cerveau

POURQUOI LES PERSONNES PRÉSENTANT UN SSPT COMPLEXE ÉVITENT LE CONTACT VISUEL

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tspt

Une étude de Lanius et al. a été menée afin de comprendre pourquoi de nombreuses personnes atteintes du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), y compris celles qui souffrent de SSPT complexe, trouvent souvent cela affreusement inconfortable quand les codes du savoir-être les oblige à avoir un contact visuel avec une autre personne. (J’ai moi-même tenté une fois de contourner ce problème en achetant des lunettes beaucoup trop fortes pour moi, de sorte que, lorsque les normes sociales exigeaient un contact visuel, tout ce que mes yeux percevaient était un brouillard non menaçant et réconfortant)

Revenons à l’expérience de Lanius et al :

L’expérience s’est déroulée en deux groupes :

1) des survivants de traumatisme chronique

2) des participants “normaux”


En quoi consistait l’expérience ?

Les participants des deux groupes ci-dessus ont été soumis à des scans du cerveau tout en ayant un contact visuel avec un personnage vidéo de manière à reproduire un contact en face à face dans la vie réelle.

Quels résultats pour cette expérience ?

Dans le cas des participants ” normaux ” (c.-à-d. ceux qui n’avaient PAS subis de traumatisme important), le contact visuel simulé avec le personnage vidéo a provoqué une activation d’une partie du cerveau, connue sous le nom de CORTEX PRÉFRONTAL.

PAR CONTRE : Dans le cas des survivants de traumatisme chronique, le même contact visuel simulé avec le personnage vidéo n’a PAS provoqué d’activation du CORTEX PRÉFRONTAL. Les scans ont révélé qu’en réponse au contact visuel simulé, la partie du cerveau des survivants de traumatismes chroniques qui ÉTAIT ACTIVÉE était la partie primitive (située au plus profond du cerveau émotionnel) connue sous le nom de GRIS PERIAQUEDUCTAL.

INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS :

Le cortex préfrontal nous aide à juger et à évaluer une personne lorsque nous établissons un contact visuel, afin de déterminer si ses intentions semblent bonnes ou mauvaises.

Cependant, la zone grise périaqueductale est associée à des RÉPONSES AUTO-PROTECTRICES comme l’hypervigilance, la soumission et la fuite.

Par conséquent, nous pouvons en déduire que les personnes atteintes de SSPT ou de SSPT complexe peuvent avoir de la difficulté à établir un contact visuel parce que leur cerveau a été affecté négativement, à la suite de leurs expériences traumatiques, de telle sorte que, lorsqu’elles établissent un contact visuel avec une autre personne, l’étape ” évaluation ” de l’interaction (normalement effectuée par le cortex préfrontal) ne se produit plus, et leur cerveau, par l’activation de la zone periaqueductale, provoque une réponse de frayeur exacerbée.

Cela constitue un autre exemple de la façon dont les traumatismes graves et prolongés de l’enfance peuvent nuire au développement physique du cerveau.

Lien : Étude de Lanius et al.

#sspt#ssptcomplexe#cortexpréfrontal#grisperiaqueductale

Traduit par courtoisie : Childhood Trauma Recovery

Antidépresseur.

Vers un usage thérapeutique du MDMA

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drogue thérapeutique

L’homologation de la psychothérapie par MDMA pour le SSPT irait à l’encontre de l’image de drogue récréative.

Les arguments sur les bienfaits et les risques de la 3,4-méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA) comme médicament thérapeutique durent depuis des décennies, une partie de ping pong intellectuelle qui ne semblait jamais prendre fin. Mais un éminent chercheur sur les psychédéliques estime que la fin de l’année 2021 devrait marquer le passage de la MDMA du statut de drogue récréative vers celui de médicament prescrit légalement.

La phase 3 de la recherche sur la psychothérapie par MDMA pour le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) a débuté en novembre dernier, et le Dr Rick Doblin ne se heurte plus aux objections passées qui ont fait stagner les progrès vers une utilisation thérapeutique du MDMA.

“Nous nous concentrons sur le syndrome de stress post-traumatique, dont souffrent beaucoup d’anciens combattants “, a déclaré le Dr Doblin, fondateur et directeur exécutif de la MAPS. “Les données montrent que 20 vétérans se suicident chaque jour. Les antidépresseurs ISRS ne fonctionnent pas bien avec ce type de groupe. Il y a un énorme vide à combler, et ces gens sont hautement estimés.”

Cette année, lors du Psych Congress, le Dr Doblin présentera une session sur le processus de développement de médicaments du MDMA et les considérations pratiques pour l’intégration du médicament dans le traitement de la santé comportementale. La décision de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis d’accorder le statut de Traitement Révolutionnaire à la psychothérapie assistée par la MDMA a accéléré le processus qui a commencé avec des études exploratoires il y a presque 20 ans.

Des chercheurs comme le Dr Doblin, qui sont convaincus que la MDMA a de multiples usages dans les soins médicaux et dans le développement personnel, ont vu leur cause entravée à plusieurs reprises au fil des ans, comme en 1985 lorsque la Drug Enforcement Administration (DEA) a décidé en urgence de déclarer cette drogue illégale. Les théories sur son potentiel thérapeutique dans les années 1970 avaient cédé la place aux préoccupations concernant l’utilisation de la MDMA (nom argot: Ecstasy) par les jeunes pour leurs soirées nuits blanches.

“C’était une drogue thérapeutique avant d’être une drogue festive”, a déclaré le Dr Doblin, qui a cherché au cours de sa carrière à développer des contextes juridiques pour un usage bénéfique des psychédéliques et de la marijuana, principalement comme médicament mais aussi pour un développement personnel dans une population essentiellement en santé. La MDMA a été utilisée par le passé dans le cadre de thérapies de couple et pour soulager l’anxiété de mort chez les patients atteints de cancer, explique-t-il.

Lorsque dans les années 1990, le National Institute on Drug Abuse (NIDA) a déclaré qu’il appuyait la reprise de la recherche humaine sur le potentiel thérapeutique de la MDMA, peu ont cru qu’une entité se permettrait de faire ce que les compagnies pharmaceutiques n’ont pas fait en raison du manque des protection par brevet d’un médicament inventé plus de 100 ans auparavant. “Ils ne pensaient pas au MAPS,” dit le Dr Doblin.

Il a ajouté que la recherche a toujours cherché à tester le médicament parmi les patients dont les troubles étaient les plus problématiques. Les patients de la Phase 2 avaient reçu un diagnostic de SSPT depuis 19 ans en moyenne, a-t-il précisé. Et dans la Phase 3 de la recherche, pour laquelle les sponsors ont fait un don de $34 millions, un binôme homme/femme composé d’un psychiatre, ou d’un praticien agréé, et d’un étudiant travaille avec chaque patient atteint de SSPT.

“C’est une équipe qui fonctionne bien et qui ressemble aux bons parents que beaucoup de ces patients n’ont pas eus,” dit le Dr Doblin.

La psychothérapie assistée par MDMA est dispensée en trois séances de 8 heures espacées d’un mois. Les participants reçoivent le traitement, séjournent une nuit dans le centre de recherche et suivent une séance de 90 minutes le lendemain pour intégrer ce qu’ils ont appris le jour précédent.

La première de ces 3 séances consiste à administrer la MDMA à raison de 80 mg, suivie d’un dosage de 40 mg deux heures plus tard. La deuxième séance porte les deux dosages à 120 mg et 60 mg, et à la troisième séance, le dosage est basé sur la réponse des participants lors des séances précédentes. Le Dr Doblin est d’avis que la norme sera de 2 séances.

Les résultats les plus importants de la Phase 3 de la recherche seront la modification des symptômes du SSPT mesurés au moyen de l’échelle CAPS (Clinician-Administered PTSD Scale), la seule qui soit validée par la FDA pour évaluer un traitement médicamenteux pour le SSPT, dit le Dr Doblin.

Le Dr Doblin indique qu’à la mi-juin 2019, environ 30 des 200 participants prévus pour la Phase 3 de la recherche étaient déjà inscrits.L’équipe de recherche négocie actuellement une extension d’accès qui permettrait à un plus grand nombre de patients d’avoir accès à la psychothérapie assistée par MDMA le temps que la phase 3 avance, et ce avant que l’approbation finale soit donnée. “D’ici fin 2019, nous devrions être en mesure d’ouvrir des cliniques à accès étendu “, a déclaré le Dr Doblin.

MAPS prévoit que les traitements psychothérapeutiques avec MDMA bénéficient de l’approbation de la FDA d’ici la fin 2021.

Le Dr Doblin s’attend à devoir examiner de nombreux aspects suite à l’approbation de son usage lors de son exposé au Congrès de psychologie, notamment la Stratégie d’évaluation et d’atténuation des risques (REMS) qui régirait l’utilisation de la MDMA et les exigences de formation pour les personnes chargées de la thérapie assistée par médicaments.

Il a dit avoir observé un changement de mentalité à l’égard des psychédéliques au sein d’une grande partie de la profession médicale.

“Je vois beaucoup de jeunes psychiatres et d’internes qui souhaitent s’impliquer ; ils sont fascinés par cela,” dit le Dr Doblin. “Il y a un énorme épuisement professionnel chez les psychiatres, qui sont las de passer seulement 15 minutes avec un patient et de devoir sans cesse ajuster leur médication, tel un simple employé de l’industrie pharmaceutique. Il y a un désir ardent d’aller au-delà de cela.”

– Gary Enos

UN APERÇU DU CONGRÈS DE PSYCHOLOGIE:

La psychothérapie assistée par MDMA pour le SSPT : Vers la phase 3 et au-delàJEUDI 3 OCTOBRE | 17 H 30 – 18 H 30

Cette rencontre explorera le procédé de développement de médicaments de la FDA pour la psychothérapie assistée par MDMA pour le SSPT, y compris le mécanisme d’action du médicament, le statut des études cliniques, la réglementation qui suivra son homologation et la formation requise chez les prescripteurs. Le Dr Doblin proposera un cadre historique de l’évolution de la MDMA en tant qu’intervention thérapeutique potentielle pour les patients qui n’ont pas obtenu de résultats optimaux avec les traitements classiques.


Traduit par courtoisie de Psychiatry and Behavioral Health Learning Network

Dissociation

Techniques de neuro-imagerie et Traitement des troubles dissociatifs de l’identité

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traumatisme

Les techniques de neuro-imagerie permettent désormais de distinguer les cerveaux sains de ceux qui souffrent d’un trouble de la personnalité multiple – cela pourrait-il mener à un traitement des troubles dissociatifs de l’identité ?

Les techniques d’apprentissage automatique et de neuro-imagerie ont été utilisées pour déterminer avec précision, en fonction de la structure du cerveau, les personnes ayant un trouble dissociatif de l’identité et les personnes en bonne santé. Publiée dans le British Journal of Psychiatry, cette recherche pourrait aboutir à une amélioration de la thérapie et du traitement des troubles dissociatifs de l’identité.

Techniques de neuro-imagerie

Pour cette étude, l’IRM (imagerie par résonance magnétique) du cerveau a été effectuée sur 75 participantes, dont 32 avaient reçu un diagnostic confirmé de trouble dissociatif de l’identité et 43 étaient des témoins en parfaite santé. Les deux groupes ont été soigneusement appariés en fonction de leurs caractéristiques démographiques, notamment l’âge, le nombre d’années de scolarité ainsi que leur ascendance.En utilisant des techniques d’apprentissage automatique et de neuro-imagerie pour reconnaître les schémas dans les scanners du cerveau, les chercheurs ont pu différencier les deux groupes avec une précision globale de 73 %, soit un niveau de précision nettement supérieur à celui habituellement attendu.Cette étude, réalisée dans le cadre d’une étude d’imagerie cérébrale sur le trouble dissociatif de l’identité (TDA) et utilisant le plus grand échantillon à ce jour de personnes souffrant de ce trouble, est la première à démontrer que l’on peut distinguer les personnes TDA des personnes en bonne santé en fonction de la structure de leur cerveau.

La voie vers le traitement des troubles dissociatifs de l’identité

Le trouble dissociatif de l’identité, anciennement connu sous le nom de trouble de la personnalité multiple, est l’un des troubles de santé psychologique les plus débattus et controversés, ce qui pose des problèmes de diagnostic, mais surtout de mauvais diagnostics. De nombreux patients atteints de cette maladie ont en commun des années d’errance diagnostique, des traitements pharmacologiques inefficaces et de nombreuses hospitalisations.

Il s’agit du trouble dissociatif le plus grave, impliquant des états identitaires multiples et une amnésie récurrente. Les troubles dissociatifs peuvent survenir lorsque la dissociation est utilisée comme moyen de survie face à un traumatisme complexe et prolongé pendant l’enfance, lorsque le cerveau et la personnalité sont encore en développement.

Le Dr Simone Reinders, associée de recherche principale au département de médecine psychologique de l’Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience, King’s College , Londres, en Angleterre, a dirigé cette étude multicentrique. Reinders, commentant la recherche, a déclaré : “Le diagnostic de TDA est controversé et les personnes atteintes de TDA sont souvent mal diagnostiquées. Entre le moment où l’on cherche à obtenir un traitement pour les symptômes et le moment où l’on pose un diagnostic précis de TDA, les patients reçoivent en moyenne quatre diagnostics erronés et passent sept ans dans un service de santé mentale. Les résultats de notre étude sont importants puisqu’ils fournissent les premières preuves d’une base biologique permettant de distinguer les personnes atteintes de TDA des personnes bien portantes. Par conséquent, l’application de techniques de reconnaissance des schémas pourrait éviter des souffrances inutiles grâce à un diagnostic plus précoce et plus précis, facilitant des interventions thérapeutiques plus rapides et mieux ciblées.”


Source – Health Europa

amnésie dissociative

Le sommeil, les rêves et la dissociation

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La recherche scientifique a permis une nouvelle compréhension des symptômes dissociatifs et du trouble dissociatif de l’identité. Selon ”Association for Psychological Science”, une raison pour laquelle certaines personnes sont vulnérables à la dissociation réside dans la qualité de leur sommeil.

Dans une étude, des chercheurs ont empêché 25 volontaires en bonne santé de dormir pendant une nuit et ont constaté qu’ils ont eu beaucoup plus d’expériences dissociatives. Cela pourrait expliquer le lien entre traumatisme et dissociation, étant donné que les souvenirs traumatiques perturbent le sommeil.

Il existe deux grands types d’expériences dissociatives : celles qui résultent d’un déficit cognitif (amnésie dissociative) et celles qui impliquent une perte de sens du soi (dépersonnalisation, déréalisation, expériences hors du corps). Ces deux types d’expériences dissociatives peuvent, à leur tour, être liées à un trop grand afflux d’informations provenant de sources internes et externes. Le système cognitif est submergé par la quantité d’informations. La mémoire ne peut pas intégrer l’information qui ‘’flotte’’ et resurgit dans la conscience éveillée en fragments déconnectés.

Qu’est-ce qui cause cette surcharge d’information ?

La raison première peut être due à la défaillance du fonctionnement cérébral qui, normalement, doit intégrer ces nouvelles informations dans le système d’information existant. Ce système dépend du sommeil et des rêves. Ainsi, si le sommeil et les rêves sont perturbés, le système de traitement de l’information le sera aussi, et une surcharge d’information se produira.

Ceci, à son tour, peut être dû à plusieurs causes. Les traumatismes émotionnels (comme le SSPT), le stress, l’insomnie, les maladies physiques et toute une variété de problèmes peuvent venir perturber le sommeil. Et la perturbation du sommeil est associée à une augmentation quantitative de phénomène de dissociation.

Au fur et à mesure que la surcharge d’information augmente, l’individu se retrouve submergé et commence à s’effondrer, ce qui est bien sûr extrêmement effrayant. Des cauchemars se manifestent et lorsqu’ils ne sont pas intégrés, ils commencent eux aussi à s’immiscer dans la vie éveillée jusqu’à ce que la dépression s’installe.

L’intensité des rêves est un bon indicateur des tendances dissociatives. Les personnes très dissociatives se plaignent souvent de rêves plus intenses et d’expériences de sommeil inhabituelles. Les dissociations peuvent aussi être confondues avec des épisodes de somnambulisme, survenant dans des circonstances où ces personnes demeurent physiologiquement éveillées.

Les chercheurs ont constaté que même si les symptômes dissociatifs restent stables au cours de la journée, ils augmentent de façon significative pendant la nuit.

La fréquence des expériences dissociatives signalées pendant la journée a été corrélée à la fréquence de paralysie du sommeil et à l’intensité des hallucinations. L’hypothèse est donc que les perturbations du cycle sommeil-éveil peuvent causer et même favoriser le phénomène de dissociation.

En partant de l’hypothèse que la privation de sommeil et d’autres perturbations du cycle sommeil-éveil entraînent des intrusions dissociatives du phénomène du sommeil en état de veille, lors d’une étude clinique, une amélioration de la qualité du sommeil et des symptômes narcoleptiques a entraîné une baisse significative du degré de dissociation .

Selon van der Kloet et al, le traitement des dysfonctions du sommeil peut réduire le nombre de cas de dissociation. Il faut donc concevoir des méthodes qui peuvent restaurer l’architecture du sommeil ainsi qu’un sommeil de haute qualité. Mettre en place une bonne hygiène du sommeil y contribue grandement.

Sources – The complex interrelationship between dissociation and anomalous sleep experiences Everton de Oliveira Maraldi

Association for psychological science

Psychology today

Dépression et anxiété

LE LIEN INCROYABLE ENTRE LA NATURE ET VOS ÉMOTIONS

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nature

DE PLUS EN PLUS ÉTUDES SUGGÈRENT QUE LA NATURE AGIT DE FAÇON ESSENTIELLE SUR NOTRE SANTÉ MENTALE.

Il y a 35 ans, un jeune chercheur de l’Université du Delaware a mené une étude remarquable. Souffrant d’une maladie rénale depuis son enfance, il a passé son enfance dans des hôpitaux “lugubres, parfois brutaux”. Roger Ulrich s’est intéressé aux moyens d’améliorer “l’environnement dans lequel on traite les patients”. Il a voulu tester l’influence potentielle d’un vieil ami qui lui avait apporté du réconfort dans son enfance : un pin solitaire qu’il pouvait voir à travers la fenêtre de son lit de malade. “Je pense que voir cet arbre m’a aidé dans mon état émotionnel “, se souvient-il lors d’une entrevue des décennies plus tard.

Cette petite étude donna naissance à des milliers d’autres – et à tout un mouvement dans l’architecture. Ulrich a réussi à trouver un service hospitalier où, pendant des années, les patients se rétablissaient d’opérations de la vésicule biliaire dans des chambres identiques, donnant soit sur un petit îlot d’arbres caducs, soit un mur en brique. Après avoir consulté 10 ans de dossiers médicaux, Ulrich a constaté que les patients qui avaient une vue sur les arbres s’en sortaient beaucoup mieux que les malheureux patients qui n’avaient qu’un mur à regarder, même si leurs cas étaient identiques. Ceux qui avaient une meilleure vue depuis leur fenêtre prenaient moins d’analgésiques et étaient, selon leurs infirmières, de meilleure humeur. En moyenne, ils quittaient l’hôpital un jour plus tôt que les autres.

Depuis, nous avons beaucoup appris sur la nature et le cerveau. Après les travaux fondateurs d’Ulrich, plus de 100 études ont porté sur les bienfaits potentiels pour la santé mentale de l’exposition à des stimuli naturels. D’après ces études, dont beaucoup sont mineures et imparfaites, nous pensons que des stimuli naturels non menaçants (par opposition, par exemple, à un éclair) peuvent jouer un rôle profond dans la régulation de notre système nerveux autonome. Les milieux naturels qui, selon Ulrich, sont ” favorables au bien-être ou à la survie ” semblent indiquer à notre cerveau qu’il est temps de faire une pause, nous permettant de désamorcer notre système combat / fuite, de reconstituer nos ressources et de nous rapprocher des bonnes choses, comme la nourriture, la convivialité. Plus précisément, nous avons appris que la nature a tendance à réduire les niveaux de circulation des hormones du stress (adrénaline et cortisol) et de l’immunoglobuline A, le marqueur inflammatoire. Elle est également associée à une tension artérielle plus basse, une amélioration des “affects” (ou expériences émotionnelles à court terme), une perception plus atténuée des événements stressants et une plus faible intensité de dépression et d’anxiété à court terme. Nous semblons aussi avoir moins tendance à ruminer après avoir passé du temps dans la nature, un phénomène assez marqué pour apparaître dans l’activité neuronale pendant les scanners du cerveau.

Mais bien que fascinante, ces preuves ont laissé une question fondamentale sans réponse : L’exposition à la nature améliore-t-elle réellement et durablement notre santé mentale ? Deux nouvelles études marquantes ont, en partie, aidé à répondre à cette question.

Imaginez que le jour de votre naissance, on vous a attribué un code personnel, un peu comme un numéro de sécurité sociale. Vous avez utilisé ce code pour vous inscrire à l’école, consulter votre médecin, remplir une ordonnance, payer vos impôts, vous marier, divorcer. Mais contrairement à un numéro de sécurité sociale, ce code suivait chacun de vos mouvements, inscrit dans un système massif de registres de données imbriqués qui pouvaient dévoiler à un chercheur presque tout ce qu’il voulait savoir sur votre vie. Un tel système d’identification personnelle est la pratique courante dans les pays nordiques, où le gouvernement fournit un large réseau de services à ses citoyens et fait le suivi de leur santé, de leurs besoins et de l’utilisation des services publics. Cette année, les chercheurs danois ont utilisé ce système pour réaliser l’étude d’observation la plus vaste et la plus complète jamais entreprise sur la santé mentale et l’environnement : un million de jeunes adultes, soit toute personne née au Danemark de 1985 à 2003 et y vivant encore à leurs dixième anniversaire.

L’équipe de recherche, dirigée par Kristine Engemann et Jens-Christian Svenning de l’Université d’Aarhus, a combiné des données à long terme sur les diagnostics de troubles mentaux provenant du Registre central de recherche psychiatrique danois (qui recense les soins psychiatriques des patients hospitalisés et externes) avec des données sur le terrain tirées d’imagerie satellite sur de nombreuses années. Ils ont ensuite cherché à savoir si les enfants élevés dans des maisons entourées de végétation, en particulier une végétation plus verdoyante, étaient en meilleure santé mentale quand ils atteignaient l’adolescence et devenaient de jeunes adultes.

Les chercheurs ont examiné 16 troubles mentaux distincts, allant de la schizophrénie et de la dépression à l’anorexie et aux troubles de la personnalité. En se basant sur des preuves antérieures, ils pouvaient s’attendre à ce que les taux de dépression ou d’anxiété soient plus faibles chez les enfants élevés dans des quartiers plus verts. Comme ils l’ont indiqué dans les rapports de l’Académie Nationale des Sciences en mars, ils ont constaté, à leur grande surprise, que les enfants de quartiers plus verts étaient moins susceptibles de développer la quasi totalité des maladies mentales pouvant être diagnostiquées.

Comme ces régions ont tendance à être plus aisées, les auteurs ont ajusté leurs résultats en fonction des niveaux de vie des familles et des quartiers, en utilisant les abondantes données personnelles disponibles aux épidémiologistes travaillant au Danemark. Ils ont constaté que le lien restait significatif pour 14 des 16 maladies examinées. “Nous pensions qu’il y aurait peut-être une corrélation intéressante à l’intérieur d’une groupe de maladies,” dit Engemann. “Mais il y avait cette corrélation générale entre le fait d’être entouré par plus d’espaces verts dans l’enfance et un risque moindre développer des maladies.” Peu importe l’endroit où vivaient les enfants au Danemark ou la convivialité de leur quartier, dit-elle. “Ce n’était pas un phénomène localisé.”

En tout, 55% des enfants élevés dans les quartiers les moins verts étaient plus susceptibles de développer une maladie mentale que leurs pairs qui ont grandi dans les quartiers les plus verts, quels que soient leur statut social, leur niveau de vie du quartier ou leur antécédents en terme de maladie mentale.

“Il s’agit d’une étude très convaincante”, déclare Ben Wheeler, épidémiologiste au Centre Européen pour l’Environnement et la Santé Humaine, qui réalise des études à grande échelle sur la nature et la santé. “J’ai été assez surpris par l’ampleur des répercussions.” Il y a quelques années, Wheeler a participé à une étude similaire, quoique de plus petite envergure, au Royaume-Uni, dans le cadre de laquelle il a suivi la santé mentale de plus de 1 000 personnes qui avaient changé de lieu de résidence sur de nombreuses années. Son équipe a constaté que lorsque les gens vivent dans un environnement plus vert, ils se révèlent en meilleure santé psychologique et moins stressés psychologiquement, peu importe ce qui se passe dans leur vie ou dans leur quartier. La nouvelle étude danoise suggère que cette moins grande souffrance peut être mesurée à travers les maladies mentales qui ont été effectivement évitées. “Lorsque vous regardez les chiffres,” souligne Engemann, “cela représente un nombre assez important de cas chaque année.”

Bien sûr, la corrélation ne prouve pas la causalité. C’est là qu’intervient la deuxième étude, en observant cette fois les différences entre les personnes exposées à différents niveaux de verdure en modifiant concrètement l’environnement à l’échelle d’une ville.

Dans un essai comparatif aléatoire inédit, publié dans le Journal of the American Medical Association Network Open en juillet 2018, des chercheurs de plusieurs universités américaines, financés par les Instituts Nationaux de la Santé et les Centres en Prévention des Maladies, ont modifié le paysage urbain d’une ville pour voir si la qualité des espaces verts publics avait entraîné une évolution sensible dans la sécurité, le comportement criminel ou la santé mentale. “Nous avons présenté ce projet d’espaces et de lieux de la même manière qu’un essai aléatoire pour un nouveau médicament serait lancé”, se souvient Charles Branas, Directeur du département d’épidémiologie de la Mailman School of Public Health de l’Université Columbia, qui co-dirigeait le projet.

Branas et ses collègues ont sélectionné 541 terrains vides à travers la ville de Philadelphie et les ont répartis de façon aléatoire pour ne recevoir aucune intervention, être régulièrement ramassés et tondus ou pour être transformés en parcs ouverts, avec des arbres et une jolie petite clôture en bois. Des équipes d’enquêteurs, sans connaissance du projet d’intervention, ont été envoyées pour interroger les résidents aléatoirement avant et après la grande expérience.Près de 450 personnes ont été interrogées sur leur santé mentale. Une fois l’étude terminée, ses architectes ont constaté que les résidents des quartiers où les terrains été devenus verdoyants étaient en bien meilleure santé psychologique que ceux dont les terrains avaient simplement été nettoyés. Autour des parcelles vertes, le sentiment de ” dépression ” a chuté de 42 %, le sentiment d’être ” sans valeur ” de 51 % et le fait d’avoir une ” mauvaise santé mentale ” de 63 %.

“Il s’agit d’une découverte importante “, affirme Eugenia South, auteure principale de l’étude, Docteur en médecine d’urgence au Presbyterian Medical Center de Philadelphie et à l’University of Pennsylvania. “C’est la première étude qui montre que changer l’environnement peut changer la façon dont les gens se sentent et améliorer leur santé mentale.” Elle ajoute que les résidents interrogés n’étaient pas toujours conscients qu’un changement s’était produit dans leur quartier, ce qui laisse présumer que la nature peut vous être bénéfique même si vous n’en êtes pas conscient.

Pour l’instant, ces études récentes fournissent des preuves suggestives mais convaincantes des effets durables de la nature sur notre santé mentale. Mais il reste encore un mystère : comment cela nous calme précisément. La magie vient-elle de la réduction autonome du stress, du fait d’avoir un endroit où rencontrer des gens et devenir actif, ou simplement de voir quelque chose de beau tous les jours ? “Nous ne le savons toujours pas “, dit Kathleen Wolf, une sociologue de l’Université de Washington qui étudie ce phénomène depuis des décennies. Alors que ses jeunes collègues disent de ces nouvelles études qu’elles “changent la donne”, elle ne peut que secouer la tête avec stupéfaction devant la reconnaissance et le financement que ce domaine de recherche obtient enfin.

Mais les questions qui subsistent ne devraient pas nous empêcher de profiter de cette ordonnance gratuite pour notre santé mentale en passant intentionnellement et régulièrement plus de temps dans un cadre naturel. Comme nous l’avons signalé dans le numéro de mai d’Outside, les médecins, les services de santé publique et même certains assureurs maladie ont décrété qu’ils n’ont pas besoin de plus de preuves pour agir. Beaucoup commencent à expérimenter l’utilisation du plein air dans le domaine de la santé . Peut-être devrions-nous aussi le faire.

Traduit par courtoisie depuis : Outside