douleur cauchemars

Phénoménologie

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Phoenix, Australie – Université de Melbourne Centre de recherche sur la santé mentale post-traumatisme


La recherche phénoménologique a pour but de répondre aux questions fondamentales sur la nature des pathologies psychologiques causées par un trauma, ainsi que sur les liens qui peuvent exister entre ces troubles distinctifs.


Facteurs latents


Notre étude de prévalence a pour but de comprendre l’impact psychologique d’un traumatisme et de mettre en avant les possibilités de rétablissement psychologique. Alors que la majorité des études de prévalence sur les populations ayant subi un traumatisme se concentre sur le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT), il y a de plus en plus de preuves qu’un traumatisme peut conduire à un large panel de troubles psychiatriques.


Les différents types d’évènements traumatiques et leur corrélation avec les symptômes du TSPT

Les personnes ayant survécu à un trauma de nature interpersonnelle, comme par exemple une agression, ont généralement plus de chances de souffrir du TSPT que des personnes ayant vécu un trauma non-interpersonnel, tel qu’une catastrophe naturelle. Notre étude a essayé d’identifier les symptômes qui sont susceptibles d’être développés chez les personnes souffrant d’un traumatisme interpersonnel, et ceux qui se retrouvent plutôt chez les victimes de traumatismes non-interpersonnels. Une première étude qui propose des comparaisons entre les survivants de blessures interpersonnelles et non-interpersonnelles a démontré que, malgré le fait que les symptômes du TSPT se retrouvent plus fréquemment chez les survivants de blessures interpersonnelles en phase aigüe (moins de quatre semaines après le trauma). Les deux catégories de survivants se confondent en phase chronique (plus de douze semaines après le trauma), excepté sur certains symptômes spécifiques. Une étude subsidiaire se basant sur des données représentatives de la population a montré que les personnes ayant subi un trauma interpersonnel excessivement intime (tel qu’une agression sexuelle ou des violences familiales) ont davantage de risques de vivre une détresse psychologique lors de réminiscences de l’évènement et s’efforcent alors à ne pas y penser. Cela conduit aussi au développement de nouveaux symptômes sociaux comme le détachement des autres et la restriction affective. Les individus qui ont souffert d’un événement traumatique interpersonnel, qu’il soit intime ou non, vont plus fréquemment chercher à éviter les lieux et personnes associées à l’événement, et vont témoigner une hypervigilance et des réactions défensives exagérées. Dans cette étude comme dans la précédente, les différences qui se remarquent distinctement entre les personnes victimes d’un trauma interpersonnel et celles victimes d’un trauma non-interpersonnel sont des symptômes très spécifiques du TSPT, liés à la peur.


Exposition traumatique et phénoménologie des cauchemars du Trouble de Stress Post-Traumatique

La répétition de rêves angoissants liés à un trauma est un des critères clés permettant de diagnostiquer le TSPT, pourtant il n’existe que très peu d’informations au sujet des cauchemars post-traumatiques. Nous avons étudié les rêves d’anciens combattants souffrant de TSPT avec pour objectif d’enrichir les critères d’identification du TSPT renseignés dans le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (ouvrage de référence utilisé par des professionnels de santé du monde entier). Tous les vétérans ont indiqué que les cauchemars liés à leur trauma surviennent de façon récurrente depuis l’événement en question, sans être altérés par le temps. Ce qui suggère que ces rêves qui perdurent dans le temps, sont aussi ceux qui sont le moins sujets au changement. Les cauchemars de ces anciens combattants ont été caractérisés comme hautement dérangeants, et ont parfois conduit au réveil immédiat de la personne. De plus, cela a permis de mettre en évidence que l’état émotionnel relatif à ces rêves et à l’événement traumatique est important pour le diagnostic, ce qui n’est pas le cas pour les similitudes observées entre le rêve et le souvenir de l’événement. Ces découvertes ont des conséquences notables pour la gestion des personnes souffrant de douleur et de détresse psychologique.


Douleur et trauma


La douleur chronique est une pathologie difficile à vivre relativement commune chez les populations ayant souffert d’un trauma, et elle est souvent associée au TSPT. Ce programme de recherche a pour but de clarifier la relation entre ces troubles. De multiples études que nous avons réalisées montrent que le TSPT et la douleur chronique ont des facteurs de vulnérabilité en commun, ce qui augmente le risque de contracter les deux troubles et expliquerait leur comorbidité fréquente. Nous avons rapidement mis en place des thérapies comportementales et cognitives (TCC) pour des patients souffrant de douleurs aiguës et de TSPT, d’anxiété et/ou de symptômes de dépression. Des améliorations significatives ont été constatées au bout de douze mois sur les symptômes psychologiques et sur la douleur ressentie, en comparaison des patients ayant reçu un traitement classique. Ces découvertes témoignent du lien étroit qu’il existe entre la douleur et la détresse psychologique ressenties chez une personne, et montrent que ces deux troubles peuvent mutuellement s’amplifier. Les recherches suivantes que nous avons menées ont permis de déterminer que les symptômes psychiatriques jouent un rôle plus important que les symptômes physiques dans l’acceptation de l’invalidité pouvant suivre un trauma. Ces résultats sont prometteurs pour le traitement des patients souffrant de douleur et de détresse psychologique.


Apparition tardive


L’apparition tardive du TSPT peut conduire à un diagnostic controversé car il a de fortes implications cliniques et financières. Pourtant, la recherche sur ce phénomène est généralement effectuée de manière rétrospective et avec une méthodologie appauvrie. Nous nous sommes fixé pour objectif d’aller au-delà de ces limitations en menant une étude prospective rigoureuse et consciencieuse, afin d’identifier la prévalence du TSPT tardif sur un échantillon de patients ayant souffert un traumatisme, pour finalement déterminer comment différencier un TSPT tardif d’un TSPT chronique. Les résultats observés suggèrent qu’au bout de douze mois après l’événement, les deux pathologies sont autant présentes l’une que l’autre. Elles peuvent cependant être distinguées en fonction de la sévérité de la douleur ressentie lors du troisième mois qui suit l’événement. Il est important de retenir que dans de nombreux cas, le TSPT tardif s’est développé sans autres symptômes antérieurs. Ces découvertes montrent l’importance de tenir compte des multiples formes que peut prendre le TSPT, dans les critères de son diagnostic.

Traduction de courtoisie par François Kluba depuis Phoenix Australia

emdr et exposition prolongée

Quand l’ordre compte : administration conjointe de l’Exposition Prolongée et de la thérapie EMDR pour soigner le TSPT

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RÉSUMÉ

Objectif : Étudier l’influence de l’ordre dans lequel deux traitements factuels axés sur les expériences traumatiques sont administrés chez des patients souffrant de TSPT. 

Méthodes : Les patients souffrant de TSPT ont suivi un programme de traitement intensif de huit jours associant l’Exposition Prolongée (EP) et la thérapie EMDR. Quarante-quatre patients reçurent une séance d’EP le matin, suivie d’une séance d’EMDR l’après-midi, alors que soixante-deux autres patients ont bénéficié du programme inverse (EMDR le matin, puis EP l’après-midi). La sévérité des symptômes de TSPT et les expériences personnelles subjectives servirent pour la mesure des résultats.

Résultats : Une diminution des symptômes de TSPT nettement plus importante a été dénotée chez les patients ayant reçu l’EP en premier, puis l’EMDR. Les patients ont exprimé une préférence pour cet ordre et ont trouvé que les séances de traitement avaient été nettement plus bénéfiques par rapport aux patients de la condition où l’EMDR avait été administrée en premier.

Conclusion : Les résultats de cette étude exploratoire confirment que l’EP et la thérapie EMDR peuvent être utilisées conjointement et avec succès, et que l’ordre dans lequel elles sont administrées a une réelle importance. L’administration de séances d’EP avant les séances d’EMDR ont donné lieu à de meilleurs résultats de traitement, et à de meilleures évaluations de la part des patients quant à l’utilité du traitement et à leur préférence concernant l’ordre d’administration de ces deux thérapies.

1. Introduction

Plusieurs lignes directrices internationales de traitement (ex : National Institute for Clinical Excellence (NICE, 2018); Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 2018)) recommandent la mise en place de psychothérapies de première urgence pour les individus souffrant du trouble de stress post-traumatique (TSPT) basées sur des traitements visant directement le traumatisme. Parmi les traitements ayant prouvé leur efficacité, on retrouve la thérapie par exposition prolongée (PE), la thérapie cognitive et la thérapie avec intégration neuro-émotionnelle par mouvements oculaires (EMDR) (Cusack et al., 2016; WHO, 2013).  Même si l’efficacité de l’EP et de la thérapie cognitive a été prouvée dans le cadre de traitements autonomes, de nombreux programmes thérapeutiques associent diverses méthodes cognitivo-comportementales. Cette approche se base sur la supposition que l’association de multiples interventions avec des mécanismes opérationnels différents pourrait être plus efficace qu’une méthode avec un traitement unique (Bryant et al., 2008). La plupart de ces programmes thérapeutiques suivent un protocole de traitement cognitivo-comportemental, qui comprend généralement des éléments de thérapie d’exposition et de thérapie cognitive. Globalement, ces programmes mixtes ont prouvé leur efficacité dans la réduction des symptômes de TSPT, comme l’indiquent les méta-analyses (ex : Cusack et al., 2016; Watts et al., 2013). Cependant, les études mises en place pour comparer spécifiquement les traitements uniques par rapport aux traitements mixtes ont donné lieu à des résultats mitigés. En effet, certaines études n’ont pas réussi à trouver d’effet supplémentaire pour les traitements mixtes sur la réduction des symptômes de TSPT (Foa et al., 2005; Marks et al., 1998; Moser et al., 2010), alors que d’autres ont su mettre en évidence des effets supplémentaires (ex: e.g., Bryant et al., 2008; pour en savoir plus: Kehleforbes et al., 2013).

Ces résultats conflictuels pourraient s’expliquer par le fait que, dans les protocoles de traitement mixte, des versions diluées de la thérapie par exposition et de la thérapie cognitive sont généralement administrées. Il est également possible que l’ordre dans lequel ces interventions sont offertes ait une certaine importance. Dans le cadre des études n’ayant pas découvert d’effet supplémentaire entre la thérapie cognitive associée à l’EP et la thérapie utilisant une méthode de traitement autonome sur le TSPT (Foa et al., 2005; Marks et al., 1998), l’EP précédait toujours la thérapie cognitive lors des sessions de traitement. En revanche, dans l’étude de Bryant et al., (2008), la thérapie cognitive était administrée en premier, puis elle était suivie, et intégrée, avec la thérapie d’EP. (e.g., Cusack et al., 2016; Watts et al., 2013). Toutefois, et à notre connaissance, aucune étude systématique n’a été réalisée à ce jour sur l’efficacité (différentielle) spécifique des différents ordres dans lesquels les thérapies factuelles soignant le TSPT sont administrées. En outre, bien que l’association de l’EP à la thérapie cognitive soit fréquente, les études examinant l’association de la thérapie EMDR à un autre traitement de première urgence pour lutter contre le TSPT sont rares, et examinent encore moins l’effet de l’ordre dans lequel ces thérapies sont administrées.

Même si la thérapie EMDR et l’EP possèdent des points communs, elles ciblent par exemple directement les souvenirs traumatiques (Schnyder et al., 2015), leur mécanisme opérationnel sous-jacent, ainsi que la manière dont les traitements sont administrés, sont, selon certains, assez différents (Lee et al., 2006). En effet, lors des séances d’EP, il est demandé aux patients d’affronter leurs souvenirs traumatiques et de s’exposer de manière continue à des stimuli causant la peur pour arriver à une accoutumance ou à la disparition des symptômes (Foa and Kozak, 1986), alors que dans le cadre de la thérapie EMDR, l’attention des patients est détournée des souvenirs troublants avec une méthode demandant une double attention, utilisant généralement des mouvements oculaires (De Jongh et al., 2019; De Jongh et al., 2013). Par conséquent, si l’on prend en compte le fait que les mécanismes opérationnels de l’EP et de l’EMDR sont différents, on peut concevoir que les deux traitements puissent être complémentaires.

Outre les différences entre les mécanismes opérationnels, il pourrait aussi exister des différences entre l’EP et la thérapie EMDR au niveau des préférences et du stress perçu chez les patients. Toutefois, les études portant sur ces critères sont rares et, lorsqu’il s’agit d’étudier l’ordre dans lequel les divers traitements sont administrés aux patients, elles sont inexistantes. Ces données sont importantes puisque des études ont démontré que lorsque les patients bénéficient du traitement qu’ils préfèrent, les résultats du traitement sont meilleurs (Zoellner et al., 2019). Outre le stress ressenti, l’utilité d’un programme perçue pourrait aussi être un facteur à prendre en compte, car il a été prouvé que plus les patients considéraient le traitement bénéfique, meilleurs étaient les résultats de ce dernier (Cooper et al., 2017).

L’objectif de la présente étude était d’explorer les effets d’un programme de traitement bref, axé sur le traumatisme, comprenant EP et EMDR, et plus particulièrement d’étudier l’efficacité de l’ordre dans lequel ces deux thérapies étaient offertes. Les patients ont bénéficié de huit jours de traitement étalés sur une période de deux semaines : deux sessions thérapeutiques par jour étaient proposées, une séance d’exposition prolongée et une séance d’EMDR. Dans le cadre d’une étude ouverte sur 347 patients, nous avons prouvé que notre programme de soins était très efficace dans la réduction des symptômes de TSPT (Van Woudenberg et al., 2018). La raison pour laquelle nous avons associé ces deux types de traitements était principalement clinique. Dans la phase de lancement de notre programme, nous avons offert aux patients l’EP ou l’EMDR en traitement unique. Même si les résultats issus de cette étude ont été prometteurs (voir par exemple Bongaerts et al., 2017), les thérapeutes ayant utilisé les deux méthodes ont observé que les deux thérapies avaient chacune leurs atouts, mais aussi leurs difficultés propres. Par exemple, certains patients évitaient à tout prix de faire remonter des souvenirs remplis d’émotion, élément requis par la thérapie EMDR pour obtenir des effets positifs, alors que d’autres signalaient un niveau d’émotion et d’anxiété très élevé après les séances d’exposition, ce qui interférait parfois avec la poursuite du traitement. Dans ce contexte, nous avons pensé qu’il était important d’examiner si un programme thérapeutique associant ces deux méthodes de traitement pouvait viser et résoudre ces deux problèmes couramment constatés. Par conséquent, l’objectif de la présente étude était non seulement de déterminer l’efficacité d’un programme thérapeutique associant EP et EMDR, mais plus particulièrement, d’étudier l’influence de l’ordre (EP en premier, suivie de l’EMDR, par rapport à la combinaison EMDR en premier, puis EP) dans lequel ces deux traitements étaient administrés aux patients souffrant de TSPT, en termes de résultats de traitement, autrement dit, de réduction significative des symptômes de TSPT. Notre deuxième objectif était de voir comment les patients évaluaient le traitement en termes de stress perçu, d’efficacité, et quelle était leur préférence concernant l’ordre dans lequel les deux types de thérapie avaient été administrés. Étant donné que cette étude était la première à étudier l’association de l’EP et de la thérapie EMDR dans un certain ordre de traitement, celle-ci n’était basée sur aucune hypothèse empirique à cet égard.

2. Méthode

2.1. Participants

La présente étude comprenait 117 patients consécutifs qui s’étaient inscrits à un programme thérapeutique intensif contre le TSPT au Psychotrauma Expertise Centre (PSYTREC), centre pour la santé mentale de Bilthoven, aux Pays-Bas, sur les mois de janvier et février 2017. Les patients avaient été orientés vers le PSYTREC par leur médecin généraliste, psychologue, ou psychiatre. Les critères d’inclusion pour cette étude répondaient aux critères de diagnostic du TSPT selon le DSM-IV-TR ou le DSM-5, tel qu’établi par l’échelle de TSPT administrée par le clinicien ; l’âge minimum requis était de 18 ans, et il fallait être capable de parler et de comprendre le néerlandais. Il y avait un critère d’exclusion : une tentative de suicide au cours des trois derniers mois.

Parmi les 117 patients, sept d’entre eux n’ont pas fourni de consentement libre et éclairé, et il manquait des données sur la mesure du résultat pour un patient. De plus, trois patients ont cessé le traitement de manière prématurée. Puisque les expériences subjectives et les résultats de l’ensemble du traitement thérapeutique nous intéressaient, nous n’avons pas inclus ces individus dans l’analyse. En janvier 2017, les patients (N=44) ont bénéficié de la thérapie par exposition (EXP) le matin, suivie de la thérapie EMDR l’après-midi (EXP-EMDR). En février 2017, l’ordre du traitement a été inversée, et les patients (N=62) ont reçu l’EMDR le matin et la thérapie par exposition l’après-midi (EMDR-EXP).

2.4. Traitement

À notre connaissance, ce programme thérapeutique est le premier à associer l’EP et l’EMDR. Pour éviter de diminuer quantitativement chacun des éléments thérapeutiques constituant le traitement proposé, nous avons choisi de ne pas administrer l’EP et l’EMDR au cours de la même séance, ou de réduire le nombre de séances. Nous avons décidé d’administrer chaque méthode en conservant le nombre courant (c’est-à-dire au moins huit séances de 90 minutes chacune). En raison de leurs mécanismes opérationnels différents, nous avons émis l’hypothèse que les deux traitements pourraient être complémentaires et avons choisi de fournir les deux types de thérapie à chaque jour de traitement, tout en visant le même souvenir traumatique au cours des deux séances d’une même journée. Chaque jour de traitement, les patients ont reçu une séance individuelle d’EP de 90 minutes et une séance individuelle de thérapie EMDR de 90 minutes. L’une des sessions de traitement avait lieu le matin, et l’autre l’après-midi. Ainsi, au cours de ce programme thérapeutique intensif, les patients ont participé à huit séances d’EP et huit séances de thérapie EMDR de 90 minutes chacune, au total.

Le protocole d’exposition prolongée (EP) était surtout basé sur l’approche de Foa et al., (2007). Conformément à cette dernière, il a été demandé aux patients d’imaginer les souvenirs d’événements traumatiques aussi clairement que possible, et de décrire en détail leurs souvenirs traumatiques en utilisant le présent. Une exposition in vivo à des stimuli liés au traumatisme, redoutés mais sains, a été utilisée pendant les sessions de traitement. Le protocole de thérapie EMDR a quant à lui suivi l’approche codifiée en huit phases de Shapiro (2018; De Jongh and Ten Broeke, 2013). Au cours du traitement, il a été demandé aux patients de mémoriser le moment le plus éprouvant d’un traumatisme vécu alors que la capacité de leur mémoire de travail était stimulée par le thérapeute qui demandait au patient de suivre les mouvements de son doigt, et avec d’autres stimuli visant à maximiser la charge de travail de la mémoire de travail, tels que des barres visuelles, des clics audibles, et/ou un buzzer tenu en main. Chaque jour visait une situation traumatique particulière. Dans le groupe EXP-EMDR, la thérapie par exposition était utilisée le matin pour adresser cette situation traumatique, suivie de la thérapie EMDR l’après-midi. Dans le groupe EMDR-EXP, l’ordre était inversé : les participants assimilaient tout d’abord le souvenir traumatique en utilisant l’EMDR (séance du matin), puis la thérapie par exposition (séance dans l’après-midi). Les sessions thérapeutiques étaient administrées par des psychologues cliniciens ayant une formation en thérapie EMDR et en exposition prolongée. Chaque session a été administrée selon une approche connue sous le nom de Rotation des thérapeutes (voir Van Minnen et al., 2018) : autrement dit, chaque session était administrée par un thérapeute différent.

Entre les sessions thérapeutiques, les patients ont participé à quatre séances de 90 minutes par jour d’activité physique en groupe allant d’une intensité faible à une forte intensité. De plus, des sessions de psychoéducation sur le TSPT étaient fournies en groupe. La durée du traitement fut de huit jours ; quatre jours consécutifs suivis de trois jours de pause au cours desquels les participants ont pu rentrer chez eux, puis ensuite, quatre autres jours consécutifs. Pour plus de renseignement sur le programme thérapeutique, voir (Van Woudenberg et al., 2018).

3. Résultats

L’âge moyen de l’ensemble de l’échantillon était de 38.75 ans (SD=11.12) et 72.6% de l’échantillon était constitué de femmes. L’ensemble des 106 participants avaient vécu de multiples événements traumatiques. La plupart avaient été exposés à des sévices sexuels (n = 87; 82.1%) et/ou physiques (n = 91; 858%). La plupart des patients souffraient également d’un ou plusieurs troubles psychiatriques comorbides. Pour être plus spécifique, 71.4% avaient des troubles de l’humeur, 20.8% des troubles paniques, 32.1% souffraient de phobie sociale, et 14.7% répondaient au critère de diagnostic de la dépendance à l’alcool. Le risque de suicide était de moyen à élevé chez 51% des patients.  Les groupes EXP-EMDR et EMDR-EXP ont été comparés selon des caractéristiques de base (autrement dit âge, sexe, et score sur l’échelle du stress perçu pré-traitement).  Les tests t sur échantillons indépendants n’ont pas révélé de différences significatives entre le groupe EXP-EMDR et le groupe EMDR-EXP par rapport à l’âge, t (104) = -1.59, p = .114 et au score sur l’échelle du stress perçu pré-traitement (t(104) = – 1.03, p = .304). Les analyses du khi-carré de Pearson n’ont pas relevé de différences significatives entre les groupes EXP-EMDR et EMDR-EXP en termes de sexe (χ2(1) = .181, p = .825).

4. Discussion

 L’objectif principal de la présente étude était de vérifier si l’ordre dans lequel deux traitements de première urgence contre le TSPT, c’est-à-dire l’exposition prolongée (EP) et la thérapie EMDR, étaient associés influençait les résultats du traitement. Bien que les deux groupes aient démontré des améliorations significatives des symptômes de TSPT, il est intéressant de noter que les patients ayant reçu l’EP le matin et la thérapie EMDR l’après-midi ont démontré des résultats de traitement nettement meilleurs que les patients qui avait reçu le traitement dans l’ordre inverse, avec une taille d’effet modérée entre les groupes. Ces conclusions concordent avec nos études de résultat précédentes (Van Woudenberg et al., 2018; Wagenmans et al., 2018; Zoet, Wagenmans et al., 2018) qui avaient également prouvé que l’association des deux traitements était efficace, et avec d’autres études qui avaient obtenu des résultats positifs en associant plusieurs thérapies axées sur le traumatisme (Gurak et al., 2016; Kehle-forbes et al., 2013).

Le protocole EXP-EMDR a non seulement prouvé qu’il était plus efficace, mais les patients ont aussi trouvé que l’ordre EP-EMDR était préférable et plus bénéfique. Le bénéfice de l’ordre était lié à de meilleurs résultats au traitement, ce qui concorde également avec les conclusions de Cooper et al. (2017). Habituellement, les séances d’EP s’attaquent à ce qu’on appelle les points sensibles pour activer le réseau de la peur dans son intégralité.  De ce fait, les niveaux de peur peuvent être relativement élevés pendant toute la séance d’EP, y compris à la fin de celle-ci. En revanche, on vise une baisse des niveaux de peur lors des séances d’EMDR, et les patients peuvent se sentir soulagés et satisfaits à la fin de leur session. D’un point de vue d’utilité clinique, il est plus intuitif d’introduire dans un premier temps des niveaux de peur élevés en visant des points sensibles dans le souvenir traumatique (pendant les séances d’EP du matin), pour ensuite utiliser ces points sensibles comme cibles pendant les séances d’EMDR, et ainsi viser une forte réduction des niveaux de peur (pendant la session d’EMDR de l’après-midi). Le fait que les patients aient préféré l’ordre EP-EMDR, et qu’ils l’aient trouvé plus bénéfique pourrait aussi être dû à ce mécanisme. Les patients pourraient se sentir plus à l’aise avec des niveaux de peur moindres en fin de journée ; leur traitement pourrait se terminer avec un niveau de stimulation inférieur avant d’aller dormir. On pourrait être amené à penser que les patients du groupe EMDR-EP considérèrent l’EP comme étant plus pénible que le groupe EP-EMDR, or ce ne fut pas le cas. Aucune différence significative n’a été relevée entre les deux groupes concernant le stress perçu pour l’EP et l’EMDR. Cela signifie que le niveau de stress lié à l’EP et l’EMDR évalué par les participants ne dépend pas de l’ordre dans lequel ces deux thérapies sont administrées.

Une autre explication à caractère plutôt théorique pourrait justifier que les séances d’EP administrée le matin aient été liées à de meilleurs résultats de traitement : un projet de recherche précédent (Zuj et al., 2016) a découvert que la capacité d’apprendre à éliminer la peur était influencée par le nombre d’heures depuis le réveil. Les participants avec le plus de symptômes et les symptômes les plus graves de TSPT avaient nettement mieux réagi à l’apprentissage de l’extinction de la peur lorsque les tâches liées à cet apprentissage avaient lieu plus tôt dans la journée, autrement dit, plus près de l’heure du réveil. Dans notre condition EXP-EMDR, les séances d’EP étaient aussi planifiées plus près des heures du réveil que dans la condition EMDR-EXP.

Nous considérons que le point fort de notre étude a été notre capacité à conserver la quantité initiale de chaque traitement (c’est-à-dire 90 minutes par séance), tout en associant deux approches de traitement autonomes. Le nombre élevé de patients inclus, la diversité de la population constituant l’échantillon, notamment en termes de caractéristiques traumatiques, sont d’autres points forts qui font que nos conclusions sont plus facilement généralisables à la population de patients cliniques souffrant de TSPT communément observée. Toutefois, la nature intensive du programme thérapeutique pose des limites pour la généralisation à d’autres contextes et d’autres traitements, et l’association de l’EP et de l’EMDR dans le cadre de sessions hebdomadaires planifiées et régulières doit encore être étudiée. Une autre limite : nos conclusions résultent d’une combinaison qui avait la plus importante validité clinique apparente. Même s’il avait été indiqué clairement aux thérapeutes de ne pas le faire, nous ne pouvons éliminer la possibilité que les thérapeutes aient mis en évidence dans leur communication (de manière consciente ou inconsciente) avec les patients le caractère plus « difficile » de l’ordre de traitement inversé, et ainsi influencé et guidé l’évaluation du traitement par les patients. De même manière, le fait que les patients aient classé leur préférence après le traitement et sans avoir vécu l’autre ordre de traitement, peut être considéré comme une limitation, étant donné que le résultat du traitement pourrait avoir influencé leur classement. De plus, chez un certain nombre de participants, le classement subjectif de l’ordre du traitement était manquant, ce qui limite la généralisation de nos conclusions. La plus importante limitation pourrait être que bien que les patients n’aient pas été répartis entre les deux groupes sur des données cliniques, le concept de notre étude était incontrôlé. Par conséquent, nos conclusions sont à visée exploratoire, et devraient donc être prises en compte dans ce contexte. De futures études basées sur des concepts aléatoires et contrôlés sont nécessaires.  

Même si nos conclusions cliniques suggèrent que l’ordre des interventions est important et qu’il a une influence sur les résultats, nous devons rester prudents : ce n’est pas parce que plusieurs éléments de traitement efficaces contre le TSPT «se ressemblent», partagent des points communs et donnent des résultats de traitement similaires qu’ils peuvent forcément être intégrés ensemble dans la pratique clinique (ex: Wampold, 2019). Lors de l’administration et de l’association de deux traitements différents, il est important de prendre en compte la manière dont ces traitements et leurs dispositifs opérationnels sous-jacents peuvent se renforcer mutuellement. Des études prudentes sont nécessaires, et lors de futurs projets de recherche, il pourrait être intéressant d’étudier plusieurs types d’associations de traitement, et optimiser les conditions d’amélioration.

Importance clinique ou méthodologique de l’article

Les traitements efficaces axés sur les expériences traumatiques, tels que l’exposition prolongée (EP) et l’intégration neuro-émotionnelle par mouvements oculaires (thérapie EMDR), peuvent être associés avec succès. Cependant, l’ordre dans lequel ils sont administrés est important : l’EP, suivie de séances d’EMDR, a été plus efficace et a été perçue comme étant plus bénéfique que les séances d’EMDR suivies d’EP.

Crédits pour les auteurs ayant contribué à la publication de cet article :

Agnes Van Minnen: conceptualisation, méthodologie, analyse formelle, rédaction – première ébauche, supervision.

Eline M. Voorendonk: recherche, analyse formelle, rédaction – révision et édition.

Linda Rozendaal: logiciel, validation, rédaction – révision et édition.

Ad de Jongh: conceptualisation, méthodologie, rédaction – révision et édition, supervision.

Déclaration de conflits d’intérêts

A.v.M. touche des revenus issus de la publication de chapitres de livres sur le TSPT et de la formation de professionnels post-doctorants sur l’exposition prolongée. A.d.J. touche des revenus issus de livres publiés sur la thérapie EMDR et pour la formation de professionnels post-doctorants sur cette méthode. E.V. et L.R. n’ont aucun conflit d’intérêts.

Informations supplémentaires

Des informations supplémentaires associées à cet article sont disponibles en ligne sur doi:10.1016/j.psychres.2020.113032.

Traduction partielle de l’article paru dans le périodique Psychiatry Research 290 (2020) 113032

Listes des contenus disponibles sur ScienceDirect

Psychiatry Research

Périodique disponible sur: www.elsevier.com/locate/psychres

Quand l’ordre compte : administration conjointe de l’Exposition Prolongée et de la thérapie EMDR pour soigner le TSPT

Agnes Van Minnena,b,⁎, Eline M. Voorendonka,b, Linda Rozendaalb, Ad de Jonghb,c,d,e,f

a Université Radboud de Nimègue, Behavioural Science Institute (BSI), Pays-Bas

b Département de recherche PSYTREC, Bilthoven, Pays-Bas

c Centre Académique de Médecine Dentaire d’Amsterdam (ACTA), Université d’Amsterdam et Université Vrije Universiteit Amsterdam, Pays-Bas

d School of Health Sciences, Université de Salford, Manchester, Royaume-Uni

e Institute of Health and Society, Université de Worcester, Royaume-Uni

f School of Psychology, Queen’s University, Belfast, Irlande du Nord

https://doi.org/10.1016/j.psychres.2020.113032

Reçu le 29 janvier 2020; reçu après revision le 20 avril 2020; accepté le 20 avril

⁎ Auteur principal.

Adresses E-mail: vanminnen@psytrec.com (A. Van Minnen), voorendonk@psytrec.com (E.M. Voorendonk), rozendael@psytrec.com (L. Rozendaal),

a.d.jongh@acta.nl (A. de Jongh).

Psychiatry Research 290 (2020) 113032

Disponible en ligne le 16 Mai 2020

0165-1781/ © 2020 The Authors. Publié par Elsevier B.V. Cet article est accessible à l’ensemble du public, selon la licence libre non copyleft CC BY.

(http://creativecommons.org/licenses/BY/4.0/).

Traduction de courtoisie par Sonia Erraud depuis ScienceDirect

reconstruction des victimes

Les voix d’adolescentes victimes d’inceste

Publié 2 CommentairesPublié dans dysfonctionnement familial, isolement, mémoire traumatique, psychothérapie, reconstruction, résilience

Les voix d’adolescentes victimes d’inceste : une étude qualitative sur les sentiments relatifs au traumatisme et à l’espoir de résilience

Points importants

  • L’inceste est l’un des problèmes les plus importants auquel la société et les enfants/adolescents doivent faire face. Nous savons que les victimes d’inceste ne sont pas des groupes homogènes, et lorsque nous avons essayé de mettre en lumière l’inceste, nous n’avons pas trouvé assez de témoignages de parcours personnels pour nous aider à comprendre la dynamique et la difficulté des expériences chez les adolescents et leurs familles. 
  • Nous avons identifié quatre thèmes clé : 1. La mémoire de l’agression : incapacité à comprendre/retard de signification de l’événement : Toutes les adolescentes ont donné des informations définitives quant au premier souvenir d’agression, et elles ont également exprimé avoir été incapable de comprendre ce qu’elles avaient vécu. Elles ont alors retardé la construction de signification ce qui a engendré des sentiments ambivalents à l’égard du premier événement.
  • 2. Tentatives de cessation/dysfonctionnement du mode d’adaptation causé par l’inceste : Les adolescentes ont raconté avoir menacé l’agresseur plusieurs fois durant les différents stades de l’inceste. Toutefois, elles ont également mentionné la solitude, l’insuffisance, et l’ambivalence qu’entraîne ce mode d’adaptation. Sur la question de demander de l’aide aux mères, elles ne leurs ont rien dit pendant très longtemps, et ont plutôt décidé d’y faire faces seules.

  • 3. Refus de contact visuel de la part de l’agresseur : Ce thème aborde la relation entre la victime d’inceste et l’agresseur. Nous avons constaté que les agresseurs évitaient tout contact social avec la victime (comme le contact visuel ou verbal) mais utilisent plutôt des comportements telles que la récompense, la punition ou la menace. Ce thème aborde la déshumanisation des femmes.
  • Le besoin de détruire les souvenirs heureux : ce thème présente une quantité limitée de données sur les expectatives des adolescentes concernant leur reconstruction et leur résilience face au traumatisme de l’inceste. Ce thème montre l’importance de développer un récit de vie cohérent, une réévaluation de l’expérience et la redéfinition de la relation avec l’agresseur, afin de surmonter l’inceste.
  •  Selon ces thèmes, les thérapeutes pourraient aborder la différenciation entre un fonctionnement familial dysfonctionnel et un fonctionnement familial sain, et devraient expliquer qu’il est normal qu’un enfant accuse un retard dans la construction de signification. Pour reconstruire le moi perdu de l’adolescent après une déshumanisation sémantique lors d’agressions : les thérapeutes devraient l’aider à contester les croyances irrationnelles de dévalorisation et à reprendre le contrôle de leurs corps.

Traduction de courtoisie par J.S depuis Psychiatric nursing

neuroimagerie et tspt

Une nouvelle étude de neuro-imagerie axée sur les symptômes de troubles dissociatifs dévoile des traces de traumatisme infantile dans le cerveau

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Des chercheurs découvrent dans le cerveau des liens avec des symptômes de troubles dissociatifs

Résumé : Des analyses de neuro-imagerie peuvent déceler des altérations de la connectivité fonctionnelle entre les régions cérébrales, altérations liées à des symptômes de troubles dissociatifs. 

Résumé complet

Les traumatismes peuvent provoquer des symptômes de troubles dissociatifs, tels que des expériences d’amnésie, de détachement de soi ou émotionnel, qui peuvent aider les personnes à surmonter des difficultés. Cependant, ressentir ces symptômes de façon intense ou pendant une longue période peut avoir une incidence non négligeable sur la capacité d’un individu à mener une vie ordinaire.

Un groupe de chercheurs de l’hôpital de McLean a découvert que les analyses de neuro-imagerie peuvent dévoiler des altérations de la connectivité fonctionnelle entre les régions cérébrales. Ces analyses révèlent un lien entre ces altérations fonctionnelles et les symptômes de troubles dissociatifs propres à un individu ayant connu des traumatismes infantiles. Les résultats, publiés dans le « American Journal of Psychiatry », peuvent se montrer utiles afin d’adapter les traitements aux patients atteints.

Dans le cadre de l’étude, les chercheurs ont appliqué une nouvelle technique d’apprentissage automatique (intelligence artificielle) à des tests d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle réalisés sur 65 femmes ayant des antécédents de maltraitance infantile et de troubles récurrents de stress post traumatique. La technique, développée par l’un de ses principaux auteurs, Meiling Li, PhD, du centre de recherche en imagerie biomédicale, Ahinoula A. Martinos, dévoile que les analyses liées à la connectivité entre les différentes régions du cerveau coïncident avec les symptômes de dissociation des femmes testées.

« Cela représente un pas en avant dans la découverte d’une trace de dissociation dans le cerveau qui pourrait être utilisée en tant qu’outil de diagnostic objectif », a déclaré l’un des auteurs de l’étude, Lauren A.M. Lebois, PhD, directrice de l’unité de neuro-imagerie et du Programme de recherche sur les troubles dissociatifs et les traumatismes à l’hôpital Mc Lean. « A l’avenir, une fois que les analyses cérébrales auront atteints un niveau plus précis et détaillé, nous pourront les appliquer aux individus qui ont des difficultés à communiquer leurs symptômes de façon claire. Entre autres, ces analyses seront utiles dans les cas où les individus pourraient minimiser ou exagérer, de manière délibérée ou involontaire, leurs symptômes ou dans les cas de procédures judiciaires qui nécessitent des preuves objectives visant à confirmer une enquête. »

Lebois a constaté que l’existence de symptômes de troubles dissociatifs est souvent remise en cause et que les patients sont rarement interrogés sur ce sujet. « Ce doute présent dans la société et la communauté médicale alimente ce cercle vicieux : les nouvelles générations de médecins n’ont pas été formées à ce type de maladies ; ces symptômes sont mal compris, stigmatisés et mal diagnostiqués ;

et l’investissement financier dans ce domaine de recherche n’est pas considéré comme une priorité » Par conséquent, les patients connaissant ces symptômes et troubles dissociatifs dus à un traumatisme infantile ne peuvent avoir accès à un traitement existant de maladies mentales. « Il s’agit d’un problème général d’éthique. Non seulement les enfants sont mal traités et sont négligés, mais en plus de cette injustice, ils se retrouvent dans l’impossibilité de recevoir un traitement qui pourrait les aider une fois devenus adultes, » a déclaré Lebois.

L’étude peut contribuer à aborder le problème en montrant que les symptômes de troubles dissociatifs peuvent être analysés dans le cerveau de façon objective, tout en rendant plus apparentes certaines blessures invisibles de traumatisme infantile.

« On espère que ces données biologiques seront suffisamment solides pour confirmer la légitimité de ces symptômes psychiatriques », a ajouté Lebois.

Une sensibilisation accrue aux troubles dissociatifs et leur reconnaissance peuvent inciter les patients à demander de l’aide, les médecins à prescrire un traitement adapté et les compagnies d’assurance à prendre en charge les frais de traitement. Une meilleure compréhension de la biologie portant sur les symptômes de troubles dissociatifs peut aussi mener à la création de nouvelles méthodes thérapeutiques.

« Les résultats de cette étude nous conduisent à la prochaine étape de notre recherche, » a affirmé l’un des auteurs principaux de l’étude, Milissa Kaufman, MD, PhD, et directrice du Programme de recherche sur les troubles dissociatifs et les traumatismes.

L’Institut national de la santé mentale a attribué une bourse de recherche pour une durée de 5 ans à l’équipe de Kaufman, ce qui lui permettra d’étudier l’impact que peut avoir le trouble dissociatif sur la capacité à bénéficier d’un traitement régulier et adapté au trouble de stress post traumatique (TSPT). « Cette nouvelle étude pourra nous aider à mettre en place un nouveau traitement standard adapté aux patients souffrant de TSPT et souffrant de symptômes dissociatifs importants », a déclaré Kaufman.

Traduction de courtoisie par Fayza Hassani depuis Science Daily

violences sexuelles hommes

Inceste père-fils: Examen et analyse des incidents déclarés

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Résumé: Un examen de la littérature sur l’inceste père-fils révèle à la fois un nombre moins important de cas signalés et des données insuffisantes par rapport à l’inceste père-fille. Néanmoins, il semblerait que les antécédents psychosociaux et la personnalité du père qui agresse sexuellement son fils soient des facteurs dominants, alors qu’un cadre familial dysfonctionnel serait au cœur des agressions sexuelles sur la fille.

Bien que les violences sexuelles des pères sur leurs fils soient considérés comme rares, selon la littérature sur l’inceste, une nouvelle perspective a commencé à émerger au cours des deux dernières décennies. Les statistiques tirées principalement des hôpitaux, des rapports de police, d’enquêtes générales et de sources liées à la protection de l’enfance, indiquent qu’un nombre important de garçons aux États-Unis sont victimes d’agressions sexuelles commises par leurs pères. Par exemple, l’analyse de données de Finkelhor (à paraître) basée sur l‘étude de 5809 cas prouvés de sévices sexuels sur mineur rapportés par les agences de protection de l’enfance dans trente-et-un états, indique que plus de la moitié (57%) des 757 garçons du groupe ont été agressés par leur père. De plus, il est fort possible que l’inceste père-fils soit sous-déclaré en raison des tabous sur l’inceste et l’homosexualité.

Les comportements incestueux existants ou potentiels au sein de la famille sont généralement difficiles à évaluer avec précision. En tant que type de comportement social déviant dont on a peu parlé, l’étude de l’inceste père-fils peut nous permettre d’approfondir nos connaissances concernant d’autres types d’inceste. La comparaison entre l’inceste père-fils et l’inceste père-fille est d’autant plus important qu’il pourrait permettre de définir les dynamiques familiales et les traits de personnalité qui prédominent pour chaque type d’inceste. Comme nous allons le démontrer dans le présent article, certains pères agressent tout aussi bien sexuellement leurs enfants de sexe masculin que ceux de sexe féminin, ce qui peut soulever des problématiques de diagnostic supplémentaires. De plus, l’examen de l’écosystème du père, dont les actes sexuels sont à la fois homosexuels et incestueux, peut mettre en évidence des valeurs, telles que l’homophobie, au sein de la matrice familiale et de la communauté au sens plus large, et leurs conséquences sur les pères et les fils.

L’inceste père-fils examiné dans la littérature clinique permet de mieux comprendre les circonstances dans lesquelles ce phénomène se produit.

EXAMEN DE LA LITTÉRATURE

Les études cliniques sur l’inceste père-fils sont peu nombreuses et les rapports de cas ne fournissent souvent pas assez de données pour pouvoir développer des modèles descriptifs. Bien souvent, les rapports de cas indiquent l’âge de l’enfant au moment du premier contact sexuel avec le père, la concomitance de l’acte sexuel avec une agression physique, et l’agresseur (toujours le père). La durée des contacts sexuels est généralement mentionnée directement ou peut être calculée à partir des données. Ce qui est surprenant, cependant, c’est que beaucoup de cas présentés ne décrivent pas la nature du contact sexuel. D’autres exemples d’information souvent disponibles dans les cas d’inceste père-fils sont les suivants : le nombre de frères et sœurs et l’ordre de naissance de la victime, l’âge et le sexe des frères et sœurs, et si le contact sexuel a eu lieu entre le père et plus d’un enfant. Le rôle de la mère de famille et les dynamiques de l’interaction familiale sont moins souvent examinés. En revanche, les études portant sur l’inceste père-fille fournissent souvent des informations importantes sur de nombreuses variables-clés qui permettent de comprendre de manière plus approfondie ce type d’inceste, alors que ce n’est pas le cas pour les incestes père-fils. Cette problématique sera examinée dans une section ultérieure.

Dans la littérature sur l’inceste, les critères de détermination de l’acte incestueux varient. Par exemple, l’acte sexuel peut-il être défini par le seul fait de toucher les parties génitales de l’enfant? Ou, devrait-il être défini comme tout acte commis par un adulte sur le corps d’un enfant qui mène à l’excitation sexuelle et à l’orgasme?

Berry (1975) rapporte un cas d’inceste père-fils, résumé ci-dessous, qui illustre bien la difficulté d’établir des lignes directrices de définition de l’inceste.

Un jeune homme adulte débuta une psychothérapie avec des problématiques liées à sa carrière professionnelle, des conflits avec ses parents et une inquiétude concernant son isolement social. Il signala qu’entre trois et huit ans, il prenait fréquemment sa douche avec son père et, alors qu’il lavait son fils, le père insérait souvent son doigt dans l’anus de l’enfant. À partir de neuf ans, une nouvelle activité remplaça la douche mutuelle : de bonne heure chaque matin, le fils montait dans le lit parental et s’allongeait contre son père dans la position de la cuillère avec le pénis de son père collé contre ses fesses. Sa mère n’est jamais intervenue, mais lorsqu’il atteint quinze ans, le fils décida de cesser ces visites matinales.

Berry définit ce cas comme un exemple d’inceste père-fils. Les psychiatres, psychologues et travailleurs sociaux définissent l’inceste comme tout contact physique intime qui suscite une excitation sexuelle et qui a lieu entre des membres non mariés d’une famille. Dans l’examen des cas d’inceste père-fils qui suivent, j’ai accepté les hypothèses des auteurs qui supposent que l’inceste a eu lieu même dans les cas où l’acte sexuel n’est pas décrit.

LE CONTEXTE ET LES CIRCONSTANCES

Les circonstances du contact sexuel entre les pères et les fils varient considérablement. Les cas d’inceste père-fils qui montrent des similitudes sont regroupés ici pour la discussion et sont brièvement résumés. Les cas de contacts sexuels entre les beaux-pères et beaux-fils sont exclus de cet examen pour conserver une clarté conceptuelle, bien que les auteurs les considèrent comme de l’inceste.

Plusieurs cas ont été signalés dans lesquels le contact sexuel entre père et fils avait eu lieu dans une situation familiale apparemment désorganisée où le comportement impulsif et physiquement violent du père était considéré comme normal. Ces pères avaient un comportement exploiteur avec leurs familles, une orientation généralement pansexuelle et ils agressaient sexuellement leurs fils tout comme leurs filles. L’âge du/des fils lors du premier contact sexuel était souvent prépubère.

Lors de ce qui semblerait être le premier rapport de cas d’inceste père-fils, Bender et Blau (1937) décrivent une situation illustrant ces caractéristiques. Calvin, six ans, soutenait que sa sœur était généralement l’instigatrice de jeux sexuels avec lui et qu’ils avaient tous les deux acquis cette habitude de leur père. Il confessa avoir des sentiments amers et une peur considérable de son père. Il adorait sa mère et sa sœur. Il affirma que son frère de dix ans avait refusé les avances sexuelles de son père, et que ce dernier lui avait jeté une tasse de café chaud et l’avait brûlé. Calvin semblait avoir davantage peur des agressions physiques que sexuelles. Il savait que sa sœur avait passé beaucoup de temps à l’hôpital suite aux expériences sexuelles qu’elle avait vécues avec son père.

La peur pour sa vie en présence d’un père avec ce type de comportement est compréhensible lorsqu’on analyse les cas plus récents. Par exemple, Dixon, et al. (1978) relatent le comportement d’un père qui avait sodomisé de manière répétitive son fils biologique âgé de trois ans, et agressé physiquement et sexuellement son beau-fils et sa belle-fille. La mère décrivait le père comme un individu violemment explosif et expliqua qu’elle avait peur qu’en essayant de restreindre son comportement envers les enfants, elle se mette elle-même en danger. Il avait déjà été condamné pour homicide involontaire, commerce illicite d’alcool et vente de pornographie. La police détermina que ses relations sexuelles avec ses deux fils et sa belle-fille étaient motivées par des raisons pornographiques. L’activité sexuelle intrafamiliale existait déjà depuis un an lorsque le père fut arrêté pour fabrication d’alcool de contrebande et vente d’alcool à des mineurs.

Dans un autre cas, ces auteurs décrivent un type de père similaire. L’aîné d’une famille composée d’une mère, d’un père et de six enfants (quatre fils de 8, 10, 12 et 15 ans, et deux filles âgées de 13 et 14 ans) confia le secret familial à son thérapeute : son père avait agressé sexuellement les six enfants sur une période de dix ans. Outre les agressions sexuelles, il battait aussi souvent les enfants. Lorsque le père était de mauvaise humeur, l’aîné ou l’aînée se sacrifiaient pour protéger les enfants plus jeunes. Bien que la mère ait joué un rôle important en signalant la situation auprès de professionnels de l’aide, elle était consciente des activités de son mari depuis quelques temps. Lorsque le père divorça de la mère, il continua à vivre dans le quartier et à intervenir dans la vie de ses enfants.

Reichenthal (1979) décrit un patient dont le père avait un comportement similaire : « Un autre patient, un garçon de 4 ans, expliquait que son père lui avait touché, sucé et brûlé les parties génitales, et qu’il exigeait que la demi-sœur de Richard, âgée de sept ans, se livre à des actes sexuels avec Richard » (p.122).

L’alcoolisme chez le père est une caractéristique marquante dans certains cas. Ces pères semblent souvent avoir une orientation homosexuelle, mais ne semblent pas se considérer comme tel. Le rapport d’Awad (1976) sur un cas de cette nature est représentatif. Sur une période d’une semaine, trois interactions sexuelles eurent lieu entre un père et son fils de 14 ans, avec des activités allant des caresses génitales à la pénétration anale. Le fils ayant subi ces agressions sexuelles était le plus jeune des quatre fils, mais il était plus âgé que ses deux sœurs. Le père était l’instigateur de l’activité sexuelle et était ivre à chaque épisode. La situation maritale s’était détériorée au cours des années, à tel point qu’il y avait une rupture totale de communication entre les parents. Il n’y a pas de preuve d’une relation particulière entre le père et le fils, mis à part le fait que le fils eut remis en question l’autorité de son père, violant ainsi les normes de sa famille de la classe ouvrière. Le père et le fils nièrent tous les deux toutes rencontres, fantaisies ou désirs homosexuels antérieurs.

Dixon, et al. (1978) signalent le cas d’un père alcoolique qui, tout comme le père décrit ci-dessus, dominait et agissait de manière agressive envers les membres de sa famille (épouse, quatre fils et une fille), et n’eut de contact sexuel qu’avec l’un de ses fils. Le fils en question était le deuxième de la famille et le père débuta l’activité sexuelle lorsque son fils avait environ 10 ans et continua jusqu’à ce que la famille soit signalée auprès des services sociaux alors qu’il avait 16 ans. Le mariage avait toujours été identifié comme étant conflictuel. Il s’agissait d’une famille de la classe ouvrière mais le père était sans emploi depuis plusieurs années. Malgré le fait que le père eut été impliqué sexuellement avec d’autres hommes avant son mariage (son frère et son beau-frère actuel), il expliqua que sa longue relation sexuelle avec son fils était la conséquence d’une relation sexuelle médiocre avec sa femme.

Medlicott (1967) fait état de trois cas d’inceste père-fils dans lesquels deux pères sur trois sont alcooliques (malheureusement les deux pères ne sont pas identifiés). L’auteur définit les pères comme étant passifs par rapport à la domination de leurs femmes. Il suppose que les pères n’étaient probablement pas conscients de ce qu’ils faisaient à leurs fils et que la séduction des fils était motivée principalement par l’envie de se venger de leurs femmes qui chérissaient leurs fils.

Rhinehart (1961) décrit un père alcoolique qui poussa ses deux fils à poursuivre des activités homosexuelles avec lui et entre eux, mais l’auteur ne fournit pas d’information supplémentaire sur les circonstances.

Un autre ensemble de cas, qui présentent une similitude évidente, décrit le père comme ayant un investissement émotionnel positif avec le fils avec lequel il eut un contact sexuel. L’agressivité ne semble pas accompagner l’acte sexuel. Les fils des pères en question ont atteint la puberté dans la plupart des cas. Les pères se sont soit identifiés comme ayant une orientation homosexuelle ou soit, au contraire, ont nié la nature homosexuelle des actes incestueux ou toute orientation homosexuelle personnelle.

Dans l’étude réalisée par de Young (1982) auprès d’un échantillon clinique, quatre cas présentent des pères ayant confirmé leur homosexualité. Ces cas ne sont pas présentés individuellement, mais les enregistrements des déclarations du père recueillis par l’auteur communiquent bien leurs perceptions :

« C’est différent lorsque l’enfant est votre fils, » explique Mr. Logan. « Je veux dire que si j’avais agressé sexuellement un garçon du voisinage ou un garçon qui était un parfait inconnu, je serais homosexuel. Mais cet enfant est ma chair et mon sang; c’est donc différent. »

« Je suis sûr que quelqu’un de l’extérieur dirait que je suis homosexuel», explique Mr. Harris, « mais je ne le pense pas. Ce que j’ai fait à mon fils est une preuve d’amour. Ce n’était peut-être pas la meilleure façon de l’exprimer, je vous l’accorde, mais c’est de l’amour. Et lorsque cela arrive entre un père et un fils, on peut difficilement appeler ça de l’homosexualité. » (p.74)

Trois pères sur quatre ont confirmé qu’ils avaient eu des contacts homosexuels avant ou pendant leurs mariages. Tous les pères avaient une opinion méprisante des hommes à orientation homosexuelle, qu’ils associaient à des stéréotypes efféminés et faibles. L’un des pères avaient eu un contact incestueux avec son propre père.

À l’autre extrémité du spectre, Langsley, et al. (1968) ont rapporté le cas d’un garçon qui, à l’âge de 12 ans, avait été poussé par son père à faire du sport car, selon ce dernier, son fils avait besoin de muscler son corps. À la fin de chaque session, ils se masturbaient l’un l’autre. Cette pratique se poursuivit pendant un an et demi. Dans l’étude de cette famille, les auteurs conclurent que les actes incestueux résultaient principalement de conflits sexuels non résolus qui remontaient à l’enfance du père, et non d’une problématique liée aux interactions familiales. Le désir sexuel et émotionnel du père envers son fils aurait été issu du report d’une amourette d’adolescence. Le père avait été élevé dans une famille pratiquant une religion intégriste et sa mère avait souvent censuré ouvertement l’expression sexuelle. À 12 ans, il avait été séduit par son oncle, âgé de 19 ans, et lorsqu’il avait signalé cet événement, sa famille ne voulut pas le croire et fut très en colère. À l’adolescence, il tomba amoureux d’un garçon de 8 ans qui s’appelait Dave. Il n’y eut pas de contact sexuel et il fut bouleversé lorsqu’il déménagea avec sa famille dans une autre communauté. Il décida qu’une fois marié, il nommerait son premier fils en l’honneur de son « premier amour ». Après son mariage, il nomma effectivement son premier enfant « Dave ». Trois autres enfants naquirent ensuite, mais il n’y eut aucun contact sexuel entre le père et ses autres enfants.

Caprio (1955) décrit un père qui mena apparemment un style de vie homosexuel tout au long de l’enfance de son fils. La mère était décédée quand l’enfant était très jeune et le fils et sa sœur avaient été placés dans un orphelinat. L’historique de la relation incestueuse n’est pas vraiment clair et quelque peu contradictoire, mais il semblerait qu’il y ait eu un bref contact oral et génital entre le père et son fils à l‘âge de 4 ans, et que cela ait repris une fois que le garçon eut atteint 11 ans et se poursuivit ensuite régulièrement. Les amis du père furent aussi impliqués dans des actes sexuels avec le fils. Les contacts sexuels entre le père et le fils eurent lieu chez le père et à l’orphelinat. Le fils fut aussi impliqué dans des actes homosexuels à l’orphelinat.

Deux cas d’inceste père-fils sont uniques du fait que le fils ait mené des activités homosexuelles avec d’autres avant tout contact sexuel avec le père, et que ce dernier ait eu connaissance du comportement sexuel du fils avant inceste. Raybin (1969) signale un cas impliquant trois générations d’inceste père-fils. Le père était professeur et metteur en scène. Il avait eu des contacts sexuels avec son propre père et son frère pendant de nombreuses années pendant sa jeunesse au sein d’une famille dans laquelle ce comportement semblait répandu. Il avait un fils issu de son mariage. À l’âge de 20 ans, le fils annonça à son père qu’il avait eu des expériences homosexuelles auparavant. Le fils suspectait depuis de nombreuses années que son père était homosexuel. Le père fit des avances à son fils qui furent déclinées dans un premier temps, mais ils finirent par coucher ensemble et le fils se soumit passivement à des caresses génitales.

Gregerson mentionna à cet auteur un cas tiré d’une étude sur les pratiques sexuelles des personnes hétérosexuelles et homosexuelles ayant recours à des pratiques sexuelles sadomasochistes (communication personnelle non communiquée). La personne sondée, un homme d’origine hispanique d’âge moyen, expliqua qu’il avait été séduit par son père quand il avait 18 ans, et qu’il avait maintenu cette liaison sexuelle jusqu’au jour où il partit rejoindre l’armée de l’air. Avant ce contact sexuel avec son père, il avait eu des relations sexuelles avec des personnes de sexe masculin dès l’âge de 12 ans, y compris avec son oncle maternel et un chef scout. Il vécut un style de vie homosexuel ouvert pendant son adolescence. Il accepta les avances de son père et déclara qu’il était son « meilleur amant ». La mère vivait dans la maison, et le père n’eut aucun rapport incestueux avec son autre fils ou ses trois filles (la personne sondée était l’aîné des fils et le deuxième enfant par ordre des naissances). La nature du contact sexuel avec le père n’est pas connue.

Deux rapports d’inceste père-fils soulignent que, dans les familles extrêmement désorganisées dans lesquelles un ou plusieurs membres de la famille souffrent de troubles psychotiques, le comportement incestueux pourrait devenir un modèle interactionnel familial. Weiner (1962) décrit une famille dont le père, enseignant, avait eu des relations incestueuses avec sa fille de 10 ans et son fils de 9 ans. La mère, qui était consciente des activités sexuelles du père, et le fils furent tous deux hospitalisés pour des événements psychotiques. Meiselman (1978) décrit brièvement un adulte alcoolique définissant l’inceste père-fils et les hospitalisations répétées de sa mère pour des troubles psychotiques comme traumatisme à un jeune âge. Les signalements d’inceste père-fils sur des enfants de très jeune âge pourraient aussi indiquer la présence d’une pathologie sévère chez le père. Par exemple, Dixon, et al. (1978) décrivent deux cas dans lesquels l’un des enfants avait seulement 2 ans, et l’autre 4 ans.

Dans les cas décrits ci-dessus, il n’y a pas de preuve de pédophilie homosexuelle impliquant le père dans des activités sexuelles avec des enfants en dehors du cadre familial. Edwards (1972) mentionne le cas d’un médecin qui, avant son mariage, avait eu un contact sexuel avec le fils de 4 ans d’un ami. Son mariage était tendu dès le départ et après la naissance de ses trois fils, il devint sexuellement actif avec eux (âge du début des activités non indiqué) et continua pendant plusieurs années. L’activité sexuelle consistait à frotter son pénis sur les fesses des garçons jusqu’à ce qu’il atteigne l’orgasme. La mère était au courant de ce qui se passait depuis deux ans et dénonça les faits au moment où le père demanda à l’aîné de le pénétrer par voie anale.

DISCUSSION

Les attitudes et comportements des pères ayant des contacts sexuels avec un ou plusieurs fils varient considérablement. Associée à des données incomplètes dans la plupart des cas, l’analyse est d’autant plus limitée. Malgré tout, la comparaison de ces cas avec de nombreux rapports cliniques d’inceste père-fille, souvent bien recherchés, permet de fournir des contrastes qui mènent vers des questions pour une future exploration de la nature de l’inceste père-fils.

Inceste père-fille

Les études cliniques de l’inceste père-fille se concentrent principalement sur la famille en tant que système et sur les personnalités des membres de la famille impliqués, pour analyser les dynamiques du comportement déviant. Dans l’examen de ces études, Taubman (1984) parle du comportement familial et du comportement de chaque membre de la famille. Dans le premier cas,

L’éloignement des parents sur le plan sexuel, l’éloignement et l’inversion des rôles entre les mères et les filles, ainsi qu’un niveau de stress psychosocial élevé sont souvent trouvés au sein des familles incestueuses; (p.37)

alors que des besoins de dépendance insatisfaits et une faible estime de soi sont à la base des traits de caractère, et par lesquels

les pères incestueux, par exemple, sont souvent autoritaires, dépendants, infantiles, ou encore généralement irresponsables. Dans les familles incestueuses, les mères sont souvent faibles et soumises, frigides, aux mœurs légères, ou alors indifférentes aux besoins des autres, et les filles victimes d’inceste ont souvent peur d’être rejetées ou abandonnées, transmettent un genre de soi-disant réciprocité, utilisent un comportement séducteur pour gagner l’attention ou l’affection de quelqu’un, et ressentent le besoin de sauver leur famille, en particulier le père. (p.38)

Il n’y a, bien entendu, pas de lien de cause à effet direct entre ces facteurs et l’inceste consommé, mais de nombreux experts pensent que ces facteurs génèrent des niveaux de stress élevés avant le début des actes incestueux.

Une étude bien connue sur l’inceste, réalisée par Justice et Justice (1979), décrit ce profil. Les comportements de 112 familles dans lesquelles il y avait eu inceste ont été analysées pour déterminer les dynamiques de personnalité et familiales (cinq cas d’inceste père-fils ont été identifiés, mais l’historique de ces cas n’a pas été rapporté). Il a été conclu que les pères pouvaient être divisés en quatre groupes : (1) personnalités symbiotiques, (2) personnalités psychopathiques, (3) personnalités pédophiles et (4) autres, y compris ceux dont la pratique fait partie de la culture locale. Par exemple, Dr. Bert Weinblatt (communication personnelle) signala à cet auteur un contact thérapeutique bref avec un patient de sexe masculin, qui avait grandi dans une grande famille des Appalaches, qui avait séduit et maintenu une relation sexuelle avec son père.

Le père symbiotique était de loin le type identifié le plus commun. Il se tournait vers sa fille à la recherche de qualités maternelles, d’amour et de confort. Les auteurs identifièrent plusieurs sous-types dont l’ « introverti » qui est socialement isolé et qui confère ce style à toute la famille; celui « qui rationalise » et qui justifie son activité sexuelle avec sa fille en disant qu’il lui montre ce qu’est « l’amour »; le « tyran » qui applique une discipline stricte au sein de la famille et qui utilise l’intimidation pour gagner l’affection de sa fille; et l’ « alcoolique » qui se sert de la boisson pour faciliter le rapprochement avec les autres. Dans ces cas, les relations maritales sont tendues et les performances de la mère dans son rôle sont devenues dysfonctionnelles.

Profil symbiotique

Dans l’examen des cas d’inceste père-fils, certains pères montraient un investissement émotionnel positif vis-à-vis de leurs fils. Un profil de relation « symbiotique » entre le père et le fils ne ressort pourtant pas dans la description des cas. Il n’y a aucune preuve que ces pères aient été à la recherche d’un soutien affectif auprès de leurs fils. Bien que la plupart des cas ne fournissent que des renseignements limités sur les dynamiques d’interaction au sein de la famille, dans les cas où la relation à trois entre le père, la mère et le fils est décrite, le comportement incestueux du père semble ne pas être lié à la qualité du rapport conjugal. La seule exception possible serait dans les cas présentés par Medlicott (1967), mais sa conclusion selon laquelle l’inceste père-fils pourrait avoir été motivé par le désir du père de se venger contre sa femme n’est pas soutenue par des preuves.

Dans les cas où il y avait des preuves que le père avait des sentiments positifs envers son fils, le fils était arrivé à un âge où la puberté aurait pu avoir débuté (ce facteur n’a pas été mis en évidence dans la plupart des exemples). Justice et Justice (1979) suggèrent que la maturité sexuelle de la fille ferait partie des changements au sein de la famille qui pourraient accroître le risque d’inceste. Dans une étude réalisée sur 78 cas d’inceste en Allemagne, Maisch (1972) a découvert un lien étroit entre les signes de maturité biologique et l’âge de la victime au début de l’inceste. Par conséquent, le début de la puberté chez le fils pourrait être un facteur applicable dans certains cas d’inceste père-fils.

Ce qui pourrait distinguer les cas d’inceste père-fille identifiés comme étant « symbiotiques » par Justice et Justice, des cas d’inceste père-fils dans lesquels le père semble avoir un attachement positif avec son fils, qui n’est cependant que temporaire, est le fait que ce père cherche à assouvir des besoins sexuels que sa femme est incapable de satisfaire. De plus, en raison de la stigmatisation sociale, certains de ces pères semblent avoir peur d’exprimer ou d’accepter leur homosexualité en dehors de leur domicile, comme, par exemple, les pères décrits par de Young (1982).

Profil psychopathique

Les cas rapportés par Bender et Blau (1937) et Dixon, et al.(1978) décrivent des pères avec des traits de personnalité qui seraient définis comme étant « psychopathiques » par Justice et Justice (1979). Ils agressèrent sexuellement et physiquement leurs fils et leurs filles et semblaient agir sans retenue morale avec l’ensemble des membres de la famille. Le contact sexuel initial avec les fils tout comme les filles avait lieu avant la puberté. La question se pose donc de savoir pourquoi ils ont choisi un enfant qui n’était pas mature sexuellement. Ce choix peut tout simplement être basé sur la disponibilité d’un enfant, quel que soit son âge. De plus, alors qu’ils évaluent les faiblesses de ceux qui pourraient être exploités, les pères pourraient se diriger vers les filles qui ont assimilé des coutumes culturelles de soumission vis-à-vis de l’homme, et vers les fils qui sont trop jeunes, immatures, et faibles physiquement pour résister.

Bien qu’il y ait peu de références au comportement psychopathique dans l’inceste père-fils dans la littérature clinique, des études sur les violences sexuelles sur mineurs indiquent que ce type de père serait commun. Il convient de noter que l’âge moyen des victimes d’inceste père-fils est inférieur à l’âge moyen dans l’inceste père-fille, selon l’analyse (à paraître) de Finkelhor des données du Centre national de la violence et des négligences à l’égard des enfants. En outre, il est moins probable que les garçons soient seuls à subir des violences, surtout lorsque l’agresseur est un parent. Dans 65% des rapports, la fille est l’unique victime, alors que 65% des garçons subissent des sévices avec une autre victime, qui est généralement une sœur plus âgée. Étant donné que le comportement pansexuel est caractéristique des pères jugés « psychopathiques », ces statistiques pourraient amener à penser qu’un pourcentage plus élevé de garçons seraient agressés sexuellement par ce type de père par rapport aux filles.

DÉCLARATION DES CAS

Le nombre de déclarations de violences sexuelles sur les garçons auprès des agences publiques est nettement inférieur à celui des filles. Finkelhor (à paraître) a examiné plusieurs enquêtes générales et des études cliniques, et a découvert que les enquêtes générales mettent en évidence des taux élevés de violences sur sujets de sexe masculin, ce qui mène à penser que les sévices sexuels sur garçons ne sont pas rendus publics proportionnellement à leurs incidences, et les services professionnels fournis se sont pas non plus de même ampleur que pour les violences sexuelles sur jeunes filles. Il a également ajouté que la violence sur les garçons est sous-déclarée en raison de facteurs sociaux et culturels, tels que le principe masculin d’autonomie, et de la peur de l’enfant se perdre son indépendance et de voir ses activités restreintes s’il dénonce l’incident. D’autre part, toutes les études indiquent que la plupart des sévices sur garçons sont menés par un partenaire de même sexe, d’où l’émergence d’une double stigmatisation avec la violation des normes hétérosexuelles et l’interdiction d’avoir un enfant comme partenaire sexuel.

Si l’agresseur de l’enfant de sexe masculin est le père de l’enfant, il est possible que le tabou de l’inceste accroisse encore plus la réticence de l’enfant à déclarer l’événement. Le cas suivant illustre bien ce type de situation.

À 36 ans, Christopher débuta une psychothérapie. Il y mit fin après quelques sessions en expliquant qu’il « n’avait plus rien à dire ». Deux ans plus tard, il suivit un cours d’entraînement à l’assertivité et reprit le traitement avec cet auteur. Il décrivit une « impasse » qu’il avait vécue par rapport aux autres qui se traduisait par son retrait dès lors qu’il ressentait le besoin d’exprimer un sentiment. Au cours de la sixième session, tout en exprimant des sentiments de panique et de peur, il déclara que son père l’avait forcé à des actes sexuels (masturbation et contacts oraux-génitaux) entre 6 et 10 ans. Cette pratique prit fin lorsqu’il menaça son père de révéler les événements. Il n’avait jamais divulgué cette information à qui que ce soit auparavant. Il avait une seule sœur, plus jeune que lui, qui avait un handicap physique depuis la naissance et qui fut hospitalisée brièvement pour troubles mentaux tard dans l’adolescence. À ce qu’il sache, son père ne l’avait jamais agressée sexuellement. Bien que des preuves circonstancielles aient semblé mettre en évidence le comportement déviant du père envers son fils, la mère les ignora. Les deux parents, qui étaient alliés dans toutes les problématiques, traitaient Christopher de manière sadique : le père le battait gravement « avec un sourire sur son visage » dès lors qu’il refusait ses avances sexuelles, et la mère le dénigrait et l’appelait fréquemment par le nom du chien de famille. Cette famille de la classe moyenne supérieure résidait dans une communauté riche où il y avait beaucoup de ressources sociales et récréatives. Christopher passait autant de temps que possible loin de la maison en participant aux activités des clubs sociaux et sportifs. Pendant son adolescence, il eut plusieurs contacts homosexuels avec un cousin de son âge. À l’université, il sortit avec plusieurs femmes mais, après obtention de son diplôme, il n’eut plus que des activités sexuelles avec des hommes et il poursuivit une carrière de sportif professionnel. Lorsqu’il débuta sa thérapie, il venait de rompre une relation amoureuse de cinq ans avec un homme. Les révélations du patient concernant son « secret » produisaient des fantasmes où il se voyait être puni, ou sinon détruit, ou, comme cela avait été le cas pour son père, pris de démence (le patient avait été informé par sa mère que son père avait été diagnostiqué comme « dangereusement psychopathique » par un médecin d’entreprise au moment de partir en retraite).

Il est évident que Christopher avait dû peser les gains et les pertes en cas de dénonciation des violences subies par son père aux autorités publiques alors qu’il vivait encore avec sa famille. Qui pourrait croire que son père, un homme dont la carrière professionnelle était accomplie et qui était marié à une femme qui fréquentait régulièrement d’autres femmes au sein de la communauté, avait commis un inceste? Est-ce que son père, un homme violent, se vengerait et comment? Ses activités à l’extérieur de la maison seraient-elles restreintes? Que diraient ses pairs, ses enseignants et les autres s’ils étaient au courant de ses circonstances? Ainsi, un enfant dans une telle situation se retrouve face à un dilemme extrêmement profond.

Le fait que les garçons soient peu disposés à signaler tout type d’agression sexuelle se reflète dans une étude réalisée par Landis (1956). Seulement 16,5% des garçons victimes de sévices sexuels signalent le (les) incident(s) à leurs parents par rapport à 43% des filles victimes. Dans les cas d’inceste homosexuel, de nombreux auteurs d’études sur l’inceste père-fils décrivent une forte réticence de la part du fils à parler aux autres de sa relation avec son père. Le patient décrit par Caprio (1955), par exemple, relata par écrit la relation qu’il avait avec son père à son thérapeute.

CONSÉQUENCES DE L’INCESTE

Les études de suivi des cas d’inceste signalés sont rares. Bender et Grugette (1952) rassemblèrent des données en 1951 sur des cas de sévices sexuels sur mineurs rapportés par Bender et Blau (1937) en 1937. Ils conclurent que le comportement sexuel délibéré que ces enfants avaient vécu, y compris l’inceste père-fils et père-fille, n’était pas synonyme de dysfonction à l’âge adulte, en particulier liée à une victimisation précoce. En revanche, des études effectuées sur des adultes impliqués dans certains types de comportement sexuel déviant, tels que les violences sexuelles sur mineur ou la prostitution, suggèrent qu’un pourcentage élevé de la cohorte a été victime de sévices sexuels pendant l’enfance. Par exemple, une étude réalisée par Silbert et Pines (1983) auprès de prostituées a déterminé que 60% des sujets avaient été exploitées lorsqu’elles étaient mineures, bien souvent par leurs pères ou des membres de la famille. Dans son étude impressionniste sur la prostitution des garçons aux États-Unis, Lloyd (1976) observa que ces garçons avaient une faible estime de soi et qu’ils avaient souvent été élevés dans des maisons où ils avaient été victimes de violences physiques et sexuelles. Un exemple d’inceste père-fils est signalé. Peu d’informations sont disponibles quant à la prédisposition des garçons vers une orientation homosexuelle suite à un contact sexuel avec un adulte de sexe masculin. Dans une étude sur des étudiants universitaires, Finkelhor (1981) découvrit que les garçons victimes de violences sexuelles commises par des hommes plus âgés avaient quatre fois plus de chances que leurs pairs qui n’avaient pas subi de sévices d’être impliqués actuellement dans une activité homosexuelle. Une étude récente de Bell et Weinberg (1981) indique cependant que seulement 5% des hommes homosexuels déclarent avoir eu des expériences sexuelles avec des adultes pendant leur enfance. En outre, la littérature actuelle sur le comportement homosexuel chez les adultes suggère que, dans de nombreux cas, il est ancré dans la petite enfance ou pourrait peut-être même être d’origine génétique.

Dans le cadre de leur comparaison des différents types d’inceste à caractère homosexuel, Kalow, et al. (1981) découvrirent que la prédominance d’une psychopathologie était plus importante dans les cas d’inceste père-fils que dans toutes les autres combinaisons à l’exception de l’inceste sœur-sœur. Ils définirent la psychopathologie comme tout signalement de psychose, dépression ou suicide chez chaque participant. Leur examen des cas d’inceste père-fils ne couvre pas tous les cas rapportés dans cet article, qui est pris pour acquis comme étant exhaustif. L’association de l’inceste père-fils avec une psychopathologie sérieuse semble cependant caractériser ce type d’inceste. Aussi, pendant la période de victimisation ou peu de temps après, le fils affiche souvent des comportements qui sont synonymes de troubles émotionnels graves. Par exemple, la tendance du fils d’un père abusif à avoir des accidents sembla menacer sa survie (Dixon 1978). Ces incidents comprirent notamment une blessure par balle dans la poitrine infligée délibérément par un ami, des brûlures après avoir menti sur un registre, la chute d’un toit, et un ensemble de blessures aux mains et aux genoux.

Il est possible de supposer que l’inceste père-fils pourrait, à court terme, être à l’origine d’un stress pour l’enfant qui compromettrait le développement de son identité et de son estime de soi alors qu’il essaie de naviguer parmi les tabous de l’inceste et de l’homosexualité. On demande au garçon de jouer un rôle qui est inapproprié pour son âge. Il est conscient des normes culturelles prescrites concernant la masculinité mais celles-ci sont remises en cause par le comportement de son père. Il doit réévaluer sa relation avec les membres de sa famille, en particulier sa mère, avec qui ses liens pourraient être menacés.

CONCLUSIONS

Comprendre les interactions entre les facteurs intrapsychiques et environnementaux dans le cadre de l’inceste, et d’autres problèmes de la vie, aide à guider les diagnostics et traitements professionnels. L’analyse des circonstances de l’inceste donne des indices sur les antécédents psychosociaux et la personnalité du père impliqué sexuellement avec son fils, et est un facteur dominant, alors que l’interaction dysfonctionnelle de la famille semble aussi être un élément-clé dans l’inceste père-fille. Les cas d’inceste père-fils présentés indiquent que certains pères agissent sur des impulsions à caractère pansexuel; d’autres pères poursuivent des motivations homosexuelles. Ces découvertes suggèrent des approches différentes dans la mise en place d’interventions.

Les pères qui démontrent un comportement psychotique ou associé à des troubles de personnalité sociopathique sont également enclins à agir de manière impulsive ou destructrice dans la sphère non sexuelle de la vie familiale. Par conséquent, l’inceste ne représente qu’un aspect parmi tant d’autres du dysfonctionnement familial. En comparaison, les pères qui agissent sur des impulsions homosexuelles semblent plus stables sur le plan émotionnel et affichent des valeurs plus conventionnelles comme, dans certains cas, l’homophobie. Ces hommes semblent être socialement isolés, incapables de négocier leurs besoins au sein et à l’extérieur du cadre familial. Dans certains cas, des antécédents d’inceste sur plusieurs générations, avec leurs propres pères ou d’autres membres de la famille, représentent un facteur qui pourrait isoler l’acte incestueux, dissipant ainsi la stigmatisation sociale. Il est essentiel que ces pères et leurs fils aient accès à une assistance professionnelle libre de tout jugement, qui leur permettra de résoudre les problématiques liées à l’orientation sexuelle et de gérer d’une manière moins dysfonctionnelle les composantes érotiques qui existent dans les interactions entre membres de la famille. La thérapie familiale pourrait aussi être nécessaire pour aider tous les membres de la famille à surmonter les conséquences de l’inceste père-fils.

L’inceste sur le fils donne souvent lieu à de graves pathologies pendant la période où le contact sexuel se déroule ou par la suite. Des directives récentes des Services Publics de la Santé pour les professionnels concernés par les violences sexuelles sur mineur affirment que la plupart des professionnels pensent que l’enfant sera mieux protégé si ce type de cas est traité par procédure judiciaire (Thomas, et al., 1985). La comparaison entre l’inceste père-fille et l’inceste père-fils indique cependant que ce dernier est dû au comportement du père qui cherche à régler ses propres conflits sexuels et est généralement de plus courte durée (de Young, 1982). De nombreux cas ne sont portés à l’attention des professionnels et des autorités que bien après que le comportement incestueux ait cessé. Cela suggère que les programmes d’éducation publique et de formation des représentants publics et des professionnels devraient être mis en place pour contrer l’homophobie En créant une plus grande tolérance sociale, les individus et les familles auront peut-être moins peur de demander de l’aide lorsque l’inceste potentiel ou existant entre les pères et les fils émerge.

Source : Article extrait de Clinical Social Work Journal

Vol. 16, No. 2, Été 1988 – Dr. Mark Williams

Traduction de courtoisie par Sonia Erraud