Abus physique

Comprendre et traiter les survivants de l’inceste

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Les adultes qui ont été victimes de violence pendant leur enfance présentent un défi particulier pour les thérapeutes. Par exemple, ces clients ont souvent de la difficulté à établir et à maintenir une alliance thérapeutique. Leur vision du thérapeute peut rapidement passer de très favorable à très défavorable en fonction de leurs états émotionnels fluctuants. De plus, ils peuvent anxieusement penser que le thérapeute va les abandonner et ainsi augmenter la pression sur le thérapeute pour qu’il leur prouve le contraire. Ironiquement, les tentatives de sécurisation de la part du thérapeute peuvent en fait avoir pour effet de valider les craintes d’abandon chez ces personnes.

Pour nombre d’entre eux, la méfiance à l’égard des gens en général en est la cause – et souvent pour à juste titre. Cet article explore les aspects psychologiques et interpersonnels de l’abus sexuel d’un enfant par un parent et son traitement, avec une emphase particulière sur sa relation au traumatisme de la trahison, la dissociation et le trauma complexe.

Les mauvais traitements infligés aux enfants par leurs parents, quels qu’ils soient, constituent une expérience particulièrement négative qui touche souvent les survivants à des degrés différents au cours de leur vie. Cependant, l’abus sexuel d’enfant commis par un parent ou un autre membre de la famille – c’est-à-dire l’inceste – est associé à des symptômes psychologiques et des blessures physiques particulièrement graves pour de nombre de survivants. Par exemple, les survivants de l’inceste père-fille sont plus susceptibles de se sentir dépressifs, meurtris et psychologiquement blessés que les victimes d’autres types de violences. Ils sont également plus susceptibles de déclarer avoir été éloignés de l’un ou des deux parents et d’avoir été méprisés lorsqu’ils ont voulu relater leur expérience. Les autres symptômes incluent une faible estime de soi, le dégoût de soi, la somatisation, une faible auto-efficacité, des difficultés interpersonnelles omniprésentes et des impressions de saleté, d’inutilité, de honte et d’ impuissance.

L’une des conséquences particulièrement dommageable de l’inceste est l’association traumatique, dans laquelle les survivants incorporent les idées aberrantes de leurs agresseurs au sujet de la relation incestueuse. Ainsi, les survivants associent souvent l’abus à une forme de relation affective qui, par la suite, influence négativement leur choix de relations amoureuses. Cela peut souvent mener à une série de relations abusives.

Selon Christine Courtois (Healing the Incest Wound : Adult Survivors in Therapy) et Richard Kluft (“Ramifications of Incest” – Psychiatric Times), une plus grande sévérité des symptômes est corrélée à :Durée d’abus plus longue / Épisodes fréquents d’abus / Pénétration / Degré élevé de force, de contrainte et d’intimidation / Inceste transgénérationnel / Un agresseur de sexe masculin / Proximité de la relation / Participation passive ou volontaire / Avoir une réponse physique au stimuli / Blâme de soi et honte / Inceste observé ou signalé qui se poursuit / Blâme parental et jugement négatif / Échec des réponses institutionnelles : honte, blâme, efforts inefficaces / Début à la petite enfance

L’inceste qui commence à un jeune âge et se poursuit pendant de longues périodes – la durée moyenne de l’inceste étant de quatre ans – entraîne souvent des comportements d’évitement (par exemple, le fait d’éviter des relations et divers phénomènes dissociatifs). Ces techniques d’adaptation développées à la suite du traumatisme constituent le fondement des interactions interpersonnelles présentes et futures et deviennent souvent des réponses immédiates à tous ou partie des situations de stress.

Plus que tout autre type de violence envers les enfants, l’inceste est associé au secret, à la trahison, à l’impuissance, à la culpabilité, à la loyauté conflictuelle, à la peur des représailles, à la culpabilité et à la honte de soi. Il n’est donc guère surprenant que seulement 30 % des cas d’inceste soient signalés par les survivants. (…)

Des études ultérieures sur les survivants de l’inceste ont révélé que le fait d’être érotisé tôt dans la vie perturbait la sexualité adulte de ces personnes. Comparativement aux groupes non soumis à l’inceste, les survivantes ont eu des rapports sexuels plus tôt, ont eu plus de partenaires sexuels, étaient plus susceptibles d’avoir des rapports occasionnels avec des personnes en-dehors de leur couple et étaient plus susceptibles de se prostituer. Ainsi, les survivants de l’inceste courent un risque accru de re-victimisation, souvent sans se rendre compte qu’ils sont victimes d’abus. Cette situation crée souvent de la confusion chez les survivantes car la frontière entre participation involontaire et volontaire à un comportement sexuel est floue.

Un article de Sandra Stroebel et ses collègues, publié en 2013 dans ”Sexual Abuse : A Journal of Research and Treatment”, indique que les facteurs de risque d’inceste père-fille sont les suivants Exposition à la violence verbale ou physique / familles qui acceptent la nudité père-fille / familles dans lesquelles la mère n’embrasse jamais sa fille (l’affection maternelle manifeste a été identifiée comme un facteur de protection contre l’inceste père-fille). / familles ayant un homme adulte autre que le père biologique à la maison (c.-à-d. un beau-père ou une figure paternelle de remplacement)

Enfin, des recherches qualitatives indiquent que, dans certains cas, les mères qui ont été victimes de violence sexuelle dans leur enfance contribuent à la succession d’événements qui ont mené à l’inceste père-fille, de façon délibérée ou non. De plus, dans les cas où une mère choisit l’agresseur plutôt que sa fille, l’abandon par la mère peut avoir un impact plus négatif sur sa fille que la violence elle-même. Ce rejet non seulement renforce le sentiment d’inutilité et de honte de la victime, mais lui suggère aussi qu’elle “méritait” en quelque d’être abusée. Par conséquent, la re-victimisation devient souvent la règle plutôt que l’exception, une prophétie qui se réalise d’elle-même et qui valide le sentiment dévalorisant que ressentent la victime à l’égard de son intégrité.

Au-delà du préjudice physique et psychologique causé par l’inceste père-fille, Courtois note que la dynamique familiale qui en résulte se caractérise par :le conflit parental / les messages contradictoires / la triangulation (parents contre l’enfant ou parents-victime contre l’autre parent) / le lien parent-enfant inapproprié dans un climat de déni et de secret

De plus, les victimes sont moins susceptibles de recevoir soutien et protection, en raison du déni et de la loyauté à la famille, que lorsque l’agresseur est en dehors de la famille ou un étranger. Ensemble, ces circonstances créent souvent chez les survivants un sentiment d’identité perverti et des relations faussées avec eux-mêmes et les autres. Si l’inceste commence à un jeune âge, les survivants développent souvent un sentiment inhérent de méfiance et de danger qui imprègne leurs perceptions des relations et du monde dans son ensemble.

Théorie du traumatisme de la trahison

La théorie du traumatisme de la trahison est souvent associée à l’inceste. La psychologue Jennifer Freyd a introduit le concept pour expliquer les effets du traumatisme perpétré par une personne dont dépend l’enfant. Freyd soutient que le traumatisme de la trahison est plus néfaste sur le plan psychologique que le traumatisme commis ou causé par un non tuteur. La théorie du traumatisme de la trahison postule que dans certaines conditions, la trahison nécessite une ” cécité de la trahison ” dans laquelle la personne trahie n’a pas conscience ou mémoire consciente de la trahison “, écrit Freyd dans son livre Trauma de la trahison : La logique de l’oubli de la violence envers les enfants.”

La théorie du traumatisme de la trahison est fondée sur la théorie de l’attachement et est cohérente avec l’idée d’adaptation pour empêcher la plupart ou toute information sur l’abus (particulièrement l’inceste). Sans cela, une conscience totale de la violence reconnaîtrait que la dénonciation de la trahison pourrait mettre en danger la relation d’attachement. Cette ” cécité à la trahison ” peut être considérée comme une réaction adaptative évolutive et non pathologique à une menace à la relation d’attachement avec l’agresseur, ce qui explique l’amnésie dissociative sous-jacente chez les victimes d’inceste. Dans ces circonstances, les survivantes ignorent souvent qu’elles sont victimes de violence ou elles se justifient, voire se blâment. Dans les cas graves, les victimes ont souvent peu ou pas de souvenirs de la violence ou une cécité complète de la trahison. Dans de telles conditions, la dissociation est vitale pour la victime, du moins pendant un certain temps.

Prenons le cas de Ann, qui a été agressée physiquement et sexuellement de façon répétée et grave par son père de 4 à 16 ans. À l’âge adulte, Ann n’avait que peu ou pas de souvenirs de la violence. À la suite de la violence, elle avait développé neuf autres identités, dont deux contenaient des souvenirs frappants de la violence sexuelle et physique. Grâce à la thérapie, elle a pu prendre conscience des neuf identités alternatives et de leurs fonctions, et y avoir accès. Bien qu’Ann ait exprimé son dégoût et sa colère envers son père, elle a aussi exprimé son amour pour lui. Il lui arrivait de regretter d’avoir révélé la violence, disant que “ce n’était pas si grave” et que la pire chose qui lui était arrivée était qu’elle avait perdu son “papa”. Durant ces moments, Ann a minimisé la gravité de l’abus, souhaitant avoir gardé le secret de l’inceste pour qu’elle puisse toujours avoir une relation avec son père. Il s’agissait d’un désir intermittent pour Ann qui s’est manifesté tout au long de la thérapie et même après.

Il est donc essentiel de comprendre les concepts d’attachement pour comprendre les traumatismes de trahison comme l’inceste. Autrement, les thérapeutes pourraient être enclins à blâmer les survivants ou pourraient se sentir confus et même repoussés par les comportements et les intentions des survivants. Pour de nombreuses survivantes, l’agresseur qui prend soin de l’enfant représente le meilleur et le pire de sa vie à différents moments de la vie. Elle a besoin d’empathie et de soutien, pas de blâme.

La dissociation

Tel que défini dans la cinquième édition du Manuel de Diagnostic et de Statistique des Troubles Mentaux, la dissociation est ” une perturbation et/ou une discontinuité dans l’intégration en temps normal de conscience, de mémoire, d’identité, de perception, de représentation corporelle, du contrôle moteur et du comportement “. En fonction de la gravité de l’abus, les expériences dissociatives peuvent interférer avec le fonctionnement psychologique à tous les niveaux. Les survivants de l’inceste subissent souvent des types de dissociation les plus sévères, comme le trouble dissociatif de l’identité et l’amnésie dissociative (l’incapacité de se rappeler des renseignements autobiographiques). Les expériences dissociatives sont souvent déclenchées par une menace perçue à un niveau conscient ou inconscient.

Comme nous l’avons déjà mentionné, la théorie du traumatisme de la trahison affirme que pour les victimes d’inceste, l’amnésie dissociative sert à maintenir le lien avec une personne dont on est attaché en excluant la connaissance des abus (la cécité de la trahison). En retour, cela réduit ou élimine l’anxiété au sujet de la violence, du moins à court terme. De plus, de nombreux survivants de l’inceste dans l’enfance se souviennent continuellement de la violence, ainsi que de l’anxiété et de la terreur qu’elle leur causait. Souvent, ces personnes trouvent un moyen de quitter leur foyer et leur agresseur. C’est moins souvent le cas pour les survivants qui souffrent d’amnésie dissociative ou de trouble dissociatif de l’identité.

La dépersonnalisation et la déréalisation déforment le sens de soi et son apport sensoriel de l’environnement à travers les cinq sens. Par exemple, les personnes qui ont vécu l’inceste signalent souvent que leur monde extérieur, y compris les personnes, les formes, les tailles, les couleurs et l’intensité de ces perceptions, peuvent changer rapidement et radicalement à certains moments. De plus, ils peuvent signaler qu’ils ne se reconnaissent pas dans un miroir, ce qui les amène à se méfier de leurs propres perceptions.

Comme l’a dit une survivant de l’inceste de 31 ans : “Pendant toutes ces années, tout en moi et autour de moi a été irréel, terne, morne, morcelé, distant.” C’est un exemple de dépersonnalisation / déréalisation. Elle a poursuivi : ” Ceci, avec les trous de mémoire, l’oubli et l’incapacité de se rappeler des choses simples de tous les jours, comme conduire une voiture ou se souvenir du processus étape par étape pour se préparer pour la journée, m’a fait sentir folle. Mais au fur et à mesure que je progressais en thérapie, mes perceptions de mon monde intérieur et extérieur devenaient plus claires, plus stables, plus lumineuses et plus distinctes qu’avant. Tout avait plus de sens et paraissait plus normal. Il m’a fallu des années pour voir le monde tel que d’autres le voient. De temps en temps, j’éprouve encore cette déconnexion et cette confusion, mais beaucoup moins souvent qu’avant.”

Au début, une menace réelle ou perçue déclenche les perceptions déformées du soi et de la réalité extérieure, mais elles finissent par devenir une manière préétablie de percevoir le monde. Des rapports comme celui-ci ne sont pas rares pour les survivants de l’inceste et sont souvent exacerbés au fur et à mesure que ces personnes se souviennent et intègrent leurs expériences traumatisantes dans un récit de vie cohérent. Pour de nombreux survivants, le sentiment de cohérence et de stabilité est en grande partie une expérience nouvelle ; pour certains, il peut être menaçant et déclencher des expériences dissociatives supplémentaires. L’adage “mieux vaut un diable familier qu’un ange inconnu” semble s’appliquer ici.

La gravité de la dissociation chez les survivants de l’inceste est liée à l’âge d’apparition du traumatisme et à une association de dose-effet, plus l’exposition est précoce, plus les sévices sont fréquents, plus la gravité du handicap est élevée sur toute la vie. L’inceste est associé aux formes les plus graves de symptômes dissociatifs tels que le trouble dissociatif de l’identité. Environ 95 à 97 pour cent des personnes atteintes d’un trouble dissociatif de l’identité déclarent avoir été victimes de violence sexuelle et physique grave pendant leur enfance.

La fragmentation de la perception de soi, accompagnée de l’amnésie des souvenirs d’abus, est particulièrement utile lorsque les enfants ne peuvent échapper aux circonstances de l’abus. Ces enfants ne sont pas “présents” pendant la maltraitance, de sorte qu’ils ne sont souvent pas conscients de la douleur physique et émotionnelle qui y est associée. Pourtant, ce sentiment fragmenté de soi contribue à un sentiment de vide et d’absence, à des problèmes de mémoire et à des états de moi dissociatifs. De nombreux survivants de l’inceste sont capables d'”oublier” la violence jusqu’à un certain moment plus tard à l’âge adulte, lorsque les souvenirs sont déclenchés par certains événements ou lorsque le corps et l’esprit ne sont plus capables de les dissimuler. Ceci résulte de l’effet cumulatif des luttes de toute une vie associées à l’inceste (par exemple, les problèmes interpersonnels et la dérégulation émotionnelle). Il faut beaucoup de ressources psychologiques et physiques pour “oublier” les souvenirs traumatiques.

La dissociation, surtout si elle implique des changements continus dans la perception de soi et des autres, des présentations différentes de soi et des problèmes de mémoire, peut entraîner des difficultés à former et à maintenir une alliance thérapeutique. La dissociation perturbe le lien entre la victime et le thérapeute. Elle perturbe également les liens des personnes avec leur expérience intérieure. Si ces dernières ne se perçoivent pas elles-mêmes et leur entourage comme stables, elles se méfieront non seulement de leurs thérapeutes mais aussi de leurs propres perceptions, ce qui crée une confusion permanente.

Par conséquent, les thérapeutes doivent rester attentifs aux fluctuations subtiles ou plus dramatiques des types de communication des survivants, comme les changements dans le contact visuel ou les changements dans les traits du visage, des traits plus engagés et animés qui se transforment en traits de visage sans relief. Les changements dans la tonalité et la cadence de la voix (de verbalement engagée à silencieuse) ou dans la posture du corps (ouverte ou fermée) sont d’autres signes de phénomènes dissociatifs possibles. Bien sûr, tous ces changements, ou aucun d’entre eux, peuvent être des indicateurs de phénomènes dissociatifs.

Traumatisme complexe

L’inceste, le traumatisme de la trahison et les troubles dissociatifs sont souvent des caractéristiques d’une catégorie de diagnostique plus large – le traumatisme complexe. Les victimes d’inceste subissent rarement un seul incident d’abus sexuel et pas seulement des abus sexuels. Il est plus probable qu’ils subissent des abus chroniques et multiples, notamment sexuels, physiques, émotionnels et psychologiques, au sein du système familial, de la part d’adultes qui sont censés assurer leur sécurité et leur épanouissement.

À l’heure actuelle, il n’existe pas de catégorie diagnostique officielle pour les traumatismes complexes, mais on s’attend à ce qu’une catégorie soit ajoutée à la Classification Internationale des Maladies (CIM-11) révisée qui est en cours d’élaboration. Marylene Cloitre, membre du groupe de travail de l’Organisation Mondiale de la Santé sur les troubles liés au stress et aux traumatismes de la CIM-11, note que le nouveau diagnostic de traumatismes complexe est axé sur les problèmes d’auto-organisation résultant d’une exposition répétée ou chronique à des facteurs de stress traumatiques auxquels on ne peut échapper, notamment la violence envers les enfants et la violence familiale. Parmi les critères qu’elle a soulignés pour les traumatismes complexes, il y a :Perturbations dans les émotions : Affectent la dérégulation, une réactivité émotionnelle accrue, des accès de violence, un comportement impulsif et imprudent, et la dissociation.Perturbations de soi : Soi vaincu/diminué, marqué par le sentiment d’être diminué, vaincu et sans valeur et par des sentiments de honte, de culpabilité ou de désespoir (prolonge le désespoir).Perturbations dans les relations : Problèmes interpersonnels marqués par des difficultés à se sentir proche des autres et à s’intéresser peu aux relations ou à l’engagement social en général.Il peut y avoir des relations occasionnelles, mais la personne a beaucoup de difficulté à les maintenir.

L’apparition précoce de l’inceste et l’exposition chronique à des traumatismes complexes interrompent le développement neurologique typique, ce qui entraîne souvent le passage du cerveau d’apprentissage (cortex préfrontal) au fonctionnement du cerveau de survie (tronc cérébral). Comme l’ont expliqué Christine Courtois et Julian Ford, les survivants ressentent une plus grande activation du cerveau primitif, ce qui entraîne un mode de survie plutôt que l’activation des structures cérébrales qui fonctionnent pour faire des ajustements complexes à l’environnement actuel. Par conséquent, les survivants ont souvent tendance à éviter les menaces plutôt qu’à être curieux et ouverts aux expériences. Les traumatismes complexes minent la capacité des survivants à intégrer pleinement les données sensorielles, émotionnelles et cognitives dans un tout organisé et cohérent. Ce manque de cohérence et de consistance dans la perception de soi et de son environnement peut créer un sentiment quasi permanent de confusion et de déconnexion avec soi et les autres.L’exposition régulière ou intermittente à des traumatismes complexes crée un état d’anxiété et d’hypervigilance presque continu et l’attente intrinsèque du danger. Les survivants de l’inceste courent un risque accru de déficiences multiples, de revictimisation et de perte de soutien.

Problèmes de traitement

Bien qu’une description complète des traitements dépasse largement le cadre de cet article, je terminerai par un aperçu général des concepts de traitement. Le traitement de l’inceste est parallèle aux approches de traitement des traumatismes complexes, qui mettent l’accent sur la réduction des symptômes, le développement des capacités personnelles (régulation émotionnelle, relations interpersonnelles et identité), le traitement du traumatisme et le traitement des expériences dissociatives.

Les capacités personnelles compromises intensifient la gravité et la chronicité des symptômes. Parmi ces capacités, la dérégulation émotionnelle est un groupe de symptômes majeurs qui affecte d’autres composantes de ses capacités. Par exemple, si une survivante se débat constamment avec une faible tolérance à la frustration pour les gens et s’adapte en évitant les gens, en réagissant de façon défensive, de façon apaisante ou en se dissociant, elle n’aura probablement pas l’occasion d’établir des relations satisfaisantes. Alexandra Cook et ses collègues ont proposé les concepts de base suivants, publiés dans les Psychiatric Annals de mai 2005, pour qu’ils soient pris en considération dans la mise en œuvre d’un schème thérapeutique pour le trauma complexe, notamment pour les victimes d’inceste et avec adaptation aux personnes présentant un trouble d’identité dissociative.

1) Sécurité : Élaborer des procédures de sécurité internes et environnementales.

2) L’autorégulation : Améliorer la capacité de modérer et de rééquilibrer la stimulation dans les domaines de l’état affectif, du comportement, de la physiologie, de la cognition, des relations interpersonnelles et de l’auto-attribution.

3) Traitement de l’information par réflexion sur le sujet : Développer la capacité d’axer les processus de concentration et le fonctionnement exécutif sur la construction d’une narration cohérente de soi, en réfléchissant sur l’expérience passée et présente, l’anticipation et la planification, et la prise de décision.

4) Intégration des expériences traumatisantes : S’engager dans la résolution et l’intégration des souvenirs traumatiques et des symptômes associés par la création de sens, le traitement de la mémoire traumatique, le souvenir et le deuil de la perte traumatique, le développement des habiletés d’adaptation et la promotion de la pensée et du comportement axés sur le présent.

5) Engagement relationnel : Réparer, rétablir ou créer des modèles de fonctionnement efficaces d’attachement et application de ces modèles aux relations interpersonnelles actuelles, y compris l’alliance thérapeutique. L’accent devrait être mis sur le développement des aptitudes interpersonnelles telles que l’affirmation de soi, la coopération, la prise de perspective, l’établissement de frontières et de limites, la réciprocité, l’empathie sociale et la capacité à entretenir une intimité physique et psychologique.

6) Amélioration de l`affect positif : Travailler à l’amélioration de l’estime de soi, de la valorisation de soi et de l’auto-évaluation positive par la stimulation de la créativité personnelle, l’imagination, l’orientation et les perspectives futures, la réalisation, la compétence, la recherche de maîtrise, la création de communauté et la capacité à éprouver du plaisir.

Généralement, ces volets sont prodigués dans le cadre d’un modèle de thérapie en trois phases axé sur les relations, le comportement cognitif et le traumatisme : Sécurité, développement des compétences d’autorégulation et formation d’alliances, Traitement des traumatismes et Consolidation

La partie sur l’engagement relationnel est particulièrement importante car, pour de nombreux survivants, le fait d’être ”attaché” a souvent signifié être maltraité. De plus, les sentiments de honte, de dégoût de soi et de peur de l’abandon qui l’accompagnent créent une ” identité d’échec ” qui se traduit par de maigres espoirs de changement. Par ailleurs, il est important que les thérapeutes abordent les questions de transfert et de contre-transfert. Selon la Courtois, le fait d’ignorer ou de supposer que de tels processus ne sont pas pertinents pour le traitement des survivants peut ébranler le processus et le résultat du traitement.En outre, les interventions axées sur les capacités sont essentielles à chaque étape pour aider les survivants à développer un sens de leur propre efficacité et à s’apprécier pour les ressources dont ils disposent déjà. La focalisation sur les atouts contribue également à la résilience.Pour certains, des états de soi dissociés ou des parties émergeront. Les thérapeutes doivent présumer que tout ce qui est dit à une partie sera également entendu par les autres. Par conséquent, il est essentiel de résoudre les problèmes de manière à encourager la conversation entre les parties, y compris la structure de base.Il est également important d’aider les parties à résoudre leurs problèmes ensemble et de se soutenir mutuellement. Ce n’est pas toujours une proposition facile. Un objectif à long terme serait une forme d’intégration / fusion ou un accord entre des identités alternatives. Certains survivants parviennent à expérimenter une unification complète des parties, tandis que d’autres réalisent une forme d’intégration sans jamais unifier complètement toutes leurs identités alternatives.Enfin, il convient de mentionner que l’exposition répétée à d’horrifiques histoires d’inceste peut submerger la capacité des thérapeutes de maintenir une relation équilibrée avec des limites claires. Le transfert de la victime peut repousser les limites éthique et thérapeutique de l’alliance victime-thérapeute .

Article de David M. Lawson, Professeur d’éducation thérapeutique et Directeur du Centre de Recherche et de Formation Clinique en Traumatologie de la Sam Houston State University. Ses recherches portent sur les abus sexuels et physiques durant l’enfance, les traumatismes complexes et la dissociation liée aux traumatismes. Il est aussi Conseiller Thérapeutique pour les survivants d’un trouble de stress post-traumatique et de traumatisme complexe.

Traduit et adapté de Counseling Today

inceste

Face à l’inceste

Publié le

Par Luc Massardier – Psychiatre Praticien hospitalier à l’hôpital Sainte-Anne à Paris Consultant en milieu pénitentiaire

Pourquoi réunir en un même lieu des jeunes filles exclusivement victimes d’inceste et aller ainsi à l’encontre des pratiques professionnelles courantes ?
C’est à cette question que l’auteur donne une réponse à partir de son expérience et de sa connaissance de la clinique de l’inceste.

Addiction

Traumatisée, Marie a développé 50 personnalités

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Marie, 34 ans, est une survivante. Victime d’inceste enfant et d’un viol en réunion adolescente, elle a développé des troubles dissociatifs de l’identité qui l’ont conduite au bord du précipice. Jusqu’à sa rencontre avec une psychologue plus ouverte que les autres…

Traumatisée, Marie a développé 50 personnalités : sa psy raconte [TEMOIGNAGE]
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Quand Marie entre dans le bureau d’Emmanuelle Vaux-Lacroix, psychologue clinicienne et praticienne EMDR en 2013, elle est en grande souffrance et c’est un véritable appel à l’aide qu’elle lance.
Quand Marie arrive en fauteuil roulant (elle souffre d’une paralysie fonctionnelle), Emmanuelle est étonnée de la découvrir très différente de la comptable qu’elle imaginait. “Je  rencontre une jeune femme de 28 ans habillée tout en noir, en surpoids et assez négligée. Elle n’a pas de manteau alors qu’il fait très froid.
Marie souhaite consulter Emmanuelle Vaux-Lacroix car elle a subi des viols en réunion au collège de 11 à 13 ans qui ont été classés sans suite et depuis elle fait des cauchemars, a des intrusions et souffre d’une addiction à l’alcool. Elle voit une psychologue, psychothérapeute depuis deux ans et a une bonne alliance thérapeutique avec elle. Grâce à leur travail, elle a amélioré ses relations avec sa compagne, mais le traumatisme reste très présent.
A tel point que Marie a l’impression d’être folle. Elle perd pied, pense à la mort et envisage de prendre sa voiture adaptée à son handicap pour en finir. Cette rencontre avec Emmanuelle Vaux-Lacroix est donc celle de la dernière chance. 

La séance se déroule normalement jusqu’à un moment précis. Je travaille dans un cabinet mal insonorisé et j’entends ma collègue dans le bureau qui jouxte le mien qui dit au revoir à son patient. Immédiatement le comportement de Marie change ainsi que sa voix : elle me dit qu’ils arrivent, que ses agresseurs se rapprochent, et qu’il faut fuir. Je note alors immédiatement sur mon carnet, TDI ? “

“Soudain la voix de Marie change”

Identifiés aux Etats-Unis mais relativement méconnus en France, les troubles dissociatifs de l’identité ont été décrits par Onno Van der Hart, Nijenhuis et Kathy Steele Van der Hart. Ils se développent dans la petite enfance chez des personnes qui ont subi des traumatismes chroniques, sévères ou précoces. Il s’agit de formes de maltraitances, d’agressions, de négligences qui se traduisent souvent par des violences physiques et/ou sexuelles.
Une personne qui souffre de TDI développe des parties de l’identité pour protéger le soi des souvenirs traumatiques“, raconte Emmanuelle Vaux-Lacroix. 

Ces parties sont soit des Parties apparemment normales (PAN) soit des parties émotionnelles (PE). Les parties apparemment normales (PAN) sont orientées vers la survie de l’espèce et se caractérisent par un évitement phobique des souvenirs traumatiques. Elles sont relativement difficiles à identifier car elles prennent une apparence normale. Les PAN gèrent la vie quotidienne. Elles sont identiques au soi qui est le lieu d’intégration et d’apprentissage du sujet. 
Au début de notre rencontre, Marie en avait 4 ou 5 parmi lesquelles l’autre, ” celle qui bosse “, raconte Emmanuelle Vaux-Lacroix.

Elles prennent souvent le pouvoir pour me faire passer pour quelqu’un de normal. Quand je rencontre Emmanuelle, je ne comprends pas ce qui m’arrive, Emmanuelle me parle de parties mais je ne sais pas très bien comment me comporter. Je ne veux pas parler avec elles ce qui aggrave ma situation à l’époque“, confie Marie. 

Les parties émotionnelles ou PE sont orientées vers la survie individuelle et portent les expériences traumatiques.Elles sont “coincées ” au temps du traumatisme. Au début de la thérapie de Marie, 2 ou 3 se sont manifestées puis une quarantaine par la suite.
“Ces PE protègent la personne du souvenir du traumatisme. C’est un processus psychophysiologique, une solution de survie car l’agression est insupportable et ne peut pas être digérée psychiquement.
Pour gérer ce traumatisme se créent des parties : l’une peut être gardienne du secret, d’autres peuvent être bloquées dans des systèmes d’action de survie.
Des parties sont dans la fuite, d’autres dans l’agression, dans la peur ou dans la sidération. Certaines parties imitent l’agresseur et d’autres sont bloquées au temps du traumatisme ce qui explique pourquoi les personnes qui ont des TDI ont des amnésies dissociatives. Elles ne se souviennent pas ce qui leur est arrivé
 , raconte Emmanuelle Vaux-Lacroix.

De lourds traumatismes

Caractérisés par des éclatements de la personnalité, les TDI sont souvent confondus avec la schizophrénie. Or les schizophrènes entendent des voix qui viennent de l’extérieur alors que les personnes qui souffrent de TDI adoptent différentes personnalités et donc plusieurs parties. Ce que nous savons aujourd’hui c’est que les psychotropes ne fonctionnent pas sur les TDI alors qu’ils sont plutôt efficaces pour les patients souffrant de schizophrénie” raconte Emmanuelle Vaux-Lacroix.
Au fur et à mesure des séances, Emmanuelle Vaux-Lacroix comprend que ce ne sont pas les viols subis à l’adolescence qui sont à l’origine du traumatisme mais un autre événement inqualifiable subi par Marie à l’âge de 2 ans et demi : l’inceste paternel.

Dès que le secret est levé concernant ce premier traumatisme, Marie parvient au bout de 20 mois à remarcher après avoir fait de la rééducation. Elle n’a plus lieu de “paralyser” ce corps qui l’a fait tant souffrir et qui avait cessé de se manifester quand son père lui a dit que les viols dont elle avait été victime avaient été classés sans suite sous entendant que l’inceste qu’il lui avait fait subir resterait à jamais impuni.

La première fois que j’ai fait trois pas avec un déambulateur, je me suis sentie invincible. J’ai demandé à ma compagne de venir au centre de rééducation afin de constater ce que j’étais capable de faire. J’étais tellement fière“, raconte Marie.

Progressivement, Emmanuelle Vaux-Lacroix va entrer en contact avec les différentes parties de Marie afin de gagner leur confiance, pour ensuite les ” présenter ” à la jeune femme et l’aider à vivre avec. 

“Marie n’avait pas 3 ou 4 personnalités comme je l’imaginais au départ, mais une cinquantaine”

Je ne savais pas à ce moment-là que j’allais m’engager dans un très long chemin et qu’il n’y avait pas 3 ou 4 parties comme je l’imaginais au départ mais une cinquantaine qui se présenteraient à moi au fur et à mesure du dévoilement de son histoire”, raconte Emmanuelle qui découvre deux ans plus tard que Marie a aussi été victime d’agressions sexuelles dans le cadre d’un réseau pédocriminel. La même année, c’est l’inceste maternel qui est dévoilé.
Etant donnée la complexité de son histoire et de sa symptomatologie, Marie est extraordinairement résiliente et a beaucoup de ressources car elle travaille normalement. 
Elle est ce qu’on appelle une personne à haut potentiel. Une grande partie des personnes souffrant de TDI ont un QI supérieur à la moyenne tout simplement parce qu’il faut une vraie capacité d’élaboration.
C’est un système interne qui est d’une complexité extrême”,
 raconte Emmanuelle Vaux-Lacroix qui pendant des années va développer ses connaissances et sa pratique grâce à Marie.

Quand je la rencontre je ne maitrise pas l’EMDR aussi bien qu’aujourd’hui mais j’ai la chance d’avoir une culture américaine. La question sur l’existence des TDI ne se pose donc pas. A l’âge de 15 ans j’ai lu Sybil (ouvrage sur une femme qui a 16 parties) et pour moi c’est une réalité. J’apprends au fur et à mesure au contact de Marie : je n’ai pas conscience de la complexité de son cas tout de suite et heureusement car je n’aurais peut-être pas accepté de la suivre par peur de ne pas être assez compétente. J’ai beaucoup appris avec elle“.

Un sentiment partagé par Marie qui confie : “Emmanuelle m’a sauvé la vie au sens propre comme au sens figuré. Elle a fait de la psycho éducation pour m’apprendre à avoir une vie quasi normale. Elle a été une psy qui a été capable de sortir de son cadre pour me montrer que j’étais importante. Elle s’est formée pour m’apprendre encore plus sur moi et sur nous“.

“Marie a beaucoup moins de comportements à risques car elle est beaucoup moins dissociée”

Aujourd’hui, au bout de 6 ans de thérapie, Marie va beaucoup mieux .”Quand j’ai rencontré Marie son soi était présent 5 minutes par jour uniquement. Aujourd’hui il est présent entre 5 et 10 heures par jour avec des phases de crise quand des événements surviennent”
Aujourd’hui elle n’a plus que 2 PAN et une vingtaine de PE.  Les parties ont commencé par fusionner entre elles : par exemple la dizaine de parties adolescentes est devenue une quand la problématique autour du collège a été traitée et que le traumatisme a été en EMDR désensibilisé et retraité . 
Ces parties ont alors intégré le soi et sont devenues une partie de Marie comme nous avons chacun une partie adolescente alors que chez elle cette partie était dissociée
“.

Marie n’a plus d’addictions. Beaucoup plus intégrée qu’avant, elle marche, parvient à parler de sa pathologie à certains membres de sa famille et à ses amis et elle forme des professionnels à ce sujet.

Elle s’est mariée, elle a changé de poste et elle accepte des responsabilités. Elle a beaucoup moins de comportements à risques car elle est beaucoup moins dissociée. 

Contrairement aux schizophrènes, les personnes souffrant de TDI peuvent-elles guérir ? “En théorie, oui “, explique Emmanuelle Vaux-Lacroix.

Je pense qu’on peut arriver à une désensibilisation et à un retraitement de tous les traumatismes.  Petit à petit, toutes les parties de Marie devraient être intégrées même si elle est ambivalente par rapport à cette question.
Ses parties tiennent compagnie à Marie et lui permettent de ne pas toujours affronter la réalité. Le rêve de Marie ? Appeler ses différentes parties quand elle en a envie sans qu’elles deviennent des états du moi.  C’est ce que font
 ceux d’entre nous qui n’ont pas souffert d’un traumatisme”, conclut Emmanuelle Vaux-Lacroix.

Qu’est-ce que l’EMDR ?

Créée à la fin des années 80 aux Etats-Unis, la thérapie EMDR  est devenue l’un des modes de traitement psychothérapeutique de l’État de Trouble Post-Traumatique. Il s’agit de l’acronyme d’Eye-Movement Desensitization and Reprocessing en anglais ou Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires.
L’EMDR repose  sur la sollicitation sensorielle des deux côtés du corps, soit grâce au mouvement des yeux soit grâce à des stimulations auditives ou cutanées afin de retraiter et de désensibiliser des souvenirs traumatiques.


Violaine Chatal
Mis à jour le 16/07/19 10:50

Source : Femmes Société

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Qu’est-ce que le Brainspotting® ?

Publié le

1 : David GRAND , Ph.D. (USA) : créateur de la méthode BSP et Formateur
2 : Qu’est- ce que le BRAINSPOTTING® ?
3 : Applications pour le Brainspotting®
4 : Information concernant les Formations

1 – David GRAND, Ph.D. (USA) : créateur de la méthode BSP et Formateur :

La Thérapie BRAINSPOTTING® (BSP) a été découverte en 2003 par David GRAND, Ph.D.(USA). Plus de 8000 thérapeutes y ont été formés aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Europe, au Moyen-Orient et en Asie. «La direction de notre regard impacte notre ressenti ». Le BSP fait usage de ce phénomène naturel, par le biais de différentes positions oculaires. Ce processus permet au thérapeute BSP de localiser, recentrer et de libérer un large éventail d’éléments aux niveaux émotionnels et corporels.

Le BSP est également un outil qui s’appuie sur le fonctionnement du cerveau pour enrichir la relation thérapeutique. Nous soutenons que le BSP puise dans la capacité « d’auto-scanning » naturel du corps, tout en soutenant la capacité d’auto-guérison. Lorsqu’un Brainspot est stimulé, il semblerait que le cerveau profond signale par un réflexe oculaire au thérapeute que la source du problème a été identifiée. Le BSP peut aussi être utilisée pour trouver et renforcer nos ressources naturelles, ainsi que notre résilience. Le BSP est conçue comme un outil thérapeutique intégrable dans un grand nombre de modalités thérapeutiques. La BSP peut également être utilisée afin d’améliorer la performance et la créativité. La puissance de l’intervention BSP est amplifiée par l’utilisation des CD de sons biolatéraux.
« David Grand est l’un des plus grands thérapeutes actuels dans le domaine de la Psychotraumatologie. Son développement de la thérapie Brainspotting représente une avancée considérable pour le traitement des personnes souffrant de Psychotraumatismes. La BSP est un outil sophistiqué, souple et approfondi constituant un supplément idéal pour la boîte à outils thérapeutique de tout thérapeute. J’évoque cela en toute connaissance de cause, puisque je fais usage de la BSP régulièrement en parallèle à ma pratique analytique. Les résultats sont fort probants. Le praticien sera surpris de voir combien le BSP permet de détecter les traumas au niveau des réflexes ordinaires du visage et des yeux. Il découvrira comment, par l’utilisation de ces voies d’accès au Soi profond, de nombreux traumas et symptômes peuvent être traités rapidement. La présentation de David GRAND est claire, et les illustrations de cas, évoquant pourtant des histoires dramatiques, ne sont pas exagérées ».

Norman Doidge, MD. FRCPC, auteur du livre « The brain that changes itself».
« La thérapie Brainspotting est fondée sur un « accordage » profond entre le thérapeute et le patient et l’identification d’un indice somatique et son extinction par la régulation de l’amygdale. Il ne s’agit pas uniquement d’une activation du SNP (système nerveux parasympathique) ; il s’agit d’homéostasie ».

– Robert Scaer , MD , » The trauma spectrum «
Auteur et formateur David Grand, Ph.D.

2 – Qu’est- ce que le BRAINSPOTTING® ? :

Le Brainspotting® est une méthode thérapeutique puissante et pointue qui fonctionne par l’identification, le traitement et la libération des sources neurophysiologiques profondes, des souffrances émotionnelles/corporelles, des traumatismes, de la dissociation et d’une variété d’autres symptômes difficiles.

Le Brainspotting® permet à la fois de diagnostiquer et de traiter. Il est renforcé par les sons biolatéraux, son action est profonde, directe et puissante, tout en restant ciblée et contenante.

Le Brainspotting® fonctionne comme un outil neurobiologique pour soutenir la relation de guérison clinique. Toutefois, une donnée fondamentale est « l’accordage » au présent, au sein de la relation thérapeutique, c’est-à-dire la capacité à entrer en contact avec une autre personne en souffrance, dans le cadre de la relation et dans laquelle le patient se sent sécurisé, en confiance, écouté, accepté et compris.

Au sein de cette relation clinique, Le Brainspotting® nous propose un outil opérant sur le plan neurobiologique, afin de localiser, analyser, traiter et évacuer les expériences et les symptômes qui sont généralement hors de portée de l’esprit conscient, ainsi que de la dimension cognitive et de la capacité de formulation verbale.

Le Brainspotting® travaille au niveau du cerveau profond et du corps grâce à son accès direct aux systèmes autonomes et limbiques du Système Nerveux Central. Le Brainspotting® représente ainsi un outil physiologique, permettant un traitement engendrant des effets profonds sur les plans émotionnels, psychologiques et somatiques.

Il est considéré que le Brainspotting® sollicite et exploite la capacité naturelle du corps de « s’auto-scanner » (« auto- scanning natural body ») afin de traiter et de relâcher certaines zones précises qui sont dans un état d’homéostasie inadapté (blocages primitifs de survie). Cela peut aussi expliquer la capacité du Brainspotting® a souvent réduire, voire éliminer la douleur corporelle et les tensions associées à l’état physique.

Un « Brainspot® » est la position oculaire qui est liée à l’activation énergétique/émotionnelle d’un traumatisme chargée émotionnellement au sein du cerveau. Il est fort probable que ce processus se produise au niveau de l’amygdale, de l’hippocampe ou le cortex orbito-frontal ou du système limbique. Localisé à l’aide des positions oculaires et associé à des réponses réflexives, observées de l’extérieur (par le thérapeute), et expérimentées sur le plan interne par le patient, le Brainspot® représente, en réalité, un sous-système qui enregistre une expérience émotionnelle sous la forme d’une mémoire.

Quand un Brainspot® est stimulé, le cerveau profond signale par un réflexe au thérapeute qu’une zone pertinente a été localisée. Cela se produit généralement en- dehors du champ de conscience du patient. Il existe une multitude de réponses réflexives, en outre des tics oculaires, des vacillements, des arrêts, des clignements des yeux (clignements dits soit « durs » (longs), soit « doubles »), la dilatation ou la constriction des pupilles, le front qui se plisse, des reniflements, des déglutitions, des bâillements, des toux, des hochements de tête, des signaux de la main, des tics faciaux, des mouvements au niveau des pieds et des déplacements subtils du corps. Les expressions faciales réflexives représentent des indicateurs puissants de la localisation des Brainspots®.

L’apparition d’une réponse réflexe, lorsque le patient ressent l’expérience somato-sensorielle du Trauma, l’émergence émotionnelle ou somatique, est une indication que le Brainspot® a été localisé et activé. L’accès à ce dernier peut alors être accessible et stimulé par le maintien de l’œil du patient, à un point précis, lorsqu’il se concentre sur l’expérience somatique/sensorielle du symptôme ou du problème abordé dans la thérapie.

Le fait de maintenir cette position de l’œil/Brainspot lorsque le patient focalise son l’attention sur le ressenti corporel, en relation avec sa problématique, facilite l’intégration profonde et le processus de guérison au sein du cerveau. Le traitement, intervenant manifestement au niveau réflexif ou cellulaire à l’intérieur du système nerveux, engendre le déconditionnement des réponses/réactions émotionnelles et physiologiques inadaptées au présent, qui se sont instaurées auparavant (lors de l’adaptation instinctive au Trauma). Il semblerait que le Brainspotting® stimule, concentre, et active la capacité inhérente du corps à se guérir lui-même du Trauma.

Dans la phase « Inside Window », le thérapeute et le patient participent ensemble à localiser les Brainspots®, via le ressenti du patient au moment le plus aigu de son expérience de perturbation corporelle ou émotionnelle. Le Brainspotting peut être effectué soit avec un œil, soit avec les deux. Le Brainspotting peut cibler la perturbation du patient et il peut aussi permettre la mise et en place et le renforcement des ressources.

Le Brainspotting® est également très utile pour accéder et développer les états et les expériences de ressources internes. Ces ressources permettent au thérapeute ainsi qu’au patient, de « penduler » entre les états positifs (ressource) et les états traumatiques lorsque cela s’avère nécessaire au cours du Brainspotting®. Cette « pendulation » (balancement/alternance) permet un traitement et une désensibilisation plus graduels et fluides des traumatismes profonds, des difficultés et symptômes chargés émotionnellement.

Le Brainspotting® agit jusqu’au niveau du nucléus réflexif. Fréquemment, il semblerait que lorsqu’un niveau de perturbation « 0 » est atteint, une nouvelle étape ou un nouveau seuil est dépassé, permettant un accès plus profond au cerveau. Le nucléus réflexif se situe au niveau du cerveau profond et inconscient. Il est aussi éloigné de notre champ de conscience, que le sont les fonctions, telles la respiration, la circulation et la digestion. Le Brainspotting® déconstruit le traumatisme, les symptômes, la perturbation somatique et les croyances dysfonctionnelles au sein du « reflexive core ».

Le Brainspotting® est une approche « de corps à corps ». La perturbation est activée et localisée dans le corps. Cela permet de localiser le Brainspot® selon la position oculaire. Contrairement à l’EMDR, dans laquelle le souvenir traumatique est la cible, dans le Brainspotting®, le Brainspot® est la cible ou « focus ou le point d’activation». Tout est mis en œuvre pour activer, localiser, et traiter le Brainspot®.

L’efficacité du Brainspotting® est favorisée par l’utilisation de CD de sons biolatéraux. Le son biolatéral favorise les capacités du cerveau à traiter l’information, en stimulant alternativement chaque hémisphère cérébral. Pour le traitement des patients hautement dissociés ou très fragiles, le Brainspotting® peut être initié sans aucun son biolatéral bien qu’il soit toujours possible de les rajouter par la suite, lorsque le patient est plus intégré et plus souple. Le son thérapeutique entre directement dans le cerveau, au travers des nerfs auditifs pendant que vibrent les tympans bilatéralement.

Tout événement de vie qui provoque des blessures et de la détresse physique et/ou émotionnelle importantes dans laquelle la personne se ressent submergée, impuissante, ou enfermée, peut constituer une expérience traumatique.

Une prise de conscience se fait désormais au sein de la communauté soignante que les expériences de blessures physiques et/ou affectives, les douleurs aiguës ou chroniques, les maladies physiques graves, les interventions médicales lourdes, l’instabilité sociale, les catastrophes naturelles, ainsi que de nombreux événements difficiles de la vie contribuent au développement d’un réservoir substantiel de Traumas. Ces traumatismes ainsi engendrés demeurent stockés dans le corps.

Dans la plupart des cas, l’individu traumatisé n’a généralement pas la possibilité ou le soutien pour traiter et intégrer ces événements traumatiques de façon adéquate. L’expérience traumatique devient alors une partie de son « réservoir traumatique ». Le coût aux niveaux physiques, énergétiques et émotionnels de ce fardeau traumatique accumulé ne peut pas être sans conséquence pour le corps et le psychisme. La littérature en médecine et en psychologie reconnaît maintenant qu’approximativement 75% des demandes de consultations médicales sont liées aux actions ou aux conséquences de l’accumulation de stress et/ ou du Trauma sur les systèmes du corps humain.

Tout praticien dans le domaine de la santé est confronté tôt ou tard à des patients dont les symptômes physiques ne peuvent pas être séparés de leurs corollaires sur les plans émotionnels et psychologiques. Les expériences de vie traumatiques, qu’elles soient physiques ou psychologiques, sont fréquemment des facteurs contributifs importants dans le développement et/ou le maintien de la plupart des symptômes et des problèmes rencontrés dans le domaine de la santé.

Le Brainspotting® représente un outil thérapeutique, physiologique, qui peut être intégré dans un large éventail de modalités de guérison incluant les approches psychologiques, ainsi que somatiques. Le Brainspotting® peut être utile en complément de diverses thérapies à base physiologique, telles que les approches corporelles avancées  des chiroprateurs, des acupuncteurs, des thérapies somatiques, des kinésithérapies, des soins infirmiers, la médecine et d’autres approches dans le domaine de la guérison des troubles physiologiques. Le Brainspotting® représente également une ressource précieuse dans le traitement d’un large éventail de difficultés et de symptômes médicaux, physiques et psycho-émotionnels rencontrés par les professionnels de la santé.

Le Brainspotting® fournit un outil neurobiologique pour accéder, diagnostiquer, et traiter une grande diversité de cas somatiques et émotionnels.

3 – Applications pour le Brainspotting®

Le Brainspotting peut représenter un outil efficace et pertinent pour :

Le Trauma Physique et Émotionnel
La guérison suite à une blessure ou à un accident traumatique
Le trauma engendré par les interventions médicales et les traitements médicamenteux
Les maladies liées au stress et au trauma
Les problématiques liées à la performance sportive et la créativité
La fibromyalgie et les autres conditions de douleurs chroniques
Les addictions (tout particulièrement les envies compulsives)
Les troubles de l’attention (en outre THADA)
Les problèmes de perception
Le bégaiement
Les maladies liées à l’environnement et à la fatigue chronique
Les phobies
L’asthme
La préparation à et la récupération à la suite d’une opération
Le trauma engendré par la guerre et les catastrophes naturelles
Les problématiques liées à la colère et à la rage
L’anxiété et la panique
La gestion des troubles médicaux majeurs

Source et suite : IETSPT – Information concernant les Formations

Crime sexuel

Les Chatouilles – Théâtre – du 13 au 28/07/2019 au Festival Off Avignon et à Lagny-sur-Marne en Avril 2020

Publié le

Ou ”La danse de la colère”

Succès du festival d’Avignon, Molière du seul(e) en scène, un spectacle bouleversant et indispensable.

Molière 2016 
C’est l’histoire d’Odette. Une petite fille dont l’enfance a été volée par un ” ami de la famille “. Une jeune fille qui cherche des réponses à ses questions et les trouve progressivement avec son corps. Une danseuse qui se bat avec sa sensibilité. C’est l’histoire d’une lente reconstruction. 

Créé en 2014 au Théâtre du Chêne Noir, Les Chatouilles ou la danse de la colère a été depuis couronné de succès : Prix ” Jeune talent théâtre ” de la SACD, Prix de l’interprétation féminine du festival, Molière 2016 du Seul(e) en scène et lauréat du Prix du jeune théâtre de l’Académie française en 2016. Adapté au cinéma, Les Chatouilles ou la danse de la colère a été consacré par deux César (meilleure adaptation et meilleur second rôle féminin – Karin Viard). Andréa Bescond passe aujourd’hui le flambeau à Déborah Moreau, sublime interprète de cette histoire terrible, émouvante et parfois drôle.

Auteur :Andréa Bescond
Artiste : Déborah Moreau
Metteur en scène : Eric Métayer

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Andréa Bescond : “Violer un enfant est un crime, ce n’est pas de l’amour”

Quelles sont ces chatouilles évoquées dans le titre, que raconte l’histoire ?
Les Chatouilles, c’est l’histoire d’Odette, la protagoniste qui est une petite fille qui a été violentée sexuellement vers l’âge de 8-9 ans. Et avec Les Chatouilles, que ce soit le spectacle ou le film, on va suivre son trajet vers la reconstruction, vers la résilience. Donc c’est plutôt porteur d’espoir, comme quoi on peut toujours se sortir d’un immense traumatisme, même si l’idéal serait que ça n’arrive jamais. 
Et on parle des chatouilles puisque généralement, les pédocriminels utilisent un terme assez joli pour définir l’indicible, et c’est le terme que Gilbert utilise pour amadouer Odette et la manipuler.”


On ne dit pas pédophilie mais pédocriminalité ?
“Oui, on dit pédocriminalité puisque violer un enfant est un crime, ce n’est pas de l’amour. Et pédophilie, si on revient aux racines du mot, c’est amour de l’enfant, alors que non, on n’aime pas un enfant quand on le viole, c’est un crime.”

Comment on traite un sujet aussi sensible ?
“Je suis passée par là, c’est quelque chose qui est très inspiré de ma vie. J’ai eu un trajet forcément compliqué, en même temps avec l’amour de la danse, j’ai eu la chance d’avoir la scène comme maison. C’est un endroit où j’ai pu déverser toute ma colère, toute l’injustice que je ressentais d’avoir subi ça. 
Donc c’est l’angle qu’on a choisi. Moi je suis auteur de la pièce, Eric Métayer est le metteur en scène, et c’est aussi l’homme qui partage ma vie. C’était indispensable pour nous de donner des soupapes de décompression au public, parce qu’on voulait respecter ce public. On voulait surtout que le discours soit audible parce que ce qui est important est que le public entende et comprenne tous ces mécanismes-là. 
On aime le divertissement et ce spectacle est un très beau spectacle interprété par une comédienne qui fait toute une galerie de personnages. C’est vraiment de la comédie humaine, on passe du rire aux larmes. Les critiques ont souvent dit que c’était un ascenseur émotionnel et c’est vrai, avec le recul, je peux en témoigner. Je pense qu’on rit autant qu’on pleure qu’on est en colère. Et quand on sort, on a juste envie d’embrasser nos enfants et de leur dire qu’on sera toujours là pour les protéger.”


Vous savez probablement qu’en Polynésie les violences intrafamiliales, les coups, l’inceste, occupent la majeure partie des sessions d’assises. Avec votre regard extérieur, comment expliquez-vous qu’une société, qui chérit autant ses enfants, puisse tolérer qu’ils soient violés, jusqu’au sein de leur famille ?
“Je crois qu’il faut revenir aux racines de la violence. Je pense que quelqu’un qui viole un enfant est quelqu’un qui n’a peut-être pas forcément été violé lui-même mais en tout cas a subi des violences quelles qu’elles soient dans son enfance. Je pense qu’il est important d’être suivi par un bon thérapeute, je crois que c’est essentiel. Après, pour protéger nos enfants aujourd’hui, vous parliez d’inceste et effectivement, 80% de la pédocriminalité se situe dans le cadre familial, dans l’inceste, donc il faut que tous les adultes autour des enfants, dans les familles, cessent d’être des complices passifs, cessent de dire : ok, je vois des choses, elles ne sont pas normales, mais ça ne me regarde pas. Ce n’est pas vrai, la situation d’un enfant, quelle qu’elle soit, regarde tout le monde. C’est un acte citoyen que de signaler un comportement déviant, c’est important. Je pense qu’on peut protéger nos enfants en leur parlant, en leur faisant confiance, en ne se disant pas : mince, si je leur parle de leurs parties intimes, ça va leur mettre des idées dans la tête. Non, ce n’est pas vrai. Protéger un enfant en leur disant, ce sont tes parties intimes, personne n’a le droit d’y toucher, ça ne sera jamais de ta faute si quelqu’un le fait, et surtout vient me parler, je suis là pour te protéger, c’est mon rôle. C’est mon devoir d’adulte.”

Source : TNTV – Rédaction web avec Sophie Guébel