Émotions

Les regrets et leur relation au TSPT complexe

Publié le
Gérer les regrets et comment ils peuvent vous hanter


Ils peuvent vous rendre misérable, vous enfermer dans le passé et, en même temps, vous projeter dans l’avenir dans un effort pour rattraper le temps perdu.
Le regret, en somme, est le fait de continuer à insister pour que ce qui est arrivé soit différent de la réalité. C’est cette dissonance entre deux états d’esprit – ce qui était, et ce que vous vouliez – qui perpétue votre conflit interne.
En outre, à partir de cette dissonance, vous pourriez vous projeter dans l’avenir pour tenter de rattraper le passé par le biais de compromis, ce qui ne mène à aucun accomplissement significatif.

Gérer le regret, la comparaison et le temps psychologique

En clair, la voix du regret telle que vous la percevez dans vos propres pensées peut être formulée comme suit : ”Si seulement ….. ” ou “Pourquoi ai-je ou n’ai-je pas…….?”
Il peut s’agir d’un processus conscient ou non, mais la piqûre du regret est la comparaison. C’est la comparaison faite par votre moi actuel, qui perçoit avec un esprit rationnel et sans le stress émotionnel, qui se heurte à ce qui s’est vraiment passé quand vous étiez sous la contrainte.
L’écart de dissonance et la douleur du regret deviennent plus évidents lorsque votre moi rationnel adulte se bat avec votre moi enfant plus émotionnellement branché.

Gérer les regrets et la lutte entre les différentes parties de vous

Cela devient plus clair parce que votre enfant intérieur, qui a été submergé émotionnellement par la violence ou la négligence traumatique de ce temps-là, a réagi par la survie, probablement en fuyant, en en se bloquant ou en contentant.
Vôtre moi adulte, qui vit encore avec les conséquences de ces réactions innées de survie – ne peut pas rationnellement accepter ce qui s’est passé.

La douleur des regrets et de la manière d’y faire face.

A partir de là, la situation peut devenir plus complexe. La mentalité “Si seulement……” peut se projeter dans le futur et vous dire ”Si seulement j’avais ma propre maison, un partenaire, (ou toute autre chose que vous désirez)… alors je pourrais être heureux, je pourrais continuer ma vie.”
Il n’y a qu’à regarder ceux qui ont de l’argent et qui sont malgré tout malheureux et à la recherche de plus de pouvoir, de richesses et d’influence.

Comment surmonter les regrets liés au syndrome de stress post-traumatique complexe

Vous pensez peut-être que ce qu’il vous faut faire, c’est accepter ce qui vous est arrivé, mais ce n’est pas aussi facile que ça. Vous ne pouvez pas vous forcer à accepter.
Les gens qui vous entourent vous l’ont déjà conseillé, et cela vous blesse, mais cela résulte d’une incompréhension de ce qu’est vraiment le TSPT ou le TSPT complexe.
Commençons par l’extérieur et, de là, déplaçons-nous vers l’intérieur.
Fermez les yeux un instant et ressentez la douleur des regrets. Devenez intime avec elle sans alimenter vos pensées dans ce sens. Pensez un instant à ce que j’ai dit tout à l’heure ; que l’essence même du regret est l’insistance à vouloir que ce qui est arrivé soit différent de ce qui était.
Ressentez ça. Cette résistance constante, cette envie, cette lutte, cette tentative. Sentez l’énergie qui y est consacrée, l’énergie les pensées qui vont dans cette direction. Ressentez la pleinement, sans pour autant l’agrandir, sans vous permettre de la nourrir. Vous devez vous maintenir en conscience en faisant cela.
Cette résistance constante – vouloir, lutter, essayer – est votre soupape de sécurité, votre dissociation. Simultanément, elle prolonge vos regrets et vous empêche de ne pas pouvoir rencontrer le résidu émotionnel de votre passé. Gérer les regrets n’est pas facile.

Nier les pensées du regret


Si vous n’accorder pas d’attention au mouvement de ces pensées et sentiments qui vous poussent à vouloir que ce qui est arrivé soit différent, qu’allez-vous rencontrer ?
Vous devrez faire face à la blessure sous-jacente du résidu émotionnel écrasant qui vit encore en vous en raison d’un événement ou d’une période traumatisant.

Pouvez-vous faire ça ? Pouvez-vous entrer et sortir de là et devenir intime avec votre douleur ? Ne pas vous laisser submergé ou vous complaire dedans mais en restant conscient. Développez petit à petit suffisamment de résilience pour être en mesure de rester pleinement avec elle.
En faisant cela, vous vous éloignez du regret. Ce n’est pas en surmontant, mais en redirigeant votre énergie à un niveau plus profond de vous-même – là où c’est le plus nécessaire – que le regret est effacé.
Rechercher l’épanouissement à l’extérieur ne fonctionne pas. Il provient de la compensation et, par conséquent, il ne sera jamais suffisant. Vous passerez seulement d’une chose acceptable à une autre, mais toujours en quête de plus.
C’est en apportant compréhension et compassion à ces parties blessées que vous pourrez vous rapprocher de ces parties de vous encore submergées par l’émotion.

Source : Rolandbal

Agresseur

On ne peut plus traiter l’anxiété du traumatisme complexe de la même façon que l’anxiété généralisée.

Publié le

Je vis avec les effets d’un traumatisme complexe depuis longtemps, mais pendant de nombreuses années, je ne savais pas ce que c’était. Tout au long de ma vie, j’ai lutté contre ce que je croyais être de l’anxiété et de la dépression. Ou plutôt, en plus d’être traumatisée, j’étais anxieuse et déprimée.

Peu importe la différence, il ne faut jamais minimiser une pathologie. Si vous vous sentez anxieux ou déprimé, il est important et urgent de trouver le soutien qui vous convient. Personne ne remporte le prix de ” pire ” dépression, anxiété, traumatisme ou toute autre combinaison de maux à surmonter, et personne ne devrait souffrir seul. Ceci dit, il y a une différence entre ce que ressent une personne atteinte du TSPT complexe et ce que ressent une personne souffrant d’anxiété généralisée ou de dépression légère ou modérée.

Pour une personne aux prises avec un traumatisme complexe, l’anxiété qu’elle ressent ne vient pas d’une source mystérieuse et inconnue, ni de son obsession pour ce qui pourrait arriver. Pour beaucoup, l’anxiété ressentie n’est pas rationnelle. L’anxiété peut souvent être calmée par des techniques d’ancrage et des rappels de ce qui est réel et vrai. Les techniques de pleine conscience peuvent aider. Même lorsqu’elles se sentent déconnectées, les personnes anxieuses peuvent souvent reconnaître qu’elles sont aimées et soutenues par les autres.

Pour ceux qui ont vécu un traumatisme, l’anxiété vient d’une réaction physiologique automatique en rapport à ce qui s’est déjà passé. Le cerveau et le corps, qui ont déjà vécu le ” pire des cas “, savent ce que c’est et sont déterminés à ne plus jamais y retourner. La réaction combat/fuite/blocage se met en surcharge. C’est comme vivre avec une alarme incendie qui se déclenche à des intervalles aléatoires 24 heures sur 24. Il est extrêmement difficile pour le cerveau rationnel d’être convaincu que “cela n’arrivera pas”, parce qu’il sait déjà que c’est arrivé, et c’était épouvantable.

Ceux qui vivent avec une anxiété généralisée vivent souvent dans la peur de l’avenir. Ceux qui ont des traumatismes complexes craignent l’avenir à cause du passé.

Le remède à l’anxiété et au traumatisme est de ramener la conscience dans le présent. Pour une personne traumatisée qui a été victime de violence, divers facteurs rendent la situation difficile. D’abord et avant tout, une personne traumatisée doit se sentir en sécurité à 100 % avant même de pouvoir affronter le tsunami de colère, de chagrin et de désespoir enfermé en elle, qui a causé son hyper vigilance et toute autre symptôme anxiogène. Cela signifie habituellement qu’aucune personne qui les a maltraités ou qui a permis la violence dans le passé ne peut être autorisée à avoir une place dans sa vie. Cela signifie aussi éliminer toute autre personne qui suit les mêmes schémas abusifs ou permissifs.

Malheureusement pour beaucoup, il n’est pas possible de créer un environnement sans agresseur à 100 pour cent, même pour ceux qui ont des limites bien tracées et qui se méfient de ces signes. Cela signifie qu’être dans le moment présent, pour un survivant d’un traumatisme complexe, ne suffit pas, surtout dans le cas d’un événement stressant. Il peut être déclenché par tout ce qui se trouve dans son environnement actuel et se transformer en un flash-back émotionnel.

Il est possible (et probable) qu’une personne souffrant des effets d’un traumatisme complexe se sente anxieuse et déprimée, mais il y a une différence à la cause profonde. De nombreuses techniques, efficaces pour traiter l’anxiété et la dépression, ne fonctionnent pas chez les survivants de traumatismes. Les techniques de méditation et de pleine conscience qui permettent de prendre conscience de son environnement peuvent parfois avoir un effet contraire sur un survivant de traumatisme. Les survivants de traumatismes n’ont souvent pas besoin d’être davantage sensibilisés. Ils ont besoin de se sentir en sécurité malgré ce que leur conscience leur dit.

Au premier signe d’anxiété ou de dépression, les personnes traumatisées vont sombrer dans la honte. Selon les messages blessants qu’ils reçoivent de leurs agresseurs, ils ressentiront non seulement les effets de l’anxiété et de la dépression, mais aussi une honte profonde d’être ” défaillants ” ou ” incompétents “. Beaucoup de survivants ont été émotionnellement et/ou physiquement abandonnés, et ont une connaissance profonde du fait qu’ils n’ont pas été suffisamment aimés. Ils vivent avec le rappel constant que leur cerveau et leur corps ont été privés d’un droit humain fondamental. Même les situations courantes où ils reçoivent l’amour d’une personne de confiance peuvent déclencher la conscience et le chagrin qui en résulte de savoir combien ils étaient mal-aimés avant.

L’anxiété et la dépression sont considérées comme des problèmes fréquents, mais je soupçonne que bon nombre de ceux qui se considèrent anxieux ou déprimés vivent en fait les conséquences d’un traumatisme. La plupart des thérapeutes ne sont pas bien formés pour gérer les traumatismes, surtout le traumatisme complexe qui résulte d’une exposition prolongée à la violence. À moins d’être titulaires d’un diplôme spécialisé, ils ont peut-être passé quelques heures dans un programme d’études supérieures sur les troubles de la personnalité, et encore moins d’heures à aider les victimes. De nombreux survivants de traumatismes complexes sont souvent diagnostiqués à tort comme ayant un trouble de la personnalité limite (TPL) ou un trouble bipolaire. Toute personne en quête d’un traitement contre l’anxiété ou la dépression se doivent de reconnaître le rôle du trauma.

Source : The Mighty

Conséquences psychotraumatiques

L’évolution du traitement des traumatismes Bessel van der Kolk partage son espoir pour l’avenir dans ce domaine.

Publié le

La plupart des gens pensent que le traitement des traumatismes a commencé vers 1980, lorsque le diagnostic du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) a été inclus pour la première fois dans le DSM à la suite d’un mouvement chez les anciens combattants du Vietnam. Mais l’on pourrait remonter bien au-delà d’un siècle, aux travaux de Charcot et Pierre Janet à la Salpêtrière à Paris. En fait, Janet, en particulier, a formulé la plupart des problématiques pertinentes sur le traumatisme qui sont redécouvertes aujourd’hui, comme continuellement revivre son traumatisme, se dissocier, avoir du mal à intégrer ses nouvelles expériences et à continuer à vivre sa vie. Janet a surtout eu recours à l’hypnose auprès de patients atteints de traumatismes et hospitalisés pour les aider à mettre fin à cette expérience. Mais son travail a été largement éclipsé par celui de Sigmund Freud, en partie parce que reconnaître pleinement l’impact dévastateur du traumatisme est trop lourd à porter tant pour les professionnels en santé mentale que pour les politiques. Par exemple, Freud et son mentor, Joseph Breuer, ont écrit des études remarquables sur la nature des traumatismes dans les années 1890, mais ils les ont ensuite désavouées car suggérer l’existence de l’inceste dans les familles bourgeoises à Vienne était trop troublant pour leurs collègues.

Depuis, le trauma n’a cessé de passer de la reconnaissance du rôle dévastateur à long terme qu’il peut avoir dans la vie des gens à la clandestinité face à la résistance à cette idée. L’horreur de la guerre des tranchées a conduit à une large reconnaissance des symptômes du choc des obus pendant la Première Guerre mondiale, mais en 1917, l’état-major britannique a publié un édit interdisant aux militaires d’utiliser le terme de choc, car ils pensaient que cela minerait le moral des soldats. La même chose s’est produite après la Seconde Guerre mondiale, lorsque le monde a rapidement oublié le prix à payer pour envoyer de jeunes hommes (et maintenant des femmes) au combat. Pourtant, tous les symptômes dont les journaux parlent – les suicides, la toxicomanie, la violence familiale, les sans-abris et le chômage chronique – ont été bien documentés après chaque guerre dont on se souvient, dont la guerre civile américaine.

Toutefois, dans les années 1980, grâce au travail de nombreuses personnes comme Charles Figley, un Marins vétérinaire du Vietnam, qui a écrit un livre intitulé ”Trauma and Its Wake” et a lancé la Société Internationale pour l’Études du Stress Traumatique, la psychiatrie et la psychologie classiques ont porté un intérêt croissant au trauma. À cette époque, Judith Herman et moi avons commencé à étudier la relation entre le trouble de la personnalité limite, le comportement d’automutilation et les traumatismes et négligences vécus dans l’enfance de la part des personnes ayant autorité sur eux. Cependant, au début des années 1990, tout comme en 1902, 1917 et 1947, lorsque le mouvement de traumatologie a commencé à prendre de l’ampleur, il y a eu un contre-courant.

Cette fois-ci, c’est le mouvement du syndrome du faux souvenir qui a tenté de discréditer les témoignages d’abus que nos patients nous ont relatés, en les qualifiant de résultat de l’implantation systématique de faux souvenirs dans leur esprit par des thérapeutes. Une grande partie de ce mouvement a été encouragé par l’Église Catholique qui faisait face à d’innombrables accusations d’abus sexuels sur les enfants de la part de prêtres, mais aussi par des psychologues qui pouvaient bien gagner leur vie dans un cadre médico-légal en mettant en cause ces plaintes de victimes. Après que les actions en justice contre l’église aient été réglées, l’industrie du faux souvenir a disparu avec elle.

L’un des résultats de cette controverse fut que le domaine de la traumatologie se divisa en deux domaines de développement parallèles, le financement de la recherche étant essentiellement alloué aux militaires et aux anciens combattants. L’autre domaine de recherche – la violence et la négligence envers les enfants et les études sur les femmes – était sous-financé et donc incapable de réunir suffisamment d’études de qualité pour déterminer scientifiquement comment traiter au mieux cette population. Par conséquent, notre domaine est devenu celui des revendications passionnées, mais avec peu de preuves scientifiques tangibles.

Néanmoins, certaines évolutions clés (ou, plus précisément, dans la plupart des cas, des redécouvertes) ont fait progresser le traitement des traumatismes. L’une d’entre elles a été la conscience du rôle que joue la dissociation à la suite d’un traumatisme et de la façon dont, sous des formes diverses, le traitement doit aborder les structures personnelles qui peuvent se faire concurrence ou se compléter lorsqu’on est en état post-traumatique. Une autre avancée majeure a été l’émergence de l’EMDR dans les années 1990, la première approche qui a montré que nous n’avions pas besoin de nous servir de médicaments ou des thérapies traditionnelles pour que les victimes puissent laisser leurs souvenirs derrière elles. De même, la psychothérapie corporelle a constaté que ” le corps garde les séquelles” en matière de traumatismes et a redynamisé les approches somatiques, tels que la méthode Hakomi et la psychothérapie sensorimotrice pour aider les victimes à sortir du schéma combat / fuite / blocage.

Grâce au Neurofeedback, nous explorons la capacité de reconfigurer des cerveaux enfermés dans l’immobilisme et la terreur, et nos premières études publiées sur ce processus montrent comment les enfants et adultes traumatisés peuvent apprendre à changer la façon dont leur cerveau se régule. Nous avons redécouvert que le vrai changement s’opère mieux lorsque l’esprit est ouvert. La pleine conscience permet aux gens de devenir attentifs à leur corps et peut leur permettre de se sentir en sécurité. En fait, notre recherche financée par le NIMH montre que le yoga semble plus efficace que tout autre médicament pour traiter le SSPT.

Être capable d’être conscient est une condition préalable nécessaire au changement. Les hypnothérapeutes savent depuis longtemps que le fait de mettre les gens en état de transe peut faciliter l’intégration du traumatisme dans leur conscience globale. Plus récemment, les Systèmes Familiaux Internes et les approches qui utilisent des psychotropes comme la MDMA ont démontré comment amener les gens dans des états de conscience altérés où ils peuvent réellement s’observer et développer un sens d’auto-compassion qui leur permet d’intégrer leur moi dissocié du passé dans un état de calme mental dans le présent.

Pendant tout ce temps, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) a recueilli le plus de soutien à la recherche, même si nous savons que toute la partie cognitive du cerveau s’arrête lorsque les gens sont traumatisés, ce qui déclenche sa partie primitive de survie. Donc, utiliser la TCC avec le traumatisme, c’est comme dire à quelqu’un qui a une jambe amputée de se mettre à la course. Cela peut certainement donner aux gens un sens de la perspective sur leurs options d’adaptation lorsqu’ils sont dans un bon état d’esprit, mais cela a une valeur limitée en cas de traumatisme grave.

L’approche TCC la plus couramment utilisée pour traiter les traumatismes est la thérapie d’exposition, qui suppose que la désensibilisation d’une personne aux déclencheurs antérieurs est la meilleure façon de l’aider à être moins affectée par ses souvenirs. Le problème, c’est que la désensibilisation mène à un manque global de sentiments et d’engagement, donc quand vous êtes désensibilisé par votre traumatisme, vous êtes aussi désensibilisé à la joie, au plaisir, à l’engagement et à tout le reste. Désensibiliser les gens ne devrait pas être le but du traitement : nous devrions plutôt les aider à réaliser que oui, cela m’est arrivé il y a des années, mais pas aujourd’hui ; aujourd’hui est un jour différent et je ne suis plus la personne que j’étais à ce moment-là. Ce type d’intégration implique un réseau neuronal différent du réseau neuronal de désensibilisation.

Mon espoir pour le traitement des traumatismes, c’est que nous apprenions à aider les gens à mettre leur imagination au service de leurs possibles. Par exemple, je participe à plusieurs programmes de théâtre pour les enfants à risque élevé, afin qu’ils puissent faire l’expérience de ce que cela fait d’être une autre personne. Ils ont l’occasion de dire : ” Oh, c’est ça que ressent un puissant Général “, plutôt que ” Personne ne m’aime, tout le monde me déteste, on va me faire du mal “.

Je pense que le théâtre et les nouvelles techniques, comme le Neurofeedback, peuvent jouer un rôle important pour calmer le cerveau et l’aider à devenir organisé et plus en contact avec le corps. Dans notre culture, nous dépendons trop souvent de l’alcool et de la drogue pour nous sentir mieux. La contribution la plus importante que le monde de la thérapie, y compris la traumatologie, peut apporter au plus grand nombre est de donner aux gens un meilleur accès à leur système inné d’autorégulation – la façon dont ils se déplacent, respirent, chantent, interagissent avec les autres – pour leur faire découvrir leurs ressources d’auto-régulation de manière différente, notamment lorsque leur existence se complique.

Source : Psychotherapy Networker

Abus physique

Comprendre et traiter les survivants de l’inceste

Publié le

Les adultes qui ont été victimes de violence pendant leur enfance présentent un défi particulier pour les thérapeutes. Par exemple, ces clients ont souvent de la difficulté à établir et à maintenir une alliance thérapeutique. Leur vision du thérapeute peut rapidement passer de très favorable à très défavorable en fonction de leurs états émotionnels fluctuants. De plus, ils peuvent anxieusement penser que le thérapeute va les abandonner et ainsi augmenter la pression sur le thérapeute pour qu’il leur prouve le contraire. Ironiquement, les tentatives de sécurisation de la part du thérapeute peuvent en fait avoir pour effet de valider les craintes d’abandon chez ces personnes.

Pour nombre d’entre eux, la méfiance à l’égard des gens en général en est la cause – et souvent pour à juste titre. Cet article explore les aspects psychologiques et interpersonnels de l’abus sexuel d’un enfant par un parent et son traitement, avec une emphase particulière sur sa relation au traumatisme de la trahison, la dissociation et le trauma complexe.

Les mauvais traitements infligés aux enfants par leurs parents, quels qu’ils soient, constituent une expérience particulièrement négative qui touche souvent les survivants à des degrés différents au cours de leur vie. Cependant, l’abus sexuel d’enfant commis par un parent ou un autre membre de la famille – c’est-à-dire l’inceste – est associé à des symptômes psychologiques et des blessures physiques particulièrement graves pour de nombre de survivants. Par exemple, les survivants de l’inceste père-fille sont plus susceptibles de se sentir dépressifs, meurtris et psychologiquement blessés que les victimes d’autres types de violences. Ils sont également plus susceptibles de déclarer avoir été éloignés de l’un ou des deux parents et d’avoir été méprisés lorsqu’ils ont voulu relater leur expérience. Les autres symptômes incluent une faible estime de soi, le dégoût de soi, la somatisation, une faible auto-efficacité, des difficultés interpersonnelles omniprésentes et des impressions de saleté, d’inutilité, de honte et d’ impuissance.

L’une des conséquences particulièrement dommageable de l’inceste est l’association traumatique, dans laquelle les survivants incorporent les idées aberrantes de leurs agresseurs au sujet de la relation incestueuse. Ainsi, les survivants associent souvent l’abus à une forme de relation affective qui, par la suite, influence négativement leur choix de relations amoureuses. Cela peut souvent mener à une série de relations abusives.

Selon Christine Courtois (Healing the Incest Wound : Adult Survivors in Therapy) et Richard Kluft (“Ramifications of Incest” – Psychiatric Times), une plus grande sévérité des symptômes est corrélée à :Durée d’abus plus longue / Épisodes fréquents d’abus / Pénétration / Degré élevé de force, de contrainte et d’intimidation / Inceste transgénérationnel / Un agresseur de sexe masculin / Proximité de la relation / Participation passive ou volontaire / Avoir une réponse physique au stimuli / Blâme de soi et honte / Inceste observé ou signalé qui se poursuit / Blâme parental et jugement négatif / Échec des réponses institutionnelles : honte, blâme, efforts inefficaces / Début à la petite enfance

L’inceste qui commence à un jeune âge et se poursuit pendant de longues périodes – la durée moyenne de l’inceste étant de quatre ans – entraîne souvent des comportements d’évitement (par exemple, le fait d’éviter des relations et divers phénomènes dissociatifs). Ces techniques d’adaptation développées à la suite du traumatisme constituent le fondement des interactions interpersonnelles présentes et futures et deviennent souvent des réponses immédiates à tous ou partie des situations de stress.

Plus que tout autre type de violence envers les enfants, l’inceste est associé au secret, à la trahison, à l’impuissance, à la culpabilité, à la loyauté conflictuelle, à la peur des représailles, à la culpabilité et à la honte de soi. Il n’est donc guère surprenant que seulement 30 % des cas d’inceste soient signalés par les survivants. (…)

Des études ultérieures sur les survivants de l’inceste ont révélé que le fait d’être érotisé tôt dans la vie perturbait la sexualité adulte de ces personnes. Comparativement aux groupes non soumis à l’inceste, les survivantes ont eu des rapports sexuels plus tôt, ont eu plus de partenaires sexuels, étaient plus susceptibles d’avoir des rapports occasionnels avec des personnes en-dehors de leur couple et étaient plus susceptibles de se prostituer. Ainsi, les survivants de l’inceste courent un risque accru de re-victimisation, souvent sans se rendre compte qu’ils sont victimes d’abus. Cette situation crée souvent de la confusion chez les survivantes car la frontière entre participation involontaire et volontaire à un comportement sexuel est floue.

Un article de Sandra Stroebel et ses collègues, publié en 2013 dans ”Sexual Abuse : A Journal of Research and Treatment”, indique que les facteurs de risque d’inceste père-fille sont les suivants Exposition à la violence verbale ou physique / familles qui acceptent la nudité père-fille / familles dans lesquelles la mère n’embrasse jamais sa fille (l’affection maternelle manifeste a été identifiée comme un facteur de protection contre l’inceste père-fille). / familles ayant un homme adulte autre que le père biologique à la maison (c.-à-d. un beau-père ou une figure paternelle de remplacement)

Enfin, des recherches qualitatives indiquent que, dans certains cas, les mères qui ont été victimes de violence sexuelle dans leur enfance contribuent à la succession d’événements qui ont mené à l’inceste père-fille, de façon délibérée ou non. De plus, dans les cas où une mère choisit l’agresseur plutôt que sa fille, l’abandon par la mère peut avoir un impact plus négatif sur sa fille que la violence elle-même. Ce rejet non seulement renforce le sentiment d’inutilité et de honte de la victime, mais lui suggère aussi qu’elle “méritait” en quelque d’être abusée. Par conséquent, la re-victimisation devient souvent la règle plutôt que l’exception, une prophétie qui se réalise d’elle-même et qui valide le sentiment dévalorisant que ressentent la victime à l’égard de son intégrité.

Au-delà du préjudice physique et psychologique causé par l’inceste père-fille, Courtois note que la dynamique familiale qui en résulte se caractérise par :le conflit parental / les messages contradictoires / la triangulation (parents contre l’enfant ou parents-victime contre l’autre parent) / le lien parent-enfant inapproprié dans un climat de déni et de secret

De plus, les victimes sont moins susceptibles de recevoir soutien et protection, en raison du déni et de la loyauté à la famille, que lorsque l’agresseur est en dehors de la famille ou un étranger. Ensemble, ces circonstances créent souvent chez les survivants un sentiment d’identité perverti et des relations faussées avec eux-mêmes et les autres. Si l’inceste commence à un jeune âge, les survivants développent souvent un sentiment inhérent de méfiance et de danger qui imprègne leurs perceptions des relations et du monde dans son ensemble.

Théorie du traumatisme de la trahison

La théorie du traumatisme de la trahison est souvent associée à l’inceste. La psychologue Jennifer Freyd a introduit le concept pour expliquer les effets du traumatisme perpétré par une personne dont dépend l’enfant. Freyd soutient que le traumatisme de la trahison est plus néfaste sur le plan psychologique que le traumatisme commis ou causé par un non tuteur. La théorie du traumatisme de la trahison postule que dans certaines conditions, la trahison nécessite une ” cécité de la trahison ” dans laquelle la personne trahie n’a pas conscience ou mémoire consciente de la trahison “, écrit Freyd dans son livre Trauma de la trahison : La logique de l’oubli de la violence envers les enfants.”

La théorie du traumatisme de la trahison est fondée sur la théorie de l’attachement et est cohérente avec l’idée d’adaptation pour empêcher la plupart ou toute information sur l’abus (particulièrement l’inceste). Sans cela, une conscience totale de la violence reconnaîtrait que la dénonciation de la trahison pourrait mettre en danger la relation d’attachement. Cette ” cécité à la trahison ” peut être considérée comme une réaction adaptative évolutive et non pathologique à une menace à la relation d’attachement avec l’agresseur, ce qui explique l’amnésie dissociative sous-jacente chez les victimes d’inceste. Dans ces circonstances, les survivantes ignorent souvent qu’elles sont victimes de violence ou elles se justifient, voire se blâment. Dans les cas graves, les victimes ont souvent peu ou pas de souvenirs de la violence ou une cécité complète de la trahison. Dans de telles conditions, la dissociation est vitale pour la victime, du moins pendant un certain temps.

Prenons le cas de Ann, qui a été agressée physiquement et sexuellement de façon répétée et grave par son père de 4 à 16 ans. À l’âge adulte, Ann n’avait que peu ou pas de souvenirs de la violence. À la suite de la violence, elle avait développé neuf autres identités, dont deux contenaient des souvenirs frappants de la violence sexuelle et physique. Grâce à la thérapie, elle a pu prendre conscience des neuf identités alternatives et de leurs fonctions, et y avoir accès. Bien qu’Ann ait exprimé son dégoût et sa colère envers son père, elle a aussi exprimé son amour pour lui. Il lui arrivait de regretter d’avoir révélé la violence, disant que “ce n’était pas si grave” et que la pire chose qui lui était arrivée était qu’elle avait perdu son “papa”. Durant ces moments, Ann a minimisé la gravité de l’abus, souhaitant avoir gardé le secret de l’inceste pour qu’elle puisse toujours avoir une relation avec son père. Il s’agissait d’un désir intermittent pour Ann qui s’est manifesté tout au long de la thérapie et même après.

Il est donc essentiel de comprendre les concepts d’attachement pour comprendre les traumatismes de trahison comme l’inceste. Autrement, les thérapeutes pourraient être enclins à blâmer les survivants ou pourraient se sentir confus et même repoussés par les comportements et les intentions des survivants. Pour de nombreuses survivantes, l’agresseur qui prend soin de l’enfant représente le meilleur et le pire de sa vie à différents moments de la vie. Elle a besoin d’empathie et de soutien, pas de blâme.

La dissociation

Tel que défini dans la cinquième édition du Manuel de Diagnostic et de Statistique des Troubles Mentaux, la dissociation est ” une perturbation et/ou une discontinuité dans l’intégration en temps normal de conscience, de mémoire, d’identité, de perception, de représentation corporelle, du contrôle moteur et du comportement “. En fonction de la gravité de l’abus, les expériences dissociatives peuvent interférer avec le fonctionnement psychologique à tous les niveaux. Les survivants de l’inceste subissent souvent des types de dissociation les plus sévères, comme le trouble dissociatif de l’identité et l’amnésie dissociative (l’incapacité de se rappeler des renseignements autobiographiques). Les expériences dissociatives sont souvent déclenchées par une menace perçue à un niveau conscient ou inconscient.

Comme nous l’avons déjà mentionné, la théorie du traumatisme de la trahison affirme que pour les victimes d’inceste, l’amnésie dissociative sert à maintenir le lien avec une personne dont on est attaché en excluant la connaissance des abus (la cécité de la trahison). En retour, cela réduit ou élimine l’anxiété au sujet de la violence, du moins à court terme. De plus, de nombreux survivants de l’inceste dans l’enfance se souviennent continuellement de la violence, ainsi que de l’anxiété et de la terreur qu’elle leur causait. Souvent, ces personnes trouvent un moyen de quitter leur foyer et leur agresseur. C’est moins souvent le cas pour les survivants qui souffrent d’amnésie dissociative ou de trouble dissociatif de l’identité.

La dépersonnalisation et la déréalisation déforment le sens de soi et son apport sensoriel de l’environnement à travers les cinq sens. Par exemple, les personnes qui ont vécu l’inceste signalent souvent que leur monde extérieur, y compris les personnes, les formes, les tailles, les couleurs et l’intensité de ces perceptions, peuvent changer rapidement et radicalement à certains moments. De plus, ils peuvent signaler qu’ils ne se reconnaissent pas dans un miroir, ce qui les amène à se méfier de leurs propres perceptions.

Comme l’a dit une survivant de l’inceste de 31 ans : “Pendant toutes ces années, tout en moi et autour de moi a été irréel, terne, morne, morcelé, distant.” C’est un exemple de dépersonnalisation / déréalisation. Elle a poursuivi : ” Ceci, avec les trous de mémoire, l’oubli et l’incapacité de se rappeler des choses simples de tous les jours, comme conduire une voiture ou se souvenir du processus étape par étape pour se préparer pour la journée, m’a fait sentir folle. Mais au fur et à mesure que je progressais en thérapie, mes perceptions de mon monde intérieur et extérieur devenaient plus claires, plus stables, plus lumineuses et plus distinctes qu’avant. Tout avait plus de sens et paraissait plus normal. Il m’a fallu des années pour voir le monde tel que d’autres le voient. De temps en temps, j’éprouve encore cette déconnexion et cette confusion, mais beaucoup moins souvent qu’avant.”

Au début, une menace réelle ou perçue déclenche les perceptions déformées du soi et de la réalité extérieure, mais elles finissent par devenir une manière préétablie de percevoir le monde. Des rapports comme celui-ci ne sont pas rares pour les survivants de l’inceste et sont souvent exacerbés au fur et à mesure que ces personnes se souviennent et intègrent leurs expériences traumatisantes dans un récit de vie cohérent. Pour de nombreux survivants, le sentiment de cohérence et de stabilité est en grande partie une expérience nouvelle ; pour certains, il peut être menaçant et déclencher des expériences dissociatives supplémentaires. L’adage “mieux vaut un diable familier qu’un ange inconnu” semble s’appliquer ici.

La gravité de la dissociation chez les survivants de l’inceste est liée à l’âge d’apparition du traumatisme et à une association de dose-effet, plus l’exposition est précoce, plus les sévices sont fréquents, plus la gravité du handicap est élevée sur toute la vie. L’inceste est associé aux formes les plus graves de symptômes dissociatifs tels que le trouble dissociatif de l’identité. Environ 95 à 97 pour cent des personnes atteintes d’un trouble dissociatif de l’identité déclarent avoir été victimes de violence sexuelle et physique grave pendant leur enfance.

La fragmentation de la perception de soi, accompagnée de l’amnésie des souvenirs d’abus, est particulièrement utile lorsque les enfants ne peuvent échapper aux circonstances de l’abus. Ces enfants ne sont pas “présents” pendant la maltraitance, de sorte qu’ils ne sont souvent pas conscients de la douleur physique et émotionnelle qui y est associée. Pourtant, ce sentiment fragmenté de soi contribue à un sentiment de vide et d’absence, à des problèmes de mémoire et à des états de moi dissociatifs. De nombreux survivants de l’inceste sont capables d'”oublier” la violence jusqu’à un certain moment plus tard à l’âge adulte, lorsque les souvenirs sont déclenchés par certains événements ou lorsque le corps et l’esprit ne sont plus capables de les dissimuler. Ceci résulte de l’effet cumulatif des luttes de toute une vie associées à l’inceste (par exemple, les problèmes interpersonnels et la dérégulation émotionnelle). Il faut beaucoup de ressources psychologiques et physiques pour “oublier” les souvenirs traumatiques.

La dissociation, surtout si elle implique des changements continus dans la perception de soi et des autres, des présentations différentes de soi et des problèmes de mémoire, peut entraîner des difficultés à former et à maintenir une alliance thérapeutique. La dissociation perturbe le lien entre la victime et le thérapeute. Elle perturbe également les liens des personnes avec leur expérience intérieure. Si ces dernières ne se perçoivent pas elles-mêmes et leur entourage comme stables, elles se méfieront non seulement de leurs thérapeutes mais aussi de leurs propres perceptions, ce qui crée une confusion permanente.

Par conséquent, les thérapeutes doivent rester attentifs aux fluctuations subtiles ou plus dramatiques des types de communication des survivants, comme les changements dans le contact visuel ou les changements dans les traits du visage, des traits plus engagés et animés qui se transforment en traits de visage sans relief. Les changements dans la tonalité et la cadence de la voix (de verbalement engagée à silencieuse) ou dans la posture du corps (ouverte ou fermée) sont d’autres signes de phénomènes dissociatifs possibles. Bien sûr, tous ces changements, ou aucun d’entre eux, peuvent être des indicateurs de phénomènes dissociatifs.

Traumatisme complexe

L’inceste, le traumatisme de la trahison et les troubles dissociatifs sont souvent des caractéristiques d’une catégorie de diagnostique plus large – le traumatisme complexe. Les victimes d’inceste subissent rarement un seul incident d’abus sexuel et pas seulement des abus sexuels. Il est plus probable qu’ils subissent des abus chroniques et multiples, notamment sexuels, physiques, émotionnels et psychologiques, au sein du système familial, de la part d’adultes qui sont censés assurer leur sécurité et leur épanouissement.

À l’heure actuelle, il n’existe pas de catégorie diagnostique officielle pour les traumatismes complexes, mais on s’attend à ce qu’une catégorie soit ajoutée à la Classification Internationale des Maladies (CIM-11) révisée qui est en cours d’élaboration. Marylene Cloitre, membre du groupe de travail de l’Organisation Mondiale de la Santé sur les troubles liés au stress et aux traumatismes de la CIM-11, note que le nouveau diagnostic de traumatismes complexe est axé sur les problèmes d’auto-organisation résultant d’une exposition répétée ou chronique à des facteurs de stress traumatiques auxquels on ne peut échapper, notamment la violence envers les enfants et la violence familiale. Parmi les critères qu’elle a soulignés pour les traumatismes complexes, il y a :Perturbations dans les émotions : Affectent la dérégulation, une réactivité émotionnelle accrue, des accès de violence, un comportement impulsif et imprudent, et la dissociation.Perturbations de soi : Soi vaincu/diminué, marqué par le sentiment d’être diminué, vaincu et sans valeur et par des sentiments de honte, de culpabilité ou de désespoir (prolonge le désespoir).Perturbations dans les relations : Problèmes interpersonnels marqués par des difficultés à se sentir proche des autres et à s’intéresser peu aux relations ou à l’engagement social en général.Il peut y avoir des relations occasionnelles, mais la personne a beaucoup de difficulté à les maintenir.

L’apparition précoce de l’inceste et l’exposition chronique à des traumatismes complexes interrompent le développement neurologique typique, ce qui entraîne souvent le passage du cerveau d’apprentissage (cortex préfrontal) au fonctionnement du cerveau de survie (tronc cérébral). Comme l’ont expliqué Christine Courtois et Julian Ford, les survivants ressentent une plus grande activation du cerveau primitif, ce qui entraîne un mode de survie plutôt que l’activation des structures cérébrales qui fonctionnent pour faire des ajustements complexes à l’environnement actuel. Par conséquent, les survivants ont souvent tendance à éviter les menaces plutôt qu’à être curieux et ouverts aux expériences. Les traumatismes complexes minent la capacité des survivants à intégrer pleinement les données sensorielles, émotionnelles et cognitives dans un tout organisé et cohérent. Ce manque de cohérence et de consistance dans la perception de soi et de son environnement peut créer un sentiment quasi permanent de confusion et de déconnexion avec soi et les autres.L’exposition régulière ou intermittente à des traumatismes complexes crée un état d’anxiété et d’hypervigilance presque continu et l’attente intrinsèque du danger. Les survivants de l’inceste courent un risque accru de déficiences multiples, de revictimisation et de perte de soutien.

Problèmes de traitement

Bien qu’une description complète des traitements dépasse largement le cadre de cet article, je terminerai par un aperçu général des concepts de traitement. Le traitement de l’inceste est parallèle aux approches de traitement des traumatismes complexes, qui mettent l’accent sur la réduction des symptômes, le développement des capacités personnelles (régulation émotionnelle, relations interpersonnelles et identité), le traitement du traumatisme et le traitement des expériences dissociatives.

Les capacités personnelles compromises intensifient la gravité et la chronicité des symptômes. Parmi ces capacités, la dérégulation émotionnelle est un groupe de symptômes majeurs qui affecte d’autres composantes de ses capacités. Par exemple, si une survivante se débat constamment avec une faible tolérance à la frustration pour les gens et s’adapte en évitant les gens, en réagissant de façon défensive, de façon apaisante ou en se dissociant, elle n’aura probablement pas l’occasion d’établir des relations satisfaisantes. Alexandra Cook et ses collègues ont proposé les concepts de base suivants, publiés dans les Psychiatric Annals de mai 2005, pour qu’ils soient pris en considération dans la mise en œuvre d’un schème thérapeutique pour le trauma complexe, notamment pour les victimes d’inceste et avec adaptation aux personnes présentant un trouble d’identité dissociative.

1) Sécurité : Élaborer des procédures de sécurité internes et environnementales.

2) L’autorégulation : Améliorer la capacité de modérer et de rééquilibrer la stimulation dans les domaines de l’état affectif, du comportement, de la physiologie, de la cognition, des relations interpersonnelles et de l’auto-attribution.

3) Traitement de l’information par réflexion sur le sujet : Développer la capacité d’axer les processus de concentration et le fonctionnement exécutif sur la construction d’une narration cohérente de soi, en réfléchissant sur l’expérience passée et présente, l’anticipation et la planification, et la prise de décision.

4) Intégration des expériences traumatisantes : S’engager dans la résolution et l’intégration des souvenirs traumatiques et des symptômes associés par la création de sens, le traitement de la mémoire traumatique, le souvenir et le deuil de la perte traumatique, le développement des habiletés d’adaptation et la promotion de la pensée et du comportement axés sur le présent.

5) Engagement relationnel : Réparer, rétablir ou créer des modèles de fonctionnement efficaces d’attachement et application de ces modèles aux relations interpersonnelles actuelles, y compris l’alliance thérapeutique. L’accent devrait être mis sur le développement des aptitudes interpersonnelles telles que l’affirmation de soi, la coopération, la prise de perspective, l’établissement de frontières et de limites, la réciprocité, l’empathie sociale et la capacité à entretenir une intimité physique et psychologique.

6) Amélioration de l`affect positif : Travailler à l’amélioration de l’estime de soi, de la valorisation de soi et de l’auto-évaluation positive par la stimulation de la créativité personnelle, l’imagination, l’orientation et les perspectives futures, la réalisation, la compétence, la recherche de maîtrise, la création de communauté et la capacité à éprouver du plaisir.

Généralement, ces volets sont prodigués dans le cadre d’un modèle de thérapie en trois phases axé sur les relations, le comportement cognitif et le traumatisme : Sécurité, développement des compétences d’autorégulation et formation d’alliances, Traitement des traumatismes et Consolidation

La partie sur l’engagement relationnel est particulièrement importante car, pour de nombreux survivants, le fait d’être ”attaché” a souvent signifié être maltraité. De plus, les sentiments de honte, de dégoût de soi et de peur de l’abandon qui l’accompagnent créent une ” identité d’échec ” qui se traduit par de maigres espoirs de changement. Par ailleurs, il est important que les thérapeutes abordent les questions de transfert et de contre-transfert. Selon la Courtois, le fait d’ignorer ou de supposer que de tels processus ne sont pas pertinents pour le traitement des survivants peut ébranler le processus et le résultat du traitement.En outre, les interventions axées sur les capacités sont essentielles à chaque étape pour aider les survivants à développer un sens de leur propre efficacité et à s’apprécier pour les ressources dont ils disposent déjà. La focalisation sur les atouts contribue également à la résilience.Pour certains, des états de soi dissociés ou des parties émergeront. Les thérapeutes doivent présumer que tout ce qui est dit à une partie sera également entendu par les autres. Par conséquent, il est essentiel de résoudre les problèmes de manière à encourager la conversation entre les parties, y compris la structure de base.Il est également important d’aider les parties à résoudre leurs problèmes ensemble et de se soutenir mutuellement. Ce n’est pas toujours une proposition facile. Un objectif à long terme serait une forme d’intégration / fusion ou un accord entre des identités alternatives. Certains survivants parviennent à expérimenter une unification complète des parties, tandis que d’autres réalisent une forme d’intégration sans jamais unifier complètement toutes leurs identités alternatives.Enfin, il convient de mentionner que l’exposition répétée à d’horrifiques histoires d’inceste peut submerger la capacité des thérapeutes de maintenir une relation équilibrée avec des limites claires. Le transfert de la victime peut repousser les limites éthique et thérapeutique de l’alliance victime-thérapeute .

Article de David M. Lawson, Professeur d’éducation thérapeutique et Directeur du Centre de Recherche et de Formation Clinique en Traumatologie de la Sam Houston State University. Ses recherches portent sur les abus sexuels et physiques durant l’enfance, les traumatismes complexes et la dissociation liée aux traumatismes. Il est aussi Conseiller Thérapeutique pour les survivants d’un trouble de stress post-traumatique et de traumatisme complexe.

Traduit et adapté de Counseling Today

Antidépresseur.

Le lien incroyable entre la nature et vos émotions

Publié le

DE PLUS EN PLUS ÉTUDES SUGGÈRENT QUE LA NATURE AGIT DE FAÇON ESSENTIELLE SUR NOTRE SANTÉ MENTALE.

Il y a 35 ans, un jeune chercheur de l’Université du Delaware a mené une étude remarquable. Souffrant d’une maladie rénale depuis son enfance, il a passé son enfance dans des hôpitaux “lugubres, parfois brutaux”. Roger Ulrich s’est intéressé aux moyens d’améliorer “l’environnement dans lequel on traite les patients”. Il a voulu tester l’influence potentielle d’un vieil ami qui lui avait apporté du réconfort dans son enfance : un pin solitaire qu’il pouvait voir à travers la fenêtre de son lit de malade. “Je pense que voir cet arbre m’a aidé dans mon état émotionnel “, se souvient-il lors d’une entrevue des décennies plus tard.

Cette petite étude donna naissance à des milliers d’autres – et à tout un mouvement dans l’architecture. Ulrich a réussi à trouver un service hospitalier où, pendant des années, les patients se rétablissaient d’opérations de la vésicule biliaire dans des chambres identiques, donnant soit sur un petit îlot d’arbres caducs, soit un mur en brique. Après avoir consulté 10 ans de dossiers médicaux, Ulrich a constaté que les patients qui avaient une vue sur les arbres s’en sortaient beaucoup mieux que les malheureux patients qui n’avaient qu’un mur à regarder, même si leurs cas étaient identiques. Ceux qui avaient une meilleure vue depuis leur fenêtre prenaient moins d’analgésiques et étaient, selon leurs infirmières, de meilleure humeur. En moyenne, ils quittaient l’hôpital un jour plus tôt que les autres.

Depuis, nous avons beaucoup appris sur la nature et le cerveau. Après les travaux fondateurs d’Ulrich, plus de 100 études ont porté sur les bienfaits potentiels pour la santé mentale de l’exposition à des stimuli naturels. D’après ces études, dont beaucoup sont mineures et imparfaites, nous pensons que des stimuli naturels non menaçants (par opposition, par exemple, à un éclair) peuvent jouer un rôle profond dans la régulation de notre système nerveux autonome. Les milieux naturels qui, selon Ulrich, sont ” favorables au bien-être ou à la survie ” semblent indiquer à notre cerveau qu’il est temps de faire une pause, nous permettant de désamorcer notre système combat / fuite, de reconstituer nos ressources et de nous rapprocher des bonnes choses, comme la nourriture, la convivialité. Plus précisément, nous avons appris que la nature a tendance à réduire les niveaux de circulation des hormones du stress (adrénaline et cortisol) et de l’immunoglobuline A, le marqueur inflammatoire. Elle est également associée à une tension artérielle plus basse, une amélioration des “affects” (ou expériences émotionnelles à court terme), une perception plus atténuée des événements stressants et une plus faible intensité de dépression et d’anxiété à court terme. Nous semblons aussi avoir moins tendance à ruminer après avoir passé du temps dans la nature, un phénomène assez marqué pour apparaître dans l’activité neuronale pendant les scanners du cerveau.

Mais bien que fascinante, ces preuves ont laissé une question fondamentale sans réponse : L’exposition à la nature améliore-t-elle réellement et durablement notre santé mentale ? Deux nouvelles études marquantes ont, en partie, aidé à répondre à cette question.

Imaginez que le jour de votre naissance, on vous a attribué un code personnel, un peu comme un numéro de sécurité sociale. Vous avez utilisé ce code pour vous inscrire à l’école, consulter votre médecin, remplir une ordonnance, payer vos impôts, vous marier, divorcer. Mais contrairement à un numéro de sécurité sociale, ce code suivait chacun de vos mouvements, inscrit dans un système massif de registres de données imbriqués qui pouvaient dévoiler à un chercheur presque tout ce qu’il voulait savoir sur votre vie. Un tel système d’identification personnelle est la pratique courante dans les pays nordiques, où le gouvernement fournit un large réseau de services à ses citoyens et fait le suivi de leur santé, de leurs besoins et de l’utilisation des services publics. Cette année, les chercheurs danois ont utilisé ce système pour réaliser l’étude d’observation la plus vaste et la plus complète jamais entreprise sur la santé mentale et l’environnement : un million de jeunes adultes, soit toute personne née au Danemark de 1985 à 2003 et y vivant encore à leurs dixième anniversaire.

L’équipe de recherche, dirigée par Kristine Engemann et Jens-Christian Svenning de l’Université d’Aarhus, a combiné des données à long terme sur les diagnostics de troubles mentaux provenant du Registre central de recherche psychiatrique danois (qui recense les soins psychiatriques des patients hospitalisés et externes) avec des données sur le terrain tirées d’imagerie satellite sur de nombreuses années. Ils ont ensuite cherché à savoir si les enfants élevés dans des maisons entourées de végétation, en particulier une végétation plus verdoyante, étaient en meilleure santé mentale quand ils atteignaient l’adolescence et devenaient de jeunes adultes.

Les chercheurs ont examiné 16 troubles mentaux distincts, allant de la schizophrénie et de la dépression à l’anorexie et aux troubles de la personnalité. En se basant sur des preuves antérieures, ils pouvaient s’attendre à ce que les taux de dépression ou d’anxiété soient plus faibles chez les enfants élevés dans des quartiers plus verts. Comme ils l’ont indiqué dans les rapports de l’Académie Nationale des Sciences en mars, ils ont constaté, à leur grande surprise, que les enfants de quartiers plus verts étaient moins susceptibles de développer la quasi totalité des maladies mentales pouvant être diagnostiquées.

Comme ces régions ont tendance à être plus aisées, les auteurs ont ajusté leurs résultats en fonction des niveaux de vie des familles et des quartiers, en utilisant les abondantes données personnelles disponibles aux épidémiologistes travaillant au Danemark. Ils ont constaté que le lien restait significatif pour 14 des 16 maladies examinées. “Nous pensions qu’il y aurait peut-être une corrélation intéressante à l’intérieur d’une groupe de maladies,” dit Engemann. “Mais il y avait cette corrélation générale entre le fait d’être entouré par plus d’espaces verts dans l’enfance et un risque moindre développer des maladies.” Peu importe l’endroit où vivaient les enfants au Danemark ou la convivialité de leur quartier, dit-elle. “Ce n’était pas un phénomène localisé.”

En tout, 55% des enfants élevés dans les quartiers les moins verts étaient plus susceptibles de développer une maladie mentale que leurs pairs qui ont grandi dans les quartiers les plus verts, quels que soient leur statut social, leur niveau de vie du quartier ou leur antécédents en terme de maladie mentale.

“Il s’agit d’une étude très convaincante”, déclare Ben Wheeler, épidémiologiste au Centre Européen pour l’Environnement et la Santé Humaine, qui réalise des études à grande échelle sur la nature et la santé. “J’ai été assez surpris par l’ampleur des répercussions.” Il y a quelques années, Wheeler a participé à une étude similaire, quoique de plus petite envergure, au Royaume-Uni, dans le cadre de laquelle il a suivi la santé mentale de plus de 1 000 personnes qui avaient changé de lieu de résidence sur de nombreuses années. Son équipe a constaté que lorsque les gens vivent dans un environnement plus vert, ils se révèlent en meilleure santé psychologique et moins stressés psychologiquement, peu importe ce qui se passe dans leur vie ou dans leur quartier. La nouvelle étude danoise suggère que cette moins grande souffrance peut être mesurée à travers les maladies mentales qui ont été effectivement évitées. “Lorsque vous regardez les chiffres,” souligne Engemann, “cela représente un nombre assez important de cas chaque année.”

Bien sûr, la corrélation ne prouve pas la causalité. C’est là qu’intervient la deuxième étude, en observant cette fois les différences entre les personnes exposées à différents niveaux de verdure en modifiant concrètement l’environnement à l’échelle d’une ville.

Dans un essai comparatif aléatoire inédit, publié dans le Journal of the American Medical Association Network Open en juillet 2018, des chercheurs de plusieurs universités américaines, financés par les Instituts Nationaux de la Santé et les Centres en Prévention des Maladies, ont modifié le paysage urbain d’une ville pour voir si la qualité des espaces verts publics avait entraîné une évolution sensible dans la sécurité, le comportement criminel ou la santé mentale. “Nous avons présenté ce projet d’espaces et de lieux de la même manière qu’un essai aléatoire pour un nouveau médicament serait lancé”, se souvient Charles Branas, Directeur du département d’épidémiologie de la Mailman School of Public Health de l’Université Columbia, qui co-dirigeait le projet.

Branas et ses collègues ont sélectionné 541 terrains vides à travers la ville de Philadelphie et les ont répartis de façon aléatoire pour ne recevoir aucune intervention, être régulièrement ramassés et tondus ou pour être transformés en parcs ouverts, avec des arbres et une jolie petite clôture en bois. Des équipes d’enquêteurs, sans connaissance du projet d’intervention, ont été envoyées pour interroger les résidents aléatoirement avant et après la grande expérience.Près de 450 personnes ont été interrogées sur leur santé mentale. Une fois l’étude terminée, ses architectes ont constaté que les résidents des quartiers où les terrains été devenus verdoyants étaient en bien meilleure santé psychologique que ceux dont les terrains avaient simplement été nettoyés. Autour des parcelles vertes, le sentiment de ” dépression ” a chuté de 42 %, le sentiment d’être ” sans valeur ” de 51 % et le fait d’avoir une ” mauvaise santé mentale ” de 63 %.

“Il s’agit d’une découverte importante “, affirme Eugenia South, auteure principale de l’étude, Docteur en médecine d’urgence au Presbyterian Medical Center de Philadelphie et à l’University of Pennsylvania. “C’est la première étude qui montre que changer l’environnement peut changer la façon dont les gens se sentent et améliorer leur santé mentale.” Elle ajoute que les résidents interrogés n’étaient pas toujours conscients qu’un changement s’était produit dans leur quartier, ce qui laisse présumer que la nature peut vous être bénéfique même si vous n’en êtes pas conscient.

Pour l’instant, ces études récentes fournissent des preuves suggestives mais convaincantes des effets durables de la nature sur notre santé mentale. Mais il reste encore un mystère : comment cela nous calme précisément. La magie vient-elle de la réduction autonome du stress, du fait d’avoir un endroit où rencontrer des gens et devenir actif, ou simplement de voir quelque chose de beau tous les jours ? “Nous ne le savons toujours pas “, dit Kathleen Wolf, une sociologue de l’Université de Washington qui étudie ce phénomène depuis des décennies. Alors que ses jeunes collègues disent de ces nouvelles études qu’elles “changent la donne”, elle ne peut que secouer la tête avec stupéfaction devant la reconnaissance et le financement que ce domaine de recherche obtient enfin.

Mais les questions qui subsistent ne devraient pas nous empêcher de profiter de cette ordonnance gratuite pour notre santé mentale en passant intentionnellement et régulièrement plus de temps dans un cadre naturel. Comme nous l’avons signalé dans le numéro de mai d’Outside, les médecins, les services de santé publique et même certains assureurs maladie ont décrété qu’ils n’ont pas besoin de plus de preuves pour agir. Beaucoup commencent à expérimenter l’utilisation du plein air dans le domaine de la santé . Peut-être devrions-nous aussi le faire.

Source : Outside