Agressions sexuelles

Pourquoi j’ai gardé le secret pendant 20 ans – 10 raisons pour lesquelles les enfants ne révèlent pas les agressions sexuelles

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J’étais une jeune adulte la première fois que j’ai dit à une figure d’autorité que j’avais subi des violences sexuelles. La réaction a été loin d’être idéale.
“Si votre enfance était si mauvaise, pourquoi avoir attendu jusqu’à maintenant pour en parler à quelqu’un ?”
L’assistante sociale qui m’a posé cette question manquait totalement de sensibilité et n’était pas particulièrement douée dans son travail. Néanmoins, elle avait raison. J’ai gardé le secret sur mes sévices sexuels pendant 20 ans. Les agresseurs sexuels comptent sur le secret avec leurs victimes. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les enfants ne parlent pas à quelqu’un de leur agression ?


Voici dix raisons, ainsi que des expériences de victimes, qui expliquent pourquoi les enfants gardent le secret.

Ils ne savaient pas qu’il s’agissait d’un acte de violence.
Un agresseur sexuel prend son temps pour se frayer un chemin dans la zone de confort d’un enfant. Souvent, il se trouve déjà dans la sphère de confiance. Il peut être, par exemple, un membre de la famille, un membre du clergé ou un enseignant.
Les violences débutent généralement par des gestes acceptables. “Les sévices que j’ai subis dans mon enfance ont commencés à l’heure des histoires, des petits frottements de dos et des câlins avec mon père. Qu’y a-t-il de plus innocent que cela ?” – Toni C.

Ils ne se souviennent pas des agressions.
L’une des réponses les plus courantes au traumatisme est de l’oublier. Ces souvenirs s’enfouissent jusqu’à ce qu’un événement extérieur déclenche le retour des souvenirs chez la victime.
Ce réveil des souvenirs peut se produire à tout moment dans la vie du survivant. Il se peut aussi qu’il ne se produise pas du tout.
“J’avais 17 ans lorsqu’un cauchemar a fait surgir le souvenir de l’agression sexuelle commise par une baby-sitter qui s’était occupée de moi quand j’avais 6 ans. – Toni C.

Ils pensent que l’agression est de leur faute
L’agresseur fait porter la responsabilité de l’acte à la victime. Le fait de blâmer la victime donne à l’agresseur non seulement le sentiment que ses actes sont justifiés, mais contribue aussi à la faire taire. Si un enfant a l’impression d’avoir participé à un acte répréhensible, il est peu probable qu’il le dise à qui que ce soit de peur d’être puni.
“Mon agresseur m’a dit qu’il voulait résister, mais que j’étais trop tentant. Je ne savais pas ce qu’était la tentation. Je pensais que j’avais fait quelque chose de mal et que c’était cela qui avait provoqué l’agression”. - Anonyme

Ils ont peur de parler à qui que ce soit de ces violences
Les agresseurs utilisent des tactiques de torpeur pour faire taire les enfants sur les violences sexuels. Ils peuvent menacer de blesser ou de tuer l’enfant, ou les personnes que l’enfant aime.
“Mon père me disait que si j’en parlais, il agresserait ma sœur. Je ne savais pas qu’il disait la même chose à ma sœur . – Anonyme

Ils ont honte des agressions

Les victimes de sévices sexuels ont honte de ces violences. Lorsqu’une victime ose en parler, on lui pose des questions difficiles et embarrassantes et on lui fait subir des examens physiques invasifs. Tout cela ne fait qu’ajouter au fardeau de la honte. “Quand j’avais 13 ans, ma mère m’a demandé avec désinvolture : “Tu te souviens de cette chose qui s’est passée avec ton père quand tu étais petite ? Est-ce que ça va ?” J’ai tout de suite su de quoi elle parlait, et ça m’a fait honte. J’ai rapidement dit que j’allais bien et j’ai changé de sujet. Elle ne m’a plus jamais demandé”. - Toni C.

Ils ne font confiance à personne avec leur secret
Même dans les cas où un enfant aimerait révéler son secret, il se peut qu’il n’ait personne à qui le confier en toute sécurité. Dans ce cas, le choix le plus sûr pour un enfant maltraité est de se taire.
“J’avais l’habitude de poser juste quelques mots avec quelqu’un en qui je pensais pouvoir avoir confiance. C’était ma façon de les tester. Ça n’a jamais bien tourné, alors je n’ai jamais révélé mon grand secret à personne.” - Toni C.

Ils ne veulent pas faire de mal à ceux qu’ils aiment
La plupart des agressions se produisent à proximité ou au sein du foyer. Pour qu’un adulte puisse se rapprocher d’un enfant, il faut qu’on lui fasse confiance. Cela signifie que l’enfant a vu une relation amicale, voire amoureuse, entre son agresseur et d’autres personnes de son entourage.
“J’ai voulu le dire dès que je me suis souvenu de l’agression sexuelle. Mais je ne pouvais pas me résoudre à briser ma famille comme ça”. - Jaz G.

Ils pensent qu’ils le méritent
La violence sexuelle est parfois utilisée comme forme de punition. Les enfants sont punis par des figures d’autorité qu’ils respectent. Si une personne qu’ils respectent leur dit qu’ils méritent cette punition, ils la croient.
“Je regardais les autres enfants heureux et me demandais ce que j’avais fait pour être si différent d’eux. Je pensais à toutes les mauvaises choses que j’avais faites et je me demandais si c’était la cause de ces agressions sexuelles”. – Toni C.

Ils n’ont pas la terminologie pour le dire
Les enfants ne savent généralement pas grand-chose de la sexualité. Il se peut qu’ils soient trop jeunes pour comprendre ce que c’est. Cela peut aussi être dû au fait qu’ils n’ont pas été éduqués à ce sujet. Même s’ils en connaissent quelque chose, ils peuvent ne pas se rendre compte que ce qu’ils vivent est sexuel. Il se peut aussi qu’ils n’aient pas le vocabulaire ou les notions nécessaires pour exprimer ses expériences.
“J’avais 4 ans lors de mon premier souvenir d’agression. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait. Je pensais que c’était juste une autre de ces choses bizarres que font les adultes”. – Toni C.

Ils pensent que personne ne les croira
J’ai gardé la raison la plus importante pour la fin. C’est une crainte que partagent la plupart des victimes. Souvent, leurs agresseurs sont des personnes qui ont la confiance et l’amour de tous ceux qui entourent l’enfant. L’agresseur dira souvent à l’enfant que personne ne le croira. La victime verra fort probablement d’autres victimes se manifester dans les médias ainsi que les réactions d’incrédulité qui s’ensuivent.
“J’ai essayé de dire à la mère de mon amie que son mari m’avait tripotée. Elle a dit qu’il m’avait accidentellement frôlé. Elle a refusé d’en entendre plus et m’a exclue de la vie de mon amie”. – Anonyme


Que pouvez-vous faire pour nous aider ?
Ce ne sont là que quelques-unes des raisons pour lesquelles les enfants peuvent ne pas en parler. L’important est de se rappeler que toutes ces raisons sont valables. L’agresseur est celui qui est en tort, pas la victime.
La meilleure chose que vous puissiez faire pour une victime d’agression sexuelle est d’être présent. Ne lui demandez pas pourquoi elle n’a rien dit. Écoutez-la simplement, et croyez-la.
Si je pouvais parler aujourd’hui à l’assistante sociale qui a mis ma parole en doute dans ma jeunesse, je lui dirais : “Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles je n’ai rien dit quand j’étais enfant et aucune d’entre elles n’a d’importance. Je le dis maintenant parce que mon histoire m’appartient. C’est à moi de choisir comment et quand la raconter”.

Traduction par courtoisie depuis Medium

Addiction

”’Mon travail est de convaincre les survivants d’agressions sexuelles que ce n’était pas de leur faute”.

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témoignage

J’apporte mon soutien aux hommes qui ont subi des violences sexuelles, y compris ceux qui vivent dans la rue. Parfois, j’ai un peu de mal…

Lundi

Le fait de courir au travail – à Survivors UK, une organisation caritative qui soutient les hommes victimes de violence sexuelle – est crucial pour me préparer à cette journée. A mon arrivée, je me lave dans le lavabo (il n’y a pas de douche) et je rencontre l’un des conseillers indépendants en matière de violence sexuelle.

Son client, Bernie, a fait une tentative de suicide et nous réfléchissons ensemble à la façon dont nous pouvons l’aider. Il est en train de passer par le système de justice pénale ; cela engendre souvent un sentiment de colère et d’impuissance chez tout le monde.

Ensuite, je conseille quelques clients. Je m’inquiète pour Mark – ses pensées suicidaires ne cessent de croître parce qu’il ne peut pas voir ses enfants. Terry est terrifié à l’idée d’avoir des enfants, de peur que les gens pensent qu’il va en abuser. Jay est vraiment aux prises avec la drogue et le sexe, et il s’injecte de la méthamphétamine en cristaux au moins une fois par semaine. Ce sont là autant de façons différentes d’essayer de supporter l’impact de la violence sexuelle.

Mardi

Aujourd’hui, je travaille avec des clients qui sont hébergés dans des logements accompagnés, généralement des sans-abri qui ont été placés là. La consommation d’héroïne et de crack de Gary est inquiétante. Sans abri depuis l’âge de 13 ans après avoir fui un père alcoolique violent qui l’a agressé sexuellement, il a été victime d’un viol collectif dans la rue lorsqu’il était adolescent.

Gary pleure la perte de contact avec sa mère, qui a fait passer son père avant lui. Il est en colère et a l’impression qu’il n’a pas réussi à protéger sa mère de son père. “Je l’ai laissé me violer pour qu’il ne lui fasse pas de mal, mais il l’a violée aussi.” Comment lui faire comprendre qu’il était un enfant et que c’est son père qui est seul responsable ? Moi aussi, je suis en colère. Je rentre chez moi et je coupe des carottes pour la soupe. Ça aide.

Mercredi

Il y a un message de la personne qui gère notre webchat – le service de discussion en ligne. Elle a eu une conversation WhatsApp avec un jeune de 16 ans vivant au Pays de Galles qui lui a dit qu’il venait d’être violé. Il était désemparé et très indécis sur ce qu’il devait faire. Nous veillons à lui donner l’occasion de s’exprimer sur ce qui vient de se passer et à lui donner l’occasion de s’entretenir avec toutes les agences locales concernées.

Le soir, j’assiste à une pièce de théâtre suivie d’une table ronde de discussion. La représentation traite des traumatismes sexuels, du VIH, du chemsex, ou sexe chimique, de l’homophobie, ainsi que de la lutte pour créer des relations constructives avec ces drames en toile de fond.

Jeudi

De retour à Westminster, cette fois-ci avec des gens qui sont dans des foyers ou dans la rue. Je suis stupéfaite de la capacité des gens à survivre, compte tenu de leur passé et des circonstances actuelles. Barry a 50 ans. Enfant unique dont la mère avait de graves problèmes de santé mentale, il a été pris en charge par un foyer et y a été victime d’abus sexuels.

On se retrouve à Pret. Il hurle après un homme d’affaires en costume qui le fixe. Barry mesure 1,80 m, est de toute évidence sans abri et a un problème de toxicomanie. Lui et moi formons une sacrée paire au milieu de la foule à l’heure du déjeuner. Sa consommation de cannabis de synthèse explose. J’ajoute “m’occuper du cannabis???” à ma liste de choses à faire.

Vendredi

De retour au bureau. Nous apportons nos conseils à une société de production télévisée sur la meilleure façon d’élaborer un scénario sur l’abus sexuel masculin. Internet est en panne et nous n’avons plus de sachets de thé. Je parle à une femme en colère qui estime que nous devrions faire davantage pour mettre fin aux abus sexuels dans l’enfance et à une autre personne qui semble suicidaire, mais qui, comme on a pu le constater en fin d’appel, était en train de se masturber au son de la voix pleine d’empathie que je lui portais. Je n’ai pas rayé une seule chose de ma liste.

Samedi

À bien des égards, le samedi est mon jour préféré de la semaine. J’anime une séance de groupe de survivants masculins. La pièce est électrique. La honte, l’isolement et l’auto-récrimination vacillent et échouent dans une étincelle de connexion, de sollicitude et de guérison.

Dimanche

Une journée de repos entre amis, des promenades solitaires qui nourrissent le cœur et l’âme, la lecture qui m’emmène dans des lieux magiques, la course à pied et les chats avec qui je partage ma maison. Je consulte mon téléphone professionnel pour lire un texte injurieux. Je prépare une tasse de thé.


Traduit par courtoisie de The Guardian

Agressions sexuelles

Des répercussions importantes de l’ESPT sur la vie sexuelle et comment y faire face.

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traumatisme inceste

La dysphorie post-coïtale, ou le blues post-sexe, peut avoir un impact énorme sur les survivants de traumatismes – même pendant les rapports sexuels agréables.

Lela Vásquez, une survivante de 23 ans, n’a jamais compris pourquoi elle pleurait après avoir eu des rapports sexuels avec des partenaires compréhensifs ou après s’être masturbée. Ce n’est qu’à l’âge de 18 ans, alors qu’elle avait eu de multiples relations sexuelles, qu’elle s’est rendu compte que la dépression profonde qu’elle ressentait après toute expérience sexuelle était liée à son trouble de stress post-traumatique dû aux abus.

Vásquez s’en est occupée seule jusqu’à il y a six mois, lorsqu’elle a appris que son expérience était si courante chez les victimes d’agression sexuelle qu’il y avait même un terme pour y faire référence.

La dysphorie post-coïtale, aussi connue sous le nom de blues post-sexe ou tristesse post-coïtale, fait référence à des sentiments intenses de tristesse, d’agitation ou de colère après un rapport sexuel consenti, ou une masturbation, même agréable et intime . Selon Jill McDevitt, éducatrice en sexualité et sexologue chez CalExotics, une marque de jouets sexuels pour adultes, les symptômes de la dysphorie post-coïtale comprennent “l’anxiété, la dépression, un sentiment de vide, de mélancolie ou des pleurs”.

C’est précisément ce que Vásquez vivait. Bien que la guérison d’un traumatisme sexuel soit rarement – sinon jamais – un processus simple ou prévisible, la recherche montre que l’ESPT peut avoir des répercussions importantes sur la santé physique et psychologique. Cela concerne aussi la vie sexuelle.

Et pourtant, l’impact de l’ESPT sur le bien-être sexuel des survivants est encore largement considéré comme un sujet tabou et, souvent, les problèmes de santé liés au sexe et à l’intimité ne sont pas traités en raison des préjugés.

Il est temps de changer cela.

N’importe qui peut souffrir de dysphorie post-coïtale, mais les études indiquent qu’elle est fortement liée à des antécédents d’agression sexuelle.

Quarante-six pour cent des femmes ont déclaré avoir souffert de dysphorie post-coïtale au moins une fois au cours de leur vie, selon une étude réalisée en 2015 par la revue Sexual Medicine, et les antécédents d’abus sexuel chez les enfants se sont révélés être le facteur le prépondérant. Des expériences de violence physique, psychologique et sexuelle à l’âge adulte semblent également être des facteurs de risque. De plus, de nouvelles recherches publiées dans le Journal of Sex and Marital Therapy montrent que les antécédents de maltraitance sexuelle chez les enfants sont associés à une dysphorie post-coïtale chez les hommes.

Bien que la dysphorie post-coïtale ne soit pas largement reconnue, elle représente une réponse courante et normative au traumatisme, a déclaré Patti Feuereisen, fondatrice de GirlThrive et psychologue auprès de survivants depuis plus de 30 ans.

Beaucoup de survivants se dissocient ou, pour ainsi dire, se ” déconnectent ” au moment de l’agression, et ce sentiment peut persister bien des années après, dit Feuereisen. En fait, la dissociation est l’un des symptômes courants de l’ESPT, ce qui fait que les victimes ont plus de difficulté à se sentir en contact avec elles-mêmes, leur corps, leurs proches et le monde qui les entoure.

Pour de nombreuses victimes atteintes d’ESPT, le simple fait d’être présent durant les rapports sexuels peut être douloureux et déclencheur sur le plan émotionnel – même lorsqu’elles ont un partenaire qui les soutient et les respecte.

Les survivants peuvent avoir des flashbacks liés au syndrome de stress post-traumatique pendant les rapports sexuels, ce qui peut faire naître un blues post-sexe.

“La dysphorie post-coïtale est plus fréquente chez les victimes d’agression sexuelle, explique Stefani Threadgill, sexothérapeute du Texas, parce que les souvenirs du traumatisme sont stockés dans les parties du cerveau associées à la survie – l’amygdale et l’hypothalamus – qui peuvent se déclencher pendant une expérience sexuelle “.

Les experts s’entendent pour dire que les soins personnels réguliers, tant dans la chambre qu’à l’extérieur, sont un élément clé pour surmonter ce problème.

“Il faut s’arrêter tout de suite… prendre soin de soi, peu importe ce que l’on fait”, dit Feuereisen. ” Votre partenaire peut se lever et vous apporter une tasse de thé. Ceci va commencer à restructurer et à transformer l’expérience.”

Le fait de transformer une expérience traumatisante – ou de redéfinir une situation négative en une situation positive – peut être stimulant et bénéfique.

L’une des façons d’y parvenir est de pratiquer l’intimité intentionnelle pendant une vingtaine de minutes avec son partenaire ou par soi-même, dit Feuereisen. En termes simples, l’intimité intentionnelle consiste à réserver du temps dans un emploi du temps chargé pour stimuler la connexion – qu’elle soit sexuelle, émotionnelle, physique ou spirituelle – entre vous ou pour vous-mêmes.

“Avec l’intimité intentionnelle, on peut choisir ce que l’on veut, c’est tout. Pour les survivants, c’est une chose merveilleuse “, dit Feuereisen. ” Vous devez réapprendre à jouir de votre sexualité. Pour être bien, il faut passer par ces sentiments,[et] vous ne pouvez plus vous dissocier de ces émotions.”

McDevitt adopte une approche similaire avec les personnes souffrant de dysphorie post-coïtale. “Nous nous efforçons de qualifier ce que l’on entend par ” joyeux et détendu ” et ce à quoi cela ressemble, si la personne recherche une sensation de joie et de détente après les rapports sexuels”, a-t-elle dit. “Ensuite, nous revenons en arrière, divisant notre objectif en étapes successives.”

Summer, une survivante de 41 ans, a vécu avec une dysphorie post-coïtale liée à l’ESPT pendant près de 13 ans. (…) Elle se sentait “morte à l’intérieur” et elle tremblait et pleurait de façon incontrôlable, dit-elle. Mais une grande partie de son processus de guérison a consisté à reconstruire ses expériences sexuelles avec une personne aimée en qui elle avait confiance.

“Avec le temps, et un partenaire bienveillant, aimant et compréhensif, j’ai appris à me sentir en sécurité et valorisée”, a dit Summer, ajoutant que cela fait environ dix ans depuis sa dernière crise de dysphorie post-coïtale.

Bien que la honte entourant les troubles psychologiques et la santé sexuelle persiste, il n’y a aucune honte à faire appel à un professionnel de la santé pour le blues post-sexe.

“J’ai encore beaucoup de mal avec la dysphorie post-coïtale, mais mon idée est d’accepter les émotions, d’attendre que la vague passe et de planifier en conséquence”, explique Vásquez. “Apprendre à faire face à ma dysphorie post-coïtale a indéniablement fait partie de mon processus de rétablissement post-traumatique.”

Le blues post-sexe ne signifie pas qu’un survivant atteint d’ESPT est détruit ni qu’il est “endommagé”. Ce n’est pas un signe de défaillance psychologique. La dysphorie post-coïtale signifie simplement que le processus de transformation est en cours et que, par-dessus tout, la personne est un être humain.

” La chose la plus importante à retenir ici est que vous devez vous réapproprier votre propre pouvoir si vous avez subi un traumatisme sexuel “, dit Feuereisen. ” Quand vous y travaillerez, vous aurez parfois des moments où la dysphorie post-coïtale reviendra, mais ce ne seront que quelques instants.”

Traduit et adapté par courtoisie de Huffpost

Abus sexuel

Comprendre et traiter les survivants de l’inceste

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Les adultes qui ont été victimes de violence pendant leur enfance présentent un défi particulier pour les thérapeutes. Par exemple, ces clients ont souvent de la difficulté à établir et à maintenir une alliance thérapeutique. Leur vision du thérapeute peut rapidement passer de très favorable à très défavorable en fonction de leurs états émotionnels fluctuants. De plus, ils peuvent anxieusement penser que le thérapeute va les abandonner et ainsi augmenter la pression sur le thérapeute pour qu’il leur prouve le contraire. Ironiquement, les tentatives de sécurisation de la part du thérapeute peuvent en fait avoir pour effet de valider les craintes d’abandon chez ces personnes.

Pour nombre d’entre eux, la méfiance à l’égard des gens en général en est la cause – et souvent pour à juste titre. Cet article explore les aspects psychologiques et interpersonnels de l’abus sexuel d’un enfant par un parent et son traitement, avec une emphase particulière sur sa relation au traumatisme de la trahison, la dissociation et le trauma complexe.

Les mauvais traitements infligés aux enfants par leurs parents, quels qu’ils soient, constituent une expérience particulièrement négative qui touche souvent les survivants à des degrés différents au cours de leur vie. Cependant, l’abus sexuel d’enfant commis par un parent ou un autre membre de la famille – c’est-à-dire l’inceste – est associé à des symptômes psychologiques et des blessures physiques particulièrement graves pour de nombre de survivants. Par exemple, les survivants de l’inceste père-fille sont plus susceptibles de se sentir dépressifs, meurtris et psychologiquement blessés que les victimes d’autres types de violences. Ils sont également plus susceptibles de déclarer avoir été éloignés de l’un ou des deux parents et d’avoir été méprisés lorsqu’ils ont voulu relater leur expérience. Les autres symptômes incluent une faible estime de soi, le dégoût de soi, la somatisation, une faible auto-efficacité, des difficultés interpersonnelles omniprésentes et des impressions de saleté, d’inutilité, de honte et d’ impuissance.

L’une des conséquences particulièrement dommageable de l’inceste est l’association traumatique, dans laquelle les survivants incorporent les idées aberrantes de leurs agresseurs au sujet de la relation incestueuse. Ainsi, les survivants associent souvent l’abus à une forme de relation affective qui, par la suite, influence négativement leur choix de relations amoureuses. Cela peut souvent mener à une série de relations abusives.

Selon Christine Courtois (Healing the Incest Wound : Adult Survivors in Therapy) et Richard Kluft (“Ramifications of Incest” – Psychiatric Times), une plus grande sévérité des symptômes est corrélée à :

Durée d’abus plus longue / Épisodes fréquents d’abus / Pénétration / Degré élevé de force, de contrainte et d’intimidation / Inceste transgénérationnel / Un agresseur de sexe masculin / Proximité de la relation / Participation passive ou volontaire / Avoir une réponse physique au stimuli / Blâme de soi et honte / Inceste observé ou signalé qui se poursuit / Blâme parental et jugement négatif / Échec des réponses institutionnelles : honte, blâme, efforts inefficaces / Début à la petite enfance

L’inceste qui commence à un jeune âge et se poursuit pendant de longues périodes – la durée moyenne de l’inceste étant de quatre ans – entraîne souvent des comportements d’évitement (par exemple, le fait d’éviter des relations et divers phénomènes dissociatifs). Ces techniques d’adaptation développées à la suite du traumatisme constituent le fondement des interactions interpersonnelles présentes et futures et deviennent souvent des réponses immédiates à tous ou partie des situations de stress.

Plus que tout autre type de violence envers les enfants, l’inceste est associé au secret, à la trahison, à l’impuissance, à la culpabilité, à la loyauté conflictuelle, à la peur des représailles, à la culpabilité et à la honte de soi. Il n’est donc guère surprenant que seulement 30 % des cas d’inceste soient signalés par les survivants. (…)

Des études ultérieures sur les survivants de l’inceste ont révélé que le fait d’être érotisé tôt dans la vie perturbait la sexualité adulte de ces personnes. Comparativement aux groupes non soumis à l’inceste, les survivantes ont eu des rapports sexuels plus tôt, ont eu plus de partenaires sexuels, étaient plus susceptibles d’avoir des rapports occasionnels avec des personnes en-dehors de leur couple et étaient plus susceptibles de se prostituer. Ainsi, les survivants de l’inceste courent un risque accru de re-victimisation, souvent sans se rendre compte qu’ils sont victimes d’abus. Cette situation crée souvent de la confusion chez les survivantes car la frontière entre participation involontaire et volontaire à un comportement sexuel est floue.

Un article de Sandra Stroebel et ses collègues, publié en 2013 dans ”Sexual Abuse : A Journal of Research and Treatment”, indique que les facteurs de risque d’inceste père-fille sont les suivants:

Exposition à la violence verbale ou physique / familles qui acceptent la nudité père-fille / familles dans lesquelles la mère n’embrasse jamais sa fille (l’affection maternelle manifeste a été identifiée comme un facteur de protection contre l’inceste père-fille). / familles ayant un homme adulte autre que le père biologique à la maison (c.-à-d. un beau-père ou une figure paternelle de remplacement)

Enfin, des recherches qualitatives indiquent que, dans certains cas, les mères qui ont été victimes de violence sexuelle dans leur enfance contribuent à la succession d’événements qui ont mené à l’inceste père-fille, de façon délibérée ou non. De plus, dans les cas où une mère choisit l’agresseur plutôt que sa fille, l’abandon par la mère peut avoir un impact plus négatif sur sa fille que la violence elle-même. Ce rejet non seulement renforce le sentiment d’inutilité et de honte de la victime, mais lui suggère aussi qu’elle “méritait” en quelque d’être abusée. Par conséquent, la re-victimisation devient souvent la règle plutôt que l’exception, une prophétie qui se réalise d’elle-même et qui valide le sentiment dévalorisant que ressentent la victime à l’égard de son intégrité.

Au-delà du préjudice physique et psychologique causé par l’inceste père-fille, Courtois note que la dynamique familiale qui en résulte se caractérise par :

le conflit parental / les messages contradictoires / la triangulation (parents contre l’enfant ou parents-victime contre l’autre parent) / le lien parent-enfant inapproprié dans un climat de déni et de secret

De plus, les victimes sont moins susceptibles de recevoir soutien et protection, en raison du déni et de la loyauté à la famille, que lorsque l’agresseur est en dehors de la famille ou un étranger. Ensemble, ces circonstances créent souvent chez les survivants un sentiment d’identité perverti et des relations faussées avec eux-mêmes et les autres. Si l’inceste commence à un jeune âge, les survivants développent souvent un sentiment inhérent de méfiance et de danger qui imprègne leurs perceptions des relations et du monde dans son ensemble.

Théorie du traumatisme de la trahison

La théorie du traumatisme de la trahison est souvent associée à l’inceste. La psychologue Jennifer Freyd a introduit le concept pour expliquer les effets du traumatisme perpétré par une personne dont dépend l’enfant. Freyd soutient que le traumatisme de la trahison est plus néfaste sur le plan psychologique que le traumatisme commis ou causé par un non tuteur. La théorie du traumatisme de la trahison postule que dans certaines conditions, la trahison nécessite une ” cécité de la trahison ” dans laquelle la personne trahie n’a pas conscience ou mémoire consciente de la trahison “, écrit Freyd dans son livre Trauma de la trahison : La logique de l’oubli de la violence envers les enfants.”

La théorie du traumatisme de la trahison est fondée sur la théorie de l’attachement et est cohérente avec l’idée d’adaptation pour empêcher la plupart ou toute information sur l’abus (particulièrement l’inceste). Sans cela, une conscience totale de la violence reconnaîtrait que la dénonciation de la trahison pourrait mettre en danger la relation d’attachement. Cette ” cécité à la trahison ” peut être considérée comme une réaction adaptative évolutive et non pathologique à une menace à la relation d’attachement avec l’agresseur, ce qui explique l’amnésie dissociative sous-jacente chez les victimes d’inceste. Dans ces circonstances, les survivantes ignorent souvent qu’elles sont victimes de violence ou elles se justifient, voire se blâment. Dans les cas graves, les victimes ont souvent peu ou pas de souvenirs de la violence ou une cécité complète de la trahison. Dans de telles conditions, la dissociation est vitale pour la victime, du moins pendant un certain temps.

Prenons le cas de Ann, qui a été agressée physiquement et sexuellement de façon répétée et grave par son père de 4 à 16 ans. À l’âge adulte, Ann n’avait que peu ou pas de souvenirs de la violence. À la suite de la violence, elle avait développé neuf autres identités, dont deux contenaient des souvenirs frappants de la violence sexuelle et physique. Grâce à la thérapie, elle a pu prendre conscience des neuf identités alternatives et de leurs fonctions, et y avoir accès. Bien qu’Ann ait exprimé son dégoût et sa colère envers son père, elle a aussi exprimé son amour pour lui. Il lui arrivait de regretter d’avoir révélé la violence, disant que “ce n’était pas si grave” et que la pire chose qui lui était arrivée était qu’elle avait perdu son “papa”. Durant ces moments, Ann a minimisé la gravité de l’abus, souhaitant avoir gardé le secret de l’inceste pour qu’elle puisse toujours avoir une relation avec son père. Il s’agissait d’un désir intermittent pour Ann qui s’est manifesté tout au long de la thérapie et même après.

Il est donc essentiel de comprendre les concepts d’attachement pour comprendre les traumatismes de trahison comme l’inceste. Autrement, les thérapeutes pourraient être enclins à blâmer les survivants ou pourraient se sentir confus et même repoussés par les comportements et les intentions des survivants. Pour de nombreuses survivantes, l’agresseur qui prend soin de l’enfant représente le meilleur et le pire de sa vie à différents moments de la vie. Elle a besoin d’empathie et de soutien, pas de blâme.

La dissociation

Tel que défini dans la cinquième édition du Manuel de Diagnostic et de Statistique des Troubles Mentaux, la dissociation est ” une perturbation et/ou une discontinuité dans l’intégration en temps normal de conscience, de mémoire, d’identité, de perception, de représentation corporelle, du contrôle moteur et du comportement “. En fonction de la gravité de l’abus, les expériences dissociatives peuvent interférer avec le fonctionnement psychologique à tous les niveaux. Les survivants de l’inceste subissent souvent des types de dissociation les plus sévères, comme le trouble dissociatif de l’identité et l’amnésie dissociative (l’incapacité de se rappeler des renseignements autobiographiques). Les expériences dissociatives sont souvent déclenchées par une menace perçue à un niveau conscient ou inconscient.

Comme nous l’avons déjà mentionné, la théorie du traumatisme de la trahison affirme que pour les victimes d’inceste, l’amnésie dissociative sert à maintenir le lien avec une personne dont on est attaché en excluant la connaissance des abus (la cécité de la trahison). En retour, cela réduit ou élimine l’anxiété au sujet de la violence, du moins à court terme. De plus, de nombreux survivants de l’inceste dans l’enfance se souviennent continuellement de la violence, ainsi que de l’anxiété et de la terreur qu’elle leur causait. Souvent, ces personnes trouvent un moyen de quitter leur foyer et leur agresseur. C’est moins souvent le cas pour les survivants qui souffrent d’amnésie dissociative ou de trouble dissociatif de l’identité.

La dépersonnalisation et la déréalisation déforment le sens de soi et son apport sensoriel de l’environnement à travers les cinq sens. Par exemple, les personnes qui ont vécu l’inceste signalent souvent que leur monde extérieur, y compris les personnes, les formes, les tailles, les couleurs et l’intensité de ces perceptions, peuvent changer rapidement et radicalement à certains moments. De plus, ils peuvent signaler qu’ils ne se reconnaissent pas dans un miroir, ce qui les amène à se méfier de leurs propres perceptions.

Comme l’a dit une survivant de l’inceste de 31 ans : “Pendant toutes ces années, tout en moi et autour de moi a été irréel, terne, morne, morcelé, distant.” C’est un exemple de dépersonnalisation / déréalisation. Elle a poursuivi : ” Ceci, avec les trous de mémoire, l’oubli et l’incapacité de se rappeler des choses simples de tous les jours, comme conduire une voiture ou se souvenir du processus étape par étape pour se préparer pour la journée, m’a fait sentir folle. Mais au fur et à mesure que je progressais en thérapie, mes perceptions de mon monde intérieur et extérieur devenaient plus claires, plus stables, plus lumineuses et plus distinctes qu’avant. Tout avait plus de sens et paraissait plus normal. Il m’a fallu des années pour voir le monde tel que d’autres le voient. De temps en temps, j’éprouve encore cette déconnexion et cette confusion, mais beaucoup moins souvent qu’avant.”

Au début, une menace réelle ou perçue déclenche les perceptions déformées du soi et de la réalité extérieure, mais elles finissent par devenir une manière préétablie de percevoir le monde. Des rapports comme celui-ci ne sont pas rares pour les survivants de l’inceste et sont souvent exacerbés au fur et à mesure que ces personnes se souviennent et intègrent leurs expériences traumatisantes dans un récit de vie cohérent. Pour de nombreux survivants, le sentiment de cohérence et de stabilité est en grande partie une expérience nouvelle ; pour certains, il peut être menaçant et déclencher des expériences dissociatives supplémentaires. L’adage “mieux vaut un diable familier qu’un ange inconnu” semble s’appliquer ici.

La gravité de la dissociation chez les survivants de l’inceste est liée à l’âge d’apparition du traumatisme et à une association de dose-effet, plus l’exposition est précoce, plus les sévices sont fréquents, plus la gravité du handicap est élevée sur toute la vie. L’inceste est associé aux formes les plus graves de symptômes dissociatifs tels que le trouble dissociatif de l’identité. Environ 95 à 97 pour cent des personnes atteintes d’un trouble dissociatif de l’identité déclarent avoir été victimes de violence sexuelle et physique grave pendant leur enfance.

La fragmentation de la perception de soi, accompagnée de l’amnésie des souvenirs d’abus, est particulièrement utile lorsque les enfants ne peuvent échapper aux circonstances de l’abus. Ces enfants ne sont pas “présents” pendant la maltraitance, de sorte qu’ils ne sont souvent pas conscients de la douleur physique et émotionnelle qui y est associée. Pourtant, ce sentiment fragmenté de soi contribue à un sentiment de vide et d’absence, à des problèmes de mémoire et à des états de moi dissociatifs. De nombreux survivants de l’inceste sont capables d'”oublier” la violence jusqu’à un certain moment plus tard à l’âge adulte, lorsque les souvenirs sont déclenchés par certains événements ou lorsque le corps et l’esprit ne sont plus capables de les dissimuler. Ceci résulte de l’effet cumulatif des luttes de toute une vie associées à l’inceste (par exemple, les problèmes interpersonnels et la dérégulation émotionnelle). Il faut beaucoup de ressources psychologiques et physiques pour “oublier” les souvenirs traumatiques.

La dissociation, surtout si elle implique des changements continus dans la perception de soi et des autres, des présentations différentes de soi et des problèmes de mémoire, peut entraîner des difficultés à former et à maintenir une alliance thérapeutique. La dissociation perturbe le lien entre la victime et le thérapeute. Elle perturbe également les liens des personnes avec leur expérience intérieure. Si ces dernières ne se perçoivent pas elles-mêmes et leur entourage comme stables, elles se méfieront non seulement de leurs thérapeutes mais aussi de leurs propres perceptions, ce qui crée une confusion permanente.

Par conséquent, les thérapeutes doivent rester attentifs aux fluctuations subtiles ou plus dramatiques des types de communication des survivants, comme les changements dans le contact visuel ou les changements dans les traits du visage, des traits plus engagés et animés qui se transforment en traits de visage sans relief. Les changements dans la tonalité et la cadence de la voix (de verbalement engagée à silencieuse) ou dans la posture du corps (ouverte ou fermée) sont d’autres signes de phénomènes dissociatifs possibles. Bien sûr, tous ces changements, ou aucun d’entre eux, peuvent être des indicateurs de phénomènes dissociatifs.

Traumatisme complexe

L’inceste, le traumatisme de la trahison et les troubles dissociatifs sont souvent des caractéristiques d’une catégorie de diagnostique plus large – le traumatisme complexe. Les victimes d’inceste subissent rarement un seul incident d’abus sexuel et pas seulement des abus sexuels. Il est plus probable qu’ils subissent des abus chroniques et multiples, notamment sexuels, physiques, émotionnels et psychologiques, au sein du système familial, de la part d’adultes qui sont censés assurer leur sécurité et leur épanouissement.

À l’heure actuelle, il n’existe pas de catégorie diagnostique officielle pour les traumatismes complexes, mais on s’attend à ce qu’une catégorie soit ajoutée à la Classification Internationale des Maladies (CIM-11) révisée qui est en cours d’élaboration. Marylene Cloitre, membre du groupe de travail de l’Organisation Mondiale de la Santé sur les troubles liés au stress et aux traumatismes de la CIM-11, note que le nouveau diagnostic de traumatismes complexe est axé sur les problèmes d’auto-organisation résultant d’une exposition répétée ou chronique à des facteurs de stress traumatiques auxquels on ne peut échapper, notamment la violence envers les enfants et la violence familiale. Parmi les critères qu’elle a soulignés pour les traumatismes complexes, il y a :

Perturbations dans les émotions : Affectent la dérégulation, une réactivité émotionnelle accrue, des accès de violence, un comportement impulsif et imprudent, et la dissociation.

Perturbations du soi : Soi vaincu/diminué, marqué par le sentiment d’être diminué, vaincu et sans valeur et par des sentiments de honte, de culpabilité ou de désespoir (prolonge le désespoir).

Perturbations dans les relations : Problèmes interpersonnels marqués par des difficultés à se sentir proche des autres et à s’intéresser peu aux relations ou à l’engagement social en général.

Il peut y avoir des relations occasionnelles, mais la personne a beaucoup de difficulté à les maintenir.

L’apparition précoce de l’inceste et l’exposition chronique à des traumatismes complexes interrompent le développement neurologique typique, ce qui entraîne souvent le passage du cerveau d’apprentissage (cortex préfrontal) au fonctionnement du cerveau de survie (tronc cérébral). Comme l’ont expliqué Christine Courtois et Julian Ford, les survivants ressentent une plus grande activation du cerveau primitif, ce qui entraîne un mode de survie plutôt que l’activation des structures cérébrales qui fonctionnent pour faire des ajustements complexes à l’environnement actuel. Par conséquent, les survivants ont souvent tendance à éviter les menaces plutôt qu’à être curieux et ouverts aux expériences. Les traumatismes complexes minent la capacité des survivants à intégrer pleinement les données sensorielles, émotionnelles et cognitives dans un tout organisé et cohérent. Ce manque de cohérence et de consistance dans la perception de soi et de son environnement peut créer un sentiment quasi permanent de confusion et de déconnexion avec soi et les autres.

L’exposition régulière ou intermittente à des traumatismes complexes crée un état d’anxiété et d’hypervigilance presque continu et l’attente intrinsèque du danger. Les survivants de l’inceste courent un risque accru de déficiences multiples, de revictimisation et de perte de soutien.

Problèmes de traitement

Bien qu’une description complète des traitements dépasse largement le cadre de cet article, je terminerai par un aperçu général des concepts de traitement. Le traitement de l’inceste est parallèle aux approches de traitement des traumatismes complexes, qui mettent l’accent sur la réduction des symptômes, le développement des capacités personnelles (régulation émotionnelle, relations interpersonnelles et identité), le traitement du traumatisme et le traitement des expériences dissociatives.

Les capacités personnelles compromises intensifient la gravité et la chronicité des symptômes. Parmi ces capacités, la dérégulation émotionnelle est un groupe de symptômes majeurs qui affecte d’autres composantes de ses capacités. Par exemple, si une survivante se débat constamment avec une faible tolérance à la frustration pour les gens et s’adapte en évitant les gens, en réagissant de façon défensive, de façon apaisante ou en se dissociant, elle n’aura probablement pas l’occasion d’établir des relations satisfaisantes. Alexandra Cook et ses collègues ont proposé les concepts de base suivants, publiés dans les Psychiatric Annals de mai 2005, pour qu’ils soient pris en considération dans la mise en œuvre d’un schème thérapeutique pour le trauma complexe, notamment pour les victimes d’inceste et avec adaptation aux personnes présentant un trouble d’identité dissociative.

1) Sécurité : Élaborer des procédures de sécurité internes et environnementales.

2) L’autorégulation : Améliorer la capacité de modérer et de rééquilibrer la stimulation dans les domaines de l’état affectif, du comportement, de la physiologie, de la cognition, des relations interpersonnelles et de l’auto-attribution.

3) Traitement de l’information par réflexion sur le sujet : Développer la capacité d’axer les processus de concentration et le fonctionnement exécutif sur la construction d’une narration cohérente de soi, en réfléchissant sur l’expérience passée et présente, l’anticipation et la planification, et la prise de décision.

4) Intégration des expériences traumatisantes : S’engager dans la résolution et l’intégration des souvenirs traumatiques et des symptômes associés par la création de sens, le traitement de la mémoire traumatique, le souvenir et le deuil de la perte traumatique, le développement des habiletés d’adaptation et la promotion de la pensée et du comportement axés sur le présent.

5) Engagement relationnel : Réparer, rétablir ou créer des modèles de fonctionnement efficaces d’attachement et application de ces modèles aux relations interpersonnelles actuelles, y compris l’alliance thérapeutique. L’accent devrait être mis sur le développement des aptitudes interpersonnelles telles que l’affirmation de soi, la coopération, la prise de perspective, l’établissement de frontières et de limites, la réciprocité, l’empathie sociale et la capacité à entretenir une intimité physique et psychologique.

6) Amélioration de l`affect positif : Travailler à l’amélioration de l’estime de soi, de la valorisation de soi et de l’auto-évaluation positive par la stimulation de la créativité personnelle, l’imagination, l’orientation et les perspectives futures, la réalisation, la compétence, la recherche de maîtrise, la création de communauté et la capacité à éprouver du plaisir.

Généralement, ces volets sont prodigués dans le cadre d’un modèle de thérapie en trois phases axé sur les relations, le comportement cognitif et le traumatisme :Sécurité, développement des compétences d’autorégulation et formation d’alliances

Traitement des traumatismes

Consolidation

La partie sur l’engagement relationnel est particulièrement importante car, pour de nombreux survivants, le fait d’être ”attaché” a souvent signifié être maltraité. De plus, les sentiments de honte, de dégoût de soi et de peur de l’abandon qui l’accompagnent créent une ” identité d’échec ” qui se traduit par de maigres espoirs de changement. Par ailleurs, il est important que les thérapeutes abordent les questions de transfert et de contre-transfert. Selon la Courtois, le fait d’ignorer ou de supposer que de tels processus ne sont pas pertinents pour le traitement des survivants peut ébranler le processus et le résultat du traitement.

En outre, les interventions axées sur les capacités sont essentielles à chaque étape pour aider les survivants à développer un sens de leur propre efficacité et à s’apprécier pour les ressources dont ils disposent déjà. La focalisation sur les atouts contribue également à la résilience.Pour certains, des états de soi dissociés ou des parties émergeront. Les thérapeutes doivent présumer que tout ce qui est dit à une partie sera également entendu par les autres. Par conséquent, il est essentiel de résoudre les problèmes de manière à encourager la conversation entre les parties, y compris la structure de base.Il est également important d’aider les parties à résoudre leurs problèmes ensemble et de se soutenir mutuellement. Ce n’est pas toujours une proposition facile. Un objectif à long terme serait une forme d’intégration / fusion ou un accord entre des identités alternatives. Certains survivants parviennent à expérimenter une unification complète des parties, tandis que d’autres réalisent une forme d’intégration sans jamais unifier complètement toutes leurs identités alternatives.Enfin, il convient de mentionner que l’exposition répétée à d’horrifiques histoires d’inceste peut submerger la capacité des thérapeutes de maintenir une relation équilibrée avec des limites claires. Le transfert de la victime peut repousser les limites éthique et thérapeutique de l’alliance victime-thérapeute .

Article de David M. Lawson, Professeur d’éducation thérapeutique et Directeur du Centre de Recherche et de Formation Clinique en Traumatologie de la Sam Houston State University. Ses recherches portent sur les abus sexuels et physiques durant l’enfance, les traumatismes complexes et la dissociation liée aux traumatismes. Il est aussi Conseiller Thérapeutique pour les survivants d’un trouble de stress post-traumatique et de traumatisme complexe.

Traduit et adapté par courtoisie de Counseling Today

Violences sexuelles

Kali, la déesse Hindoue contre l’inceste

Publié le
Jai mata kali,jai mata durge
Kali durge,namo namah
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Kali, la déesse hindoue de la destruction et de la renaissance, est représentée avec de nombreux membres, l’un portant une faucille ensanglantée, une horloge sans aiguilles à la place du visage, et de longs cheveux s’éloignant de son corps, les mèches noires écrivant un message énigmatique. Une jupe de bras pend à sa taille, le torse nu, révélant trois seins. Elle est féroce, menaçante et pourtant sereine.

Le nom de Kali vient du mot sanskrit kala, qui signifie “noir” mais aussi “temps”. Elle est associée à la nuit éternelle et aux ténèbres, elle est le pouvoir transcendant du temps et du changement et elle est aussi la déesse de la libération. Kali est destruction mais aussi création. Elle est la mort, mais aussi la réincarnation. Elle est féroce mais aussi douce. Elle détruit pour donner une nouvelle vie. Kali est l’une des manifestations de la déesse mère Devi Durga. Durga a beaucoup de formes différentes, elle est le principe féminin ultime de la première divinité féminine de l’univers, elle est l’essence de la création. Elle massacre les démons et vit sans la protection ni les directives masculines.