscient des autres à partir d’indices tels que leur posture, leurs choix de mots et le mouvement des yeux.

La plupart des gens ne mettent pas autant d’énergie à observer parce qu’ils peuvent ressentir les autres directement. Mais c’était la seule chose que j’avais, alors je l’ai développée au maximum, un peu comme un aveugle qui apprend à claquer des doigts pour se localiser par écho.

Maintenant, j’ai les deux : l’observation et le sentiment direct. Combiner ces deux capacités est plutôt génial, et rien ne m’échappe maintenant.

Comment c’était ?

Je ne le cacherai pas. C’était une marche à travers la vallée de l’ombre de la mort pour me remettre de la dissociation. Pendant environ trois mois, rentrer dans le bureau de mon thérapeute était comme une marche funèbre vers la chaise électrique.

Je me suis dissociée parce que la vie était terrifiante, mais la seule façon d’être libre est de faire face à cette terreur. Après ma première percée, j’ai découvert comment libérer la peur tout en étant bien. Ça m’a aidé. Les ouvrages l’appellent réconfort personnel. C’était beaucoup trop passif et paisible pour mon expérience, mais me voilà.

L’expérience de la sécurité – d’être perçue et de recevoir une réponse appropriée – a également été une partie essentielle du processus de guérison. N’essayez pas de vous guérir tout seul. Allez chercher de l’aide.

En nous coupant de nos sentiments, la dissociation nous isole de notre moi le plus profond, et elle nous déconnecte aussi de tous ceux qui nous entourent. On ne peut plus faire confiance à qui que ce soit. Mais une vie nouvelle vous attend si vous acceptez d’y faire face, une vie dont vous ne pouvez même pas vous douter. C’est un acte de foi que de se jeter de cette falaise et de faire confiance que cela ne vous tuera pas, de dépendre de quelqu’un d’autre et de ne plus être sur vos gardes. Faites-le.

C’est terrifiant. Mais ça en vaut la peine.

Source – Patient’s Lounge

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