Conseils en psychothérapie – femmes victimes d’incestes, analyse de 59 cas

Objectif

Décrire les distorsions du milieu thérapeutique dans la psychothérapie des patients victimes d’inceste.


Méthode

Nous décrivons une série de cas de 59 femmes victimes d’inceste, et nous résumons la bibliographie actuelle sur la question du transfert et du contre-transfert dans la prise en charge de ces patients.


Résultats

Il y a peu de recherches sur la question du transfert/contre-transfert chez ces patientes.
Nous avons identifié quatre types principaux de contre-transfert (CT), qui ne sont pas exclusifs :
– Le CT vicariant dans lequel le thérapeute assume une attitude négative des parents absents, donne de l’affection, et est toujours enclin à apaiser les angoisses, la peur et les sentiments de culpabilité.
– Le TC du sur-moi, qui vise à punir l’agresseur sexuel, en oubliant parfois les besoins et les revendications de la victime.
– Le TC maternel négatif, dans lequel le thérapeute rend la victime responsable de la perturbation de la famille.
– Le TC parental négatif, dans lequel la figure du père est perçue comme absente, menaçante, séductrice ou insouciante des besoins de sa fille.

Le sexe du thérapeute et l’approche thérapeutique influencent l’approche de ces patients.

Introduction

En étudiant la casuistique générale des abus sexuels sur les enfants et les adolescents au cours des cinq dernières années à l’unité de santé mentale de l’hôpital d’Ancud, au Chili, j’ai recueilli 59 cas de femmes chez qui l’abus sexuel était incestueux, dont la description a donné lieu à plusieurs études. Le sujet de l’abus sexuel dans l’enfance, incestueux ou non, a fait l’objet d’innombrables publications étant donné la relation significative entre cet antécédent et divers tableaux cliniques psychiatriques chez l’adulte.
Il a été suggéré que les atteintes à la personnalité sont plus graves chez les femmes victimes d’abus sexuels intrafamiliaux, même si certains auteurs remettent en question cette conclusion. D’autre part, bien que les études descriptives de la population affectée se soient multipliées, la littérature spécialisée ne contient que peu d’informations sur les lignes directrices psychothérapeutiques recommandées et les difficultés intrinsèques du travail de réhabilitation avec les victimes.

Un aspect qui nous semble particulièrement pertinent dans la psychothérapie de ces cas est celui des sentiments et des attitudes contre-transférentielles de l’équipe qui s’occupe de ces patients, bien qu’il soit rarement mentionné. Ils permettent de mieux comprendre, et bien souvent de confirmer l’abus, ainsi que de mieux répondre à l’offre transférentielle qui nous arrive parfois de manière inattendue.
Nous avons mis l’accent sur la sélection des témoignages et nous reconnaissons plusieurs angles morts, certains dus au sexe du thérapeute, prenant rapidement parti pour les victimes. En d’autres termes, nous avons été amenés à chercher par tous les moyens à punir le coupable, mais nous nous rendons vite compte que les coupables sont parfois nombreux : le père, la mère, un cousin, un agent de santé qui n’a rien fait, un autre de la police qui n’a pas voulu intervenir…

Si nous nous penchons trop sur l’accueil de la victime, nous pouvons tomber dans l’abîme de la victimisation, mais si nous cessons de le faire, nous tomberons dans les réactions transférentielles négatives, gênantes mais compréhensibles, dues à notre froideur et à notre détachement affectif supposés. Comme si ces risques ne suffisaient pas, dans ces deux situations indésirables, nous pouvons rencontrer des actions dangereuses de la part des acteurs, notamment des victimes, depuis les érotisations  dans le transfert jusqu’aux abandons thérapeutiques et aux fuites. En outre, les proches eux-mêmes peuvent osciller entre le sentiment que nous sommes leurs meilleurs alliés et le fait de nous traiter comme des intrus et des destructeurs de foyers.

Tout cela nous amène à soutenir avec d’autres auteurs, que le professionnel qui, dans ces cas, s’occupe quotidiennement des aspects les plus abîmés du fonctionnement humain, risque en permanence de perturber leur équilibre émotionnel, car il s’agit de situations dans lesquelles les adultes, au lieu de protéger et de soutenir, ont exercé leur autorité et leur force avec un maximum de violence sur leurs petites filles. Le traitement de ces aspects traumatiques exerce une pression négative sur la conceptualisation humaine de la vie.

Le contenu de l’étude clinique

Le contenu original de la présentation a été obtenu à partir d’une étude clinique rétrospective de 59 femmes ayant des antécédents d’abus sexuel incestueux dans l’enfance ou l’adolescence par un membre masculin du foyer familial. L’acte incestueux a été défini comme toute approche physique avec des intentions sexuelles entre un homme adulte (18 ans et plus) dans le ménage de la fille : père, beau-père, frère, oncle, cousin, grand-père.

La méthode d’entretien consistait en un entretien psychiatrique clinique, un examen mental habituel et, dans certains cas, des tests psychologiques ont été appliqués, tels que : le test de Rorschach, le test du chat, le test projectif de dessin de figure humaine Machover.

Dans les 59 cas, la fourchette d’âge au moment de la commission de l’inceste variait de 3 à 26 ans, avec un âge moyen de 10,6 ans, avec deux pics, l’un entre 6 et 8 ans (19 cas) et le second entre 12 et 14 ans (17 cas), nous avons constaté qu’il y avait 9 enfants incestueux et un avortement.  L’auteur masculin de l’acte incestueux s’est avéré être le père dans 21 cas, le beau-père dans 14 cas (60% était la figure paternelle) et d’autres parents dans 24 cas. Dans un cas, l’enfant a été abusé par plusieurs membres de la famille simultanément ou successivement.

La durée de la relation incestueuse allait d’une seule fois (7 cas), à un an (22 cas), de 2 à 6 ans (23 cas), de 7 à 12 ans (7 cas), la durée moyenne étant de 2,8 ans.

Psychothérapie utilisée

La psychothérapie choisie dépendait de l’âge de la victime et de la situation clinique qui motivait la consultation :

a) Intervention de crise avec un travail familial psychosocial pour les cas de jeunes filles présentant une proximité temporelle d’abus sexuels et dans les cas d’adolescentes hospitalisées après une tentative de suicide ;

b) Psychothérapie individuelle intégrative brève dans les cas de symptômes dépressifs, anxieux ou phobiques réagissant à la situation abusive et aux différents problèmes sociaux séquentiels ;

c) Psychothérapie intégrative individuelle prolongée, cas avec une plus grande déstructuration de la personnalité ;

d) Psychothérapie de groupe, groupes fermés de 10 à 12 membres pour les cas d’adolescentes souffrant de graves troubles du contrôle des impulsions, avec une réunion tous les quinze jours pendant six mois.

e) Un autre type de groupe ouvert pour des cas de femmes adultes présentant des lésions somatoformes et une dépression chronique, des abus incestueux avaient eu lieu lorsqu’elles étaient enfants, cette modalité qui a commencé à se réunir toutes les semaines et qui est actuellement bimensuelle, réunit entre 10 et 15 personnes, plusieurs des patientes sont devenues monitrices, car bien qu’elles se sentent asymptomatiques, elles aiment venir et aider les nouveaux membres.

Vignettes cliniques (victimes et agresseurs)

DISCUSSION DU MATÉRIEL CLINIQUE ÉTUDIÉ

Nous prendrons les aspects qui rendent compte d’un profil psychosocial des acteurs et qui provoquent plus directement notre réponse contre-transférentielle comme on peut le percevoir en passant en revue les témoignages, car comme il a été souligné dans la littérature « le réseau complexe d’interactions dans le couple incestueux se répète dans le transfert « .

Les abus sexuels incestueux entre père, beau-père et fille étaient fréquents et étrangement tolérés grâce à une sorte d’acceptation familiale passive avec cécité-sourdeur-maladie psychique maternelle, car il y avait rarement une dénonciation. Dans notre casuistique, une moyenne de 17 ans devait s’écouler avant la confession et la dénonciation.

Nous pouvons élaborer un profil de l’agresseur, une figure paternelle qui s’impose et domine la vie intrafamiliale, abusant souvent sexuellement de toutes les filles et femmes de la maison, bien que certains prétendent être tombés amoureux d’elle comme Oscar et Claudio, les autres obtiennent la soumission sexuelle de la fille au moyen de diverses extorsions et menaces ; parfois cela se produit au milieu de crises alcooliques, dans des comportements révélant une plus grande psychopathie, une découverte dans la casuistique de Lukianowicz.

 Dans plusieurs cas de notre casuistique, l’agresseur et la victime avaient formé un vrai couple avec des enfants communs qui a duré jusqu’à 12 ans, souhaitant continuer à vivre ainsi, donc la dénonciation a déstructuré le foyer, et l’équipe de santé a été ressentie comme hostile. Nous parlons d’une maternalisation précoce des filles, assumant non seulement le travail à la maison et dans les champs mais remplaçant aussi la mère au lit, selon notre casuistique et l’opinion de plusieurs auteurs. Il nous semble donc que la plupart de ces filles vivent en proie à une peur et à un stress chroniques, essayant souvent de maintenir un rôle parental qui les conduit à être hyper vigilantes, interrompant le développement cognitif et relationnel normal.

TRANSFERT ET CONTRE-TRANSFERT

Si le transfert et le contre-transfert sont un thème central de toute relation thérapeutique, il revêt une nuance particulière dans ces cas d’inceste, peut-être parce que, comme le souligne Ganzarain, « ils avaient brisé un tabou, nous ne pouvions rester indifférents à une telle transgression « .


Nous verrons ce qui s’est passé dans les sentiments de l’équipe de santé et dans les attitudes des patients tout au long des entretiens et de la psychothérapie. Nous séparerons les observations en fonction du sexe du professionnel car nous pensons, avec Shay, que le sexe du thérapeute qui s’occupe du patient induit de tomber dans plusieurs angles morts et contre-actions, les situations qui ne sont pas seulement inévitables mais toujours présentes dans toute psychothérapie.

Nous indiquons plusieurs réponses contre-transférentielles qui peuvent se produire de manière dissociée ou simultanée et/ou séquentielle dans la même relation thérapeutique, représentant certains des rôles induits par le transfert dans un scénario joué du drame familial proche du concept de CT complémentaire de Racker. Ce sont les suivantes :

Cas 1 : Ce sont de jeunes filles qui arrivent en thérapie qui ont besoin d’un accueil très rapide, efficace et chaleureux, en apportant un soutien émotionnel avec des excès évidents dans l’engagement du personnel.  Avec un système parental absent ou inexistant, l’équipe assume une attitude de soutien inconditionnel. Nous appelons cette modalité le CT vicariant, les sentiments contre-transférentiels naissent du maternel, de  » l’atmosphère maternelle “, une femme (mère-thérapeute) cherche à accueillir, calmer, soigner et protéger une autre femme victime, fille, adolescente ou femme adulte dont la dignité et l’intimité ont été atteintes, qui a probablement été abandonnée ou laissée à la libre vulnérabilité des agresseurs masculins.

Cas 2 : Dans la grande majorité des cas, nous oscillons en nous faisant l’interprétation de la société qui devrait juger et punir le coupable, en nous identifiant cette fois à un Sur-moi capable d’être normatif et sévère. Il nous est difficile d’être impartiaux, nous préférons donc ne pas traiter l’agresseur si le tribunal le demande et nous sommes réticents à participer aux expertises demandées par le bureau du défenseur public, non sans certains risques.
Un des dangers de cette modalité de CT du sur-moi  est de négliger les sentiments et les souhaits de la victime.

Cas 3 : L’identification au violeur en brisant la barrière du silence et du secret, certes on ne force pas mais on séduit, mais dans ce cas il s’agit d’une pénétration phallique de l’intimité endommagée par un traumatisme sexuel depuis l’enfance et hautement défendue. Il s’agit de cas dont les informations pertinentes nous sont parvenues soit lors de l’anamnèse, soit, le plus souvent, des mois plus tard lors du travail psychothérapeutique. L’attente de matériel de confirmation pour combler les lacunes et les mystères, par exemple, d’états dépressifs récurrents ou de diverses affections psychosomatiques sans explication très claire, a été longue et ardue. « C’était donc ça », s’exclame-t-on tranquillement. Le cas devient plus transparent pour nous, nous cessons de lutter contre ce qui résiste et une relation de couple thérapeutique s’installe avec la sensation très particulière d’avoir « pénétré » dans l’intimité de leur secret. Cette situation place surtout le thérapeute masculin dans une répétition sublimatoire de la violation sexuelle réelle effectuée par le père du sujet, il y a longtemps, parfois 50 ans. Cette situation, que nous pourrions techniquement appeler un contre-acte sublimatoire, peut devenir réparatrice et curative. Les patients parviennent finalement à établir une relation affective de grande proximité avec le thérapeute, un agent stable et fiable.

Cas 4 : L’érotisation de la relation thérapeuthique. Elle se produit avec quelques victimes qui ont érotisé la relation incestuelle qu’elles ont subi.
Cette érotisation envahit la relation thérapeutique et place le thérapeute qui ne se doute de rien dans une situation difficile. Soit il se défend, en rejetant d’emblée ce que le patient est en train de faire et ce qu’il lui fait ressentir, provoquant culpabilité et honte ; soit au contraire, s’il laisse l’exposition érotique transférentielle se poursuivre, on peut atteindre un point de danger où une interprétation correcte et opportune peut éviter cette mauvaise issue. Ce sont des filles qui se présentent avec des gestes, des postures corporelles coquettes, un maquillage excessif pour leur âge, c’est-à-dire quelque chose que Nabokoff a décrit magistralement dans sa Lolita. Séduire sexuellement l’homme objet thérapeute est la clé transférentielle pour être accepté, ne pas être maltraité, être pris en compte. Lijtmaer se demande quels sont les signes à prendre en compte pour confirmer le transfert érotisé

Il doit y avoir une certaine forme d’érotisation éveillée devant des objets transférentiels, non seulement à cause de la question de l’apprentissage comportemental déjà mentionnée, mais aussi à cause des stimuli traumatiques sexuels jamais complètement évacués et bien disposés à se répéter comme le souligne Berkowitz.

Cas 5: d’autres formes de réponses transférentielles/contre-transférentielles parentales négatives sont données par une réponse transférentielle en accord avec l’expérience traumatique réelle :
            1) L’objet maternel ne veut pas voir, ne sait pas comment aider, est insouciant, accuse, maltraite, c’est-à-dire est absent, n’est pas là quand il le faut.
            2) L’objet parental a été violent, séduisant et violent.
Ce sont ces figures parentales « qui ne font pas ce qui doit être fait et qui font ce qui ne doit pas être fait », dit Baranger. Retrouver la confiance est donc, pour le moins, une mission quasi impossible. Il n’est pas surprenant que ces filles passent souvent à l’acte, mettant à l’épreuve la résistance de la relation et la permanence du soutien, manquant des séances, tombant dans de nouvelles crises d’alcool, de drogue, d’automutilation et de tentatives de suicide.

Parmi les sentiments contre-transférentiels rapportés par d’autres auteurs, citons : les fantasmes de sauvetage, la tristesse extrême, le discrédit, la rage contre l’agresseur, le dégoût, la confusion, la dissociation, la culpabilité, la honte, le pardon prématuré, l’identification à l’agresseur, l’éblouissement, les sentiments sexuels envers la victime, qui offrent tous une fenêtre sur l’expérience non communicable des membres de la famille par des voies directes. Nous avons partagé plusieurs de ces sentiments.

Cette question théorique clinique du contre-transfert comme outil de travail en psychanalyse a été largement travaillée par Henrich Racker et, par la suite, Horacio Etchegoyen dans un des chapitres de Les fondements de la technique psychanalytique discute la proposition de Money-Kyrle sur le soi-disant « Contre-transfert normal », une situation dans laquelle « l’analyste assume un rôle parental, complémentaire à celui du patient » ou « des rôles réciproques « .
Bien que Stukenberg souligne que chez ces patients, il y a une suridentification et un évitement de la figure du thérapeute, qui est ressentie comme une figure d’autorité à tous égards similaire au paternel, nous pensons qu’il existe une différence intéressante, du moins dans notre travail psychothérapeutique : l’identification ne semble pas se faire avec les objets parentaux de la réalité du patient tant défaillants, mais avec ceux qui ne l’étaient pas, avec les idéaux, avec les absents ; c’est-à-dire que nous pourrions appeler cette modalité le contre-transfert vicariant, le thérapeute assume des sentiments et des attitudes parentales opposés à ceux des vrais parents, qui, même présents, n’ont pas rempli leur devoir de protection et d’amour envers leur fille.

Conclusion

Nous soulignons que la relation transférentielle-contretransférentielle est un élément d’une importance capitale, tant sur le plan de diagnostic que pour dimensionner la réalité mentale de ses patients, ils sont si atteint dans leurs relations avec leurs objets œdipiens. Ces phénomènes de la relation thérapeutique sont une fenêtre ouverte sur le traumatisme sexuel, sur l’expérience qui ne peut être communiquée par d’autres moyens, et constituent un outil thérapeutique permettant d’orienter plus adéquatement les interventions psychothérapeutiques.

 Nous avons trouvé quatre formes principales non exclusives de contre-transfert :

a) le TC vicariant, identification à des figures parentales idéales, opposées aux figures réelles ;
b) le TC du sur-moi, identification à une structure éthique-morale qui n’existe pas dans la famille réelle ;
c) le TC maternel négatif, proche de la figure maternelle absente, indifférente, niant, accusant ;
d) le TC parental négatif, s’identifiant sur différents aspects de l’agresseur sexuel.

La différence de genre du thérapeute favorise des différences très particulières dans la relation transférentielle. Bien que les quatre formes de CT puissent être ressenties, ce qui arrive au thérapeute face au comportement d’acting out des patients devient plus important étant donné un fort courant transférentiel qui imagine le thérapeute comme une figure mère-père peu fiable, qui ne fait pas ce qui doit être fait et fait ce qui ne devrait pas être fait.

Etudes de Jacobo Numhauser ( psychiatre) et Paula Soto (Psychologue clinique )

Traduction de courtoisie par Marion Soisson depuis SciELO

Tabous et résilience sexuelle

La sexualité est encore entourée d’innombrables tabous. Mais même dans la catégorie « ce dont on ne parle pas », il y a des sujets dont il est encore plus difficile de parler. La sexologue féministe Violeta Belhouchat, dans sa chronique, nomme certains des tabous historiques entourant les violences sexuelles. Elle nous rappelle que les victimes de violence ne sont pas seulement confrontées à des obstacles individuels, mais qu’elles doivent aussi briser le silence imposé par ces choses dont il est si difficile de parler.

Parler de la sexualité est un sujet tabou. Parler des menstruations, de l’absence de désir sexuel post-partum – qui peut durer des mois -, des infections sexuellement transmissibles, de la difficulté pour les personnes ayant un vagin d’obtenir un orgasme lors de rapports hétérosexuels et des difficultés sexuelles dans les couples de toutes orientations sexuelles et romantiques sont cinq tabous bien identifiés.

Ce ne sont pas les seuls, mais ce sont nos « démons connus » de la santé sexuelle. Ce qui m’a frappé, c’est de constater qu’il est également tabou de parler des problèmes sexuels parmi les victimes de violences sexuelles et les spécialistes de la santé qui les traitent : médecins, gynécologues, sages-femmes, urologues, thérapeutes, psychiatres.

C’est surprenant, car le nombre de survivants de violences sexuelles dans le monde se compte en milliers. J’ose affirmer qu’il n’existe aucun spécialiste de la santé qui n’ait pas traité parfois des patients (enfants, adolescents, hommes, femmes, non-binaires) victimes d’excision, de mutilations sexuelles en milieu hospitalier, d’inceste, de viol, de pédophilie, de viol conjugal, de traite des êtres humains et/ou d’exploitation sexuelle.

Sans parler des cyber-violences sexuelles : les menaces de viol en ligne, diffusion d’images pornographiques sans consentement, cyber-harcèlement LGBTQAI+phobe, cyber-diffamation sexuelle, cyber-comingout forcées – particulièrement graves dans certains pays comme l’Iran, où l’homosexualité est encore un crime et peut être punie de la peine de mort.

De nombreux groupes de victimes de violences sexuelles dénoncent et travaillent à la reconnaissance juridique de ces formes de souffrance et à obtenir une réparation symbolique. De nombreux journalistes filment ou transcrivent des témoignages.

Ce n’est un secret pour personne que pour guérir d’un traumatisme sexuel, il faut sortir du silence. 

Ce qui semble moins identifié, c’est que cela nécessite de surmonter des obstacles individuels : la honte, la culpabilité paradoxale ou inversée (lorsque la victime se sent coupable de sa propre agression) et la confusion causée par le manque d’éducation sexuelle, le manque d’informations juridiques ou l’amnésie traumatique, par exemple.

Parler en pleurant, en gémissant, en bégayant, en soupirant, en tremblant de rage, en transpirant de stress, en ayant la bouche sèche, en ayant la nausée d’angoisse ou en ayant le sentiment d’être dans un état de mort et d’anesthésie est un combat, qui se vainc phrase par phrase.

En réalité, chaque victime de violence sexuelle doit faire face, en plus de ces obstacles internes, au poids du silence des tabous historiques suivants :

Les tabous concernant les violences sexuelles.

La diversité de la violence sexuelle. Sa présence continue dans les espaces publics et privés, dans les lieux d’éducation, de sport et des soins de santé. Le nombre de cas quotidiens. 

Les violences sexuelles peuvent provoquer des érections du pénis et du clitoris, ainsi qu’une lubrification due à des réactions réflexes des glandes (prostate masculine, glandes de Bartholin, glandes urétrales ou de Skene). Ils peuvent provoquer des orgasmes, des réactions d’érection et des spasmes accompagnés de réactions émotionnelles négatives (dégoût, aversion, horreur, surprise, peur, tristesse, stupeur).

Les tabous concernant les victimes de violences sexuelles

L’âge des victimes : 8 sur 10 sont des enfants ou des mineurs. 

Expériences psychologiques d’amnésie traumatique : oubli total ou partiel de la violence pendant des mois, des années ou des décennies. 

Les expériences psychologiques de prise de conscience : la grande majorité ne sait pas qu’elle subit des violences sexuelles et en prend conscience quelques jours, semaines, mois ou années plus tard – à l’adolescence ou lorsqu’elle a accès à une éducation sexuelle ou à une formation juridique.

Tabous concernant les auteurs de violences sexuelles

L’âge des auteurs (1 sur 4 est un mineur), leur origine socio-économique (de toutes les couches socio-économiques), leur niveau d’éducation (de l’analphabète au post-doctorant).

La différence qu’il peut y avoir entre un comportement sexuel social (par exemple, hétérosexuel monogame) et un comportement sexuel secret (par exemple, pédocriminel prédateur), l’état de santé physique (sain, malade ou handicapé).

L’état de santé mentale (il s’agit majoritairement de personnes en bonne santé, intégrées dans la société, qui sont pleinement conscientes de leurs actes et prennent des mesures de sécurité pour éviter d’être découvertes, certains agresseurs  sont des psychopathes violents, des sadiques ou des asociaux).

Il s’agit principalement de personnes ayant un pénis et s’identifiant comme des hommes hétérosexuels.

Les tabous concernant les liens interpersonnels entre les auteurs et les victimes de violences sexuelles.

Il peut s’agir de parents, avec ou sans lien de sang ; de personnel de santé et de patients ; de relations affectives au sein ou en dehors du mariage ; de collègues, de patrons et de subordonnés ; de proxénètes et de travailleurs du sexe ; d’enseignants et d’étudiants ; d’entraîneurs sportifs et d’athlètes ; de voisins ; de connaissances ; d’amis ; d’anciens partenaires ; de policiers et de détenus ; de députés et d’assistants parlementaires ; de dirigeants et de militants politiques ; de fonctionnaires et de citoyens en quête d’aides publiques ; de metteurs en scène et d’actrices de théâtre ou de cinéma…

Les tabous concernant les relations entre les agresseurs de violences sexuelles.

Ils travaillent dans des réseaux humains – numériques – économiques – d’information, ils ont des contacts personnels et/ou professionnels quotidiens, ils appartiennent à la même famille, appartiennent à des cercles professionnels, s’entraident pour obtenir des positions de pouvoir économique, politique ou autre, créent des liens d’interdépendance.

Les tabous concernant les actions réalisées par des auteurs de violences sexuelles

Ils communiquent avec d’autres agresseurs sur leurs stratégies de domination (psychologique, économique) et leurs agressions sexuelles (ils les décrivent, les développent pour les rendre plus extrêmes) ; ils manipulent émotionnellement et affectivement ; ils font du chantage, menacent directement l’intégrité physique des victimes ou le font indirectement par l’intermédiaire de leurs proches (animaux domestiques, frères et sœurs, parents, amis) ; Ils pratiquent l’intimidation verbale et non verbale, créent des situations et des preuves matérielles pour extorquer, menacer la réputation et la dignité des victimes ou de leurs proches, menacent la situation économique de la victime et de ses dépendants (membres de la famille ou autres), menacent la sécurité de la victime et/ou de son environnement (son domicile, ses papiers d’identité, sa communauté), louent ou paient des services ou des cadeaux ou des faveurs aux victimes ou à leur entourage.

La violence sexuelle sont toutes les  violences qui porte atteinte à la sexualité d’un être humain dans ses aspects biologiques et corporels, émotionnels, affectifs, interpersonnels, psychologiques, psychiques, éducatifs, culturels, familiaux, socio-économiques et juridiques.

Sans le savoir, chaque victime de violence sexuelle, lorsqu’elle se trouve devant son thérapeute ou son médecin, la difficulté qu’elle rencontre, avant d’ouvrir la bouche et de raconter ce qu’elle a vécu, est de ne pas rompre avec sa honte, sa culpabilité de victime ou sa confusion. Elle fait face à la rupture de siècles de tabous autour de la sexualité et de la violence sexuelle.

Si vous êtes une victime, votre parole compte.

Dire votre vérité est votre résilience.

Et plus tôt que tard, votre résilience individuelle fera partie de notre résilience sexuelle collective.

Traduction de courtoisie par Marion SOISSON depuis Al Haraca

Presque la moitié des agressions sexuelles sur mineurs sont commises par un parent

La Fondation Anar informe que les agressions sexuelles sur enfants et adolescents ont quadruplé en 12 ans.

Le danger poursuit les mineurs au sein même de leur cercle de confiance. Près de la moitié des agressions sexuelles commises sur des enfants et adolescents sont perpétrées par un parent ; on retrouve plus fréquemment le père (23,3 %), le compagnon de la mère (5,4 %) et l’oncle (5,4 %). C’est ce que montre une étude présentée par la Fondation Anar (Aide aux enfants et aux adolescents en risque) basée sur les appels à l’aide reçus (900 202 010) et sur les consultations de chat pendant 11 ans. L’association avertit également de la hausse des agressions sexuelles sur mineurs dans les dernières années : 1 093 cas détectés en 2020, soit quatre fois plus qu’en 2008 (273).

Les agressions sexuelles ne sont pas toutes commises au sein du cercle familial cependant, dans ce cadre, le risque se multiplie. L’environnement supposé sécuritaire est celui même qui trahit de nombreux mineurs. Le profil de l’agresseur est majoritairement masculin, plus âgé, et proche de l’enfant. Diana Díaz, directrice du centre d’appels et du chat d’Anar – un outil web pour conseiller les mineurs ou leurs proches – affirme que les agresseurs profitent de la confiance des enfants. « Parfois, ils leur dissent qu’il s’agit d’un jeu qui doit rester secret, d’autres fois, ils les menacent », précise-t-elle. L’endroit où a lieu l’agression est familier. 49,7 % des cas d’agressions sont commis au domicile de la victime, 14,8 % chez des personnes de leur entourage et 13,2 % en milieu scolaire.

« Je me rappelle que mes parents sortaient et mon frère m’obligeait … Ça me dégoûtait et c’est arrivé plusieurs fois », Laura (son prénom a été modifié) a reconnu par téléphone, une fille de 12 ans qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait, elle n’était même pas capable d’exprimer la situation avec des mots. Il lui a fallu plusieurs appels à l’association afin de raconter ce qu’elle éprouvait. Dans de nombreux cas, la victime a besoin de plus d’un appel téléphonique. La fondation a examiné pour l’étude 89 808 appels enregistrés entre 2008 et 2019, et ceci a permis de détecter 6 183 cas.

Pour les mineurs, il est difficile de demander de l’aide. Cela fait partie du problème. La violence envers les enfants est invisibilisée. La Fondation a constaté que 40,9 % des enfants et adolescents qui demandent de l’aide gardent le silence pendant plus d’un an avant de raconter l’agression subie. Et ce, malgré le fait que plus de deux tiers des mineurs pris en charge subissent des agressions tous les jours. « Les mineurs souffrent d’abus pendant des périodes plus longues et plus répétées qu’auparavant », souligne D.Díaz.

La hausse de cas détectée par Anar est tout particulièrement visible depuis les six dernières années, période caractérisée par une augmentation de l’utilisation des appareils numériques comme instrument pour commettre ces agressions : le cyberharcèlement a augmenté de 36,7 % et le « sexting » ou les messages à contenu sexuel de 25 %. « Les plateformes numériques sont devenues un terrain d’action majeur pour les agresseurs qui y ont plus facilement accès aux mineurs », explique Díaz. Aussi, la fondation alerte face à la hausse des agressions en groupe, qui sont passées de 2,1 % en 2008 à 6,3 % en 2018. Díaz reconnaît qu’il reste encore beaucoup de travail à faire en matière de sensibilisation sociétale, car les violences sexuelles sont encore un sujet « tabou ».

Les victimes sont majoritairement des femmes (78,3 %), âgées pour la plupart de 13 à 18 ans. Les garçons représentent un cas sur cinq et pour la majorité ont moins de 12 ans (53,4 %). Díaz est spécialement inquiète pour les plus jeunes enfants. « Ils sont les plus vulnérables, ils ne comprennent pas ce qui se passe et ils sont dépendants de leur entourage familial auquel appartient fréquemment l’agresseur » explique-t-elle.

Carmen (son prénom a été modifié) n’avait que cinq ans quand elle a eu le courage de raconter à sa mère que son oncle l’agressait sexuellement. Elle avait honte de ce qu’elle avait subi et elle avait peur de la réaction de sa mère. C’est sa mère qui a appelé la fondation, bouleversée par le récit de sa fille. « Ne le dit à personne, s’il te plaît, ni à papa, ni à personne », lui avait demandé sa fille.

En 2018, 76,3 % des cas se sont fortement aggravés, avec des situations particulièrement menaçantes pour les enfants, ainsi que la répétition quotidienne. 95,3 % des cas requéraient une réponse urgente, une intervention immédiate, car l’agression avait eu lieu récemment. Malgré la gravité de la situation, beaucoup d’enfants font face à la situation seuls. Selon la fondation, dans un cas sur quatre, aucune mesure n’est prise. De plus, les victimes subissent des violences physiques et/ou des menaces dans 53,6 % des cas, notamment pour les adolescentes.

Seuls face à ces agressions, les enfants qui racontent leur expérience ne se sentent pas tous soutenus par leur entourage. Lorsque Carmen s’est confiée sur les agressions qu’elle subissait, ses grands-parents ont dit : « Ce sont des inventions d’enfants, la gamine est une petite menteuse ». Les personnes de confiance nient les faits dans 37,8 % des cas, elles justifient ou protègent l’agresseur dans 31,1 %, font preuve de négligence ou une absence de réaction dans 23,9 % et la victime est culpabilisée dans 7,2 % des cas. « Les agressions sexuelles sont un événement tellement aberrant qu’il est très difficile pour les familles de l’accepter, elles utilisent donc des mécanismes de défense mis en place pour maintenir une stabilité », explique Díaz. La fondation considère « alarmante » la réponse sociale reçue par les mineurs de moins de 12 ans, car ce sont eux qui font face plus fréquemment au déni et à la négligence. « Ils pensent que ce n’est pas grave et ne sont pas conscients qu’ils ne sont pas obligés de subir ces événements. », affirme Díaz.

Détecter ces formes de maltraitance reste un défi. 80,2 % des agressions ne laissent aucune marque ou blessure.

« Parfois, il n’y a pas des signes visibles et les enfants se sentent seuls face au problème », affirme Díaz. Par conséquent, pour 43,3% de victimes ayant l’intention de porter plainte, seulement 10,6% le font réellement. Parmi celles-ci, 18,2% sont classées sans suite à cause de l’insuffisance de preuves. Et cela, même si dans deux tiers des cas, il existe la possibilité que l’agression se répète. Díaz déplore l’absence de mesures prioritaires visant à placer les enfants et les adolescents. Elle souligne que le plus important est de leur apporter protection et sérénité. « Nous devons indiquer clairement au mineur que cela ne l’arrivera plus, que nous allons l’aider et que nous allons continuer à l’accompagner », souligne la directrice du chat d’Anar.

Traduction de courtoisie par Liliana Mejia Uribe depuis ElPais

Agression sexuelle, ça vous parle?

Cet article, qui provient de Lincoln, Nebraska, lance cette statistique, dans une interview avec le Child Advocacy Center. Il ne fournit pas d’explication sur sa provenance, mais je suis très curieux de savoir si l’un d’entre vous l’a déjà vu :

« Seuls 16 % des hommes ayant des antécédents documentés en matière d’agressions sexuelles se considèrent comme ayant réellement été agressés, contre 64 % des femmes ayant des antécédents documentés en matière d’agressions sexuelles ».

La raison pour laquelle cela m’intrigue est que nous savons que les agressions sexuelles sont rarement signalées par les victimes masculines ou féminines, et je pense que beaucoup d’entre nous ont toujours supposé qu’elles étaient possiblement un peu moins dénoncées par les victimes masculines, en raison des nombreuses personnes qui continuent, d’une manière ou d’une autre, à croire que les garçons ne peuvent pas être victimes d’agressions sexuelles, mais je n’ai pas réfléchi au nombre de victimes masculines qui ne se considèrent peut-être même pas comme des victimes.

Durant mon enfance, je ne me considérais pas comme une victime d’agression sexuelle, principalement parce que je ne savais pas ce que c’était, je pensais que cela signifiait avoir été enlevé par un inconnu et avoir été violé, parce que c’est contre cela qu’on m’avait appris à me protéger. Un membre de ma famille qui me violentait, ce n’était pas ça, c’était quelque chose de différent, quelque chose pour lequel je n’avais pas de nom. C’était un secret.

Je me demande combien de personnes se promènent avec leur propre secret, sans même avoir conscience qu’elles ont été agressées sexuellement ?

Traduit par courtoisie : Témoignage de Mike.M

Comparaison des violences sexuelles intra et extrafamiliales sur enfants dans un contexte médico-légal

Contexte : Les violences sexuelles sur enfants restent un problème accentué par la difficulté de détection. L’objectif de cette étude était de comparer les données intrafamiliales (IF) et extra-familiale (EF) de violences sexuelles à l’égard des enfants, à la recherche de variables différentielles qui pourraient permettre une meilleure intervention et une meilleure prévention.

Résultats : Les violences sexuelles intrafamiliales (IF) sont significativement plus susceptibles de se produire à plusieurs reprises, avec un retard plus important dans leur révélation, et avec des victimes plus jeunes

Le handicap mental était plus fréquent chez les victimes de violences sexuelles extrafamiliales (EF).

La proportion de familles recomposées était plus élevée, avec plus de dossiers juridiques, et plus d’antécédents de violences domestiques parmi les familles de victimes de violences sexuelles, avec de dossiers juridiques, et plus d’antécédents de violence domestique.

Et même dans les cas de violences sexuelles EF, 78 % des agresseurs étaient connus des victimes; dans environ 80 % des cas, l’agression a été signalée par un membre de la famille.

Conclusion : Les résultats soulignent la nécessité de poursuivre le développement de programmes de détection dans les écoles, la police ou les milieux de la santé, car les signalements par les professionnels sont rares.

La maltraitance des enfants inclut les différentes formes de violences physique, sexuelles et psychologiques, la négligence et l’abandon. Enfant Les agressions sexuelles sur enfants (CSA) est également un terme général décrivant un large éventail d’événements dont les caractéristiques varient, tels que l’âge de la victime, la relation avec l’auteur, ou le type de violence (Ventus, Antfolk, & Salo, 2017). (…)

D’après la synthèse des recherches (Gekoski, Davidson, & Horvath,2016), il est possible de conclure que la majorité des CSA sont intrafamiliaux (IF). Ces cas ont des conséquences plus graves et une corrélation plus forte avec le cycle de la violence. Dans les CSA-IF, les filles sont plus susceptibles d’être victimes, et bien que les familles puissent être de tous types socio-économiques, les études dépeignent généralement les familles dysfonctionnelles. (…)

Au Canada, sur 1 037 archives de police (Fischer & McDonald, 1998), la prévalence est de 44 % pour les violences sexuelles IF. Ces travaux indiquent une apparition plus précoce et une durée plus longue de ce type de violences. Les victimes IF (6,98 ans) sont plus jeunes que les victimes EF (9,88 ans) au moment des premiers violences.victimes (9,88 ans) au moment des premiers abus. En outre, seulement 23,5 % des cas IF contre 62,4 % des cas EF ont été limités à un seul événement. Concernant la révélation et les circonstances entourant les agressions, une plus grande proportion de victimes n’en a pas parlé (17,7 % contre 10,9 %), on rencontre une plus grande résistance des familles à la révélation (10 % contre 3 %) et une moindre présence de témoins (17 % contre 30 %) parmi les victimes IF. Et pas de différences quant au sexe de la victime (45 % des garçons et 43 % des filles ont été agressées par des auteurs IF). (…)

Dans une récente méta-analyse développée à partir de 62 travaux empiriques sur un échantillon total de 14 494 victimes (Ventus et al., 2017), il est apparu que les violences sexuelles IF sont associées à une survenue plus précoce, plus fréquente et plus durable, ce qui les rend plus insistantes et physiquement intrusives (plus les épisodes de violence sont nombreux, plus il est probable qu’ils impliqueront force et/ou contact) (…)

D’une manière générale, on peut affirmer que les révélations sont moins nombreuses et qu’il existe plus de problèmes liés à la révélation parmi les victimes de violences sexuelles IF. Ces violences durent plus longtemps et il y a un délai plus important entre le début des agressions et les témoignages officiels. De nombreuses différences apparaissent en matière de révélation. Des estimations globales (Londres, Bruck, Wright, & Ceci, 2008) montrent qu’environ 55 % à 66 % des victimes ne révèlent jamais les violences sexuelles subies, et seuls 5 à 13 % les déclarent aux autorités. Selon Lahtinen, Laitila, Korkman, & Ellonen (2018), le taux de révélation dans une enquête menée en Finlande auprès 11 364 participants de sixième et neuvième année (avec une prévalence d’agressions de 2,4%) était de 86%. Néanmoins, seulement 26 % d’entre eux l’avaient révélé à un adulte, et 12 % aux autorités. Ils ont souligné que si les enfants victimes ne mentionnent ces événements qu’auprès de leurs pairs (48%), il est fort probable que l’agression sexuelle persiste et qu’aucune intervention ne se fera rapidement. Il a été signalé (Lev-Wiesel & First, 2018) que plus les cas de CSA sont graves, plus la la volonté de les divulguer est moindre, et que les garçons sont plus réticents à révéler toute forme d’agression (voir aussi McElvaney, 2015). (…)

Les agressions répétitives représentent 70,6 % de l’échantillon global. Les cas d’agressions répétitives sont significativement plus élevés chez les victimes de violences sexuelles IF (88,9%) que parmi les victimes EF (55,7%). Les chiffres d’agressions répétitives sont 6,3 fois plus élevés dans les cas IF. Le temps écoulé entre la première agression et la révélation ou l’intervention de la police était sensiblement plus élevé dans les cas IF que dans les cas EF . Soixante-et-onze pour cent des cas IF ont duré plus d’un an, tandis que 76 % des cas EF ont duré moins d’un an. Le délai de divulgation supérieur à un an est 8,1 fois plus important dans les cas IF. Vingt-quatre pour cent des cas IF ont perduré plus de quatre ans, contre 5,8 % des cas EF. En effet, un taux de 10 % des cas IF ont duré plus de neuf ans. Il n’y a pas eu de différences en matière de type d’agression sexuelle, et dans les deux groupes, l’informateur principal/le plaignant était un membre de la famille (principalement la mère ou le père).

Il n’y a pas de différences dans la détection par les professionnels (14,1 % contre 15,6 %) ou par la famille/les amis (85,9 % contre 84,4 %) entre les 2 groupes. Parmi les cas IF, 42,4 % des victimes avaient moins de neuf ans et 76,7 % avaient moins de 12 ans. Près de cinquante pour cent des victimes de violences sexuelles EF avaient 12 ans ou plus. Ainsi, les victimes de l’IF sont plus jeunes au moment de l’agression, et plus la victime était âgée, moins les cas IF sont fréquents. Bien que la prévalence des femmes soit légèrement plus élevée parmi les cas IF, la différence n’est pas statistiquement significative.

En ce qui concerne les antécédents familiaux, dans les cas de violences sexuelle IF, il y a beaucoup plus de dossiers juridiques, de problèmes de violence domestique et d’antécédents d’agressions sexuelles. Les familles étaient comparables dans les deux groupes en ce qui concerne les antécédents de santé mentale, de toxicomanie et de problèmes économiques, mais il y avait davantage de familles recomposées au sein de l’IF et davantage de services de garde d’enfants au sein de l’EF. Presque tous les agresseurs étaient des hommes, sans différence d’âge entre IF et EF. Dans les deux groupes, la plupart des auteurs du crime n’avaient pas de condamnations antérieures. Pour les violences IF, les agresseurs étaient des membres proches de la famille dans 21,1 % des cas. Parmi les cas EF, 20,7 % des agresseurs étaient des inconnus et 79,3 % étaient des connaissances (…)

Discussion

Certaines des différences décrites sont censées être liées à des conséquences plus graves pour les victimes de violences sexuelles intrafamiliales, bien que nous n’ayons pas pu le confirmer. Plus de secret et moins de visibilité permettent aux agressions sexuelles de se produire de manière plus continue, ce qui retarde leur révélation, et rendent difficile la découverte par des tiers (Magalhães et al., 2009). Les cas de violences sexuelles IF dure plus longtemps du fait que la victime soit plus présente (Mian et al., 1986). Selon des études antérieures, le fait que la victime subisse de plus nombreuses agressions rendent ces cas potentiellement plus préjudiciables, ces conséquences résultant non de la relation (et de la trahison), mais de la répétition et de la durée des abus (Fischer & McDonald, 1998 ; Ventus et al., 2017).

Adapté et traduit par courtoisie de PubMed