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Tabous et résilience sexuelle

Violeta belhouchat 17/04/21

La sexualité est encore entourée d’innombrables tabous. Mais même dans la catégorie “ce dont on ne parle pas”, il y a des sujets dont il est encore plus difficile de parler. La sexologue féministe Violeta Belhouchat, dans sa chronique, nomme certains des tabous historiques entourant les violences sexuelles. Elle nous rappelle que les victimes de violence ne sont pas seulement confrontées à des obstacles individuels, mais qu’elles doivent aussi briser le silence imposé par ces choses dont il est si difficile de parler.

Parler de la sexualité est un sujet tabou. Parler des menstruations, de l’absence de désir sexuel post-partum – qui peut durer des mois -, des infections sexuellement transmissibles, de la difficulté pour les personnes ayant un vagin d’obtenir un orgasme lors de rapports hétérosexuels et des difficultés sexuelles dans les couples de toutes orientations sexuelles et romantiques sont cinq tabous bien identifiés.

Ce ne sont pas les seuls, mais ce sont nos “démons connus” de la santé sexuelle. Ce qui m’a frappé, c’est de constater qu’il est également tabou de parler des problèmes sexuels parmi les victimes de violences sexuelles et les spécialistes de la santé qui les traitent : médecins, gynécologues, sages-femmes, urologues, thérapeutes, psychiatres.

C’est surprenant, car le nombre de survivants de violences sexuelles dans le monde se compte en milliers. J’ose affirmer qu’il n’existe aucun spécialiste de la santé qui n’ait pas traité parfois des patients (enfants, adolescents, hommes, femmes, non-binaires) victimes d’excision, de mutilations sexuelles en milieu hospitalier, d’inceste, de viol, de pédophilie, de viol conjugal, de traite des êtres humains et/ou d’exploitation sexuelle.

Sans parler des cyber-violences sexuelles : les menaces de viol en ligne, diffusion d’images pornographiques sans consentement, cyber-harcèlement LGBTQAI+phobe, cyber-diffamation sexuelle, cyber-comingout forcées – particulièrement graves dans certains pays comme l’Iran, où l’homosexualité est encore un crime et peut être punie de la peine de mort.

De nombreux groupes de victimes de violences sexuelles dénoncent et travaillent à la reconnaissance juridique de ces formes de souffrance et à obtenir une réparation symbolique. De nombreux journalistes filment ou transcrivent des témoignages.

Ce n’est un secret pour personne que pour guérir d’un traumatisme sexuel, il faut sortir du silence. 

Ce qui semble moins identifié, c’est que cela nécessite de surmonter des obstacles individuels : la honte, la culpabilité paradoxale ou inversée (lorsque la victime se sent coupable de sa propre agression) et la confusion causée par le manque d’éducation sexuelle, le manque d’informations juridiques ou l’amnésie traumatique, par exemple.

Parler en pleurant, en gémissant, en bégayant, en soupirant, en tremblant de rage, en transpirant de stress, en ayant la bouche sèche, en ayant la nausée d’angoisse ou en ayant le sentiment d’être dans un état de mort et d’anesthésie est un combat, qui se vainc phrase par phrase.

En réalité, chaque victime de violence sexuelle doit faire face, en plus de ces obstacles internes, au poids du silence des tabous historiques suivants :

Les tabous concernant les violences sexuelles.

La diversité de la violence sexuelle. Sa présence continue dans les espaces publics et privés, dans les lieux d’éducation, de sport et des soins de santé. Le nombre de cas quotidiens. 

Les violences sexuelles peuvent provoquer des érections du pénis et du clitoris, ainsi qu’une lubrification due à des réactions réflexes des glandes (prostate masculine, glandes de Bartholin, glandes urétrales ou de Skene). Ils peuvent provoquer des orgasmes, des réactions d’érection et des spasmes accompagnés de réactions émotionnelles négatives (dégoût, aversion, horreur, surprise, peur, tristesse, stupeur).

Les tabous concernant les victimes de violences sexuelles

L’âge des victimes : 8 sur 10 sont des enfants ou des mineurs. 

Expériences psychologiques d’amnésie traumatique : oubli total ou partiel de la violence pendant des mois, des années ou des décennies. 

Les expériences psychologiques de prise de conscience : la grande majorité ne sait pas qu’elle subit des violences sexuelles et en prend conscience quelques jours, semaines, mois ou années plus tard – à l’adolescence ou lorsqu’elle a accès à une éducation sexuelle ou à une formation juridique.

Tabous concernant les auteurs de violences sexuelles

L’âge des auteurs (1 sur 4 est un mineur), leur origine socio-économique (de toutes les couches socio-économiques), leur niveau d’éducation (de l’analphabète au post-doctorant).

La différence qu’il peut y avoir entre un comportement sexuel social (par exemple, hétérosexuel monogame) et un comportement sexuel secret (par exemple, pédocriminel prédateur), l’état de santé physique (sain, malade ou handicapé).

L’état de santé mentale (il s’agit majoritairement de personnes en bonne santé, intégrées dans la société, qui sont pleinement conscientes de leurs actes et prennent des mesures de sécurité pour éviter d’être découvertes, certains agresseurs  sont des psychopathes violents, des sadiques ou des asociaux).

Il s’agit principalement de personnes ayant un pénis et s’identifiant comme des hommes hétérosexuels.

Les tabous concernant les liens interpersonnels entre les auteurs et les victimes de violences sexuelles.

Il peut s’agir de parents, avec ou sans lien de sang ; de personnel de santé et de patients ; de relations affectives au sein ou en dehors du mariage ; de collègues, de patrons et de subordonnés ; de proxénètes et de travailleurs du sexe ; d’enseignants et d’étudiants ; d’entraîneurs sportifs et d’athlètes ; de voisins ; de connaissances ; d’amis ; d’anciens partenaires ; de policiers et de détenus ; de députés et d’assistants parlementaires ; de dirigeants et de militants politiques ; de fonctionnaires et de citoyens en quête d’aides publiques ; de metteurs en scène et d’actrices de théâtre ou de cinéma…

Les tabous concernant les relations entre les agresseurs de violences sexuelles.

Ils travaillent dans des réseaux humains – numériques – économiques – d’information, ils ont des contacts personnels et/ou professionnels quotidiens, ils appartiennent à la même famille, appartiennent à des cercles professionnels, s’entraident pour obtenir des positions de pouvoir économique, politique ou autre, créent des liens d’interdépendance.

Les tabous concernant les actions réalisées par des auteurs de violences sexuelles

Ils communiquent avec d’autres agresseurs sur leurs stratégies de domination (psychologique, économique) et leurs agressions sexuelles (ils les décrivent, les développent pour les rendre plus extrêmes) ; ils manipulent émotionnellement et affectivement ; ils font du chantage, menacent directement l’intégrité physique des victimes ou le font indirectement par l’intermédiaire de leurs proches (animaux domestiques, frères et sœurs, parents, amis) ; Ils pratiquent l’intimidation verbale et non verbale, créent des situations et des preuves matérielles pour extorquer, menacer la réputation et la dignité des victimes ou de leurs proches, menacent la situation économique de la victime et de ses dépendants (membres de la famille ou autres), menacent la sécurité de la victime et/ou de son environnement (son domicile, ses papiers d’identité, sa communauté), louent ou paient des services ou des cadeaux ou des faveurs aux victimes ou à leur entourage.

La violence sexuelle sont toutes les  violences qui porte atteinte à la sexualité d’un être humain dans ses aspects biologiques et corporels, émotionnels, affectifs, interpersonnels, psychologiques, psychiques, éducatifs, culturels, familiaux, socio-économiques et juridiques.

Sans le savoir, chaque victime de violence sexuelle, lorsqu’elle se trouve devant son thérapeute ou son médecin, la difficulté qu’elle rencontre, avant d’ouvrir la bouche et de raconter ce qu’elle a vécu, est de ne pas rompre avec sa honte, sa culpabilité de victime ou sa confusion. Elle fait face à la rupture de siècles de tabous autour de la sexualité et de la violence sexuelle.

Si vous êtes une victime, votre parole compte.

Dire votre vérité est votre résilience.

Et plus tôt que tard, votre résilience individuelle fera partie de notre résilience sexuelle collective.

Traduction de courtoisie par Marion SOISSON depuis Al Haraca

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