cerveau

Secoue-toi un peu : ou pourquoi vous ne le pouvez pas. Démystifier les idées reçues sur les troubles psychologiques.

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mythes

Comment la thérapie peut-elle modifier votre cerveau ?

La maladie psychologique n’est pas comme la maladie physique. Principalement parce que ça ne se voit pas. Les humains ont toujours vérifié la réalité des choses avec leurs yeux. ‘’Tu es tombé d’un toit et tu t’es cassé la jambe ? Oh non, pauvre de toi !’’

Le regard se promène sur la jambe plâtrée, dont l’existence a déclenché cette question. Nous sommes plein de compassion. Nous leur souhaitons un prompt rétablissement. Nous leur demandons ce qui est le plus difficile dans le fait d’avoir une jambe dans le plâtre. Ils répondent. Leur difficulté est visible ; leur frustration, leur douleur et leur détresse sont validées. Tout va bien.

Maintenant, essayez ceci. ‘’Je ne t’ai pas vu depuis un bail’’. La personne déprimée n’établit pas de contact visuel, apparaît un peu fuyante. Elle dit quelque chose d’inintelligible, un marmonnement, ce qui nous donne l’impression de déranger ou de nous tromper. Puis, quand la conversation semble bloquée, elle nous lance un bref regard, droit dans les yeux, mais très rapidement. Son expression nous fait penser à un loup affamé, ses yeux pleins de douleur et de détresse qu’on ne peut nommer. Nous nous sentons mal à l’aise, nous ne savons pas comment réagir. Nous essayons de maintenir la conversation. Puis elle dit : ” Je ne vais pas très bien, j’essaie les cachets que le docteur m’a donnés, mais je ne sais pas… ”

Face à leur hésitation, leur manque de confiance et leur peu d’espoir, nous nous détournons. Vers des choses moins déroutantes et déconcertantes que la dépression, l’anxiété sociale suffocante, ou pire encore, la folie des hallucinations, d’entendre des voix, et des fous violents.

Bien sûr que si. Ça ne fait pas de nous une mauvaise personne. La maladie mentale nous a toujours dérangés et la façon de traiter les personnes ” folles ” nous a toujours maintenus éveillés, surtout quand il s’agit de proches et d’êtres chers. Les dangers sont réels – suicide, meurtre, automutilation, gestes maniaques, comportements addictifs qui détruisent des vies et des relations, amènent à perdre leur maison, ou à y accumuler toutes sortes de cochonneries, ou à se laver les mains un milliard de fois par jour. Ce que font les “fous” peut être assez flippant, avouons-le, c’est un peu flippant.Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que les immenses avancées technologiques, qui nous permettent de fabriquer des voitures avec des robots ou d’appeler notre mère par vidéo à l’autre bout du monde, ne nous ont pas permis de résoudre le problème des personnes souffrant ainsi. Dans leur tête. Non, nous ne pouvons pas éradiquer les troubles mentaux d’un seul clic de souris, ou faire livrer un nouveau cerveau parfaitement fonctionnel par drone sur Amazon Prime. Un jour peut-être ! En attendant, la maladie mentale reste obstinément invisible et donc discutable. Après tout, ” voir c’est croire “. ‘’Tu ne viens pas, encore, aujourd’hui ? ‘’ Soupir. ‘’Ok, alors’’ dit-on, en tant que patron. Puis on se demande : ‘’Il est vraiment malade ? Il fait semblant ? Il me manipule ? Ou il se moque de moi ?’’. On ne peut pas s’empêcher de douter si on ne peut pas vérifier de nos propres yeux. Si seulement la maladie psychologique pouvait être traitée avec un plâtre. Mais ce n’est pas possible. Pas encore.


Je voudrais utiliser cette page pour vous parler des nombreuses façons dont les neuro-scientifiques parviennent à trouver des indices qui expliquent pourquoi les personnes atteintes de maladie psychologiques souffrent et se comportent comme elles le font. Les chercheurs sont en train de comprendre comment les principales différences dans la structure et le fonctionnement du cerveau sont responsables de la détresse et de la souffrance liées à la maladie psychique, tout comme une personne ayant une jambe cassée ressent l’agonie de deux morceaux d’os en friction.

On a découvert, ces dernières années, que les symptômes du trouble obsessionnel-compulsif peuvent être causés par des infections pharyngées à streptocoque C. Pour les enfants atteints d’angine streptococcique qui se sont mis à se laver les mains de façon compulsive, les IRM ont révélé que la région sous-corticale avait enflé de 24%. Cette partie du cerveau permet à nos pensées de circuler. Lorsqu’on leur a administré des immunosuppresseurs, les symptômes se sont atténués. Les enfants dont la zone était la plus enflée ont présenté les symptômes les plus graves, ce qui montre une relation causale. D’autres chercheurs ont démontré que les symptômes schizophréniques peuvent être causés par deux microbes différents, Toxoplasma gondii et cytomégalovirus (CMV). Cela ne veut pas dire que toute schizophrénie est induite par des microbes, mais il est clair que les symptômes de la maladie mentale sont causés par une pathologie du cerveau tout comme les maladies du corps sont causées par une pathologie du corps.

Les scientifiques ont observé que le volume de l’hippocampe est plus faible chez les patients souffrant de dépression chronique mais pas chez ceux qui se sont rétablis. Ce volume est jusqu’à 18 % inférieur chez les femmes victimes de violences dans leur enfance. Le mécanisme sous-jacent serait dû au fait que les expériences stressantes libèrent du cortisol, l’hormone du stress, qui, à petites doses, nous prépare au combat ou à la fuite. Mais lorsque l’exposition à cette hormone est répétée et fréquente, elle provoque le dessèchement et la mort des neurones de l’hippocampe. Le volume de l’hippocampe est important puisque c’est là principalement, où nous traitons et trions les souvenirs à court et long terme, que se déroule la neurogenèse. Vous ignoriez peut-être que vous continuez à produire de nouveaux neurones toute votre vie – mais c’est ainsi – et cela se produit exactement là, dans l’hippocampe, dans ces deux petites zones en forme d’hippocampe au fond du système limbique du cerveau.Imaginez maintenant un bébé négligé ou effrayé – c’est ce que l’on entend par ” traumatisme cumulatif “. Un tel nourrisson grandit avec un cerveau baigné de cortisol, ce qui entraîne des changements épigénétiques qui le prédisposent à la dépression et aux maladies liées au stress. Il y a une période critique dans le développement du nourrisson, notamment les trois premières années, où la partie du cerveau responsable de la régulation des émotions se connecte – comme une moissonneuse-batteuse qui se fraye un chemin à travers champs. Si nous sommes élevés avec empathie, c’est-à-dire aimés et bien traités, nos voies neuronales bourgeonnent à travers notre lobe frontal droit comme des brocolis à rameaux qui nous permettent d’identifier nos émotions, de les nommer comme sentiments et de les libérer convenablement. Cette composante clé du lobe frontal droit est le câble qui nous permet de fabriquer et d’entretenir des liens humains. Je suis convaincue qu’elle sous-tend aussi notre sens de nous-mêmes, la croyance que nous avons un rôle à jouer dans le monde et la conviction inconsciente que nos choix ont leur importance.

Il ne faut pas s’étonner qu’un grand nombre de détenus aient été maltraités au cours de cette période critique et qu’ils soient devenus profondément incapables d’atténuer leurs émotions et de sentir une connexion aux autres. Leur peur et leur rage débordent en délits violents, leurs désirs en viols. Je ne sous-entends pas ici que ces crimes odieux ne méritent pas d’être punis – bien entendu, ils le méritent. Mais sachant que leurs crimes sont en grande partie la conséquence d’un cerveau mal connecté, ne ferions-nous pas mieux d’offrir aux prisonniers une psychothérapie intensive plutôt qu’une cellule avec TV fermée 23h/24 ? Après tout, l’objectif de la prison n’est-il pas de les rendre moins susceptibles de récidiver en réintégrant la société ?

Alors, la psychothérapie peut-elle modifier le cerveau ? Telle est la question cruciale et il semble de plus en plus évident que oui. Par exemple, lorsque les patients ont des flashbacks, le flux sanguin vers le lobe préfrontal et frontal diminue. Le but de la psychothérapie est d’étendre l’influence du lobe préfrontal droit où se produit la régulation de l’émotion (cette zone clé qui se connecte dans les 24 premiers mois de l’enfance, avant d’acquérir le langage). Selon Freud, il faut laisser place aux associations libres de l’esprit pour récupérer ou reconstituer des souvenirs difficiles, dans le cadre de la relation avec le thérapeute. Les mémoires doivent être réactivées pour que leurs connexions neuronales soient modifiées, afin qu’elles puissent être retranscrites et transformées. Le changement neuronal est possible car nos étonnants cerveaux restent plastiques (capables de changer) durant toute une vie. La neuroplasticité est une caractéristique de la structure et des fonctions du cerveau.

Le changement psychologique que je vois chez mes patients au cours de leur thérapie se produit au niveau neuronal ; de nouveaux circuits de neurones qui se connectent et se déclenchent peuvent se développer lorsque des souvenirs traumatiques sont revécus et que les processus de pensées négatives et auto-critiques sont explorés au cours de la thérapie. Comprendre comment la douleur du passé a été déclenchée par les expériences du présent permet aux patients de développer de nouvelles méthodes d’adaptation et celles-ci sont instanciées dans les réseaux neuronaux grâce à la merveilleuse neuroplasticité du cerveau.Je dis parfois aux patients : ” C’est une relation qui vous a mis dans ce bourbier et c’est une relation vous en sortira “. Est-ce que ça prend beaucoup de temps ? Oui. Est-ce que ça marche?

Certainement, tant que le patient désire vraiment un changement….

Le fleuve de l’Ignorance se détourne dans la peur des personnes souffrant de problèmes de santé mentale, tout en maintenant des stéréotypes à leur sujet. Alors que la rivière de la Détresse est l’endroit où les nourrissons reçoivent de piètres soins et passent le reste de leur vie à se sentir coupables de ne pas se sentir bien et ne pas réussir à gérer leur vie. Une meilleure éducation sur ce qui fait des esprits sains et de meilleurs traitements de santé mentale pour ceux qui n’ont pas eu ce dont ils avaient besoin dès le départ, contribueraient beaucoup à changer les choses : est-il possible de bannir ensemble Ignorance et Détresse ?


#troublespsychologiques

#santémentale#thérapie#neurosciences

Traduit et adapté par courtoisie de British Foundation of Psychotherapy

isolement

Le soutien social

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santé mentale

Nous avons tous besoin de nous sentir à notre place et de ressentir que les autres se soucient de notre bien-être. Le soutien social est tout à fait cela : avoir un sentiment d’appartenance et savoir que d’autres personnes nous portent une attention particulière. Ces personnes — notre réseau d’aide — peuvent provenir de différents groupes de personnes, y compris notre partenaire de vie, des amis, des membres de notre famille, des collègues, des voisins ou même des professionnels comme des médecins, des intervenants psychosociaux ou des pairs aidants.

POURQUOI EST-CE IMPORTANT?

Nous avons tous besoin des autres. Il est souvent sous-estimé à quel point nous pouvons bénéficier du soutien d’autres personnes. Le soutien social peut nous aider à faire face à des épreuves ou à des échecs, à résoudre des problèmes, à améliorer notre estime de soi et même à gérer des problèmes de santé et de stress. Les gens qui ont l’impression d’avoir le soutien social dont ils ont besoin ont tendance à avoir un niveau de stress moins élevé que les autres. Le stress affecte l’ensemble du corps, du bien-être mental à la santé cardiovasculaire en passant par le système immunitaire; trouver une façon de gérer et de réduire le stress est donc extrêmement bénéfique pour nous. Les bienfaits du soutien social peuvent également être ressentis par ceux qui l’offrent à d’autre. Le soutien social est encore plus important lorsque vous ne vous sentez pas bien. Pourtant, malgré ses bienfaits, les gens qui ont des problèmes de santé mentale ou physique s’éloignent parfois de leur réseau d’aide. Ils peuvent avoir honte ou être mal à l’aise de parler de ce qu’ils vivent, avoir peur que les autres ne les comprennent pas, se demander comment les autres pourraient les aider ou même penser qu’ils les embarrassent. Il se peut aussi que certaines personnes aient un réseau d’aide qui ne peut pas leur donner le soutien dont ils ont besoin dans une situation particulière. En effet, il est possible que, ne sachant pas comment aider une personne dans le besoin, des amis ou des membres de la famille s’en éloignent. La perte de ces liens importants signifie que vous devez gérer beaucoup de choses seul, mais elle peut aussi déclencher des sentiments pénibles, comme ne pas se sentir aimé ou important. Une chose est toutefois claire : peu importe ce qui arrive dans votre vie, il y a des gens qui peuvent vous aider.

À QUOI RESSEMBLE LE SOUTIEN SOCIAL?

Les gens peuvent offrir de nombreux et différents types de soutien :

  • Le soutien émotionnel—cela peut être une personne avec laquelle vous communiquez lorsque vous désirez seulement parler d’un problème et partager vos pensées et vos sentiments. Le soutien émotionnel ne consiste pas nécessairement à trouver des solutions. Il s’agit vraiment d’empathie; le fait de savoir qu’une autre personne se soucie de vous et avoir l’impression que vous ne gérez pas la situation tout seul.
  • Des conseils avisés—Il s’agit d’une personne avec laquelle vous parlez lorsque vous avez besoin de plus amples renseignements sur un sujet particulier. Par exemple, vous pouvez appeler un ami pour obtenir des conseils sur la façon d’accéder à un service ou encore demander à un collègue comment il a géré une situation similaire.
  • De nouvelles perspectives—C’est pouvoir appeler une personne en particulier lorsque vous devez examiner un problème de différents points de vue, ce qui peut être difficile à faire seul sur le moment. D’autres personnes peuvent toutefois offrir d’excellentes perspectives que vous pourriez ne pas avoir considérées. Ces perspectives peuvent être de puissants outils lorsque vous désirez résoudre des problèmes ou comprendre quelque chose qui arrive dans votre vie.
  • De l’aide pratique—C’est avoir dans son entourage une personne que vous pouvez appeler lorsque vous avez besoin d’un coup de main, comme garder vos enfants quand la gardienne est malade, vous apporter un repas lorsque vous êtes malade ou vous aider avec votre travail. Parfois, même de petites tâches peuvent sembler accablantes et une aide pratique peut alors faire une grosse différence. Soyez conscient de vos attentes par rapport aux autres. Par exemple, un ami peut être une excellente personne avec qui parler lorsque vous avez besoin d’une autre perspective, mais ne pas pouvoir offrir une grande aide pratique. Un membre de votre famille peut être en mesure d’offrir beaucoup d’aide pratique autour de la maison, mais ne pas avoir les connaissances pour vous transmettre beaucoup d’information. Si vous n’êtes pas réaliste lorsque vous demandez de l’aide à quelqu’un, vous pourriez ne pas obtenir le soutien dont vous avez besoin, et les personnes concernées peuvent alors se sentir contrariées ou blessées.

COMMENT PUIS-JE CRÉER MON PROPRE RÉSEAU D’AIDE?

Le réseau d’aide évolue habituellement avec le temps. Les situations de la vie et les gens peuvent changer, et il arrive que des gens perdent une personne importante dans leur vie. Parfois, une personne a beaucoup de gens dans son réseau d’aide, mais ceux-ci ne peuvent offrir le soutien dont elle a le plus besoin. D’autres personnes peuvent trouver qu’elles ont simplement besoin de plus de soutien qu’elles n’en reçoivent actuellement. Peu importe la situation, vous pouvez agir pour vous créer un réseau d’aide plus efficace.Comment renforcer un réseau existant :

  • Prenez contact avec les gens qui composent votre réseau et demandez de l’aide. N’oubliez pas que cela demande du courage!
  • Entretenez les relations importantes que vous avez déjà. Vous devez contribuer également à ces relations; vous ne pouvez pas seulement demander de l’aide. Offrez également du soutien aux autres membres de votre réseau.
  • Soyez clair par rapport au type d’aide dont vous avez besoin. Dites aux gens ce dont vous avez besoin; ils pourraient mieux vous aider s’ils savent ce que vous recherchez.
  • Demandez un soutien spécialisé, comme du counseling, au besoin. Assurez-vous de demander de l’aide aux bons endroits.
  • Si vous faites des efforts pour entretenir une relation mais ne voyez pas les améliorations dont vous avez besoin, il peut être temps de mettre fin à cette relation. Les gens et les situations changent. Parfois, il vaut mieux mettre votre énergie dans des relations plus saines.

Comment agrandir son réseau :

  • Créez des occasions de rencontrer de nouvelles personnes. Participez à des activités sociales, suivez des cours, faites du bénévolat ou impliquez-vous auprès d’une organisation ou d’un groupe. Vous pouvez également demander à des amis de vous présenter d’autres personnes.
  • Donnez du temps à vos relations. Établir des relations demande un peu de travail. Vous ne développerez pas une amitié avec toutes les personnes que vous rencontrerez, et lorsque vous vous faites un nouvel ami, il faut du temps pour renforcer votre relation.
  • Interagissez en personne. Si vous avez un problème précis, comme une maladie, joignez-vous à un groupe de soutien ou essayez d’obtenir un soutien individuel auprès d’un pair aidant. Ceci peut être une excellente façon d’interagir avec d’autres personnes qui peuvent comprendre certaines de vos expériences et vous transmettre de l’espoir, de bons renseignements et des ressources.
  • Cherchez en ligne. Si vous n’avez pas beaucoup d’occasions de trouver des gens en personne, envisagez de chercher en ligne une communauté à laquelle vous joindre. (Il vous suffit de faire preuve de jugement pour choisir les options qui sont sécuritaires et utiles.)

Source : ACSM

Anorexie

Les troubles de l’alimentation

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anorexie boulimie

Chaque jour, des messages de différentes sources nous bombardent et influencent nos sentiments sur notre apparence. Chez certaines personnes, une perception médiocre de l’image corporelle est signe d’un problème grave, appelé trouble de l’alimentation. Les troubles de l’alimentation ne touchent pas que l’alimentation. Souvent, ces troubles sont un moyen de faire face à des problèmes difficiles ou de reprendre le contrôle. Ils représentent des maladies complexes qui touchent les sentiments d’identité, de valeur et d’estime de soi.

Que sont les troubles de l’alimentation?

Il existe trois principaux types de troubles de l’alimentation : l’anorexie nerveuse, la boulimie et l’hyperphagie boulimique.Les signes d’un trouble de l’alimentation commencent souvent avant qu’une personne ait l’air malade. Par conséquent, le poids ne devrait jamais être le seul facteur à considérer.

L’anorexie

Une personne atteinte d’anorexie nerveuse peut refuser de maintenir un poids normal (pour son corps) en limitant la quantité de nourriture qu’elle consomme ou en faisant beaucoup plus d’exercice que d’habitude. Peu importe son poids réel, elle peut se sentir grosse. Elle peut penser à son poids souvent et l’utiliser pour évaluer son estime de soi.La restriction de l’apport alimentaire peut avoir un effet sur tout le corps d’une personne. L’anorexie peut causer des troubles du coeur et du foie, un faible niveau de fer dans le sang, une perte de la masse osseuse, des troubles digestifs, un ralentissement du rythme cardiaque, de l’hypotension artérielle et des problèmes de fertilité chez les femmes. Jusqu’à 10 % des personnes qui font de l’anorexie meurent des suites de problèmes de santé ou de suicide.

La boulimie

La boulimie comporte des périodes de compulsion alimentaire, suivies de purges (pour éliminer la nourriture, p. ex., en vomissant ou en utilisant des laxatifs). Peu importe leur poids réel, les personnes qui souffrent de boulimie peuvent se sentir grosses. Elles peuvent aussi penser à leur poids corporel souvent et l’utiliser pour évaluer leur estime de soi.Les problèmes de santé causés par la boulimie comprennent les troubles du foie, la déshydratation et les troubles digestifs. Les vomissements endommagent souvent les dents, la bouche et la gorge.

L’hyperphagie

L’hyperphagie alimentaire comporte des épisodes d’excès alimentaires. Les personnes atteintent peuvent avoir l’impression de ne pas contrôler la quantité de nourriture qu’elles consomment et ressentir de la détresse, du découragement et de la culpabilité après un épisode d’excès alimentaire ou de compulsion alimentaire. Bien des gens essaient de cacher leur compulsion alimentaire. L’hyperphagie peut être un moyen pour faire face à une situation ou trouver du réconfort et elle fait parfois son apparition après un régime. Certaines personnes peuvent jeûner (ne pas manger pendant une période) ou être au régime après des épisodes de compulsion alimentaire.L’hyperphagie peut accroître les risques de diabète de type 2, d’hypertension artérielle ou les préoccupations relatives au poids.

Qui est touché?

Les troubles de l’alimentation peuvent toucher tout le monde, mais certaines personnes peuvent courir un risque plus élevé. Celles dont l’estime de soi est faible, qui n’aiment pas leur image corporelle, qui sont perfectionnistes ou qui ont de la difficulté à gérer le stress peuvent être plus susceptibles d’être atteintes. L’absence de soutiens sociaux positifs et d’autres liens importants peut également jouer un grand rôle. Dans certains cas, les troubles de l’alimentation peuvent aller de pair avec d’autres maladies mentales.Nos croyances à l’égard de l’image corporelle sont également importantes. Alors que les médias présentent souvent la minceur comme le type de corps idéal, cette croyance ne suffit pas à provoquer un trouble de l’alimentation. C’est notre façon de concevoir ces messages et de les appliquer dans notre vie qui peut influencer notre estime de soi et notre valeur.

Qu’est-ce que je peux faire?

Vous pourriez avoir beaucoup de difficulté à demander de l’aide, car ce n’est pas toujours un pas facile à franchir. Bon nombre des personnes qui sont atteintes d’un trouble de l’alimentation ont peur de suivre un traitement, parce qu’elles pensent qu’elles devront prendre du poids. Comme plusieurs peuvent également ressentir beaucoup de honte ou de culpabilité, l’idée de parler d’expériences très personnelles peut sembler insurmontable. Certaines trouvent du réconfort dans leurs comportements alimentaires et craignent de trouver de nouveaux moyens pour s’adapter. La restriction de l’apport alimentaire, la compulsion alimentaire et les purges peuvent entraîner de graves problèmes de santé, mais on peut les traiter et vous pouvez vous rétablir. Une bonne équipe de soutien peut vous aider tout au long de votre rétablissement et vous donner des outils qui vous aideront durant toute votre vie.Le traitement d’un trouble de l’alimentation implique généralement plusieurs professionnels et professionnelles de la santé. Certaines personnes pourraient devoir être hospitalisées pour traiter leurs problèmes de santé physique.

Le counseling et le soutien

Le counseling aide les personnes à résoudre leurs problèmes et à acquérir des compétences pour gérer leurs problèmes à l’avenir. Il existe différents types de counseling, dont la thérapie cognitivo-comportementale, la thérapie comportementale dialectique et la thérapie interpersonnelle. Toute la famille peut participer au counseling, surtout lorsqu’une jeune personne est atteinte d’un trouble de l’alimentation.Il peut être très utile d’entrer en contact avec des groupes de soutien. Ils donnent l’occasion de partager des expériences et des stratégies de rétablissement, de trouver du soutien et d’établir des liens avec des personnes qui comprennent ce que vous vivez. Il peut y avoir également des groupes de soutien pour la famille, les amies et les amis touchés par le trouble de l’alimentation d’un proche.Il existe de nombreuses stratégies d’aide personnelle à essayer à la maison. Des compétences comme la résolution de problèmes, la gestion du stress et les techniques de relaxation peuvent aider tout le monde à faire face aux défis et aux problèmes d’une manière saine. Vous pouvez développer plusieurs de ces compétences en counseling, mais vous pouvez aussi les mettre en pratique par vous-même. Et il est toujours important de consacrer du temps à des activités que vous aimez et d’être en contact avec vos proches.Un professionnel ou une professionnelle de la diététique ou de la nutrition peut enseigner des stratégies d’alimentation et des habitudes alimentaires qui appuient vos objectifs de rétablissement. C’est ce qu’on appelle également le « counseling nutritionnel ».

La médication

Quoiqu’il n’existe pas de médication spécifiquement pour les troubles de l’alimentation, une médication peut aider à régler les problèmes d’humeur souvent associés à un trouble de l’alimentation.

Les soins médicaux

Comme les troubles de l’alimentation peuvent entraîner des problèmes de santé physique, vous pourriez avoir besoin régulièrement de soins et d’examens médicaux.

Comment est-ce que je peux aider un proche?

Il peut être très difficile d’aider un proche qui est atteint d’un trouble de l’alimentation. Bien des gens se sentent bouleversés ou même effrayés par les croyances, les comportements ou l’état physique de leur proche. Il est préférable d’adopter une approche axée sur le soutien et la compréhension plutôt que sur le contrôle. Voici quelques conseils pour vous aider à soutenir un proche :

  • Rappelez-vous que les troubles de l’alimentation sont un signe de problèmes beaucoup plus importants. Évitez de vous attarder seulement à l’alimentation ou aux habitudes alimentaires.
  • Ayez conscience de votre propre attitude et de votre comportement à l’égard de l’alimentation et de l’image corporelle.
  • N’obligez jamais une personne à changer ses habitudes alimentaires et n’essayez pas de la tromper pour qu’elle change.
  • Évitez de réagir à une discussion sur l’image corporelle ou tenter de raisonner avec votre proche pour des propos qui vous semblent irréalistes.
  • Si votre proche est d’âge adulte, rappelez-vous qu’il doit y avoir un équilibre entre votre offre de soutien pour chercher de l’aide et vos propres préoccupations et son droit à la vie privée.
  • Si les expériences de votre proche touchent d’autres membres de la famille, le counseling familial peut être utile.
  • N’ayez pas peur d’établir des limites et de demander de l’aide pour vous-même.

Source: ACSM

anxiété

La honte chronique et toxique : Ce que c’est que de vivre avec.

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chronique et toxique

Les personnes souffrant de honte chronique et toxique en sont affectées dans de nombreux domaines de vie. Parfois, ces personnes ne sont même pas conscientes de l’impact que cela a sur elles. Certaines vous diront quelque chose comme : “Je me sens tout le temps mal dans ma peau.

“Je reçois souvent des commentaires, messages et courriels me disant : ” Je viens de lire votre article et c’est exactement ce que je ressens, mais je ne savais pas comment le formuler! Merci beaucoup !” . Voilà à quel point il peut être difficile de verbaliser ce qui se passe quand on a constamment honte. De plus, cela s’accompagne souvent d’autres sentiments désagréables, comme la culpabilité toxique, douter de soi, la colère, l’impuissance, le désespoir ou la solitude.

Voici quelques-uns des problèmes les plus courants auxquels sont confrontées ces personnes et pour lesquels ils ont honte.

Culpabilité et responsabilité trompeuse

La responsabilité et la culpabilité toxique sont deux choses qui vont souvent de pair avec la honte chronique. La personne a tendance à se blâmer pour les choses dont elle n’est pas responsable. Par conséquent, elle se sent aussi investie d’un sens des responsabilités écrasant. Et quand on se sent responsable des autres, il est très difficile de dire non ou de fixer des limites plus fermes. Par conséquent, on a tendance à accepter trop de responsabilités et d’obligations. On est aussi trop gentil et crédule. C’est un énorme problème parce qu’une telle personne est susceptible d’être manipulée par des personnes ayant une personnalité toxique : narcissiques, psychopathes, sociopathes, malfaiteurs, voleurs et autres prédateurs de toutes sortes. (…)

Le vide

De plus, les personnes qui souffrent de la honte toxique se sentent souvent vides et ne ressentent pas de véritable bonheur à long terme. Les gens qui se situent dans le spectre narcissique et toxique font face à ce manque en se comparant pathologiquement aux autres et en essayant de les dévaloriser pour se sentir supérieur. Ils recherchent le pouvoir et le contrôle sur les autres, le statut social, la célébrité, la notoriété, etc. Tout ce qui peut prouver qu’ils ne sont pas aussi inutiles et déplaisants que ce qu’ils perçoivent d’eux-même.

Les autres s’effacent, se sacrifient et se dévouent afin de se sentir utiles et indispensables, même si c’est au détriment de leur propre bien-être. Enfant, ils ont appris que le but de leur existence était de répondre aux besoins des autres. Ils ressentent donc simplement un vide existentiel s’il n’y a personne pour s’occuper d’eux.

Automutilation et négligence personnelle

Nombre de ceux qui vivent avec une honte chronique et toxique ont de la difficulté à prendre soin d’eux-mêmes. C’est difficile de prendre soin de soi-même si personne ne se souciait vraiment de nous quand on était petit. C’est pourquoi les personnes qui ont été négligées dans leurs premières années de développement ont tant de mal avec cet aspect. Certains se causent même activement du tort. (…) :”Si un enfant n’est pas autorisé à ressentir certaines émotions, comme la colère, il apprend à y faire face de façon destructive et autodestructrice, ce qui implique souvent l’automutilation et la négligence personnelle. Ce sont là des moyens “plus acceptables” de communiquer leurs émotions”.

Anxiété sociale

La honte est une émotion qui nous donne envie d’éviter les autres. Elle est souvent illustrée par une personne qui se couvre le visage ou qui essaie de se cacher. Par conséquent, une personne qui ressent une honte chronique cherche, la plupart du temps, à se cacher des autres.

Ceci est le résultat d’expériences sociales douloureuses dans le passé, généralement dans l’enfance, où les autres représentaient un danger et infligeaient souffrance et tristesse. Ces expériences ont amené l’individu à apprendre que les autres, ou les interactions sociales en général, sont le plus souvent associés à des douleurs émotionnelles et même physiques, à des situations de malaises ou de menaces.

Sur le plan comportemental, il en résulte de l’évitement, de la gêne, de la timidité, parfois jusqu’à être terrorisé de passer un appel ou de s’isoler complètement dans son espace personnel, hors de danger.

Il est intéressant de noter que les personnes ayant de fortes tendances narcissiques et autres traits de personnalité toxiques ont tendance à composer avec leurs sentiments de honte chronique et d’inutilité en étant plus extravertis. Ils cherchent à attirer l’attention et se comportent comme des enfants capricieux, irritables, irresponsables, niant la réalité. Leur comportement est souvent qualifié d’antisocial, en ce sens qu’il est nuisible aux autres et à eux-même (à ne pas confondre avec asocial, ce qui signifie simplement que la personne n’aime pas les interactions sociales).

La solitude

Etant donné que la honte toxique découle d’expériences douloureuses et traumatisantes vécues dans l’enfance, maltraitée par les autres, des problèmes de confiance peuvent se développer. Le fait d’avoir des difficultés à faire confiance a pour conséquence de ne pas avoir de limites et, par extension, de nouer des relations malsaines et de vivre avec un sentiment chronique de solitude. Certaines personnes ont l’impression d’être un fardeau et ne veulent pas déranger les autres. Pour elles, il est très difficile de demander de l’aide ou d’exprimer des préférences.

Certains sont trop agressifs et narcissiques, ce qui décourage immédiatement les gens plus sains. Par ailleurs, une personne narcissique ne veut pas ou ne peut pas se rendre compte qu’elle est incapable d’établir ou d’entretenir des relations saines et harmonieuses. Pour elle, le problème vient toujours de l’autre. Par conséquent, elle ne peut même pas s’attaquer au problème parce qu’elle en nie l’origine et se retrouve donc coincée dans sa solitude.

Certains sont trop dans le besoin et attendent que les autres s’occupent et fassent des choses pour eux. Ils ont intériorisé la croyance qu’ils sont trop incompétents, impuissants et dépendants, ce qui, malheureusement, repousse les personnes qui veulent une relation égalitaire et mature.


Résumé et mot de la fin

La honte toxique est une problématique complexe et compliquée. Elle ronge la personne de l’intérieur et affecte tous les aspects de sa vie. Beaucoup de gens ne sont même pas conscients de ce qu’ils ressentent. Et parmi ceux qui le sont, nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à le verbaliser clairement et à le comprendre.

La honte chronique et toxique, comme la plupart des problèmes psychologiques, est enracinée dans une éducation douloureuse et traumatisante, où la personne a été maltraitée et a appris qu’elle était mauvaise, qu’elle méritait des punitions, qu’elle était indigne de bonnes choses, qu’elle souffrait d’une déficience innée, etc.

Les conséquences d’une telle éducation sont souvent dévastatrices et durables. Les problèmes les plus courants, auxquels une personne ayant vécu ces expériences est confrontée, sont la culpabilité et une responsabilité trompeuse, un sentiment constant de vide et d’insatisfaction, de la négligence personnelle, l’effacement et l’autodestruction, une phobie sociale et des problèmes interpersonnels, un isolement chronique, des difficultés à faire confiance, mais aussi des relations toxiques ou malsaines et de la difficulté à poser des limites.

Il est possible de surmonter la honte toxique ou du moins de la gérer, mais cela demande beaucoup de travail personnel. Il est aussi très utile d’avoir une aide professionnelle avec laquelle vous pourrez établir une relation thérapeutique, ainsi que quelques personnes proches, car les problèmes qui découlent de la maltraitance sont plus faciles à résoudre dans un environnement social bienveillant.

Source : By Darius Cikanavicius

/ PsychCentral

Conséquences psychotraumatiques

TSPT-C : Qu’est-ce que le Trouble de Stress Post-Traumatique Complexe ?

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traumatisme maltraitance

Il est probable que vous connaissiez déjà le TSPT.

Ce trouble de stress post-traumatique qui affecte les militaires et les survivants d’accidents de la route, de catastrophes naturelles et d’actes de violence.

Le TSPT complexe, quant à lui, est spécifique aux traumatismes graves et répétitifs qui surviennent généralement pendant l’enfance – le plus souvent sous forme de maltraitance.

POURQUOI LE TSPT COMPLEXE EXISTE-T-IL ?

Le TSPT complexe survient en réponse à un traumatisme prolongé au fil de plusieurs mois ou, généralement, de plusieurs années. Il peut s’agir d’abus émotionnels, physiques et/ou sexuels, de violence domestique, de vie en zone de guerre, de captivité, de trafic d’êtres humains ou autres réseaux organisés de violences, pour n’en citer que quelques-uns. Bien qu’il existe des circonstances exceptionnelles au cours desquelles des adultes peuvent développer un TSPT-C, on le rencontre le plus souvent chez ceux dont le traumatisme est survenu dans l’enfance. Pour les plus âgés, le fait d’être sous le contrôle total d’une personne (et souvent incapable de pourvoir à ses propres besoins primaires sans elle), associé à l’absence de toute issue prévisible, peut détruire le psychisme, le sentiment que la victime a d’elle-même et l’affecter de manière profonde. Pour les personnes ayant vécu cette expérience dans l’enfance, alors que leur cerveau était encore en développement et qu’ils commençaient à peine s’appréhender en tant qu’individus, à découvrir le monde qui les entoure et à construire leurs premières relations – ce traumatisme grave a interrompu le cours entier de leur développement psychologique et neurologique.

Lorsqu’un adulte vit un événement traumatique, il dispose de plus de moyens pour comprendre ce qui lui arrive, sa place en tant que victime, et il sait qu’il lui faut demander de l’aide même si cela ne lui dit rien. Les enfants ne possèdent pas ces compétences, ni même la capacité de se séparer des actions répréhensibles de l’autre. Les implications psychologiques et développementales de cette situation s’enchevêtrent et s’entremêlent de façon complexe dans la manière dont l’enfant se perçoit – créant un réseau de croyances fondamentales beaucoup plus difficile à démêler que les flash-back, cauchemars et autres symptômes post-traumatiques qui vont survenir ultérieurement. Une autre chose importante à savoir est que le traumatisme causé aux enfants par le TSPT-C (ainsi que les troubles dissociatifs) est habituellement profondément interpersonnel au sein du système qui s’occupe de lui. Indépendamment des événements traumatiques et de l’agresseur, il y a souvent une composante supplémentaire de négligence, de douches d’affections chaud-froid de la part de l’adulte responsable, ou une invalidation totale du traumatisme si l’enfant essaie d’en parler. Ces relations d’attachement déstructurées et ces messages contradictoires de la part de ceux qui sont censés apporter amour, réconfort et sécurité – le tout en situation de traumatisme extrême – peuvent créer encore plus de souffrances que ne connaissent les personnes atteintes de TSPT seul.

À QUOI RESSEMBLE LE TSPT-C ?

Pour cerner certains défis caractéristiques – tels que décrits dans les critères du TSPT complexe – nous commencerons par celui qui apparaît le plus fréquemment dans la vie quotidienne : la régulation des émotions. Les survivants atteints du syndrome de stress post-traumatique complexe ont beaucoup de difficulté à composer avec leurs émotions – à les vivre, les contrôler et, pour beaucoup, à tout simplement les comprendre ou les nommer avec exactitude. Beaucoup souffrent d’une tristesse incontrôlable et persistante, de colère explosive ou refoulée, et/ou de pensées suicidaires. Ils peuvent être désensibilisés, ne pas avoir les réponses émotionnelles appropriées aux situations, être incapables de détecter les changements soudains dans leur contenu émotionnel ou avoir de la difficulté à retrouver un équilibre après émotion forte. Il est également très courant pour ces survivants de revivre les émotions du traumatisme de façon intrusive – en particulier lorsqu’elles sont déclenchées par un élément extérieur. Ces sentiments sont souvent disproportionnés par rapport à la situation présente, mais ils correspondent à l’intensité des émotions au moment du traumatisme, c’est ce que l’on appelle un flash-back émotionnel. La difficulté à se percevoir objectivement constitue une autre lutte existentielle pour les survivants de traumatismes complexes, notamment parce que le développement de leur identité a été violemment interrompu ou manipulé par une personne aux intentions subversives. La façon dont ils se perçoivent peut être radicalement différente de la vision qu’ont les autres. Certains ont le sentiment de porter ou de s’identifier à la honte et aux actes humiliants qu’ils ont vécu – ils ont le sentiment d’être “mauvais”. D’autres se sentent totalement impuissants ; ils ont été déçus par tant de personnes qui auraient pu mettre fin à ces mauvais traitements, mais qui ne l’ont pas fait, si bien qu’ils pensent que “ça doit venir d’eux “. Beaucoup se considèrent comme responsables de ce qui leur est arrivé et donc indignes de gentillesse ou d’amour parce qu’ ”ils se sont infligés cela eux-mêmes”. Et pour beaucoup d’autres, ils se sentent stigmatisés, ils se perçoivent uniquement sous l’angle de leur traumatisme et s’inquiètent toujours d’être en trop ou d’être un fardeau, ou bien se sentent totalement et complètement différents des autres et de ce qui les entoure – il ne sont pas normaux. Aussi surprenant que cela puisse paraître, tous ces sentiments, et bien d’autres encore, peuvent cohabiter chez une personne qui est à vos yeux très talentueuse, compétente, forte et compréhensive. Les interruptions de conscience sont également une autre conséquence fréquente – et parfois très effrayante – du TSPT complexe. Certains effacent les événements traumatisants (même s’ils s’en rappelaient à un moment donné), les revivent de façon intrusive, s’en souviennent en fragments désordonnés, etc., c’est ce que l’on appelle la dissociation. La dissociation se présente sur un éventail allant de la rêverie anodine ou du ”déphasage” temporaire à des épisodes plus perturbateurs comme le sentiment de déconnexion du corps ou du processus mental, l’impression de ne plus se sentir réel, une perte de notion du temps, jusqu’à des épisodes plus sévères tels que le fait de passer d’un état à un autre (ou différentes personnalités), tout comme on peut l’observer dans le Trouble Dissociatif de l’Identité. Les épisodes de perte de notion de temps peuvent durer de quelques minutes à plusieurs jours, et même se porter sur de longues étapes de l’enfance. Les écarts de temps les plus importants ne sont généralement observés que dans les cas de TDI, mais les personnes atteintes du TSPT-C peuvent subir des “interruptions de conscience” qui entraînent des trous de mémoire, le stockage de peu de souvenirs, un contenu traumatique complètement inaccessible ou, inversement, un retour de trauma non désiré (ex. flashback, images envahissantes, mémoires corporelles, etc.) La suite logique porte sur les difficultés relationnelles, car chaque conséquence mentionnée jusqu’ici affecte le degré d’aptitude pour les relations. Mais ces difficultés ne se limitent pas à un manque de qualité ou de diversité dans les liens crées. Il s’agit davantage du fait que les survivants se sentent complètement isolés de leurs semblables et ne savent même pas comment interagir. Ils refusent instinctivement de faire confiance à quiconque (ou ne savent simplement pas comment), ou alors ils font trop facilement confiance (même aux mauvaises personnes, car leur d’alarme est affaibli). Ils recherchent perpétuellement un sauveteur ou à l’être pour les autres. Ils recherchent des amis et des partenaires blessants ou violents parce que c’est la seule chose qui leur semble familière, et ils peuvent quitter de manière abrupte une relations positive sans raison particulière. En gardant tout cela à l’esprit, et en étant plus conscient du degré de lutte que mènent les victimes du TSPT dans leur perception d’eux-même ainsi que dans leurs relations interpersonnelles, il est plus facile de comprendre la conséquence suivante :

La perception des agresseurs.

C’est l’une des batailles les plus insidieuses pour nombres de survivants du syndrome de stress post-traumatique complexe, même si la position semble claire pour ceux qui les entoure. Les victimes de traumatismes prolongés peuvent finir par ”se rendre”, en acceptant le pouvoir total de leur(s) agresseur(s) sur eux, et peuvent même continuer à s’y soumettre une fois “libre”. “Je serai toujours sous son contrôle, il décide de tout, il sait probablement mieux que moi ce qui est bon pour moi.”

D’autres ressentent une profonde tristesse ou une profonde culpabilité à l’idée de les quitter, qui perdure longtemps après qu’ils soient partis, s’ils en ont été capable. Certains peuvent se sentir hypnotisés par le côté charmant de leur agresseur ou par cette personnalité publique chaleureuse que tout le monde semble apprécier; il est vraiment impossible de penser en mal à cette personne. Nombreux sont ceux qui désirent ardemment que leurs agresseurs les aiment, tout simplement, recherchant leur approbation même à l’âge adulte, et s’épuisant dans une vie personnelle en quête de leur fierté. Parallèlement d’autres sont obnubilés par leur colère, ne gardant que haine et mépris pour leur(s) agresseur(s), jusqu’à en devenir définitivement amer ou à vouloir se venger. (Notons qu’ils sont peu à le faire. C’est plus une notion de pensées que d’actes.)

De nombreux survivants ont des pensées et des sentiments plus primaires, plus superficiels, concernant leur(s) agresseur(s), surtout lorsqu’on le leur en parle. Ils savent ce qu’ils sont “censés dire” ou “censés ressentir”, et agissent en conséquence. Mais il est important de savoir que plusieurs réactions coexistent, bien souvent, chez une même victime, oscillant entre deux extrêmes, dissimulés derrière ce que l’on montre et ce qui se trouve en soi-même. D’une année à l’autre et au cours d’une même journée, les sentiments peuvent changer et ce dont le survivant est conscient par la pensée peut être en désaccord avec ce qu’il ressent émotionnellement.

Le “Système des Significations”. Parmi les nombreuses perturbations du développement observées chez les personnes atteintes de TSPT-C, l’une des plus difficiles à surmonter, même avec un suivi thérapeutique, est (…) celle que nous appelons le “système des significations”. Cette conséquence, après avoir subi un traumatisme si terrible, peut paraître presque irréparable. Ce critère fait référence au combat mené pour tenter de s’accrocher à la foi ou la croyance que la justice puisse l’emporter sur l’éthique et la morale bafouées. La vision de la vie des survivants et leur vision sur le monde en général est complètement déformé par leur vécu, ce qui parait évident. Ils doutent qu’il n’y ait ni bonté ni gentillesse dans ce monde qui ne soit pas égoïste. Ils craignent de ne jamais trouver le pardon. Certains croient même n’être venu au monde que pour être blessés, et qu’il ne peut rien leur arriver de bon. Ce niveau de désespoir et de désillusion, ainsi que la signification donnée à leur souffrance, peut fluctuer considérablement avec le temps. Il peut même arriver un moment où les choses ne semblent plus aussi sombres, où ils n’ont plus l’impression d’avoir été volé d’une vie qui a du sens. Mais, au fur et à mesure que de nouvelles couches de traumatismes sont traitées en thérapie ou que de nouveaux souvenirs remontent à la surface, ils doivent se débattre une fois de plus avec ces sentiments qui les assaillent à nouveau. Il s’agit d’une expérience commune à de nombreux survivants, qui a des ramifications durables à chaque piqûre de rappel, (…) avec de profondes retombées dans le néant (…).

UNE PERSPECTIVE CLINIQUE : INCLURE LES TROUBLES CONCOMITANTS ET LES EFFETS DU TRAUMATISME SUR LA SANTÉ

Le trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C) est un syndrome qui résulte d’un traumatisme grave, prolongé ou extrêmement menaçant. Souvent, ce traumatisme est aussi interpersonnel, il survient tôt dans la vie, dure longtemps, implique un mélange de types de traumas ou est suivi d’un ou plusieurs traumatismes non reliés. Le TSPT -C comprend tous les critères du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), en plus des symptômes qui reflètent l’impact global du traumatisme. En termes simples, en plus des intrusions traumatiques, de l’évitement, des altérations négatives de la cognition et de l’humeur, et des altérations de la stimulation et de la réactivité, le TSPT-C implique également une perception faussée de l’agresseur (comme le sentiment positif envers un agresseur, sa vision d’être tout-puissant ou le désir obsédant de se venger) et des altérations négatives en cognition et humeur bien plus extrêmes. Une personne atteinte du TSPT se sent déprimée à la suite d’une catastrophe naturelle, mais une personne atteinte du TSPT-C va se sentir impuissante, honteuse et complètement différente des autres personnes après ces années de négligence ou de violence. Elle peut avoir des difficultés à établir des relations interpersonnelles et être aux prises entre méfiance et besoin d’échapper au sentiment d’isolement. Elle perd complètement confiance en la vie et n’y trouve aucun sens. De plus, elle peut éprouver une colère intense qu’elle tente désespérément de refouler, ou qui va être dirigée vers les autres dans des éclats explosifs ou envers elle-même, par des gestes autodestructeurs ou suicidaires. Enfin, la dissociation joue un rôle beaucoup plus important dans le trouble de stress post-traumatique complexe et de nombreuses personnes atteintes de ce syndrome sont confrontées à la dépersonnalisation chronique (sentiment d’irréalité) et/ou à la déréalisation (sentiment d’irréalisme), l’amnésie dissociative (capacité à se souvenir en partie ou entièrement du traumatisme), la confusion de leur identité (incapacité de savoir qui elles sont, sentiment que le traumatisme a annihilé le sens de soi), voire la mutation des traits d’identité (passage d’une personnalité dissociative à l’autre).

Le TSPT-C est très souvent associé à des troubles dissociatifs, y compris le trouble dissociatif de l’identité (TDI) ou aux autres troubles dissociatifs spécifiques (TDNS). Parmi les autres comorbidités courantes, mentionnons le trouble de la personnalité limite (TPL), les troubles dépressifs ou bipolaires, les troubles anxieux, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles alimentaires et la toxicomanie. La plupart des personnes atteintes d’un TDI ou d’un TDNS souffrent de TSPT-C parce que le traumatisme qui a causé leur état était souvent interpersonnel, récurrent et grave et qu’il s’est produit pendant leur enfance et a donc eu un très fort impact sur leur développement. Alors que le TSPT-C est moins fréquent chez les personnes atteintes de trouble bipolaire, celui-ci partage de nombreuses caractéristiques de diagnostiques avec le TSPT-C, ce qui le rend parfois difficile à distinguer. Certaines différences clés sont qu’automutilation et comportements suicidaires causés par une instabilité émotionnelle jouent un rôle moins important; les personnes ayant un trouble bipolaire ont une image personnelle changeante alors que celles avec un TSPT-C ont une image personnelle négative constante ; les personnes atteintes du TSPT-C sont plus susceptibles de se sentir isolées et méfiantes (…) ; et, pour finir, la dissociation est plus courante et plus importante dans le TSPT-C. Néanmoins, il n’est pas du tout rare qu’une personne présente à la fois un TSPT-C et un trouble bipolaire ou un TDI ou un TDNS, avec une combinaison d’autres troubles comorbides. (…) Les symptômes négatifs du TSPT sont plus temporaires ou plus clairement identifiés comme résultant du trouble, mais pour les personnes atteintes de TSPT-C, toute leur personnalité et leur vision de la vie a été façonnée par les événements traumatiques. Malheureusement, ces symptômes ne se limitent pas à leur état psychologique.

Les personnes atteintes du TSPT-C sont également sujettes à des symptômes physiques qu’on ne peut expliquer médicalement, et qui sont plutôt associés à une douleur et à un stress interne. Ces symptômes physiques, appelés symptômes somatiques, peuvent inclure des douleurs cervicales et dorsales, des maux de tête et des migraines, des problèmes gastro-intestinaux, y compris le syndrome du côlon irritable, des allergies, des troubles thyroïdiens et autres troubles endocriniens, le syndrome de fatigue chronique ou le syndrome appelé fibromyalgie qui entraîne une douleur généralisée, une fatigue, des troubles du sommeil, de la mémoire et de l’humeur. De plus, le traumatisme qui cause le TSPT-C peut déclencher ou exacerber des maladies chroniques ou des vulnérabilités génétiques existantes. Tout cela peut pousser un survivant de trauma déjà éprouvé mentalement et émotionnellement au-delà de ses limites lorsque les déclencheurs augmentent ses symptômes de TSPT-C et provoquent une poussée de son état somatique ou physique.

Chez les survivants très dissociatifs, ces périodes intenses sont susceptibles d’entraîner une anesthésie émotionnelle, des difficultés de mémoire autobiographique, des périodes de déréalisation ou de dépersonnalisation intense, des épisodes de ‘’fugue’’ au cours desquels l’individu se déplace et agit en état de transe, ou par des va-et-vient entre personnalités dissociées. Bien que cela puisse atténuer temporairement la douleur causée par le traitement des souvenirs traumatiques et les douleurs physiques, cela peut nuire à la guérison à long terme et rendre le travail, la scolarité et l’interaction sociale difficiles. La dissociation en réponse au stress traumatique et le TSPT-C qui en résulte peut aussi augmenter le risque de revictimisation et de nouveaux abus ou événements traumatisants.

Source : Beauty after bruises